Archives mensuelles : mai 2026

Christian PHILIBERT
nous raconte les maquisards varois

Février 1944
Gleb Sivirine, alias Le Lieutenant Vallier, prend le commandement d’une troupe de jeunes maquisards dans le Haut-Var. Sa mission : en faire des soldats prêts à soutenir les alliés lors du débarquement attendu en Méditerranée.
Février 2024
Le metteur en scène Philippe Chuyen prend la direction d’un groupe de jeunes,
recruté auprès des missions locales du Var.
Sa mission : en faire des comédiens dans une adaptation théâtrale du journal de bord du Lieutenant Vallier. (Entretemps, Philippe est devenu maire de Monfort ! )
Voilà le making off du nouveau film de notre ami Christian Philibert, ce réalisateur brignolais dont la carrière a explosé  en 1999 avec son succès « Les quatre saisons d’Espigoule » un film tourné dans sa région, qui raconte à la manière de Pagnol, une année dans ce petit village du Haut Var, qui a ému et fait rire un nombreux public.
Réalisateur inventif, original, il passe du film de fiction au documentaire en restant dans « son pays », nous offrant un docu musical sur le groupe « Massilia Sound System », passant de « L’affaire Yann Piat »  à « Gaspard de Besse », l’inénarrable « Travail d’Arabe » ou encore « Germain Nouveau, le poète illuminé »
Couvert de prix, le revoici, pour nous présenter son dernier film « Les maquisards », un film curieux et original, mi fiction, mi documentaire, mi pièce de théâtre… écrit avec Philippe Chuyen, mi comédien, mi metteur en scène, aujourd’hui maire à part entière de ce beau village varois qu’est Monfort !
C’est avec plaisir que je retrouve à Toulon mon ami Christian que je suis depuis ses fameuses « Quatre saisons d’Espigoule »
A ce propos, je remercie Christian d’être venu au rendez-vous car quelques instants avant notre rencontre,  il apprenait que son ami Jean-Marc Ravera, le fameux patron du bar d’Espigoule venait de décéder

Le livre de Vallier
Morgan Defendente,
alias Vallier, allias Sirivine
Philippe Chuyen

« Explique-moi ce film qui mêle à la fois docu, théâtre, ballade varoise, Histoire… On s’y perd !
(Rires). C’est un film tout en miroir, qui est parti parce que je voyais arriver le quatre-vingtième anniversaire du débarquement en Provence. Je m’y été inscrit dans le soixante-dixième anniversaire « Provence, août 1944 », qui avait été largement diffusé. C’était le premier film sur le débarquement, qui a permis de populariser cet événement relativement méconnu et en partie oublié. J’avais donc créé un lien avec ça. Je me sentais une responsabilité et je voulais faire quelque chose autour du quatre-vingtième.
Et donc tu choisis un autre angle…
Oui, je ne voulais pas que ce soit le fil conducteur de l’histoire. Je voulais trouver un autre point de vue pour en parler et celui des maquisards me semblait intéressant en évoquant cette armée de l’intérieur, cette armée de l’ombre, cette armée secrète, formée pour attendre les alliés, les épauler. C’est une histoire relativement méconnue, ces maquisards ont été complètement  négligés par le cinéma français. On parle toujours du Vercors alors que dans le Var, il y a eu énormément de maquis. J’ai donc eu envie de parler de cette histoire.
L’idée, le scénario, sont nés comment ?
Des amis m’avaient parlé du fameux « Cahier rouge » du maquis, qui est le journal de bord de Gleb Sevirine, alias lieutenant Vallier, un chef de maquis exceptionnel qui a tenu un journal de bord au jour le jour. Ce cahier a été édité en 2007 mais j’étais passé à côté. En le lisant, j’ai vu immédiatement le lien avec mon film et je me suis dit qu’il fallait que je l’adapte.

