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Michel BOUJENAH… Une journée particulière

Michel Boujenah, ce sont des dizaines d’amicales rencontres, toujours chaleureuses car cet homme du Sud a su garder gentillesse et simplicité.
Théâtre, cinéma, télé, il est partout et surtout au festival de Ramatuelle où il a pris les rênes en 2007 après de départ de Jean-Claude Brialy.
Cette année, le directeur artistique a décidé de monter sur ce beau théâtre pour y jouer « Toute la famille que j’aime », une pièce de Sacha Judaszko et Fabrice Donnio, mise en scène par Anne Bouvier, avec à ses côtés Guillaume Bouchède, Anne-Sophie Germanaz et Raphaëline Goupilleau , que je retrouve avec plaisir.
C’était un prétexte pour une nouvelle rencontre qui se fait chez la présidente du festival, Jacqueline Franjou, mon amie et complice depuis le premier festival.
Un repas fort sympathique réunissant les artistes et quelques sponsors fidèles du festival.
A l’ombre de la tonnelle, depuis le temps ce n’est plus une interview mais une amicale conversation qui fait dire à Michel qu’il me confie des choses qu’il ne confierait pas à tout  le monde, ce qui me fait un immense plaisir.
Un invité s’immisce durant notre entretien : Raphaël Mezrahi qui a tant fait rire, pleurer s’énerve des artistes par ses interviewes surréalistes  et qui est là pour avoir signé la veille son livre « La bande à dessiner » une BD tout aussi surréaliste… sans dessins avec uniquement des bulles à illustrer  soi-même ! Fallait y penser ! Mais quel homme adorable, simple, gentil et drôle !
C’et lui qui, à la place de Michel (Of course !) présentera la pièce en compagnie de Jacqueline. Un présentation comme il sait faire, avec humour et grincement de dents !

Alors, monsieur le directeur artistique, comment se passe ce festival ?
Pour l’instant bien. On a l’impression de quelque chose de fort dans la mesure où les gens sont vraiment contents de venir au festival alors que cette année on ressent une ambiance particulière, je ne sais expliquer pourquoi, mais le sentiment que j’ai, c’est que le festival est plus important que d’habitude pour les gens comme pour nous. J’ai la sensation d’un vrai soulagement de venir au  spectacle, comme si on avait besoin de rêver, de voir le monde différent que ce qu’on nous propose.
Les incendies n’ont pas touché ce coin ?
No, mais on vit dans cette espèce d’atmosphère anxiogène incroyable. On a vu des images abominables, tellement fortes, une atmosphère de fin du monde. Ça m’a beaucoup sensibilisé et j’en parle tous les soirs. On a vécu des trucs de fou et ça fait peur. Dans ce contexte-là, le festival est très importan. Durant la guerre de 40 on avait proposé à Churchill de réduire le budget de la culture et Churchill a répondu : « On va le doubler ». Je pense que dans ces moments-là, l’art dans son ensemble a un rôle à jouer. Bien sûr, les artistes ne vont pas changer le monde mais ils ont montré. Ce sont les peuples qui changent le monde.
Et surtout les femmes.
C’est-à dire ?
Je pense intimement que si les femmes étaient au pouvoir, beaucoup de choses changeraient. En général elles sont plus fortes que les hommes, à condition qu’elles ne veuillent pas ressembler aux hommes. J’aime les femmes qui restent des femmes. De toutes façons, j’ai toujours adoré travailler avec elles. Et ce n’est pas de l’ordre de l’amour ou du sexe, je n’ai jamais eu d’histoires avec les femmes avec qui j’ai travaillé. Ce sont toujours des partenaires de travail extraordinaires.
Donc avec tout ça on a besoin d’un tel festival !
Il joue son rôle, je suis contre l’idée du fait que c’est un divertissement. Divertir, c’est détourner l’attention des gens comme s’ils allaient oublier le monde, l’art c’est de montrer le monde autrement, il nous aide à le supporter et à le voir autrement.

