
Ateliers de la Volane.
Elle est volubile, avec un charmant accent. Il l’est moins mais tous deux vivent de cette passion commune pour créer des œuvres originales avec une technique particulière qu’ils vont essayer de nous expliquer car, si elle existe depuis longtemps, elle s’est un peu perdue au fil des années.
Ils travaillent dans un immense atelier avec en fond, le chant des oiseaux et de la Volane qui coule à leurs pieds. Si le magasin n’est pas grand, il regroupe des œuvres uniques. Quant à l’atelier, il est immense, telle une caverne d’Ali Baba, où se mêlent terres, pots de couleur, œuvres inachevées en cours de création. C’est un lieu paisible, frais (froid l’hiver) où dorment leurs œuvres en devenir.
Ils vivent là avec leurs enfants, le lieu à vivre étant entre le magasin et l’atelier.
« Sona, Denis, êtes-vous Ardéchois ?
Sona : Je suis arménienne – dit-elle avec son bel accent qui vient de son pays lointain
Denis : Moi, je viens de la région parisienne… Nous avons commencé à travailler la terre dans une tour à Fontenay au 14ème étage. J’ai commencé par la sculpture, Sona par la poterie. Mais on avait envie d’aller travailler ailleurs
Et ailleurs a été ici ?
Denis : Nous avons d’abord fait un tour de France pour chercher un endroit qui nous conviendrait
Sona : Nous avons fait la Savoie, Perpignan, le Lot, la Dordogne avec les enfants qui étaient tout petits. Nous partions trois jours puis on repartait ailleurs.
Denis : La première fois, nous avons raté l’Ardèche. On cherchait un endroit proche d’une route pour avoir à la fois la maison, l’atelier, la boutique. Et puis on est tombé amoureux de l’Ardèche, de sa nature…
Sona : C’est vrai que la nature est magnifique mais aussi il y avait alors le prix de l’immobilier qui était différent par rapport à la Savoie par exemple.
Denis : Mais moi, j’aimais beaucoup moins la Savoie et je suis vraiment tombé amoureux de l’Ardèche qui a gardé ce côté sauvage
Sona : Et puis, ça me rappelait les paysages d’Arménie. Ce n’est pas pour rien que les Arméniens ont appelé l’Ardèche « La petite Arménie » !
Alors, vous vous vous installez ici et travaillez chacun de votre côté ?
Denis : Pour moi, au départ, ça a été la sculpture mais je me suis vite rendu compte que j’avais un style qui ne se vendait pas. J’avais un certain succès d’estime mais question vente, ce n’était pas ça. Au fur et à mesure des années, il y a quelques sculptures qui partent. Mais c’est tout.
Du coup, vous avez arrêté ?
Oui et en plus, Sona avait du boulot pour deux
Sona : Etant tous deux autodidactes, à Paris, nous avons découvert ensemble les techniques de la poterie. Par exemple, j’ai appris à tourner mais… Je tourne à l’envers ! Je faisais déjà les émaux, c’est ce qui m’intéressait le plus. Mais après, il a fallu trouver un style.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Denis : J’ai fait mon service militaire en Arménie durant deux ans dans la coopération…
Sona : Mais moi, j’habitais déjà en France où je faisais mes études de littérature ! J’étais partie en vacances en Arménie et c’est là que nous nous sommes rencontrés !
Et vous êtes repartis ensemble en France !
A trois ! Car nous sommes restés un an, un an et demi et je suis rentrée en France enceinte
C’est là que vous avez décidé de travailler ensemble ?
Sona . Non, pas tout de suite, je travaillais comme webmaster, lui à l’Education Nationale
Denis : Je suis rentré à l’UFM où j’ai rencontré une prof d’arts plastiques extraordinaire qui a déclenché en moi une crise de créativité. Je me suis ainsi retrouvé à la terre et Sona, alors au chômage, m’a suivi. C’est comme ça que ça a démarré.