Les maquisards
Les comédiens

D’autant que tout se passe dans le Var !
Oui, le livre se situe dans le haut Var, Mons, Fayence, les gorges du Verdon, Canjuers, la Verdière, on descend en diagonale à travers le Var pour aller libérer Collobrières et aller jusqu’à Hyères pour libérer la presqu’île de Giens.
Qu’est-ce qui t’a touché dans ce document ?
Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est la présence des jeunes, ce que je n’avais pas conceptisé
à quel point c’étaient des gamins, d’autant que nous, lorsque nous les avons connus, ils étaient déjà âgés, et on ne se rendait pas compte que la majorité étaient des jeunes qui fuyaient le STO, qui ne voulaient pas aller travailler en Allemagne. Gleb Sevirine a donc été sollicité, fin 43 pour le commandement de ces maquisards. Il restera à Mons jusqu’au mois d’août 44.
L’idée d’associer des jeunes dans le projet était de passer par la fiction. Je voulais trouver des jeunes varois, les transformant en maquisards dans les collines.
Mais le projet a en fait bifurqué ?
Oui car en quelques mois il me fallait trouver un million d’Euros que je ne trouverais jamais dans les délais prévus. J’ai donc décidé de faire un documentaire sans archives ni photos ni témoins car ils sont tous morts. J’ai décidé de chercher des jeunes passionnés d’Histoire et les entraîner dans une enquête historique, pour marcher sur les traces de ce maquis. Mais je me suis posé la question : Quelle est la finalité du projet ?
Et c’est là que tu rencontres Philippe Chuyen !
(Rires) I « Monsieur le Maire »  passait par là et il avait déjà participé à plusieurs de mes documentaires historiques. Il se trouve que, depuis longtemps, ayant lu le livre, il voulait en faire un spectacle sans trop savoir comment l’aborder. Je lui propose d’entrer dans le jeu, au lieu de prendre des passionnés d’Histoire, de prendre des passionnés de théâtre et les entraîner dans une enquête historique parallèle. A quatre-vingts ans d’intervalle, comme Vallier a fait de ces jeunes des soldats, toi tu prends ces jeunes et tu en fais des comédiens.
Et tu en fais un spectacle. Mais comme il ne veut pas d’amateur, on cherche des apprentis comédiens dans les conservatoires malheureusement tous ont leurs cours et leurs examens.
On est donc allé chercher des jeunes dans les missions locales. On a fait des castings, trouvé sept jeunes sur qui s’appuyer, un n’a pas suivi, on a continué avec les six.

Et le spectacle a été joué ?
Philippe a relevé le défi, lui qui ne veut jamais d’amateurs, et ça a marché. Miracle ! Le fait aussi que ce soit des jeunes des missions locales, c’est une belle idée car ça amène une fragilité. Il y a eu vingt représentations à guichets fermés. J’ai donc utilisé la pièce pour faire le film, La pièce est devenu un élément du film.
Et les jeunes ?
Ils ont été vaillants, sérieux, ils savaient que c’était d’eux que dépendait le film. Quant à Philippe, ça l’a obligé de sortir de sa zone de confort. Ce film s’est donc fait avec une palette d’émotions diverses, on pleure, on rit on sent la cohésion entre tous. Et cinéma et spectacle se renvoient la balle, l’un jouant avec l’autre.
Tu retrouves aussi Massilia Sound System qui signe la musique du film !
Par le biais de Gilbert Kayalik, le DJ du groupe avec qui nous sommes devenus amis sur le tournage de leur film qui a un talent, une rapidité pour trouver les sons qu’il faut. Il m’avait déjà fait la musique du documentaire sur Yann Piat et je lui ai proposé de faire la musique du film. Il a vu le film je lui ai expliqué mes intentions musicales. Il a été très efficace, comme toujours.

Tu aussi rencontré la fille de Gleb Sirivine ?
J’étais en train de lire le livre et j’ai aussitôt appelé sa fille. Elle connaissait mon travail, nous nous sommes rencontrés et elle a té une alliée précieuse. Elle nous a toujours suivis et aidés, elle est venue plusieurs fois au spectacle. Elle connaissait aussi Philippe depuis la sortie du livre, car il voulait déjà l’adapter et elle nous a fait confiance.
Aujourd’hui, le livre est épuisé mais nous allons le rééditer.
Comment avez-vous écrit le scénario ? A tous les deux ?
L’écriture du spectacle devait se faire à deux, j’avais beaucoup travaillé en amont, nous avons validé les situations qu’on  trouvait intéressantes mais sur l’écriture même, on a vu qu’à deux c’était compliqué, nous n’avons pas la même façon d’aborder les choses. Chacun avait sa vision. Du coup, j’ai respecté la sienne et en fait la pièce n’impactait pas sur le film, j’ai pris ce que j’ai voulu.
Le film sort quand ?
La sortie nationale se fera en septembre. Mais j’ai voulu  où il est né. Nous faisons une vingtaine d’avant-premières dont au Six N’Etoiles le 20 mai.
Des projets en cours ?
Toujours mais cette année j’ai ce film, qui sort donc à la rentrée. Après… On en reparlera !

