
Ils sont deux copains inséparables : Mika (Paul Kircher) qui travaille à mi-temps dans un fast food et Dan (Idir Azougli), un électron libre, incontrôlable, qui vit de petits larcins, tous deux adicts à l’alcool, au cannabis, à la fête. Ils ont un rêve : partir à la Réunion pour s’occuper d’animaux maltraités.
Mais le rêve est loin de la réalité et une nuit tout déraille. Après le vol d’un chat très rare, ils sont poursuivis, ont un accident, perdent le chat, la voiture et le permis de Mika. Ils risquent la prison mais la justice leur donne six mois pour arrêter drogue, alcool, trouver un boulot table.
Ils se font embaucher par un copain de ripaille, Tony (Salif Cissé) qui travaille à la construction de poubelles nucléaires. Arriveront-ils à s’en sortir et à réaliser leur rêve ?
C’est le nouveau film d’Hubert Charuel (Petit paysan) et Claude Lepape.
Un film poignant et très actuel sur ces jeunes qui dérivent, entraînés dans un cercle infernal de drogue et d’alcool et ont bien du mal à s’en sortir. Deux comédiens tiennent ce film à bout de bras : Idir Azougli, loser intégral qui ne fait rien pour s’en sortir sinon rêver de son voyage, Mika qui lui, est plus stable et va tout faire pour s’en sortir mais a du mal à sortir son ami hors de l’eau.
Présenté à Cannes, l’équipe a eu une standing ovation très méritée tant le film vous prend les tripes à voir ces jeunes tenter de ne pas se noyer dans un monde de plus en plus difficile.
Et le film est venu se poser au Six N’Etoiles grâce à deux femmes qui ne sont pas restées insensibles à celui-ci en le découvrant à Cannes : Noémie Dumas, directrice du cinéma et Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumières du Sud », avec en prime, la venue d’Idir Azougli, qu’on avait déjà pu voir dans « Shéhérazade » et « Diamant brut ».
Un garçon d’une belle simplicité, qui vit le rêve de sa vie en devenant acteur mais qui garde la tête sur les épaules tant il sait qu’on doit remettre le couvert après chaque film. Mais aujourd’hui, il nous fait partager sa joie et l’on a découvert un comédien et un homme magnifique, loin du loser qu’il joue dans le film avec une vérité extraordinaire.
« Idir, comment êtes-vous arrivé sur ce film ?
Tout simplement par un casting classique une première fois puis une seconde fois qui a été décisive… Et j’ai été pris !
Pour le rôle de Dan ?
Au départ oui, puis on a essayé ailleurs mais le réalisateur voulait que je fasse Dan dès le départ. Et moi aussi car c’est un personnage-clé dans le film et parce que c’était pour moi un rôle nécessaire.
C’est un rôle moins intériorisé que Mika ! Peut-être plus intéressant pour vous ?
Oui, je l’ai choisi comme ça car le rôle peut aussi parler à des jeunes qui tombent dans cette maladie car pour moi, l’alcoolisme est une maladie. Mais les deux se complètent car, même si Mika est plus jeune que Dan, il est un peu le grand frère et c’était intéressant de l’aborder ainsi.
C’est vrai qu’entre vous deux, il y a une véritable alchimie… Vous vous connaissiez avant le film ?
Non, nous ne nous connaissions pas mais ce qui a été bien c’est que, chose rare, le réalisateur a mis un point d’honneur sur les répétitions, pour apprendre à se connaître, se toucher, manger ensemble un hamburger, discuter et tout naturellement, on a commencé à se kiffer dans des moments de vie naturels. C’est ce qu’on retrouve dans le film. D’ailleurs, aujourd’hui, nous sommes restés amis. On se voit quasiment tout le temps !
C’est un rôle énergique. N’a-t-il pas été trop épuisant ?
C’était épuisant, bien sûr, mais c’était une bonne fatigue ! C’était d’ailleurs plus épuisant mentalement car lorsque je prends un rôle, je prends le corps, l’âme. J’ai été Dan durant trente jours et même quinze jours après le tournage… Sans l’alcool, bien sûr !
Il a envie de se sortir de tout ça mais n’en a pas la volonté.
Vous êtes un loser intégral : drogue, alcool, vols… Difficile à jouer ?
(Il rit) Non, c’est plus technique peut-être et puis il faut aussi chercher dans le passé de certaines personnes que j’ai pu côtoyer. Alors, c’est quelquefois, c’est un peu dur à jouer mais je suis content du résultat. Je me dis que c’est un film qui va parler aux gens, que même, peut-être, ça va en sauver quelques-uns.
Ensemble ils se détruisent et il faut qu’ils se séparent…
Exactement. On a souvent eu quelqu’un qu’on aime mais à un moment, chacun doit choisir son camp, même si chacun pensera toujours à l’autre.
Mika est quand même patient car Dan est parfois insupportable !
C’est vrai mais c’est l’amour, l’amitié qu’ils ont l’un vers l’autre qui fait que Mika pense qu’ils vont s’en sortir ensemble, même s’il se rend compte de la façon que Dan a de réagir et que ça va être difficile. Mais il a toujours espoir. Souvent, même les amis sont obligés de couper les ponts car l’un entraîne l’autre. J’ai vécu ça et même si j’aime encore certaines personnes, j’ai dû être obligé de ne plus se voir.
