Matthieu DELORMEAU : Addictions (Ed Leduc – 189 pages)
Voici une autobiographie poignante, écrite par ce garçon qui avait tout pour réussir et dire merci à la vie : Il était jeune, il était beau, il était dynamique et entreprenant, devenant animateur télé, chroniqueur puis producteur d’émissions diverses où son franc parler faisait mouche. S’il n’était pas une star du petit écran, il était connu, avait son public et tout aurait pu continuer dans le meilleur des mondes. Si ce n’est que, mal dans sa peau, gay assumé, il allait d’aventures d’un soir en recherche de plaisirs sexuels de plus en plus addictifs. Jusqu’au jour où, après une soirée à trois, ses deux compagnons d’un soir lui font connaître un autre plaisir : la drogue.
Et voilà qu’il découvre l’euphorie de devenir tout puissant, choisissant la facilité de la cocaïne mêlée à l’alcool, mélange dont on ne sort pas indemne… Si l’on s’en sort un jour.
Et le voilà tombé au plus bas de ce que peut vivre un addict aux deux poisons mélangés. Il devient sinistre, mauvais colérique, imbu de sa personne, fait le vide autour de lui, et descend de plus en plus bas, de plus en plus loin, devenant une épave qui ne tient debout (quand il le peut) que par ce qu’il ingurgite de plus en plus.
Il perd tout repère, famille et amis, boulot. Il s’en rend compte lors de rares moments de lucidité, il chute, se fait soigner, rechute jusqu’au jour où il décide, au bout de deux ans de cette impasse, de reprendre sa vie en main. Même aujourd’hui, c’est toujours difficile mais il essaie de garder la tête hors de l’eau, de se reconstruire avec patience mais aussi une énergie folle pour sortir de son enfer, aidée de sa sœur omniprésente et d’un des rares animateurs qui ne lui pas tourné le dos et a eu le courage de le prendre dans son émission comme chroniqueur : Cyril Hanouna.
Un long chemin, semé d’embûches, un témoignage qu’il nous raconte avec honnêteté avec sincérité, un combat de tous les jours qu’il a écrit comme une délivrance et pour l’exemple de ce qu’une addiction peut devenir destructrice.
Un livre sincère empreint d’émotion, qui, en sous-titre est écrit « Il a suffi d’une fois ».
Une fois qui est fatale et il veut que son parcours cahotant serve d’exemple et alerte ceux qui pensent qu’une seule fois est anodine.
Il aura fallu beaucoup de courage à Matthieu pour écrire cette confession et on lui en souhaite encore beaucoup pour continuer sa route qui est loin d’être un long fleuve tranquille.
Frédérick D’ONAGLIA : La demoiselle du moulin
(Ed Presses de la Cité – Terres de France (357 pages)
Depuis plus de vingt ans l’ami d’Onaglia, ce Lyonnais amoureux de la Provence, nous offre, au fil des années, dans le village de Fontvieille, une saga où se mêlent le romantisme, le thriller, intrigues amoureuses et politiques, destins croisés dont le socle est le château dirigé de main de main de maître par Victoire de Montauban, femme implacable, prête à tout pour garder son rang, face à Armand, son fils totalement sous l’emprise de sa mère, homme aussi veule que volage, que Béatrice, son épouse, accepte pour garder un semblant de lien familial avec leurs deux enfants.
Béatrice a une amie : Cathy, fille de Phonse le primeur.
Cathy à qui va arriver une histoire singulière : Un soir de grand orage, elle se réfugie dans un moulin vétuste pour le laisser passer. Là, dans le noir, elle se retrouve auprès d’un homme qui est, lui aussi, venu se mettre à l’abri. Sans peur, ils se parlent dans le noir total pour se séparer au lever du jour. Intriguée, elle veut savoir qui est cet homme qui, malgré cette rencontre inopinée, lui a fait un certain effet.
Elle le retrouvera. Il s’agit de Selim, un magnifique kabyle qui s’est enfui de Marseille où il est recherché. Quelle est son histoire ? On la découvrira au fil des événements qui vont se dérouler en, cascade, « ce genre d’homme » n’étant pas du goût de nombre de villageois, d’autant qu’entre lui et Cathy, une histoire d’amour se profile. Son père, Victoire vont s’en mêler mais aussi l’institutrice, Viviane Plancoulène, tombée amoureuse de Selim et d’une folle jalousie envers Cathy.
Plein d’autres événements vont faire trembler ce village et Frédérick ajoute une grande histoire dans cette histoire qui contient déjà dix épisode, toujours écrite avec sa plume alerte, faite de personnages hors du commun dans une Provence qu’il dépeint de belle manière, avec amour, comme le faisait Cézanne avec ses tableaux.
Une belle grande histoire qui pourrait clore cette saga…
Mais avec Frédérick, sait-on jamais ?
Jacques Brachet

