Archives mensuelles : juillet 2025

Flore BONAVENTURA à la lumière du Midi

Flore Bonaventura fait partie de… L’aventure « Tout pour la lumière », nouvelle série sur TF1, qui passe hélas un peu trop tôt dans la journée, juste avant « Demain nous appartient et « Ici tout commence »… Beaucoup de séries en séries.
Mais l’avantage est qu’elle se tourne « chez nous », entre la Ciotat et Marseille, sous un beau soleil, même si souvent il s’y joue de sombres histoires, de secrets, de trahisons de rivalités, le tout autour de la musique et de la danse.
Mais comme l’histoire se passe dans une école de comédie musicale, style « Fame », de nombreux artistes qui y jouent sont issus de « The Voice » avec quelques beaux comédiens autour comme Isabelle Otéro, Joy Esther, Gwendal Marinoutou, Mathieu Madénian, Gilles Cohen,  Lannick Gautry, Aurélien Wick, Michaël Cohen avec même l’apparition de Vitaa !
Que du beau monde et une belle brochette de candidats issus de l’émission « The Voice ».
Je n’ai pas oublié la lumineuse Flore Bonaventura qui, alors que la série vient de clore sa première saison et que chacun a regagné ses pénates, a bien voulu m’appeler de Vannes où elle regagné sa famille bretonne.

« Flore, comment s’est passé cette première saison ?
Magnifique, sous le soleil, dans des lieux superbes. J’ai retrouvé des comédiens avec qui j’avais déjà tourné : Isabelle Otéro, Lannick Gautry, Aurélien Wick, nous avons formé une belle famille, même si le tournage était intense.
A ce point ?
Oui car le rythme est très soutenu, sur plusieurs arches nous avons tourné trente épisodes, sur trois mois nous avons tourné quatre-vingts épisodes,  il y avait beaucoup de textes à apprendre que l’on nous donnait deux jours avant le tournage… Nous avons tourné entre La Ciotat et Marseille mais c’était malgré tout très agréable.
Comment êtes-vous arrivée sur le projet ?
Tout simplement parce que mon agent me l’a fait lire et il m’a aussitôt intéressé car il y avait du chant et de la danse. Les essais ont été faits en janvier.
Vous chantez et dansez en temps normal ?
Je chante surtout. J’ai déjà posé des chansons sur Instagram, des reprises dont « White Flag » de Dido, une chanson que j’aime et que je me suis appropriée, et des chansons que j’ai composées.
Et que vous chantez dans la série ?
Non, pas du tout, tout était écrit d’avance, dont les chansons bien sûr.
Alors, parlez-moi d’Iris que vous interprétez…
C’est une jeune femme qui a déjà bourlingué, entre autres dans des OGN. Mais son rêve a toujours été de chanter. Elle intègre donc cette école alors qu’elle est plus âgée que les autres élèves, plus mûre, plus posée et surtout, il y a un secret car elle n’est pas venue pour rien !
Je pense qu’on n’en saura rien ?
Evidemment ! On le saura s’il y a une seconde saison.

