Sanary – Théâtre Galli
Jean-François ZYGEL , conteur et musicien

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Une scène noire où l’on aperçoit l’ombre d’un piano à queue.
Une salle noire où l’on entend, plus qu’on ne le voit, Jean-François Zygel qui règle, avec les techniciens du théâtre Galli, les lumières du spectacle avec minutie et exigence.
Directif mais toujours aimable et poli, il demande un soleil plus jaune, un éclairage rasant, une scène plus bleue. Il sait ce qu’il veut et veut travailler dans le silence et le noir.
Il vient me saluer, je lui rappelle notre rencontre au conservatoire de Toulon et dans la foulée, je lui demande si l’on pourra faire quelques photos.
« Tout ce que vous voudrez mais après le spectacle. On pourra même faire un numéro ensemble, si vous le voulez ! »
J’acquiesce… pour les photos, après, pour le numéro, on verra une autre fois !
Françoise Gnéri, belle musicienne sanaryenne et présidente du collectif « Fractales » grâce à qui notre artiste est là, est aux petits soins et le mène à la baguette, ce qui le fait rire.
Voici trois jours qu’il a débarqué à Sanary pour préparer ce concert, certes improvisé, comme il le fait toujours, mais celui-ci sera un hymne à Sanary et il a voulu s’imprégner de la ville pour adapter ses improvisations.

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Ce qu’il fera en évoquant musicalement les éléments, la mer, les vagues, le vent, les pointus dont le maire, Daniel Alsters, lui a fait connaître l’histoire, les fonds marins, la tour et ses marches qui ressemblent à la gamme musicale au fur et à mesure qu’on les monte, le chanoine Galli, qui fut comédien avant d’être prêtre et grâce à qui on a cette belle salle, qui aurait eu 100 ans cette année, qui porte les trois prénoms de ses oncles et qui sont nés tous les deux le même jour… à quelques années près !  Michel Pacha, le fameux manège qui est sur la place depuis la première fois qu’il est venu à Sanary, les intellectuels allemands qui sont venus se réfugier à Sanary durant la guerre, le musée océanographique Frédéric Dumas, le chemin de croix, le jardin des oliviers… Bref, c’est une plongée dans la ville qui va l’inspirer tout au long de ce concert où il mêle habilement l’Histoire et les histoires de la cité, avec humour et volubilité, avec des apartés, des parenthèses (« Vous avez cinq minutes ? » demande-t-il à la salle) et dont vont naître sous ses doigts des musiques dont seul le public de ce soir se souviendra.
Une imagination musicale débordante, une érudition sans failles… Le spectacle fut magnifique, original, passionnant, malgré une bronchite qui le tient depuis une semaine et une toux qu’il mêlera aux applaudissements pour que ça ne s’entende pas !

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Avec le Chanoine Galli et avec Françoise Gnéri !

« Le pouvoir de l’improvisation ? – nous avoue-t-il – c’est que l’on n’a jamais de trou de mémoire et que s’il y a une fausse note on peut dire qu’on l’a fait exprès ! »
Il n’y eut pas de fausse note… sinon l’orage qui surprit tout le monde à la sortie.
Mais malgré cela et sa bronchite, durant une heure il signa programmes, CD*, DVD, avec des marqueurs de toutes les couleurs et en discutant avec chaque personne avec une gentillesse extrême.
Au XVIIIème siècle, on l’aurait certainement appelé « un honnête homme » !

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Jacques Brachet
* Son dernier CD « L’alchimiste », dans une magnifique pochette, réunit des chansons comme « Mistral gagnant », « Y a d’la joie », « Lucie », « Ne me quitte pas », « Amsterdam » « Jacques a dit », façon classique, contrairement à nombre de morceaux classiques qui sont devenus des chansons.

Six-Fours – Festival « Femmes ! »
Andréa RAWLINS : Sept millions de victimes d’inceste

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Andréa Rawlins est journaliste d’investigation et réalisatrice depuis près de 25 ans. Elle travaille pour l’agence Kapa et réalise  des documentaires pour France Télévision. Elle s’est spécialisée depuis 15 ans dans les problèmes de société.
Invitée au festival « Femmes ! », elle est venue présenter un de ses reportages intitulé « Inceste », qu’on a pu voir sur France 3 et que vous pouvez encore voir en replay.
Durant de longs mois, elle a rencontré, entendu et, pour certains, filmé hommes et femmes qui ont été victimes d’incestes par des pères, des frères, des cousins…
Portraits poignants qui montrent à quel point, ces victimes ont longtemps gardé ce secret pour de multiples raisons mais qui, de plus en plus, osent évoquer l’impensable.

Andréa, je pense que ce sujet vous tenait particulièrement à cœur…
J’aime, depuis des années, rencontrer des personnes qui m’entourent, dans l’intimité et des situations qui sont en fait de l’ordre du sociétal et du politique.
J’en suis donc venue un jour à rencontrer des personnes de tous horizons, hommes et femmes, qui ont été victime d’inceste.
Facile ou pas facile ?
Plus facile aujourd’hui qu’il y a seulement dix ans où le sujet était totalement tabou. Il reste d’ailleurs encore tabou pour nombre de victimes mais aujourd’hui, malgré tout, la parole peu à peu se libère et il est important que ces personnes soient entendues.
Avez-vous rencontré beaucoup de victimes pour réaliser ce film ?
J’ai bien rencontré une centaine de personnes mais pas seulement des victimes : des psychologues, des associations, des médecins…
Avez-vous eu beaucoup de refus ?
Oui, bien sûr, car nombre de victimes n’osent toujours pas parler, essaient d’oublier et même en ont honte. Elles n’ont pas encore atteint le bout du chemin qui pourrait les amener à parler. Bien évidemment, elles ne peuvent oublier mais arrivera un moment où elles pourront faire avec, chacune  trouvant un chemin différent.

