
C’est grâce à une animatrice géniale, Denise Glaser, avec qui j’avais beaucoup de complicité qui, un jour au MIDEM 72, m’offre le premier disque de Catherine Lara « Ad Libitum ». Connaissant mes goûts, elle sait qu’il me plaira. Alors inconnue, va lui consacrer toute une émission de son fameux « Discorama »
J’écoute et je tombe en amour de cette musique qui semble venir de très loin, avec sa voix d’ange (que la cigarette a beaucoup changée !) et son violon déjà magique.
Si je lui consacre à mon tour un papier, beaucoup de temps va passer avant que je ne la rencontre. Ce sera en 81, alors qu’elle éclate enfin en changeant, physiquement de style de musique et de voix. C’est le disque « Yohann ».
Enfin elle vient chez nous, à la Seyne, où elle chante pour la fête de l’Humanité dans les pires circonstance que peut avoir la chanteuse : les discours politiques enfiévrés, au milieu des odeurs de frites, de la poussière, de la chaleur et l’on s’assoit pour manger un bout au milieu d’un brouhaha incroyable, un chien qui aboie et une serveuse qui, toutes les minutes vient demander si « ça va Madame Lara ? » et si elle ne veut pas un peu plus de frites ! Je précise que j’enregistre l’interview ! Jusqu’à un coq sorti d’on ne sait où, qui n’en finit pas de coqueriquer !
Il nous prend tout à coup un fou-rire inextinguible et c’est là que je découvre l’humour de Catherine. Une histoire d’amour qui tourne à l’amitié jusqu’à aujourd’hui jamais démentie.
Les tournées, dont les « Age Tendre », les galas, les émissions de télé (Dont une avec Maurane où tous trois nous somme shootés au champagne, mes deux copines aimant rigoler, avec des blagues quelquefois salaces, des contrepèteries). Bref on ne s’est jamais longtemps quittés et les retrouvailles sont toujours pleines de rires et d’amitié.
Alors, lorsque j’apprends qu’elle passe au Pasino d’Aix-en-Provence avec son dernier spectacle « Identités », je ne pouvais pas ne pas y être.
Et je l’aurais regretté car c’est l’un des plus beaux spectacle de danse et musiques mêlées auquel j’ai pu assister, avec la compagnie Kumo, quatre magnifiques danseurs venus de tous horizons, Jamson, Chichi, Corey, Viny Colby, qui nous font vibrer autour de la musique de Catherine omniprésente avec son violon jaune que je connais bien.
Difficile de définir ce spectacle de musique tribale, où tous les styles se mêlent, yiddish, tzigane, slave, classique, arabisant, hip hop… De la musique universelle où tout tourne autour de thèmes différents, la femme, la guerre et la paix, le racisme, les différences et les ressemblances, musique quelquefois planante, quelquefois sauvage, sur laquelle, nos quatre danseurs donnent tout avec une incroyable énergie. Le spectacle en noir, blanc, rouge est d’un esthétisme et d’une beauté à couper le souffle.
Catherine nous offre des fulgurance, faisant pleurer son violon, le faisant chanter sur fond de percussions et d’images en fond d’écran, virevoltant avec les danseurs, jouant avec eux sur des chorégraphies de folie sur ces musiques venue du fond des peuples, du fond des âmes.
Un spectacle fait d’humanité auquel Catherine, faute de chanter, nous dit des mots chargés d’émotion. A 80 ans, elle est plus forte, plus belle que jamais et ce spectacle nous enchante, nous ravit, nous émeut, nous prend aux tripes. Il faut voir le public se lever, applaudir, crier et en redemander.
Et après le spectacle, on la retrouve heureuse du travail accompli et de l’amour que lui porte le public.
« Le violon – me dit-elle -, c’est le prolongement de ma main, de mon âme et je ne pourrais pas m’en passer même si, aujourd’hui, ma musique est différente. Durant 15 ans je suis allée au fond de quelque chose, j’ai eu le temps de faire le tour de la musique classique, j’ai même monté un quatuor de musique de chambre jusqu’au jour où j’ai eu envie de passer à autre chose. Il y a eu une cassure mais elle m’a permis de prendre une autre route. Jouer Brahms, Beethoven, Schubert ne me suffisait plus, il fallait que j’exploite d’autres contrées, que je découvre d’autres formes de musiques, une autre façon de m’exprimer. Lorsqu’on découvre Léo Ferré, Stevie Wonder, Jacques Brel, Aretha Franklin, le jazz, les musiques du monde, on se dit qu’il y a d’autres musiques que le classique et que c’est toujours de la musique.