Ah… Ça n’est pas envisagé ?
Pour le moment, on n’en a pas parlé… Donc à suivre.
Avez-vous pu profiter de la mer, malgré ce tournage dense ?
Oui, lorsqu’on tournait à la Ciotat, nous y sommes allés. Mais pas à Marseille, d’abord parce qu’il y avait trop de monde et que l’eau n’était pas hyper claire !
Vous avez donc retrouvé Isabelle Otéro ?
Oui et ça a été un vrai plaisir. C’était dans la série « Chambre 327 » et il y avait aussi Lannick Gaudry.
Je jouais la fille d’Isabelle. Isabelle est une actrice admirable, très forte, très exigeante, très concentrée. C’est une grande comédienne.. Je l’aime beaucoup.
Alors, vous qui vouliez au départ faire du théâtre, en fait vous n’en avez pas fait !
C’est vrai, j’ai suivi très jeune des cours de théâtre et puis j’ai très vite été appelée pour jouer dans la série « Commissaire Magellan » et tout s’est très vite enchaîné avec « Alice Nevers », « Les petits meurtres »…
Il y a eu aussi quelques films avec des réalisateurs formidables : Hugo Gélin, Cédrick Klapisch, Xavier Durringer, Jean-Paul Rouve…
Oui, c’est vrai, j’ai eu cette chance. D’ailleurs pour les présélections des César, c’est Hugo Gélin qui était mon parrain.
Qu’est-ce que c’est que ces présélections ?
Avant la sélection définitive, il y a des présélections et chaque artiste a un parrain ; Le mien était Hugo.
Et ?
Et je n’ai pas été sélectionnée… Fin de l’histoire !
Et le cinéma ?
Eh bien, il y a d’abord le fait que j’ai beaucoup fait de télé. Et puis il y a moins de tournages car c’est devenu très cher. Du coup, lorsqu’un film est monté, on prend des artistes célèbres afin de donner toutes les chances au succès du film. D’ailleurs, si nombre d’artistes de cinéma viennent à la télé, le contraire est moins flagrant. Depuis quinze ans que je fais ce métier, beaucoup de règles ont changé, surtout depuis qu’ont été créées des plateformes comme Netflix. Mais ça ne m’embête pas plus que ça, j’aime jouer, que ce soit au cinéma ou à la télévision. Et je trouve mon compte dans les télés ou les séries que je choisis.
Comme « Le crime de la Tour Eiffel » 
Que j’ai beaucoup aimé tourner. C’est un beau téléfilm et je pense qu’il va y avoir une suite à la rentrée.
Et le théâtre alors ?
Alors c’est compliqué de faire en même temps des films et du théâtre. Mais je ne désespère pas d’en faire.
Les projets ?
D’abord prendre de longues vacances chez moi à Vanves et profiter de ma fille. Durant le tournage de « Tout pour la lumière », je l’ai confiée à ma mère qui est à Avignon. Ça n’était pas trop loin pour aller la voir. Mais aujourd’hui, nous sommes retournées en Bretagne et je veux en profiter au maximum. On verra à la rentrée !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Villa Simone : Paul LAY et ses complices… Du grand art !

Villa Simone : Paul LAY et ses complices… Du grand art ! Tout commence par une mélopée aux accents irlandais, chantée d’une voix cristalline par Isabelle Sorling, accompagnée du pianiste Paul Lay qui effleure les touches avec finesse et du contrebassiste Simon Tailleu qui rythme cette litanie. Musique étrange, voix d’ange, accentuée par la stridulation des cigales qui ont décidé de s’immiscer dans le récital.
Et l’on change de rythme avec, nous dit le pianiste, trois chansons américaines d’un autre temps, entre 1860 et 1900. Chansons d’amour, de guerre et de liberté. Le rythme a changé, entre charleston, Gershwin et Dave Brubeck, des musiques sous influence que le pianiste fait allègrement sonner.
On sent le plaisir de l’artiste qui danse sur son tabouret et voilà qu’il nous propose un moment d’anthologie avec cette « battle » qu’il nous offre avec son contrebassiste, d’une dextérité, d’une énergie, d’une intensité qui fait crier et applaudir le public. On sent toute la complicité des trois artistes qui jouent ensemble depuis onze ans. Et si Paul Lay avoue les avoir trompés avec d’autres musiciens pour d’autres aventures, ce trio demeure sa famille et il se retrouve toujours à certains moments de leur parcours
Autre instant à la fois magique et émouvant : Cette chanson qu’a composé le pianiste sur un poème d’un jeune garçon de 17 ans qui suivait ses cours en Allemagne, qui dut, par la force des choses, combattre contre ses amis et mourir dans les tranchées. Poème chanté avec une rare émotion par Isabelle Sorling. Car dans ce trio, chacun a son morceau de bravoure, soutenu par les deux autres.
Et nous voilà à la – presque – fin du concert avec ce nouveau grand moment :  « The battle of the Républic » où quand un gospel – en l’occurrence « Glory Alléluia » – devient jazzy par la voix d’Isabelle Sorling qui nous offre une performance incroyable, entre grave et aigu, entourée des deux autres musiciens. C’est du grand art !
A tel point que le public, subjugué, en redemande debout et que notre trio reviendra deux fois !


