
Elle est réalisatrice et s’est spécialisée dans le documentaire.
Chloé Henry-Biabaud se balade dans le monde entier, du Rwanda au Brésil, de l’Argentine a l’Egypte, du Kenya à l’Amazonie en revenant, pleine d’usage et raison vivre… à Ollioules !
Ses sujets sont divers, le handicap, la boxe, les pêcheurs mais aussi des sujets moins lointains comme les calanques ou la Bonne Mère.
Invitée par Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud », elle nous proposait ce soir-là un film très émouvant : « La réparation », réalisé avec sa complice Isabelle Vayron, sur la justice restaurative
C’est un dispositif de justice qui met face à face des auteurs de crimes divers et des victimes d’autres crimes. Encadrés par deux animatrices qui les laissent parler, chacun peut s’épancher, dialoguer, parler de leurs peines et de leur colère pour les victimes, de leur question, de leurs regrets sur le fait que les auteurs sont passés à l’acte.
Chacun a besoin de réponse, chacun a eu sa vie détruite, sans compter les victimes collatérales, beaucoup sont dans la douleur, l’incompréhension, le déni quelquefois mais tous ont des vécus traumatisants qu’ils porteront toute leur vie.
Les dialogues sont sans jugement, chacun étant à l’écoute de l’autre et leurs témoignages sont poignants et perturbants.
Evidemment, cette justice restaurative ne règle pas tous les problèmes mais aide à la compréhension de chacun.
Ce film a été tourné dans une prison d’Auxerre, encadré par Béatrice et Catherine et ne peut laisser personne indifférent. Il met en lumière les responsabilités des agresseurs comme la peine et parfois la colère et la vengeance de ceux ou celles qui ont perdu quelqu’un de cher.
Un film poignant plein d’humanité et nécessaire afin de permettre à tous d’avancer sans jamais pouvoir tourner la page.
J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Chloé Henry-Babaud, femme pleine d’humanité, chacun de ses documentaires (et ils sont nombreux) étant empreint d’empathie, d’humanité.
« Chloé, vous avez parcouru le monde mais d’où venez-vous ?
Je suis parisienne, j’habite depuis dix ans à Ollioules, j’ai vécu neuf ans à Marseille mais c’est vrai que je voyage beaucoup.
Comment choisissez-vous vos sujets ?
J’ai bien sûr des sujets de prédilection mais j’ai vécu au début en Polynésie où j’ai commencé ma carrière et en rentrant en métropole, j’ai travaillé avec Yann Arthus-Bertrand avec qui nous avons interviewé partout sur la planète. Il est resté l’un de mes meilleurs amis, tout comme Isabelle Vayron avec qui je coréalise beaucoup de films. On est resté un noyau soudé.
Et puis j’ai développé des contacts, des thématiques qui m’intéressaient, comme la résilience, mot que je n’aime plus du tout, tant il est aujourd’hui galvaudé. J’ai aussi vécu au Brésil avec mes parents d’où cette appétence aux voyages.
Et vos sujets de prédilection ?
Souvent, les sujets qui m’intéressent tournent autour de gens qui ont vécu des choses difficiles et les ont surmontés d’une manière ou d’une autre. Et puis, il y a des sujets environnementaux parce que, forcément, lorsqu’on voyage beaucoup, on y est sensibilisé. Mais je m’intéresse aussi à la culture et tout se fait au gré des voyages, des rencontres…
Est-ce que vous partez pour trouver des sujets ou parce que vous avez un sujet en tête ?
J’ai beaucoup de relations dans beaucoup d’endroits mais pour faire un documentaire j’ai des idées « avant » puis il y a tout un chemin car il faut trouver la production en amont du tournage, qui va nous accompagner, il y a tout un dossier pour pouvoir le pré-vendre à des diffuseurs et là alors, on peut partir en tournage. Mais si un documentariste veut gagner sa vie, on ne peut pas aller faire les repérages « avant » et tout payer de sa poche en pensant qu’on vendra l’idée, le film.

Qui sont les diffuseurs ?
Pour l’instant, je ne travaille qu’avec les télés, France Télévision ou Arte. On leur apporte l’idée, on va écrire tout un dossier en amont même si l’on ne sait pas ce qui peut se passer sur place car ce n’est pas un scénario de fiction. On sait qu’on va filmer un dispositif qui est cadré, après, ce qui peut se passer, on ne peut pas le deviner. On écrit une note d’intention, de réalisation, les raisons de faire ce documentaire.
