
Camille, (Marie Gillain) est avocate. Elle vit avec sa fille Emma (Mathilde Labarthe), son frère ainé Pierrot (Grégory Gadebois) qui est autiste et vit dans un centre où on lui injecte des tas de médicaments pour avoir la paix.
Elle décide alors de le prendre chez elle, un petit appartement où ils vivent donc à trois l’un sur l’autre.
Dans un sentiment de déni, obsédée, elle pense qu’elle va s’en sortir et veut à tout prix le protéger, au point qu’elle a quitté son mari Adrien (Vincent Elbaz) tant elle est centrée sur ce frère gentil mais encombrant et sa fille est elle aussi en train de craquer.
La vie devient infernale pour tout le monde et son ami Gino (Patrick Mille) lui propose de le faire entrer dans une ferme tenue par sa sœur Mathilde (Marianne Basler) et son compagnon, Adrien (François Vincentelli) qui s’occupent de jeunes handicapés et les forment aux métiers de l’agriculture.
Est-ce que Pierrot va accepter de se séparer de « sa sœur Camille et sa nièce Mathilde ?
Une nouvelle vie pourrait s’ouvrir pour lui et elles.
Ce film, signé d’Hélène Médigue (qui joue un petit rôle dans le film) est bouleversant. La partie où tous trois vivent dans ce minuscule appartement est oppressante, chacun vivant mal l’un sur l’autre.
Et puis, c’est la campagne qui s’ouvre à Pierrot, un travail, des gens nouveaux qu’il côtoie et il peut même aller à la mer. Mais il est séparé de sa famille et a du mal à le supporter. Pierrot va-t-il trouver sa place ?
L’histoire nous laisse dans l’incertitude tout au long du film avec cette peur que Pierrot, pas toujours maître de lui, fasse des bêtises, Camille étant toujours sur le qui-vive et faisant des erreurs dans son métier pendant que les notes d’école d’Emma s’effondrent.
Un magnifique film sur la vie d’une famille qui est chamboulée par cette maladie et Hélène Médigue n’a pas cherché loin son sujet, son frère étant atteint d’autisme.
Des comédiens magnifiques, Grégory Gadebois qui nous offre une performance incroyable, Marie Gillain qui est à la fois attachante et énervante, tant elle obsédée par ce frère, et l’on retrouve dans des seconds rôles de magnifiques comédien, dont un François Vincentelli hirsute et barbu loin de ses rôles de mec beau et élégant et une Marianne Basler sans fard, belle aussi, qu’on retrouve avec plaisir.
Et encore un plaisir : la venue au Six N’Etoiles de Six-Fours d’Hélène Médigue, comédienne, réalisatrice, auteure que l’on a pu voir au théâtre, au cinéma, à la télévision… Avec qui j’ai beaucoup d’amis en commun.
« Je voudrais tout de suite préciser – nous confie-t-elle – que ce n’est pas un film sur l’autisme. La thématique du film est sur les aidants et c’est toujours comme ça que je le présente. Ce film existe parce que j’ai voulu parler de ce qui nous relie. Les aidants, ça relie à la fois dans un rapport avec une personne différente une personne malade, ou en fin de vie, qui traverse une dépression, que l’on aide. C’est ce que j’ai essayé de traiter en demi-teinte avec Marie Gillain. Si l’on n’accepte pas sa nature profonde, ses émotions, on ne peut pas être là pour l’autre.
C’est pour cela que j’ai créé ce personnage de femme avocate qui a besoin de faire justice, qui est beaucoup dans le contrôle, qui a quitté le père de sa fille pour de mauvaises raisons, qui est dans ne forme de déni, parce qu’elle priorise en fait ce qui l’a construite. Lorsqu’on grandit avec ce type d’épreuve, ça bâtit souvent notre identité.
A quel moment, dans l’existence – et ça c’est totalement universel – peut-t-on être libre de sa filiation, de l’environnement dans lequel on a grandi. A quel moment on s’en rend vraiment compte. C’est tout cela qui a motivé ce film.
Et surtout, aussi, ce que vous avez vécu avec un frère autiste ?
J’ai bien sûr vécu avec mon frère, notre différence d’âge a été un cadeau. Lorsque je suis née il avait 11 ans et j’ai découvert le monde à travers lui. Ce lien est très poétique et n’a rien à voir avec Pierrot. Pierrot est un autiste typique, ce n’est pas un petit génie mais ce que m’a vraiment apporté mon frère, c’est sa vérité, sa fragilité qui apporte quelque chose d’authentique. Ma façon d’aborder le monde, mon métier.
Les autres personnages du film sont tous en quête d’une transformation, se cherchent et les deux personnes qui dirigent cette ferme, sont des personnes brisées, fragiles, qui vont se reconstruire avec les autres, tous ensemble.
Il y a en fait deux étapes dans le film : Pierrot en ville, avec son casque puis à la campagne, sans casque, qui découvre autre chose
L’image, en fait, délivre ce qui n’est pas dit. C’est ça qui fait que j’ai envie de faire du cinéma.. Je crois que je fais un vieux cinéma car mes référence sont par exemple Claude Sautet, qui film merveilleusement les groupes. C’est Woody Allen qui tourne la caméra dans le couloir, qui part d’un huis clos pour s’ouvrir à la vie.

