Archives mensuelles : septembre 2025

Mes belles rencontres avec Claudia CARDINALE

Nous sommes en janvier 77 et je suis au MIDEM à Cannes.
J’apprends que Claudia Cardinale et Michel Piccoli tournent à la Victorine, à Nice, « La petite fille de velours bleu » d’Alan Bridges.
Tout à mon festival je me renseigne quand même et je finis par avoir, par les studios, l’adresse de son hôtel… à Cannes.
On est à la fin du MIDEM, je rentre chez moi et j’appelle aussitôt l’hôtel en demandant le secrétariat de la star. Quelques secondes plus tard j’entends un « allo », je me présente et demande si je peux lui parler. Et la réponse me coupe la respiration : « C’est moi ! ».
Je n’osais croire avoir si vite et en direct, une artiste internationale alors qu’avec les Français c’est difficile !
Et la réponse est encore plus incroyable : « Vous savez, je tourne toute la journée et le soir je suis fatiguée. Mais j’ai un jour de relâche et si vous êtes libre, pourquoi pas ? »
Et comment, je suis libre !
Le rendez-vous est pris et nous partons, ma femme et moi, à la rencontre d’une des plus grandes actrices du monde. Arrivés à l’hôtel, je me présente à l’accueil et on me répond aussitôt qu’on est au courant et qu’on l’avertit.

deuxième rencontre à Nice
quatrième rencontre à Cannes

Cinq minutes plus tard, la voici qui sort de l’ascenseur, sourire éblouissant, chevelure toute frisée, lunettes de soleil et on s’installe dans un coin discret du bar, à l’abri des regards.
Je lui présente ma femme, lui précise que sa famille est italienne et que, comme elle, elle vient d’avoir un enfant. Julien pour le nôtre, Claudia pour la sienne.
Et voilà qu’elle commence à parler, mi-français, mi-italien , couches, biberons et autres… Et moi qui suis là pour interviewer ma première grande star !
Nous passons deux heures avec la plus simple et la plus sympathique des femmes qui nous avoue, que je suis étonné d’avoir pu la contacter aussi facilement alors qu’il faut souvent passer par plein de gens afin d’atteindre une artiste loin de son envergure !
Elle rit et me dit qu’elle en a eu asse d’être traitée comme un objet avec cinquante personnes autour d’elle et la mettre dans une bulle où elle ne peut rien faire d’elle-même. Elle a donc tout envoyé balader et c’est elle qui décide de tout.
Bref, deux belles heures exceptionnelles… Mais qui ne le seront pas tant, même si ce ne sera que vingt ans après. Un jour, l’attachée de presse du Palais des Festival de Cannes avec qui je travaille, m’invite à une grande exposition en hommage à Claudia. Des photos signées Chiara Samugheo, une italienne qui vit à Nice et qui fut photographe de plateau à Hollywood, à Cinecitta et est devenue la photographe officielle et amie de Claudia.
Me revoici donc à Cannes où tout le gratin cannois est de sortie. Chiara est déjà là et l’on attend Claudia qui arrive de Paris… Et qui a raté l’avion.
En attendant, on visite l’expo qui est absolument magnifique et je peux bavarder avec Chiara qui m’invite à venir un jour voir ses photos entassées chez elle. Ce que je ferai. Plus tard.

