Un jour, mon amie Mick Micheyl – chanteuse, auteure, compositrice, meneuse de revues, productrice et animatrice d’émissions de télé mais aussi sculptrice sur acier – m’envoie un CD d’un jeune chanteur qu’elle parraine, nommé Michel Monaco. Il est jeune, il est beau et, sans sentir le sable chaud il a une voix de velours, une voix de chanteur romantique, teintée de nostalgie, à l’image des Jean-Jacques Lafon, Franck Michaël, Pascal Danel, Frédéric François, Hervé Vilard… Notre rencontre est aussitôt amicale et depuis quelques décennies, je suis son voyage musical avec intérêt. Et voilà que je reçois aujourd’hui son nouveau CD « Michel Monaco, ses chansons romantiques », Vingt chansons, dont sept nouvelles et toutes signées, pa lui et son complice Pascal Ritter, les autres par des pointures comme Jean-Paul Cara, Eric Charden, Guy Mattéoni, Jean-Jacques Lafon justement, Didier Barbelivien, Alain Turban et quelques autres, toutes… plus romantiques, tu meurs ! Empreintes de nostalgie, elles nous font remonter le temps où l’on pouvait serrer sa partenaire dans un slow langoureux… « Où sont passés nos slows d’été » chante-t-il d’ailleurs. Il chante l’amour comme personne, de « Comme un toréador » à « Vieillir ensemble » ou encore « Les couleurs de l’automne ». Les paroles sont belles, les musiques planantes et sa voix les sert de façon magnifiques. Un peu de romantisme et de douceur dans ce monde de brutes, ça ne fait pas de mal ! Bien entendu je veux en savoir un peu plus.
Et l’on se retrouve au téléphone (en « phoning » comme on dit aujourd’hui !) et durant une heure on s’est tout raconté comme on le fait à chaque fois. Michel, une question tout d’abord : Tu avais sorti, il y a quelque temps, un album « Mes plus elles chansons d’amour » sur lequel tu proposais anciennes et nouvelles chansons. Et là, pour « Ses chansons romantiques », en dehors des sept nouvelles chansons on retrouve des anciennes du précédent album. Pourquoi pas « que » de nouvelles chanson ? Il se trouve qu’un producteur du Nord m’a proposé de sortir un CD de ces anciennes chansons, pour le distribuer dans le Nord et la Belgique. J’ai été un peu étonné mais je me suis dit « pourquoi pas ? » à condition d’y ajouter de nouvelles chansons pour un public qui connaît toutes les autres. Voilà comment cela s’est fait, alors qu’au départ je n’y pensais pas ! On le sait, tu aimes la chanson française à laquelle tu rends hommage. Il y a bien sûr ta marraine en chanson Mick Micheyl mais il y aussi Piaf, Ferrat, Dassin pour lesquels tu as consacré des chansons. Comment cela te vient-il. ? Par admiration mais aussi par hasard. Par exemple, j’ai d’abord écrit « Joe » pour rendre hommage à Dassin. J’ai alors l’occasion de rencontrer l’auteur-compositeur Claude Lemesle avec qui Joe a travaillé, qui a aimé cette chanson et qui m’a donné l’idée d’écrire la vie de Joe Dassin à travers ses chansons. J’ai fait un choix en y incorporant trois chansons moins connues de lui. Claude m’a conseillé de ne pas les mettre et de n’enregistrer que des chansons plus connues. Ce que j’ai fait. Sans compter que Claude m’a raconté des anecdotes sur Joe qu’il m’a donné l’autorisation d’incorporer dans mon spectacle.
Pour Ferrat ? C’est un peu la même chose après que je lui aie rendu hommage à travers une chanson : « Monsieur Jean ». Ça a été pour moi une belle rencontre musicale et j’ai eu envie de faire un disque et un spectacle autour de ses chansons. C’est un spectacle qui a très bien marché. Puis il y a eu Piaf… Oui, mais c’est différent. J’avais fait un album pour rendre hommage à Mick, « De Mick à Michel » et Je suis sur le point d’enregistrer une chanson « On n’est pas prêt d’oublier » sous le regard de Mick. J’avais quelques problèmes et je demande à Mick comment elle l’aurait chanté. Elle qui n’avait plus chanté depuis quelques années, se met à la chanter et l’ingénieur du son l’enregistre. A la suite de ça il fait un mix de nos deux voix et le lui fait écouter. Au départ elle n’est pas convaincue mais finalement nous l’enregistrerons pour les 40 ans de la disparition de Piaf ! Et elle viendra la chanter sur scène avec moi ! Puis tu enregistrera son énorme succès « Un gamin d’Paris »… version dance ! (Il rit). C’était totalement déjanté mais drôle à faire ! Après quoi tu vas faire deux tournées des églises avec Michèle Torr et Natasha Saint-Pier. C’est une idée de Michel Algay, le producteur des tournées « Age Tendre » qui me les a proposées. Pour les dix ans d’Age Tendre, en 2015, il m’incorpore dans le programme mais la tournée va cesser brutalement car il est endetté et on l’oblige à arrêter les spectacles.. Du coup il me propose la tournée dans les églises avec Michèle en 2015 et celle avec Natasha en 2018. Alors aujourd’hui tu prépares une nouvelle tournée intitulée « On a toujours 20ans ». Raconte… C’est un spectacle où je chante toutes mes chansons mais où, entre elles, je raconte des anecdotes, mes rencontres avec tous ces artistes avec qui j’ai collaboré, comment sont nées ces chansons… Tu n’arrêtes jamais ? Tant qu’on me demande et que le public est là, je n’ai pas envie d’arrêter. Je continuerai tant que je serai en forme et en voix. C’est ma vie. C’est ma passion.
C’est dans la pinède de l’Argentière à la Londe, les pieds dans l’eau, que le festival « Jazz à la Londe » fêtait sa dix-septième année. Chaleur intense, heureusement la brise marine nous apportait un peu de fraîcheur sous un ciel menaçant. Le camp de base regroupe les artistes, l’équipe du festival et les bénévoles, les journalistes et les photographes, sous le regard du directeur artiste et fondateur du festival, néanmoins flûtiste et trompettiste émérite, Christophe del Sasso. On y rencontre les musiciens de l’Opéra de Toulon, ceux du Big Band « Big Sud » créé par Christophe et Nicolas Folmer, trompettiste, auteur, compositeur et chanteur, tout cela dans une ambiance cordiale que l’on trouve aujourd’hui rarement dans les festivals ou tout le monde fait la gueule ou a des difficultés à porter leur melon ! Ici tout le monde rigole, parle ensemble autour d’un tiramisu « de ouf » comme disent les jeunes.
Nicolas Folmer
Christophe del Sasso
Andréa Caparros
Côté scène ça répète. Côté coulisses ça se retrouve en trinquant avec les vins de Provence. On croise Andréa Caparros et Nicolas Folmer, buvant un verre entre amis et avec la famille. Seul Christophe se démène pour régler tous les problèmes. Ambiance familiale et amicale donc où l’on vientde temps en temps nous demander si tout va bien… Et comment en serait-il autrement ? Le temps de faire quelques photos, de discuter avec les uns et les autres, l’heure est à la préparation et les artistes partent se préparer. Les partitions sont installées sur les pupitres, les musiciens, tout vêtus de noir, s’installent, seul Christophe arrive avec un polo vert ! Tout pourrait aller le mieux du monde quand un contretemps voit s’éparpiller les spectateurs comme une volée de moineaux pour aller s’abriter d’une averse impromptue. Le concert est-il compromis ? Dans l’attente, on se retrouve au catering pour boire un verre.