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Corinne Masiéro : « C’est la famille, alors ferme ta gueule » (son entourage).
Guillaume : « C’est normal entre un père et son fils. Mais c’est un secret » (son père)

Dans ce film, il y a des personnes inconnues et quelques – mais peu ! – de personnes connues…
Oui mais c’est un peu normal car pour beaucoup, révéler qu’on a eu des rapports incestueux, avec un père ou un frère, ce n’est pas quelque chose d’anodin. Le traumatisme est et sera toujours là et les personnes qui en parlent comme la comédienne Corinne Masiero ou la femme politique Loubna Méliane sont des femmes qui ont déjà avancé dans leur vie en se réalisant dans leur métier et ont pu passer à autre chose même s’il n’est pas question d’oubli mais de résilience.
Certaines femmes dans un processus psychique, par exemple lorsqu’elles se retrouvent un jour enceintes ou dans une situation qui leur permet d’entrouvrir la porte…
Comment s’est fait votre rapprochement.
Par exemple, j’ai rencontré Corinne Masiéro grâce à une amie commune, la comédienne et réalisatrice Andréa Bescond. Corinne a commencé à se remémorer son histoire durant le Covid, en triant des photos. Certaines lui ont parlé et fait se souvenir de certaines choses. Peu à peu elle s’est rendu compte que c’est à cause de ça qu’elle a fait pas de bêtises, allant jusqu’à la prostitution.
Après en avoir parlé, elle a reçu plein de messages aussi bien d’insultes que d’amour. Et elle avoue que les « Je t’aime » qu’elle a reçus, elle les a reçu comme une agression, tout signal d’amour, pour elle, étant reçu comme un danger. Elle m’a dit oui tout de suite.
Beaucoup sont devenus des militants…
Oui. Il y a plein de manières différentes pour se reconstruire.

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Ce qui est fou c’est que, très souvent, l’entourage ne s’en rend pas compte…
Certains ne s’en aperçoivent pas ou ne veulent pas s’en apercevoir. Il y a un déni total. Sans compter qu’une mère ne peut pas imaginer que son mari ou l’un de ces enfants puissent faire une chose pareille. Même si la victime n’ose pas en parler, on imagine difficilement que personne autour ne s’en aperçoive.
On compte aujourd’hui sept millions de victimes et encore c’est un chiffre estimé, ce qui est démentiel. C’est pour cela que c’est un sujet dont il faut qu’on parle et c’est pour cela qu’en sous-titre du film il y a : « On l’a vécu, vous pouvez l’entendre »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Notes de lectures

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Tatiana de ROSNAY: Nous irons mieux demain (Ed. Robert Laffont – 350 pages)
Candice jeune mère solo d’un garçon de trois ans, battante ingénieure du son qui mène rondement sa vie, fragilisée par le deuil récent de son père, est soudain confrontée à un évènement qui va bousculer sa vie. Alors qu’elle rentre chez elle après une journée de travail elle assiste à un accident de la rue : une dame se fait renversée par un automobiliste sous ses yeux. N’écoutant que son bon cœur elle l’accompagne, l’assiste dans sa solitude et l’implique peu à peu dans sa propre vie pleine de sollicitude et de bon cœur. Mais celle-ci retrouvant son allant se prépare à bouleverser ce foyer familial semant vents et tempêtes. Sa force et sa vitalité vont faire des ravages dans ce foyer aimant.
Il y est question de maisons que l’on habite, de qui y a vécu avant, impliquant à l’occasion des personnages célèbres tels que Zola. L’occasion de nombreuses digressions et cascades de situations inattendues et déroutantes impliquées par la rencontre de ces deux femmes fusionnelles mais où l’emprise des relations sèment le désordre et le mal de vivre mais où on se laisse aussi charmer par l’évocation des relations d’un Zola pas toujours connu
Roman très personnel où l’auteure a mis toutes ses tripes pour défendre de nobles causes comme l’anorexie, la solitude, l’abandon sans perdre de vue son auteur chéri : Emile Zola
Christophe ONO-DIT-BIOT : Trouver refuge (Ed Gallimard – 413 pages)
C’est avec émotion que je viens de lire ce merveilleux roman de Christophe Ono-dit-Biot. Pour la femme que je suis, interdite de séjour dans les monastères du Mont Athos en Grèce, c’est une plongée émouvante, spirituelle et revivifiante qu’offre l’auteur.
Sacha, philosophe historien est invité à la télévision et malheureusement a laissé supposer que le président appelé Papa n’avait pas toujours été comme il est aujourd’hui. Un aujourd’hui qui se situerait dans les années prochaines et qui aurait largement emporté les suffrages des français en promouvant une politique d’extrême droite, autoritaire et sous surveillance permanente.
Sacha se sentant menacé fuit donc, là où il a passé des vacances merveilleuses avec  Alex, aujourd’hui Papa, et où il sait que les moines accueilleront ceux qui cherchent à être sauvés. Avec femme et enfant c’est vers  cette Sainte Montagne qu’il se dirige, muni du secret qu’il n’avait jamais révélé à personne et qui est son seul salut comme sa propre condamnation sans appel. Très vite il est seul avec sa fille Irène qu’une coupe de cheveux transforme en Irénée prénom fusionnel avec Byzance et les orthodoxes, Sacha retrouve son ami moine orthodoxe et dans cette nature sauvage et abrupte qui compte une vingtaine de monastères pour les moines, particulièrement Stavronikita le monastère de la croix victorieuse et Esphigmenou, le monastère des extrémistes qui ne digèrent toujours pas le sac de Constantinople en 1204.
On est complètement envoûté par la spiritualité, la beauté pure du lieu. Un huis-clos où les menaces sous forme de drones  sont balayées par la fraîcheur pétillante de cette petite Irène qui suit son père et perçoit l’imperceptible, la subtilité et la puissance du silence.
On suit cette course éperdue au Mont Athos, cadeau du Christ à sa mère Sainte Anne, un cadeau que le lecteur saura savourer et qu’il gardera en mémoire avec bonheur.

