Archives mensuelles : mars 2026

Notes de lectures

Elisa BONNEAU & Alexandre LE BRIS :
Tout pour préparer son voyage en Indonésie et à Bali (Ed Larousse – 126 pages).
Ce livre est un guide touristique complet pour préparer son voyage en Indonésie et à Bali. On y trouve toutes les informations pratiques et les formalités à prévoir avant le départ.
Il décrit avec précision les différentes îles de l’archipel et propose des itinéraires jour après jour, que l’on parte pour se détendre, chercher la spiritualité ou vivre un séjour sportif. Il aide aussi à éviter les désagréments que l’on peut rencontrer dans un pays inconnu.
Mais ce n’est pas seulement un guide pratique. L’ouvrage revient également sur l’histoire de l’Indonésie, ses différentes colonisations et la richesse de ses cultures, qui cohabitent parfois avec complexité selon les régions. Il aborde aussi le développement du tourisme de masse ainsi que les enjeux environnementaux liés à la culture intensive de l’huile de palme et à l’extraction minière, dans un pays extrêmement riche en ressources naturelles et très convoité. Ces sujets sont traités avec clarté et objectivité.
C’est un livre à lire pour tous ceux qui souhaitent découvrir le pays : il est à la fois complet et efficace.
Il se termine par un lexique proposant quelques phrases en bahasa, la langue la plus parlée sur place. Ayant déjà voyagé dans plusieurs pays, je trouve que faire l’effort de parler quelques mots dans la langue locale est une belle marque de respect.
En tout cas, cette lecture nous donne envie d’y aller … Alors, foncez !
Magali Baccino

Bryan CHRISTIEN : La folle Histoire de France (Ed Larousse -264 pages)
Aimez-vous l’Histoire de France ?
Aimez-vous l’humour ?
Si c’est le cas, cet album de Bryan Christien, le créateur de @bhistoire.fr va vous charmer, vous amuser, vous surprendre tout en vous apprenant plein d’anecdotes drôles et vraies sur les dessous de la République et de la royauté.
Des histoires folles, incroyables, croustillantes ou effrayantes illustrées de photos, de tableaux, de gravures, des anecdotes et des expressions utilisées il y a des décennies, plus usités de nos jours mais pleines de saveurs, des histoires rocambolesques. En fait, toutes ces histoires dignes d’un »France Dimanche » de l’époque – de toutes les époques –  qui nous font rire, nous surprennent… Nous « esbaudissent » pour parler comme antan.
Savez-vous, par exemple, que lorsque Lady Diana est décédée, on cherchait partout le président de la République Jacques Chirac partout, des bruits ont alors couru qu’il était avec Claudia Cardinale, alors qu’en fait, il s’était tout simplement endormi !
Savez-vous encore que Napoléon était un tricheur aux jeux, que Napoléon III aimait faire des dictées, que Louis XIV avait de gros problèmes de santé, que le président Félix Brun était mort dans les bras de sa maîtresse, qu’un autre président, Paul Deschanel était tombé de son train alors qu’on ne savait pas où il était passé, qu’Au Moulin Rouge, au début du siècle, le marseillais Joseph Pujol avait créé une attraction inattendue : Il était pétomane ! Qu’Henri III avait la phobie des chats, que c’est François 1er qui a lancé la loterie, appelée alors « blanque »…
Et savez-vous encore qu’une prostituée était appelée la chaudière à cervelas, qu’un débauché était un enfant de la messe de minuit, qu’un imbécile était une grande andouille remplie de paille ou un Nicolas tac tac… Et tout à l’avenant !
C’est drôle, superbement illustré, c’est un livre qu’il faut emporter en vacances pour se délecter chaque jour d’une histoire ou une anecdote irrésistible.
Quand la petite histoire entre dans la grande Histoire… On se régale !
Jacques Brachet

Six-Fours… La dernière vague ?