Mais l’averse n’aura pas duré longtemps et, le temps de sécher les partitions, les artistes reprennent leur place et Christophe revient frapper les trois coups, présenter les deux orchestres et le concert peut alors débuter sous la pinède où les immenses pins se colorent de rouge et de bleu, créant un décor inattendu et féerique. Auparavant, un peu plus loin, des spectateurs avaient pu se régaler d’un « apéro jazz », assis dans l’herbe, sirotant un verre de vin blanc. Revenons au concert. Un concert inhabituel puisque trente-cinq musiciens se mêlent dans une musique classico-jazzy, mélange des musiques venues de Broadway et… de Provence puisque nos amis ont revu et corrigé nos chants traditionnels comme « Le Coupo Sante » couleur jazzy mais en provençal ! Nicolas et Christophe ont écrits des musique qui sonnent aussi bien dans les trois langues, le français, l’anglais, le provençal. Nicols nous charme même avec ses propres compositions qu’il a créée dans le petit village des Alpes Maritimes, Guillaumes à qui il rend hommage à son château chanté par Andréa Caparros, belle sirène venue du Brésil toute de strass vêtue, à la voix ensorcelante, sous le regard de José son guitariste de père qui joue dans le Big Sud.
Ce métissage est une belle réussite et cette soirée restera un grand moment musical de ce sympathique festival fait de passion, d’amitié, de rencontres inattendues. Nougaro chantait « Le jazz et la Java », nos amis chantent « Le jazz et la Provence ». A noter encore le talent multiple de Nicolas Folmer qui, auteur-compositeur doué, les chante avec une voix et une rythmique incroyablement ressemblantes à celles de Michel Legrand dont il est un fervent admirateur. Et ce duo fort émouvant, le traditionnel provençal « Se canto » qu’ont interprété en provençal Andréa et la trompettiste Shekina Rodz qui a également une voix d’ange. On se souvient de cet hommage qu’il nous avait offert l’an dernier à la Villa Simone de Six-Fours. Malgré l’averse qui a failli tout gâcher, ce fut une éblouissante soirée sous les pins de l’Argentière.
Ceux d’entre nous qui, dans les années 60 mythiques avaient entre 17 et 20 ans… Ont aujourd’hui 80 ans. Du moins pour ceux qui ont tenu le coup jusque-là car, durant ces décennies, beaucoup nous ont hélas quittés. Ceux qui restent – comme moi – ont résisté mais nous sommes de moins en moins. Et c’est pour cela qu’il ne faut pas les oublier. Né comme moi en 46, comme Alice Dona, Hervé est donc toujours là et c’est avec joie et quelque nostalgie que l’aime rappeler à quel point ils ont compté pour moi et pour la Chanson Française. Il ne faut pas les oublier J’ai connu quatre de ces chanteurs en même temps : Hervé, Christophe, Michèle Torr qui partageaient le même spectacle et une certaine Nicole, alors habilleuse d’Hervé et qui devait devenir Nicoletta. Avec qui j’ai gardé des liens indéfectibles.
Première tournée
Retrouvailles avec Hervé et Nico
Tournée « Age Tendre »
Hervé a une carrière incroyable et belle dont il peut être fier car, comme quelques artistes de cette époque, il n’a jamais arrêté de chanter, en France et à l’étranger où il a toujours été très demandé. Et ce n’est pas parce qu’on ne voit plus ces artistes sur le petit écran qu’ils n’existent plus… la preuve ! Hervé, lui, a continué son bonhomme de chemin avec, en plus de ses concerts, de ses disques, l’écriture qui a toujours fait partie de sa vie mais qui, de plus l’a remis sur le devant de la scène grâce à son autobiographie qui a fait un carton. Il est loin aujourd’hui, heureusement, le petit garçon malheureux de la DDASS, qui nous émouvait avec son premier succès « Capri, c’est fini » et qui nous a fait monter les larmes en nous racontant admirablement son enfance dans son autobiographie « L’âme seule » (Ed Fayard). L’homme est beau, souriant, chaleureux, heureux de vivre et de chanter. Il a quelquefois des humeurs de diva mais il a toujours été très près de son public… Et de la presse, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec les nouvelles générations. Nous avons toujours gardé des relations amicales durant ces décennies, jusqu’au jour où il a décidé d’arrêter de chanter pour ne pas devenir un vieux chanteur pathétique. Mais remontons le fil du temps.
Sur le Charles de Gaulle avec Charden
Avec mon parrain JP Foucaut, à Monte Carlo
Nous sommes en 2006 à la Fête du livre de Toulon. « J’en suis à mon vingtième concert de l’été, j’en ai encore une dizaine et j’en ai déjà 30 pour cet hiver… Que demander de plus ? Je suis toujours heureux de retrouver mon public. Je dirais plutôt « le » public car il y a plusieurs générations aujourd’hui, il y a ceux qui prennent le train en marche, le monde bouge et je suis comme un papillon. Je suis content de chanter en place publique devant ce rapprochement familial et de voir ce qui s’en dégage d’humain… Aujourd’hui il y a un autre public qui découvre l’écrivain ! Ecrivain est un grand mot… Il se trouve que j’ai fait un livre qui s’est vendu à 200.000 exemplaires, qui a été salué par la critique et, qui plus, a été donné comme sujet de bac à Montpellier…C’est magnifique, non ?» Recordman des ventes sur cette fête du livre, s’il y avait un stand où l’on ne pouvait plus bouger c’est bien sûr celui de lalibrairie où s’était installé Hervé Vilard. 40 ans d’amour avec un public indéfectible qui n’a pas cessé d’affluer durant deux jours et de patienter car Hervé est attentif à tous, a un mot gentil, un sourire, une bise pour chacun, quand ce n’est pas la photo qu’on veut prendre avec lui. Il est d’une patience angélique et ne se donne le temps que d’aller fumer une cigarette (son vice !) pour revenir signer à tour de bras. D’autant que « L’âme seule « , son premier livre de souvenirs, a été autant signé que son second dont le titre est » Le bal des papillons » (Ed Fayard). C’est dire la fidélité de son public. Il prendra aussi un moment, qu’il me consacrera comme toujours, en souvenir de tous les galas, de toutes les tournées, de nombreux beaux moments que nous avons passé ensemble sur les routes. « Ce virus de l’écriture, tu sais, il y a longtemps que je l’ai puisque, si j’ai pu écrire ce livre, c’est grâce à tous ces cahiers que je n’ai jamais cessé de remplir depuis mon plus jeune âge. Et ça m’a bien servi pour remettre les événements dans leur contexte et avec les dates certifiées ! Mais j’ai mis du temps à sauter le pas en me posant beaucoup de questions.
Lesquelles ? D’abord, il me fallait les années, la maturité car écrire sa vie c’est quelque chose de très singulier, des livres de chanteurs, il y en a des tonnes et tous ne sont souvent qu’anecdotiques avec quelques photos souvenirs au milieu. Tant qu’à faire quelque chose, je voulais que ce soit parfait et je ne voulais pas « que » raconter ma vie. Je voulais qu’il y ait du ressenti, qu’à la limite, ceux qui ne connaissent pas Hervé Vilard puissent le lire comme un roman. Bien sûr, c’est ma propre histoire mais encore faut-il en faire quelque chose de bien, que ce ne soit pas écrit dans la douleur, que ce ne soit pas larmoyant. Il fallait donc un temps d’assimilation et puis d’écriture, de réécriture car je suis perfectionniste… il y a quelques métaphores dont je suis content ! Heureux, donc ? J’avoue que j’ai adoré ça. A tel point que je suis déjà sur mon troisième ! J’ai déjà écrit quelque 250 pages que je travaille et retravaille dès l’aube, en regardant par la fenêtre. C’est un très bel exercice, un travail sur soi et je prends le recul nécessaire pour écrire et relire mes carnets… Alors, pourquoi ces carnets ? C’était pour passer le temps et puis, je pensais sincèrement que cette période serait éphémère, que je n’en ferais pas vraiment un métier parce que le succès était arrivé trop vite. A force, c’est devenu quelque chose d’habituel, de nécessaire. Et je continue aujourd’hui ! Dans ce second volet, il est surtout question de ce succès autour de « Capri c’est fini » et de tes premières tournées… Nicoletta, Michèle Torr, Dalida, tes amies et… Claude François qui en prend un coup ! J’ai voulu montrer les deux côtés de ce métier. Faire un parallèle, par exemple, entre Claude et Dalida, liés par les mêmes déracinements, les mêmes problèmes, heurs et malheurs mais dont le comportement était diamétralement opposé. Entre l’idole inhumaine et la femme de cœur. Entre la revanche et la passion du métier et au milieu, le public que l’un bafouait et l’autre adorait. Dalida était une personne humaine, sensible, qui s’intéressait aux gens, qui donnait une chance aux chanteurs comme moi, Mike Brant, Jean-Luc Lahaye qu’il a hébergés aux temps difficiles. Claude avait un côté inhumain, il traitait les gens avec qui il travaillait comme des esclaves, il ne supportait pas le succès d’autres chanteurs qu’il voyait toujours comme des ennemis. En fait, il ne pensait qu’à lui. Pour Nicoletta et Michèle, c’est la jeunesse qui nous a réunis et puis la tendresse qu’on se porte toujours.