delavega arnaud

Flo DELAVEGA : Sur le chemin des rêves (Ed JouVence – 217 pages)
Cet ancien sportif nommé Florian Garcia, est un jour devenu chanteur… une star même puisque sous le pseudo de Fréro-Delavega après avoir participé à « The Voice » et rempli des stades et des Zéniths, il décide un jour que ce monde des strass et des paillettes ne lui convient pas.
Il quitte donc son complice Jérémy Frérot qui continue seul avec le succès que l’on sait et… silence radio.
Il produira quand même un CD en solo « Rêveur forever » puis, après un long Silence… Il revient mais avec un livre « Sur le chemin des rêves » où il nous raconte qu’après ces années de folie et de bruit, après un grand moment de doute et de dépression, il s’est rendu compte que là n’était pas là la vie… SA vie ; il lui fallait du silence, passer de la lumière à l’ombre, faire une introspection en faisant un voyage initiatique et se plongeant dans le monde du rêve et de la réalité, de la liberté et de la vraie vie.
Ainsi est-il devenu un « rêveur funambule » en sautant dans le vide et se tournant vers d’autres rêves que le show biz, la célébrité, la foule, la folie médiatique.
Ce fut son vrai retour sur terre mais malgré tout un vrai cheminement de doutes, d’espoirs, de désespoir aussi. Une vraie renaissance, un retour aux sources, la reconquête de son authenticité dans la nature qu’il retrouve.
Avec ce livre il nous fait parcourir ses chemins de traverse grâce auxquels il a retrouvé la lumière. Mais une autre lumière qui lui a rendu la sérénité.
« Chaque pas que je fais, chaque rêve réalisé, est une réconciliation avec mon enfant intérieur, avec le petit Florian Garcia ».
Il est aujourd’hui épanoui, heureux d’avoir osé prendre des risques, trouvé la spiritualité.
Ce livre et illustré de ses propres dessins et de poèmes qui pourraient devenir des chansons. D’ailleurs, vous pouvez découvrir une chanson avec un QR code qui est en fin de livre. Car à la fin de celui-ci, il n’exclut pas de revenir vers le public mais dans d’autres conditions.
On découvre à travers ses écrits un homme simple, magnifique, profondément humain qui, comme un Phoenix, a su se relever de ses cendres.
Alain ARNAUD : La braconnière (Ed Exaequo – 216 pages)
Un souffle de fraicheur sur les hauteurs provençales du département du Var emmené tambour-battant par l’auteur, dans les années 70 sous les traits d’une jeune orpheline de 15 ans recueillie par sa tante moment du décès accidentel de ses parents. Grand désarroi, grande peine de ce petit être accueilli par cette parente aimante qui va la soutenir dans la construction de sa jeune vie.
En communion avec la nature qui l’entoure elle va se replier vers la forêt, les animaux, les fleurs qui seront son univers, négligeant les études et la ville pour s’épanouir dans une vie sauvage. Jusqu’au jour où la civilisation la rattrape : Le village, les voisins, les notabilités qu’l faut bien côtoyer vont faire de cette sauvageonne  sensible une femme forte, endurante et pleine d’avenir. Une jolie tranche de vie dans des paysages de nature mais aussi de conquête, d’amour et d’espoir.
C’est un  grand vent de fraicheur et de réalisme qui nous rapproche de ce passé récent dont on a suivi la progression.

Six-Fours – Festival « Femmes ! »
Cinq femmes, cinq cultures, une histoire

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Dans le cadre du festival « Femmes ! » organisé par les Chantiers du Cinéma présidé par Luc Patentreger, avait lieu un film-débat ce mardi au Six N’Etoiles.
Le sujet : la femme et le plaisir. Le film : « Female pleasure » de Barbara Miller.
C’est le portrait de cinq femmes, de cinq cultures et chacune vit ou a vécu le sexe de différentes manières et le plus souvent de cruelle manière : Doris Wagner, une jeune novice européenne violée par un prêtre. Deborah Feldman, une juive  orthodoxe qu’on a obligé d’épouser un homme qu’elle ne connaissait pas. Rokudena Shiko, une artiste asiatique emprisonnée pour avoir eu « l’outrecuidance » de faire de sa vulve une œuvre d’art en 3 D. Leyla Hussen, une somalienne qui a été excisée encore enfant.  Vithika Yaoki, une indienne qui dénonce un violent patriarcat dans son pays.
Chacune raconte leurs expériences, leurs odieuses maltraitances qui a mis leur vie en danger .
Le film démarre sur des photos publicitaires (pour entre autres la marque Dolce & Gabana) de femmes nues ou demi-nues dans des poses on ne peut plus suggestives et vulgaires, pour passer à des processions de sœurs ou de femmes voilées. Après la préhistoire, le Moyen âge est encore sous nos yeux, dans le monde. Les deux comportements sont aussi choquants, le premier donnant une image vulgaire de la femme, les autres montrant à quel point, dans certains pays, les femmes sont avilies.
Les femmes soumises, violées, battues, blessées dans leur chair, les mariages arrangés… On en est encore à l’ère du machisme, du patriarcat, les plus aberrants,  les plus sauvages.
Et on voit dans ce film terrifiant combien la femme reste malgré tout courageuse, certaines d’elles risquant leur vie pour combattre toute cette férocité machiste et ancestrale.
Le film est poignant et l’on ne peut qu’admirer ces femmes qui luttent pour leur liberté de vivre, de faire l’amour avec qui elles veulent, de simplement être maîtresses de leur corps. Le patriarcat, dit l’une d’elle, est la religion universelle  et les femmes, même si elles sont indispensables à l’homme pour de mauvaises raisons, en sont les ennemies.
On est encore loin de l’égalité homme-femmes, le chemin est encore long.