Je composais déjà pour le plaisir, le plaisir est toujours là et je suis toujours à fond.
De puis ton « Laratorio » écrit pour le spectacle d’Annie Girardot « Revue et corrigée », tu as su mêler différentes musiques… Tu sais, écrire une belle chanson c’est aussi très difficile, mais c’est formidable de mêler les mots aux sons. Il faut un esprit de synthèse et l’on a si peu de temps pour raconter une histoire. Et puis, cette nouvelle route m’a permis de faire de très jolies rencontres, de travailler avec des gens formidables et comme je ne suis pas une fana de solitude, tout ça me va très bien. J’aime avoir des compagnons de voyage, avoir une complicité comme j’ai eu, durant longtemps avec Alain Boublil. Les rencontres, les gens, c’est aussi tout l’intérêt de ce métier. C’est pourquoi j’aime travailler avec d’autres artistes, soit pour créer des chansons, un spectacle, soit pour collaborer avec « Les enfoirés » ou « Age Tendre » par exemple… Grâce à ce métier, ma vie est semée de merveilleuses rencontres, de moments forts, inoubliables. Celle de Barbara, c’est ma jeunesse… J’étais groupie et la rencontrer et d’avoir travaillé avec elle, ce fut un grand bonheur. Lorsque Barbara te dis : » J’adore ce que vous faites, pouvons-nous travailler ensemble ? » tu tombes à la renverse ! Ce furent deux mois entre parenthèses, de pur bonheur.
Il y a eu aussi Johnny Hallyday, Les musiques de films ou de télé, William Sheller et bien d’autres…
« Françoise Hardy, ce fut un coup de foudre. Lorsqu’elle a découvert ce que j’écrivais elle a même voulu me produire mais elle a pensé que, pour moi, il valait mieux que j’aille dans une grande maison de disques. Mais j’ai écrit pour elle et j’en suis fière».
Et ainsi il y a eu « Sand et les Romantiques » « Aral » dont certaines fulgurances se retrouvent dans ce nouveau spectacle, il y a eu les arrangements de « L’Arlésienne » de Bizet avec Jean Marais, le spectacle « Au-delà des murs » avec Franco Dragone, le directeur et chorégraphe du Cirque du Soleil et tellement d’autres choses…
Une autre qualité chez Catherine : la franchise !
« Je ne sais pas trop si c’est une qualité ou un défaut mais j’ai une belle ( ?) réputation de franchise et tant pis si ça me joue des tours. De toute façon, je n’ai pas envie de plaire à tout le monde. Par contre, avec l’âge, je fais peut-être plus attention aux autres, j’essaie de ne pas les blesser pour rien. J’ai envie de devenir tolérante !»
Voilà comment fonctionne Catherine Lara.
Lara, c’est un regard bleu, derrière des lunettes bleues, un regard franc, net, direct, qui vous vise droit dans les yeux, droit au cœur.
Lara, c’est la douceur cachée derrière une incroyable énergie.
Lara, c’est un caractère fort qu’il vaut mieux éviter les jours de colère.
Lara, c’est une surdose d’humour au premier, second, troisième degré.
Lara, c’est un amour inconditionnel pour la musique.
Car elle aime la musique de toutes ses forces, toutes les musiques venues d’ici et d’ailleurs. Et surtout, elle aime son public. Par contre, jamais une fois je ne l’ai entendue dire qu’elle s’était trouvée bien. C’est plutôt le genre : « Ils ont été merveilleux, ils m’ont aimée, je le leur ai rendu… Ils le méritaient ».
Et c’est ce qu’elle a fait en cette belle soirée aixoise.
Jacques Brachet
Photos Eric Bongrand, Cécile Giol, Jacques Brachet