Tant qu’il aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire. Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde. Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ? C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur. Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié. Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet… Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels. Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions. Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ? Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur. J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « . 50 ans après, comment vois-tu ton métier ? Comme on le voit tous. Sans humanité. La passion, l’amour du métier ont laissé la place au marketing. On lance une chanson, un artiste, on l’appelle d’ailleurs « produit », ce qui est significatif… Et après, il ne reste plus grand chose. Les jeunes d’aujourd’hui, pour certains du moins, ont le même désir, les mêmes espoirs que j’avais. Mais moi je me sentais épaulé, j’avais autour de moi des gens qui me considéraient, qui m’aimaient, qui m’aidaient. Alors qu’aujourd’hui on les lâche dès que ça marche moins. On vit une époque où tout est cloisonné. A la nôtre il n’y avait pas cette ségrégation ! Je me souviens d’une rencontre avec Brassens qui me chantait «Capri» avec joie, de Brel lorsque j’ai chanté en première partie de son spectacle, qui était là avec son corps, ses yeux… Nous étions à Rio, il y avait 40.000 personnes et je chantais pour Brel. Il m’écoutait avec sa force, sa vérité. Ferré qui était un ange avec Nicoletta… Pour ceux-là, j’essaierai de m’appliquer toute ma vie Mais aujourd’hui, tout ça est en moi, avec moi et lorsque je fais mon 13ème Olympia au mois de mai, il y a toutes ces mères qui me portent et pour certaines… je pourrais être leur père ! Et puis je pars à Toronto, Chicago, New- York… Et j’ai cinq Carnegie Hall à mon actif !… Pas mal non, après tout ce qu’on a pu dire sur moi !… Tant qu’il y aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire. Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde. Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ? C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur. Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié. Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet… Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels. Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions. Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ? Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur. J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « .
Nous nous sommes donc retrouvés comme il y a cinquante ans, sur ces tournées «Age Tendre», avec Michèle et un ami de toujours, Didier Claudon qui, fan des deux artistes, est devenu au fil des années leur ami, comme il est le mien depuis tout ce temps. Depuis quelque tempi Hervé s’est retiré du métier après un ultime Olympia d’adieu. J’espère qu’il coule des jours sinon heureux, du moins sereins, même si pour lui, aujourd’hui, Capri c’est fini. Mais est-ce vraiment fini ?
Jacques Brachet Photos Christian Servandier & Jacques Brachet
Alice et moi est une grande histoire d’amitié. Nés la même année en 1946 (Eh oui, ce n’est pas hier !) nous avons débuté presque ensemble, elle dans la chanson, moi dans le journalisme. Et comme en ce temps « jadis », on abordait sans problème ces artistes naissants dits « yéyé », on s’est très vite retrouvés sur le chemin des tournées et on a gardé des liens et des souvenirs à la pelle. J’avais envie de parler d’elle et de nos rencontres si nombreuses et si amicales, en vous racontant son histoire et peut-être aussi de ne pas oublier tous ces beaux souvenirs.
A Toulon avec la sœur de Gilbert Bécaud
Il était une fois une petite jeune fille nommée Alice Donadel. Le père ayant une station d’essence à Taverny, tout en chantant, Alice servait donc l’essence aux passants. Puis elle partit sur Paris où elle rencontra celle qui allait devenir son amie : Mireille, qui dirigeait alors le Petit Conservatoire de la chanson où débuta notre jeune chanteuse qui, en cette époque dite “yéyé” enregistra très vite quelques sympathiques succès : “Demain j’ai 17 ans”, “Mon petit train de banlieue”, “C’est pas prudent”, “Les garçons”, “Il suffit d’un rien pour être heureux”…. Et elle était heureuse de ce succès Mais elle se lassa très vite de chanter du twist… “Au départ – me confiait-elle lors d’une de nos nombreuses rencontres – j’étais ce qu’on appelait une “ACI”, c’est-à-dire auteur-compositeur-interprète, ce qui était alors très rare chez les chanteurs encore plus chez les chanteuses, dans ces années où l’on se contentait de traduire les succès anglo-saxons. Après… je n’ai plus été qu’interprète et compositeur… Après… je n’ai plus rien été du tout… Après… je suis redevenue compositeur… Après… je suis aussi redevenue interprète… Après… je suis devenue la mère de Raphie, la coach de la Star Academy !!! Après… je suis devenue la femme de Laurent Boyer ! Voilà comment je pourrais résumer ma carrière !” Grand éclat de rire d’Alice, devenue Dona entre temps, qui aujourd’hui, laisse le soin à des professionnels d’écrire les textes de ses chansons : “Je ne m’en sens plus capable ou alors j’écris des chansons interminables et je ne m’en sors plus. Je fais donc confiance à d’autres” Elle a donc été, durant très peu d’années, “la collégienne de la chanson” avant de se rendre compte qu’elle n’était pas faite pour ce genre de musique. Son mariage et l’arrivée de sa fille (La fameuse “Raphie” si contestée !), lui ont en quelque sorte donné un alibi pour arrêter ce qu’elle n’était pas satisfaite.
Explications : “J’ai totalement arrêté la scène durant dix ans. Et j’ai totalement arrêté le métier durant trois ans car après, je me suis remise à composer, au départ, sans but précis puis en ayant de plus en plus envie d’écrire pour les autres. L’envie de chanter m’était passée. Pour que j’évolue, il fallait une cassure car j’avais cette foutue étiquette de “chanteuse yéyé” qui me collait à la peau. C’était infernal ! Au départ ça a été très dur d’aller taper à la porte des éditeurs ou des artistes car dans le métier j’étais une OVNI. Etre une femme et en même temps une vieille chanteuse yéyé… C’était rédhibitoire !” Et il y a eu la première rencontre décisive : Claude François ! Effectivement, il y a eu la rencontre avec Claude François ! D’abord la rencontre avec Pierre Delanoë qui a écrit des paroles sur une de mes musiques de ce qui allait devenir “C’est de l’eau, c’est du vent”, dont Claude a fait un succès. Et du coup, Pierre m’a fait une réputation de compositeur “musclé… Il disait à qui voulait l’entendre : “Dona, elle écrit comme un mec !”. Alors, à force, les portes ont commencé à s’ouvrir : Vartan, Carlos, Vilard, Sheila, Mathieu, Dassin, Macias, Régine, Croisille… Tu sais, c’est très agréable lorsqu’on vient frapper à ta porte ! Mais c’est vrai que ma rencontre avec Claude a été importante, car cette chanson a été mon premier succès et puis, alors que j’étais dans ce fatal appartement du Boulevard Exelmans, en train de lui chanter ma chanson, je me souvenais que, trois ans auparavant, je criais à m’époumoner “CloClo” au poulailler de l’Olympia… Et là, il allait me chanter ! Et puis je lui ai écrit d’autres chansons et il est devenu mon ami. Nous avons souvent travaillé ensemble et, comme je suis restée bon public, je m’émerveillais toujours autant de me retrouver avec lui… même si, quelque part, il était descendu de son socle d’idole. Mais il a toujours été formidable avec moi…”
