Stéfanie WESLE… Chapeau Madame !

Nous sommes à Aubenas, en Ardeche et nous parcourons l’avenue Gambetta, rue centrale où se côtoient nombre de magasins.
Au numéro 22, nous découvrons une grande vitrine qui nous fait admirer des chapeaux de toutes formes, de toutes couleurs, de toutes matières.
Nous avons rendez-vous dans cet antre drôlement appelé « Autruche », où nous attend sa propriétaire et créatrice, Stéfanie Wesle.
Souriante, discrète elle me reçoit avec un grand sourire. On découvre cette caverne d’Ali Baba, faite de feutres, de pailles, de rubans, de plumes… et on ne peut qu’admirer le talent, l’originalité, l’inventivité de cette véritable artiste qui vit et travaille à Aubenas, ville dont elle est depuis longtemps tombée amoureuse.

« Stéfanie, comment est venue cette passion des chapeaux ?
Ça a commencé lorsque j’avais dans les 18 ans, en voyant dans une vitrine un beau chapeau de feutre rouge dont e suis tombée en admiration… Et que j’ai acheté ! J’ai commencé à le porter et je trouvais génial de me promener avec un accessoire aussi singulier, qui suscitait des sourires, des « bonjour », ça créait une interaction avec les autres et ça mettait de la bonne humeur et de la joie.
C’était la mode des chapeaux ?
On a toujours porté des chapeaux. Il y a eu des périodes où en mettait plus que d’autres. Ça s’est un peu arrêté dans les années 70/80. Déjà, ça avait commencé dans les années 60 avec les queues de cheval mais on portait encore beaucoup de chapeaux, c’est reparti dans les années 80/90. Ceci dit, beaucoup de gens ont toujours porté des chapeaux.
Votre atelier s’intitule « Autruche »… Pourquoi ?
(Elle rit) Justement pour ne pas faire l’autruche !
C‘est-à-dire ?
Sortez la tête du sable, portez des chapeaux !
A partir de quel âge avez-vous commencé à créer ?
J’ai commencé vers 18 ans. Mais déjà enfant j’ai toujours été manuelle, créatrice, j’ai tout exploré, le tissage, la broderie, la couture, le modelage, la peinture… J’ai toujours « bricolé ».
Petite, vers 10/12 ans, je me posais la question : comment peut-on créer un chapeau sans y faire de coutures ? Plus tard j’ai compris la technique. Mon intérêt pour le textile me vient de mon plus jeune âge. A 4 ans, je manipulais des fils avec le métier à tisser.

Avez-vous fait une école ?
Oui, j’ai fait une école de modiste à Paris en 98, j’ai passé un CAP mode et Chapellerie.
Justement, on dit modiste ou chapelière ?
Ce sont deux métiers différents…
Expliquez-moi…
Traditionnellement, la modiste est une personne qui fabrique des chapeaux pour dames, avec de jolies garnitures, des chapeaux de mode, d’où le terme de « modiste ». Au début, les modistes étaient des marchandes de mode et à l’époque, c’étaient des rubans, des garnitures que l’on ajoutait au chapeau.
Le chapelier, c’est une personne qui fabrique ou vend des chapeaux, ce que je fais aussi, ce sont surtout des chapeaux pour hommes, mais surtout moulés en un morceau, par rapport à la modiste qui assemble à la main. Le chapelier est devant les presses et forme des modèles.
Comment se crée un chapeau ?
Ça dépend du chapeau que l’on crée. On peut mouler avec une presse en aluminium, qui forme et sèche en même temps, ou à la main avec bords et calotte. A l’époque où on fabriquait beaucoup de chapeaux, il y avait des usines à Chazelles qui fabriquaient et la matière et les chapeaux finis.
Vous n’utilisez pas que le feutre ?
Evidemment car le feutre est une matière qu’on utilise essentiellement en hiver. Le printemps, l’été, j’utilise la paille et j’utilise pour ça une boule en bois. Ensuite j’assemble les calottes, les finissions du bord et les garnitures. Je fais également une technique que pas toutes les modistes utilisent : c’est la couture de la tresse de paille, dite « la paille cousue ». Ce sont des modèles en spirales dont je donne la forme en cousant. On peut utiliser des tresses de paille naturelle, de raphia, de sisal, de la paille papier aussi, qui donne un joli rendu mais qui est plus fragile et craint la pluie ! Mais c’est une matière solide.