Ce fut un superbe spectacle dans ce magnifique lieu qu’est la villa Simone.
Un seul bémol : l’on nous avait placés sur le côté, le temps d’admirer durant tout le concert, le dos du pianiste ! On aurait beaucoup aimé voir les expressions de son visage, tant il y avait de jubilation dans sa façon de s’exprimer.
Mais on eut le temps de le voir de face durant l’entretien qu’il nous accorda après le spectacle… Dans  la pénombre et le chaos des chaises que l’on rempilait !« Paul, il paraît que vous avez commencé à jouer du piano à trois ans ?
(Il rit) Non ! A trois ans, mes parents m’avaient offert un petit clavier pour Noël et j’arrivais, au bout de quelques mois à jouer les chansons qu’on apprenait à l’école ! Ils se sont alors dit que je devais avoir de l’oreille et donc, au fil des ans, j’ai eu des claviers un peu plus larges. Et j’ai commencé vers mes cinq ans, des études de piano avec une prof superbe Mme Lamothe qui était dans les Landes.
Vous êtes des Landes ?
Des Pyrénées Atlantiques. Mais j’ai vécu à Mont de Marsan.
Tout de suite vous avez eu envie d’en faire votre métier ?
J’ai découvert le jazz vers 10/11 ans, et à partir de ce moment-là, grâce à mes parents qui écoutaient des musiques différentes, j’ai très vite vu que le jazz permettait d’improviser, on pouvait inventer de la musique en temps réel et j’ai compris que c’était ça que je voulais faire, que c’était la musique vers laquelle je voulais aller.
C’est incroyable, si tôt  car à cet âge on est plutôt tourné vers la variété. Y avait-il des gens autour de vous ?
Dans mon école de musique, il y avait un atelier jazz, mon prof de piano classique, qui était aussi professeur de jazz m’y a fait entrer. J’avais 11 ans et le fait de pouvoir improviser a été une révélation.

Quelles étaient alors vos influences ?
Je ne connaissais pas grand-chose, je découvrais Herbie Hancock, Miles Davis, Bill Evans, et peu à peu le fil s’est déroulé, les profs et les amis m’ont fait connaître toutes sortes de choses…
A quel moment avez-vous commencé à composer ?
Assez tôt. D’abord pour moi puis à l’adolescence. J’ai essayé de composer des choses et à les jouer avec les copains.
Quelles études avez-vous faites ?
D’abord le conservatoire de Toulouse puis je suis entré au département jazz du CNSM de Paris…
Depuis, vous avez eu un nombre incalculable de prix dont les Victoires de la Musique, L’Académie Charles Cros… et vous êtes jeune !
(Il rit) Je fais jeune mais j’ai déjà 40 ans ! Oui, je passais beaucoup de concours à l’époque, des tremplins qui aident, après, il faut accepter le temps qu’il faut pour s’insérer, que les projets mûrissent et se développent.
Parlez-moi un peu de ce trio magique avec lequel vous avez joué ce soir…
Il est né en 2013, ça fait presque douze ans, au moment où on célébrait Marseille ville culturelle européenne. Nous avons été invités par le théâtre de la Criée pour jouer un programmaeautour de Marseille, avec Isabelle qui ne parlait alors pas vraiment français.
 Nous avons repris des chansons d’Alibert, de Tino Rossi, du folklore marseillais et provençal…
On était loin du jazz !
C’était du Music-Hall venu de l’Alcazar dont on a fait un disque. Et on a beaucoup tourné avec ce répertoire. Après, pour les commémorations des cent ans du jazz à Nantes, l’on a bifurqué vers un autre répertoire en 2017.
Et le classique dans tout ça ?
J’ai commencé par le classique à l’âge de 5/6 ans mais aujourd’hui je continue pour moi. C’est une de mes grandes inspirations, une très bonne manière de continuer à étudier la musique et l’instrument. C’est une énorme source d’inspiration.
Comment sont venues les master classes que l’on peut voir sur les réseaux sociaux ?
C’est dans le cadre de la revue « Pianiste » qui n’existe plus depuis peu, destinée plutôt aux pianistes amateurs de tous niveaux, j’avais la charge  de la partie jazz. J’écrivais une composition assez simple à monter pour les lecteurs, et j’expliquais les rudiments de l’improvisation. J’ai fait ça pendant quatre ans, sur vingt-cinq à trente morceaux, pour le magazine et pour Internet.