première rencontre à Nice
deuxième rencontre à Nice

Le cocktail est près de se terminer, sans Claudia et tout ce beau monde s’éparpille.
Au moment où les derniers invités partent, Claudia arrive, belle comme toujours et on a la chance de pouvoir revisiter l’expo en buvant du champagne. Tous les journalistes sont partis, sauf un italien et moi et nous sommes invités au repas intime qui suit. La soirée est belle, pleine de charme et de rires et je lui rappelle notre première rencontre. Elle se souvient de nos bébés et me dit : « Vous auriez dû venir avec votre femme, on aurait pu parler de nos enfants qui ont bien grandi ! »
A quelques temps de là, Chiara nous invite chez elle et là… C’est la caverne d’Ali Baba car, si Claudia est en bonne place, on retrouve Fellini et Hitchcock, Gary Cooper et Anna Magnani, Cary Grant et Grâce Kelly… Il y en a des centaines !
Nous occupant du festival du premier film de la Ciotat, je lui propose de faire partie de notre jury  de 2006 et d’organiser une exposition. Elle est d’accord pour l’expo de Claudia qui, hélas ne pourra venir à cause d’un tournage.
C’est à cette époque que l’Eden, premier cinéma du monde, rénové, va rouvrir ses portes et on cherche une marraine. Je propose Claudia, qui m’a donné ses coordonnées et qui accepte. Mais il lui est difficile de se déplacer, toujours entre deux films, et nous propose que toute l’équipe du festival vienne la voir au Festival de Cannes.
Et nous voilà tous partis à Cannes où elle nous reçoit en toute simplicité autour d’un cocktail fort sympathique.
Nous ne nous sommes, hélas, plus revus mais de temps en temps je l’appelais et elle m’avait donné le téléphone de sa fille Claudia, au cas où nous aurions besoin de quelque chose, si elle n’était pas joignable.
Aujourd’hui elle a disparu et je garde le souvenir d’une étoile lumineuse et sublime de simplicité, malgré le statut de star dont elle ne voulait plus entendre parler.

Jacques Brachet

Au Six N’Etoiles, des filles, du désir, du plaisir !

Yasmine (Leïla Haïdour) vit une histoire d’amour avec Omar (Housam Mohamed). Ils vivent à Marseille et travaillent avec une équipe dans un centre aéré. Une bande de jeunes qui aide les jeunes à s’insérer dans la vie et qui ont tous une idée bien précise des femmes : Ou on les b…se ou on les épouse.
Omar veut épouser Yasmine qui, à 17 ans, sort à peine de l’adolescence. La mère d’Omar met Yasmine en garde, évoquant son rôle de femme et ses obligations alors qu’elle n’a encore rien vécu.
Arrive Carmen (Lou Anna Hamon), qui revient chez elle après s’être prostituée quelques années, qui veut changer de vie et qui retrouve Omar avec qui elle était très liée.
Qu’adviendra-t-il du couple à l’arrivée de « l’intruse » ?  Yasmine va ouvrir les yeux et peut-être que sa vie va changer.
Prïncia Car, la réalisatrice pose un regard à la fois  lucide et émouvant sur cette équipe de jeunes qui essaie de s’en sortir alors qu’au départ, ils n’ont rien pour le faire. Malgré leurs airs bravaches, ils sont plein d’incertitudes, d’envies, de questionnements qu’ils cachent derrière cette façade. Surtout les hommes qui jouent les gros machos !
Et leurs idées bien arrêtées sur les femmes, viennent de vieilles traditions : Où l’on est celle avec qui l’on couche et celle qui va être la femme au foyer avec tout ce que ça comporte de servitudes, d’aliénation, à l’homme.
Avec le retour de Carmen, Omar et Yasmine vont se remettre en question et leur vie va en être perturbée.
Prïncia, et sa coscénariste Léna Mardi, signent là un film très actuel qui se passe dans les quartiers Nord de Marseille ? Prïncia les connaît bien pour y avoir vécu, Léna, la parisienne du groupe, moins, mais s’est vite insérée au groupe.
C’est un premier film et bing… Le voici au festival de Cannes où il a esprits. Avec d’autant plus de bonheur qu’il n’y a aucun professionnel au générique ! ET tous s’en sortent formidablement bien.
Une fois de plus l’événement vient du Six N’Etoiles qui reçoit la réalisatrice, la coscénariste et la révélation du film Leïla Haïdour. Trois femmes magnifiques qui ont fait un peu l’ouverture du festival « Femmes », qui se déroulera du 29 octobre au 23 novembre dans la région et donc à Six-Fours. Du coup, une partie de l’équipe, Luc Patentreger le président en tête, était venue saluer nos trois invitées.

