Qu’est-ce que j’ai pu aimer cette romancière, cette femme ! Son écriture était belle, lumineuse comme elle, simple, juste, elle racontait des histoires de famille comme Claude Sautet le faisait avec ses films choraux, des histoires pleines d’humanité, de tendresse, de sentiments divers d’une grande profondeur et qui donnait du baume au cœur. Lorsqu’on commençait un de ses romans, toujours sous fond d’histoires familiales, on ne pouvait plus s’en détacher. C’étaient toujours des histoires vraies, qui pouvaient arriver à chacun d’entre nous, des histoires où l’humain était prioritaire. Hélas pour nous, elle a disparu depuis un peu plus de deux ans et il m’arrive souvent de reprendre un de ses romans, pour passer un moment de quiétude, de vrai grand plaisir Et voilà qu’apparaît ce livre « Libre et autres nouvelles » (Ed Récamier). Bien sûr, ce n’est pas un roman, huit nouvelles simplement mais quel plaisir de la retrouver avec son style limpide, avec toujours autant d’empathie pour les autres, pour les siens, avec une jolie préface d’Agnès Martin-Lagaud qui nous offre aussi une nouvelle « Merci la maîtresse » et quelle surprise de retrouver la patte de sa fille cadette, Frédérique Le Teurnier, qui a pris la relève, la continuité de sa mère qui nous raconte à son tour de belles choses, plus personnelles dans « L’Epiphanie de Juillet »
« Crescendo » est un écrit autobiographique, qui nous apprend comment naissaient ses romans, de ses premières petites nouvelles écrites à dix-douze an, à celles de ses romans, et elle nous raconte comment, de ses idées puis de ses écrits le manuscrit arrivait chez son éditeur. Elle nous raconte aussi ses parents, qui furent célèbres dans la musique et l’opéra : Géori Boué, magnifique soprano et Roger Bourdin. Superbe baryton. Et alors me sont revenus des réminiscences de mon enfance bercée par la voix de sa mère dont ma mère était une fervente admiratrice. Ne le sachant pas, l’ayant rencontrée deux fois, j’aurais pu lui en parler. Si j’avais su… Mais, ça n’enlève rien au charme de ce recueil qui nous la fait revivre un instant, le temps d’apprécier cet ultime livre.
A LONG TRIP 22 Claudio Fasoli Samadhi Quartet – Enregistré en public à Rome en février 2022 Parco Della Musica records (MPR188CD) Claudio Fasoli (ténor et soprano sax), Michelangelo Decorato (piano),Pietro Leveratto (contrebasse), Marco Zanoli (batterie).Sur des compositions, alternativement ou en commun, des quatre musiciens on embarque pour un « Long Trip » de savoureuse musique. Claudio Fasoli est rayonnant et joue « Body and Soul » que ce soit au ténor ou au soprano, avec ce son chaleureux, ample et généreux, un modèle de phrasé, qui font les grands saxophonistes de jazz. Il a enregistré plusieurs dizaines de disques, reçu de nombreux prix et écrit trois livres. Un pianiste au jeu brillant et aéré qui fait parfois penser à Chick Corea. Un vrai batteur jazz, qui pulse, propulse et relance. Un contrebassiste au jeu pur, très fluide ; très imaginatif dans les solos. « Boerum Hill » donne à entendre toutes ces qualités ; seul morceau du disque en tempo rapide. Un autre morceau très représentatif des qualités du groupe , « Sext » : après un début très calme, lyrique, une montée crescendo, le ténor se déchaîne avant de retrouver la sérénité. Un disque apaisé, serein, qui prend son temps. Les musiciens jouent sur le même terrain, à égalité, avec de très riches échanges, une grande sensibilité, un sens de la mélodie avec un lyrisme au bord de l’âme, et un engagement total. HASARD Claudio Fasoli NeXt 4tet – Enregistré entre juin et juillet 2024 à Cinisello Balsamo (Ml). abeat records ABJZ 275. Claudio Fasoli (ténor et soprano sax), Simone Massaron (Guitare et eletronics), Tito Mangialajo Rantzer (contrebasse), Stefano Grasso (batterie et percussions). Il n’y a pas de « Hasard » quand d’excellents musiciens font de la très bonne musique, ce qui est le cas avec ce dernier disque de Claudio Fasoli ; celui-ci reste le maître des saxophones ténor et soprano ; un gros son limpide, un phrasé accrocheur au ténor, un son parfois très méditatif au soprano. Un guitariste au chant éthéré ou très rock en guitare saturée. Un bassiste au gros son, sans failles, envoûtant, des notes nettes et rondes, un batteur maître du tempo, très subtil comme dans « Pet », en duo avec le ténor. Pour l’ensemble du disque on pourrait dire que c’est du bebop revu par Jean-Sabastien Bach, par exemple « Trio », morceau qui donne le ton, l’atmosphère du disque. Il me semble aussi que le groupe utilise quelque peu les harmonies impressionnistes, dont celles de Ravel comme dans « Claud », on y entend même des réminiscences du « Boléro ». A noter le peu d’utilisation des electronics. Ajoutons que toutes les compositions sont de Claudio Fasoli. Pas d’exploits technique chez ces musiciens, mais du partage, de l’écoute, un total engagement. De la musique qui vient de l’intérieur pour atteindre à la beauté qu’on partage dès les premières notes. L’Italie sauvera le jazz.