Est-ce que sur le tournage, ça dévie quelquefois ?
Les gens qu’on filme ne sont pas des comédiens et heureusement, on ne peut pas leur demander de faire ce qu’on a écrit, parfois nous avons de belles surprises, parfois c’est plus compliqué mais généralement, lorsqu’on va filmer quelque chose, on a une intention précise et le but est d’aller filmer cette intention du départ. Mais il faut aussi laisser place à la surprise, à l’improvisation et lorsque c’est un documentaire en immersion comme celui-ci, on ne peut pas décider à l’avance.
En dehors de grands voyages, vous faites aussides documentaires en France comme celui consacré à la Bonne Mère de Marseille !
Lorsque j’ai fait ce film, je venais d’arriver à Marseille, il y a 15 ans, et c’est une boîte de production marseillaise qui me l’a proposé car, n’étant pas marseillaise, j’aurais un regard neuf. J’ai donc vraiment découvert la Bonne Mère et j’ai adoré car j’ai filmé carrément sur un an. Comme j’avais un regard extérieur neuf et admiratif, je découvrais.
De tous les pays que vous avez traversés quel a été celui qui vous a le plus marqué à ce jour ?
J’ai beaucoup de pays de cœur, comme le Brésil où j’ai vécu .Je parle le portugais et j’y suis allé souvent en tournage. J’y ai passé une partie de mon enfance, et j’y ai beaucoup de souvenirs. C’est sentimental. Une partie de mes souvenirs, de mes amis, sont encore là-bas.
Mais je crois que celui qui m’a le plus marqué et où je retourne souvent, c’est le Rwanda. De par son histoire terrifiante, il est resté beaucoup figé dans les médias. Pendant longtemps, il a été connu par le génocide alors qu’il a beaucoup d’autres choses. Il y a quand même un pays qui s’est relevé et il y a tellement à y découvrir. Il y a un futur très riche, une lumière incroyable.
Alors ce film présenté ce soir ?
Ce film est donc sur la justice restaurative. Ce sont des dispositifs cadrés par des associations mandatées par le Ministère de la Justice. Ça fait partie du code pénal. Auteurs ou victimes peuvent en être informés et y participer, ils sont préparés pour se rencontrer mais ce ne sont pas les auteurs et victime directs. Avec Athus Bertrand, nous avions déjà filmé des participants pour son film « Human » en Floride, qui avaient besoin d’en parler et de se parler. Ce sont des gens qui ont décidé d’eux-mêmes d’y participer. On a trouvé ça tellement
incroyable qu’on a décidé d’en faire un film.
C’est arrivé en France dans le cadre du code pénal en 2014 et nous avons eu envie de faire ce film, avec Isabelle, en faisant le mouvement inverse, c’est-à-dire qu’on a filmé le dispositif avec les animateurs, les médiateurs et les participants que nous ne connaissions pas, en immersion.
Comment réagissent les gens lorsque vous allez les voir pour leur proposer ce concept ?
Nous sommes allés en repérage dans des groupes avec des encadrants à Auxerre, on a beaucoup discuté avec Amélie et Séverine, les encadrantes qui ont été nos alliées car en fait, ce sont des travailleuses de l’ombre qui prennent beaucoup sur leur temps, qui se donnent corps et âme. A partir de ce moment-là, nous avons fait une lettre pour expliquer le but du film, qu’elles ont donnée à ceux et celles qui étaient prêts à jouer le jeu. Ne pouvant les rencontrer en amont, elles ont été nos intermédiaires en leur précisant bien aux participants qu’ils pouvaient arrêter lors du tournage, que ceux qui ne voulaient pas qu’on les voit, peuvent être filmés de dos ou floutés. Nous avions deux ou trois caméras que nous ne bougions pas, pour ne gêner personne. Le tournage s’est fait sur un an avec trois rencontres.
C’est votre dernier film ?
C’est l’un des dernier Sybille d’Orgeval (J’adore les coréalisations !), nous avons tourné un film sur la pêche contemporaine et les problématiques liées à la pêche sur les océans, qui s’appelle « Vents contraires ». J’en termine un avec une autre amie, Coraline Molinié, pour Arte, autour des castors et tout ce qui lié aux écosystèmes autour de cet animal ».
Avec tous ces films, espérons que nous aurons encore l’occasion de revoir notre belle réalisatrice chez notre amie Pascale !
Jacques Brachet