Comment est-ce que tu constitues ton programme ?
Comme je peux !
Cette année, c’était un peu compliqué parce que j’étais sur scène. Mais c’est un mélange des spectacles qui ont lieu à Paris ou ailleurs et surtout qui sont libres car on est tributaire de ceux qui sont en tournée, ou parce que les artistes arrêtent ou sont sur un autre projet. Et on a surtout besoin d’un éclectisme indispensable. J’essaie d’avoir à la fois quelque chose de qualité, d’exigeant, d’élégant et de populaire à la fois. C’est ce mélange qu’il est difficile à faire. Ce n’est pas un festival élitiste, je n’ai rien contre ça, mais on essaie d’amener aux gens quelque chose qu’ils ne peuvent pas voir ailleurs, qu’ils soient régionaux ou vacanciers. Ramatuelle n’est pas Saint-Tropez. Donc c’est compliqué car ça reste du spectacle vivant.
Alors théâtre, cinéma, télé, tu es partout depuis quelque temps. Comment arrives-tu à tout faire et qu’est-ce qui fait courir Michel ?
(Il rit) Je n’y arrive pas !. C’est pour ça qu’après le festival j’arrête tout.
Mais tu vas bientôt tourner ?
Oui, c’est vrai mais à peine car c’est un film où nous sommes nombreux, qui va tourner sur un an, un an et demi, avec des arrêts fréquents. Je vais surtout prendre le temps d’écrire un scénario. Ce sera mon quatrième film en tant que réalisateur mais comme tu le sais, je suis très lent. C’est un film auquel je pense depuis très longtemps et c’est grâce à mon fils que je vais le faire. Je lui ai raconté cette histoire que j’ai dans les tiroirs depuis longtemps. Il m’a dit : « C’est ça que tu dois faire ».

Tu nous en dis plus ?
C’est un film comme si je voulais parler à la jeunesse et notamment à mon fils et à ma fille pour leur donner le courage de ne jamais abandonner ses rêves. On peut toujours s’en sortir même en partant de loin. C’est le plus beau cadeau que je puisse faire, d’abord à mes enfants mais aussi à cette génération car je vois tellement de désespoir autour de moi !
Pourquoi as-tu attendu si longtemps à te remettre sur ce scénario ?
Parce que je ne peux pas m’arrêter de jouer sur scène. Mon territoire c’est la scène même si j’adore tourner. Le cinéma est le contraire de la solitude. Ça permet de voir ce que tu as dans la tête, amélioré par les acteurs. Travailler avec des acteurs c’est magnifique car les acteurs ne sont pas des robots. Trop de metteurs en scène sont des tortionnaires avec les acteurs. On doit collaborer avec eux.
Tu dis souvent que tu es un type lent !
Parce que je suis lent et je ne sais pas pourquoi ! Mais je vieillis aussi lentement ! Ma mère m’a légué un capital génétique incroyable. Elle est parie au Paradis à 99 ans et neuf mois et deux jours avant sa mort elle était nickel-chrome ! J’espère vivre la même chose. J’ai 74 ans et les gens me considèrent toujours comme un enfant ! Je les laisse faire  même s’ils croient qu’ils ont un pouvoir sur moi. Ca les rassure. Je n’ai pas d’ego mais je n’ai plus d’angoisse sur le regard des autres.

Donc, pas de projets pour l’instant à par ce film ?
J’ai plein de propositions pour le théâtre depuis que j’ai joué « L’avare » Les gens se sont dits « Il est balèze » ! Comme si le fait de faire des one man shows était facile. Mais « L’avare » a changé les choses. J’en suis ravi car j’adore Molière. C’est un auteur profond qui avait compris l’importance des femmes.
Tu en rejoueras ?
Ah oui, ça c’est sûr mais c’est compliqué. Il faut trouver le temps et ce sera encore avec Daniel Benoin. On s’entend très bien, j’ai fait pas mal de choses avec lui. Ce Molière était l’aboutissement d’une vraie collaboration.
Mais en dehors du fait d’écrire quelques heures par jour, je vais prendre le temps d’aller au théâtre, à la pêche avec mon bateau, de jouer aux cartes comme un dilettante que je suis.
Un dilettante qui en fait, travaille beaucoup !
Je suis un obsédé du boulot mais je fais ça pour ne pas qu’on découvre qu’en fait je n’ai pas envie. J’ai profondément honte d’être un fainéant, que je travaille beaucoup ! C’est pour me masquer, je me déguise ! Mais c’est tellement bien la fainéantise !
Alors, revenons donc à cette pièce…
C’est une pièce très drôle qui aborde un sujet grave : l’héritage. Ça m’a fait du bien de jouer cette pièce, d’abord parce que je joue avec des partenaires incroyables… Moi, à côté, je suis un petit comédien de campagne ! Ils sont impressionnants et je me sens handicapé à côté d’eux. On s’amuse beaucoup. Les deux auteurs ont beaucoup de talent. Ils ont l’art du quiproquo, de la phrase qui fait mouche, et ça marche du feu de Dieu. C’est un sujet violent : faire passer son père pour un fou afin de le déshériter avant qu’il ne le fasse lui-même.
Ce qui m’a épaté c’est qu’un avocat m’a dit que ce genre de situation se passait sur 60% des successions ! »

Et si c’est souvent un drame, ici ça devient une comédie désopilante ou les quiproquos, les jeux de mots, les coups de théâtre, les situations se succèdent à un rythme endiablé grâce à un texte percutant et quatre comédiens extraordinaires qui se renvoient la balle, non sans quelques fous-rires contenus et qui qui rend le public hilare. Quant à la tradition des coussins qui s’envolent, elle a été bien entretenue !
Quelle merveilleuse soirée nous avons passé.
Et quelle belle journée, grâce à l’accueil de Jacqueline Franjou et la gentillesse de l’ami Michel avec qui on a pu s’entretenir plus d’une heure.
Merci à eux.
Photos Cécile Giol & Jacques Brachet

Jazz à la Londe :
Un concert franco-américano-provençal !

