Luc PATENTREGER, utopiste & visionnaire

Luc Patentreger est médecin, plasticien, homme d’art et de politique, écologiste, il sculpte, peint, écrit des livres, des BD – Il a créé un curieux et sympathique petit personnage nommé Paprika – et chaque année il organise le festival de cinéma « Femmes ! » qui rayonne sur plusieurs villes varoises.
Il est ce qu’on appelait au XVIIème siècle « un honnête homme », cultivé, curieux de tout, humaniste et il est aussi un amoureux de la Seyne-sur-Mer où il vit.
A tel point qu’il nous offre aujourd’hui un livre « La Seyne, la mer » où il défend sa ville qui en a aujourd’hui bien besoin et que, en utopiste et optimiste qu’il est, il espère voir naître un jour, belle et fière. C’est, dit-il, un livre d’espérance magnifiquement illustré de superbes photos de notre ami Pascal Scatena, et de dessins signés de l’auteur lui-même. Un livre plein d’amour et de poésie qui a cette originalité de laisser parler sa ville au singulier, dont chaque chapitre est une escale, l’Histoire se mêlant à l’histoire dans une écriture simple et belle.

Une rencontre s’imposait, avec toute l’amitié et l’admiration que je lui porte.
« Luc, parle-moi de la genèse de ce livre…
Je suis arrivé à le Seyne-sur-Mer en 1981 et, moi parisien, je découvre la mer Méditerranée et je tombe immédiatement amoureux de cet espace car je suis un passionné de la beauté et la mer fait évidemment partie de la beauté de notre planète. Je m’y installe en tant que médecin en 1984. En 1985, il y a la fermeture des chantiers navals et tous les licenciements qui en découlent. De ce moment, je vois débarquer dans ma clientèle les conséquences sanitaires d’une crise sociale et économique : la dépression, des femmes battues,  des enfants qui font pipi au lit, de l’alcoolisme, je vois des suicidés et je ne me sens pas d’être un simple prescripteur d’antidépresseurs mais je veux faire quelque chose pour cette ville…
Et faire quoi alors ?
A partir de 1989, j’ai commencé à écrire des articles, des réflexions sur comment reconvertir cette ville, comment peut-elle rebondir alors que les politiques avaient out misé sur les chantiers navals sur un plan électoraliste, économique, social. Mais ils n’avaient pas diversifié les activités comme à La Ciotat. J’ai donc réfléchi sur la dimension maritime à travers ma clientèle, les associations, les chefs d’entreprises, des politiques aussi. Etant aussi écologiste je me suis dit que l’avenir de cette ville nécessiterait une dimension maritime et écologique nécessaire.

Tous ces articles, tu les donnais à qui ?
Au parti des écologistes qui m’ont demandé, à partir de 92, de les représenter. Ne sachant pas dire non, j’ai donc dit… oui et ça m’a permis de construire une vie d’homme, de citoyen engagé. En 95, je me suis retrouvé élu, adjoint à la culture avec aussi en charge l’aménagement du territoire où j’ai monté des dossiers européens dont le parc Fernand Braudel aux Sablettes. Mon concept était de créer trois parcs car c’était la seule ville à ne pas avoir de parcs. Mais ce n’étaient pas des parcs pour verdir, comme un écolo primaire, mais des parcs pour l’emploi. Un parc balnéaire, un parc culturel et un parc de la rade, ce  dernier étant un parc économique et d’agrément, un bassin d’emploi avec des arbres, des pelouses. Mais j’ai très vite été débarqué par le maire d’alors qui voulait construire une cité HLM sur le site des chantiers, ce que je refusais.
Alors, revenons à ce livre !
C’est avant tout une réflexion par rapport à un constat, un vécu, à une souffrance. En tant que médecin, citoyen et humain, je ne pouvais pas rester insensible à cette souffrance humaine mais aussi urbaine. La Ciotat a réussi à se reconvertir, la Seyne n’arrêtait pas de plonger. J’ai donc voulu apporter ma petite contribution à la reconversion de cette ville avec la dimension maritime et écologique.
Aujourd’hui, en 2026, la dimension maritime, tous les candidats l’ont oubliée, je n’entends pas de discours par rapport à la mer. Quant à la dimension écologique, elle est inexistante alors que nous vivons un dérèglement climatique.
Ce livre est onc un récit, un mémoire de la ville et ses avenirs basés sur les solutions liées à la nature.
Il est né d’une passion pour elle, pour les gens, pour mes patients, desquels j’ai appris beaucoup de choses et j’ai voulu leur rendre hommage.

George Sand à Tamaris

Lorsque tu parles d’avenir de cette ville… Y crois-tu vraiment ?
Si j’écris « La Seyne, la mer », c’est que je crois en cette ville qui, depuis quarante ans, a beaucoup de difficultés mais il va bien falloir qu’un jour, il y ait des politiques qui prennent la ville en main par rapport aux urgences, aux nécessités et tout simplement à une logique de bon sens dans la dimension maritime et écologique. C’est notre identité.
Il faut accepter la nature et nous mettre, nous les humains, à sa hauteur.
Je donne donc quelques exemples sur les posidonies, qui sont très importantes, sur les cargos à voiles réalisés par la CNIM.
On ne peut pas revenir en arrière, on s’adapte. A la Seyne, on n’a rien, on part de pas grand-chose mais on peut proposer un modèle de ville qui soit original, singulier, qui se démarque du reste. Donc on a encore la possibilité de faire en sorte que cette ville ait cette dimension à la fois maritime et à taille humaine.
Tout ça, ce sont de bonnes intentions…
Evidemment, mais ce sont des alertes et je suis un messager, un lanceur d’alerte, je transmets par l’Histoire, la mémoire, les années-lumière, les années d’acier, les années de plomb. Il y a eu les bombardements, le choléra mais depuis quarante ans ce sont des années de boue.
C’est tout ça que j’ai voulu raconter, illustré par des photos de Pascal Scatena et de mes dessins.
C’est un livre singulier car je fais parler la Seyne comme un bateau à voile. C’est un navire à trois mâts puisque nous avons trois quartiers, Berthe, centre-ville et le Sud.
Il parle de l’Histoire, de la préhistoire, de demain, qui met en avant la conscience écologique, qui parle de la mer, des océans, de la Méditerrané dont la surface maritime est la plus grande après les Etats-Unis. La Méditerranées est une mer d’une très grande richesse par sa biodiversité mais c’est la mer la plus fragile de la planète car c’est une mer fermée qui souffre du plastique et du réchauffement climatique.
Pour les politiques, la mer est plus qu’un décor qu’une partenaire. Il faut la respecter et faire avec ».

Propos recueillis par Jacques Brachet