« Prîncia, c’est votre premier film. Comment êtes-vous venue au cinéma ?
J’ai grandi avec des parents qui avaient une compagnie théâtrale. Mon père est metteur en scène, ma mère comédienne. J’y suis donc née dedans, je les ai toujours suivis dans leurs processus de création. Ils adaptaient, ils créaient des pièces, j’ai appris tous les métiers du théâtre, de l’écriture aux décors, de la mise en scène aux recherches de costumes, de rôles… J’ai donc eu la chance d’avoir naturellement une formation artistique, entre autres aux jeux d’acteurs. Parallèlement, j’ai fait des études littéraires mais je ne savais pas trop quoi faire. Et c’est mon père qui m’a conseillé d’entrer dans une école de cinéma. Il a eu une espèce d’intuition et lorsqu’on a la chance de naître dans une famille d’artistes, c’est presque naturel de suivre le mouvement. J’ai donc fait une école de cinéma en Belgique, à Paris. Au départ, je savais que je voulais mettre en scène et raconter des histoires, mais, venant du théâtre,  pas particulièrement au cinéma.
Et ce retour à Marseille ?
Je suis revenue chez moi et l’on m’a proposé d’animer un atelier de lecture-écriture par hasard, dans les quartiers Nord. Ils étaient une quinzaine de jeunes avec un éducateur qui un jour a disparu. Le but du jeu : On avait trois mois, à raison de deux heures par semaine, pour faire un film ensemble sans vraiment un budget. Je me suis servi de mon bagage théâtral, je leur ai proposé d’inventer de petites histoires, de faire des improvisations que je filmais. C’est comme ça qu’on a créé un premier film « Barcelona », qui a été sélectionné en compétition nationale à Clermont-Ferrand. A partir de là, nous avons décidé de faire d’autres films ensemble, nous avons créé une école alternative de cours du soir, nous avons fait une dizaine de courts métrages jusqu’au jour où nous avons décidé d’écrire un long métrage.. C’est là que Léna la parisienne est arrivée, elle a été séduite par cette boule d’énergie qui régnait dans le groupe, elle nous a permis de prendre du recul, ne nous structurer, de nous ramener dans la fiction pure, de faire des choix. Ensemble nous avons écrit la trame du scénario, les dialogues qu’on leur faisait jouer pour voir si ça fonctionnait.
Donc, grosse aventure collective depuis dix ans qui se poursuit… au festival de Cannes !
C’est énorme, pour un film dans lequel il n’y a aucun professionnel !
Lorsque nous avons appris que nous allions à Cannes, c’était un rêve et nous y croyions sans vraiment y croire. Il y beaucoup de films qui y vont mais avec des professionnels et nous, au départ, n’avions pas beaucoup de chance.
Nous allons y revenir mais avant, Léna, comment êtes-vous arrivée à vous immiscer dans ce groupe ?
En fait, avec Prïncia, nous nous sommes rencontrées, lors de sa venue à Paris où nous faisions chacune des stages. J’étais à l’école de la FEMIS en scénario. Nous sommes devenues amies, j’ai visionné leurs courts métrages mais au départ j’étais là en observatrice, en conseillère et puis tout s’est développé et je suis entrée dans l’équipe.
Prîncia, comment arrive-t-on à monter un film sans connaissances, sans argent et avec des amateurs ?
Plein de gens nous ont dit que ce serait très difficile, presque impossible. Mais nous avons rencontré une productrice de génie qui a décidé de défendre notre scénario. En quelques mois, elle a réussi à le produire. En fait, tout s’est aligné avec une sorte de facilité. Nous avons  aussi été soutenus par la Région Sud. Nous avons eu beaucoup de chance. Même si c’est un film 100% marseillais, il y avait peu de premiers films marseillais et puis la prod est parisienne.