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Béatrice Metayer – Larissa Agnemby-Mbina – Corinne Jean-Elie Logodin
Agathe Monot – Dr Stéphanie Guillaume – Dr Francis Maurique

A la suite de ce film remarquable mais oh combien bouleversant, Béatrice Métayer, ambassadrice du festival, avait la dure tâche de prendre le relais pour animer le débat.
Elle était entourée Du Dr Stéphanie Guillaume, médecin généraliste et sexologue très engagée, Corinne Jean-Elie Logodin, thérapeute du sexe, spécialiste de l’épanouissement du couple, Agathe Monot, sage-femme libérale qui a grandi dans une fratrie de filles. Larissa Agnemby-Mbina, née au Gabon et ayant vécu une enfance et une adolescence coincées entre coutumes, traditions et religion.
Enfin, « the last but not the least », le seul homme de ce débat, le Docteur Francis Maurique, chirurgien gynécologue.
Pour le Dr Guillaume, qui voit nombre de cas dramatiques, l’important est le dialogue, aller vers le patient. Mais l’entourage la famille, les amis sont aussi importants pour expliquer très tôt les règles de la vie sexuelle, accompagner la découverte du corps, le désir. La sexualité doit s’exprimer dans le respect de l’autre – dit-elle – Il faut savoir aborder la sexualité dans les différents cas que sont la grossesse, la ménopause, le cancer, la vieillesse. « Nous devons, nous médecins, être les premiers à l’écoute du patient » dit-elle.
Corinne, qui est sexothérapeute est aussi coach et elle est là pour aider les patients à comprendre leurs problèmes, leurs désirs, ce qu’ils vivent sans pouvoir le dire car malgré tout, le sexe a encore ses tabous. Bizarrement, si elle reçoit des femmes et des couples, la majorité de ses patients sont des hommes qui ont souvent du mal à s’exprimer, ils ont honte d’avouer leurs faiblesses.
Larissa est l’avant-dernière d’une fratrie de 12 enfants. Dans sa famille, la femme n’a toujours été que l’objet de reproduction, la femme doit tout faire pour le plaisir et la satisfaction de « son homme » Elle avoue qu’avoir été « la onzième », lui a permis de vivre une autre vie que ses sœurs. Elle a pu étudier, voyager et a choisi de vivre avec qui elle voulait. Même si cela n’a pas été facile. Et en voyageant elle a pu se rendre compte à quel point dans certains pays, les femmes avaient du mal à s’imposer.
Agathe est sage-femme, c’est avec elle que tout commence puisque c’est elle qui délivre la femme et met la vie au monde. Elle accompagne les femmes durant leur grossesse et – dit-elle avec passion – elle est détentrice des histoires de leur vie, étant une partenaire privilégié durant toutes les étapes de la grossesse jusqu’à l’accouchement.
Quant au Dr Maurique, dans sa profession il avoue qu’il voit quelquefois des choses incroyables et qu’à sa grande surprise, il voit beaucoup de femmes excisées, la religion ayant un impact énorme sur celles-ci, malgré de nombreuses associations qui luttent contre ces atrocités ancestrales. Bien évidemment, c’est un grand traumatisme, aussi bien physique que psychologique. La sexualité reste un sujet toujours très sensible. Et il déplore tous ces réseaux où les jeunes découvrent la sexualité à travers les films pornographiques. Ils ne se rendent pas compte que ce n’est pas là la vraie vie sexuelle, ce qui crée nombre de malentendus et dérapages.

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Alors qu’on glorifie le plaisir masculin, symbole de virilité, le plaisir féminin reste encore tabou et dans certains pays, les femmes le paient très cher. Et même si les femmes se soulèvent un peu partout dans ces pays où l’homme est le Dieu et la femme seulement une reproductrice, on ne peut qu’admirer ces femmes qui se battent au péril de leur vie.
Un film remarquable pour cela et un combat encore trop tabou que, tous, nous devons aider à mener.

Jacques Brachet

Festival « Femmes
Eva DARLAN… S’il n’en reste qu’une…

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Elle a toujours ce regard bleu-vert sous sa chevelure de feu et ce petit sourire malicieux.
Mais ne vous y fiez pas car cette talentueuse comédienne peut sortir ses griffes s’il faut défendre la cause des femmes.
Ce qu’elle a fait dès qu’elle débuté dans le métier avec « Les Jeanne » en 76 puis, tout au long d’une carrière prolifique au théâtre, au cinéma, à la télé. Elle n’a jamais baissé les bras, a toujours combattu auprès des femmes qui avaient besoin d’aide, à tous les niveaux, prenant beaucoup de risques dont celui de plomber sa carrière. Et pourtant elle est toujours là, omniprésente.
Notre première rencontre date de… 82, alors que j’étais attaché de presse du festival du Jeune Cinéma d’Hyères. Puis l’on s’est rencontré plusieurs fois au festival de Cannes, à l’abri du petit hôtel Suisse et je la retrouve inchangée : volubile, énergique, combative et défendant cette jeune femme emprisonnée à Toulon, Priscilla Majani, qui a eu « l’outrecuidance » de partir en Suisse avec sa fille  dont le père, son mari s’adonnait à des attouchements et des violences sur celle-ci… Et c’est elle qui est en prison !
La justice a encore frappé !

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Entournt Evas Darlan, Noémie Dumas, directrice du Six’N’Etoiles, Luc Patentreger, président du festival, Stéphanie Guillaume, adjointe à la Santé, Fabiola Casagrande, adjointe à la Culture

Invitée d’honneur du festival « Femmes ! »  elle n’a malheureusement pas pu aller la voir en prison, les démarches étant trop longues. Mais elle a écrit une lettre que toute la presse devrait recevoir et elle sera là pour son procès.
Voilà comment démarrent nos retrouvailles avant de parler « métier » et je la retrouve là tout entière, mon Eva et ce n’est pas pour rien que l’association « Les Chantiers du Cinéma », présidée par Luc Patentreger l’a invitée pour l’inauguration, du festival « Femmes ! » qui a eu lieu ce lundi au Six N’Etoiles de Six-Fours, avant de s’essaimer à la Seyne et Toulon.
« J’ai créé un comité de soutien, comme je l’ai fait pour Jacqueline Sauvage où nous sommes arrivés à nos fins. Déjà de nombreuses personnes ont signé ma pétition – poursuit-elle – et le 23 novembre aura lieu le procès à Aix-en-Provence. J’y serai !
Tu es donc toujours là, fidèle au poste !
Il y a encore tellement de boulot ! Depuis que Napoléon a enlevé pas mal de droits aux femmes, nous avançons petit à petit pour les reconquérir mais nous avançons devant un bloc : la justice qui ne bouge pas, qui est arcboutée sur ses positions. Une justice patriarcale qui, sur 76% de femmes maltraitées, condamne 1% des hommes qui les maltraitent. Et ce n’est pas avec ce grand « féministe » qu’est Dupont-Moretti, que les choses avanceront ! Du coup, je consacre une grande part de ma vie à combattre ces injustices.