C’est dans la pinède de l’Argentière à la Londe, les pieds dans l’eau, que le festival « Jazz à la Londe » fêtait sa dix-septième année.
Chaleur intense, heureusement la brise marine nous apportait un peu de fraîcheur sous un ciel menaçant.
Le camp de base regroupe les artistes, l’équipe  du festival et les bénévoles, les journalistes et les photographes, sous le regard du directeur artiste et fondateur du festival, néanmoins flûtiste et trompettiste émérite, Christophe del Sasso.
On y rencontre les musiciens de l’Opéra de Toulon, ceux du Big Band « Big Sud » créé par Christophe et Nicolas Folmer, trompettiste, auteur, compositeur et chanteur, tout cela dans une ambiance cordiale que l’on trouve aujourd’hui rarement dans les festivals ou tout le monde fait la gueule ou a des difficultés à porter leur melon !
Ici tout le monde rigole, parle ensemble autour d’un tiramisu « de ouf » comme disent les jeunes.

Nicolas Folmer
Christophe del Sasso
Andréa Caparros

Côté scène ça répète. Côté coulisses ça se retrouve en trinquant avec les vins de Provence.
On croise Andréa Caparros et Nicolas Folmer, buvant un verre entre amis et avec la famille. Seul Christophe se démène pour régler tous les problèmes.
Ambiance familiale et amicale donc où l’on vientde temps en temps nous demander si tout va bien… Et comment en serait-il autrement ?
Le temps de faire quelques photos, de discuter avec les uns et les autres, l’heure est à la préparation et les artistes partent se préparer.
Les partitions sont installées sur les pupitres, les musiciens, tout vêtus de noir, s’installent, seul Christophe arrive avec un polo vert !
Tout pourrait aller le mieux du monde quand un contretemps voit s’éparpiller les spectateurs comme une volée de moineaux pour aller s’abriter d’une averse impromptue.
Le concert est-il compromis ? Dans l’attente, on se retrouve au catering pour boire un verre.

Mais l’averse n’aura pas duré longtemps et, le temps de sécher les partitions, les artistes reprennent leur place et Christophe revient frapper les trois coups,  présenter les deux orchestres et le concert peut alors débuter sous la pinède où les immenses pins se colorent de rouge et de bleu, créant un décor inattendu et féerique.
Auparavant, un peu plus loin, des spectateurs avaient pu se régaler d’un « apéro jazz », assis dans l’herbe, sirotant un verre de vin blanc.
Revenons au concert. Un concert inhabituel puisque trente-cinq musiciens se mêlent dans une musique classico-jazzy, mélange des musiques venues de Broadway et… de Provence puisque nos amis ont revu et corrigé nos chants traditionnels comme « Le Coupo Sante » couleur jazzy mais en provençal ! Nicolas et Christophe ont écrits des musique qui sonnent aussi bien dans les trois langues, le français, l’anglais, le provençal. Nicols nous charme même avec ses propres compositions qu’il a créée dans le petit village des Alpes Maritimes, Guillaumes à qui il rend hommage à son château chanté par Andréa Caparros, belle sirène venue du Brésil toute de strass vêtue, à la voix ensorcelante, sous le regard de José son guitariste de père qui joue dans le Big Sud.

Ce métissage est une belle réussite et cette soirée restera un grand moment musical de ce sympathique festival fait de passion, d’amitié, de rencontres inattendues. Nougaro chantait « Le jazz et la Java », nos amis chantent « Le jazz et la Provence ».
A noter encore le talent multiple de Nicolas Folmer qui, auteur-compositeur doué, les chante avec une voix et une rythmique incroyablement ressemblantes à celles de Michel Legrand dont il est un fervent admirateur.
Et ce duo fort émouvant, le traditionnel provençal « Se canto » qu’ont interprété en provençal Andréa et la trompettiste Shekina Rodz qui a également une voix d’ange.
On se souvient de cet hommage qu’il nous avait offert l’an dernier à la Villa Simone de Six-Fours.
Malgré l’averse qui a failli tout gâcher, ce fut une éblouissante soirée sous les pins de l’Argentière.

Jacques Brachet