Et vous continuez les master classes ?
Aujourd’hui je suis professeur au CNSM de Paris où j’ai intégré le corps pédagogique voici trois ans. J’enseigne aux élèves qui se professionnalisent. C’est rigolo aujourd’hui, de les voir là où j’étais il y a vingt ans ! Ils ont vingt ans, j’en ai quarante, la roue tourne !
Ici, nous vous avons vus en trio mais faites-vous des concerts solo ?
Oui, bien sûr. Demain je suis à Saint-Jamet mais selon les cas, je joue en solo, en trio. Avec celui-ci on a fait des centaines de concerts depuis douze ans. Mais je joue aussi avec d’autres trios piano-basse-batterie et je joue aussi avec orchestres. Nous avons d’ailleurs célébré les cent ans de « La rapsodie in blue » de Gerschwin avec l’orchestre de Strasbourg. Je l’ai joué aussi avec l’orchestre de Tokyo, avec le  Varsovia Symphonia de Varsovie et on va le jouer à la Roque d’Anthéron le 14 juillet.
Il y a une chose que j’apprécie sur vos disques, ce sont les pochettes toujours très belles et très originales…
C’est un travail que nous faisons ensemble avec mon photographe. Il s’appelle Sylvain Gripoix et je lui fais une entière confiance. Je lui envoie la musique du disque et je lui demande de trouver un sujet qui l’inspire. Nous nous faisons mutuellement confiance, Il me fait des propositions. Tout comme la photo des Victoires de la Musique.
Viendrez-vous un jour à des concerts classiques ?
Je n’en ai vraiment jamais fait car j’ai des collègues qui le font mille fois mieux que moi et surtout, même si j’adore ça, ça n’est pas mon mode d’expression. Pour me sentir vraiment bien sur scène, il faut que je puisse improviser. Jouer juste une sonate de Beethoven, je pourrais éventuellement le faire mais ce n’est pas là que je me sens le mieux. J’ai besoin de créer dans l’instant donc je pourrais faire de l’improvisation autour d’une œuvre de Beethoven car c’est mon élément, c’est mon univers. Mais jouer comme des concertistes,  où c’est vraiment leur univers où ils trouvent leur forme de liberté dans l’interprétation, ce n’est pas ce que j’aime. Moi, j’ai besoin de changer, de créer, de travailler la matière.

Et dans ce concert de ce soir, il y a donc de l’impro ?
A 90% ! Il y a juste la mélodie, qui est en fait une partition sommaire de trente secondes et l’on crée tout autour.
Et vos musiciens arrivent à suivre ?
Oui mais ça se travaille, c’est le fruit du mûrissement de dizaines d’années d’études mais l’improvisation se repose sur des codes, sur un langage, sur une histoire, sur un héritage qu’il faut connaître, appréhender, assimiler et ensuite on comprend les règles du jeu et on se fait mutuellement confiance. Pour ce que vous appelez « la battle », c’est complètement improvisé, on ne sait jamais ce qu’on va faire dix secondes après. On se retrouve sur le rythme, sur le tempo. L’une des particularités du jazz c’est le swing, une manière de scander le rythme, de vivre la pulsation corporellement et c’est ça qui nous rassemble.
Alors, le prochain disque ?
Ce sera en mars prochain, avec un magnifique chœur toulousain de dix-sept choristes dirigé par Joël Subiet, « Les Eléments » et un trio piano-basse-batterie. J’ai j’ai écrit une heure de musique sur le thème de la lumière, sur des poèmes de Victor Hugo,  d’Emilie Dickinson,  de Pablo Néruda. On reprend aussi des œuvres de Bach, de Purcell. Il s’intitulera « Waves of light » (Vagues de lumière). Puis nous emmènerons le concert en tournée en mars et en juin ».