Atmosphère lourde, en ce 25 mars au Six N’Etoiles, pour la présentation du programme de « La Vague classique » de cet été.
Visite en coup de vent de Jean-Sébastien Vialatte qui, après avoir salué les quelques anciens de son ex conseil municipal, s’est très vite retiré, laissant la place au directeur artistique du festival Gérald Lerda, en charge de présenter le programme :
« C’est avec une très forte émotion que je m’adresse à vous à occasion de cette nouvelle saison de « La Vague Classique ». Ce festival est né pendant la pandémie, lors de l’annulation aux Etats-Unis de la tournée du violoncelliste Gautier Capuçon. Six-Fours a été la solution de repli. Personne alors ne misait un kopek sur nous, pensant qu’une fois la pandémie stoppée, les artistes ne reviendraient plus à Six-Fours. Mais au fil des ans, nous avons patiemment travaillé pour donner à ce festival une programmation de qualité ».
On se ouvient de quelques noms prestigieux venus depuis à Six-Fours, des frères Capuçon à Cécilia Bartoli en passant par Jean-Christophe Spinosi, Hélène Grimaud, José Villamor, Philippe Jaroussky, Brigitte Fossey et bien d’autres, occupant ces magnifiques lieux que sont la Maison du Cygne, la Collégiale Saint-Pierre, la Maison du Patrimoine, le parc de la Méditerranée et maintenant la Villa Simone qui reçoit les grands du jazz.
Ainsi, au fil des six ans, des liens se sont créée avec cette commune « où il fait bon vivre », les artistes, leurs agents, tous les responsables et les équipes du festival, les saisonniers venus en renfort… Tous ceux qui en ont fait son succès.

Gautier Capuçon
Renaud Capuçon

« Le festival – ajoutait-il –  est devenu une référence en matière de musique classique. Ce succès, nous le devons surtout à Jean-Sébastien Vialatte dont chacun ici connait son engagement en faveur de la culture. La musique classique nous élève, nous rassemble, elle n’est pas réservée à une élite, elle doit être accessible à tous et c’est cela l’ADN du festival, excellence, jeunesse, accessibilité. »
Et pour commencer en beauté, voici le retour du contre-ténor Philippe Jaroussky, accompagné par l’ensemble Artaserse, à la Maison du Cygne, samedi 23 mai. Nous avions passé ensemble un joli moment de convivialité. Il a créé une académie et nous aurons le plaisir de découvrir l’un de ses lauréats, le pianiste Antonin Bonnet le 5 septembre à la Maison du Patrimoine.
Côté piano, nous serons gâtés, déjà par  la venue de trois pianistes asiatiques à la Maison du Cygne : Le 20 mai Bruce Liu, 1er prix du 18ème Concours international Frédéric Chopin en 2021 ; Le 11 juin, Sophia Liu, sans parenté, l’une des plus jeunes artistes de la saison puisqu’elle a 17 ans ;  le 5 juin, Ryan Wang, également grand prix du concours National Chopin, l’an dernier.
Et pléthore de pianistes à la maison du Cygne : Tanguy de Williencourt le 29 mai, Joseph Moog le 4 juin, Nicolaï Lugansky le 14 juin, Vanessa Wagner le 19 juin, Jean-Paul Gasparian le 20 juin, Arielle Beck le 21 juin, Mirabelle Kajenjeri, le 29 août à la Maison du Patrimoine.

Jean-Christophe Spinosi
Philippe Jaroussky

Les incontournables frères Capuçon, seront bien sûr de la fête : Gautier Capuçon et son fidèle pianiste Jérôme Ducros et deux lauréates de sa fondation : la pianiste Duru Erdogan et la violoniste Sofie Leifer, le 15 juin et le lendemain 16 juin avec trois autres lauréats : Gatien Leray, alto, Elise Bertrand, violon, Mirabelle Kajenjiri, piano. Et puis, le désormais annuel concert au Parc de la Méditerranée le 27 août avec six violoncellistes, les Capucelli.
Renaud Capuçon, lui, sera à la Maison du Cygne le 30 mai avec neuf jeunes artistes et… son épouse Laurence Ferrari qui se joindra au groupe comme récitante.
Autre récitant magnifique : Lambert Wilson, accompagné du harpiste Xavier de Maistre à la Maison du Cygne le 17 juin.
Cette année, notre ami le chef d’orchestre Jean-Christophe Spinosi, nous offrira, avec l’ensemble Matheus trois concerts à la Collégiale Saint-Pierre, y invitant la soprano Patricia Petibon le 19 juillet, la soprano Nina Spinosi et le ténor Gaël Lefèver le 20 juillet et les musiciens de l’Académie Stauffer le 22 juillet.
Des pianistes encore à la Maison du Patrimoine : Le 29 août, Mirabelle Kajenjeri, lauréate de la fondation Gautier Capuçon, Antonin Bonnet le 5 septembre, Stella Almondo le 12 septembre, Justus Friedrich Eichhorn qui a également 17 ans, le 19 septembre.
A la Villa Simone, du jazz, du jazz, du jazz avec, le 4 juillet Louise Jallu au bandonéon, Mathias Lévy au violon et à la guitare électrique, Marc Benham au piano, Alexandre Perrot à la contrebasse. Le 11 juillet le Paul Lay trio nous offrira la « Rhapsodie in Blue » de Gershwin.
On reviendra à la Collégiale Saint-Pierre  avec un concert de clavecin avec Paolo Zanzu  le 16 juillet, le fameux quatuor à cordes Modigliani le 18 juillet et l’ensemble Matheus avec le chœur de l’Académie Haendel-Hendrix le 19 juillet.

