Aurélie HADERLE : Un Noel à Cameline ( Edition Terres de France : 304 pages )
Avec ce roman, l’auteure nous invite à suivre Naïs, une jeune femme psychologue qui a quitté Paris à la mort de sa mère pour reprendre l’exploitation familiale au cœur de la Provence dans un petit village juché entre le Ventoux et le Luberon. Elle se jette à corps perdu dans le travail à la ferme ainsi que dans la vie de la mairie, notamment pour l’organisation des animations du village à l’approche des fêtes de noël .
Elle vit avec son amie Emilie, mère célibataire avec deux enfants mais petit à petit, la maison va se remplir d’étranges occupants, un mystérieux ouvrier, une jeune fille tourmentée ou bien encore un vieil ami avec un terrible secret. Enfin le retour d’Italie de son ami d’enfance, va rouvrir d’anciennes blessures.
Ces jours d’hiver sont rythmés par leurs histoires de vie, entre révélations, rebondissements et arrivées inattendus ; faisant de ce Noël un moment riche en émotion.
Ce roman s’inscrit dans la lignée des romans de terroir, avec une volonté de faire vivre la Provence et ses coutumes.
Chaque chapitre s’ouvre d’ailleurs sur une citation provençale et sa traduction !
Au fil des pages, le lecteur découvre ou redécouvre les traditions provençales liées à Noel. Cela donne au livre une véritable valeur de transmission. L’auteure aborde aussi dans ce roman différents sujets de société comme le réchauffement climatique, la perte des traditions, la quête du bonheur ou encore la crise de la covid-19.
Ce livre s’inscrit dans le registre des belles histoires de Noël malgré une intrigue très balisée et un peu naïve.
Un noël à Caméline plaira aux lecteurs sensibles aux traditions régionales et aux récits doux et rassurants. Pour ma part, j’y ai davantage trouvé un voyage culturel qu’une expérience émotionnelle ; mais cette immersion en Provence reste, à elle seule, un intérêt certain du roman.
Magali Baccino
Fawzia KOOFI (Avec la collaboration de Noor Zahaeer) : Lettres à mes sœurs (
Ed Michel Lafon – 350 pages) – Traduit de l’anglais par Cyrille Rivallan
Après « Lettres à mes filles », Fawzia Koofi s’adresse aujourd’hui non seulement aux femmes afghanes mais à toutes les femmes de la planète dans un ouvrage à la lecture exigeante car il déroule de façon très précise l’histoire politique de l’Afghanistan de ces trente dernières années à travers la propre histoire de l’auteur. Cette femme intelligente et déterminée a embrassé une carrière politique pour servir son pays et la cause des femmes que les talibans veulent effacer systématiquement de toutes les sphères de la vie. Elle réussira à devenir la vice-présidente de l’assemblée afghane et à diriger le parti Mouvement pour le changement en Afghanistan. Elle participera aux réunions diplomatiques avec les talibans. Elle se bat avec courage alors qu’elle reçoit des intimidations, des humiliations et subira deux tentatives d’assassinat et alors qu’elle est assignée à résidence. Mais elle devra pour sa sécurité s’exiler en Grande Bretagne. Elle continue de lutter pour la reconnaissance des droits des femmes afghanes auprès des Nations Unies et des puissances internationales.
Un livre dont il faut recommander la lecture pour que les yeux de tous s’ouvrent sur la situation des femmes en Afghanistan et sur ce qui peut leur advenir quand le pouvoir passe dans les mains de rigoristes islamistes.
Jacqueline Flandin
Frédéric POUHIER & Susie JOUFFA : Perles de Truffaut
(Ed Leduc humour – 189 pages)
40 ans déjà que François Truffaut nous a quittés, laissant derrière lui une vingtaine de films, de « Les quatre cents coups » en 1959 à « Vivement dimanche » en 1983, en passant par « Baisers volés », « Le dernier métro », « La sirène du Mississipi », « Jules et Jim »…
Une belle œuvre et je suis heureux d’avoir pu participer au dernier de ses films tourné à Hyères.
Truffaut ne parlait pas beaucoup mais c’était un homme simple, proche des gens avec qui l’on aimait discuter, d’autant que, comme Trintignant, c’était un homme plein d’humour qui, avec juste un sourire, une phrase, pouvait être drôle ou définitif. Mais il savait avoir la plume acérée, comme ce courrier qu’il envoya à Jean-Luc Godard : « Jean-Luc, pour ne pas t’obliger à lire cette lettre désagréable jusqu’au bout, je commence par l’essentiel : Je n’entrerai en coproduction dans ton film. Deuxièmement, je te retourne ta lettre à Jean-Pierre Léaud ; Je l’ai lue et je la trouve égueulasse. C’est à cause d’elle que je sens le moment venu de te dire, longuement, que selon moi tu te conduis comme une merde. »
Dans ce livre, nos deux auteurs ont donc recherché la phrase qui faisait mouche, dans sa vie comme dans ses écrits ou dans ses films, comme « La vie est dure mais elle est belle puisqu’on y tient tellement » (Film « L’argent de poche »).
Et cette phrase à méditer : « C’est l’idée de frontière qu’il faut abolir pour détruire l’esprit de Babel et réconcilier les hommes que séparera toujours, cependant, leur naissance ».
Tout au long de ce petit livre, illustré de très jolis portraits de lui ou d’autres artistes, on navigue au milieu de ses citations, tirées de ses films ou de ses pensées. Comme « L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire ».
Toutes ses phrases pêle-mêle nous rapprochent de l’homme qu’il était et peuvent nous rappeler des souvenirs de scènes de films, avec le regret que les auteurs n’aient pas ajouté aux phrases tirées des films le nom, du personnage qui les dit. Il est aussi très dur avec le festival de Cannes : « Cannes : un échec constant dominé par les compromis, les combines et les faux pas… »
Allez, une dernière pour la route : « Mes 200 premiers films, je les ai vus en état de clandestinité, à la faveur de l’école buissonnière, ou en entrant dans la salle sans payer ». Ça ne vous rappelle pas « Les 400 coups » ?
Jacques Brachet



