Alice DONA… Femme & musique

Alice et moi est une grande histoire d’amitié.
Nés la même année en 1946 (Eh oui, ce n’est pas hier !) nous avons débuté presque ensemble, elle dans la chanson, moi dans le journalisme. Et comme en ce temps « jadis », on abordait sans problème ces artistes naissants dits « yéyé », on s’est très vite retrouvés sur le chemin des tournées et on a gardé des liens et des souvenirs à la pelle.
J’avais envie de parler d’elle et de nos rencontres si nombreuses et si amicales, en vous racontant son histoire et peut-être aussi de ne pas oublier tous ces beaux souvenirs.

A Toulon avec la sœur
de Gilbert Bécaud

Il était une fois une petite jeune fille nommée Alice Donadel. Le père ayant une station d’essence à Taverny, tout en chantant, Alice servait donc l’essence aux passants. Puis elle partit sur Paris où elle rencontra celle qui allait devenir son amie : Mireille, qui dirigeait alors le Petit Conservatoire de la chanson où débuta notre jeune chanteuse qui, en cette époque dite “yéyé” enregistra très vite quelques sympathiques succès : “Demain j’ai 17 ans”, “Mon petit train de banlieue”, “C’est pas prudent”, “Les garçons”, “Il suffit d’un rien pour être heureux”…. Et elle était heureuse de ce succès Mais elle se lassa très vite de chanter du twist…
“Au départ – me confiait-elle lors d’une de nos nombreuses rencontres – j’étais ce qu’on appelait une “ACI”, c’est-à-dire auteur-compositeur-interprète, ce qui était alors très rare chez les chanteurs encore plus chez les chanteuses, dans ces années où l’on se contentait de traduire les succès anglo-saxons.
Après… je n’ai plus été qu’interprète et compositeur…
Après… je n’ai plus rien été du tout…
Après… je suis redevenue compositeur…
Après… je suis aussi redevenue interprète…
Après… je suis devenue la mère de Raphie, la coach de la Star Academy !!!
Après… je suis devenue la femme de Laurent Boyer !
Voilà comment je pourrais résumer ma carrière !”
Grand éclat de rire d’Alice, devenue Dona entre temps, qui aujourd’hui, laisse le soin à des professionnels d’écrire les textes de ses chansons :
“Je ne m’en sens plus capable ou alors j’écris des chansons interminables et je ne m’en sors plus. Je fais donc confiance à d’autres” Elle a donc été, durant très peu d’années, “la collégienne de la chanson” avant de se rendre compte qu’elle n’était pas faite pour ce genre de musique. Son mariage et l’arrivée de sa fille (La fameuse “Raphie” si contestée !), lui ont en quelque sorte donné un alibi pour arrêter ce qu’elle n’était pas satisfaite.

Explications :
“J’ai totalement arrêté la scène durant dix ans. Et j’ai totalement arrêté le métier durant trois ans car après, je me suis remise à composer, au départ, sans but précis puis en ayant de plus en plus envie d’écrire pour les autres. L’envie de chanter m’était passée. Pour que j’évolue, il fallait une cassure car j’avais cette foutue étiquette de “chanteuse yéyé” qui me collait à la peau. C’était infernal !
Au départ ça a été très dur d’aller taper à la porte des éditeurs ou des artistes car dans le métier j’étais une OVNI. Etre une femme et en même temps une vieille chanteuse yéyé… C’était rédhibitoire !”
Et il y a eu la première rencontre décisive : Claude François !
Effectivement, il y a eu la rencontre avec Claude François !
D’abord la rencontre avec Pierre Delanoë qui a écrit des paroles sur une de mes musiques de ce qui allait devenir “C’est de l’eau, c’est du vent”, dont Claude a fait un succès. Et du coup, Pierre m’a fait une réputation de compositeur “musclé… Il disait à qui voulait l’entendre : “Dona, elle écrit comme un mec !”. Alors, à force, les portes ont commencé à s’ouvrir : Vartan, Carlos, Vilard, Sheila, Mathieu, Dassin, Macias, Régine, Croisille… Tu sais, c’est très agréable lorsqu’on vient frapper à ta porte !
Mais c’est vrai que ma rencontre avec Claude a été importante, car cette chanson a été mon premier succès et puis, alors que j’étais dans ce fatal appartement du Boulevard Exelmans, en train de lui chanter ma chanson, je me souvenais que, trois ans auparavant, je criais à m’époumoner “CloClo” au poulailler de l’Olympia…
Et là, il allait me chanter !
Et puis je lui ai écrit d’autres chansons et il est devenu mon ami. Nous avons souvent travaillé ensemble et, comme je suis restée bon public, je m’émerveillais toujours autant de me retrouver avec lui… même si, quelque part, il était descendu de son socle d’idole. Mais il a toujours été formidable avec moi…”