Jacques Brachet
Christian Philibert sera l’invité de Noémie Dumas, directrice du cinéma Six N’Etoiles de Six-Fours et de Pascale Parodi, présidente de l’association
« Lumière(s) du Sud

Notes de lectures

Matthieu DELORMEAU : Addictions (Ed Leduc – 189 pages)
Voici une autobiographie poignante, écrite par ce garçon qui avait tout pour réussir et dire merci à la vie : Il était jeune, il était beau, il était dynamique et entreprenant, devenant animateur télé, chroniqueur puis producteur d’émissions diverses où son franc parler faisait mouche. S’il n’était pas une star du petit écran, il était connu, avait son public et tout aurait pu continuer dans le meilleur des mondes. Si ce n’est que, mal dans sa peau, gay assumé, il allait d’aventures d’un soir en recherche de plaisirs sexuels de plus en plus addictifs. Jusqu’au jour où, après une soirée à trois, ses deux compagnons d’un soir lui font connaître un autre plaisir : la drogue.
Et voilà qu’il découvre l’euphorie de devenir tout puissant, choisissant la facilité de la cocaïne mêlée à l’alcool, mélange dont on ne sort pas indemne… Si l’on s’en sort un jour.
Et le voilà tombé au plus bas de ce que peut vivre un addict aux deux poisons mélangés. Il devient sinistre, mauvais colérique, imbu de sa personne, fait le vide autour de lui, et descend de plus en plus bas, de plus en plus loin, devenant une épave qui ne tient debout (quand il le peut) que par ce qu’il ingurgite de plus en plus.
Il perd tout repère, famille et amis, boulot. Il s’en rend compte lors de rares moments de lucidité, il chute, se fait soigner, rechute jusqu’au jour où il décide, au bout de deux ans de cette impasse, de reprendre sa vie en main. Même aujourd’hui, c’est toujours difficile mais il essaie de garder la tête hors de l’eau, de se reconstruire avec patience mais aussi une énergie folle pour sortir de son enfer, aidée de sa sœur omniprésente et d’un des rares animateurs qui ne lui pas tourné le dos et a eu le courage de le prendre dans son émission comme chroniqueur : Cyril Hanouna.
Un long chemin, semé d’embûches, un témoignage qu’il nous raconte avec honnêteté avec sincérité, un combat de tous les jours qu’il a écrit comme une délivrance et pour l’exemple de ce qu’une addiction peut devenir destructrice.
Un livre sincère empreint d’émotion, qui, en sous-titre est écrit « Il a suffi d’une fois ».
Une fois qui est fatale et il veut que son parcours cahotant serve d’exemple et alerte ceux qui pensent qu’une seule fois est anodine.
Il aura fallu beaucoup de courage à Matthieu pour écrire cette confession et on lui en souhaite encore beaucoup pour continuer sa route qui est loin d’être un long fleuve tranquille.