Il a un regard lumineux venu d’Espagne, un sourire carnassier. Agustin est un être solaire… Et pourtant… Pourtant il revient de loin et le chemin d’Espagne à la France a été un chemin semé d’embûches, de drames, de blessures, d’angoisse, de frustration. Dès le départ il est né à l’ombre d’une petite sœur morte à quelques mois et lui arrivant, il a, en quelque sorte, eu le rôle de remplaçant, et il a mis du temps à s’en remettre. Sans compter le départ de la maison de son père dont il n’a su le fin mot que des années plus tard, vivant avec l’idée que celui-ci était « le méchant » qui a abandonné la famille. Tout cela ne fait pas une enfance heureuse permettant à un gamin de s’éclore et de vivre une adolescence insouciante. Heureusement, la danse l’a sauvé, dès les premières années où il s’enfermait dans sa chambre pour qu’on ne le voie pas faire « ce qui n’était pas convenable ». De la danse au théâtre, du théâtre à la musique, il a ainsi pris des chemins de traverse avec des joies, des déceptions, jusqu’à ce qu’il décide de quitter son pays et sa famille, trop lourds de souvenirs et de venir en France. Le chemin fut long. Et là, après pas mal de déboires, il y a eu « Clem », cette série qui l’a révélé au public, jouant avec une mère de substitution, l’actrice espagnole Victoria Abril. Puis il y a eu « Danse avec les stars » qu’il a gagné haut la main, l’a fait s’épanouir et exploser auprès du public. La danse est revenue en même temps que la musique, ses disques ayant fait des succès. Sans compter la série « Ici tout commence » et puis « Mask Singer » qu’il a remporté ! Aujourd’hui tout lui sourit et il a décidé d’écrire ce chemin qui ne fut pas un long fleuve tranquille, qui a mis du temps à le faire passer de l’ombre à la lumière. Il fut longtemps dans le doute, l’angoisse, les blessures mais aujourd’hui, on peut dire qu’il est devenu un homme. L’homme qu’il voulait être, l’homme heureux qui s’est enfin déshabillé du fardeau qu’il a longtemps porté. Son histoire est bouleversante et je peux avouer qu’il ne m’était plus arrivé d’avoir la larme à l’œil du début à la fin de sa bio « Un homme debout » (Ed Leduc). Une fin où il parle au petit garçon de six ans qu’il fut et qu’aujourd’hui il a appris à aimer. Fin à la fois originale et très émouvante. Agustin est un être attachant, radieux, qu’on a envie d’avoir pour frère ou pour ami. Et envie de parler avec lui de ce long chemin vers la paix et la sérénité.
« Agustin, votre bio est bouleversante… Je suis ravi de ce que vous me dites. Mon but était de toucher les gens et je crois que j’ai été entendu. Mais vous savez, c’est l’histoire d’un homme lambda, d’un homme ordinaire en fait car il y a beaucoup de gens qui ont dû vivre une histoire similaire. Ce n’est pas vraiment une biographie, c’est un bilan et, si l’on va un peu plus loin, c’est l’histoire d’un homme qui a tout fait pour s’en sortir, avec des peines, des joies. Une histoire qui n’est pas simple mais qui m’a fait devenir l’homme que je suis aujourd’hui. Comment avez-vous écrit ce livre ? Avec l’aide de Ruthy Avayou qui, durant deux mois et demi m’a écouté, m’a fait parler. Par moments ça n’a pas été facile car ça a fait remonter beaucoup de choses, beaucoup de souvenirs pénibles. Ça a été quelquefois compliqué. Et même ensuite, une fois écrit, de le relire a été par moments difficile. J’ai enlevé certaines choses, j’en ai rajouté d’autres mais finalement, ça m’a fait du bien. Il semble qu’après tout ce vous est arrivé, tout ce soit arrangé une fois à Paris… Durant quatre ans, je n’ai pas travaillé mais il fallait que je me reconstruise ailleurs que dans mon pays que je sorte de ce que j’y ai vécu. Et pourquoi Paris ? D’abord parce que ce n’était pas loin de chez moi et que j’avais un ami qui pouvait m’y loger.
Vous ne parliez pas français, malgré un père qui était professeur de Français… C’est vrai, mais je dois dire que, coupé de mon père, il n’a jamais eu l’occasion de m’apprendre le français. Et, puis, vu les circonstances, je n’avais jamais été demandeur. Le rapprochement avec mon père a été lorsque j’ai appris la véritable histoire de son départ de la maison. Mais auparavant, je refusais tout de lui et je ne serais jamais allé lui demander quoi que ce soit. Donc j’ai appris le français en France ! Et voilà qu’on vous propose un rôle dans la série « Clem » où vous vous retrouvez avec Victoria Abril, qui joue votre mère ! Oui, ça a été un beau cadeau de la vie. Me retrouver avec l’une des plus grandes actrices espagnoles, qui a joué avec Pedro Almodovar, c’était tout simplement merveilleux. Ella a été une mère magnifique et grâce à elle, j’ai beaucoup appris. Il se trouve qu’en Espagne vous aviez joué avec une autre actrice d’Almodovar : Carmen Maura… Il vous les faut toutes ! (Il rit). C’est vrai, j’ai eu cette chance en 2006 de jouer avec elle dans une série… J’y jouais le copain de sa nièce. C’est déjà loin mais c’est un beau souvenir. Il faut dire qu’Almodovar sait choisir ses comédiennes ! Le succès commence à arriver car grâce à « Clem » la série devient très populaire et vous fait connaître… Et depuis ce succès, vous n’avez pas arrêté… C’est vrai que tout s’est enchaîné. Grâce à « Danse avec les stars », je suis revenu à mon premier amour, la danse… Et j’ai eu la chance de gagner. Durant cette émission, je préparais un disque (J’en avais sorti deux en Espagne) « Enamorado » et lorsqu’il est sorti ça a été un succès. L’émission a bien aidé le disque à marcher. On est passé près du disque d’or ! Du coup, j’ai pu faire une tournée qui a bien marché. Puis il y a eu mon passage dans la série