Mais finalement, Claude, Hervé, Sylvie, Sheila et les autres… ça faisait toujours parti des yéyés ! Et c’est ce qui m’ennuyait un peu, même si j’étais ravie d’écrire pour tous ces artistes mais j’avais quand même en moi des goûts assez traditionnels, très “chanson française” et j’avais envie d’écrire des chansons moins “mode”, plus intemporelles. J’ai toujours eu une grande adoration pour Gilbert Bécaud et je rêvais d’être le Bécaud féminin… rien que ça ! Il y a plein de ses chansons que j’aurais voulu écrire. C’est d’ailleurs pour ça qu’un jour je les ai chantées… Bécaud, je le considère un peu comme mon parrain… Et lorsque je le rencontrerai, ça marquera ma vie d’artiste…. Mais avant ça, il y a la rencontre avec Serge Lama… J’avoue donc que je stagnais un peu avant que je rencontre Serge Lama. Et pourtant, avec lui ça n’aurait pu jamais se faire. Je le considérais comme un chanteur “Rive gauche” alors que je ne le connaissais pas… et n’avais pas envie de le connaître. Mais voilà qu’une de mes chansons “Un jardin sur la terre” est sélectionnée pour représenter la France à l’Eurovision et mon équipe m’annonce que ce sera Serge Lama qui défendra la chanson et qu’il serait bien que j’aille le voir sur scène. C’est donc contrainte et forcée que je vais le voir à la Villa d’Este et là, je l’avoue, ça a été le coup de foudre en quelques minutes. J’étais au premier rang, il chantait “D’aventure en aventure” et il a dû voir la tête que je faisais car il est parti d’un grand éclat de rire en pleine chanson ! C’est ainsi que je suis devenue à la fois inconditionnelle et amie avec Serge. Et c’est grâce à lui que tu vas rencontrer un autre Serge : Reggiani. Reggiani… Je n’arrivais pas à imaginer ! Merveilleuse rencontre… Figure-toi qu’il était une de mes idoles. C’était un comédien hors pair qui, à mon sens, n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir. Lorsqu’il s’est mis à chanter j’ai aussitôt essayé d’entrer en contact avec lui mais, aux yeux de son entourage, la petite chanteuse yéyé n’avait aucune chance… Jusqu’au jour où, après quelques succès avec Lama, ce même entourage est venu frapper à ma porte ! Comme j’aime crever les abcès, je leur ai rappelé mes tentatives… dont bien sûr, ils ne se souvenaient pas… Et c’est ainsi que j’ai pu enfin rencontrer mon deuxième Serge et que ça a superbement collé entre nous. C’était un gros nounours très attendrissant et je crois que je n’ai jamais rencontré une telle osmose entre un chanteur et un comédien…”
Et puis, retour à la scène ! Ça, c’est encore la faute à Lama ! Un jour il m’annonce : “On va faire un disque… -Tu veux que je chante avec toi ? – Oui… accessoirement mais surtout, tu vas faire un album !” Je n’y croyais absolument pas mais il a fini par me convaincre en ressortant des maquettes non abouties, dont personne ne voulait et il m’a dit : “Ce sont des chansons pour toi !” Pourquoi pas au fond… Ça me faisait plaisir de revenir dans des studios, sans plus et surtout sans autre idée que de refaire un disque. C’est ainsi qu’on a fait le 33T nommé “L’antistar”, le titre étant donné par ce fameux duo et qui alors représentait bien ce que je faisais : “Moi j’adore être derrière celui qui est devant”. Coup de bol, ça a marché… Et du coup, retour sur scène ! Toujours la faute à Lama ! J’allais souvent le retrouver en tournée et quelquefois, il disait au public que j’étais là et je montais sur scène faire “l’antistar”… Jusqu’au jour où il m’a annoncé que je ferais la première partie de ses spectacles… Et c’est comme ça que tout a recommencé ! Il y a eu plein d’autres rencontres…. Oui, bien sûr, comme Maurice Genevoix pour qui j’ai fait une chanson d’après un de ses poèmes “La rouquine… Brassens, si charmeur, si simple, aimant tant tous les styles de chansons et qui a accepté de chanter avec moi dans un show Carpentier ma « Chanson hypercalorique», Dalida, grâce à qui “Je suis malade” est devenu un énorme tube, et par elle et par Serge… Ces gens qui me rendent heureuse d’avoir fait ce métier. Rien que pour ces rencontres, ça aura valu le coup que je fasse ce que j’ai fait… Tu aimes les artistes… J’aime les rencontres, j’aime écrire pour les beaux et vrais artistes et pour cela, j’aime entrer dans leur vie et qu’ils entrent dans la mienne. J’ai besoin de connaître, d’échanger, je ne suis pas un compositeur à la mode, je ne peux pas écrire sur commande. J’écris des chansons pour qu’elles durent, qu’elles ne datent pas. La chanson, ça n’est pas toujours fait pour vous faire réfléchir mais aussi pour faire rêver, oublier les soucis quotidiens. La chanson, on la chante en se levant, en se rasant, en allant au boulot. La vie est assez grise pour y mettre un peu de rose et je préfère considérer la bouteille comme à moitié pleine plutôt qu’à moitié vide !»
Avec Claude Lemesle & Jean-Claude Petit
Avec Catherine Lara sur les tournées « Age Tendre »
La petite fille de Taverny n’a pas oublié qu’elle a fait un peu ce métier grâce à Gilbert Bécaud. En 2003, c’est la Ville de Toulon qui l’appelle pour venir lui rendre hommage. Elle a déjà dans la tête l’envie de rendre hommage à celui qui a si bien chanté “Les marchés de Provence” et, en attendant le spectacle qu’elle lui consacrera, elle réalise enfin son rêve : faire un disque “Merci Monsieur Bécaud”, regroupant ses chansons préférées du poète-chanteur toulonnais et voilà qu’on lui demande si elle veut bien être la marraine, aux côtés de Mme Lavieille, sœur de Gilbert, de la plaque que l’on va inaugurer sur la maison natale de Gilbert Silly. Elle dit oui sans hésiter et en ce printemps 2003, la voici à Toulon, devant la maison de son idole, chantant avec Les Coureurs d’Océans, les succès immortels du chanteur, avec la sœur de celui-ci et le maire de Toulon M Falco… “Ce disque – m’explique-t-elle au cours d’un ultime et charmant repas – est celui que je veux faire depuis le temps où, toute jeune, je déclarais, je te l’ai déjà dit, “Je serai Bécaud un jour” Je ne le suis pas devenue mais le disque est là… Le choix a-t-il été difficile ? Oui, bien sûr, j’avais envie de tout chanter car chez Bécaud, il n’y a rien à jeter ! Mais bon, il y avait d’abord les intouchables, tellement marquées de sa personnalité, qu’il n’y avait plus à y revenir. Il y avait celles qu’on ne pouvait pas mettre au féminin. Et enfin, il y avait les incontournable comme – eh oui ! – “Age Tendre et Tête de bois”, “Croquemitoufle”, qui ont bercé mon enfance, “Le mur”, “L’important c’est la rose” et celles pour s’amuser sur scène : “Alors, raconte”, “Les Tantes Jeanne”. Et puis, celle que j’aime par-dessus tout : “L’indifférence” Cela donne un magnifique disque en hommage à l’homme à la cravate à pois, cravate qu’elle portait sur scène et qu’elle emmenait en tournée. Elle compose, elle chante, elle joue la comédie et elle écrit. En fait, elle fait tout bien. Et la voici donc à l’écriture… de livres ! Pourquoi, tout à coup cette furieuse envie d’écrire ? En rigolant, elle me rétorque : » Parce que j’étais une frustrée des mots ! J’écris de la musique et je m’y complais mais j’ai peu écrit de textes et de plus, cela ne me suffisait pas. Quelquefois j’avais envie d’en écrire plus mais dans une chanson, on est vite limité, on ne peut pas développer. Alors, j’ai commencé comme tout le monde, c’était facile et c’était la mode, par une autobiographie » La vie à l’envers » (Ed Michel Lafon). Voilà, ça c’était fait. Et puis, j’ai eu envie de rendre hommage à ma petite sœur trisomique en écrivant » Cricri » (Ed Anne Carrière) et je crois que c’est à partir de là que j’ai eu vraiment le pied à l’étrier. De plus, j’avais trouvé en Anne Carrière une éditrice heureuse, fidèle, affectueuse. Nous sommes vraiment sur la même longueur d’onde et elle m’a suggéré d’écrire un roman. Vivre avec ma petite fille de 15 ans m’a donné l’idée de ce premier roman « Mamie a eu 15 ans ». Enfin ce dernier » Chanteuses ou coiffeuses » (Ed Anne Carrière), c’est une fille qui avait le même accent que toi qui m’a donné l’idée de parler de cette expérience magnifique que j’ai vécue avec mon école. D’autant que cette question a fait tilt chez moi : Comment peut-on poser une question pareille si l’on a vraiment le feu sacré, l’envie de faire ce métier ? Moi, très jeune, je ne me suis pas posé la question, j’ai foncé et j’ai toujours su que je ne pourrais pas faire autre chose que de la musique. Sous quelle forme, je ne savais pas mais ce serait la musique ou rien ! « Et la maman de » Raphie de la Star’Ac » et la compagne de Laurent Boyer a bien fait et ça ne lui a pas trop mal réussi puisque ses chansons, chantées par elle ou par les autres, sont aujourd’hui dans la mémoire collective.