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Même dans ton métier de comédienne !
Exactement, surtout au théâtre, ce que je fais dans mon seule en scène que j’ai écrit et joué en Avignon « Irrésistible », que j’espère jouer en tournée. Ce sera mon dernier one woman show « rigolo-féministe » car j’arrive à la fin de ce que j’ai toujours voulu dire. Avec « Les Jeanne », on parlait surtout du couple, de ses problèmes, c’était drôle et presque gentil mais depuis, mes spectacles sont devenus plus corrosifs, même s’il y a toujours le côté humour qui fait que je suis mieux entendue. Le spectacle précédent s’intitulait « Crue et nue » où je parlais du corps des femmes, morceau par morceau, si je puis dire ! Dans celui-ci, je m’intéresse aux origines de l’humanité, comment on est arrivé au patriarcat, toujours en rigolant et à cette égalité des femmes et des hommes qui est loin de se concrétiser.
Tu n’y crois pas ?
Crois-tu que les hommes ont l’intention de perdre leur virilité ? On en est loin !
Même si, chez les plus jeunes aujourd’hui, certains consentent à faire la vaisselle, à repasser, à changer leur bébé, ce n’est pas la majorité. C’est pour cela que j’aimerais pouvoir montrer mon spectacle aux scolaires. Je m’y attelle mais, là encore, il faut de la patience et de l’énergie !
Malgré tout ça, l’année 22 a été assez chargée pour la comédienne que tu es !
Ah bon ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Deux films « Villa Caprice » de Bernard Stora, « Irréductible » de Jérôme Commandeur, pour la télé « De miel et de sang » et ta pièce !
C’est vrai que j’ai fait tout ça !
Je ne me rends pas compte et je suis heureuse qu’à mon âge on pense encore à moi !

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Et tu refuses des projets ?
Tous ceux qui me font chier, qui me proposent des rôles de grand-mère car aujourd’hui on me propose – et pas qu’à moi je pense – des rôles de mémés ou de vieilles dames qui ont la maladie d’Alzheimer ! C’est vrai, ça existe et c’est navrant mais il y a aujourd’hui beaucoup de femmes de mon âge qui sont pleines d’énergie, de santé, qui font plein de choses… Ce que je fais !
Et le prochain Projet ?
Un film que je tournerai en janvier à Marseille, réalisé par Anne-Elizabeth Blateau, qui joue dans « Scènes de ménages ». Il faudra venir sur le plateau !
Est-ce que tu penses que tes engagements ont pu freiner ta carrière ?
Je ne sais pas car je n’ai jamais cessé de jouer d’un côté ou de l’autre. J’ai certainement dû être « évitée » de certains projets. Mais on n’est pas venu me le dire !
Mais à te dire vrai, je m’en fous. Je n’ai jamais eu peur de m’engager et de dire tout haut des choses que beaucoup pensent et n’osent dire. Pour Jacqueline Sauvage, je me suis engagée à fond et ça a marché. C’est le principal et c’est mieux qu’on rôle qu’on ne m’a pas donné. J’ai beaucoup combattu sur des causes diverses qui me semblaient juste et je ne regrette rien. J’aurai toujours une grande gueule et je l’ouvre !
5.000 ans de patriarcat, il y a de quoi se révolter, non ? C’est lui en ce moment qui tue la planète. La planète est en train de crever. Nombre de femmes sont plus écologiques que les hommes !
Crois-tu en la résilience des femmes qui, comme toi, ont été touchées dans leur chair ?
Quant à moi, ça ne m’a pas servi.  Ça a été un très long parcours, la seule chose que je devais faire, c’était de vivre. Il le fallait. Maintenant Par contre, le cinéma a la vertu de réonforter les gens dans leur douleur, dans leur choix… C’est peut-être ça la résilience ».

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Après ce long et magnifique entretien, un cocktail était servi où toute l’équipe organisatrice du festival et nombre d’élus six-fournais entourèrent Eva. Elle en profita pour parler de son spectacle qu’elle aimerait jouer dans la région. Fabiola Casagrande, adjointe aux Affaire Culturelles, lui promit de faire en sorte qu’elle revienne pour le jouer. Puis elle alla ensuite rejoindre la salle où nous étions conviés à un mini-concert du duo musical « Sigana » qui nous offrit avec talent quelques chansons du monde chantées par des femmes ou parlant des femmes. Moment d’émotion et de poésie avant que l’on découvre le film de Yann Arthus-Bertrand et Anastasia Mikovic. Un film plein d’amour, d’espoirs, d’émotion encore, qui nous fit découvrir des portraits de femmes du monde entier parlant de leur vie, leurs amours, leur détresse, parlant sans filtre des violences et viols dont elles ont été victimes mais aussi de la découverte du sexe, de la naissance de leurs enfants, de leur joie d’être mère, des exactions qu’elles ont subi, des hommes, de leur travail, de la société machiste,… Bref tous les sujets dont elles parlent avec douleur, avec détresse mais aussi avec humour et bonheur. Un magnifique film sur toutes ces femmes belles, courageuses, heureuses ou malheureuses, meurtries mais avec l’espoir de mieux vivre. C’est quelquefois déchirant, violent, quelquefois drôle et naïf. Mais toujours juste et prenant.
La femme dans tous ses états.