Puis « Mask Singer »… Encore un succès ! C’est vrai puisque j’ai gagné sous le costume de l’hippopotame ! Pour en revenir à la chanson… en français, comptez-vous le sortir en Espagne ? Je ne crois pas, justement parce qu’il est en français et qu’en Espagne, je ne serais qu’un espagnol de plus qui chante, qui plus est, chante en français. De toute façon, depuis mes succès en France, personne n’est venu me chercher en Espagne. Bizarrement, c’est la Belgique qui m’a appelé. Alors, chanteur, comédien danseur… Où vous sentez-vous le mieux ? Partout où je peux faire quelque chose que j’aime. Aujourd’hui je suis libre de choisir de bons projets, où qu’ils soient, quels qu’ils soient et j’en profite. Je peux dire non si ça ne me dis rien. J’ai envie de m’épanouir dans des choses que j’aime. Que sera donc 2026 ? J’ai des projets de tournage, des projets de chansons. Pour les tournages, je ne peux pas en parler, pour la chanson, il y aura certainement un disque et une tournée. Mais je ne sais pas encore dans quel ordre. Mais tout viendra en temps utile. »
A suivre donc. En tout cas, ce fut un joli moment de conversation avec ce garçon qui est d’une grande gentillesse, d’une belle simplicité qui se raconte avec ce bel accent ensoleillé et qu’on espère retrouver très vite. Jacques Brachet
C’est une histoire de génie, d’amour, de déconnade, de folie douce et de modestie : comment Marcel est-il devenu Gotlib ? C’est l’histoire de l’homme caché derrière l’artiste, à moins que ce ne soit l’inverse. Un homme avec ses fêlures, son énergie, sa résilience, son talent et la découverte du superpouvoir de l’humour. De son destin d’enfant caché pendant la guerre à la création de « Fluide Glacial », de ses premières amours à la « Rubrique-à-Brac », des années « Pilote »et de sa rencontre avec Goscinny à l’aventure de « l’Echo des Savanes », la vie du maestro de la bande dessinée comme si vous y étiez ou presque, discrètement posé sur son épaule façon coccinelle. Marcel Nordekhaï Gottlieb est né en 1934 et nous a quittés en 2016. Anecdote croustillante, il est né le 14 juillet ! Du coup on fête ses anniversaires en fanfare et en bleu, blanc, rouge ! Pour ce projet grandiose d’une biographie en BD, ce sont deux « tueurs » qui ont été choisis : Arnaud de Gouëffe, romancier, scénariste de BD, auteur de pièces de théâtre, compositeur. Et Julien Solé, fils de Jean, dessinateur, Qui est illustrateur, de BD, auteur de dessins animés, infographe, auteur de fresques. Deux pointures qui nous racontent comment ils en sont venus là.
« Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé, racontez-nous la genèse de ce projet.
Arnaud: Le premier souvenir que j’ai de Gotlib, c’est au CDI du collège de Saint-Hilaire du Harcouët, au détour d’une pile de BD. Le livre s’appelait « Trucs-en-Vrac », et j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de quelque chose d’absolument spécial, qui ne correspondait à riende ce que je connaissais, qui ne ressemblait ni à « Pif, » ni à « Tintin », ni à « Astérix ». Une sorte de BD tombée de l’espace, porteuse d’un message émancipateur et révolutionnaire. Même si c’était drôle, très drôle, à se tordre vraiment, c’était aussi d’un sérieux implacable, c’était la notice de la mécanique du rire en même temps qu’un précis qu’on aurait pu renommer “Comment faire une bande dessinée”, “Comment créer des personnages”, “Comment construire une histoire”, “Qu’est-ce qu’une ellipse et comment s’en servir comme d’une clef universelle pour boulonner des récits”, etc. Un rire à la fois oulipien et punk qui est celui de Gotlib. Bref, LE livre avec tout dedans : la notice, et le rire pour se moquer de la notice, le briquet, l’étincelle, le bâton de dynamite et carrément le tonneau de poudre. C’est comme ça que je suis devenu scénariste, d’un coup sur la tête, comme le Newton de Gotlib avec sa pomme. Quand « Fluide Glacial » nous a proposé, à Julien et moi, de raconter sa vie en bande dessinée, je me suis senti évidemment plus qu’intimidé. Et je crois que ça a été pareil pour Julien, d’autant que ça se conjugue pour lui avec sa propre histoire familiale, même si je trouve que Julien est vraiment le fils spirituel de Gotlib, dans sa capacité à dessiner avec une virtuosité et une drôlerie conjuguées. Julien : Quand la rédaction de « Fluide Glacial » nous propose le projet, je sens assez vite quel genre de montagne à gravir cela va être ! Pas le droit de se planter, trop d’enjeux personnels, trop de liens tissés avec cette histoire. Et en même temps une excitation à l’idée de se voir confier la mission. Bref, un cocktail assez détonant de peur et de joie. Une des premières choses à faire pour moi était de décider où placer le curseur, ce qui est important puisqu’il faut assumer ce choix jusqu’au bout. Format, technique, niveau de réalisme, intention graphique. Ce que je n’avais pas prévu alors, c’est le temps que prendraient certaines phases, notamment le nettoyage des sca d’originaux au lavis, il m’a fallu de l’aide ! J’ai reçu les premières pages scénarisées par Arnaud, et le niveau était si haut que le curseur ne pouvait être que sur une seule position : tout à fond !
Quels ont été les moments marquants dans la création de cet album ? Arnaud : Julien et moi sommes allés chez Ariane, la fille de Marcel, nous avons rencontré Claudie, son épouse, et nous avons eu accès aux archives personnelles du maestro. Ariane nous a ouvert toutes les portes. Un cabinet de curiosités vertigineux, notamment ces cahiers d’écoliers où Gotlib notait ses idées, griffonnait des esquisses, ébauchait ses scénarios, et rédigeait même le brouillon de ses courriers. C’est la notice de la notice, le brouillon de l’œuvre. Je ne m’en suis pas totalement remis. Pour le reste, chaque épisode a été marquant à sa manière, parce qu’il a fallu choisir, découper, résumer, écarter. Une vie est impossible à résumer : c’est un labyrinthe. Il faut trouver un fil et le suivre. À chaque épisode, un choix et une bifurcation. On a suivi le fil du rire et de la tendresse. La difficulté principale a été d’évoquer des sujets qui n’ont rien de drôle, et qui sont du registre de la tragédie, notamment la déportation du père de Gotlib, et plus tard la perte de son fils. Finalement, toute l’œuvre de Gotlib est unrempart contre la tragédie. Comme Franquin, il a ses idées noires, mais elles sont disséminées un peu partout dans ses histoires, sous un masque de clown, sous le délire. Il nous fournit la notice. Le rire décape tout, soigne tout. C’est le remède.