Parlons donc de cette technique particulière qui est la cristallisation…
C’est la manufacture de Sèvres, dans les années 1870, qui a découvert cette technique présentée à la première Exposition Universelle. C’est un ingénieur chimiste qui essayait de découvrir les secrets de la porcelaine chinoise dont beaucoup de choses restaient inconnues des occidentaux. En travaillant à percer ces secrets, il a découvert que l’oxyde de zinc, en absence d’alumine formaient des cristaux. Il a envoyé une note à tous ses collègues et tous s’y sont essayés. C’était l’époque de l’Art Nouveau et les couleurs correspondaient tout à fait à l’époque. Durant vingt ans, il y a eu une production énorme. Et puis peu à peu, la céramique est entrée dans l’industrie car si vous cassiez une assiette impossible de reproduire les mêmes teintes. Comme aujourd’hui d’ailleurs.
Elle permet de faire naître des cristaux lors de la cuisson à haute température, jusqu’à 1260°. On utilise divers oxydes métalliques comme le zinc, le lithium, le titane. A la cuisson, ces cristaux forment des couleurs quelquefois inattendues, selon les oxydes et les doses utilisés.
On retrouve les mêmes formes chez les agates.
A l’époque, il y avait très peu de potiers qui utilisaient cette technique
Vous avez donc dû l’apprendre ?
Oui, à partir de livres, de recherches sur les oxydes, sur les paliers de températures, même sur les matières car c’est un art très difficile, très pointu, très précis et où il y a beaucoup de casses »
Et en effet c’est un art, une technique de précision que nos deux artistes, avec passion, nous expliquent, mais c’est quand même assez difficile à suivre, entre les écarts de température, les temps de cuisson qui peuvent varier, les « ingrédients » qu’il faut doser pour arriver à ce qu’ils désirent et espèrent car au bout, il y a toujours la surprise à la sortie du four !
« En fait, vous ne savez jamais ce qui va sortir du four ?
Sona : Exactement. Ce qui en fait des pièces vraiment uniques.
Denis : Ce qui se passe, c’est que l’oxyde de zinc forme les cristaux dans des conditions particulières, avec tous les aléas que cela comporte.
Sona : Sans compter qu’une coupure de courant peut tout changer !
Quelle terre utilisez-vous ?
Le grès et la porcelaine
Comment travaillez-vous tous les deux ?
Denis : Au départ, c’est Sona qui tourne et à partir de son travail je moule la pièce qu’elle a tournée. De plus en plus, je travaille les pièces sur l’ordinateur, en impression 3D, je sors les épreuves à l’imprimante et à partir de ça, je moule les pièces.
Vous n’avez pas envisagé de faire des sculptures sur les pièces ?
Le problème est que les deux se marient très mal, àchaque fois qu’on essaie des formes à la main, ça ne marche pas. Ce sont deux logiques qui se télescopent, qui ne s’adaptent pas car ce sont des émaux qui coulent énormément. C’est pour cela qu’on met dessous chaque pièce une coupelle qui récupère l’émail qui glisse qu’il faudra par la suite couper.
Comment obtenez-vous les différentes couleurs ?
Sona : On les obtient avec les oxydes métalliques et avec eux, on ne peut pas ajouter de colorants.
Denis : Les colorants chimiques en céramique, ce sont des colorants très particuliers, très complexes et ils empêchent la cristallisation.
Sona : Nous travaillons avec six oxydes : l’oxyde de fer qui est de la rouille, le manganèse, le cobalt, le nickel, le cuivre, le rutile, qui est de l’oxyde de titane. Et puis nous en faisons des mélanges.
Aujourd’hui, vous êtes peu nombreux à utiliser cette méthode ?
A la guerre de 14, elle a été arrêtée, oubliée et ce sont des potiers américains, en 70/80, qui s’y sont remis. Aujourd’hui en France, nous sommes une trentaine. C’est un travail de précision, de très longue haleine, il faut tenir compte des casses, d’où les tarifs assez élevés.
Mais vous avez des pièces uniques ».
Et quelles pièces. Belles, chatoyantes, aux mille nuances de bleus, de verts, de beiges, de jaunes,
C’est un vrai travail d’artistes !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta
L’Atelier de la Volane – 07600 – 4405, route de la Volane
Vallées d’Antraigues-Asperjoc
04 75 89 37 07 – atelier-volane@orange.fr