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» Alors aujourd’hui : Romancière ou chanteuse ?
Les deux mon capitaine, j’aime toujours autant composer et ne peux vivre sans ça, j’aime chanter et je referai disques et scène, j’aime écrire et je vais continuer et si, de temps en temps, on me propose à nouveau une pièce de théâtre, j’y replongerai avec grand plaisir. (Elle a joué en 2006 » Ce soir ou jamais » avec Chevallier (sans Laspalès !) pièce mise en scène de Francis Perrin). Depuis, elle a continué en alternant, concerts, écriture de toutes sortes et voilà qu’après des dizaines de rencontres, je la retrouve sur les tournées «Age Tendre» où elle a rencontré ou retrouvé des artistes amis, comme Catherine Lara avec qui elle travaille ou avec Michèle Torr pour qui elle a écrit une superbe chanson : «Diva». Je la retrouverai aussi à la Seyne sur Mer où je fais partie d’une association qui défend la chanson française. Chaque année on trouve un thème et je propose qu’on rende hommage à Gilbert Bécaud, qui est toulonnais et à Jean Ferrat que j’ai eu la chance de rencontrer en Ardèche où nous sommes presque voisins. Du côté de mon père, je suis ardéchois et j’y ai une maison à quatre kilomètres d’Antraigues où vivait Ferrat. Et pour cela, j’appelle mes amis : Alice Dona pour Bécaud, Isabelle Aubret pour Ferrat et le mari de celle-ci, Gérard Meys, qui fut le producteur de Ferrat. Et pour lier le tout, j’invite Claude Lemesle, qui a écrit des chansons pour et avec Alice et pour Isabelle. Ce fut un week-end de rêve, fait de souvenirs, de nostalgie et de beaucoup de rires. Chacune chanta à son tour, accompagnée par Claude Lemesle et le musicien et compositeur qui a orchestré les deux artistes, Jean-Claude Petit, venu nous rejoindre. Alice reste l’une de mes plus belles rencontres, on se retrouve toujours avec un grand plaisir et j’attends avec impatience ma prochaine fois où nos routes se croiseront.
Jacques Brachet Photos Christian Servandier & Jacques Brachet
C’est vrai que je ne m’attendais pas à ce que j’ai vu et entendu durant ces deux concerts au Festival du Château de Solliès-Pont ! En effet, pour avoir suivi « Star Academy », j’avais découvert une belle jeune femme au regard infiniment bleus, un peu tristes, un peu timides mais avec une voix forte et nuancée à la fois, qui vous donnait les frissons. Sortie de l’émission, même si elle ne fut que seconde, son destin était là et très vite, les prix, des NRJ Music Awards aux Victoires de la Musique, ont plu sur la chanteuse. Bien sûr, comme dans tout concours, de la « Star Ac’ » à « The Voice », on fait très vite partir les apprentis en titre en tournée, malgré le peu de chansons à leur actif et de présence sur scène. Certains ne s’en sont pas relevés mais business is business, aujourd’hui le métier exige un rapport qualité-prix immédiat. Avant… Mais je vous parle d’un temps !… l’artiste passait en lever de rideau puis en vedette dite « anglaise » avec trois chansons, puis en vedette dite « américaine », faisant la première partie d’un artiste confirmé, puis en vedette avant d’atteindre, quelques années plus tard, le récital.
Aujourd’hui, grâce à ces émissions et aux réseaux sociaux, l’artiste est propulsée en star en quelques semaines et c’est la folie. Quelquefois, hélas, épuisés car sans métier bien solide, c’est en trois ans la fin de l’histoire. Mais bon, ne soyons pas pessimistes et lorsqu’on voit Héléna sur scène, pleine de joie et d’énergie, sans compter une voix sublime, on se dit qu’elle est faite pour durer. Contrairement à la fille timide de l‘émission, on découvre une femme belle, qui tient la scène avec quatre musiciens d’enfer et huit danseurs qui l’accompagnent. Elle a un contact immédiat avec un public acquis, en majorité de filles, qui connaissent toutes ses chansons par chœur. Je dois dire que je n’en connaissais que deux ou trois de son répertoire mais toutes ses chansons sont efficaces, que ce soient des mélodies romantiques ou des chansons très énergiques. Les mélodies sont belles, les textes sont intéressants, abordant des sujets d’aujourd’hui et de sa génération… Et ça marche du feu de Dieu ! Le lendemain, autre style, autre ambiance mais un public tout aussi volcanique, pour accueillir Kenji Girac. Là aussi, je l’avoue humblement, je m’attendais à des espagnolades et pourtant… Pourtant, déjà il a pour lui un capital sympathie énorme. Il est beau, il est chaleureux et sa voix est superbe.
Il a évidemment plus de métier qu’Héléna et l’on ne compte plus les succès qu’il a accumulés au fil des ans. Depuis sa découverte dans « The Voice » qu’il gagna haut la main, il n’a cessé de nous surprendre avec des tubes plein de punch ou des chansons plus intimistes que reprend en chœur tout le public avec lui. On sent le plaisir qu’il a à chanter, à communiquer avec son public, sans compter qu’il a un talent fou de guitariste et que sa voix et pleine de chaleur. Un bel orchestre de cinq musiciens l’accompagne, à noter un superbe trompettiste complètement en osmose avec lui. J’avais peur que toutes les chansons se ressemblent un peu mais elles n’ont en commun que l’énergie d’un chanteur-guitariste accompagné d’un chœur de fans qui ne cessera, d’un bout à l’autre du concert, de chanter avec lui, de crier, de lever les bras, de danser. Bref, ce fut une véritable fête. Dommage qu’aujourd’hui tous ses artistes très encadrés refusent toute rencontre, toute interview. La presse régionale, l’entourage ne connait pas ! Certains ne savent même pas qu’on leur a demandé une interview ! Mais les interviewes, c’était une autre époque, ma bonne dame !
C’est grâce à une animatrice géniale, Denise Glaser, avec qui j’avais beaucoup de complicité qui, un jour au MIDEM 72, m’offre le premier disque de Catherine Lara « Ad Libitum ». Connaissant mes goûts, elle sait qu’il me plaira. Alors inconnue, va lui consacrer toute une émission de son fameux « Discorama » J’écoute et je tombe en amour de cette musique qui semble venir de très loin, avec sa voix d’ange (que la cigarette a beaucoup changée !) et son violon déjà magique. Si je lui consacre à mon tour un papier, beaucoup de temps va passer avant que je ne la rencontre. Ce sera en 81, alors qu’elle éclate enfin en changeant, physiquement de style de musique et de voix. C’est le disque « Yohann ». Enfin elle vient chez nous, à la Seyne, où elle chante pour la fête de l’Humanité dans les pires circonstance que peut avoir la chanteuse : les discours politiques enfiévrés, au milieu des odeurs de frites, de la poussière, de la chaleur et l’on s’assoit pour manger un bout au milieu d’un brouhaha incroyable, un chien qui aboie et une serveuse qui, toutes les minutes vient demander si « ça va Madame Lara ? » et si elle ne veut pas un peu plus de frites ! Je précise que j’enregistre l’interview ! Jusqu’à un coq sorti d’on ne sait où, qui n’en finit pas de coqueriquer ! Il nous prend tout à coup un fou-rire inextinguible et c’est là que je découvre l’humour de Catherine. Une histoire d’amour qui tourne à l’amitié jusqu’à aujourd’hui jamais démentie. Les tournées, dont les « Age Tendre », les galas, les émissions de télé (Dont une avec Maurane où tous trois nous somme shootés au champagne, mes deux copines aimant rigoler, avec des blagues quelquefois salaces, des contrepèteries). Bref on ne s’est jamais longtemps quittés et les retrouvailles sont toujours pleines de rires et d’amitié. Alors, lorsque j’apprends qu’elle passe au Pasino d’Aix-en-Provence avec son dernier spectacle « Identités », je ne pouvais pas ne pas y être. Et je l’aurais regretté car c’est l’un des plus beaux spectacle de danse et musiques mêlées auquel j’ai pu assister, avec la compagnie Kumo, quatre magnifiques danseurs venus de tous horizons, Jamson, Chichi, Corey, Viny Colby, qui nous font vibrer autour de la musique de Catherine omniprésente avec son violon jaune que je connais bien.