Julien : L’aspect émotionnel m’a totalement cueilli, je ne m’y attendais pas. J’ai finiplus d’une fois des pages les larmes aux yeux, ça ne m’était jamais arrivé. Évidemment, les épisodes tragiques de la vie de Marcel, mais aussi le fait de décrire ce qu’est la vie d’une autrice ou d’un auteur, d’expliquer ce qu’est réellement ce métier de fou. Dessiner un Marcel qui répond sans cesse à Claudie qu’il ne peut pas, qu’il a trop d boulot, c’est un peu se dessiner soi-même (toutes proportions gardées !) quand on a l’impression de ne plus avoir de vie sociale. Dessiner un Marcel qui doute, qui perd le « mojo », c’est se demander quand ça va nous arriver. Je n’ai cessé, en bossant ces pages, de faire des allers-retours entre ce que je vivais et ce que je dessinais. Et puis dessiner Goscinny, Jacques Lob, Claire Bretécher, Alexis, Mandryka, mon propre père Jean Solé, et tous les autres que j’ai connus…ça m’a remué. L’aspect émotionnel m’a totalement cueilli, je ne m’y attendais pas. J’ai fini plus d’une fois des pages les larmes aux yeux, ça ne m’était jamais arrivé.
Julien, comment prépares-tu ton travail sur chacune des planches ? Je n’ai pas de zone de confort dans le boulot. Si je ne suis pas, au choix : insatisfait/en retard/ fatigué/bloqué du dos /coincé parce que j’ai dit oui à un autre boulot, autrement je n’avance pas, c’est comme ça. Donc je prépare peu, je zappe le storyboard car je considère qu’Arnaud a déjà réfléchi à son découpage et à sa répartition des scènes et des séquences. J’attaque donc directement les crayonnés et les personnages naissent là, avec plus ou moins de réussite. J’annote les pages de scénario et distribue les cases sur les 3 strips de base, je place les textes en premier. C’est très bricolé en fait, c’est le dessin qui fait tenir l’ensemble, plus tard. Mes crayonnés, en deux couleurs, sont très précis, c’est là que tout prend forme. Ensuite, l’encrage au trait seul, et enfin, les lavis. Tout ça à l’ancienne, à la main. C’est super long, les lettrages, tout. À la Gotlib, quoi ! »
Je voudrais ajouter une anecdote personnelle : Nous sommes en 2013 et je suis invité à un festival de films et BD à Hyères, je crois. Thierry Lhermitte y est invité pour présenter le film « Quai d’Orsay », de Bertrand Tavernier, tiré d’une BD de Christophe Blain et Abel Lanzac. Lors d’un repas, je me retrouve avec lui et d’autres personnes dont Gotlib. Curieux bonhomme qui n’arrête pas de balancer des vannes qui nous font mourir de rire. A un moment du repas il nous dit : « On va faire un jeu : Chaque fois que quelqu’un viendra nous parler, on dira : dit-il ou dit-elle en baissant sa culotte ! » Bien évidemment, la première à se présenter qui nous pose la question essentielle : « Avez-vous choisi ? » et nous de répondre « Dit-elle en baissant la culotte ». Explosion de rire sauf pour la serveuse qui n’a pas compris ce qui se passe et s’en va vexée. Durant le déjeuner, des amis, des fans, des artistes passent en disant bien sûr « Comment ça va ? » Et nous de dite très bêtement « Dit-elle… ou Dit-il » sans qu’on ait à finir la phrase et en se marrant comme des imbéciles ! Ce que nous avons fait durant tout le repas. Essayez, vous verrez, à tous les coups ça marche !
Tous les ans au festival de Cannes, Jean-Claude Brialy organisait l’exposition d’un photographe de plateau. Cette année-là, en 1986, il rendait hommage à Roger Corbeau. Je ne le connaissais pas, ses photos étaient plus connues que lui, sauf dans le milieu du cinéma où les réalisateurs se l’arrachaient. Jean-Claude avait organisé un repas après l’exposition qu’il lui dédiait et je me retrouvai à sa table. C’était un homme au physique impressionnant dont le nom lui allait à merveille ! C’est au cours du repas que Jean-Claude me suggéra de faire un papier sur lui. Ce qu’il accepta en me donnant rendez-vous le lendemain à son hôtel. Là, je découvrais un homme souriant, d’une grande simplicité, plein d’humour et j’allais passer deux heures sous le charme de cet homme volubile, en découvrant une carrière incroyable. Voici 30 ans qu’il nous a quitté.