Karine Deshayes
Lambert Wilson

A noter l’exposition du grand photographe Douglas Kirkland, en partenariat avec le Festival de Ramatuelle, qui se tiendra du 4 juillet au 20 septembre dans les jardins de la Villa Simone.
D’autres manifestations comme les après-midi musicales-conférences de Monique Dautemer au Théâtre Daudet, du cinéma sous les étoiles à la Villa Simone en partenariat avec le Six N’Etoiles et d’autres concerts en plein air proposés par la fondation Gautier Capuçon. Tout cela à retrouver sur le site sixfoursvagueclassique.fr.
De beaux moments musicaux à vivre… En espérant les retrouver l’an prochain !

Jacques Brachet

Patricia Petibon

Bruno SALOMONE, du rire au charme

Il était l’un des cinq mousquetaires du groupe « Nous, C nous », avec entre autres Jean Dujardin, il retrouvait d’ailleurs son copain Dujardin dans « Brice de Nice  il fit partie de la saga familiale « Fais pas ci, fais pas ça », sans compter les films, les séries, les one man shows où il s’illustra avec une énergie débordante et un humour décapant…
Mais n’était pas que ce personnage drôle et agité qu’on connaissait. Souvent, une fois qu’un artiste été taxé « comique », il lui  est difficile de sortir de cette boîte dans laquelle le métier les ranger.
Il nous avait beaucoup émus, par exemple, dans la série « Le secret d’Elise ».
L’an dernier, on le retrouvait avec plaisir dans la série « A priori » et il était venu plusieurs fois dans la région présenter des films il était aussi venu jouer son one man show « Euphorique ». C’était en 2017. Il était également venu présenter « « Ma famille et le loup », tourné dans notre région ou encore » « La clinique de l’amour » et à chacune de nos rencontres, nous passions d’agréables moments tant il était disert, jovial, charmant,« Euphorique », c’était, en 2016, son grand retour sur scène dans un one man show, qu’il était venu présenter à Toulon.

« Ça faisait treize ans, me confiait-il, que j’avais arrêté les one man shows car je commençais à avoir ma dose ! Je voulais faire autre chose et ne pas faire de la scène pour faire de la scène ou pour faire de l’argent, et le stand up, ce n’est pas mon truc. Je voulais qu’il y ait de l’envie, de l’impulsion, avoir des choses à dire et délirer.
Et… ?
Et j’ai retrouvé Gabor Rassov qui avait écrit, avec Artus de Penguerm Le film « La clinique de l’amour » en 2012, que nous étions d’ailleurs venus présenter à Toulon. Nous sommes devenus amis et nous avions envie de retravailler ensemble sur un autre film… Qui s’est en fait transformé en spectacle !
Qui a eu l’idée ?
L’idée première était l’histoire d’un enfant qui était né en riant. Je ne voulais pas que ce soit une suite d’histoires mais une vraie histoire où le rire devient un vrai handicap, où l’on prend le type pour un débile, un démon, qui va du coup être adoré ou détesté. En fait, c’est tout ce que j’avais. C’est Gabor qui m’a aidé à faire la construction et il en a signé la mise en scène, avec un regard extérieur ».