Difficile de définir ce spectacle de musique tribale, où tous les styles se mêlent, yiddish, tzigane, slave, classique, arabisant, hip hop… De la musique universelle où tout tourne autour de thèmes différents, la femme, la guerre et la paix, le racisme, les différences et les ressemblances, musique quelquefois planante, quelquefois sauvage, sur laquelle, nos quatre danseurs donnent tout avec une incroyable énergie. Le spectacle en noir, blanc, rouge est d’un esthétisme et d’une beauté à couper le souffle. Catherine nous offre des fulgurance, faisant pleurer son violon, le faisant chanter sur fond de percussions et d’images en fond d’écran, virevoltant avec les danseurs, jouant avec eux sur des chorégraphies de folie sur ces musiques venue du fond des peuples, du fond des âmes. Un spectacle fait d’humanité auquel Catherine, faute de chanter, nous dit des mots chargés d’émotion. A 80 ans, elle est plus forte, plus belle que jamais et ce spectacle nous enchante, nous ravit, nous émeut, nous prend aux tripes. Il faut voir le public se lever, applaudir, crier et en redemander. Et après le spectacle, on la retrouve heureuse du travail accompli et de l’amour que lui porte le public.
« Le violon – me dit-elle -, c’est le prolongement de ma main, de mon âme et je ne pourrais pas m’en passer même si, aujourd’hui, ma musique est différente. Durant 15 ans je suis allée au fond de quelque chose, j’ai eu le temps de faire le tour de la musique classique, j’ai même monté un quatuor de musique de chambre jusqu’au jour où j’ai eu envie de passer à autre chose. Il y a eu une cassure mais elle m’a permis de prendre une autre route. Jouer Brahms, Beethoven, Schubert ne me suffisait plus, il fallait que j’exploite d’autres contrées, que je découvre d’autres formes de musiques, une autre façon de m’exprimer. Lorsqu’on découvre Léo Ferré, Stevie Wonder, Jacques Brel, Aretha Franklin, le jazz, les musiques du monde, on se dit qu’il y a d’autres musiques que le classique et que c’est toujours de la musique.
Je composais déjà pour le plaisir, le plaisir est toujours là et je suis toujours à fond. De puis ton « Laratorio » écrit pour le spectacle d’Annie Girardot « Revue et corrigée », tu as su mêler différentes musiques… Tu sais, écrire une belle chanson c’est aussi très difficile, mais c’est formidable de mêler les mots aux sons. Il faut un esprit de synthèse et l’on a si peu de temps pour raconter une histoire. Et puis, cette nouvelle route m’a permis de faire de très jolies rencontres, de travailler avec des gens formidables et comme je ne suis pas une fana de solitude, tout ça me va très bien. J’aime avoir des compagnons de voyage, avoir une complicité comme j’ai eu, durant longtemps avec Alain Boublil. Les rencontres, les gens, c’est aussi tout l’intérêt de ce métier. C’est pourquoi j’aime travailler avec d’autres artistes, soit pour créer des chansons, un spectacle, soit pour collaborer avec « Les enfoirés » ou « Age Tendre » par exemple… Grâce à ce métier, ma vie est semée de merveilleuses rencontres, de moments forts, inoubliables. Celle de Barbara, c’est ma jeunesse… J’étais groupie et la rencontrer et d’avoir travaillé avec elle, ce fut un grand bonheur. Lorsque Barbara te dis : » J’adore ce que vous faites, pouvons-nous travailler ensemble ? » tu tombes à la renverse ! Ce furent deux mois entre parenthèses, de pur bonheur.
Il y a eu aussi Johnny Hallyday, Les musiques de films ou de télé, William Sheller et bien d’autres… « Françoise Hardy, ce fut un coup de foudre. Lorsqu’elle a découvert ce que j’écrivais elle a même voulu me produire mais elle a pensé que, pour moi, il valait mieux que j’aille dans une grande maison de disques. Mais j’ai écrit pour elle et j’en suis fière». Et ainsi il y a eu « Sand et les Romantiques » « Aral » dont certaines fulgurances se retrouvent dans ce nouveau spectacle, il y a eu les arrangements de « L’Arlésienne » de Bizet avec Jean Marais, le spectacle « Au-delà des murs » avec Franco Dragone, le directeur et chorégraphe du Cirque du Soleil et tellement d’autres choses… Une autre qualité chez Catherine : la franchise ! « Je ne sais pas trop si c’est une qualité ou un défaut mais j’ai une belle ( ?) réputation de franchise et tant pis si ça me joue des tours. De toute façon, je n’ai pas envie de plaire à tout le monde. Par contre, avec l’âge, je fais peut-être plus attention aux autres, j’essaie de ne pas les blesser pour rien. J’ai envie de devenir tolérante !»
Voilà comment fonctionne Catherine Lara. Lara, c’est un regard bleu, derrière des lunettes bleues, un regard franc, net, direct, qui vous vise droit dans les yeux, droit au cœur. Lara, c’est la douceur cachée derrière une incroyable énergie. Lara, c’est un caractère fort qu’il vaut mieux éviter les jours de colère. Lara, c’est une surdose d’humour au premier, second, troisième degré. Lara, c’est un amour inconditionnel pour la musique. Car elle aime la musique de toutes ses forces, toutes les musiques venues d’ici et d’ailleurs. Et surtout, elle aime son public. Par contre, jamais une fois je ne l’ai entendue dire qu’elle s’était trouvée bien. C’est plutôt le genre : « Ils ont été merveilleux, ils m’ont aimée, je le leur ai rendu… Ils le méritaient ». Et c’est ce qu’elle a fait en cette belle soirée aixoise.
Jacques Brachet Photos Eric Bongrand, Cécile Giol, Jacques Brachet
Déjà une chaleur estivale dans le parc du château Forbin de Solliès-Pont, où nous accueillait son maire, le docteur André Garron, Stéphanie Bovero, sa nouvelle adjointe à la Culture et l’incontournable Rabah Houia, directeur de Sud Concert qui, depuis plus de vingt ans, nous offre dans ce lieu magnifique un festival réunissant le nec plus ultra de la chanson française. Deux revenants, deux nouveaux et, comme à l’accoutumée des premières partie révélant des artistes en devenir, c’est la recette réussie de ce festival qui, chaque été réunit un public divers et varié. Les trois coups seront frappés le mercredi 15 juillet par le retour pour la troisième fois de Christophe Mahé qui vient de terminer une tournée triomphale et va donc la continuer au château dans ce nouveau spectacle. Nul doute qu’il va encore nous emporter dans ce monde original qu’est le sien et qui, d’un spectacle à l’autre est toujours différent et original Le jeudi 16 juillet, et pour la première fois, le festival recevra Calogero, l’un des plus grand auteur-compositeur-interprète dont les succès, pour lui et pour ceux à qui ont eu la chance de le chanter, ne se comptent plus. Ses chansons, il a décidé de les offrir au public dans une version inédite et plus intimiste.