Arletty
Brigitte Bardot « La femme et le pantin »
Roger Corbeau, comment vous est venue cette vocation de photographe ? Je n’ai pas eu la vocation de photographe, jamais. En fait, ce devait être en 23 ou en 24, mon père m’avait offert un petit Kodak. Je l’utilisais pour photographier la famille le dimanche, tous ces dimanches où l’on allait en voiture du côté de Lembach et où, je m’en souviens, on mangeait tout le temps la même chose. Non. Ce que je voulais, c’était faire du cinéma. Une idée qui m’était venue tout jeune. Il faut vous dire que j’allais très souvent au ciné, la semaine à Haguenau – il y avait deux salles – et, les jours de vacances, à Strasbourg. Et que pensaient vos parents d’une telle carrière ? Mon père voulait me transformer en homme d’affaires. C’est d’autant plus curieux que lui-même était un intellectuel, bibliophile avisé, collectionneur d’objets d’art. Mais il ne voulait pas, mais alors pas du tout, que je devienne artiste. Par contre, je dois dire que je bénéficiais du soutien inconditionnel de ma mère qui, elle, trouvait cela très bien. Il faut vous dire qu’elle était une vraie fan de cinéma. Elle y allait beaucoup et voyait surtout des films allemands. C’était l’époque de la gloire d’Henny Porten. C’était au temps du cinéma muet… Une enfance heureuse en somme ? Une enfance très, très heureuse. J’avais la chance d’avoir pour père un homme généreux. Je me souviens que tous les samedis, nous recevions, ma sœur et moi, notre argent de poche. Le mien – et le sien, parce que je le lui empruntais à fonds perdus – passait dans les magazines de cinéma et ces merveilleuses cartes postales d’acteurs que je faisais venir d’Angleterre. En secret de mon père, bien entendu, qui ne mit quand même pas longtemps à découvrir le pot aux roses…
Rencontre à Cannes
Romy Schneider « Le procès »
Mais le cinéma, le vrai, c’est Paris. Donc, vous partez ? Oui. En 32. J’avais 24 ans et me voilà décidé à « monter » – si l’on peut dire, vu la position géographique de Haguenau – à Paris. J’avais obtenu l’accord passif de mon père et ma sœur m’avait donné ses économies. Je partais pour faire du cinéma. Mais attention : pas comme acteur. Cela, je n’y ai jamais pensé. Ce que je voulais, c’était entrer dans le rêve, y participer, le faire. Parce que c’était cela, le cinéma autrefois. Aujourd’hui, tout est dit. Il y a trop de sang, de sexe, de violence… Mais à l’époque, quelle merveille. Mais comment avez-vous fait pour pénétrer ce monde du cinéma? Vous aviez des relations ? Ah ! Mais non, pas du tout. J’ai tout bonnement acheté la Cinématographie française : il y avait toutes les adresses pour les films qui étaient en train de se tourner. Et j’y suis allé, tout bonnement. J’avais repéré un remake de « Violettes impériales » Oh ! J’adorais… Je me suis présenté rue Anatole-de-la-Forge, près de la Grande-Armée, où ce film était annoncé. Et là, vous trouvez du, travail ? Eh là ! Doucement ! Je suis tombé sur une jeune fille, une secrétaire. Elle était absolument charmante, moi aussi je présume. Nous sommes devenus copains. Comme elle était amie avec le costumier, qui était un homme très gentil, je me suis retrouvé aide-costumier. Et voilà ! J’avais fait mon entrée, ma toute petite entrée, dans le cinéma : je passais mon temps à ranger. Un temps qui n’a pas été très long… Non. Grâce à ma rencontre avec Marcel Pagnol. Il était aux studios de Billancourt pour terminer « Fanny », qui était mis en scène par Marc Allégret. C’était juste avant qu’il ne décide de tourner ses films lui-même pour ne pas être trahi. Un beau jour, voilà qu’il me remarque. J’ai toujours eu le goût d’être soigné, je m’habillais le mieux possible. Cela l’a frappé. Et hop ! Me voilà bombardé accessoiriste. Je n’en revenais pas moi-même. Je rentrais dans le rêve… Vous savez, au fond, à Haguenau, je me demandais quand même si les acteurs existaient vraiment ou non…
Marcel Pagnol…
« Angèle »
Et ce fut le rêve d’une vie ? Il a duré en tout cas, longtemps, et il dure encore. Mais, depuis un an environ, il s’est fendillé. Tout est vraiment devenu trop brutal. Et puis, cette manie du nu. Vous savez, les actrices étaient bien plus désirables quand elles étaient habillées. Maintenant, il n’y a même plus de distance. Les acteurs ressemblent aux gens de la rue, à tout le monde. Oh ! Je ne suis pas contre : c’est l’évolution. Comment fut votre rencontre avec Pagnol ? Extraordinaire. C’était au moment du tournage du « Gendre de M. Poirier ». Pour mon plaisir, en souvenir de mes dimanches à Haguenau, j’avais fait des photos. Je m’en souviens très exactement : cent onze négatifs 6×9… Je les donne à un photographe et le jour où je reçois le paquet en retour, pour une raison ou pour une autre, le frère de Marcel Pagnol, René, était près de moi. Il avise les photos, les prend, les regarde et explose : « Formidable, tu viens de sauver la publicité du film ». Deux ou trois jours plus tard, je rencontre Marcel Pagnol qui n’y va pas par quatre chemins : « Vas acheter un appareil, me dit-il, tu es le photographe de mon prochain film. » J’étais sidéré: je n’avais jamais suivi un seul cours de photo. Mais Marcel Pagnol parlait si souvent de « don de Dieu ». Allez savoir, je l’avais peut-être… Quel accueil vous ont réservé les acteurs ? Il vous faut essayer d’imaginer ce qu’était le climat de Pagnol. Lui, c’était le soleil. Il ne faut pas oublier le mot d’Orson Welles : « La femme du boulanger », a-t-il dit, c’est LE chef-d’œuvre. » Pagnol, c’était Pagnol. Tenez. Il aimait les travellings, eh bien, il aidait à poser les rails. Il adorait ça, même. Les scènes d’Angèle, il les écrivait au coup par coup et les comédiens apprenaient leurs rôles en mangeant. Et puis on tournait. Parfois jusqu’à quatre, cinq heures du matin. Les jeunes à qui j’ai raconté cela m’ont dit : « Comment ! Mais ce n’est pas syndical. » Pas syndical ! Mais on n’avait rien ! Pas de contrat, pas de syndicat. On était payé à la semaine. Mais c’était merveilleux, fantastique. Et puis, il y avait Pagnol, ce conteur extraordinaire. Tout ce qu’il racontait ! C’était tellement plus beau que la réalité. Quant aux acteurs, qui ne voyaient que les photos du tournage, souvent ils me demandaient de leur faire des portraits.
