Cinéma en liberté
Natacha REGNIER, une présidente de rêve

Le Festival en Liberté fêtait cette année ses 15 ans d’existence dans ce lieu magique qu’est la Tour Royale à Toulon.
Toujours une chaleur implacable l’après-midi et le froid la nuit tombante. Mais bon, c’est le lieu qui veut ça et qui fait aussi que l’on doit attendre que tombe la nuit pour que les projections se fassent. Mais ça fait partie du jeu et le public le sait.
Cette année 37 courts-métrages puisque c’est le but du jeu, même si parfois les courts-métrages se transforment en moyens métrages !
Quatorze pays en concurrence, avec des sujets très divers même si l’on y retrouve les grands classiques d’aujourd’hui : la guerre, le handicap, l’homophobie, la liberté de la femme et d’autres sujets d’actualités, quelquefois très sombres, émouvants, glauques, dérangeants, rarement drôles… Bref un panorama de ce que nous vivons aujourd’hui et qui n’est pas très réjouissant.
Nous avons découvert de beaux films, de beaux réalisateurs qui, peut-être, deviendront les réalisateurs de demain, ce qui et un peu le but du jeu de la programmation de ce festival.
Belle ambiance festive mais un seul point à revoir : la communication avec la presse inexistante. Personne pour s’en occuper, pour rencontrer le jury et les réalisateurs venus présenter le film. Même pas un point presse pour faire quelques photos avec eux.
Et si l’on veut faire des interviewes, aucun lieu loin du bruit, même pas une chaise.
Cette année, la présidente était la comédienne Natacha Régnier mais pour la rencontrer, ce fut le parcours du combattant et l’interview près des toilettes, seul lieu un peu au calme !
Heureusement que Natacha est un amour, qui vient vers nous avec une belle simplicité, une gentillesse extrême et qui, avec son beau sourire et son visage de madone, se prête au jeu malgré le lieu et le brouhaha.

2 présidente : Natacha Régnier présidente du jury, Lisa-Dora Fardelli, présidente du festival
Lisa-Dora avec l’équipe de l’association
« Lumières du Sud »

« Natacha, connaissez-vous ce festival ?
Non, j’avoue que je ne le connaissais pas. J’ai découvert, et Toulon et ce festival qui se tient dans un lieu magique. Voir des courts-métrages dans un fort et à ciel ouvert,, c’était une expérience formidable.
Et le festival par lui-même ?
La qualité était de très haut niveau, on y trouvait des films très cinéphiles comme des films plus fédérateurs et du coup, tout le monde pouvait s’y retrouver.
Et le jury ?
En fait, il y avait plusieurs jurys, les films d’animation, les films émergeants, le collectif d’acteurs qui donnait les prix d’interprétation et le grand jury. J’ai essayé de proposer que les jurys se mettent ensemble pour n’en faire qu’un afin de pouvoir tous échanger sur tous les films.
Les échanges ont été très intéressants, chacun pouvait apporter sa lumière sur les films qu’ils aimaient.
En tant que présidente, vous aviez votre mot à dire. Y a-t-il eu des sujets difficiles à aborder ?
Le problème a surtout été qu’il y avait beaucoup de films quo avait envie de primer mais le fait qu’on ait réuni tous les jurys, chacun a pu s’exprimer, ce à quoi je tenais énormément, a privilégié chaque jury dans sa catégorie mais comme on a pu débattre de tous les films, on a pu donner des prix sur des coups de cœur que pouvait avoir l’un des jurys. On a beaucoup échangé joyeusement et avec beaucoup de bienveillance !
Vous avez fait vous-même des courts-métrages ?
J’ai réalisé un court-métrage récemment, qui s’intitule « Les gens qui s’aiment » et c’est le premier. Au début de ma carrière j’ai joué dans quelques courts-métrages mais très peu car j’ai très vite était happée dans le milieu.
Pourquoi ne l’avez-vous pas présenté au festival ?
Je l’ai fait dans le cadre des talents Adami et il n’était pas encore prêt. Ça me permettra de revenir le présenter ! On ne l’a montré qu’à Cannes cette année mais il y a tout un processus, un protocole pour pouvoir le présenter ailleurs.
De réaliser ce film est-ce que ça vous a donné envie de passer au long métrage ?
Enormément. Mais je viens faire un court et maintenant il faut écrire, trouver la boîte de prod’ qui pourra soutenir le projet.
J’ai appris qu’au départ de votre carrière, on vous avait dissuadé de devenir comédienne. C’est vrai ?
(Elle rit) Effectivement, j’étais dans une école nationale en Belgique… Et j’y ai été renvoyée !
Ce que j’ai appris après  c’est qu’il y a comme ça de professeurs un peu gourous. J’étais en train de creuser mon sillon et je n’étais pas au courant de ça. J’ai rencontré une actrice qui a fait la même école et qui a eu la même histoire que moi ! Evidemment, lorsqu’on est jeune, ça marque un peu mais comme j’ai été accueillie dans le métier de manière magnifique, à un moment cette histoire devient anecdotique.