Le départ de la carrière de Bruno s’est fait en 1994, avec cette idée de cinq humoristes qui se regroupent pour créer « La bande du Carré Blanc », nom du café-théâtre dans lequel ils jouaient. Et ils créent une chanson inspirée des boys bands de l’époque « Nous C nous ».
Ça a marché et ils sont devenus les « Nous C nous » !
« Tu sais que, même aujourd’hui on m’en parle alors qu’au départ ce n’était qu’un délire ! Ça  a vraiment marqué les gens et c’est vrai que nous avons vécu un moment magique car ça fait partie de notre jeunesse, de nos débuts à tous, Dujardin-Collado-Joucla-Massot et moi. Je crois que nous avons vécu nos plus belles années. Nous en gardons comme un regard d’enfance. Et puis, on est passé à autre chose ».
Cet autre chose va arriver en 2005, lorsque Jean Dujardin va éclater avec « Brice de Nice » où il entraîne Bruno. Il y a eu un avant et un après et l’après sera ne numéro deux, qui reviendra sur les écrans en 2016… Qui s’intitulera d’ailleurs le numéro 3 !
Ça demande une explication, Bruno !
Le titre trouvé est « Brice 3, je casse le 2 » ! Les trois autres copains sont venus faire un petit rôle et le titre, c’était juste pour rigoler. D’ailleurs, beaucoup de gens nous demandent où est passé le 2 ! C’est dans la droite ligne du personnage complètement déjanté. Le tournage c’est magnifiquement déroulé, on a beaucoup ri avec le plaisir de se retrouver. Le scénario était costaud, surprenant et encore plus fou que le premier… Si c’était possible ! »
Lorsque je lui demandai si un jour il se retrouveraient tous les cinq sur une scène, il me répondait alors :
« Non, je crois qu’on a fait le tour de l’histoire des personnages et on ne voulait pas lasser le public. Alors, avant épuisement total, on a fait une belle et surprenante fin. On s’est bien amusé et on gardera de beaux souvenirs ».
Chacun est donc reparti sur des chemins différents et Bruno a continué le sien avec la série qui a cartonné « Fais pas ci, fais pas ça ».
On lui a alors proposé beaucoup de comédies où il excelle, mais le métier n’ayant pas beaucoup d’imagination, il devra attendre, malgré son succès, pour enfin atteindre des rôles dramatiques comme dans « Le secret d’Elise » ou « Meurtre sur l’île de Ré ». Mais il a aussi fait du doublage d’une web série avec Elie Semoun, avec qui il avait joué  dans « Avalanche sharks, intitulée « Coquille ».

Il était venu présenter à Six-Fours « Ma famille et le loup » d’Adriàn Garcia, un tournage original, d’abord parce qu’il y a toute une horde d’enfants et que le réalisateur est espagnol… et ne parlait alors pas français ! C’est la belle comédienne espagnole Carmen Maura qui servait d’interprète à double titre !
Un film qui s’est tourné dans le Var, où l’un des comédiens, Damien Buner a vécu entre La Cadière d’Azur et Bandol et où Bruno me confiait qu’il venait en vacances à Carqueiranne et Port-Cros. Manque de chance, alors que le tournage se faisait en Juin, la pluie ne cessa de tomber !
Bruno avait adoré ce tournage :
« J’ai adoré la poésie qui se dégageait du scénario, un scénario écrit sur un sujet grave, la mort mais traité de façon très poétique et surtout vu par le regard des enfants dont j’ai aimé la maturité. Plus adultes que nous, qui faisions plus de conneries qu’eux ! J’ai l’habitude des enfants et je suis moi-même resté un enfant. On s’est beaucoup amusé, on a beaucoup ri ensemble. On était vraiment sur la même longueur d’ondes ».

avec toute l’équipe du film « Ma famille et le loup » et celle su Six N’Etoiles

Bruno Salomone avait 55 ans, un peu tôt pour nous quitter et je reprendrai la phrase d’une chanson de Jean Ferrat à la mort de son ami : « Tu aurais pu vivre encore un peu »…
Jacques Brachet

David ROUX : « La femme de… »
Atmosphère… Atmosphère

Marianne (Mélanie Thierry) est belle, riche a deux beaux enfants, elle est mariée à un riche industriel (Eric Caravaca). Une vie que, somme toute pourraient lui envier beaucoup de femmes. Cependant, elle est une ombre dans cet espèce de château sinistre, son mari n’est préoccupé que par son travail et son ego, ne s’intéresse plus à sa femme depuis qu’elle lui a donné un héritier pour prendre un jour sa suite ; elle doit vivre dans ce lieu sinistre, s’occuper de son beau-père exigeant qui la considère comme sa bonne, sa fille  dit partout que sa mère est morte, son fils est plus attaché à son grand-père qu’à sa mère… Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur de ce monde oppressant où Marianne se sent prise au piège liés si elle veut garder ses enfants. Bonjour l’angoisse !
Et voilà que surgit dans ce noir tableau, un photographe venu faire un reportage pour les cent ans de l’entreprise que le grand-père a créée. Il ne lui semble pas étranger et, avec son arrivée, il va faire exploser cette vie de tristesse et de frustration.
Malgré ce rôle très noir, Mélanie Thierry est lumineuse et émouvante, Eric Caravaca empli de suffisance, d’orgueil et d’égoïsme. Quant au photographe (Jérémie Renier), difficile de l’imaginer, très loin du biopic de Cloclo, barbe et cheveux longs mais tout aussi séduisant.
Ce film est presque un huit clos qui fonctionne comme un thriller haletant à chaque fois que Marianne subit un coup du sort de cette famille, à partir du moment où meurt la grand-mère et où son mari décide de s’installer dans cette maison maudite.
On la suit cœur battant et David Roux signe là un film à la fois palpitant, émouvant et angoissant jusqu’à la fin. Où l’on pourra alors reprendre son souffle.