Mylène Demongeot « Les sorcières de Salem
Festival de Cannes avec Jean-Claude Brialy
Vous avez travaillé longtemps avec Pagnol ? Oui, mais pas exclusivement. A l’époque, je travaillais en même temps pour Sacha Guitry et Abel Gance. Pagnol n’était pas content, mais moi j’avais aussi mon idée : aller à Paris. C’était cela qui me plaisait et j’ai toujours eu pour habitude de faire ce qui me plaisait. En somme, vous faisiez la promotion des films. C’est simple : les photos étaient la vente du film. Parce que ces photos exaltaient la prise de vue. Il fallait toute l’interprétation du thème du film dans la photo. C’était un sacré travail et croyez-moi, on n’y faisait pas fortune ! Mais aussi, que de bonheur !
Cannes avec Pierre Tchernia
Propos recueillis par Jacques Brachet Exposition 23 octobre 2025 au 31 janvier 2026 Fondation Jérôme Seydoux-Pathé 73 avenue des Gobelins, 75013 Paris http://www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/
Elle s’appelle Caroline Chaylart mais son nom de guerre c’est Chaylart… Tout simplement. Et lorsque j’écris « guerre », il est plutôt question de paix car ses œuvres sont d’une belle sérénité. Tout comme ce lieu qu’elle a choisi à Six-Fours : la villa Simone, où ses œuvres poussent jusqu’au 2 novembre, dans les magnifiques jardins de ce lieu qui lui ressemble. Ses œuvres sont belles, douces, lumineuses, incitent à la méditation car, m’avoue-t-elle, c’est une exposition méditative.
Chaylart est plasticienne… Mais pas que… Elle est designer, graphiste textile, auteure et sophrologue ! Beau parcours pour cette belle jeune femme au regard profond, que j’ai toujours plaisir à retrouver, tant son œuvre est belle, forte et apaisantes et la Villa Simone est le lieu idéal pour présenter son nouveau travail, sur les vieux murs de pierre, dans l’herbe et au milieu des arbres.
L’œuvre est solaire (comme elle !) empreinte de douceur malgré les couleurs éclatantes qui contrastent d’une toile à l’autre. Des ciels bleus ou roses, des montagne violettes, des soleils rouges, des plantes et fleurs multicolores, qui jaillissent comme des feux d’artifices. Ses tableaux évoquent la beauté et la promenade à travers eux est la découverte de la nature dans la nature. Elle vous fait balader à travers son amour de celle-ci et ce lieu est un écrin superbement adapté à ces bijoux qu’elle nous propose.
Venez vous réjouir, méditer, admirer, avec cette artiste originale, loin des sentiers battus mais dans ses propres sentiers faits de poésie et de bonheur. Jacques Brachet
En ce 7 octobre, le soleil brillle, brille, brille et le temps est d’une douceur automnale. Et du côté des écuries du Brusc, une petite effervescence autour des deux animatrices, Marion et Maureen qui reçoivent , avec l’aide des associations « La petite parenthèse « t « Capsein », quelques femmes qui ont été invitées à une petite promenade à cheval. Mais pas n’importe quelles femmes puisque toutes sont en rémission d’un cancer du sein et que le Docteur Stéphanie Guillaume, adjointe à la santé de la Ville de Six-Fours, leur a proposé cette animation. Une animation pour leur redonner le moral, leur faire oublier, durant quelques heures, ce qu’elles traversent ou ont traversé. C’est dans le cadre d’Octobre Rose que, parmi de nombreuses animations qui vont se dérouler durant tout ce mois, les Ecuries du Brusc, qui y participent chaque année, ont proposé une belle promenade à la découverte du Cap Sicié. Les voici donc, casque sur la tête, montant sur ces calmes destriers, pour certaines un peu effrayées car elles ne sont jamais retrouvées sur un cheval. Et même si elles ne sont pas encore prêtes pour des courses hippiques, elles ont pu découvrir d’une autre manière, nos paysages varois
Cette balade leur a fait retrouver le sourire, découvrir de nouvelles sensations, sous le regard du Docteur Guillaume qui, durant tout le mois, avec l’aide d’associations, de bénévoles et de Béatrice Métayer, cheville ouvrière de cette manifestation, vont proposer des balades en mer, sur terre, dans les airs, à pied, à vélo, en pointus, et même un loto et du cinéma. Autant de bulles d’air pour aider ces femmes qui ont souffert dans leur chair à cause cette maladie, les soins et les thérapies qui en découlent mais qui, – on ne le dira jamais assez -prise à temps, peut sauver un grand nombre d’entre elles. Ce qui est également important, c’est le soutien de tous ces gens qui y gravitent autour pour leur redonner le moral, ce qui est essentiel à leur guérison. Bravo à tous ces bénévoles et ces associations qui permettent, durant un mois, de voir la vie en rose.
Jacques Brachet Photos Monique Scaletta Les Ecuries du Brusc 612, chemin de Courrens – 83140 – Six-Fours 06 26 70 39 59 – lesecuriesdubrusc@gmail.com
Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud » nous offre à chaque soirée des films et des réalisateurs qu’elle va chercher un peu partout, entre autre au Festival de Cannes. Mais en ce lundi, elle n’est pas allée très loin puisque c’est à Toulon qu’elle a ramené deux courts-métrages et un réalisateur : Marc Gurung. Quand une femme rencontre une autre femme, en l’occurrence Lisa Dora-Fardelli, ça donne une soirée originale avec ce réalisateur qui parle des femmes. Pour la petite histoire, l’association « Au cœur des Arts » a créé le festival « Cinéma en liberté » que gère Lisa avec maestria depuis 2011. Elle et son équipe nous proposent, le temps d’un week-end, des courts métrages venus du monde entier, sous la houlette d’un jury. Cette année, pour la 14ème édition, ce sont Mathilda May et Sam Bobino qui s’y sont collés. Et c’est ce dernier qui a accordé une mention spéciale au film « Maitighar » de notre invité Marc Gurung, qui est donc venu présenter ce film ainsi que « La symphonie des marteaux ». Né à Paris d’un père français et d’une mère népalaise, Marc a donc grandi entre deux cultures très différentes mais qui lui ont permis de s’enrichir entre deux pays car il va souvent se ressourcer dans la famille de sa mère. Si ses deux premiers courts-métrages étaient axés sur la France, son quatrième est entièrement népalais et son troisième est… corso-népalais !
