
L’exposition « Murmures se déploie dans l’abbaye où la lumière joue avec subtilité sur les volumes et les œuvres selon la course du soleil.
Le décor épuré, marqué par l’absence d’ornement et de figures, instaure une atmosphère de sérénité qui enveloppe le visiteur dans un silence propice à l’apaisement, et à la contemplation des œuvres d’Alain du Pontavice.
Érigée à partir de 1175 à La Roque d’Anthéron, l’abbaye de Silvacane est un joyau de l’art roman cistercien.
Elle constitue l’un des joyaux architecturaux de Provence, parfois méconnu face à ses sœurs plus connues, Sénanque à Gordes et Le Thoronet dans le Var.
Elle a célébré l’an dernier son huit cent cinquantième anniversaire.
Un dialogue entre art et méditation
L’abbaye devient un espace immersif où patrimoine millénaire et création contemporaine se rencontrent, offrant un voyage intérieur, recueilli et serein, à la mesure de l’histoire et de la beauté du lieu.
Érigée entre le Luberon et la chaîne des Côtes, sur la rive gauche de la Durance, l’abbaye cistercienne offre un cadre unique pour l’exposition « Murmures », installée pour quatre mois dans ce lieu propice à la méditation. Les créations d’Alain du Pontavice entament un dialogue sensible avec le dessin épuré de la pierre et les variations de lumière. Elles apparaissent comme autant d’empreintes sensibles, évoquant les murmures de l’être et de la nature. Ces traces vibrantes éveillent des impressions intimes et vivantes chez le visiteur, invitant à une expérience contemplative où art et spiritualité se répondent.
Une quarantaine d’œuvres occupe plus de 700 m² répartis dans trois espaces majeurs : le dortoir, le réfectoire et la salle capitulaire, tandis que l’armarium est consacré à une vidéo immersive visuelle et sonore. Aux trois salles répondent trois séries de peintures à l’huile sur toile et métal auxquelles font écho des installations composées de minéraux, sable, textiles, argile et métaux.
« C’est le processus, l’immersion dans l’inconnu dans l’acte de peindre, qui est ici le plus précieux, car il a force de révélation pour moi, il ne s’enferme pas dans le seul travail des formes. La peinture ouvre en moi des territoires longtemps pressentis — propres à l’être intérieur — qui demandaient à être mis au jour.
J’ai voulu mettre en miroir l’organique à l’état brut au travers de la présence de deux monolithes extraits de carrières d’ardoise avec des stèles issues de mon imagination et d’autres cultures, créées par l’homme sur toile ou métal. »
L’artiste a investi l’armarium, cette petite salle voûtée où étaient rangés les livres de prière et d’étude, pour y proposer une expérience immersive. Quatre vidéos d’une minute projetées sur écran géant invitent à un voyage sensoriel, visuel et sonore à travers une animation de toiles Murmures et une bande son inspirée des bruits de la mer, du vent dans les feuillages, du feu et de sons d’animaux.
Artiste peintre abstrait, Alain du Pontavice conçoit la peinture comme une plongée dans un monde intérieur, une exploration des possibles infinie. Son approche intuitive et expérimentale se fonde sur une relation singulière entre matière et sensible, où le travail de la texture occupe une place centrale. Ses peintures se construisent par strates successives, parfois travaillées durant de longues périodes avant que le motif n’apparaisse. Les surfaces, enrichies de pigments et matériaux — sable, gel ou métal — ou incisées, révèlent des paysages intérieurs, des formes organiques ou cosmiques. La création dépasse l’atelier : elle s’alimente de promenades, de souvenirs et même du sommeil, se déployant consciemment ou inconsciemment au fil du temps.