Dans ce cas, ça ne donne pas envie de laisser tomber, car c’est quand même violent ?
Pas du tout même si ça m’a rendue fragile durant un certain temps  car au début, on ne sait pas très bien si c’est votre place et ça perturbe, ça déstabilise. Et puis, lorsque tout a démarré, j’avais peur que ce soit un feu de paille car c’est arrivé très vite en 98 avec « La vie rêvée des anges » d’Erick Zonca. D’un coup sont arrivés beaucoup de projets différents.
D’un coup, le négatif est devenu positif !
Oui, je suis très reconnaissante de l’accueil du métier, des propositions que j’ai eues, Ça m’ rendue autonome en tant que femme,  ça m’a donné une colonne vertébrale psychiquement, ça m’a donné un endroit pour m’exprimer, j’ai eu toutes les couleurs en l’arc en ciel et c’est ça que je veux retenir, cet accueil extraordinaire que j’ai eu et la chance extraordinaire.
Alors vous arrivez à Cannes, et vous avez le prix de la meilleure comédienne !
C’est pour ça que je vous dis que le reste est devenu anecdotique ! Cannes est arrivé très vite derrière et ç a été flamboyant et ça m’a donné une légitimité. Du coup  je me suis dit : « Tu as été accueillie, tu es une jeune femme, tu ne sais pas encore qui tu es, tu ne connais pas le métier… Apprends, apprends, apprends… J’ai travaillé sur mon métier psychiquement, pour être solide, à la hauteur de ce qui m’a été offert.
Vous avez eu une carrière cinématographique riche et puis, la télé arrive… avec entre autres Anne Fontaine, François Ozon, Alexandre Arcady, Lucs Belvaux, Costa Gavras et bien d’autres…
J’avais déjà fait un peu de télé, avec Benoît Jacquot, Laurent Heyneman,  et puis le cinéma, et puis des propositions venues de la télé comme la série « Marseille » « Carmen », « Cassandre », « Mongeville », « Léo Mattei » Meurtres à Laguiole » récemment qui vient de se terminer… J’aime bien être curieuse, élargir ma façon de faire, je suis toujours aussi passionnée par le cinéma d’auteur mais j’aime la joie, je suis heureuse qu’on m’ait proposé des choses intéressantes à la télé, au théâtre, entre autres récitante sur des œuvres classiques…
Et vous chantez aussi !
Oui, j’ai participé à la bande du film de Yann Tiersen « L’absente », « Les oiseaux de passage » aussi, « Tu m’apprends » sur l’album d’Andrei « La femme épanouie »… Lorsque je peux le faire, je fais avec joie car c’est un autre endroit d’expression et j’aime profondément la musique lorsque j’y suis accueillie élégamment, j’y vais avec plaisir.
Alors, en dehors de ce « Meurtre à Laguiole » qu’est-ce qui va être votre choix ?
Il y a « Rockeur », un film de Fabrice Sebille. Il s’agit d’un garagiste, Laurent Almédo, fan de Johnny Hallyday,  qui chante dans des baloches. Son ex-femme a ras le bol de Johnny ! A la rentrée, je commence les répétitions d’une pièce intitulée « Nos pères, nos frères, nos amis » tiré du roman de Mathieu Palain, sur la justice restauratrice des hommes violents. Nous serons huit sur scène, c’est Philippe Chameaux qui signe la mise en scène sur une compagnie qui s’appelle « Les aventuriers.e.s » Il y aura des hommes violents, des victimes et des soignants. Ce sera en tournée qui commence en novembre puis on la jouera en avril au théâtre de la Concorde
Dernière question : Heureuse du palmarès de ce festival ?
Très heureuse, et, très important pour moi, que tout le jury soit heureux. On est très fier de le présenter ».

Jacques Brachet
Un grand merci à Sandrine et à Pascale Parodi de l’association « Lumières du Sud » pour leur aide et leur gentillesse

Reem Ali
Tawfeek Barhom

Le palmarès
Prix du film émergeant : « L’homme de merde » de Sorel França (France-Brésil)
Prix d’interprétation féminine :  Reem Ali « Nul homme n’est une île » de Khalil Cherti (France)
Prix d’interprétation masculine : Tawfeek Barhom « I‘m glade you’re dead now » de Tawfeek Barhoom (Palestine-Grèce-France)
Mention spéciale : « Diego » de Mélissa Silveira (France)
Prix de la musique de film : Lucas Vernon « 2h14 » de Luciano Lepinay (France)
Prix décerné par le parrain du film Sam Bobino : Benjamin Chevalieet Tristan Lhommer « Pentest » (France)
Plume d’or du public : « Diego » de Mélissa Silveira (France)
Mention spéciale du jury : « Fort comme un lion » de Nathan Vilanneau (France)
Grand prix du jury : « La barrière » de Christophe Dera (France)