Frédérick D’ONAGLIA : La demoiselle du moulin
(Ed Presses de la Cité – Terres de France (357 pages)
Depuis plus de vingt ans l’ami d’Onaglia, ce Lyonnais amoureux de la Provence, nous offre, au fil des années, dans le village de Fontvieille, une saga où se mêlent le romantisme, le thriller, intrigues amoureuses et politiques, destins croisés dont le socle est le château dirigé de main de main de maître par Victoire de Montauban, femme implacable, prête à tout pour garder son rang, face à Armand, son fils totalement sous l’emprise de sa mère, homme aussi veule que volage, que Béatrice, son épouse, accepte pour garder un semblant de lien familial avec leurs deux enfants.
Béatrice a une amie : Cathy, fille de Phonse le primeur.
Cathy à qui va arriver une histoire singulière : Un soir de grand orage, elle se réfugie dans un moulin vétuste pour le laisser passer. Là, dans le noir, elle se retrouve auprès d’un homme qui est, lui aussi, venu se mettre à l’abri. Sans peur, ils se parlent dans le noir total pour se séparer au lever du jour. Intriguée, elle veut savoir qui est cet homme qui, malgré cette rencontre inopinée, lui a fait un certain effet.
Elle le retrouvera. Il s’agit de Selim, un magnifique kabyle qui s’est enfui de Marseille où il est recherché. Quelle est son histoire ? On la découvrira au fil des événements qui vont se dérouler en, cascade, « ce genre d’homme » n’étant pas du goût de nombre de villageois, d’autant qu’entre lui et Cathy, une histoire d’amour se profile. Son père, Victoire vont s’en mêler mais aussi l’institutrice, Viviane Plancoulène, tombée amoureuse de Selim et d’une folle jalousie envers Cathy.
Plein d’autres événements vont faire trembler ce village et Frédérick ajoute une grande histoire dans cette histoire qui contient déjà dix épisode, toujours écrite avec sa plume alerte, faite de personnages hors du commun dans une Provence qu’il dépeint de belle manière, avec amour, comme le faisait Cézanne avec ses tableaux.
Une belle grande histoire qui pourrait clore cette saga…
Mais avec Frédérick, sait-on jamais ?

Jacques Brachet

Chloé HENRY-BIABAUD, globe-trotter de l’humain

Elle est réalisatrice et s’est spécialisée dans le documentaire.
Chloé Henry-Biabaud se balade dans le monde entier, du Rwanda au Brésil, de l’Argentine a l’Egypte, du Kenya à l’Amazonie en revenant, pleine d’usage et raison vivre… à Ollioules !
Ses sujets sont divers, le handicap, la boxe, les pêcheurs mais aussi des sujets moins lointains comme les calanques ou la Bonne Mère.
Invitée par Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud », elle nous proposait ce soir-là un film très émouvant : « La réparation », réalisé avec sa complice Isabelle Vayron, sur la justice restaurative
C’est un dispositif de justice qui met face à face des auteurs de crimes divers et des victimes d’autres crimes. Encadrés par deux animatrices qui les laissent parler, chacun peut s’épancher, dialoguer, parler de leurs peines et de leur colère pour les victimes, de leur question, de leurs regrets sur le fait que les auteurs sont passés à l’acte.
Chacun a besoin de réponse, chacun a eu sa vie détruite, sans compter les victimes collatérales, beaucoup sont dans la douleur, l’incompréhension, le déni quelquefois mais tous ont des vécus traumatisants qu’ils porteront toute leur vie.
Les dialogues sont sans jugement, chacun étant à l’écoute de l’autre et leurs témoignages sont poignants et perturbants.
Evidemment, cette justice restaurative ne règle pas tous les problèmes mais aide à la compréhension de chacun.
Ce film a été tourné dans une prison d’Auxerre, encadré par Béatrice et Catherine et ne peut laisser personne indifférent. Il met en lumière les responsabilités des agresseurs comme la peine et parfois la colère et la vengeance de ceux ou celles qui ont perdu quelqu’un de cher.
Un film poignant plein d’humanité et nécessaire afin de permettre à tous d’avancer sans jamais pouvoir tourner la page.