Revenons à Cannes ! Lorsqu’on vous annonce que le film y est sélectionné…
Je l’ai appris dans le train. Nous attendions le verdict mais nous avons eu du mal à réaliser, j’ai appelé tout le monde et tout le monde a pleuré de savoir qu’on était sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs. Nous y avons été très bien accueillis et comme nous avions une super attachée de presse, Lou Blum… Nous avons pu monter les marches ! C’est quelque chose !
Alors Leïla, parlez-nous de votre aventure ?
Lorsque Prïncia a commencé à écrire le scénario, on savait de quoi le film allait parler car nous en avions discuté avec toute l’équipe. Un jour on voit placardé au mur cinq personnages avec des prénoms, aucune  caractéristique physique et elle nous dit : « J’ai mis ça au hasard ». On se regarde tous et on commence à se demander si on est dans les cinq mais… Elle, elle le savait déjà ! Il n’y a que le personnage de Carmen qui, au départ devait être joué par Malou Khebizi qui faisait partie de notre équipe,* mais elle était  en promo de »Diamant brut » et devait poursuivre sur la série  « Millionnaire » et c’est Lou Anna Hamon qui a eu le rôle. Avec elle, j’ai beaucoup travaillé car nous avions des scènes ensemble.
Comment travaille-ton à deux sur un scénario ?
Prïncia : Cela fait très longtemps qu’on travaille ensemble, nous avons appris à nous apprivoiser en faisant des ateliers et nous travaillons ensemble avec une grande facilité, c’est en fait un travail « en famille », on se comprend très vite sans avoir besoin de beaucoup parler.
Léna : Même si on a beaucoup tâtonné au départ, à savoir ce qu’on devait écrire entre la fiction et le vécu de ces jeunes, car il y a beaucoup d’eux dans le film. On a essayé beaucoup de pistes. Il y a aussi toute une notion d’imprévu qui va donner une direction différente. C’était très intéressant. En fait c’est un peu l’histoire de notre groupe. C’est un sujet sociétal.

comédienne ?
Déjà, l’envie de faire mon métier n’est venue que très tard : Au moment du tournage seulement. Avant ça, ce n’était que pour le plaisir. C’est vrai que j’ai réalisé assez tard que j’aimais jouer. Avant ça, même lorsqu’on a tourné « Barcelona », ce que j’aimais alors c’était l’ambiance d’un tournage, le fait qu’on était tous ensemble, en train de réaliser quelque chose avec les potes. C’était aussi agréable que lorsqu’on allait tous à la plage ! Je n’avais pas capté qu’en fait, j’aimais jouer Je l’ai compris plus tard sur le tournage d’un clip où j’avais beaucoup plus de jeu, des scènes basées sur moi et je me suis rendu compte que j’aimais trop ça, malgré la pression avec les gens qui me regardaient. J’aimais que ça dépende de moi et j’ai kiffé ! Au moment du tournage du film j’ai compris que ce n’était pas qu’un plaisir mais que c’était ça que je voulais faire toute ma vie ! »

Voilà comment se créent des vocations : Grâce à une réalisatrice pleine d’énergie et de passion, et surtout grâce à une poignée de jeunes talentueux qui, pour leur premier « vrai »« rôle, ont prouvé qu’ils pouvaient aller plus. La preuve : Un nouveau film se dessine, avec exactement la même équipe… Et toujours à Marseille !
On attend donc la suite !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Malou Khebizi a reçu le prix d’interprétation féminine l’an dernier au festival « Femmes »

l’équipe du festival « Femmes ! », nos trois artistes et Noémie Dumas, directrice du Six N’Etoiles

Idir AZOUGLI, le loser Magnifique !