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Avec Béatrice Métayer, Martine Patentreger, et Virginie Peyré, ambassadrice du festival

Jacques Brachet

France 3 – inédit – Cassandre  » Les sentiers de la mort « 

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Pour rappel : les 3 épisodes inédits diffusés en début d’année ont réuni en moyenne 5,1 M de téléspectateurs et 23,4 % de part d’audience en consolidé 

Avec
Gwendoline Hamon (Florence Cassandre), Alexandre Varga (Pascal Roche), Dominique Pinon (Jean-Paul Marchand), Jessy Ugolin (Nicki Maleva), Emmanuelle Bougerol (La Major Kerouac), Soren Prévost (Procureur Étienne Chappaz), Luca Malinowski (Jules), Vincent Jouan (Montferrat), Rebecca Benhamour (Manon Choiseul), Agnès Sourdillon (Judith),  Fanny Ami (Lili Roussel)

CASSANDRE CASSANDRE CASSANDRE
CASSANDRE CASSANDRE CASSANDRE

Les sentiers de la mort
Cassandre enquête sur la mort de Xavier Delmont, 33 ans, bien connu dans la région pour être le propriétaire d’une marque de matériel de sport de montagne ayant le vent en poupe : O2Climbers. Marque qui sponsorise l’AlpsMan, un triathlon extrême dont le départ sera donné dans une semaine à Annecy… auquel Xavier devait participer ! Alors qui en voulait à Xavier ? Un concurrent ? Cassandre et son équipe comprennent qu’il va falloir entrer dans le microcosme de la compétition de triathlon extrême et que des surprises les attendent. Car même si la société de Xavier sponsorisait des athlètes, ils n’en étaient pas moins concurrents pour l’AlpsMan
Auteurs : Thomas Griffet et Jean-Marc Taba
Réalisatrice : Pascale Guerre
Avec : Fanny Cottençon (Eva Delmont), Arthur Jugnot (Raphaël Delmont), Stéphanie de Crayencourt (Lucie Delmont), Philippe Nesme (Victor Lazzari), Alma Rosenbeck (Carmen Saunier)
Diffusion le samedi 5 novembre à 21h10

CASSANDRE

SETH, le « globe-painter »

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Il se nomme Julien Malland mais il est aujourd’hui connu mondialement sous le nom de Seth, du nom d’un dieu égyptien. Mais s’il est un dieu c’est celui de l’art urbain, le street art, qui l’a fait connaître du monde entier ; du moins ses œuvres car il n’aime pas qu’on le photographie.
Pourtant il a débuté comme photographe avant de continuer sur des graffiti, en dessinant sur des murs. Mais comme il a toujours aimé s’exprimer artistiquement en peignant et qu’il adore les voyages, il a décidé, voici 25 ans déjà, de laisser un peu de côté son métier de photographe et celui de présentateur de documentaires, pour courir le monde et trouver des supports pour s’exprimer.

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F POPASNAL'école n°1 de Popasna, dans le Donbass, Ukraine, en 2019

C’est ainsi qu’il a parcouru, l’Italie, l’Indonésie, l’Indochine, la Tunisie, l’Ukraine, le New Jersey, la Réunion, le Cambodge, la Corée, la Chine… La liste serait longue mais tout en voyageant, il a laissé des traces un peu partout en squattant des maisons abandonnées, des murs à moitié effondrés, des quartiers sans vie dus à la guerre, des camps de réfugiés, des monuments abîmés, des maisons tristes à qui il redonne vie en créant des petits personnages sans visages mais d’une grande beauté pleins de poésie et d’émotion…
Puis, son métier de photographe revenant au galop, il les photographie. Il présente tout d’abord les photos de ses œuvres en plein air sur les réseaux sociaux jusqu’à ce que celles-ci se retrouvent sur des livres d’art.

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Le dernier vient de sortir : « Face aux murs » (Ed la Martinière) avec lequel il nous fait voyager de par le monde, en nous faisant entrer dans l’univers des enfants, un univers à la fois simple, naïf et sensible qui retrace dix ans de voyages, de créations, toutes originales et belles.
Aujourd’hui reconnu, on le retrouve dans les plus grands festivals, les institutions les plus prestigieuses et, de Shanghaï à Rome, du Donbass à Djerba, de Belleville à Bali, il nous fait voyager à travers ses œuvres qui racontent sa vie d’artiste, de voyageur, peut-être aussi des souvenirs d’enfance pleins de douceurs dans certains pays qui en manquent cruellement, tissant des liens entre les peuples et nous offrant des images sublimes, toujours sans visages, comme lui qui n’aime pas se faire voir et qui se cache derrière elles.
Quand le street art devient art… Tout simplement.

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Jacques Brachet
Seth expose à Fluctuart à Paris, du 28 octobre au 26 février puis au Musée en herbe en 2023

Six-Fours – Octobre Rose : Un final en feu d’artifice

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Durant tout le mois d’octobre, nous avons, grâce au Dr Stéphanie Guillaume, adjointe à la santé et sa coordinatrice Béatrice Métayer, entourées de nombreux bénévoles, des associations « CapSein » et « La P’tite parenthèse » et avec l’appui du Maire de Six-Fours, Jean-Sébastien Vialatte, vécu une vie en rose pleine de joies, d’émotions fortes et surtout d’une énergie folle et d’espoir.
Durant ce mois des manifestations ont éclaté tous azimuts et la finale devait se terminer entre l’île des Embiez et l’île du Gaou.
Aux Embiez, avait lieu ce 28 octobre, un raid sportif 100% féminin créé par Christelle Gauzet, ancienne policière et issue de l’émission Kho Lanta en 2008 et Myriam Seurat, journaliste de France Télévision.

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Avec leur association Keep a Break Prévention, elles avaient donc choisi de porter leur événement à Six-Fours, ce que, selon leurs dires, elle n’ont pas regretté dans la mesure où la chaleur, le soleil et une mer d’huile permettaient de recevoir 60 femmes venues d’un peu partout qui, en binôme, tout d’abord en canoé, pagayant sur 13 kilomètres puis en courant sur 14 kilomètres autour de l’île des Embiez, nous offraient un raid à la fois solidaire, audacieux et… exténuant !
Le top départ avait été donné par Adrien Bisson, champion du monde de Free style.