J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Chloé Henry-Babaud, femme pleine d’humanité, chacun de ses documentaires (et ils sont nombreux) étant empreint d’empathie, d’humanité.
« Chloé, vous avez parcouru le monde mais d’où venez-vous ?
Je suis parisienne, j’habite depuis dix ans à Ollioules, j’ai vécu neuf ans à Marseille mais c’est vrai que je voyage beaucoup.
Comment choisissez-vous vos sujets ?
J’ai bien sûr des sujets de prédilection mais j’ai vécu au début en Polynésie où j’ai commencé ma carrière et en rentrant en métropole, j’ai travaillé avec Yann Arthus-Bertrand  avec qui nous avons interviewé partout sur la planète. Il est resté l’un de mes meilleurs amis, tout comme Isabelle Vayron avec qui je coréalise beaucoup de films. On est resté un noyau soudé.
Et puis j’ai développé des contacts, des thématiques qui m’intéressaient, comme la résilience, mot que je n’aime plus du tout, tant il est aujourd’hui galvaudé. J’ai aussi vécu au Brésil avec mes parents d’où cette appétence aux voyages.
Et vos sujets de prédilection ?
Souvent, les sujets qui m’intéressent tournent autour de gens qui ont vécu des choses difficiles et les ont surmontés d’une manière ou d’une autre. Et puis, il y a des sujets environnementaux parce que, forcément, lorsqu’on voyage beaucoup, on y est sensibilisé. Mais je m’intéresse aussi à la culture et tout se fait  au gré des voyages, des rencontres…
Est-ce que vous partez pour trouver des sujets ou parce que vous avez un sujet en tête ?
J’ai beaucoup de relations dans beaucoup d’endroits mais pour faire un documentaire j’ai des idées « avant » puis il y a tout un chemin car il faut trouver la production en amont du tournage, qui va nous accompagner, il y a tout un dossier pour pouvoir le pré-vendre à des diffuseurs et là alors, on peut partir en tournage. Mais si un documentariste veut gagner sa vie, on ne peut pas aller faire les repérages « avant » et tout payer de sa poche en pensant qu’on vendra l’idée, le film.

Qui sont les diffuseurs ?
Pour l’instant, je ne travaille qu’avec les télés, France Télévision ou Arte. On leur apporte l’idée, on va écrire tout un dossier en amont même si l’on ne sait pas ce qui peut se passer sur place car ce n’est pas un scénario de fiction. On sait qu’on va filmer un dispositif qui est cadré, après, ce qui peut se passer, on ne peut pas le deviner. On écrit une note d’intention, de réalisation, les raisons de faire ce documentaire.
Est-ce que sur le tournage, ça dévie quelquefois ?
Les gens qu’on filme ne sont pas des comédiens et heureusement, on ne peut pas leur demander de faire ce qu’on a écrit, parfois nous avons de belles surprises, parfois c’est plus compliqué mais généralement, lorsqu’on va filmer quelque chose, on a une intention précise et le but est d’aller filmer cette intention du départ. Mais il faut aussi laisser place à la surprise, à l’improvisation et lorsque c’est un documentaire en immersion comme celui-ci, on ne peut pas décider à l’avance.
En dehors de grands voyages, vous faites aussides documentaires en France comme celui consacré à la Bonne Mère de Marseille !
Lorsque j’ai fait ce film, je venais d’arriver à Marseille, il y a 15 ans, et c’est une boîte de production marseillaise qui me l’a  proposé car, n’étant pas marseillaise, j’aurais un regard neuf. J’ai donc vraiment découvert la Bonne Mère et j’ai adoré car j’ai filmé carrément sur un an. Comme j’avais un regard extérieur neuf et admiratif, je découvrais.
De tous les pays que vous avez traversés quel a été celui qui vous a le plus marqué à ce jour ?
J’ai beaucoup de pays de cœur, comme le Brésil où j’ai vécu .Je parle le portugais et j’y suis allé souvent en tournage. J’y ai passé une partie de mon enfance, et j’y ai beaucoup de souvenirs. C’est sentimental. Une partie de mes souvenirs, de mes amis, sont encore là-bas.
Mais je crois que celui qui m’a le plus marqué et où je retourne souvent, c’est le Rwanda. De par son histoire terrifiante, il est resté beaucoup figé dans les médias. Pendant longtemps, il a été connu par le génocide alors qu’il a beaucoup d’autres choses. Il y a quand même un pays qui s’est relevé et il y a tellement à y découvrir. Il y a un futur très riche, une lumière incroyable.