Mais finalement, Claude, Hervé, Sylvie, Sheila et les autres… ça faisait toujours parti des yéyés !
Et c’est ce qui m’ennuyait un peu, même si j’étais ravie d’écrire pour tous ces artistes mais j’avais quand même en moi des goûts assez traditionnels, très “chanson française” et j’avais envie d’écrire des chansons moins “mode”, plus intemporelles. J’ai toujours eu une grande adoration pour Gilbert Bécaud et je rêvais d’être le Bécaud féminin… rien que ça ! Il y a plein de ses chansons que j’aurais voulu écrire. C’est d’ailleurs pour ça qu’un jour je les ai chantées…
Bécaud, je le considère un peu comme mon parrain… Et lorsque je le rencontrerai, ça marquera ma vie d’artiste….
Mais avant ça, il y a la rencontre avec Serge Lama…
J’avoue donc que je stagnais un peu avant que je rencontre Serge Lama. Et pourtant, avec lui ça n’aurait pu jamais se faire. Je le considérais comme un chanteur “Rive gauche” alors que je ne le connaissais pas… et n’avais pas envie de le connaître.
Mais voilà qu’une de mes chansons “Un jardin sur la terre” est sélectionnée pour représenter la France à l’Eurovision et mon équipe m’annonce que ce sera Serge Lama qui défendra la chanson et qu’il serait bien que j’aille le voir sur scène.
C’est donc contrainte et forcée que je vais le voir à la Villa d’Este et là, je l’avoue, ça a été le coup de foudre en quelques minutes. J’étais au premier rang, il chantait “D’aventure en aventure” et il a dû voir la tête que je faisais car il est parti d’un grand éclat de rire en pleine chanson ! C’est ainsi que je suis devenue à la fois inconditionnelle et amie avec Serge.
Et c’est grâce à lui que tu vas rencontrer un autre Serge : Reggiani.
Reggiani… Je n’arrivais pas à imaginer !
Merveilleuse rencontre… Figure-toi qu’il était une de mes idoles. C’était un comédien hors pair qui, à mon sens, n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir. Lorsqu’il s’est mis à chanter j’ai aussitôt essayé d’entrer en contact avec lui mais, aux yeux de son entourage, la petite chanteuse yéyé n’avait aucune chance… Jusqu’au jour où, après quelques succès avec Lama, ce même entourage est venu frapper à ma porte ! Comme j’aime crever les abcès, je leur ai rappelé mes tentatives… dont bien sûr, ils ne se souvenaient pas… Et c’est ainsi que j’ai pu enfin rencontrer mon deuxième Serge et que ça a superbement collé entre nous. C’était un gros nounours très attendrissant et je crois que je n’ai jamais rencontré une telle osmose entre un chanteur et un comédien…”