Propos recueillis par Jacques Brachet

 Çağla ZENCINI & Guillaume GIOVANETTI
en toute confidence en toute confidence

Arzu est une jeune femme en instance de divorce, son mari voulant lui enlever la garde de son fils.
Pour vivre, elle travaille dans un call center érotique à Istanbul quand un séisme survient. Elle est alors appelée par un jeune garçon bloqué sous des décombres, qui demande de l’aide. Elle va tout faire alors pour le sauver, en appelant le procureur, plus que douteux et va se retrouver dans une spirale infernale où elle-même risque sa vie.
Le film est un huis clos, une sorte de thriller à la Hitchcock, oppressant, plein de dangers et de coups de théâtre dans lequel la jeune téléphoniste va de charybde en scylla, prenant de véritables risques pour sauver le gamin, risquant même sa peau, ne sachant pas dans quel guêpier elle s’est mise.
Jusqu’à la dernière image de ce film intitulé « Confidente », est suspendu à l’histoire. Les plans serrés ajoutent à l’angoisse suffocante de cette femme enfermée dans cette pièce. Angoisse que les réalisateurs nous communiquent. Les regards de cette femme qui a, à la fois, une peur immense mais un courage incroyable sont d’une grande intensité.
C’est un film signé d’un couple franco-turc : Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci . La comédienne Saadet. Aksoy y fait une performance digne de la grande et belle actrice qu’elle est.
Un film inattendu, hors du commun alors que l’action se passe entre une femme et un téléphone, ce qui pourrait d’ailleurs être une pièce de théâtre mais dont les réalisateurs ont fait un vrai film d’angoisse.
Sortis de la projection avec peine, tant on a le souffle coupé, l’on retrouve nos deux réalisateurs, beaux et souriants comme si de rien n’était !
Ils en sont à leur quatrième film et à leur quatrième visite au Six N’Etoiles grâce à Noémie Dumas, la directrice et Pascale Parodi, présidente de « Lumière(s) du Sud, avec qui ils sont devenus complices et amis.

« D’ailleurs – nous dit Guillaume en riant – nous avons signé pour les dix prochains films ! »
Après nous être remis de la projection, j’ai aussitôt pensé à Hitchcock !
Guillaume : C’est flatteur mais vous savez, ça fait partie de notre cinéphilie, ce sont des codes que nous avons intégré, c’est plus ou moins en nous, ces grands films. Ce n’est évidemment pas forcément conscient lorsqu’on écrit un film mais c’est quelque part dans nos neurones.
Avant de parler du film, parlons de vous…
Çağla : C’est notre quatrième film de fiction et tous sont sortis en France. Après, c’est vrai que nous venons du documentaire, nous avons aussi fait des courts métrages de fiction. Notre premier long métrage date de 2012, il a été présenté à Cannes… Et déjà à Six-Fours !
Et depuis, nous avons un pacte de fidélité avec le Six N’Etoiles !
Dans votre cas comment, un Français rencontre une Turque ?
Guillaume : Nous nous sommes rencontrés en Turquie en 2001 dans un lieu complètement improbable : l’ambassade de France. Elle y travaillait et moi je suis venu pour faire un stage dans le cadre de mes études. Nous voulions laisser tomber ce qu’on faisait et choisir une autre voie. Après moult rebondissements, comme dans le film, nous avons décidé d’essayer de faire des films.
Comment êtes-vous venus au cinéma ?
Çağla : Il est ingénieur, je suis économiste, donc loin du cinéma. C’est lui qui m’a dit de venir en France faire du cinéma. J’étais dubitative car pour moi, le cinéma était un vrai métier et nous en étions loin.
Guillaume : Il faut dire qu’avant j’avais développé une cinéphilie et elle avait chez elle une montagne de cassettes de films.
Commençant par des documentaires, qu’est-ce qui vous a poussés à la fiction ?
Çağla  : Lorsqu’on fait des documentaires, on prétend qu’on montre la réalité mais à partir du moment où on pose la caméra, les gens changent et ça change la réalité. Du coup nous avons commencé à faire de la mise en scène. Alors… Pourquoi ne pas faire de la fiction ?
Guillaume : C’est une évolution continue. On commence à faire de la docu et on se rend compte qu’on fait un peu de mise en scène. Du coup, on commence à leur écrire un rôle… Et on finit à faire de la « fiction sincère » !
Ce film, « Confidente », est en fait un huis clos qui pourrait faire l’objet d’une pièce de théâtre !
C’est vrai. D’ailleurs on a le droit d’adaptation mais, n’étant pas metteurs en scène de théâtre, pourquoi pas, si cela intéresse quelqu’un ?
Votre comédienne, Saadet Askoy, est exceptionnelle ! Comment est-elle venue sur ce film ?
Caslar : Nous la connaissions depuis longtemps et nous avions envie de travailler avec elle. Nous n’en avions pas eu l’occasion. Il faut savoir que nous travaillons pour les acteurs, avec leur visage en tête. Déjà, nous voulions travailler avec elle pour notre précédent film « Sibel ». Ça n’a pas pu se faire. Pour ce projet, nous l’avons contactée, elle a voulu lire le scénario et tout de suite elle nous a dit : « Ce film est pour moi » !

