
Mon envie d’être journaliste, je la dois à deux journalistes : Jean-Marie Périer qui a créé le magazine « Salut les copains » et c’est incontestablement Michel Drucker qui m’a donné envie de faire « comme lui ».
Nous avons commencé à peu près dans les mêmes eaux mais lui, au départ, «faisait dans le sport » et j’avoue que le sport n’a jamais été ma tasse de thé. De plus, je pensais alors que si l’on s’intéressait au sport, c’était anachronique avec la culture…Eh bien, « le père Drucker » nous a prouvé le contraire en faisant une reconversion formidable.Homme de passion, ce « dinosaure » de la TV est encore là et ce n’est pas pour rien. C’est parce qu’il a su s’allier le respect du métier et l’amour du public et des artistes. Et en ne faisant pas grand-chose car il aime les gens, tout simplement.Il aime les artistes, sait les mettre en valeur et alors qu’aujourd’hui les animateurs ont tendance à se mettre eux-mêmes et avant tout, en valeur, quitte à descendre leurs invités par plein de moyens vulgaires, lui, il continue à les respecter et faire d’eux le centre de ses émissions. Bien sûr, il a un défaut – quand même : il est tellement heureux de les recevoir et de montrer qu’il les connaît, qu’il a tendance à les couper pour leur raconter leur propre histoire ! Mais ça, ça fait partie de la tendresse qu’il a pour eux.
Et puis, c’est vrai qu’il aime parler ! J’ai eu l’occasion de le rencontrer, de l’interviewer et, croyez-moi, pas la peine de lui poser ne serait-ce que dix questions… Il fait les questions et les réponses et vous offre un reportage clefs en main sans que vous ayez ouvert la bouche !
Mais en Drucker, je me retrouve un peu car, qui qu’il puisse recevoir, il connaît sa vie de A à Z et ça, c’est pour moi l’une des conditions sine qua non du métier : Connaître la personne que l’on a en face de soi. C’est déjà la moindre des politesses et la personne en question est, de plus, flattée, heureuse que vous connaissiez son cheminement. Et puis, ça permet d’aller plus loin dans la conversation et de faire réagir la personnalité. C’est ce qui donne les meilleures interviews et c’est ce que sait faire Michel.
Si j’avais été journaliste TV ou animateur, j’aurais aimé être… Drucker ! Car le métier, je le conçois comme lui, avec, avant tout, un immense intérêt pour la personne humaine. A ne pas confondre avec l’idolâtrie. Quand on aime… on est naturellement porté vers l’autre, on a envie qu’il y ait échange et que le public ou le lecteur le ressente.
C’est tout cela qui fait qu’aujourd’hui, Michel Drucker est toujours là : le public l’aime et sait qu’il va lui offrir ce qu’il attend : du spectacle, de l’émotion, de l’échange. L’artiste vient en confiance car il sait qu’il sera le centre de l’émission, qu’on ne lui fera pas faire le guignol et qu’il n’y aura pas de piège…
Alors Michel, bravo pour votre talent, bravo pour votre endurance, bravo pour cette passion des êtres que je partage avec vous ! Et, petit clin d’œil, pas bravo d’avoir épousé Dany Saval ! Je l’adorais en tant qu’actrice et chanteuse et vous nous l’avez enlevée… Ça, ce n’est pas bien !
Cette boutade mise à part, si je ne peux pas dire que nous sommes amis, nous avons toujours eu des rencontres cordiales et professionnelles car cet «ancêtre» de la télé n’a jamais eu, comme on dit chez nous, «le melon». Il est toujours resté d’une grande simplicité, répondant à chaque fois que je lui ai envoyé un courrier pour diverses raisons Ce qui est rare de nos jours !. C’est ainsi qu’il m’a invité deux fois à ses deux émissions de «Tenue de soirée» qui se sont déroulées dans la région, à Marseille et à Cannes, durant le festival. Il m’a toujours très gentiment reçu, m’a permis de faire des reportages et des interviews, me laissant me balader du plateau aux coulisses et prendre des photos. Par deux fois il m’a aidé à promouvoir mes livres alors que je les lui avais simplement envoyés pour information, sachant qu’il les aimerait puisque, à des échelles différentes, nous faisons le même métier.
Je le retrouvai à la fête du livre de Toulon, où malgré la folie de ses admirateurs, il me consacra quelques instants. Puis ce fut encore à Pertuis où Michèle Torr donnait un concert pour l’association «SEP en Pays d’Aix», l’association créée par son fils Romain, atteint de sclérose en plaques, aidée de quelques amis artistes, concert où Michel a spontanément répondu présent. Nous nous sommes aussi revus par deux fois au festival de Ramatuelle la première où il consacrait toute une soirée au festival, la seconde où il présentait le spectacle.
Notre première rencontre eut lieu lors d’un festival de Cannes je ne sais plus quelle année, où mon amie Nicole Croisille était l’une des invités… qui m’y avait invité ! Je m’y retrouvai avec l’ami Christophe et avec un Donald Sutherland fort sympathique. Michel me reçut sur le plateau et le lendemain il me recevait à son hôtel pour une interview.
Nos vies se sont dont souvent croisées, toujours avec cette même simplicité, cette même gentillesse, cette grande courtoisie, restant toujours très proche de son public et toujours très professionnel.
Je me souviens de cette «Tenue de soirée» à Marseille où, la veille de l’émission, durant les répétitions, il tomba dans un escalier. La douleur était forte mais, après des soins intensifs, le lendemain, il présentait quand même l’émission, le pied dans le plâtre et une canne auprès de lui ! C’est d’ailleurs dans cette situation que nous passâmes un moment pour une interview qu’il n’annula pas !
Voilà comment est Michel et voilà l’explication que, décennies après décennies, il est toujours plébiscité par le public et reste l’animateur le plus populaire.
J’espère qu’il y aura d’autres rencontres aussi amicales… Malgré nos âges avancés !
Jacques Brachet




