Loin de ce film haletant, voici que débarque au Six N’Etoiles, un réalisateur plein de vie et d’énergie, David Roux, homme volubile et passionnant.
« David, comment êtes-vous arrivé à scénariser ce roman d’Hélène Lenoir « Son nom d’avant »
C’est ma productrice qui me l’a mis entre les mains. Le livre date de 1998, elle l’a découvert dans les années 2000. De ce jour, elle rêvait d’en tirer un film… Alors que je crois qu’elle n’était alors pas encore productrice ! Lorsqu’on a terminé mon premier film ensemble, qui fut une aventure géniale, nous n’avons eu qu’une seule envie, c’est de retravailler ensemble.
Réalisateur n’a pas été votre premier métier !
Non, mon premier boulot dans le cinéma, c’était, durant quatre, cinq ans, conseil en développement, mon travail était de lire des romans et d’essayer de trouver des sujets pour des cinéastes. Je travaillais avec des éditeurs, je lisais beaucoup et voyais quelle adaptation cinématographique on pouvait faire sur un roman.
Mais pour ce film, c’est vous qui l’avez adapté ?
J’ai co-écrit l’adaptation. Durant six, huit mois, je me suis plongé dans ce roman qui a une construction un peu sophistiquée, assez brillante mais aussi assez glaçante et ça a été un petit défi que de l’adapter. Très vite, j’ai eu l’intuition que je pouvais en faire un film. Nous pensions que ce serait facile… Mais nous avons mis sept ans pour le faire car ce n’était pas si simple que ça. C’était difficile de le circonscrire et j’ai d’ailleurs toujours beaucoup de difficulté, alors qu’il est terminé, à le résumer d’une phrase car c’est réducteur.. Ca a été d’ailleurs un handicap pour le « vendre » à des producteurs, des chaînes de télé.
Pourquoi ?
C’est un film sur les silences, sur les non-dits, sur l’atmosphère.
Ca frise quelquefois le thriller !
C’est également ce qu’on s’est dit au fur et à mesure de la fabrication. C’est en fait l’histoire qui a été racontée mille fois, d’une bourgeoise malheureuse. On s’est donc dit qu’il fallait qu’on en fasse un « thriller domestique ». En fait, il y a eu beaucoup de contraintes et c’est ce qui était intéressant car on ne cesse d’interroger le projet pour savoir ce qui en est la sève. Le film est assez sec, presque brutal, très oppressant et c’est dans ce sens qu’on a voulu aller. Toutes les présences sont menaçantes pour Marianne, la rupture, la bascule ne sont jamais très loin. Le film reste ouvert à la fin. Dans tous ces silences, il y a aussi une sororité entre toutes les femmes.