Maithighar
La symphonie des marteaux
Il nous raconte ce cheminement. Marc, comment est venu cet amour du cinéma ? A la base, je suis monteur vidéo, cela fait vingt ans que j’exerce ce métier. J’ai commencé dans le vidéo-clip et la publicité mais j’ai toujours eu une passion pour l’écriture. J’avais envie de raconter des histoires me concernant, le passé de mes parents, l’arrivée en France de ma mère, son pays, c’est une inspiration pour moi. J’avais envie de développer, artistiquement parlant, concrétiser ces écrits-là en passant par l’image. J’ai toujours eu la passion pour l’audio-visuel. Vos deux premiers films n’avaient pas de rapport à ce que vous me dites… Non, ce n’étaient pas des films qui avaient sens mais ça me permettait de m’exprimer. Les choses sont venues au fur et à mesure et cette envie de raconter, de garder des traces artistiques de ce que mes parents m’avaient eux-mêmes raconté, des choses qui vraiment me ressemblent. Vous êtes d’origine népalaise par votre mère et française par votre père… Oui, mais je suis né en France. Mes parents sont arrivés en France lorsqu’ils avaient une vingtaine d’année et ont passé la majeure partie de leur vie en France mais j’ai toujours baigné dans les deux cultures. J’ai été élevé dans la culture française mais grâce à ma mère, j’ai été imprégné de la culture népalaise. Vos parents se sont connus au Népal. Pourquoi sont-ils venus en France ? Mon père avait des contacts en France avec la diaspora népalaise. Pour lui, il n’y avait pas beaucoup d’avenir au Népal à par l’agriculture, le riz. Du coup on lui a dit qu’il pourrait avoir une plus belle vie en France et subvenir aux besoins familiaux. Il est donc arrivé à 15/16 ans en France. Il a d’abord travaillé au noir dans la restauration. Puis il revenu au Népal pour se marier. Un mariage forcé, comme le veut la tradition. Mais quelques mois après, ils sont venus habiter en France. L’histoire est assez incroyable car, revenu au Népal en 80 pour voir ma famille, on lui a dit de ne pas repartir car son mariage était déjà programmé. Ma mère venait de passer l’équivalent du bac et on les a mis devant le fait accompli alors qu’ils ne se connaissaient pas.
D’où ce film « Maitighar » qui raconte un peu cette histoire mais la fille se rebiffe malgré tout ce que ça peut supposer de honte pour la famille… Oui car beaucoup de filles et de garçons comme mes parents se sont retrouvés mariés très jeunes sans qu’ils l’aient décidé car les traditions font que ce sont deux familles qui décident de s’allier. Bon, du coup vous avez échappé à ça et votre amour du cinéma est venu comment ? A la base, je voulais devenir comédien. Dès huit ans j’ai fait du théâtre, je passais des castings, j’ai fait de la figuration mais j’avais du mal car à l’époque un asiatique de 10/15 ans était souvent cantonné à des mêmes rôles d’asiatique ! Du coup je me suis dit que mes rêves de comédien, c’était fini. Et alors ? Alors, un jour j’ai pris la caméra de mon oncle et je me suis dit que j’allais créer moi-même mes propres histoires. La passion pour l’écriture et la réalisation s’est développée. Etre comédien, pour moi c’était trop difficile et je me suis rendu compte que ma joie était d’être derrière la caméra. Je suis donc devenu technicien. La réalisation, ça se prépare en amont et avec une bonne préparation le tournage se passe bien. Et c’est moi qui fais travailler les comédiens ! On voit que les thèmes de vos deux courts-métrages sont reliés au Népal, même si « La symphonie » des marteaux se passe en Corse avec cette amitié qui se noue entre une népalaise et une corse… Passé la vingtaine, puis la trentaine, il y a des questionnements qui se posent autour de ses racines. Chez moi, c’est venu tout naturellement. Je me rends compte que, plus je vieillis, plus j’ai envie de me rapprocher de la culture de mes origines, de mes racines. Il y a quelque chose qui m’attire. J’en parle beaucoup avec mes parents et j’ai envie de mêler mes deux cultures. D’ailleurs « La symphonie des marteaux » raconte l’histoire d’une adolescent népalaise qui se retrouve avec son père en Corse. Sa fille n’ayant pas demandé à venir en France, elle vit mal ce déracinement, ce changement de vie. Comment va-t-elle réussir à s’émanciper dans un pays et une culture qu’elle ne connaît pas ? Elle rencontre une jeune femme corse et par le regard, elles vont se comprendre.
Pourquoi la Corse ? Je trouvais qu’en Corse ce village s’opposait au village népalais. L’idée était, au départ, de laisser transparaître cette double identité qui a pour point commun ce temps qui passe un peu au ralenti. Pour « Maitighar », vous avez tourné au Népal. Comment s’est préparé le film ? J’ai fait toute ma préparation à distance, durant deux/trois mois avec une équipe là-bas puis je suis allé tourner durant deux semaines et demie. C’était la première fois que vous retrouviez le Népal ? Non, j’y suis déjà allé une dizaine de fois mais, tourner dans le village de mes parents avec beaucoup de membres de ma famille que j’ai impliqués, (même ma mère !) c’était quelque chose d’assez dingue, d’émouvant aussi car c’est allé au-delà de ce que j’espérais. Surtout lorsqu’ils ont découvert le film plus tard Que pensent-ils de ce qu’est devenu ce franco-népalais ? Ils sont assez fiers et lorsqu’ils se rendent compte que le film fait le tour du monde et que partout on parle de leur village, ils sont très fiers ! Que sera ce premier long-métrage ? En gros, je déconstruis un peu la culture népalaise à travers le regard d’une jeune adolescente. Le film se passera exclusivement au Népal et j’aimerais aussi impliquer un aspect européen par rapport à un personnage secondaire qui est français. Je ne peux pas encore en dire plus. Mais j’aimerais mêler la France et le Népal.
