Notes de lectures

Gilles PARIS : L’attrape-mots (Ed Heloïse d’Ormesson – 157 pages)

Gilles Paris est un homme original : écrivain, il est aussi directeur d’une agence de presse qui défend les autres écrivains et leurs œuvres. Je connais les deux et, comme il a du flair, lorsqu’il me propose un roman, je vais le lire aussitôt. Tout comme je le fais dès qu’il sort un livre en tant que romancier car il sait comme personne décortiquer l’âme humaine et ses romans sont faits tout à la fois de tendresse, d’empathie, d’humanité et de portraits d’hommes et de femmes auxquels on s’attache. Il est même arrivé à nous faire rêver en nous offrant une « autobiographie d’une courgette », devenu un film d’animation qui a obtenu plein de prix dont deux César et un oscar !
Il faut lire « Le bal des cendres », « Le vertige des falaises », « Papa et maman sont morts », « Au pays des kangourous »pour y découvrir un homme plein de sensibilité et son nouveau roman « L’attrape-mots » (Ed Héloïse d’Ormesson ne faillit pas à la règle.
C’est l’histoire d’une adolescente, Jade,  marquée par la mort d’une leucémie de son petit frère Liam, omniprésent dans sa mémoire, à qui l’on découvre une maladie : une pneumopathie qui l’empêche de respirer normalement et lui provoque des évanouissements intempestifs, où qu’elle soit.
Alors, elle va peu à peu s’éloigner du monde et se faire un monde à elle en tombant amoureuse d’Holden Caulfield, le héros de « L’attrape-cœur », roman de JD Salinger et en écrivant jour après jour, un journal intime où se mêlent sa vraie vie, son histoire d’amour avec ce héros imaginaire, ses souvenirs de son frère. Vérité et mensonge s’entrechoquent. Elle n’a qu’un ami, Noé, qui est amoureux d’elle, qu’elle ne peut aimer d’amour tant sa vie est scellée à celle de son héros de papier mais qui la ramène par instants à la vie réelle.

C’est un roman troublant, qui aborde le mal du siècle, la maladie mentale, mais aussi la grande solitude due à un traumatisme, la mort de son frère, sa propre maladie dont la suite est improbable, mais encore la neurasthénie de sa mère qui souffre de la mort d’un fils et oublie qu’elle a une fille vivante et mal dans son corps et son cœur, dans tout le sens du terme.
Jade navigue ainsi entre rêve et réalité, dans ce monde qu’elle s’est créé, peut-être pour rester vivante.
Mais, coup de théâtre. Le roman aurait pu se terminer et voilà qu’intervient  Rose, la tante de Jade et sœur de sa maman décédée. Et là, c’est une tout autre histoire que nous propose cette dame et qui n’est pas du tout celle que Jade nous raconte.
Et puis, voilà que revient Jade qui se prénomme alors Rubis et nous raconte sa nouvelle histoire. En fait, qui est cette adolescente… Une jeune fille mal dans sa peau. Une romancière ? Une menteuse ? Une malade mentale ?
Ainsi Gilles nous emmène sur des chemins de traverse et prend plaisir à nous y perdre et l’on est tellement embrouillé qu’on ne sait plus qui croire…
Comme dans tous ses romans, la plume est belle, fluide,  simple, émouvante, tendre et Gilles Paris jubile en nous faisant entrer dans un monde étrange fait de contradictions et de mensonges. Et si c’était lui, le menteur ?

Jacques Brachet