Alors ce film présenté ce soir ?
Ce film est donc sur la justice restaurative. Ce sont des dispositifs cadrés par des associations mandatées par le Ministère de la Justice. Ça fait partie du code pénal. Auteurs ou victimes peuvent en être informés et y participer, ils sont préparés pour se rencontrer mais ce ne sont pas les auteurs et victime directs. Avec Athus Bertrand, nous avions déjà filmé des participants pour son film « Human » en Floride, qui avaient besoin d’en parler et de se parler. Ce sont des gens qui ont décidé d’eux-mêmes d’y participer. On a trouvé ça tellement
incroyable qu’on a décidé d’en faire un film.
C’est arrivé en France dans le cadre du code pénal en 2014 et nous avons eu envie de faire ce film, avec Isabelle, en faisant le mouvement inverse, c’est-à-dire qu’on a filmé le dispositif avec les animateurs, les médiateurs et les participants que nous ne connaissions pas, en immersion.
Comment réagissent les gens lorsque vous allez les voir pour leur proposer ce concept ?
Nous sommes allés en repérage dans des groupes avec des encadrants à Auxerre, on a beaucoup discuté avec Amélie et Séverine, les encadrantes qui ont été nos alliées car en fait, ce sont des travailleuses de l’ombre qui prennent beaucoup sur leur temps, qui se donnent corps et âme. A partir de ce moment-là, nous avons fait une lettre pour expliquer le but du film, qu’elles ont donnée  à ceux et celles qui étaient prêts à jouer le jeu. Ne pouvant les rencontrer en amont, elles ont été nos intermédiaires en leur précisant bien aux participants qu’ils pouvaient arrêter lors du tournage, que ceux qui ne voulaient pas qu’on les voit, peuvent être filmés de dos ou floutés. Nous avions deux ou trois caméras que nous ne bougions pas, pour ne gêner personne. Le tournage s’est fait sur un an avec trois rencontres.

C’est votre dernier film ?
C’est l’un des dernier Sybille d’Orgeval (J’adore les coréalisations !), nous avons tourné un film sur la pêche contemporaine et les problématiques liées à la pêche sur les océans, qui s’appelle « Vents contraires ». J’en termine un avec une autre amie, Coraline Molinié, pour Arte, autour des castors et tout ce qui lié aux écosystèmes autour de cet animal ».
Avec tous ces films, espérons que nous aurons encore l’occasion de revoir notre belle réalisatrice chez notre amie Pascale !

Jacques Brachet

Jolokia, odyssée des bras cassés
Kenya, alors on danse
Malawi, les enfants du tabac

Six-Fours
«LesNuitsThéâtralesdeSimone» 2ème édition
Spectacles du 23 au 27 juin

Après une première édition réussie, la Ville de Six-Fours-les-Plages confirme son engagement culturel avec la deuxième édition de son Festival de Théâtre, installé dans le cadre naturel du Jardin de la Villa Simone.
Un théâtre de verdure en cœur de ville Installé dans le Jardin de la Villa Simone (8 000 m²), le festival propose une jauge intimiste de 250 spectateurs, en placement libre, dans une ambiance estivale unique.
Une nouvelle scène pour l’émotion La culture est une aventure collective, un espace d’échange et de découverte. Avec cette deuxième édition des Nuits Théâtrales de Simone, la Ville de Six-Fours-les-Plages confirme son ambition : inscrire durablement le théâtre dans son paysage culturel estival. Pensé comme un rendez-vous populaire et exigeant, le festival propose cinq grandes œuvres issues du Festival Off d’Avignon, reconnues pour leur qualité artistique et leur capacité à toucher tous les publics. Comédie classique, fresque romanesque, théâtre contemporain, seul-en-scène biographique ou grande comédie provençale : chaque spectacle a été sélectionné pour son audace, son énergie et sa résonance universelle.

5soirées– 5 univers
Mardi 23 juin / 21h : Saint-Exupery, « le commandeur des oiseaux ». Seul en scène biographique
Mercredi 24 juin / 21h : « Bel Ami ». Fresque romanesque. Adaptation du roman de Guy de Maupassant, sur l’ambition et le pouvoir
 Jeudi 25 juin / 21h : « Le barbier de Séville » Comédie classique. La comédie de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais revisitée avec énergie.
Vendredi 26 juin / 21h T.I.N : « A There is no alternative ». Théâtre contemporain Une création audacieuse et politique .
Samedi 27 juin / 21h : « Le Schpoutz », Grande comédie provençale. Œuvre culte de Marcel Pagnol

Accessibilité · Tarifs attractifs · Gratuité pour les plus jeunes ·
Billetterie en ligne et points de vente physiques
Les Nuits Théâtrales de Simone s’inscrivent dans la volonté municipale de développer une offre culturelle qualitative et populaire.
.Renseignements et billetterie en ligne sur : www.ville-six-fours.fr Points de vente : Espace Malraux / Six-Fours ou FNAC

