
Curieux et magnifique personnage que le britannique Stuart Lawsan, qui a eu et a toujours une vie peu banale.
Amoureux de la photographie dès son plus jeune âge, il devient, durant 47 ans, banquier… en Russie, où il découvre la danse et surtout retrouve sa passion première par l’intermédiaire de celle-ci.
Il replongera donc et, quittant la banque, il redevient photographe. Un photographe qui exposera dans le monde entier, qui travaillera avec le Stanislavski ballet, le Bolchoï, le ballet de Géorgie, entre autres, avant de se retrouver… à Hyères où il réside aujourd’hui.
Un homme de talent, un homme volubile qui nous parle de sa vie avec cet accent qu’il a pris et gardé du côté de la perfide Albion et que je rencontre à l’hôtel la Farandole à Sanary, où l’on est toujours reçu par la lumineuse Olesia Sudzhan qui nous offre à chaque fois de très belles expositions, dont celle de Stuart Lawson exposée jusqu’au 18 décembre.
Cette exposition, dont le rouge de la passion domine, Stuart l’a intitulée « L’âme du danseur » et c’est vrai qu’entre deux arabesques, trois adages, quelques jetés-battus , on découvre dans ses photos le mouvement et les expressions d’un art à la fois magique, difficile qui semble naturel mais repose sur un travail d’athlète physique mais aussi psychologique, travail de tous les jours pour arriver à cette grâce folle que nous offrent ces danseurs à travers ces photographies.
Quel plaisir de rencontrer cet homme, cet artiste, ce passionné qui s’exprime dans un français parfait avec cette pointe d’accent qui fait charme.
Stuart, j’ai quelques questions qui vont commencer par « Comment ». D’accord ?
D’accord !
Comment un Anglais se retrouve-t-il en Russie ?
J’ai été banquier 50 ans, j’ai commencé à Londres avec deux grandes banques dont la City Bank et j’ai travaillé dans onze pays ; j’ai bourlingué un peu partout dans le monde et en 95, la City Bank me propose d’ouvrir sa première banque américaine en Russie. J’ai dit OK pour découvrir mon huitième pays. J’ai été ainsi le premier président de la City Bank en Russie ! J’y suis resté 25 ans, j’ai lancé quatre banques.
Comment un banquier devient-il photographe ?
Bonne question ! Mais la vraie question est : pourquoi un photographe devient-il banquier ?
C’est-à-dire ?
J’ai découvert la photographie à l’âge de 12 ans. Je n’ai jamais perdu cette passion et durant tout le temps où j’étais banquier, je suis resté photographe. La seule différence c’est qu’à un certain moment, il y a 14 ans, j’ai eu l’opportunité de découvrir le ballet dans le ballet. C’est à ce moment-là que le photographe a repris ses droits.
Comment découvrez-vous la danse ?
Je n’ai jamais été danseur. J’ai un jour fait une lecture parce que j’ai oublié de vous dire que j’ai été aussi professeur !

Aussi ???
Oui mais j’ai fait plein d’autres choses… J’ai toujours été très occupé !
Là où j’ai fait cette lecture, les responsables m’ont dit qu’ils avaient un ballet et ils m’ont proposé de le voir. Et j’ai eu une révélation. Je me suis dit : voilà ce que je veux faire : photographier la danse de l’intérieur. Et j’ai proposé de suivre le ballet, les spectacles, les répétitions… J’ai d’abord passé trois jours avec le ballet, dix heures chaque jour car je ne voulais pas être comme les photographes professionnels : faire mes photos et repartir aussitôt les photos faites. Je suis amoureux de la danse mais je vois que c’est un monde très fermé auquel j’ai la chance d’avoir accès. J’ai donc travaillé avec ce ballet durant trois ans. Je dois avoir quelque cinq mille photos !
Et après ces trois ans ?
Je décide alors de faire de la production tout en ne vendant pas ces photos car je suis vraiment amoureux de la danse. Au bout de trois ans, voyant le résultat, le ballet m’a proposé de faire une exposition, puis un livre… Et depuis, ça ne s’est jamais arrêté.
Pour moi, c’est un travail organique, je ne me suis jamais dit « Je veux être un photographe »
Pour moi c’était naturel
Alors, autre « comment » : Comment de la Russie, vous vous retrouvez en France ?
J’ai une maison ici, à Hyères, dans la vieille ville, à côté d’un ancien monastère, le Clos de Saint-Paul. Ca a toujours été ma maison de vacances mais aujourd’hui c’est ma maison « De tout le temps » et je travaille là sur divers projets.
Lesquels par exemple ?
J’ai travaillé pour le centre Léon Bérard à Hyères, où j’ai réalisé sur soixante mètres, 123 portraits de soignants, d’infirmières, mais j’ai également réalisé beaucoup de photos de magasins, d’ateliers, de personnes qui vivent ici et chaque année depuis trois ans, on fait quelque chose qui s’appelle « Le jardin secret », nous invitons douze artistes qui exposent et nous exposons nos œuvres avec Anna, ma femme, qui est artiste, avec qui nous mêlons photo et peinture. C’est un grand moment de collaboration et ça va devenir une technique spécifique.
A côté de ça, je continue mes expositions. Je serai à Londres la semaine prochaine et je serai à Fréjus pour le festival surréaliste. Durant sept mois, je vais exposer un peu partout mais je suis tellement heureux d’être ici à la Farandole car c’est un endroit magique et Olesia est une femme tellement adorable !
Aujourd’hui, vous ne faites plus seulement des photos de danse ?
Non, tout dépend des idées qui me viennent. J’ai par exemple fait une exposition à Londres intitulée « Metamorphosis » sur l’idée de la transformation des personnes. C’est cette exposition que je présenterai à Fréjus. Je fais beaucoup de portraits, l’idée principale étant l’identité, le lien entre les personnes… Comme un banquier !
Le thème principal de cette exposition à la Farandole ?
C’est la transformation d’un endroit à l’autre et c’est l’émotion. J’espère qu’on peut voir à travers ces photos que ce ne sont pas que des photos de ballets mais des photos d’émotions de ballets.
Vous exposez partout dans le monde ?
Oui, de Londres à Moscou en passant par l’Allemagne, Dubaï et même l’Ouzbékistan !
Mais pour moi, ce n’est pas une chose commerciale et je suis tellement heureux de ne plus être dans banque et de n’être que dans la photographie… Je suis le plus âgé des jeunes photographes !
Propos recueillis par Jacques Brachet