Elle est l’une des plus prometteuses chanteuse de sa génération. Belle Belge aux yeux bleus et à la voix de cristal, finaliste de la « Star Académie, elle réussit à rafler en un an une moisson de prix, chose rare à notre époque. Sa tournée fut un énorme succès et l’on est heureux de découvrir Héléna le 17 juillet au château Fobin. Enfin, pour clore en beauté, voici le retour, pour la seconde fois, de Kenji Girac, le 18 juillet qui, avec ses airs et sa voix venus de sa culture « gitano » fait se lever le public pour danser sur ses musiques issues de ses lointains ancêtres.
Chacun des quatre artistes parrainera un jeune chanteur, ce qui est la moindre des choses, lorsqu’on est devenu un grand de la chanson, se rappelant qu’ils eux aussi débuté un jour et qu’ils est bon de donner sa chance aux artistes de demain. Nous découvrirons donc avec Christophe Mahé Jules Loewert, qui a déjà tourné avec Jenifer et Barbara Pravi, nous offrant des textes engagés sur des musiques qu’il accompagne au piano. Calogero donnera sa chance à Cobalt, arrivé en finale de l’émission « La France a un incroyable talent » et qui cartonne avec son premier titre « Trop tôt ». Au tour de Lenaig, une lyonnaise ouvrant le spectacle d’Héléna, découverte sur les réseaux sociaux avec des titres comme « Je ne pense qu’à ça » ou encore « Vas-y ! ». Et elle y va ! C’est la rappeur Chiloo qui débutera le concert de Kenji Girac et il a déjà deux jolis succès à son actif : « Au bord de la mer » et « Tout finit par s’arranger » Que voilà quatre belles affiches pour ce festival qui se déroulera dans ce cadre bucolique qu’est le château Forbin. A ne pas manquer !
C’est au « Canevas », un très joli et sympathique lieu au bord de l’eau, que toute l’équipe du festival de Jazz de la Londe se retrouvait pour découvrir la programmation que Christophe Dal Sasso, le directeur artistique et fondateur de cet événement – qui fêtera sa 17ème année – nous proposera du 30 juillet au 2 août. Christophe, qui est aussi un talentueux flûtiste et trompettiste, compositeur et arrangeur, était entouré de nombreux amis musiciens avec qui il collabore, de nombreux bénévoles toujours fidèles au poste, autre fidèle, le maire, François de Cançon, la chanteuse Andréa Caparros, issue du Brésil par sa mère, le trompettiste Nicolas Folmer, la percussionniste Nadia Tighidet, … C’est en 2009 que le festival a vu le jour et chaque année il marque un pas de plus en recevant de superbes artistes sous le soleil… et dans la nuit, la musique et les vagues faisant bon ménage.
Christophe Dal Dasso & François de Canson
« Cette 17ème édition, – nous confie Christophe Dal Sasso – s’annonce plutôt pas mal. Nous avons dû repousser la programmation plus tard, à cause des élections municipales. Pour être franc, au niveau des budgets ça a été un peu compliqué mais nous avons réussi à équilibrer. Nous attendions que passent les élections, nous n’avons pas changé de maire, il y a deux ans, nous avions dû faire sans quelques subventionnaires qui nous avaient lâchés au dernier moment, cette année nous repartons avec un budget un peu moins élevé que l’an dernier, nous avons dû compresser beaucoup de choses mais dans le prévisionnel nous arrivons à un équilibre très correct. Bien sûr, je ne désespère pas de trouver quelques sponsors avant le festival, vers mai-juin. Le festival reste gratuit ? Oui, c’est comme ça depuis 17 ans et il se déroulera sur quatre jours, avec les apéros à 19h avec l’association des vignerons londais, vers 21h30, le concert principal et à partir de 23h15 le jazz club recevra des artistes pour des concerts où se réussissent des musiciens en sessions…
Nicolas Folmer
Les cachets des artistes montent-ils ? Non… Je les descends plutôt ! Je plaisante. Les cachets restent à peu près les mêmes depuis une dizaine d’années. Nous sommes, de toutes manières, tenus par le syndicat des musiciens la SNAM. Ce qui a augmenté, ce sont les frais de transport, les frais de logement. Le logement des artistes est à votre charge ? Oui, nous avons des partenariats avec l’hôtel « La Calanque » au Lavandou, des chambres d’hôtes au Château Maravenne de la Londe. Ce qui augmente aussi, c’est la restauration, la décoration pour enjoliver le site… Vous avez combien de places sur celui-ci ? En général la mairie installe entre 800 et 1.200 chaises et on accueille à peu près 2.000 personnes par soir, les autres s’installant avec leurs chaises, sur la plage de l’Argentière, c’est une ambiance conviviale qui se crée Venons-en au nerf de la guerre : la programmation ! Pour les « Apéros-jazzzzz », on donne, comme d’habitude, la place aux musiciens locaux. Cette année ce sera de la musique du monde, de l’afro-jazz, avec Radio Mezcal le 30 juillet, un « Tribute to Nina Simone » le 31 juillet avec Clémence Tournemire Quartet, de l’afrio-bresilo-flamenco avec Georges Caparros Quartet le 1er août, le Suricats septet qui nous offrira du jazz des années 20, le2 août.
Et pour les grands concerts ? Le premier soir, jeudi 30 juillet à 21h30, je vais jouer avec mon groupe… Ca fait cinq ans que je n’ai pas joué au festival et du coup, j’y viendrai deux fois cette année !Avec la chanteuse portoricaine Shekinah Rodz, nous venons de sortir un CD « Spirit of 3 » que nous jouerons. Le second soir , le vendredi 31 juillet, nous jouerons avec une formation que nous avons monté avec Nicolas Folmer, avec Andréa Caparros intitulée « Big Sud », et l’orchestre de l’Opéra de Toulon. Nous serons à peu près trente-cinq sur scène. Ce sera une soirée événement intitulée « De Broadway à la French Riviera » un mélange de standards de jazz, avec des chansons en Provençal arrangées dans l’idée de Broadway ! Nous l’avons joué à Bandol et c’est génial ! Le troisième soir, samedi 1er août, nous recevons une formation constituée par « Abraham Réunin », deux soeurs et un frère, Cynthia, Célia et Zachary, qui viennent du Bénin, et nous offrirons une musique afro-caribéenne, accompagnés par le batteur Arnaud Dolmen, Victoire du jazz 2025 Enfin, le dernier soir, dimanche 2 août, nous recevrons un groupe qui vient de Lyon, les Buttshakers, mené par une chanteuse américaine, Ciara Thompson pour une soirée très soul ».
Mais ce n’est pas tout, puisque, tous les soirs à partir de 23h/23h15, la formation Olivier Lalauze Trio ouvrira le jazz club réunissant musiciens amateurs et professionnels dans un esprit de partage Le maire, tout nouvellement réélu dans ses fonctions, est on ne peut plus heureux du succès de ce festival et, avec humour, il avoue le reconnaitre au nombre de plaintes qu’il reçoit des habitants alentour : « De dix au départ, aujourd’hui c’est 150 plaintes par festival »… On progresse !!! Mais surtout, venez donc vous faire plaisir car ce festival a le mérite d’exister. » C’est ce qu’on fera !
Et après un apéro, nous avons eu droit à un beau spectacle où chacun des artistes présents est venu à son tour nous offrir un grand moment de plaisir, en solo, trio et avec l’orchestre de Christophe Dal Sasso. Bel avant-goût de ce qui nous attend durant le festival.