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Et ce n’était pas fini puisque nos duettistes devaient encore faire 16 kilomètres  en VTT, le lendemain sur l’île du Gaou où avait été construit le Village Rose réunissant tous les sponsors, les partenaires, les associations, les femmes et donc celles atteintes d’un cancer du sein, guéries ou en rémission et bien sûr toutes les participantes.

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La fête a été belle, tout le monde a joué le jeu et on ne peut que féliciter tous ces gens qui, durant un mois, se sont donnés corps, cœur et âme pour que l’Octobre Rose Six-Fournais soit une réussite.

Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

Christiane BROUSSARD… Première à Six-Fours

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Que vous dire de Christiane Broussard que je ne vous ai déjà dit tant je la suis comme mon ombre car j’aime son travail d’artiste, sinon d’avoir la joie de la voir exposer pour la première fois à Six-Fours dans un cadre qui va à merveille à ses œuvres, dans cette belle salle de la Batterie du Cap Nègre.
C’est vrai qu’elle essaimé ses galeries du Var, de France et jusqu’à Paris mais on ne l’avait jamais sollicitée pour exposer à Six-Fours.
Le lieu est splendide, les salles superbes et son travail est subliment mis en valeur. C’est Agnès Rostagnon, 1ère adjointe, qui remplaçait Fabiola Casagrande, adjointe à la culture, en son absence.

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J’y ai bien sûr retrouvé des œuvres que je connaissais mais que je retrouve toujours avec plaisir, quelques nouveautés aussi car Christiane est très prolifique et elle est toujours aussi heureuse lorsqu’elle peint à l’huile, au couteau, à l’acrylique.
Ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même elle se rapproche de l’impressionnisme pour mieux se diriger vers l’abstraction ou le néo-réalisme mais son style reste très personnel.
Cette passion pour cet art, elle l’a vue grandir auprès de son père Joseph Constant qui était un peintre provençal malheureusement trop méconnu car il n’a jamais essayé de percer. Et ses belles œuvres, on ne les trouve que chez des amis ou chez sa fille. Mais cette passion,

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Christiane l’a toujours eue grâce à lui avec qui elle peignait déjà toute petite.
Ses œuvres à elles sont des impressions de voyages comme cette magnifique toile sur Venise où tous les camaïeux de jaunes, d’orangés, de bruns éclatent de sérénité, de joie mais aussi de mystère et nous surprennent, tant on est habitué à découvrir des tons de bleus, du plus clair au plus profond, évoquant la mer, la Méditerranée, sa région ou encore la Grèce et pour cette exposition elle nous offre une petite toile tout en longueur évoquant Six-Fours !
Vous pouvez admirer ses œuvres jusqu’au 27 novembre.

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Jacques Brachet

Vladimir COSMA l’as des as de la musique !

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Vladimir Cosma est né le 13 avril 1940 à Bucarest.
Hasard des événements : ses parents ayant fui leur pays, étaient venus s’installer en France où sa mère s’est retrouvée enceinte. Normalement, il aurait donc dû naitre en France mais la mort de son grand-père les a ramenés en Roumanie… où il est né. Et d’où ils n’ont pu ressortir.
Il lui faudra attendre 22 ans pour se retrouver à Paris. Mais déjà, dans son pays, à 8 ans, super doué, il était devenu violoniste soliste. Il avait de qui tirer car sa grand-mère et sa tante étaient pianistes, un de ses oncles était chef d’orchestre, son père était musicien de jazz.Il n’y a que sa mère qui, elle, était… championne de natation !
Inutile de préciser qu’il fut baigné… de musique. De toutes les musiques, du jazz au classique en passant par la musique folklorique et la variété, la musique était omniprésente. Et tout au long de sa vie, il a su mêler toutes ces musiques entendues depuis son enfance. S’il a appris le violon c’est qu’à la maison où ils vivaient il n’y avait pas de place pour un piano… A quoi ça tient !
S’il fallut que, de retour en France, il recommence à zéro, très vite il trouva sa place grâce à de grands musiciens qui l’y ont aidé, comme Jean Wiener ou Michel Legrand qui le prit sous son aile et lui fit faire les arrangements de ses musiques.

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En 67 il commença à signer des musiques de films mais c’est en 68 qu’il rencontre le réalisateur Yves Robert, qui lui demande de signer la musique du film « Alexandre le bienheureux ». L’amitié et l’admiration partagée en firent qu’ils ne se quittèrent plus et qu’il signa toutes les musiques de ses films, du « Grand blond avec la chaussure noire » à « Montparnasse-Pondichery » en 94, en passant par « Salut l’artiste », « Un éléphant ça trompe énormément, « Nous irons tous au paradis », « Courage fuyons » sans oublier les magnifiques musiques que sont « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère ».
Il eut ainsi d’autres beaux compagnonnages avec Gérard Oury (« L’as des as », «Rabbi Jacob » qui le fit connaître internationalement), Jean-Pierre Mocky pour qui il écrivit les musiques de tous ses films,  Claude Zidi, Claude Pinoteau et la fameuse « Boum », Molinaro, Francis Veber avec qui ça ne fut pas de tout repos, Beneix et l’admirable « Diva »… Bref, son talent fit que nombre de réalisateurs et producteurs firent appel à lui…
Aimant toutes les musiques (C’est une incroyable mémoire musicale), il côtoya et travailla avec le nec plus ultra des musiciens de jazz (Ivry Gitlis, Chet Backer, Claude Bolling, Stan Getz, Bill Evans, Joss Baseli, Sidney Bechet, Tont Benett, Jean-Luc Ponty, Stéphane Grapelli… A chaque film il trouva l’originalité qui faisait de ses musiques un succès. Car en plus, il connaît tous les instruments du monde entier, donnant à chaque fois une couleur à nulle autre pareille : la flûte de pan pour l’une, la guimbarde pour l’autre, le kazoo, le bandonéon, le cromorne, le banjo les pipes écossaises,  l’harmonica, le glockenspiel (faut connaître !) et nombre d’instruments, indiens, chinois, africains que le simple mortel ne connait pas, jusqu’à tous les appareils électroniques. Et même… les cigales dont il fit un instrument de musique pour les souvenirs d’enfance de Pagnol !