Vous avez bien fait. Elle a un talent fou et en plus elle est belle alors qu’elle est peu mise en valeur.
 Çağla : Elle n’a aucun maquillage, pas même un fond de teint !
C’est vous deux qui avez écrit le scénario ?
Guillaume : Oui. Contrairement à nos films précédents, là nous sommes dans la fiction. La seule dimension véritable, c’est la date du tremblement de terre qui a eu lieu à Istanbul mais tout ce que l’on brode autour a été provoqué par le fait qu’il y a deux ans, il y a eu un autre terrible tremblement de terre dans le sud-est de la Turquie. Caslar y était alors, pas moi, et elle a donc vu les échos malheureux des conséquences, des dégâts matériels et humains et de tout ce qui s’est socialement passé après. L’histoire se répétait de façon identique 25 ans après.
C’est ce qui vous donné l’idée de départ de ce film ?
Guillaume : Oui, nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire en tant que cinéastes. Nous avons décidé de prendre ce sujet à bras le corps et de révéler certains nombres de choses. Nous avons donc pensé  raconter l’histoire du tremblement de terre de 2023 en le plaçant en 1999.
Le départ du film est un peu glauque puisque Arzu parle au téléphone avec des types qui sont, soit détraqués, soit grossiers, avec des mots très crus et violents et peu à peu, chaque coup de fil qu’elle reçoit va l’amener un peu plus loin dans ce drame
Guillaume : Notre but au départ n’était pas de montrer les horreurs du tremblement de terre. On aurait pu montrer beaucoup de choses mais on a décidé de tout garder dans le hors champ en faisant un huis clos. On s’est souvenu que dans les années 90, les hot line téléphoniques érotiques étaient extrêmement populaires en Turquie. Nous nous sommes beaucoup documentés pour être pertinents et à partir de là, il fallait garder l’attention des spectateurs. Il fallait une écriture très ténue, avec beaucoup de rebondissements, avec un montage qui suivait ce rythme-là.
Çağla : En faisant des recherches, sur ces hot line, nous avons eu des témoignages des personnes qui avaient pratiqué ça à l’époque et elles disaient toutes : « Nous, nous connaissons tout le pire de l’humanité », d’autant que les appels étant anonymes, elles recevaient tous les désirs cachés, les frustrations, les rancœurs, les dépressions… Et nous avons quand même pensé qu’en dehors de l’histoire, on parlait de femmes qui ont vécu ça durant vingt ans et ça a dû faire un effet psychologique sur elles.
Là, elle est prise entre ce fils que le père veut lui enlever et ce jeune homme qui appelle au secours sous les décombres… Et qui n’est en fait pas si sympa que ça.
Guillaume : Chaque fois qu’on choisit un personnage, ce qui nous intéresse c’est qu’il soit complexe. S’il est négatif au départ, on se rend compte qu’il n’y a pas que du mauvais en lui et inversement. Lorsqu’on creuse un peu, chaque personnage va avoir une double facette. Arzu elle-même est dans une double facette. Et les femmes qui sont au téléphone, on s’est rendu compte qu’elles étaient pour la plupart marginalisées dans leur vie sociale pour des tas de raisons et qui sont à la fois dominantes et dominées par la force des choses.
Arzu est un personnage très très fort car elle est à la fois désespérée mais aussi d’une force et d’un courage rares… A chaque fois qu’arrive un événement, on reste en haleine…
Guillaume : Ce qui a été intéressant lorsqu’on a commencé à créer le scénario, et même après, c’est qu’on s’est documenté sur les autres films de ce genre, qui mettaient des gens dans des huis clos mais tous les protagonistes étaient des hommes et nous avons voulu aller vers un personnage féminin qui arrive à trouver sa force, sa voie. C’est drôle d’ailleurs que nous nous en soyons rends compte après coup. Naturellement nous sommes allés vers un personnage féminin parce que nous trouvions qu’il ouvrait la voie à d’autres possibilités.