C’est d’ailleurs une question de survie pour Mika…
Je pense que chez Dan, il y a un déni et l’alcool c’est sa cachette. Il pense qu’il peut s’en sortir comme Mika mais la vie et l’environnement font qu’il n’y croit pas lui-même et se dit qu’autant qu’il vive comme ça, même si malgré tout il a des rêves. Il veut vraiment partir à la Réunion, mais le problème est qu’il est déjà bien dans le trou.
On ne dévoilera pas la fin du film mais elle est ouverte…
C’est vrai et je pense que c’est le public qui va s’imaginer, choisir sa fin.

Comment avez-vous travaillé avec Albert Charuel ?
La chance qu’on a eue c’est d’avoir pu avoir ces répétitions avec lui qui était toujours présent. C’est un réalisateur qui aime ses acteurs, ce qui n’a pas toujours été évident en sept ans de métier. Il faisait en sorte de nous épargner tous les problèmes qui pouvaient y avoir sur le tournage. La chose la plus importante pour lui était ses acteurs. Il a vraiment un très grand amour pour eux.
Est-ce qu’il y a eu des scènes d’improvisation ?
Tout était écrit, il n’y a pas eu d’improvisation au niveau du texte, mais quelquefois il y a eu des improvisations au niveau des émotions. On prenait vraiment le temps, on a répété deux semaines sur les décors différents afin de voir comment bouger, comment réagir.
Justement dans cet huis clos où se passent les scènes dans votre appartement, cela semble étroit.
Oui, c’était un peu étouffant, éprouvant même, mais c’était nécessaire car ça ajoute à la dramatisation.
Parlons du chat… Comment a-t-il joué ???
(Rires) D’abord c’est une chatte qui s’appelle Ruby, c’est une vraie chatte de concours de beauté. C’était vraiment une actrice, elle était concentrée, elle était pro, elle n’avait pas peur du tout. Il y a juste eu une petite galère car à un moment elle ne voulait pas sauter mais elle était d’une douceur incroyable et malgré tous les poils qu’elle a, elle n’en perdait pas beaucoup. C’est pour moi une très belle et bonne actrice !
Il y a aussi le troisième larron, Tony, qui va vous donner du travail avec tout de même un danger… Et peu d’argent !
Nous avons appris à nous connaître avant le film car il travaillait dans une radio, « Mouv » et j’ai fait une interview avec lui avant le tournage ! C’était assez drôle. Il a lui aussi un joli rôle, surtout vers la fin car, même si celui-ci est un peu ambigu, il se dévoile dans cette scène au fast food qui est une des plus émouvantes du film, je pense. Il a mis des années pour arriver où il en est et c’est pour lui un peu compliqué car il sait qu’il fait un boulot qui n’est pas propre.
Pourquoi le titre du film « Météors » ?
A la base, je pense que le réalisateur devait faire un film sur les météorites. Au fil du temps le sujet a totalement changé. Il faut dire que dans la Haute Marne où nous avons tourné, il y a une bière qui cartonne qui s’appelle « Météor ». Du coup il a gardé le titre et l’un des producteurs du film et… La bière qu’on y voit et qu’on boit ! Mais ça ne nous a pas donné la pression !!!
Comment êtes-vous venu au cinéma ?
En fait, c’est le cinéma qui est venu à moi, j’ai eu un casting sauvage dans la rue pour le film « Shéhérazade », qui a fait un carton, a eu trois César et en voyant tout ça, je me suis dit que c’était peut-être la seule chose que je sache faire ! Je me suis lancé.
J’ai eu des périodes creuses car après « Shéhérazade » où j’avais un rôle marseillais, je me suis demandé si d’autres réalisateurs feraient appel à moi. Entrer dans le cinéma, c’est facile mais ça devient plus difficile après. J’ai eu quelques périodes de doutes. Comment garder mon authenticité en effaçant mon accent ? Et puis j’ai commencé à passer des castings et au final ça a marché. Pourtant je me dis, après chaque film, que ça peut être le dernier. Mais pour le moment, ça va ! »
Le film a été très bien accueilli à Cannes…
Ca fait chaud au cœur et j’en ai pleuré lorsque j’ai vu la salle debout qui applaudissait. Quand un réalisateur américain comme James Franco vient vous féliciter et vous fait un câlin, ça fait du bien ! Même si ça n’est pas que la première fois que je viens à Cannes, hors compet’, en sélection officielle, à la quinzaine, j’ai fait « Un certain regard avec « Météors ». Tout ça donne la motivation de continuer.
Et monter les marches ?
Quand on voit des gens comme Léonardo di Caprio les monter, on se dit « Pourquoi moi ? »
Mais justement, ça m’a très vite fait basculer dans l’idée que je devais faire attention, car rien n’est acquis, rien ne sera jamais acquis. Il faut sans arrêt se remettre en jeu. »
Un mec qui a la tête sur les épaules mais qui, pour l’instant, a le vent en poupe puisqu’en début d’année il reprend le rôle d’une série d’Olivier Marchal qui a cartonné « Pax Massilia », qu’il va tourner un long métrage avec le réalisateur belge Fabrice de Welz et il y en a un autre en projet mais c’est top secret !
Il faudra attendre !
Propos recueillis par Jacques Brachet



