Hervé VILARD… Capri n’est jamais fini !

Ceux d’entre nous qui, dans les années 60 mythiques avaient entre 17 et 20 ans… Ont aujourd’hui 80 ans. Du moins pour ceux qui ont tenu le coup jusque-là car, durant ces décennies, beaucoup nous ont hélas quittés. Ceux qui restent – comme moi – ont résisté mais nous sommes de moins en moins.
Et c’est pour cela qu’il ne faut pas les oublier.
Né comme moi en 46, comme Alice Dona, Hervé est donc toujours là et c’est avec joie et quelque nostalgie que l’aime rappeler à quel point ils ont compté pour moi et pour la Chanson Française. Il ne faut pas les oublier
J’ai connu quatre de ces chanteurs en même temps : Hervé, Christophe, Michèle Torr qui partageaient le même spectacle et une certaine Nicole, alors habilleuse d’Hervé et qui devait devenir Nicoletta. Avec qui j’ai gardé des liens indéfectibles.

Première tournée
Retrouvailles avec Hervé et Nico
Tournée « Age Tendre »

Hervé a une carrière incroyable et belle dont il peut être fier car, comme quelques artistes de cette époque, il n’a jamais arrêté de chanter, en France et à l’étranger où il a toujours été très demandé. Et ce n’est pas parce qu’on ne voit plus ces artistes sur le petit écran qu’ils n’existent plus… la preuve !
Hervé, lui, a continué son bonhomme de chemin avec, en plus de ses concerts, de ses disques, l’écriture qui a toujours fait partie de sa vie mais qui, de plus l’a remis sur le devant de la scène grâce à son autobiographie qui a fait un carton.
Il est loin aujourd’hui, heureusement, le petit garçon malheureux de la DDASS, qui nous émouvait avec son premier succès « Capri, c’est fini » et qui nous a fait monter les larmes en nous racontant admirablement son enfance dans son autobiographie « L’âme seule » (Ed Fayard). L’homme est beau, souriant, chaleureux, heureux de vivre et de chanter. Il a quelquefois des humeurs de diva mais il a toujours été très près de son public… Et de la presse, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec les nouvelles générations.
Nous avons toujours gardé des relations amicales durant ces décennies, jusqu’au jour où il a décidé d’arrêter de chanter pour ne pas devenir un vieux chanteur pathétique.
Mais remontons le fil du temps.

Sur le Charles de Gaulle avec Charden
Avec mon parrain JP Foucaut, à Monte Carlo

Nous sommes en 2006 à la Fête du livre de Toulon.
« J’en suis à mon vingtième concert de l’été, j’en ai encore une dizaine et j’en ai déjà 30 pour cet hiver… Que demander de plus ?
Je suis toujours heureux de retrouver mon public. Je dirais plutôt « le » public car il y a plusieurs générations aujourd’hui, il y a ceux qui prennent le train en marche, le monde bouge et je suis comme un papillon. Je suis content de chanter en place publique devant ce rapprochement familial et de voir ce qui s’en dégage d’humain…
Aujourd’hui il y a un autre public qui découvre l’écrivain !
Ecrivain est un grand mot… Il se trouve que j’ai fait un livre qui s’est vendu à 200.000 exemplaires, qui a été salué par la critique et, qui plus, a été donné comme sujet de bac à Montpellier…C’est magnifique, non ?»
Recordman des ventes sur cette fête du livre, s’il y avait un stand où l’on ne pouvait plus bouger c’est bien sûr celui de la librairie où s’était installé Hervé Vilard.
40 ans d’amour avec un public indéfectible qui n’a pas cessé d’affluer durant deux jours et de patienter car Hervé est attentif à tous, a un mot gentil, un sourire, une bise pour chacun, quand ce n’est pas la photo qu’on veut prendre avec lui.
Il est d’une patience angélique et ne se donne le temps que d’aller fumer une cigarette (son vice !) pour revenir signer à tour de bras.
D’autant que « L’âme seule « , son premier livre de souvenirs, a été autant signé que son second dont le titre est  » Le bal des papillons  » (Ed Fayard). C’est dire la fidélité de son public.
Il prendra aussi un moment, qu’il me consacrera comme toujours, en souvenir de tous les galas, de toutes les tournées, de nombreux beaux moments que nous avons passé ensemble sur les routes.
« Ce virus de l’écriture, tu sais, il y a longtemps que je l’ai puisque, si j’ai pu écrire ce livre, c’est grâce à tous ces cahiers que je n’ai jamais cessé de remplir depuis mon plus jeune âge. Et ça m’a bien servi pour remettre les événements dans leur contexte et avec les dates certifiées ! Mais j’ai mis du temps à sauter le pas en me posant beaucoup de questions.