Alors, chose surprenante, le film est tourné en Turquie, parlé en turc et le générique est chanté par une chanteuse française !
Guillaume : (Rires) Nous aussi ça nous a surpris !
Çağla : En fait, nous voulions terminer le film par du hard rock car à l’époque il y avait une montée de groupes hard rock et même de groupes féminins. Donc je pensais à elles pour terminer le film avec des guitares et des batteries. Un jour, alors qu’on travaillait, on écoutait la radio lorsqu’on a entendu « Douce » qui porte bien son nom tant qu’on n’écoute pas les paroles qui sont très fortes, d’une grande violence et alors on s’est dit que c’était ça qu’on devait mettre. Mais lorsqu’on a décidé de contacter Clara Ysé qui a écrit et chante la chanson, elle obtenait la Victoire de la Musique. On s’est alors dit qu’on ne l’aurait jamais. Et elle a dit oui. C’est une chanteuse très généreuse et la prod a été très sympa.
Guillaume : Nous aimons travailler par contraste. Le film est un thriller hyper rythmé et d’un coup il y a cette douceur, agréable musicalement mais au niveau du sens c’est ce dont on avait besoin.
Le film a été tourné à quel endroit ?
Çağla : A Ankara, dans la maison secondaire de mes parents. Après le décès de mon père, ma mère ne voulait pas y retourner. La maison était vide, j’ai demandé à ma mère de pouvoir l’utiliser. Elle a dit oui à condition de lire le scénario. Vu le sujet on s’est senti un peu mal à l’aise.
Mais elle a dit oui. On commence à faire tomber un mur pour agrandir l’espace et la voilà qui arrive. Elle me dit alors : « Je n’avais pas pensé à ça… Alors je veux être là tous les jours ! »
Je lui dis que le seul moyen d’être là est de jouer dans le film. Du coup, ma mère, ma tante, leurs meilleures amies, les copines de mon frère sont venues jouer les opératrice du hot line !!!

Elles n’étaient pas choquées de dire ce dialogue ?
Guillaume : Au contraire de ce qu’on pensait ! Nous, nous adorons travailler avec des non-comédiens mais là, vu le sujet, on avait un peu peur de leurs réactions. Et pourtant elles ont joué le jeu… Elles ont même inventé des dialogues et elles ont été extrêmement créatives !!! Elles se sont données à fond tout en tricotant !
Même Saadet trouvait que le dialogue « Pouvait mieux faire », elle a trouvé des personnes qui faisaient du sado-maso et elle a chopé leurs dialogues !
Alors que le sujet ne s’y prêtait pas du tout, on a tourné dans une atmosphère familiale. Certaines femmes venaient avec leurs petits enfants qu’on faisait sortir pour le tournage.
Vous êtes donc un couple, et donc vous travaillez ensemble. Comment ça se passe ?
Çağla, étant un couple dans la vie, notre travail se déroule vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble. On s’engueule beaucoup mais ce qui nous aide, c’est que nous n’avons pas fait d’études de cinéma, nous avons appris ensemble à écrire, tourner, monter  et toutes ces capacités, nous les avons développées ensemble. Nous sommes totalement complémentaires et nous ne pouvons rien faire l’un sans l’autre.
Guillaume : Et ça fait vingt-trois ans que ça dure ! »

Magnifique couple qui nous offre un film qui nous tient en haleine jusqu’au bout… Et ce n’est pas fini, tant ils cogitent plein de projets, dont trois sont sur la table : le premier est un film d’art martial de genre et d’auteur dont le rôle principal sera tenu par une athlète de Kung Fu qui va essayer de transmettre le calme et la philosophie aux femmes, pour leur permettre de se reconstruire. Le second est une tentative de long métrage à partir du court métrage tourné il y a dix ans sur un ouïghour s’est enfui en France refaire sa vie, aidé par un chinois de Hong Kong. C’est un thriller géopolitique. Le troisième projet se passe en Corée du Sud, une quête historique d’une jeune femme turque qui vient rechercher les traces de son grand-père supposé mort.
Trois films, trois voyages, trois histoires très différentes qui vont encore les mener à voyager… Mais qui feront escale à Six-Fours pour chacun, promis !
Alors… A bientôt !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Justine, responsable de la communication et Noémie Dumas directrice du Six N’Etoiles, Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti, les réalisateurs, Pascale Parodi, présidente de « Lumière(s) du Sud