Ils sont deux copains inséparables : Mika (Paul Kircher) qui travaille à mi-temps dans un fast food et Dan (Idir Azougli), un électron libre, incontrôlable, qui vit de petits larcins, tous deux adicts à l’alcool, au cannabis, à la fête. Ils ont un rêve : partir à la Réunion pour s’occuper d’animaux maltraités.
Mais le rêve est loin de la réalité et une nuit tout déraille. Après le vol d’un chat très rare, ils sont poursuivis, ont un accident, perdent le chat, la voiture et le permis de Mika. Ils risquent la prison mais la justice leur donne six mois pour arrêter drogue, alcool, trouver un boulot table.
Ils se font embaucher par un copain de ripaille, Tony (Salif Cissé) qui travaille à la construction de poubelles nucléaires. Arriveront-ils à s’en sortir et à réaliser leur rêve ?
C’est le nouveau film d’Hubert Charuel (Petit paysan) et Claude Lepape.
Un film poignant et très actuel sur ces jeunes qui dérivent, entraînés dans un cercle infernal de drogue et d’alcool et ont bien du mal à s’en sortir. Deux comédiens tiennent ce film à bout de bras : Idir Azougli, loser intégral qui ne fait rien pour s’en sortir sinon rêver de son voyage, Mika qui lui, est plus stable et va tout faire pour s’en sortir mais a du mal à sortir son ami hors de l’eau.
Présenté à Cannes, l’équipe a eu une standing ovation très méritée tant le film vous prend les tripes à voir ces jeunes tenter de ne pas se noyer dans un monde de plus en plus difficile.
Et le film est venu se poser au Six N’Etoiles grâce à deux femmes qui ne sont pas restées insensibles à celui-ci en le découvrant à Cannes : Noémie Dumas, directrice du cinéma et Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumières du Sud », avec en prime, la venue d’Idir Azougli, qu’on avait déjà pu voir dans « Shéhérazade » et « Diamant brut ».
Un garçon d’une belle simplicité, qui vit le rêve de sa vie en devenant acteur mais qui garde la tête sur les épaules tant il sait qu’on doit remettre le couvert après chaque film. Mais aujourd’hui, il nous fait partager sa joie et l’on a découvert un comédien et un homme magnifique, loin du loser qu’il joue dans le film avec une vérité extraordinaire.

« Idir, comment êtes-vous arrivé sur ce film ?
Tout simplement par un casting classique une première fois puis une seconde fois qui a été décisive… Et j’ai été pris !
Pour le rôle de Dan ?
Au départ oui, puis on a essayé ailleurs mais le réalisateur voulait que je fasse Dan dès le départ. Et moi aussi car c’est un personnage-clé dans le film et parce que c’était pour moi un rôle nécessaire.
C’est un rôle moins intériorisé que Mika ! Peut-être plus intéressant pour vous ?
Oui, je l’ai choisi comme ça car le rôle peut aussi parler à des jeunes qui tombent dans cette maladie car pour moi, l’alcoolisme est une maladie. Mais les deux se complètent car, même si Mika est plus jeune que Dan, il est un peu le grand frère et c’était intéressant de l’aborder ainsi.
C’est vrai qu’entre vous deux, il y a une véritable alchimie… Vous vous connaissiez avant le film ?
Non, nous ne nous connaissions pas mais ce qui a été bien c’est que, chose rare, le réalisateur a mis un point d’honneur sur les répétitions, pour apprendre à se connaître, se toucher, manger ensemble un hamburger, discuter et tout naturellement, on a commencé à se kiffer dans des moments de vie naturels. C’est ce qu’on retrouve dans le film. D’ailleurs, aujourd’hui, nous sommes restés amis. On se voit quasiment tout le temps !
C’est un rôle énergique. N’a-t-il pas été trop épuisant ?
C’était épuisant, bien sûr, mais c’était une bonne fatigue ! C’était d’ailleurs plus épuisant mentalement car lorsque je prends un rôle, je prends le corps, l’âme. J’ai été Dan durant trente jours et même quinze jours après le tournage… Sans l’alcool, bien sûr !
Il a envie de se sortir de tout ça mais n’en a pas la volonté.
Vous êtes un loser intégral : drogue, alcool, vols… Difficile à jouer ?
(Il rit) Non, c’est plus technique peut-être et puis il faut aussi chercher dans le passé de certaines personnes que j’ai pu côtoyer. Alors, c’est quelquefois, c’est un peu dur à jouer mais je suis content du résultat. Je me dis que c’est un film qui va parler aux gens, que même, peut-être, ça va en sauver quelques-uns.
Ensemble ils se détruisent et il faut qu’ils se séparent…
Exactement. On a souvent eu quelqu’un qu’on aime mais à un moment, chacun doit choisir son camp, même si chacun pensera toujours à l’autre.
Mika est quand même patient car Dan est parfois insupportable !
C’est vrai mais c’est l’amour, l’amitié qu’ils ont l’un vers l’autre qui fait que Mika pense qu’ils vont s’en sortir ensemble, même s’il se rend compte de la façon que Dan a de réagir et que ça va être difficile. Mais il a toujours espoir. Souvent, même les amis sont obligés de couper les ponts car l’un entraîne l’autre. J’ai vécu ça et même si j’aime encore certaines personnes, j’ai dû être obligé de ne plus se voir.
C’est d’ailleurs une question de survie pour Mika…
Je pense que chez Dan, il y a un déni et l’alcool c’est sa cachette. Il pense qu’il peut s’en sortir comme Mika mais la vie et l’environnement font qu’il n’y croit pas lui-même et se dit qu’autant qu’il vive comme ça, même si malgré tout il a des rêves. Il veut vraiment partir à la Réunion, mais le problème est qu’il est déjà bien dans le trou.
On ne dévoilera pas la fin du film mais elle est ouverte…
C’est vrai et je pense que c’est le public qui va s’imaginer, choisir sa fin.