Et puis, retour à la scène !
Ça, c’est encore la faute à Lama !
Un jour il m’annonce : “On va faire un disque…
-Tu veux que je chante avec toi ?
– Oui… accessoirement mais surtout, tu vas faire un album !”
Je n’y croyais absolument pas mais il a fini par me convaincre en ressortant des maquettes non abouties, dont personne ne voulait et il m’a dit : “Ce sont des chansons pour toi !”
Pourquoi pas au fond… Ça me faisait plaisir de revenir dans des studios, sans plus et surtout sans autre idée que de refaire un disque. C’est ainsi qu’on a fait le 33T nommé “L’antistar”, le titre étant donné par ce fameux duo et qui alors représentait bien ce que je faisais : “Moi j’adore être derrière celui qui est devant”. Coup de bol, ça a marché…
Et du coup, retour sur scène !
Toujours la faute à Lama ! J’allais souvent le retrouver en tournée et quelquefois, il disait au public que j’étais là et je montais sur scène faire “l’antistar”… Jusqu’au jour où il m’a annoncé que je ferais la première partie de ses spectacles…
Et c’est comme ça que tout a recommencé !
Il y a eu plein d’autres rencontres….
Oui, bien sûr, comme Maurice Genevoix pour qui j’ai fait une chanson d’après un de ses poèmes “La rouquine… Brassens, si charmeur, si simple, aimant tant tous les styles de chansons et qui a accepté de chanter avec moi dans un show Carpentier ma « Chanson hypercalorique», Dalida, grâce à qui “Je suis malade” est devenu un énorme tube, et par elle et par Serge… Ces gens qui me rendent heureuse d’avoir fait ce métier. Rien que pour ces rencontres, ça aura valu le coup que je fasse ce que j’ai fait…
Tu aimes les artistes…
J’aime les rencontres, j’aime écrire pour les beaux et vrais artistes et pour cela, j’aime entrer dans leur vie et qu’ils entrent dans la mienne. J’ai besoin de connaître, d’échanger, je ne suis pas un compositeur à la mode, je ne peux pas écrire sur commande. J’écris des chansons pour qu’elles durent, qu’elles ne datent pas. La chanson, ça n’est pas toujours fait pour vous faire réfléchir mais aussi pour faire rêver, oublier les soucis quotidiens.
La chanson, on la chante en se levant, en se rasant, en allant au boulot. La vie est assez grise pour y mettre un peu de rose et je préfère considérer la bouteille comme à moitié pleine plutôt qu’à moitié vide !»

Avec Claude Lemesle & Jean-Claude Petit
Avec Catherine Lara sur les tournées « Age Tendre »

La petite fille de Taverny n’a pas oublié qu’elle a fait un peu ce métier grâce à Gilbert Bécaud.
En 2003, c’est la Ville de Toulon qui l’appelle pour venir lui rendre hommage. Elle a déjà dans la tête l’envie de rendre hommage à celui qui a si bien chanté “Les marchés de Provence” et, en attendant le spectacle qu’elle lui consacrera, elle réalise enfin son rêve : faire un disque “Merci Monsieur Bécaud”, regroupant ses chansons préférées du poète-chanteur toulonnais et voilà qu’on lui demande si elle veut bien être la marraine, aux côtés de Mme Lavieille, sœur de Gilbert, de la plaque que l’on va inaugurer sur la maison natale de Gilbert Silly.
Elle dit oui sans hésiter et en ce printemps 2003, la voici à Toulon, devant la maison de son idole, chantant avec Les Coureurs d’Océans, les succès immortels du chanteur, avec la sœur de celui-ci et le maire de Toulon M Falco…
“Ce disque – m’explique-t-elle au cours d’un ultime et charmant repas – est celui que je veux faire depuis le temps où, toute jeune, je déclarais, je te l’ai déjà dit, “Je serai Bécaud un jour” Je ne le suis pas devenue mais le disque est là…
Le choix a-t-il été difficile ?
Oui, bien sûr, j’avais envie de tout chanter car chez Bécaud, il n’y a rien à jeter ! Mais bon, il y avait d’abord les intouchables, tellement marquées de sa personnalité, qu’il n’y avait plus à y revenir. Il y avait celles qu’on ne pouvait pas mettre au féminin. Et enfin, il y avait les incontournable comme – eh oui ! – “Age Tendre et Tête de bois”, “Croquemitoufle”, qui ont bercé mon enfance, “Le mur”, “L’important c’est la rose” et celles pour s’amuser sur scène : “Alors, raconte”, “Les Tantes Jeanne”. Et puis, celle que j’aime par-dessus tout : “L’indifférence”
Cela donne un magnifique disque en hommage à l’homme à la cravate à pois, cravate qu’elle portait sur scène et qu’elle emmenait en tournée.
Elle compose, elle chante, elle joue la comédie et elle écrit. En fait, elle fait tout bien. Et la voici donc à l’écriture… de livres !
Pourquoi, tout à coup cette furieuse envie d’écrire ?
En rigolant, elle me rétorque :
 » Parce que j’étais une frustrée des mots ! J’écris de la musique et je m’y complais mais j’ai peu écrit de textes et de plus, cela ne me suffisait pas.
Quelquefois j’avais envie d’en écrire plus mais dans une chanson, on est vite limité, on ne peut pas développer. Alors, j’ai commencé comme tout le monde, c’était facile et c’était la mode, par une autobiographie  » La vie à l’envers  » (Ed Michel Lafon). Voilà, ça c’était fait. Et puis, j’ai eu envie de rendre hommage à ma petite sœur  trisomique en écrivant  » Cricri  » (Ed Anne Carrière) et je crois que c’est à partir de là que j’ai eu vraiment le pied à l’étrier. De plus, j’avais trouvé en Anne Carrière une éditrice heureuse, fidèle, affectueuse. Nous sommes vraiment sur la même longueur d’onde et elle m’a suggéré d’écrire un roman. Vivre avec ma petite fille de 15 ans m’a donné l’idée de ce premier roman « Mamie a eu 15 ans ». Enfin ce dernier  » Chanteuses ou coiffeuses  » (Ed Anne Carrière), c’est une fille qui avait le même accent que toi qui m’a donné l’idée de parler de cette expérience magnifique que j’ai vécue avec mon école. D’autant que cette question a fait tilt chez moi : Comment peut-on poser une question pareille si l’on a vraiment le feu sacré, l’envie de faire ce métier ?
Moi, très jeune, je ne me suis pas posé la question, j’ai foncé et j’ai toujours su que je ne pourrais pas faire autre chose que de la musique. Sous quelle forme, je ne savais pas mais ce serait la musique ou rien ! « 
Et la maman de  » Raphie de la Star’Ac  » et la compagne de Laurent Boyer a bien fait et ça ne lui a pas trop mal réussi puisque ses chansons, chantées par elle ou par les autres, sont aujourd’hui dans la mémoire collective.