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Quel que soit le style de musique demandé, il s’adapte, aux desiderata du réalisateur, Au sujet, à l’époque, il trouve toujours l’habillage haute couture du film, qui fait qu’aucune musique ne se ressemble, que ce soit dans la comédie ou le drame… et même l’érotique ! Il a même écrit un opéra autour de « Marius et Fanny » de Pagnol, interprété par Roberto Alagna et Angela Ghorghio
Il a une culture musicale à nulle autre pareille et… une mémoire d’éléphant car il nous signe aujourd’hui, non pas une musique mais un livre, une bible de 500 pages, où il nous raconte près de 70 ans de musique et de passion en disséquant toutes les musiques qu’il a écrites, le pourquoi du comment et plein d’anecdotes autour de tous ces artistes avec lesquels il a collaboré.
Il y a beaucoup de musiciens de films mais il se compte sur les doigts ceux qui ont fait une carrière aussi prolifique que Vladimir Cosma.

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 Rencontre à la Ciotat avec Nicole Croisille
Rencontre à Ste Maxime avec Vincent Perrot (Photo Christian Servandier)

Le titre de ce magnifique livre qu’il signe avec passion et humour : « Mes mémoires », tout simplement, avec en sous-titre « Du rêve à Reality » (Ed Plon). « Réality » étant le titre de chanson de « La boum » que chantait et chante toujours Richard Sanderson, qui a fait le tour du monde et continue une magnifique carrière.
Je voudrais vous raconter aussi mes rencontres avec Vladimir Cosma.
Nous étions en 2005 et j’étais alors directeur artistique du Festival du premier film de la Ciotat, durant lequel, en dehors des films en compétition, nous rendions chaque année hommage à un réalisateur, un comédien, un musicien de film. Ainsi sont venus Claude Lelouch, Robert Hossein, Annie Cordy, Claude Pinoteau, Michel Jonasz, Michel Galabru et en 2005, j’invitais Vladimir Cosma qui avait dit oui à condition de venir en train car il détestait l’avion. Ça tombait bien car le train en gare de la Ciotat fut le premier film des frères Lumière.
Le mois de juin approchait lorsque sa compagne m’appela pour me dire qu’il ne viendrait pas car il était fatigué. Panique à bord, je le rappelle et il me dit : « J’ai promis, je viendrai ».
Me voilà rassuré et, le jour de son arrivée, je reçois un appel de lui et là, re-panique. Je me dis qu’il a raté le train ou simplement qu’il a changé d’avis… Je le rappelle et il me dit : « Désolé… je suis dans le train mais… j’ai oublié mon slip de bain… Pourriez-vous m’en trouver un ??? »
Promis, juré, c’est vrai !
Me voilà rassuré et lui aussi, trouvant un slip dans sa chambre. Et, vous me croirez ou pas, il a posé ses valises et est parti se baigner, l’hôtel donnant sur la plage !
Il fit ça durant les cinq jours où il fut présent. Lorsqu’on ne le trouvait pas, on allait à la plage ! Et, comme c’est un homme qui ne sait pas ce qu’est l’heure, nous avons passé notre temps à aller le chercher ! Nous déjeunions au bord de l’eau et entre deux plats, il allait plonger… Jusqu’au dernier jour où, le car attendant les invités pour les ramener au train, il se pointa juste à temps pour ne pas le manquer, car il était allé prendre un dernier bain !
Par contre, au contraire de grandes stars très exigeantes, la seule exigence de Vladimir fut… un slip !
Étant un magnifique conteur, nombre de choses qu’il raconte dans ce magnifique livre, il nous les racontait avec la joie d’un enfant qui s’amuse avec un jouet depuis des décennies. Il retrouva mon amie Nicole Croisille que j’avais aussi invitée et qui a chanté le générique de la série TV « Les cœurs brûlés », qui s’intitule « Je n’ai pas dit mon dernier mot d’amour », chanson, nous raconte-t-il dans ce livre, qui n’a pas été gardée lors de la sortie de la série mais dont Nicole a fait malgré tout un succès !
Je devais rencontrer à nouveau Vladimir le 17 juillet 2012 lors d’un concert qu’il donnait à Ste Maxime et où je le retrouvai avec Vincent Perrot qui venait de nous offrir un magnifique album sur le musicien et Richard Sanderson que Vladimir avait invité pour chanter cette chanson de « La boum » « Reality ».

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Nous avons passé une brillante soirée et je suis prêt à recommencer.
Alors quel plaisir de le retrouver dans ce superbe pavé qu’il nous offre, nous contant presque au jour le jour, le parcours d’un petit roumain qui aurait pu devenir français à sa naissance, disséquant chaque film, nous en racontant la genèse, avec un certain humour slave, une façons de s’exprimer, beaucoup mieux de certains artistes français, avec aussi beaucoup d’émotion lorsqu’il parle de ses chers disparus, Jean-Pierre Mocky ou Gérard Oury.
A noter au passage que s’il est surtout connu pour ses musiques de films, il a écrit des œuvres symphoniques, des musiques de chambre, des œuvres scéniques, des œuvres pour piano et orchestre, des musique de jazz car Vladimir Cosma est un compositeur prolifique et polychrome !.
Ses deux derniers CD, dont je vous ai parlé, en dehors de nombre de compilations de musiques de films sont : « 24 caprices pour mandoline solo » et « Suite populaire et œuvres pour mandolines et accordéon ».
Sans compter que Nana Mouskouri, Nicole Croisille, Lara Fabian, Guy Marchand, Marie Laforêt, Mireille Mathieu, Herbert Léonard, sans compter Richard Sanderson, l’ont chanté avec succès.
Lire ses mémoires, c’est traverser les décennies avec ses musiques qui sont toujours dans nos têtes et c’est découvrir une œuvre immense d’un homme qui est resté d’une simplicité désarmante.

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Jacques Brachet