
C’est un beau et grand gaillard à la carrure impressionnante, au regard lumineux, au sourire qui respire la gentillesse.
Hugues Meissel est né à Aups dans le Var et a choisi la vie d’artiste qu’il vit à Paris. Mais à chaque pose, il revient plein d’usage et raison, retrouver ses racines, sa famille. Une famille bien implantée dans ce village varois où son père tenait un camping et où il a fait ses premières armes de comédien car le virus, il l’a attrapé très tôt… Pour le plaisir me dit-il !
Par une chaleur écrasante en cet été qui n’en finit pas, c’est à l’ombre de la terrasse de l’hôtel-restaurant qui fut aussi la propriété de son père que nous partageons un repas devant un arbre majestueux qui a, parait-il près de 600 ans.
Hugues, tu as choisi la vie d’artiste très tôt… Comment cela t’est-il venu ?
Au tout début, c’est une passion qui m’est venue très jeune à l’endroit où j’ai grandi. Mon père tenait un camping et j’ai pris tout le côté social avec les gens, les relations, les fêtes le soir, tout ce qui était l’animation. En fait j’ai baigné là-dedans. C’est là qu’est née l’essence même de ma passion.
Et après ?
J’ai, comme beaucoup, passé le bac puis il a fallu choisir un métier mais déjà, j’étais décidé à faire ce que j’aimais. Hélas, dans le milieu de l’Education Nationale ça n’était pas tellement bien vu. Mais j’ai eu la chance d’avoir des parents incroyables qui m’ont toujours dit « Allez, on te suit » et m’ont aidé car se loger à Paris, je n’aurais pas pu le faire sans leur aide. J’ai pu faire tout ça grâce à leur soutien mental et financier.
Tu t’y es donc très vite installé !
J’ai d’abord pris une petite année sabbatique, je suis parti en Asie puis je suis arrivé à Paris. J’avais 19 ans.
Avant cela, j’ai toujours fait du théâtre petit, en associations, dans les villages, à Lorgues, à Draguignan…
Et à Paris, ça a donc été tout de suite du théâtre ?
Oui, j’ai fait une formation théâtrale au cours de Jean Perimony, qui aujourd’hui n’existe plus. J’ai eu la chance d’avoir Jean comme professeur et j’ai aussi été formé par Christian Bujeau qui nous a quittés en juin. Christian était le fameux dentiste du film « Les visiteurs ». C’était un merveilleux prof qui m’a tout appris. J’ai donc bossé dans ce cours durant trois ans.
Et après ces trois ans ?
Je me suis créé des relations, notamment avec une ancienne danseuse qui m’a emmené sur des projets de danse et du coup, j’ai fait plus de danse que de théâtre. J’ai passé des auditions pour le groupe « Era », qui d’ailleurs avait écrit la musique des Visiteurs ! Ça fait six ans maintenant que je travaille avec eux et que nous faisons chaque année les Zénith. Ça a été mon premier gros contrat. Mais j’ai continué à faire des castings, j’ai fait beaucoup de régie à la télé mais ça, c’était pour remplir le frigo car c’est compliqué de vivre à Paris ! J’ai aussi travaillé avec Alex Lutz. C’est un génie dans ce qu’il fait, j’ai beaucoup analysé son travail, ça m’a vraiment nourri.
Tu n’as jamais travaillé ailleurs que dans des lieux de spectacles ?
Jamais ! Etre serveur dans un resto ce n’était pas mon truc. Et il suffit de quitter ce milieu trois ou quatre mois, pour que tu sois vite oublié. Puis je suis devenu intermittent du spectacle.
Et le théâtre dans tout ça ?
Je m’en étais un peu éloigné mais je n’ai jamais lâché. Je n’en faisais pas en théâtres parisiens, j’avais créé ma compagnie à la sortie de l’école de théâtre. Puis je suis entré dans une compagnie « La Divine » où j’ai joué dans un spectacle cabaret-théâtre en février qui s’intitulait « Paradis noir ». Nous étions deux sur scène, avec Hugo Lebigot qui a écrit et mis en scène le spectacle et j’espère qu’on va pouvoir le tourner en France.
Je joue également dans le spectacle « Voltige » qui est l’histoire de Dorine Bourneton qui, suite à un accident, est sur un fauteuil roulant, mis en scène par Eric Métayer.
Eric, c’est une belle rencontre ?
Oui, Eric m’a repéré sur de petits trucs que j’avais joués et il m’a fait avancer d’un grand pas dans le métier. Je viens d’apprendre que nous allions partir jouer la pièce en Martinique une semaine au mois de janvier !
Et puis après la danse, le théâtre, le cabaret donc !
Ça, c’est ma récréation. Depuis tout petit j’adore me grimer, me déguiser et me voici donc dans le spectacle « Mixity » que je joue au théâtre Lepic. Mais je ne tiens pas à m’enfermer dans ce genre de spectacle, que j’adore au demeurant, mais je ne veux pas qu’on me mette une étiquette. Afin de pouvoir m’ouvrir à d’autres choses.
Comment es-tu venu à ce spectacle ?