Vous d’ailleurs avez ajouté un personnage qui n’était pas dans le roman !
Et c’est Hélène Lenoir qui s’en est rendu compte lorsqu’on lui a visionné le film ! C’est Lili, qui n’existe pas dans le roman ! Je l’avais oublié ! Mais elle nous a félicités d’avoir inventé ce personnage.
Elle est la seule qui s’échappe de cette famille !
Pas vraiment. Elle a décidé de ne pas fermer sa gueule et elle en paye le prix. Mais c’est la seule qui a des armes pour faire et dire ce qu’elle veut. Lorsqu’on est face à une femme totalement découragée, enfermée, il faut la dessiner en miroir avec les autres personnages, qui font des choses qu’elle aurait pu faire dans une autre vie, dans un autre monde, dix ou vingt ans avant, tout ce passé qui aurait pu être et n’a pas été.
On parlait d’atmosphère… La maison choisie joue beaucoup… Ca fait penser à Hitchcock !
Exactement ! Je n’aurais pas osé pouvoir formuler ça  comme ça au repéreur. Nous avons tourné dans la région d’Angers, le tournage approchait et l’on n’avait pas trouvé la maison. Il y a beaucoup de châteaux mais trop décrépits pour y tourner. Il fallait que la maison raconte une richesse discrète qui a prospéré de génération en génération.
En découvrant cette maison on a eu une véritable révélation et c’est vrai qu’elle est un peu Hitchcockienne, belle, riche, inquiétante à la fois, avec, lorsqu’on regarde dehors, l’horizon complètement bouché par la végétation, ce qui ajoute à l’enfermement de Marianne.
Vous avez aussi joué avec la saison hivernale, le brouillard, le côté sombre du parc…
Ça a été une chance car au départ, le film devait se tourner en été, en pensant prendre le contrepied de l’ambiance glaciale. Mais le financement étant un peu long, on a dû tourner en janvier, février. En fait aujourd’hui, on ne peut pas imaginer l’histoire en plein été car cette atmosphère nourrit le film.
Même Mélanie Thierry a, je trouve, un visage très hitchcockien !
Elle avait une semaine entre le tournage du film d’Alex Lutz « Connemara » et le nôtre. Avant de quitter le film, elle a demandé au coiffeur de lui faire la coupe avec laquelle elle est arrivée. On n’avait donc pas le choix mais c’était tellement le personnage que je n’aurais jamais pu lui demander de le faire ! Elle est vraiment  une héroïne hitchcockienne !
Elle a un visage incroyable. Sans parler, dans son regard, on comprend tout !
Déjà, vers 2021, j’ai vu le film « La douleur » d’Emmanuel Finkiel où Mélanie joue Marguerite Duras. C’était la première fois que je la voyais dans un registre sombre. C’est vrai que je la trouve toujours géniale mais souvent dans des films plein de vie, d’énergie. Mon personnage était à l’inverse, englouti, effacé, s’oubliant elle-même et dans « La douleur », je l’ai trouvée prodigieuse. Même lorsqu’elle ne fait rien, elle a une présence formidable, sa cinégénie, sa puissance font beaucoup , le besoin de dire ou de faire. Elle est d’une grande générosité.

Jérémie Rénier, on a du mal à le reconnaître !
Cheveux longs, barbe, c’est vrai qu’on ne le reconnaît pas au premier abord. D’ailleurs, Jérémie, jeune… C’est son fils  et il a aussi les cheveux longs comme son père ! Jérémie avait gardé le physique qu’il avait sur son tournage précédent, la série « Carême » et devait les garder pour un autre film
Et Eric Carvaca, qui n’a pas un rôle particulièrement sympathique !
Pour les hommes de la famille, on voulait qu’ils ne soient pas caricaturaux, même s’ils le sont un peu mais on pouvait aussi pouvoir les racheter et typiquement, Eric a cette espèce de bonhomie sympathique…
Pas vraiment ! C’est une fausse bonhomie ! Il est même inquiétant par moments
Peut-être mais s’il n’avait pas eu ce côté un peu sympathique, c’aurait pu être vraiment insoutenable et presque pas crédible, qu’il ne soit pas un parfait salaud. C’est un type qui ne voit plus sa femme, qui n’y fait plus attention, qui est occupé par son boulot, par sa propre importance de régner en maître sur son entreprise et sa famille. Il est le produit de son milieu, persuadé d’avoir fait le bien de sa femme. Il ne se rend même pas compte qu’elle sombre.
Revenons un peu à vous. Il y a eu d’abord le théâtre et le journalisme avant de devenir réalisateur !
Durant quinze ans, j’ai été journaliste de théâtre. Peut-être rêvais-je déjà de cinéma mais sans trop me l’avouer et à un moment l’ai eu l’impression que de ne pas l’avoir fait rendait les choses impossibles. J’avais ce regret-là, d’avoir des potes qui l’avaient fait et que moi je ne me l’étais pas autorisé… Le théâtre est arrivé par hasard. Lorsque j’étais étudiant, pour gagner un peu ma vie, j’étai ouvreur dans un théâtre. J’avais un camarade de collège  qui était aussi ouvreur et on a eu l’idée de créer un magazine gratuit distribué dans les théâtres parisiens. C’était un peu inconscient car, lorsque le premier numéro est sorti –  après un an et demi à monter le truc – on a vu les spectateurs le lire. J’étais à la fois très heureux mais j’ai alors complètement paniqué car je me suis dit qu’après avoir bien ramé un an et demi pour sortir le premier, il allait falloir continuer tous les mois !
Mais ça a duré quinze ans ! Et le cinéma est enfin arrivé.

Luc Patentreger, directeur du festival « Femmes ! », David Roux, Noémie Dumas directrice du Six N’Etoiles et… moi !



