
Jean-François Mutzig est journaliste, reporter, photographe.
Homme passionné s’il en est, après avoir travaillé sur plusieurs journaux, il passe aujourd’hui sa vie à courir le monde, afin de l’appréhender et surtout de suivre la vie des animaux car c’est aussi sa grande passion, comme les éléphants d’Asie ou les chevaux sauvages de Galice entre autres, face aux humains.
Auteur de plusieurs livres, aujourd’hui il expose un peu partout ses photos, dont certaines ont obtenu des prix, après avoir tiré longtemps les photos des autres. Photos qui furent longtemps en noir et blanc, avant qu’il ne vienne à la couleur. Ses photos ont été connues grâce à de nombreux magazine et jeudi soir, Henri Chich, président de l’association « Phot’Azur » l’avait invité pour nous présenter plusieurs diaporamas édifiants comme « Les éléphants d’Asie », en Birmanie, qui servent au débardage et sont souvent maltraités par des cornacs violents mais il faut savoir que le dicton « Avoir une mémoire d’éléphant » est véridique, un éléphant se souvenant, plus de vingt ans après et le fait quelquefois payer au cornac qu’il reconnait. Heureusement aujourd’hui des gardiens les récupèrent dans des sanctuaires pour les soigner jusqu’à leur mort.
Le second diaporama, « Pêcheurs d’Asie » nous montre comment les plus pauvres pêchent artisanalement le poisson pour leur survie alors que des chaluts raclent les fonds marins pour en faire un juteux commerce. Ils sont transformés en farines pour nourrir les bovins de nombreux pays.
Puis il nous fait voyager, avec son compère Frédéric Massé, avec qui il travaille depuis des années, en Galice pour découvrir « Des chevaux et des hommes » lors du « A rapa das bestas » qui réunit tous les ans quelques vingt-mille personne autour d’une tradition qui date du Moyen Âge et qui rassemble près de deux-cents chevaux sauvages dans l’arène afin de les soigner, de les recenser, leur couper les crinières. Plus de mille cinq cents inscrits sont rassemblés.
Retour sur l’éléphant, avec un reportage, en couleurs cette fois, « L’éléphant en fête », fête printanière au Rajasthan, où sont peints cinq cents éléphants qui promènent le public venu nombreux. Musique, processions, ballades, concours de beauté, près de mille deux cents figurants venus du Sri Lanka, de Thaïlande, du Laos, et des milliers de spectateurs venus se joindre aux fêtes. Après ces superbes images, je voulais en savoir sur ce reporter sans frontières, avec qui j’ai retrouvé des points communs, même si je suis loin d’avoir fait, ne serait-ce que la moitié de ses voyages !
Jean-François, comment est venu cet amour mêlé de la photographie, du reportage, des animaux ?
Juste après la terminale, j’ai arrêté mes études, je n’avais pas envie d’aller en fac et j’avais déjà le désir de devenir journaliste-reporter. J’ai donc fait une école de photographie à Lille où je suis né. Puis j’ai émigré dans le sud de la France où j’ai commencé à « piger » pour le Provençal, la Marseillaise, Nice-Matin… En 90 j’ai été professionnalisé au Dauphiné où j’ai fait toute ma carrière en tant que journaliste sur les Alpes de Haute Provence.
Vous étiez alors journaliste ou photographe ?
Je faisais les deux. Mais en parallèle, j’ai toujours voulu aller plus loin car je ne suis jamais satisfait de ce que je fais. Je voulais monter de gros projets. Donc, j’ai commencé à voyager, beaucoup en Asie, où je me suis spécialisé. Dans les années 2000, j’ai découvert l’éléphant d’Asie et c’est ce qui m’a lancé dans ma carrière. J’ai fait un gros travail sur la relation entre les hommes et les éléphants en Asie. Une relation qui se pérennise depuis plus de cinq-mille ans que l’éléphant est domestiqué en Asie.
Vous faisiez ces reportages pour le journal ou pour un magazine ?
Au départ, je le faisais pour moi et petit à petit, en 2010, on a lancé ce projet en réalisant une exposition, j’ai eu la chance d’avoir plusieurs portfolio, tout c’est alors enchaîné, entre autre les voyages. J’ai eu la chance de voir mon travail sur les éléphants, présenté au Japon où j’ai eu un prix sur le travail projeté ce soir, puis j’ai travaillé sur les chevaux de Galice en Espagne où j’ai eu aussi la chance d’être primé. Cette thématique entre les animaux et les hommes me plaît car elle est exceptionnelle dans le sens large du terme. Les animaux, on les aime, on les chérit mais on les tue également. C’est un peu ce paradoxe que l’on peut découvrir dans mon travail et dans tout ce que j’ai pu faire ces vingt dernières années.
Au départ, ce sont les éléphants… Pourquoi ?
C’est un peu par hasard. Comme tout journaliste qui se respecte, je me documente toujours beaucoup et je me suis rendu compte qu’il y avait assez peu de travaux réalisés par des photographes, sur l’éléphant d’Asie et sur la relation homme-éléphant. J’ai donc essayé d’écrire cette histoire et d’en faire un livre, voici dix ans et de faire dans le même temps, une exposition à Monaco qui a été inaugurée par le prince Albert. Moi, l’éléphant m’a tout donné, je lui dois tout ! C’est lui qui a lancé ma carrière… C’est mon imprésario !
En dehors des éléphants et des chevaux, il y a d’autres animaux qui vous intéressent ?
Depuis une vingtaine d’années, je travaille sur cette relation homme-animal. Je me suis intéressé aux serpents, aux cochons, aux singes. Je les choisis par thématiques et par la relation qu’ils peuvent avoir avec les hommes. J’ai par exemple travaillé sur les relations entre les hommes et les singes en Thaïlande et en Inde où les singes ont carrément accaparé un quartier jusqu’à en faire partir les humains. C’est la relation ambigüe d’un animal sauvage qui reprend le terrain.
Alors, comment l’humain que vous êtes se retrouve face à l’animal ?
J’ai une relation privilégiée avec les gens, j’ai fait ce métier pour le contact, pour rencontrer, essayer de comprendre comment ça se passe. C’est ça, je crois, le métier de journaliste, on ne comprend pas toujours mais on essaie ensuite de retracer le mieux possible au public. C’est pareil pour les animaux.
Vous avez longtemps travaillé sur le noir et blanc
Mais là, j’ai lancé un nouveau projet sur les éléphants en couleur mais c’est l’éléphant dans la fête et il était difficile de le faire en noir et blanc !
Et d’autres projets ?
Oui, en 2027… Mais on n’en parle pas encore
Jacques Brachet