L’Hôtel du Couvent héberge les 10 et 11 Octobre prochains un festival de danse Contemporaine, organisé en collaboration avec Aurélie Dupont. Ce festival prendra place au cœur de La Cour des Orangers et mettra en scène 4 danseurs Mateo Mirdita, Tanaka Roki, Tess Voelker, Valentin Goniot. « C’est un véritable privilège de retrouver l’Hôtel du Couvent pour présenter la saison 2 du festival. Ce lieu exceptionnel, chargé d’histoire et d’âme, est une source d’inspiration puissante. Comme toujours, mon désir profond est de rester au plus près du public, de vous faire vivre une expérience immersive, ou chaque instant vous emporte au cœur du spectacle. Pour cette nouvelle édition, j’ai choisi 4 artistes aux personnalités fortes, aux danses et aux styles bien distincts. Chacun apporte son univers, son énergie, sa sensibilité. Ensemble, nous allons créer un spectacle unique, façonné par nos rencontres, nôtre créativité, et surtout par l’atmosphère si particulière de ce lieu hors du temps. Merci de faire partie de cette aventure. On a hâte de vous retrouver. » Aurélie Dupont.
Mateo Mirdita
Tanake Roki
Aurélie DUPONT Danseuse Etoile et ancienne directrice de la danse de l’Opéra de Paris. Elle intègre le corps de ballet en 1989 et devient étoile en 1998, à 25 ans. A côté des ballets classiques, elle a ainsi dansé sur les créations contemporaines de Mats Ek, Trisha Brown, Angelin Preljocaj ou encore Saburo Teshigawara… Sa révérence une fois tirée, elle a su mettre cet éclectisme à profit en tant que directrice de la danse de 2016 à 2022. Programme Vendredi 10 octobre 19h : Ouverture des portes Samedi 11 octobre 19h30 – 21h : Performances avec Mateo Mirdita, Tanaka Roki, Tess Voelmer, Valentin Goniot Billeterie en ligne et sur place
Comme chaque année en ce début d’automne, le mois d’octobre prend la couleur rose pour annoncer un mois particulièrement tourné vers la femme et le cancer du sein. Même si l’on sait aujourd’hui que ce cancer peut également toucher les hommes. La ville de Six-Fours, grâce à son maire, Jean-Sébastien Vialatte, le docteur Stéphanie Guillaume, adjointe à la santé et toute leur équipe composée de bénévoles et d’associations va, à partir du 4 octobre, proposer une série d’événements qui mettront un peu de baume au cœur de toutes ces personnes atteintes de ce fléau. Et il y en aura pour tout le monde, des sorties en mer, sur terre, dans les airs… Bref, nombre de manifestations que l’on ne peut énumérer tant il y en a, mais que vous pouvez retrouver sur le site de la ville de Six-Fours (www.ville-six-fours.fr) Nous avons été conviés devant le parvis de la mairie par le Dr Guillaume, le maire, nombre d’élus et de personnalités, pour venir frapper les trois coups. A noter que nombre de personnes présentes, outre le petit ruban rose, symbole de la manifestation, avaient fait l’effort de porter quelque chosesde rose sur elles, ce qui a fait dire au maire : « Je savais qu’il y avait cinquante nuances de gris mais je vois qu’il y a tout autant de nuances de rose ! » Après quoi, il laissa la parole au Docteur Guillaume.
« C’est la cinquième année que nous nous retrouvons et nous en sommes très heureux devant l’Hôtel de Ville de Six-Fours qui s’est paré de rose, ce ruban étant un symbole fort, symbole de soutien aux patients, touchés par le cancer du sein mais c’est aussi un appel à la prévention et au dépistage. Aujourd’hui, le cancer du sein, c’est une femme sur huit qui en est atteinte, 12.000 décès par an et ça demeure la première cause de mortalité chez les femmes. Pourtant, dépistés tôt, 90% des cas peuvent être guéris. La clef, c’est un dépistage régulier. A partir de 50 ans, vous êtes invitées à faire une mammographie et vous pouvez également faire souvent des palpations. En région PACA, seule une femme sur trois réalise sa mammographie-dépistage. Vous êtes de très, très mauvaises élèves, alors qu’au niveau national c’est une sur deux. Ce mois sert donc à le rappeler, à relayer l’information. Nous nous engageons donc pleinement pour Octobre Rose, notre objectif étant simple : Alerter, agir et s’entraider. Cette année encore de nombreuses animations sportives, culturelles artistiques mais surtout solidaires, sont donc proposées, avec le concours d’associations, de partenaires locaux qui se mobilisent et que nous remercions vivement. Car c’est ensemble et unis que nous ferons progresser le taux de dépistage et que nous arriverons à sauver plus de gens »
Etaient présents des associations partenaires qui, chaque année, comme « La petite parenthèse », Le réseau Capsein, se mobilisent pour être le plus en contact de toutes les patientes concernées. A savoir aussi que cette année une belle marraine viendra soutenir l’événement : Sylvie Tellier qui fut Miss France 2002 puis directrice de ce concours, et que la journaliste et animatrice télé Muriel Seurat, participera encore au raid féminin et, puisque ça se passe en duo, elle sera la partenaire de notre adjointe à la santé ! Et pour clôturer cette rencontre, Marion est venue chanter « La grenade », chanson oh combien symbolique de Clara Luciani, que tout le monde a repris avec elle. Du vélo, des baptêmes de l’air, de la marche, de la course, du cheval, des voiliers, des pointus, des ateliers, un loto, un pique-nique et même du cinéma et un grand gala… Le choix du roi… Ou plutôt de la reine ! A vous de choisir ! Et… Entre deux palpations, n’oubliez pas de vous inscrire !