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 » Alors aujourd’hui : Romancière ou chanteuse ?

Les deux mon capitaine, j’aime toujours autant composer et ne peux vivre sans ça, j’aime chanter et je referai disques et scène, j’aime écrire et je vais continuer et si, de temps en temps, on me propose à nouveau une pièce de théâtre, j’y replongerai avec grand plaisir. (Elle a joué en 2006  » Ce soir ou jamais  » avec Chevallier (sans Laspalès !) pièce mise en scène de Francis Perrin).
Depuis, elle a continué en alternant, concerts, écriture de toutes sortes et voilà qu’après des dizaines de rencontres, je la retrouve sur les tournées «Age Tendre» où elle a rencontré ou retrouvé des artistes amis, comme Catherine Lara avec qui elle travaille ou avec Michèle Torr pour qui elle a écrit une superbe chanson : «Diva».
Je la retrouverai aussi à la Seyne sur Mer où je fais partie d’une association qui défend la chanson française. Chaque année on trouve un thème et je propose qu’on rende hommage à Gilbert Bécaud, qui est toulonnais et à Jean Ferrat que j’ai eu la chance de rencontrer en Ardèche où nous sommes presque voisins. Du côté de mon père, je suis ardéchois et j’y ai une maison à quatre kilomètres d’Antraigues où vivait Ferrat. Et pour cela, j’appelle mes amis : Alice Dona pour Bécaud, Isabelle Aubret pour Ferrat et le mari de celle-ci, Gérard Meys, qui fut le producteur de Ferrat. Et pour lier le tout, j’invite Claude Lemesle, qui a écrit des chansons pour et avec Alice et pour Isabelle. Ce fut un week-end de rêve, fait de souvenirs, de nostalgie et de beaucoup de rires. Chacune chanta à son tour, accompagnée par Claude Lemesle et le musicien et compositeur qui a orchestré les deux artistes, Jean-Claude Petit, venu nous rejoindre.
Alice reste l’une de mes plus belles rencontres, on se retrouve toujours avec un grand plaisir et j’attends avec impatience ma prochaine fois où nos routes se croiseront.

Jacques Brachet
Photos Christian Servandier & Jacques Brachet

Villa Tamaris. Alice, Isabelle, Gérard… Et moi !