Comment avez-vous travaillé avec Albert Charuel ?
La chance qu’on a eue c’est d’avoir pu avoir ces répétitions avec lui qui était toujours présent. C’est un réalisateur qui aime ses acteurs, ce qui n’a pas toujours été évident en sept ans de métier. Il faisait en sorte de nous épargner tous les problèmes qui pouvaient y avoir sur le tournage. La chose la plus importante pour lui était ses acteurs. Il a vraiment un très grand amour pour eux.
Est-ce qu’il y a eu des scènes d’improvisation ?
Tout était écrit, il n’y a pas eu d’improvisation au niveau du texte, mais quelquefois il y a eu  des improvisations au niveau des émotions. On prenait vraiment le temps, on a répété deux semaines sur les décors différents afin de voir comment bouger, comment réagir.
Justement dans cet huis clos où se passent les scènes dans votre appartement, cela semble étroit.
Oui, c’était un peu étouffant, éprouvant même, mais c’était nécessaire car ça ajoute à la dramatisation.
Parlons du chat… Comment a-t-il joué ???
(Rires) D’abord c’est une chatte qui s’appelle Ruby, c’est une vraie chatte de concours de beauté. C’était vraiment une actrice, elle était concentrée, elle était pro, elle n’avait pas peur du tout. Il y a juste eu une petite galère car à un moment elle ne voulait pas sauter mais elle était d’une douceur incroyable et malgré tous les poils qu’elle a, elle n’en perdait pas beaucoup. C’est pour moi une très belle et bonne actrice !
Il y a aussi le troisième larron, Tony, qui va vous donner du travail avec tout de même un danger… Et peu d’argent !
Nous avons appris à nous connaître avant le film car il travaillait dans une radio, « Mouv » et j’ai fait une interview avec lui  avant le tournage ! C’était assez drôle. Il a lui aussi un joli rôle, surtout vers la fin car, même si celui-ci est un peu ambigu, il se dévoile dans cette scène au fast food qui est une des plus émouvantes du film, je pense. Il a mis des années pour arriver où il en est et c’est pour lui un peu compliqué car il sait qu’il fait un boulot qui n’est pas propre.

Pourquoi le titre du film « Météors » ?
A la base, je pense que le réalisateur devait faire un film sur les météorites. Au fil du temps le sujet a totalement changé. Il faut dire que dans la Haute Marne où nous avons tourné, il y a une bière qui cartonne qui s’appelle « Météor ». Du coup il a gardé le titre et l’un des producteurs du film et… La bière  qu’on y voit et qu’on boit ! Mais ça ne nous a pas donné la pression !!!
Comment êtes-vous venu au cinéma ?
En fait, c’est le cinéma qui est venu à moi, j’ai eu un casting sauvage dans la rue pour le film « Shéhérazade », qui a fait un carton, a eu trois César et en voyant tout ça, je me suis dit  que c’était peut-être la seule chose que je sache faire ! Je me suis lancé.
J’ai eu des périodes creuses car après « Shéhérazade » où j’avais un rôle marseillais, je me suis demandé si d’autres réalisateurs feraient appel à moi. Entrer dans le cinéma, c’est facile mais ça devient plus difficile après. J’ai eu quelques périodes de doutes. Comment garder mon authenticité en effaçant mon accent ? Et puis j’ai commencé à passer des castings et au final ça a marché. Pourtant je me dis, après chaque film, que ça peut être le dernier. Mais pour le moment, ça va ! »
Le film a été très bien accueilli à Cannes…
Ca fait chaud au cœur et j’en ai pleuré lorsque j’ai vu la salle debout qui applaudissait. Quand un réalisateur américain comme James Franco vient vous féliciter et vous fait un câlin, ça fait du bien ! Même si ça n’est pas que la première fois que je viens à Cannes, hors compet’, en sélection officielle, à la quinzaine, j’ai fait « Un certain regard avec « Météors ». Tout ça donne la motivation de continuer.
Et monter les marches ?
Quand on voit des gens comme Léonardo di Caprio les monter, on se dit « Pourquoi moi ? »
Mais justement, ça m’a très vite fait basculer dans l’idée que je devais faire attention, car rien n’est acquis, rien ne sera jamais acquis. Il faut sans arrêt se remettre en jeu. »