Lesquelles ?
D’abord, il me fallait les années, la maturité car écrire sa vie c’est quelque chose de très singulier, des livres de chanteurs, il y en a des tonnes et tous ne sont souvent qu’anecdotiques avec quelques photos souvenirs au milieu.
Tant qu’à faire quelque chose, je voulais que ce soit parfait et je ne voulais pas « que » raconter ma vie. Je voulais qu’il y ait du ressenti, qu’à la limite, ceux qui ne connaissent pas Hervé Vilard puissent le lire comme un roman. Bien sûr, c’est ma propre histoire mais encore faut-il en faire quelque chose de bien, que ce ne soit pas écrit dans la douleur, que ce ne soit pas larmoyant.
Il fallait donc un temps d’assimilation et puis d’écriture, de réécriture car je suis perfectionniste… il y a quelques métaphores dont je suis content !
Heureux, donc ?
J’avoue que j’ai adoré ça.
A tel point que je suis déjà sur mon troisième ! J’ai déjà écrit quelque 250 pages que je travaille et retravaille dès l’aube, en regardant par la fenêtre. C’est un très bel exercice, un travail sur soi et je prends le recul nécessaire pour écrire et relire mes carnets…
Alors, pourquoi ces carnets ?
C’était pour passer le temps et puis, je pensais sincèrement que cette période serait éphémère, que je n’en ferais pas vraiment un métier parce que le succès était arrivé trop vite. A force, c’est devenu quelque chose d’habituel, de nécessaire. Et je continue aujourd’hui !
Dans ce second volet, il est surtout question de ce succès autour de « Capri c’est fini » et de tes premières tournées… Nicoletta, Michèle Torr, Dalida, tes amies et… Claude François qui en prend un coup !
J’ai voulu montrer les deux côtés de ce métier. Faire un parallèle, par exemple, entre Claude et Dalida, liés par les mêmes déracinements, les mêmes problèmes, heurs et malheurs mais dont le comportement était diamétralement opposé. Entre l’idole inhumaine et la femme de cœur. Entre la revanche et la passion du métier et au milieu, le public que l’un bafouait et l’autre adorait. Dalida était une personne humaine, sensible, qui s’intéressait aux gens, qui donnait une chance aux chanteurs comme moi, Mike Brant, Jean-Luc Lahaye qu’il a hébergés aux temps difficiles. Claude avait un côté inhumain, il traitait  les gens avec qui il travaillait comme des esclaves, il ne supportait pas le succès d’autres chanteurs qu’il voyait toujours comme des ennemis. En fait, il ne pensait qu’à lui. Pour Nicoletta et Michèle, c’est la jeunesse qui nous a réunis et puis la tendresse qu’on se porte toujours.

Tant qu’il aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire.
Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde.
Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ?
C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur.
Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié.
Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet…
Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels.
Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions.
Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ?
Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur.
J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « .
50 ans après, comment vois-tu ton métier ?
Comme on le voit tous. Sans humanité. La passion, l’amour du métier ont laissé la place au marketing. On lance une chanson, un artiste, on l’appelle d’ailleurs « produit », ce qui est significatif… Et après, il ne reste plus grand chose.
Les jeunes d’aujourd’hui, pour certains du moins, ont le même désir, les mêmes espoirs que j’avais. Mais moi je me sentais épaulé, j’avais autour de moi des gens qui me considéraient, qui m’aimaient, qui m’aidaient. Alors qu’aujourd’hui on les lâche dès que ça marche moins.
On vit une époque où tout est cloisonné. A la nôtre il n’y avait pas cette ségrégation !
Je me souviens d’une rencontre avec Brassens qui me chantait  «Capri» avec joie, de Brel lorsque j’ai chanté en première partie de son spectacle, qui était là avec son corps, ses yeux… Nous étions à Rio, il y avait 40.000 personnes et je chantais pour Brel. Il m’écoutait avec sa force, sa vérité. Ferré qui était un ange avec Nicoletta… Pour ceux-là, j’essaierai de m’appliquer toute ma vie
Mais aujourd’hui, tout ça est en moi, avec moi et lorsque je fais mon 13ème Olympia au mois de mai, il y a toutes ces mères qui me portent et pour certaines… je pourrais être leur père !
Et puis je pars à Toronto, Chicago, New- York… Et j’ai cinq Carnegie Hall à mon actif !… Pas mal non, après tout ce qu’on a pu dire sur moi !… Tant qu’il y aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire.
Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde.
Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ?
C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur.
Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié.
Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet…
Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels.
Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions.
Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ?
Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur.
J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « .

Nous nous sommes donc retrouvés comme il y a cinquante ans, sur ces tournées «Age Tendre», avec Michèle et un ami de toujours, Didier Claudon qui, fan des deux artistes, est devenu au fil des années leur ami, comme il est le mien depuis tout ce temps.
Depuis quelque tempi Hervé s’est retiré du métier après un ultime Olympia d’adieu.
J’espère qu’il coule des jours sinon heureux, du moins sereins, même si pour lui, aujourd’hui, Capri c’est fini.
Mais est-ce vraiment fini ?

Jacques Brachet
Photos Christian Servandier & Jacques Brachet