
L’un est sculpteur : le toulonnais Olivier Campistron. L’autre est peintre : Le parisien Olivier Lavorel.
Deux mondes diamétralement opposés mais réunis par Michel Estades qui a le flair pour découvrir des pépites, des artistes originaux et inventifs.
Ceux-là, donc, il les a réunis dans sa galerie toulonnaise jusqu’au 21 novembre.
Deux artistes talentueux, deux hommes passionnés qui parlent de ce qui est devenu leur métier en passant par des chemins de traverse.
Boris CAMPISTRON
« Boris, je crois que vous êtes arrivé à la sculpture par hasard ?
Effectivement, j’ai fait des études d’art et de design et quelques années plus tard, avec des copains on s’est amusé à sculpter des citrouilles pour Halloween
Qui sont ces copains et pourquoi des citrouilles ???
Les copains sont ceux qui sont restés dans le coin et on s’est dit qu’on allait faire ça pour rigoler et pour marquer le coup d’autant qu’à l’école d’art, où nous étions, à la Grande Tourrache, on nous avait fait tout essayer sauf la sculpture. C’était le design, Internet.
Et alors ?
Depuis l’école d’art, je n’ai jamais arrêté de dessiner, de faire de la peinture mais jamais de sculpture ni de modelage
Je ne sais pas si c’était parce que j’avais beaucoup dessiné avant, j’ai trouvé que j’avais des facilités à sculpter et j’ai décidé d’essayer autrement que sur des citrouilles ! Avec de l’argile par exemple. Ça m’a bien plu et je suis parti là-dessus pendant trois, quatre ans.
Votre rencontre avec Michel Estades ?
C’est un copain qui était le neveu de Michel, qui me l’a présenté et lui a montré ce que je faisais. Michel m’a dit qu’il y avait du potentiel, de le rappeler plus tard Et là, selon lui, c’était assez abouti pour qu’il m’expose chez lui. C’est vraiment lui qui m’a lancé. Ça fait six ans que nous travaillons ensemble.

Comment travaillez-vous ?
A la base, je travaille à l’argile et Michel m’a aidé pour en arriver au bronze, connaître toutes les étapes de la fonderie, c’est lui qui m’a introduit dans l’une des meilleures fonderies d’art de France, à côté de Valence, la fonderie Barthelemy. Grâce à lui j’ai eu cette chance.
D’où vient cette passion et surtout celle des animaux ?
Il y a toujours eu des animaux à la maison, surtout des chats, j’en ai d’ailleurs beaucoup sculptés. Et aussi, avec mon père, on allait à la fauverie du Mont Faron, ce qui m’a beaucoup marqué de pouvoir les approcher « en vrai » !
J’ai aussi fait quelques portraits « humains », j’ai beaucoup dessiné de portraits à une époque mais au final, je reviens toujours aux animaux. Je pense que j’ai beaucoup plus de facilités et j’aime travailler à partir du vivant.
Vous êtes allés dans d’autres zoos ou avez-vous voyagé pour les approcher ?
Je n‘ai jamais eu l’occasion d’aller en Afrique mais lors des vacances d’été avec ma mère, on allait voir des zoos dès qu’on en avait l’occasion. Je suis aussi allé voir des chevaux. Mais j’ai toujours été attiré par tous les animaux.
Vous êtes plus attiré par l’animal que par l’humain ?
Parfois oui ! J’ai parfois plus de réactions vers un animal !
Je dois vous dire une anecdote : Lors de ma première pièce mise en galerie, le lendemain, le Covid était déclaré !… Mauvais timing ! Mais à partir du moment où j’étais parti, je n’ai pas arrêté.
Et vous exposez vos dessins ?
Non, car je me considère comme nul en dessin ! Ce sont juste des trucs techniques pour me figurer ce que sera la pièce que je ferai. Puis je fais d’abord une armature en aluminium… pour qu’elle soit à la bonne proportion, ce qui n’a rien de vraiment artistique. Tout se passe dans la tête et je commence à modeler à l’instinct. Mais ce sont beaucoup de répétions. Et souvent je recommence tout.