Un mec qui a la tête sur les épaules mais qui, pour l’instant, a le vent en poupe puisqu’en début d’année il reprend le rôle d’une série d’Olivier Marchal qui a cartonné « Pax Massilia », qu’il va tourner un long métrage avec le réalisateur belge Fabrice de Welz et il y en a un autre en projet mais c’est top secret !
Il faudra attendre !
Propos recueillis par Jacques Brachet


Jocelyn RAMIREZ… L’obsession cinéma

Quentin est un jeune garçon de 18 ans dont la passion est le cinéma. Il est amoureux de Marie et lorsqu’en option du bac, il décide de tourner un court métrage, « Le scénario de l’amour » il lui propose de jouer le rôle féminin.
C’est le scénario du film de Jocelyn Ramirez qui, comme son héros, a tourné ce court métrage dans le cadre de son bac. Les ressemblances entre Quentin et Jocelyn s’arrêtent là mais ce film permet au jeune réalisateur de 18 ans, d’obtenir un prix à son propre bac.
Et sa belle histoire commence !
Du coup, Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumières du Sud » décide de l’inviter à l’ouverture de la saison, lundi soir au Six-N ’Etoiles.
Un court métrage déjà bien maîtrisé malgré le jeune âge du réalisateur, un grand gaillard discret, encore un peu timide mais déjà très déterminé et qui est loin d’en rester là.
J’avoue que j’ai aimé son film plein de tendresse et d’émotion, dont on ressent déjà cet amour du 7ème Art. Et j’avoue aussi aimer rencontrer ce jeune sanaryen attendrissant, dont, dit-il, le cinéma est une obsession.

« Jocelyn, raconte-moi ta jeune histoire d’amour avec le cinéma
J’ai 18 ans mais j’ai fait ce film alors que j’avais 17 ans. Et depuis l’âge de 11 ans, j’ai toujours été passionné par le cinéma, sans vraiment savoir pourquoi…
Il n’y a personne dans ta famille qui te l’ait fait aimer ?
Non, personne dans mon entourage n’est cinéphile, de près ou de loin et je ne sais toujours pas pourquoi j’ai décidé d’aller voir tous les films que je pourrais voir. Je suis passé de 5 films en 2018 à 200 films en 2019 ! A partir de là je me suis dit que je serais réalisateur et scénariste. C’est une vraie passion et je ne sais pas pourquoi !
Ce premier film est donc biographique ?
Il a des aspects biographiques même si ça ne l’est pas vraiment car l’histoire d’amour n’est pas la mienne. Dans ce film, je voulais surtout montrer l’importance du cinéma, de la passion en général. Il montre à quel point ça peut nous aider à aller plus loin. Quentin à quelque chose de moi mais je pense que chaque film nous ressemble quelque part. Dans tout ce que j’ai fait à partir de ce moment, depuis mes 11 ans, toutes mes sorties, toutes mes rencontres, je les ai faites dans l’optique de pouvoir un jour vivre de ce métier.

