
On a tous un petit bout de Delpech dans la tête, pour peu qu’on ait plus de 20 ans… ou 30… ou 40 !
J’ai eu la joie de faire quelques tournées avec lui et c’était toujours un plaisir de le retrouver, intact malgré quelques années galère et heureux d’être devant de si grands publics retrouvés pour égrener nos belles années…
Après ma première rencontre sur le fameux » Inventaire 66 » avec Stone, Charden, Pascal Danel et quelques autres, je devais partir en tournée avec Michel Delpech en 1971 alors qu’il venait d’éclater littéralement avec » Pour un flirt « .
C’était une tournée de folie car il fallait souvent doubler les concerts tant la demande était grande et je me souviens des hurlements des filles lorsqu’il arrivait sur scène avec son fameux tube «Pour un flirt» et qu’il terminait son concert avec le même titre et dans la même folie.
Et alors qu’il était en plein succès, la première interview fut quelque peu laconique car, je m’en aperçus très vite, il était timide et réservé malgré cette énergie qu’il avait sur scène. Mais peu à peu, au cours de la tournée, nous eûmes de jolis moments ensemble et je vais découvrir un autre aspect de son caractère : il était anxieux et malgré le succès, cette folie qu’il drainait derrière lui, je me souviens qu’il m’avait dit : «Combien de temps est-ce que ça va durer ?»
Cette tournée était un bonheur puisqu’il y avait en première partie Maria de Rossi dont je m’occupais et Sophie Darel. L’ambiance était au beau fixe
Son premier gros succès fut «Wight is Wight».
» Cette chanson – m’avait-il confié – a été une étape pour moi. Jusqu’ici, j’avais eu quelques petits succès espacés et d’un coup, » Wight is Whight » devient un très gros succès, tout simplement parce que c’est un événement marquant de la musique de ces années 60 et que ça concernait toute la jeunesse.
« Le public m’a vraiment découvert avec cette chanson et surtout m’a fait sortir de l’étiquette « chanteur de charme » que je trimballais déjà. On s’est alors rendu compte qu’un chanteur de charme, dans le sens désuet qu’on lui donnait, pouvait aussi être « new look»
Après quoi j’ai eu quand même un peu peur que ce ne soit qu’un phénomène de mode… Mais « Pour un flirt » est venu pour renforcer ce succès «
Avant, il y avait eu la tournée en première partie de Mireille Mathieu.
» Pour moi, ça a été une grande chance de partir avec Mireille Mathieu car elle avait déjà un public énorme ce qui m’a permis d’élargir le mien qui était loin d’être si important. J’avais un public essentiellement jeune, Mireille avait un public très familial et ces tournées m’ont donc apporté un nouveau public.
Et puis il faut savoir qu’à l’époque, personne ne me voulait en « vedette américaine » car j’avais déjà un certain succès et nombre de chanteurs avaient peur que j’aie trop de succès. Et je le dis sans vouloir me vanter !
Mais Mireille était au-dessus de ça et puis, elle ne craignait rien ni personne ! »
Les années vont donc passer avec nombre de galas, d’Olympia, de succès pour un Michel entraîné dans une course folle. Une course qui le fait aller un peu trop loin, un succès qu’il ne maîtrise plus, pas plus que sa vie d’ailleurs. Il abusera de tout, sexe, drogue, alcool… une vie très rock’n roll qui va lui faire perdre sa femme, ses amis, ses repères, ses fans…Un long tunnel démarre pour lui.
Un long tunnel démarre pour lui. Il est au bord du précipice, il a des idées suicidaires mais quelque chose de plus fort que tout va le faire sortir de ce chemin cahotant. Il cherche un sens à sa vie à travers la fumée, les médicaments, les gourous…L’amour le sauvera et ce sera la résurrection dont il nous parlera dans un premier livre « L’homme qui avait bâti sa maison sur le sable » (Eobert Laffont), un livre très émouvant qui est l’histoire de cette quête de la vérité, du sens de la vie.
Je le retrouve à cette occasion en novembre 93 :
» Il fallait que j’expulse tout cela, que je mette tout noir sur blanc et que je me justifie auprès d’un public qui m’est, malgré tout, resté fidèle, même s’il n’arrivait pas à comprendre mon comportement. J’ai fait le point, je peux aujourd’hui tourner la page. Quelquefois, il me semble même que j’ai écrit l’histoire d’un autre homme… » C’est en effet une chronique poignante de sept années d’enfer où la folie était omniprésente et dont il était sorti vainqueur. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille mais avec de l’amour, de la volonté, de l’acharnement, on arrive à s’en sortir. Sa carrière pouvait repartir de plus belle. Et même mieux.