Quels sont vos types de clients ?
A Aubenas, c’est une clientèle privée mais j’ai aussi des clients professionnels, des boutiques qui commandent mes collections. J’ai par exemple une boutique à Lille avec qui je travaille. Je fais du sur mesure à distance. Je travaille aussi avec une chapellerie à Bruxelles et quelques autres boutiques en France. J’ai aussi une activité qui est la création en plumes et là ça touche une clientèle qui recherche la décoration, un décorateur, un architecte d’intérieur ou des particuliers qui cherchent des décorations originales. Je crée aussi des tableaux en plumes.
Vous êtes d’Aubenas ?
Non, je suis de Francfort !
D’où votre accent ! Mais comment êtes-vous arrivée à Aubenas ?
Je me suis installée en Ardèche avant de faire ma formation. Je suis partie avec mon frère, nous avons découvert et aimé la région. Puis je suis partie à Paris pour faire ma formation de modiste. Après cela, je cherchais comment et où m’installer, je suis tombée sur le seul magasin de chapeaux à Aubenas. Il était en vente et je l’ai racheté. J’ai continué la partie revente classique hommes/femmes et j’ai rajouté mes créations. Voilà pourquoi Aubenas !
Quand on arrive dans une ville de province comme celle-ci, a-t-on du mal à se faire connaître ?
Très honnêtement, le commerce marchait bien et donc ça a été rapide. Puis j’ai travaillé avec un agent commercial, j’ai distribué mes chapeaux dans toute la France, j’ai fait des salons professionnels
J’avais alors un très gros réseau professionnel, il y avait une soixantaine de magasins qui vendaient ma marque, j’avais aussi des grossistes à  l’étranger au Japon, aux Etats-Unis, en Irlande… C’était une période très florissante dans ces années 2000 !
Et puis il y a eu deux crises, en 2008 et en 2014, les professionnels on commencé à moins vendre des modèles de créateurs, plus de modèles standard, il y a eu aussi les offres de chapeaux du bout du monde, beaucoup moins chers, ce qui ne nous a pas été favorable.

Lorsqu’on voit vos créations, on se dit que ça peut intéresser les artistes, les compagnies théâtrales, les cabarets, le cinéma…
Oui mais ce sont des réseaux spécialisés, il faut y avoir des contacts, ce sont des milieux très fermés et ce n’est pas évident si l’on ne travaille pas sur Paris. J’ai toujours travaillé ici. Le monde du spectacle n’est pas si proche. Il y a beaucoup de compagnies de spectacles dans la région mais elles n’ont pas de très gros moyens.
De temps en temps, je travaille avec une femme à Francfort qui fait des costumes pour le cinéma et là, je peux faire des créations très originales. Mais être modiste « de ville » ce n’est pas le même milieu que celui du spectacle.
Par contre, je vais prochainement être exposée dans une galerie à Paris avec mes créations en plumes, à partir de septembre, c’est l’Atelier d’Art de France « Empreintes », 3 rue de Picardie dans le troisième arrondissement. Il y aura aussi mes œuvres murales, avec des plumes et des tresses de paille. Et puis j’ai un autre projet à Aubenas avec trente autres artistes. Nous exposerons dans une très belle maison au Pont d’Aubenas en juillet
Il faut aussi beaucoup d’imagination, on le voit avec ce que vous faites… Et il faut du temps !
C’est très variable,  ça peut aller de deux heures à vingt-trente heures, jusqu’à plusieurs semaines, tout dépend de ce que j’ai décidé de faire, si c’est un canoter ou une oeuvre murale !
Mais c’est vrai que je suis en éternelle recherche, ça se passe beaucoup dans ma tête… Je travaille tout le temps du chapeau !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet

Atelier Autruche – 22, Bd Gambetta – Aubenas – 04 75 93 89 10.
www.atelier-autruche-chapeaux.com