Ce premier court métrage est venu comment ?
J’ai écrit ce scénario pour le bac, comme dans le film. Puis, j’ai essayé de le professionnaliser  en lançant une campagne Ulul, sorte de cagnotte en ligne, en échange d’une contrepartie. J’ai récolté 3.000 Euros, ce qui m’a permis de payer mes acteurs, des chefs de postes et de faire un film qui soit mieux techniquement et artistiquement. C’est très peu pour un court métrage.
Ça coûte combien en général ?
En France, en moyenne, ça coûte 140.000 Euros… On en est loin !
Mais bien sûr, je l’ai fait pour mon bac mais surtout pour qu’il devienne en quelque sorte une carte de visite pour le présenter dans des festivals. Depuis, j’en ai fait un deuxième, un petit film de trois minutes  , (« Le scénario de l’amour » fait un peu plus de dix minutes) que j’ai présenté au Fort Balaguier à la Seyne et qui a gagné un prix…
Mais c’est la gloire !
(Il rit) Le premier a été sélectionné au festival « Jeunesse en court », à Villeneuve les Maguelones dans l’Hérault , sur 1.200 films reçus, j’ai été sélectionné et j’ai reçu le grand prix !
Dis-donc, ça démarre fort pour toi !
Je me suis donné les moyens, c’est une vraie passion, c’est même une obsession. Le but est de pouvoir faire connaître ce film et de pouvoir continuer à faire ce que j’aime et peut-être aussi trouver un producteur. Ce film est en autoproduction grâce à cette cagnotte, mais je ne peux pas continuer comme ça si je veux en vivre.

Parle-moi de ces deux comédiens qui sont formidables
Ce sont Gaspar Zabela-Guyot et Emilie-Rose Paoli.
J’avais fait plusieurs castings sur deux semaines, avec une agence, j’avais aussi repéré des profils en ligne. Il y avait quelques profils assez intéressants mais on n’a pas eu vraiment de coup de cœur. Jusqu’à ce que je me retrouve à une conférence au festival « Tout court » d’Aix-en-Provence. Je remarque alors plusieurs profils qui pourraient ressembler à Quentin. Puis je tombe sur Gaspar et Emilie qui sont un véritable couple. Ils avaient déjà joué dans un court métrage. Coïncidence de fou car ils avaient le look que je cherchais, cette alchimie qu’il y avait entre eux dans la vraie vie. Elle est plus à l’aise que lui qui est plus timide et c’était exactement ce que je cherchais.
En plus, pour eux c’était naturel. Ils ont été d’accord pour faire un casting et d’ailleurs, ils ont même improvisé quelques dialogues qui correspondaient tout à fait au film. Ils avaient vraiment compris les personnages. Par contre, ils n’ont pas encore vu le film !
Et ce « petit » film de trois minutes sans dialogues…
Que je viendrai présenter à « Lumières du Sud » avec mon comédien. Il s’intitule « Sous tes yeux ». Il a gagné le coup de cœur du jury présidé par Chantal Fisher. Je l’ai réalisé pour le concours de l’école de la Ciné-Fabrique, en reprenant la même équipe dont mon chef opérateur Yohanan Robberechts.
Nous avons tourné cachés dans le métro car c’est interdit. Nous l’avons réalisé et terminé en moins de deux semaines !
Où  « Le scénario de l’amour a-t-il été tourné ?
Sur trois lieux : Sanary, la Ciotat et Ollioules. Pour l’équipe j’ai rencontré le collectif Radio Sardines que j’ai rencontré à l’Eden à la Ciotat et au festival d’Angoulême. Ils m’ont vraiment accompagné sur la préparation du film. C’est en quelque sorte une coproduction. Nous avons tourné sur trois jours pour quatorze minutes… C’est pas mal non ? Mais ça a été intensif. »

Jocelyn entouré de sa mère et de Pascale Parodi

Intensif mais on voit le résultat !
Aujourd’hui, le voici qui s’en va à Paris faire ses études à la Sorbonne Nouvelle en licence de cinéma, et en parallèle, il bûche sur un nouveau scénario sur le milieu des humoristes, un milieu qui l’intéresse et qu’ii veut traiter de manière plus dramatique, sur leur solitude et cet attachement qu’ils ont à leur personnage. Il veut développer cette idée de clown triste.
Voilà où en est ce très jeune  réalisateur  qui nous promet de beaux moments cinématographiques, je n’en doute pas. Quand talent et passion font bon ménage, ça ne peut que lui donner un bel avenir !
Propos recueillis par Jacques Brachet