Et il reprit le chemin du succès, avec un retour au premier plan, à tel point qu’au fil des ans, Michel est devenu une icône que tous les jeunes chanteurs d’aujourd’hui admirent. La preuve, ce beau disque de duos qu’il a partagé avec quelques jolies pointures. Il a ratissé large pour ce « Michel Delpech &… » puisque, toutes générations confondues, on y retrouve Voulzy, Souchon, Clérika, Julien Clerc, Michel Jonasz, Cabrel, Bénabar, Vassiliu, Cali, Barbara Carlotti… tous ont répondu présent… ou presque !
C’est cette belle aventure qu’il me raconta, lors d’une nième rencontre car c’était toujours avec le même plaisir qu’on se retrouvait. Il était décontracté, mal (ou pas ?) rasé mais avec toujours ce charme indéfinissable, cette gentillesse, cette simplicité qu’il a toujours gardé malgré les années-galères.
» Ce disque c’est d’autant plus beau qu’aucun des artistes n’est un ami intime.
Je connaissais certains, il y en a d’autres que je n’avais jamais rencontrés et lorsque cette idée m’est venue, j’ai foncé car j’avais très envie de le faire. J’étais très excité et je crois que tous ont été aussi curieux que moi de monter dans mon grenier pour retrouver ces chansons qui dormaient dans la naphtaline, qui les ont marqués ados ou enfants…
En 2006, il a été « Mis à nu » par Pascal Louvrier qui a écrit, avec son aide, cette biographie (Ed Perrin). Pourquoi, alors qu’il avait déjà écrit, voici quelques temps, son autobiographie ?
« D’abord parce qu’il me l’a demandé poliment et aussi parce que c’est un livre très professionnel qui retrace toute ma carrière. Nous avons eu beaucoup d’entretiens mais il a fait des recherches incroyables pour que cette bio soit la plus proche de la vérité. Je n’ai donc eu qu’à répondre à ses questions, quant au reste, je ne m’en suis pas occupé. Il a mené son enquête, est souvent venu me rejoindre en concerts pour prendre la température…Ca a toujours été sans intervention de ma part. Ce n’est pas une bio dirigée ! »
Et puis, il y a eu les tournées « Âge Tendre » et il était heureux de retrouver la scène avec les copains d’Antan, entre les deux galas de la journée on se retrouvait tous dans les coulisses au catering et il était considéré comme une icône.
« N’exagérons rien – m’avait-il dit en riant – mais c’est vrai que c’est une grande joie de se retrouver là après un parcours assez mouvementé. Mais c’est aussi avec beaucoup de recul que je vis ça car je connais les aléas d’une vie de chanteur et ça change les donnes.
Aujourd’hui je suis un vieux sage qui prend le bonheur quand il passe et je ne vis pas le succès de la même manière que lorsqu’il est arrivé pour la première fois !
Je sais que ça peut repartir mais je sais que je chanterai tant que l’on voudra de moi car je n’ai aucune intention d’arrêter !!! »
Hélas, c’est la maladie qui lui a fait arrêter cette passion de chanter.
J’avais été heureux de le retrouver sur ces tournées où nous avions le temps de rire, de parler, de manger tous ensemble.. Nous avons ainsi passé de nombreux moments de connivence en nous retrouvant tous avec plaisir.
A le voir sur scène sur les premières années qui aurait pu penser qu’il allait vivre un tel drame ? Lors de sa dernière participation à la tournée on pouvait s’apercevoir qu’il commençait à mal articuler mais jamais on aurait imaginé une telle fin.
Il devra arrêter la tournée, subir une douloureuse première opération en 2013 dont il se remettra peu à peu. Il n’arrêtera pas malgré tout car dès qu’il ira mieux il écrira un livre «J’ai osé Dieu» car il est très croyant et aura le temps d’enregistrer une chanson prémonitoire : «La fin du chemin» car fin 2015 il y a une récidive fatale et il s’éteindra le 2 janvier 2016.
Avec son départ il reste un grand vide dans la chanson française.