Catherine LARA :
« Le violon est le prolongement de ma main, de mon âme »

C’est grâce à une animatrice géniale, Denise Glaser, avec qui j’avais beaucoup de complicité qui, un jour au MIDEM 72, m’offre le premier disque de Catherine Lara « Ad Libitum ». Connaissant mes goûts, elle sait qu’il me plaira. Alors inconnue, va lui consacrer toute une émission de son fameux « Discorama »
J’écoute et je tombe en amour de cette musique qui semble venir de très loin, avec sa voix d’ange (que la cigarette a beaucoup changée !) et son violon déjà magique.
Si je lui consacre à mon tour un papier, beaucoup de temps va passer avant que je ne la rencontre. Ce sera en 81, alors qu’elle éclate enfin en changeant, physiquement de style de musique et de voix. C’est le disque « Yohann ».
Enfin elle vient chez nous, à la Seyne, où elle chante pour la fête de l’Humanité dans les pires circonstance que peut avoir la chanteuse : les discours politiques enfiévrés, au milieu des odeurs de frites, de la poussière, de la chaleur et l’on s’assoit pour manger un bout au milieu d’un brouhaha incroyable, un chien qui aboie et une serveuse qui, toutes les minutes vient demander si « ça va Madame Lara ? » et si elle ne veut pas un peu plus de frites ! Je précise que j’enregistre l’interview ! Jusqu’à un coq sorti d’on ne sait où, qui  n’en finit pas de coqueriquer !
Il nous prend tout à coup un fou-rire inextinguible et c’est là que je découvre l’humour de Catherine. Une histoire d’amour qui tourne à l’amitié jusqu’à aujourd’hui jamais démentie.
Les tournées, dont les « Age Tendre », les galas, les émissions de télé (Dont une avec Maurane où tous trois nous somme shootés au champagne, mes deux copines aimant rigoler, avec des blagues quelquefois salaces, des contrepèteries). Bref on ne s’est jamais longtemps quittés et les retrouvailles sont toujours pleines de rires et d’amitié.
Alors, lorsque j’apprends qu’elle passe au Pasino d’Aix-en-Provence avec son dernier spectacle « Identités », je ne pouvais pas ne pas y être.
Et je l’aurais regretté car c’est l’un des plus beaux spectacle de danse et musiques mêlées auquel j’ai pu assister, avec la compagnie Kumo, quatre magnifiques danseurs venus de tous horizons, Jamson, Chichi, Corey, Viny Colby, qui nous font vibrer autour de la musique de Catherine omniprésente avec son violon jaune que je connais bien.

Difficile de définir ce spectacle de musique tribale, où tous les styles se mêlent, yiddish, tzigane, slave, classique, arabisant, hip hop… De la musique universelle où tout tourne autour de thèmes différents, la femme, la guerre et la paix, le racisme, les différences et les ressemblances, musique quelquefois planante, quelquefois sauvage, sur laquelle, nos quatre danseurs donnent tout avec une incroyable énergie. Le spectacle en noir, blanc, rouge est d’un esthétisme et d’une beauté à couper le souffle.
Catherine nous offre des fulgurance, faisant pleurer son violon, le faisant chanter sur fond de percussions et d’images en fond d’écran, virevoltant avec les danseurs, jouant avec eux sur des chorégraphies de folie sur ces musiques venue du fond des peuples, du fond des âmes.
Un spectacle fait d’humanité auquel Catherine, faute de chanter, nous dit des mots chargés d’émotion. A 80 ans, elle est plus forte, plus belle que jamais et ce spectacle nous enchante, nous ravit, nous émeut, nous prend aux tripes. Il faut voir le public se lever, applaudir, crier et en redemander.
Et  après le spectacle, on la retrouve heureuse du travail accompli et de l’amour que lui porte le public.

