
Nous sommes en janvier 77 et je suis au MIDEM à Cannes.
J’apprends que Claudia Cardinale et Michel Piccoli tournent à la Victorine, à Nice, « La petite fille de velours bleu » d’Alan Bridges.
Tout à mon festival je me renseigne quand même et je finis par avoir, par les studios, l’adresse de son hôtel… à Cannes.
On est à la fin du MIDEM, je rentre chez moi et j’appelle aussitôt l’hôtel en demandant le secrétariat de la star. Quelques secondes plus tard j’entends un « allo », je me présente et demande si je peux lui parler. Et la réponse me coupe la respiration : « C’est moi ! ».
Je n’osais croire avoir si vite et en direct, une artiste internationale alors qu’avec les Français c’est difficile !
Et la réponse est encore plus incroyable : « Vous savez, je tourne toute la journée et le soir je suis fatiguée. Mais j’ai un jour de relâche et si vous êtes libre, pourquoi pas ? »
Et comment, je suis libre !
Le rendez-vous est pris et nous partons, ma femme et moi, à la rencontre d’une des plus grandes actrices du monde. Arrivés à l’hôtel, je me présente à l’accueil et on me répond aussitôt qu’on est au courant et qu’on l’avertit.
Cinq minutes plus tard, la voici qui sort de l’ascenseur, sourire éblouissant, chevelure toute frisée, lunettes de soleil et on s’installe dans un coin discret du bar, à l’abri des regards.
Je lui présente ma femme, lui précise que sa famille est italienne et que, comme elle, elle vient d’avoir un enfant. Julien pour le nôtre, Claudia pour la sienne.
Et voilà qu’elle commence à parler, mi-français, mi-italien , couches, biberons et autres… Et moi qui suis là pour interviewer ma première grande star !
Nous passons deux heures avec la plus simple et la plus sympathique des femmes qui nous avoue, que je suis étonné d’avoir pu la contacter aussi facilement alors qu’il faut souvent passer par plein de gens afin d’atteindre une artiste loin de son envergure !
Elle rit et me dit qu’elle en a eu asse d’être traitée comme un objet avec cinquante personnes autour d’elle et la mettre dans une bulle où elle ne peut rien faire d’elle-même. Elle a donc tout envoyé balader et c’est elle qui décide de tout.
Bref, deux belles heures exceptionnelles… Mais qui ne le seront pas tant, même si ce ne sera que vingt ans après. Un jour, l’attachée de presse du Palais des Festival de Cannes avec qui je travaille, m’invite à une grande exposition en hommage à Claudia. Des photos signées Chiara Samugheo, une italienne qui vit à Nice et qui fut photographe de plateau à Hollywood, à Cinecitta et est devenue la photographe officielle et amie de Claudia.
Me revoici donc à Cannes où tout le gratin cannois est de sortie. Chiara est déjà là et l’on attend Claudia qui arrive de Paris… Et qui a raté l’avion.
En attendant, on visite l’expo qui est absolument magnifique et je peux bavarder avec Chiara qui m’invite à venir un jour voir ses photos entassées chez elle. Ce que je ferai. Plus tard.
Le cocktail est près de se terminer, sans Claudia et tout ce beau monde s’éparpille.
Au moment où les derniers invités partent, Claudia arrive, belle comme toujours et on a la chance de pouvoir revisiter l’expo en buvant du champagne. Tous les journalistes sont partis, sauf un italien et moi et nous sommes invités au repas intime qui suit. La soirée est belle, pleine de charme et de rires et je lui rappelle notre première rencontre. Elle se souvient de nos bébés et me dit : « Vous auriez dû venir avec votre femme, on aurait pu parler de nos enfants qui ont bien grandi ! »
A quelques temps de là, Chiara nous invite chez elle et là… C’est la caverne d’Ali Baba car, si Claudia est en bonne place, on retrouve Fellini et Hitchcock, Gary Cooper et Anna Magnani, Cary Grant et Grâce Kelly… Il y en a des centaines !
Nous occupant du festival du premier film de la Ciotat, je lui propose de faire partie de notre jury de 2006 et d’organiser une exposition. Elle est d’accord pour l’expo de Claudia qui, hélas ne pourra venir à cause d’un tournage.
C’est à cette époque que l’Eden, premier cinéma du monde, rénové, va rouvrir ses portes et on cherche une marraine. Je propose Claudia, qui m’a donné ses coordonnées et qui accepte. Mais il lui est difficile de se déplacer, toujours entre deux films, et nous propose que toute l’équipe du festival vienne la voir au Festival de Cannes.
Et nous voilà tous partis à Cannes où elle nous reçoit en toute simplicité autour d’un cocktail fort sympathique.
Nous ne nous sommes, hélas, plus revus mais de temps en temps je l’appelais et elle m’avait donné le téléphone de sa fille Claudia, au cas où nous aurions besoin de quelque chose, si elle n’était pas joignable.
Aujourd’hui elle a disparu et je garde le souvenir d’une étoile lumineuse et sublime de simplicité, malgré le statut de star dont elle ne voulait plus entendre parler.
Jacques Brachet