Tous vos comédiens de second plan sont magnifiquement choisis, dont votre fille Mathilde…
(Rires)… Qui n’est pas mal ! J’ai eu de la chance que tous disent oui.
Quant à Grégory Gadebois, il est époustouflant !
Je ne suis pas certaine que j’aurais fait le film, s’il avait dit non ! Je lui tout de suite proposé le rôle car je crois que c’est le seul acteur en France qui pouvait incarner un tel rôle. Il a un regard. C’est un Stradivarius. D’ailleurs, on ne le dirige pas vraiment… Ce qui était merveilleux c’est qu’on était d’accord sur le fait qu’il ne jouait pas une personne autiste. On a travaillé à travers la sensorialité la temporalité, la poésie, la part d’enfance. Je voulais qu’on puisse l’identifier à ce personnage. C’est un acteur organique.
Et Marie Gillain, qui est aussi magnifique ?
Elle aussi a été la première à qui j’ai fait lire le scénario. Lorsque Grégory a dit oui, je lui ai dit que je voulais Marie. En fait, ils avaient déjà tourné ensemble dans « Les choses simples ». Ils avaient une scène où ils dansaient, ce qui était un supplice pour lui mais le regard de Marie l’avait entièrement libéré. J’avais très envie d’elle et elle m’a comblée car ce qu’elle fait dans le film est très difficile…
Et alors qu’elle n’est pas maquillée, qu’elle les cheveux tirés, elle est belle, lumineuse…
… Et bien filmée !!! Les mots sont une chose mais moi je veux toute l’intériorité de ça. C’est très difficile, ça demande de vraiment construire le sous-texte d’une séquence. J’ai pu faire avec elle (et avec les autres) un travail très précis, le parcours de chacun, le lien avec chacun. Sans vraiment de répétition, on creusait et Marie qui est sans cesse « up and down », il fallait qu’elle aille très loin, qu’elle s’abandonne Elle travaille sans béquille. Elle est exceptionnelle. C’est un cadeau, cette femme !
Pour moi, ils sont tous artistes dans ce film ! A partir du moment où ils sont dans mon film, ce sont des artistes ! D’autant qu’il n’y a aucune improvisation. J’ai mis en place un dispositif qui a fait qu’ils puissent être à la fois en immersion, dans les séquences, dans les décors, dans le travail qu’ils devaient accomplir, avoir des liens tous ensemble et avec l’équipe. Ils ont vraiment fait un travail d’interprètes. Il n’y a pas d’impro.
Le choix de la chanson de Julien Clerc « Ce n’est rien » ?
C’est la chanson de Pierrot, lorsqu’il monte un peu en tension, ça l’apaise, ça le fait redescendre. Et ça, je l’ai observé chez beaucoup de personnes. C’est une chanson thérapeutique et je trouve ça très cinématographique. Et « Ce n’est rien », c’est une chanson qui rassemble dans l’inconscient collectif. C’est la métaphore de comment on traverse l’ombre et la lumière. Ce n’est rien, tout passe… Et je trouve qu’il a une voix rassurante. C’est une chanson joyeuse qui est dans une cadence de vie et elle dit quelque chose de très spirituel.
En dehors de ce premier long métrage de fiction, je trouve que vous avez un cursus remarquable entre cinéma, documentaires, théâtre, télévision, écriture…
Vous êtes gentil mais vous savez, je fais surtout beaucoup de projets liés à une nécessité. Déjà, en tant que réalisatrice, je ne pourrais pas réaliser une commande. Ce film n’était pas pour moi une nécessité au départ. Si ce film existe c’est grâce à mon producteur Christophe Rossignon. Lorsqu’il a vu « On a 20 ans pour changer le monde », il m’a proposé de passer à la fiction. J’ai dit « banco » mais on n’a pas eu les droits pour un livre que je voulais adapter. Du coup, pas de sujet et au bout d’un an il m’a proposé de faire un film autour de la petite fille que j’étai, qui observait son grand frère autiste. Et vraiment, je n’avais pas du tout envie de faire ça. Pourtant, au bout de trois semaines, un sujet est né, qui avait une dimension universelle et surtout pas réduit à un film sur l’autisme »

Vous avez aussi créé « La Maison de Vincent ». Vous pouvez nous en parler ?
Ce sont des lieux comme celui du Lubéron, à taille humaine. Il y a entre sept et dix résidents, en internat ou en accueil de jour, ou encore en stage et la mission de l’association est d’entourer ces gens par des personnes formées à l’autisme, en lien avec un projet inclusif qui soutient la condition écologique où ils vendent les produits sur le marché. Il y a dans la première maison une épicerie au rez-de chaussée de la maison, afin de leur permettre de prendre leur place dans la vie de tous les jours, accompagnés par des équipes et tout cela permet la réduction de la médication, des troubles et le développement de l’autonomie »
Propos recueillis par Jacques Brachet