« Le violon – me dit-elle -, c’est le prolongement de ma main, de mon âme et  je ne pourrais pas m’en passer même si, aujourd’hui, ma musique est différente. Durant 15 ans je suis allée au fond de quelque chose, j’ai eu le temps de faire le tour de la musique classique, j’ai même monté un quatuor de musique de chambre jusqu’au jour où j’ai eu envie de passer à autre chose. Il y a eu une cassure mais elle m’a permis de prendre une autre route. Jouer Brahms, Beethoven, Schubert ne me suffisait plus, il fallait que j’exploite d’autres contrées, que je découvre d’autres formes de musiques, une autre façon de m’exprimer. Lorsqu’on découvre Léo Ferré, Stevie Wonder, Jacques Brel, Aretha Franklin, le jazz, les musiques du monde, on se dit qu’il y a d’autres musiques que le classique et que c’est toujours de la musique.

Je composais déjà pour le plaisir, le plaisir est toujours là et je suis toujours à fond.
De puis ton « Laratorio » écrit pour le spectacle d’Annie Girardot « Revue et corrigée », tu as su mêler différentes musiques…
Tu sais, écrire une belle chanson c’est aussi très difficile, mais c’est formidable de mêler les mots aux sons. Il faut un esprit de synthèse et l’on a si peu de temps pour raconter une histoire. Et puis, cette nouvelle route m’a permis de faire de très jolies rencontres, de travailler avec des gens formidables et comme je ne suis pas une fana de solitude, tout ça me va très bien. J’aime avoir des compagnons de voyage, avoir une complicité comme j’ai eu, durant longtemps avec Alain Boublil. Les rencontres, les gens, c’est aussi tout l’intérêt de ce métier. C’est pourquoi j’aime travailler avec d’autres artistes, soit pour créer des chansons, un spectacle, soit pour collaborer avec  « Les enfoirés » ou « Age Tendre » par exemple… Grâce à ce métier, ma vie est semée de merveilleuses rencontres, de moments forts, inoubliables. Celle de Barbara, c’est ma jeunesse… J’étais groupie et la rencontrer et d’avoir travaillé avec elle, ce fut un grand bonheur. Lorsque Barbara te dis :  » J’adore ce que vous faites, pouvons-nous travailler ensemble ?  » tu tombes à la renverse ! Ce furent deux mois entre parenthèses, de pur bonheur.

Il y a eu aussi Johnny Hallyday, Les musiques de films ou de télé, William Sheller et bien d’autres…
« Françoise Hardy, ce fut un coup de foudre. Lorsqu’elle a découvert ce que j’écrivais elle a même voulu me produire mais elle a pensé que, pour moi, il valait mieux que j’aille dans une grande maison de disques. Mais j’ai écrit pour elle et j’en suis fière».
Et ainsi il y a eu « Sand et les Romantiques » « Aral » dont certaines fulgurances se retrouvent dans ce nouveau spectacle, il y a eu les arrangements de « L’Arlésienne » de Bizet avec Jean Marais, le spectacle « Au-delà des murs » avec Franco Dragone, le directeur et chorégraphe du Cirque du Soleil et tellement d’autres choses…
Une autre qualité chez Catherine : la franchise !
« Je ne sais pas trop si c’est une qualité ou un défaut mais j’ai une belle ( ?) réputation de franchise et tant pis si ça me joue des tours. De toute façon, je n’ai pas envie de plaire à tout le monde. Par contre, avec l’âge, je fais peut-être plus attention aux autres, j’essaie de ne pas les blesser pour rien. J’ai envie de devenir tolérante !»

Voilà comment fonctionne Catherine Lara.
Lara, c’est un regard bleu, derrière des lunettes bleues, un regard franc, net, direct, qui vous vise droit dans les yeux, droit au cœur.
Lara, c’est la douceur cachée derrière une incroyable énergie.
Lara, c’est un caractère fort qu’il vaut mieux éviter les jours de colère.
Lara, c’est une surdose d’humour au premier, second, troisième degré.
Lara, c’est un amour inconditionnel pour la musique.
Car elle aime la musique de toutes ses forces, toutes les musiques venues d’ici et d’ailleurs. Et surtout, elle aime son public. Par contre, jamais une fois je ne l’ai entendue dire qu’elle s’était trouvée bien. C’est plutôt le genre : « Ils ont été merveilleux, ils m’ont aimée, je le leur ai rendu… Ils le méritaient ».
Et c’est ce qu’elle a fait en cette belle soirée aixoise.

Jacques Brachet
Photos Eric Bongrand, Cécile Giol, Jacques Brachet

souvenir de rigolades champagnisées !