Très bizarrement. C’était pendant le covid, je marchais dans la rue et j’ai vu un spectacle de rue avec des tableaux incroyables, qui se jouaient aux fenêtres. J’étais obnubilé et Bruno Agati s’en est aperçu. Il m’a repéré, c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés et le lendemain j’entrais dans le spectacle. Je peux dire aujourd’hui qu’il est devenu mon mentor et si je réussis un jour, je le lui devrai.
Tu arrives à vivre de ce métier aujourd’hui ?
Oui, car à part ces spectacles, je fais beaucoup d’événementiels. Et je vis des moments irréels. Un soir, je me suis retrouvé dans les studios de Cinecittà en Italie où je jouais Jules César sur un char, pour un mariage où il y avait Paul McCartney, la famille Trump, la famille royale, Cathy Perry et je me suis dit que j’avais une chance incroyable de vivre cette soirée d’un autre monde ! C’est pour ça que je fais ça. Mais c’est vrai que le lendemain, se retrouver dans son studio, c’est assez violent ! En termes d’artiste, je me sentais un peu gonfleur de ballons ! Mais ça te remet à ta place.
L’événementiel, ce peut être le paradis comme l’enfer mais ça me permets de vivre de mon métier.
Il y a eu d’autres belles rencontres ?
Oui J’étais performeur au cabaret « Le bœuf sur le toit » où souvent, les gens ne te calculent pas. Je ne l’ai pas très bien vécu mais ça m’a amené à faire de belles rencontres comme celles du jet setter Massimo Garcia qui m’a proposé de performer à un de ses galas. Il y avait tout Paris. Et là, c’est un des plus beaux moments de ma vie : J’ai interprété « Gigi l’Amoroso » mais je n’aime pas imiter les gens que j’aime et que je ne me sens pas de faire. Je fais 1,90m, je suis carré comme un déménageur et c’aurait été ridicule d’essayer de l’imiter. J’ai donc gardé le côté masculin et j’interprète vraiment la chanson sans faire Dalida. Je n’espérais qu’une chose : Qu’Orlando ne soit pas de la fête…
Et il y était ?
La première personne que je vois en arrivant sur scène… C’est lui ! Trop tard pour reculer, j’y vais, j’arrive à le chopper et je le vois pleurer. A ce moment-là, je suis seul avec lui. Après le spectacle, il arrive vers moi et me dit : « Vous êtes incroyable, c’est un véritable hommage, à travers vous j’ai vu ma sœur. Bravo ». J’en ai encore la chair de poule.
Et il y a eu Arielle Dombasle ?
Toujours au Bœuf sur le toit. Je fais mon show, elle vient me voir dans la loge et me dit aussitôt : « Je tourne ici un clip dans trois jours et je ne le ferai pas si tu n’es pas là » Je dis OK avec joie. Le clip s’appelle « Boys in the back room ». Après ça, elle me propose de faire les JO avec elle le 14 juillet à l’arrivée de la flamme à Paris, qui a d’ailleurs fait polémique !
Mais c’est ce qu’elle voulait car elle est incroyable et n’a peur de rien lorsqu’elle est en représentation. Et elle assume. Elle est très attachante. Depuis, nous nous écrivons souvent.
Et le cinéma ? Ça t’attire ?
Eh bien, figure-toi que je viens de faire une formation qui m’a été financée grâce à mon intermittence car j’ai de plus en plus envie de me tourner vers le cinéma. J’y ai rencontré plein de gens, entre autre une femme agent, qui m’a contacté voici quinze jours et j’ai rendez-vous avec elle à la rentrée. Elle est venue à moi de la part d’un producteur que je connais, qui était le mari de la fille de Jean Perimony, que j’avais croisé dans le métro avec qui j’avais travaillé… C’est ça la magie de Paris !
Et à part ça ?
Je démarre une tournée avec « Voltige », je reprends quelques dates avec « Mixity ». C’est moi qui suis sur l’affiche, même si on ne m’y reconnaît pas !
Dommage !
Mais ça, ça n’est plus un problème. Je ne rêve plus, comme à 18 ans, d’être star, je veux être reconnu pour mon travail et si un jour je monte les marches de Cannes, je veux les monter pour de bonnes raisons.
Alors aujourd’hui… heureux ?
Quelquefois je pense que je n’ai rien fait mais quand je me retourne, je me dis que ce n’est quand même pas mal ! Je sais que la route est longue, que c’est quelquefois difficile mais je ne veux pas me cantonner dans quelque chose de précis, je veux tout essayer et à moi de choisir ce que je veux faire, ce que je veux devenir, je ne veux pas être catalogué et me fermer des portes.
Pour toi c’est quoi le théâtre ?
C’est très bizarre, on fait un truc très paradoxal. On cherche à avoir le regard du public, c’est très egocentrique aussi. On se dit : « Je suis plus haut que vous puisque vous êtes assis, vous êtes dans le noir, je suis dans la lumière, vous vous taisez et moi je parle et en plus, vous avez payé pour me voir. C’est culotté mais si on le fait c’est que pas tout le monde peut le faire. Il y a un besoin de le faire et de dire aux gens j’existe, je suis là, ne m’oubliez pas ».

Et on va faire en sorte qu’on n’oublie pas ce beau jeune homme qui ose prendre des chemins de traverse pour pratiquer sa passion !
Propos recueillis par Jacques Brachet







