Six-Fours – Lumière(s) du Sud
Elisa M & Nicolas Boulland-Genet : Dys sur dix !

Il était une petite fille pas comme les autres. Atteinte de Dyspraxie, il semble que rien ne pourra la sortir de ce dysfonctionnement mais voilà… Joseph Mulé et son épouse, ses parents, ne baissent pas les bras et vont l’entourer d’un amour infini jusqu’à se rendre compte qu’un pinceau à la main, elle développe un talent exceptionnel et jusqu’à pouvoir exposer ses œuvres un peu partout dans la région.
Mais là ne s’arrête pas la belle histoire puisqu’elle part exposer en Allemagne au mois de mai qu’elle revient de Tokyo, d’où elle revient médaillée ! Et elle va avoir 24 ans !
Ce ne fut pas on long fleuve tranquille, mais l’amour, la persévérance et le talent font qu’aujourd’hui Elisa (son nom de guerre Elisa M) est une jeune femme rayonnante, au regard et au sourire lumineux et que du coup, le jeune vidéaste Nicolas Boulland-Genet lui consacre un film !
Un documentaire tellement beau et émouvant que Pascale Parodi décide de nous montrer, dans le cadre de son association « Lumière(s) du Sud » dont elle est présidente, devant un théâtre Daudet affiché « complet », qui a conquis un public ravi et ému de découvrir cette belle jeune femme épanouie et son réalisateur un peu intimidé car c’était la première fois qu’ils présentaient leur film.
J’avais déjà rencontré Elisa, aujourd’hui les voici tous les deux aussi émus et… stressés pour nous raconter cette belle aventure.

« Alors, cette rencontre, comment s’est-elle passée ?
Elisa : On s’est rencontré… à la maison ! Je connaissais déjà la sœur de Nicolas à l’école du Brusc. Je ne connaissais pas Nicolas mais lui m’avait repérée sur Facebook et il m’a proposé de faire un reportage sur moi.
Nicolas, tu es vidéaste et réalisateur et comment t’e venue cette idée de consacrer ce portrait d’Elisa ?
A la base, il y a le fait que ma sœur et Elisa se connaissaient et je connaissais la situation d’Elisa depuis longtemps. Il y a un an et demi, pour mes études je devais réaliser un documentaire de 26 minutes, j’ai alors repensé à Elisa, je voulais savoir où elle en était de sa vie car elle avait un profil atypique. Mes parents ont pris contact avec ses parents, ils m’ont invité à venir chez eux et j’ai pensé que c’était un sujet intéressant car déjà, j’aime beaucoup l’art dans lequel j’ai fait des études. Et puis, je me retrouvais quelque part en elle car j’ai eu beaucoup de mal à trouver ma voie. Je pensais être bon dans tout mais excellent dans rien !
J’ai enfin trouvé ma voie dans la vidéo.
Qu’est-ce qui t’a touché chez Elisa ?
Dans sa situation, l’art, la peinture étaient au départ quelque chose de compliqué mais elle a su dépasser tous ses problèmes et je me suis dit que, même dans des voies qu’on choisit où on pense ne pas être capable, on peut y arriver. Et j’aime ce message qui fait qu’on arrive à quelque chose même lorsqu’on ne s’y attend pas. On est tous né pour quelque chose.

Aujourd’hui, ce film est fait, c’est la première fois qu’il est vu par un public. Que va-t-il devenir ?
Comment concevoir un tel film ?
Au début, il y a eu beaucoup de discussions pour savoir comment ça devait se passer au fil des prochains mois car on a mis un an et trois mois à réaliser ce film. Beaucoup de questions se sont posées : il fallait d’abord connaître le plus profondément ce sujet, connaître aussi Elisa, on a longtemps discuté avec ses parents. Après, il y a eu beaucoup d’écriture.
Et toi, Elisa, quelle a été ta réaction lorsqu’on t’a annoncé qu’on allait faire un film sur toi ?
Je n’ai pas eu peur. La seule chose qui me faisait peur était la caméra ! Nicolas m’a dit de l’oublier. Moi, je préfère rester dans ma bulle, je n’aime pas qu’on me regarde, d’avoir des gens autour de moi, qui me regardent travailler. Nicolas était venue me voir dans l’atelier d’Agnès, ma professeure qui m’a dit : « Ne pense pas à lui, fais comme s’il n’était pas là, tu gères ta peinture »
Nicolas : La première fois que je l’ai filmée dans son atelier en train de peindre, ses parents nous ont dit que, même eux, elle refusait qu’ils la regardent peindre !
Elisa, pour un peintre, c’est dur d’expliquer sa peinture ?
Oui et je n’aime pas ça. Je ne veux pas l’expliquer. Je n’avais pas envie d’être interviewée. J’ai accepté de faire ce film pour aider des parents et des enfants, faire passer un message, pour dire que, même si on est atteint de dyspraxie, on peut réussir à trouver sa voie.
Nicolas : On a beaucoup d’idées mais c’est toujours très difficile. Comment y répondre ? Dans l’idéal, on aimerait qu’il soit diffusé dans le plus de lieux possibles, de plus de festivals, des chaînes télé. Mais il faut beaucoup de contacts pour être connu, repéré et reconnu. On avance par petits pas. Aujourd’hui, d’être là est une énorme opportunité et grâce à Pascale, qui est la première à nous permettre de le montrer à un public. Après, on verra. C’est mon premier film réellement abouti, qui a pour but d’être diffusé.


Elisa, toi qui aujourd’hui expose un peu partout, ne peux-tu pas l’accompagner lors de tes expositions ?
Pourquoi pas le montrer ? A condition de ne pas en parler ! Je vais beaucoup travailler avec Isabelle Decitre, présidente de DFD 83 (Dyspraxie France Dys 83)
Ce soir est une première… Comment te sens-tu ?
Je n’ai pas peur, je suis heureuse… et surtout stressée car après le film, il va falloir répondre aux questions ! Mais avec Pascale, je suis en confiance. J’ai seulement envie de ne pas pleurer. Il y a des risques !
Et toi, Nicolas, des projets ?
Oui, grâce à des amis de Pascale,  J’ai rencontré un jeune surfeur qui pratique son sport au Costa Rica. J’espère pouvoir aller là-bas à sa rencontre et montrer son cheminement depuis l’Argentine d’où il est natif jusqu’aux vagues du Costa Rica. C’est une longue préparation, il me faut trouver des aides car ce n’est pas la porte à côté ! »

En attendant vous pouvez découvrir les œuvres d’Elisa  au Casino de Sanary durant tout ce mois.
Et quel bonheur et quelle émotion d’avoir découvert ce film à la fois poétique et émouvant. Les parents d’Elisa ont bien de la chance d’avoir une fille aussi talentueuse, aussi solaire, aussi attachante. Des parents qu’Elisa n’a pas manqué de remercier avec tout l’amour qu’elle a pour eux. Et en précisant pour conclure : « Je ne suis pas handicapée. Je suis seulement différente »
Ce fut une magnifique soirée.
Jacques Brachet