Faire, défaire, c’est ce que je fais souvent ».
Olivier LAVOREL
Alors vous, vous n’êtes pas Toulonnais ?
Je suis de la région parisienne…
D’où tous ces tableaux sur Paris !
Paris, on ne peut pas y échapper, la ville est magnifique. Pour le type de travail sur les villes, il y a de nombreux points de vue d’en haut qui permettent d’avoir des visions extraordinaires et harmonieuses, sur certains monuments comme la tour Saint-Jacques, la tour de Notre-Dame, la tour Montparnasse…
Vous peignez donc en hauteur
Non, je travaille dans mon atelier d’après photos. Je mets un mois pour faire mes toiles, du coup je ne produis pas beaucoup.
Il est vrai qu’il y a un fourmillement de détails qui doit vous prendre du temps…
Oui mais en même temps, si vous regardez de près, ce n’est pas si détaillé que ça, l’impression de loin doit être juste mais en réalité, de près, on peut avoir l’impression que c’est de la grosse « patouze » !!!
Alors, ce qui est incroyable chez vous, c’est qu’au départ vous êtes parti dans le désert… Loin des grandes villes !
En fait, j’ai une formation d’ingénieur. J’ai travaillé dans l’agro-alimentaire durant une trentaine d’années.

On est loin de la peinture !
(Il rit). Effectivement, ça n’a rien à voir mais depuis longtemps ça me démangeait de devenir peintre et il y a maintenant dix-neuf ans que j’ai décidé d’arrêter l’entreprise et de me lancer dans la peinture. Et mon projet à l’origine était daller peindre le désert. Ça m’est venu de la lecture d’un livre de Paul Hauster. C’était donc en 2007, j’étais sur un gros projet aux Etats-Unis mais j’ai démissionné, j’ai acheté un 4X4, j’ai traversé l’Espagne, le Maroc, j’arrive à Ouarzazate où je commence à peindre et je me rends compte alors qu’il n’y a pas grand-chose à peindre.
Alors ?
Par contre les casbahs, les accumulations de maisons, je commence à trouver ça intéressant. Je suis donc revenu bredouille à la maison, j’ai revendu mon 4X4, je suis reparti six mois plus tard avec un sac à dos et des toiles sous le bras et je suis allé à Fez. C’est la plus belle des médinas par rapport aux couleurs et je me dis que c’est ça que je veux peindre. De peinte du désert, je suis devenu peintre de ces accumulations urbaines.
Et vous arrivez « chez nous » !
Je découvre les calanques de Cassis, de Cap Canaille en pratiquant de l’aviron de mer et je retrouve là les roches que j’avais envie de peindre, les gaves qui m’interpellent.
Comment êtes-vous arrivé ici ?
J’étais alors à Dinard, en Bretagne où j’avais ouvert une galerie où je vendais mes toiles. Puis j’ai perdu ma femme il y a quinze ans et j’ai alors décidé de changer et de descendre vers le Midi et je suis tombé sous le charme de la baie des Sablettes. Arrivé ici j’ai commencé d’aborder d’autres thèmes comme les agaves et surtout les roches que j’avais envie de peindre. Finalement je me retrouve dans ces paysages.
Je n’avais plus de galeriste, je travaillais alors avec un galeriste d’Albi. Venant ici j’ai cherché une belle galerie et rencontré Michel Estades qui m’a juste dit « C’est pas mal » ! Et on a commencé à travailler ensemble. Notre relation est simple, nous travaillons en confiance et il a un œil.
Donc, plus pour vous d’avoir une galerie ?
Non, j’ai trouvé celle qu’il me fallait et surtout, en en ayant eu une, je sais quel travail, quels problèmes ça comporte. Je me repose aujourd’hui sur Michel et c’est très bien comme ça !
Propos recueillis par Jacques Brachet




