Propos recueillis par Jacques Brachet

Notes de lectures

Sofia MORGAVI, la diva toulonnaise !
« Eh bien, chantez maintenant ! » (Ed de l’observatoire – 267 pages)
Elle est une diva… Notre Castafiore  toulonnaise.
Elle a de la voix, oh combien, du charisme, un port altier et même lorsqu’elle parle… Elle chante !
Connue pour être, depuis deux ans, la professeure des élèves de la « Star Academy », elle est devenue une star et les élèves l’adorent, pour son professionnalisme, pour sa technique, pour ses cours faits de rigueur et de bonne humeur car elle est toujours positive et arrive à les mettre dans le  droit chemin avec fermeté mais en douceur, gentillesse, empathie, à coup de « chérie », « mon chou » et toujours à l’écoute de chaque élève.
Elle nous offre aujourd’hui un livre très particulier « Eh bien, chantez maintenant ! » (Ed de l’Observatoire), où elle mêle biographie et cours de chant, de technique vocale.
Bon, j’avoue qu’à mon âge et n’étant pas prétendant à la Star Ac’, je me suis plus penché sur le cheminement qu’elle a parcouru, de Toulon où elle est née et a fait ses études à Dumont d’Urville, comme beaucoup d’entre Toulonnais, jusqu’à ce qui l’a amenée, par des chemins de traverse, à cette émission devenue iconique… Comme elle !
Et puis je me suis trouvé plein de points communs avec elle, Dalida, qu’elle aimait comme moi, « C’est en septembre », une de mes chansons préférée d’un autre toulonnais, Gilbert Bécaud, j’ai retrouvé des souvenirs d’enfance comme cette vierge lumineuse qui trônait chez sa grand’mère, comme chez la mienne, et qui me faisait peur la nuit ! Malgré une mère « anti curés », comme la mienne ! Et dans notre jeunesse, on fréquentait « le Bar à thym » au Mourillon.
Et puis, nous avons même une amie en commun, Catherine, qui fut son élève avant d’être son amie, et que j’ai connue enfant, sa mère étant mon amie.

Femme passionnée, femme libre, elle a toujours mené sa barque comme elle le voulait, prenant des risques, rencontrant « des anges » qui l’ont souvent faite changer de route, alors qu’elle aurait pu être une star de l’Opéra.
Ses chemin ont donc étaient divers parce qu’elle est une femme curieuse, qu’elle vit la musique et le chant comme une passion, qu’elle n’a jamais pensé faire une carrière ni gagner des fortunes. Elle vit à l’instinct, à l’amour des autres et lorsqu’on voit ce qu’elle obtient de ces jeunes académiciens en quelques semaines ont se dit qu’ils ont eu de la chance de tomber sur une « prof » de cette envergure.
C’est vrai, elle aurait pu devenir une vraie star du chant opératique mais elle a préféré vivre sa vie avec les intuitions qui l’ont menée à prendre ces chemis qui lui ont chaque fois amené le bonheur. Bonheur de chanter, bonheur d’enseigner, bonheu rde vivre de et par la musique.
Bref, Sofia Morgavi est une femme fascinante, admirable, qu’on aimerait avoir pour amie, tant elle a son franc-parler, son humour, sa folie.

Jacques Brachet

Olga JEGUNOVA :
« En France, j’ai retrouvé mon chemin, ma maison »

Olga Jegunova est une pianiste internationale qui a choisi de poser ses valises dans le Sud de la France, où elle vit avec sa famille entre Hyères et Paris. Ggrâce au maire de Solliès-Pont, André Garon, et son adjointe à la Culture Marie-Aurore Smadja elle a créé un festival  « Les Nocturnes à Solliès-Pont » dont la troisième édition aura lieu cette année
Belle musicienne à l’accent russe et musical, on ne pouvait que la rencontrer !
« Olga, parlez-nous de vos origines…
Je suis lettone, née en Lituanie et donc russophone. Au milieu de tout cela, il a fallu que je me trouver une vraie identité, ce qui n’a pas été facile !
Le piano, c’est venu comment ?
Dès cinq, six ans j’ai commencé à faire des concours, des concerts. J’ai travaillé beaucoup mais c’était une passion. Le piano est devenu ma vie quotidienne et je pensais alors que c’était une vie « normale » ! Je n’ai pas eu le temps de me rendre compte que c’était un vrai travail, d’autant que ma mère était aussi pianiste.

Elle vous a donc poussée dans cet art ?
Pas vraiment mais elle me faisait travailler. Je me souviens avoir travaillé sur une œuvre de Schumann dont je n’arrivais pas à trouver la bonne expression. Avec beaucoup d’attention de sa part, elle m’a expliqué que si l’on n’était pas touchée par la musique, ce n’était pas la peine de continuer. Et elle a vu que j’étais touchée par la musique.
Combien d’heures passez-vous au piano ?
Au moins deux à trois heures par jour mais si j’ai un concert ce peut être cinq à six heures ! Et le reste du temps… Je joue au lego avec mes deux enfants ! Je passe du noir et blanc à la couleur !
Comment-êtes-vous venue à créer ce festival à Solliès-Pont ?
A la suite d’un concert, le maire me l’a proposé. Je trouvais intéressant de me trouver de l’autre côté d’un festival, non plus pour seulement jouer mais pour l’organiser, d’abord pour le public mais aussi pour les musiciens. Nous sommes toujours stressés avant un concert et j’avais envie de les guider, de les accompagner. Ça m’a également beaucoup aidée, beaucoup apporté et je voulais que la musique classique ne soit plus élitiste, qu’elle soit accessible au plus grand public possible.
Déjà, lorsque je donne un concert, entre deux morceaux, j’aime parler au public, raconter, expliquer, être proche de lui.

Vous vivez donc entre Hyères et Paris aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous installe en France ?
Je vivais à Londres puis il y a eu le Covid, qui a été un drame pour tout le monde entre autres pour nous les artistes puisqu’on ne pouvait plus travailler.  Je suis venue dans la région pour y trouver un refuge, de nouvelles racines que je n’avais pas. J’ai découvert la nature, le climat, des gens gentils et j’ai décidé que ce serait parfait pour nous et mes deux petits anges, après avoir travaillé dans le monde entier.
La France est donc devenue votre nouvelle patrie ?
Exactement et le Sud en particulier. J’ai retrouvé, sinon mes racines, du moins mon chemin, ma maison, une famille.
Depuis deux ans, vous avez donc créé ce festival qui, sera, cet été, la troisième mouture…
Oui, les deux premiers ont bien marché dans un cadre de rêve et de plus, j’ai rencontré des gens magnifiques, comme cette chorale « Sur tous les tons » formée de bénévoles, que j’aime, que j’accompagne, avec qui je travaille aujourd’hui et qui fait partie du festival.
Il y a eu également la rencontre avec notre ami Charles Berling…
Ah Charles ! Ça a été une belle rencontre. Je l’ai connu grâce à l’opéra de Toulon et il est venu participer au festival l’an dernier.
Vous avez aussi ajouté du jazz dans votre festival !
Pas de jazz cette année, malheureusement…Néanmoins, en 2026 y aura un pianiste légendaire Christian Zacharias,le mime Benoît Turjman, un concert pour présenter de jeunes talents, les  spectacles musicaux pour les enfants “Le petit prince” et le “Ti-train” et un concert en partenariat avec l’Opéra de Toulon des chanteurs lyriques Kaarin Cecilia Phelps et Emmanuelle Demuyter.  
En dehors du festival, nous aurons le plaisir de découvrir votre nouvel album ?
Oui, ce sera mon sixième et il sera consacré à un compositeur géorgien : Giya Kancheli.
C’est une musique pleine d’espoir et dans cette période très difficile c’était quelque chose de très important pour moi. »

Programme des Nocturnes de Solliès-Pont
Mardi 30 juin 21h, cour du château Forbin : Récital de piano par Christian Zacharias
Mercredi 1er juillet 17h, Médiathèque René Char : « Le petit prince », narration, avec Pierrick Grillet et Olga Jegunova
Mercredi 1er juillet 21h, cour du château Forbin : Musique de chambre avec Christian Zacharias, Benoît Salmon (Violon), François Mereaux (Alto), Delphine Perrone (Violoncelle) Jphanna Sans (Contrebasse)
Jeudi 2 juillet 19h, Médiathèque René Char : Les voix de demain – Concert jeunes talents du conservatoire à rayonnement régional TPM
Vendredi 3 juillet 21h30, cour du château Forbin : « Piano et pantomime » avec Olga Jegunova et Benoît Turjman
Samedi 4 juillet 10h30, Médiathèque René Char : « Abracadabra Musiques » Spectacle musical pour enfants
Samedi 4 juillet 21h30, Cour du château Forbin : En partenariat avec l’Opéra de Toulon, Kaarin Cecilia Phelps (Soprano), Hugeau Philippeau (Piano) et la participation d’Emmanuelle Demuyter (Soprano). Concert de chant lyrique et première mondiale d’une nouvelle composition de Nolan Monnet

Propos recueillis par Jacques Brachet