Atmosphère lourde, en ce 25 mars au Six N’Etoiles, pour la présentation du programme de « La Vague classique » de cet été. Visite en coup de vent de Jean-Sébastien Vialatte qui, après avoir salué les quelques anciens de son ex conseil municipal, s’est très vite retiré, laissant la place au directeur artistique du festival Gérald Lerda, en charge de présenter le programme : « C’est avec une très forte émotion que je m’adresse à vous à occasion de cette nouvelle saison de « La Vague Classique ». Ce festival est né pendant la pandémie, lors de l’annulation aux Etats-Unis de la tournée du violoncelliste Gautier Capuçon. Six-Fours a été la solution de repli. Personne alors ne misait un kopek sur nous, pensant qu’une fois la pandémie stoppée, les artistes ne reviendraient plus à Six-Fours. Mais au fil des ans, nous avons patiemment travaillé pour donner à ce festival une programmation de qualité ». On se ouvient de quelques noms prestigieux venus depuis à Six-Fours, des frères Capuçon à Cécilia Bartoli en passant par Jean-Christophe Spinosi, Hélène Grimaud, José Villamor, Philippe Jaroussky, Brigitte Fossey et bien d’autres, occupant ces magnifiques lieux que sont la Maison du Cygne, la Collégiale Saint-Pierre, la Maison du Patrimoine, le parc de la Méditerranée et maintenant la Villa Simone qui reçoit les grands du jazz. Ainsi, au fil des six ans, des liens se sont créée avec cette commune « où il fait bon vivre », les artistes, leurs agents, tous les responsables et les équipes du festival, les saisonniers venus en renfort… Tous ceux qui en ont fait son succès.
Gautier Capuçon
Renaud Capuçon
« Le festival – ajoutait-il – est devenu une référence en matière de musique classique. Ce succès, nous le devons surtout à Jean-Sébastien Vialatte dont chacun ici connait son engagement en faveur de la culture. La musique classique nous élève, nous rassemble, elle n’est pas réservée à une élite, elle doit être accessible à tous et c’est cela l’ADN du festival, excellence, jeunesse, accessibilité. » Et pour commencer en beauté, voici le retour du contre-ténor Philippe Jaroussky, accompagné par l’ensemble Artaserse, à la Maison du Cygne, samedi 23 mai. Nous avions passé ensemble un joli moment de convivialité. Il a créé une académie et nous aurons le plaisir de découvrir l’un de ses lauréats, le pianiste Antonin Bonnet le 5 septembre à la Maison du Patrimoine. Côté piano, nous serons gâtés, déjà par la venue de trois pianistes asiatiques à la Maison du Cygne : Le 20 mai Bruce Liu, 1er prix du 18ème Concours international Frédéric Chopin en 2021 ; Le 11 juin, Sophia Liu, sans parenté, l’une des plus jeunes artistes de la saison puisqu’elle a 17 ans ; le 5 juin, Ryan Wang, également grand prix du concours National Chopin, l’an dernier. Et pléthore de pianistes à la maison du Cygne : Tanguy de Williencourt le 29 mai, Joseph Moog le 4 juin, Nicolaï Lugansky le 14 juin, Vanessa Wagner le 19 juin, Jean-Paul Gasparian le 20 juin, Arielle Beck le 21 juin, Mirabelle Kajenjeri, le 29 août à la Maison du Patrimoine.
Jean-Christophe Spinosi
Philippe Jaroussky
Les incontournables frères Capuçon, seront bien sûr de la fête : Gautier Capuçon et son fidèle pianiste Jérôme Ducros et deux lauréates de sa fondation : la pianiste Duru Erdogan et la violoniste Sofie Leifer, le 15 juin et le lendemain 16 juin avec trois autres lauréats : Gatien Leray, alto, Elise Bertrand, violon, Mirabelle Kajenjiri, piano. Et puis, le désormais annuel concert au Parc de la Méditerranée le 27 août avec six violoncellistes, les Capucelli. Renaud Capuçon, lui, sera à la Maison du Cygne le 30 mai avec neuf jeunes artistes et… son épouse Laurence Ferrari qui se joindra au groupe comme récitante. Autre récitant magnifique : Lambert Wilson, accompagné du harpiste Xavier de Maistre à la Maison du Cygne le 17 juin. Cette année, notre ami le chef d’orchestre Jean-Christophe Spinosi, nous offrira, avec l’ensemble Matheus trois concerts à la Collégiale Saint-Pierre, y invitant la soprano Patricia Petibon le 19 juillet, la soprano Nina Spinosi et le ténor Gaël Lefèver le 20 juillet et les musiciens de l’Académie Stauffer le 22 juillet. Des pianistes encore à la Maison du Patrimoine : Le 29 août, Mirabelle Kajenjeri, lauréate de la fondation Gautier Capuçon, Antonin Bonnet le 5 septembre, Stella Almondo le 12 septembre, Justus Friedrich Eichhorn qui a également 17 ans, le 19 septembre. A la Villa Simone, du jazz, du jazz, du jazz avec, le 4 juillet Louise Jallu au bandonéon, Mathias Lévy au violon et à la guitare électrique, Marc Benham au piano, Alexandre Perrot à la contrebasse. Le 11 juillet le Paul Lay trio nous offrira la « Rhapsodie in Blue » de Gershwin. On reviendra à la Collégiale Saint-Pierre avec un concert de clavecin avec Paolo Zanzu le 16 juillet, le fameux quatuor à cordes Modigliani le 18 juillet et l’ensemble Matheus avec le chœur de l’Académie Haendel-Hendrix le 19 juillet.
Karine Deshayes
Lambert Wilson
A noter l’exposition du grand photographe Douglas Kirkland, en partenariat avec le Festival de Ramatuelle, qui se tiendra du 4 juillet au 20 septembre dans les jardins de la Villa Simone. D’autres manifestations comme les après-midi musicales-conférences de Monique Dautemer au Théâtre Daudet, du cinéma sous les étoiles à la Villa Simone en partenariat avec le Six N’Etoiles et d’autres concerts en plein air proposés par la fondation Gautier Capuçon. Tout cela à retrouver sur le site sixfoursvagueclassique.fr. De beaux moments musicaux à vivre… En espérant les retrouver l’an prochain !
Olga Jegunova est une pianiste internationale qui a choisi de poser ses valises dans le Sud de la France, où elle vit avec sa famille entre Hyères et Paris. Ggrâce au maire de Solliès-Pont, André Garon, et son adjointe à la Culture Marie-Aurore Smadja elle a créé un festival « Les Nocturnes à Solliès-Pont » dont la troisième édition aura lieu cette année Belle musicienne à l’accent russe et musical, on ne pouvait que la rencontrer ! « Olga, parlez-nous de vos origines… Je suis lettone, née en Lituanie et donc russophone. Au milieu de tout cela, il a fallu que je me trouver une vraie identité, ce qui n’a pas été facile ! Le piano, c’est venu comment ? Dès cinq, six ans j’ai commencé à faire des concours, des concerts. J’ai travaillé beaucoup mais c’était une passion. Le piano est devenu ma vie quotidienne et je pensais alors que c’était une vie « normale » ! Je n’ai pas eu le temps de me rendre compte que c’était un vrai travail, d’autant que ma mère était aussi pianiste.
Elle vous a donc poussée dans cet art ? Pas vraiment mais elle me faisait travailler. Je me souviens avoir travaillé sur une œuvre de Schumann dont je n’arrivais pas à trouver la bonne expression. Avec beaucoup d’attention de sa part, elle m’a expliqué que si l’on n’était pas touchée par la musique, ce n’était pas la peine de continuer. Et elle a vu que j’étais touchée par la musique. Combien d’heures passez-vous au piano ? Au moins deux à trois heures par jour mais si j’ai un concert ce peut être cinq à six heures ! Et le reste du temps… Je joue au lego avec mes deux enfants ! Je passe du noir et blanc à la couleur ! Comment-êtes-vous venue à créer ce festival à Solliès-Pont ? A la suite d’un concert, le maire me l’a proposé. Je trouvais intéressant de me trouver de l’autre côté d’un festival, non plus pour seulement jouer mais pour l’organiser, d’abord pour le public mais aussi pour les musiciens. Nous sommes toujours stressés avant un concert et j’avais envie de les guider, de les accompagner. Ça m’a également beaucoup aidée, beaucoup apporté et je voulais que la musique classique ne soit plus élitiste, qu’elle soit accessible au plus grand public possible. Déjà, lorsque je donne un concert, entre deux morceaux, j’aime parler au public, raconter, expliquer, être proche de lui.
Vous vivez donc entre Hyères et Paris aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous installe en France ? Je vivais à Londres puis il y a eu le Covid, qui a été un drame pour tout le monde entre autres pour nous les artistes puisqu’on ne pouvait plus travailler. Je suis venue dans la région pour y trouver un refuge, de nouvelles racines que je n’avais pas. J’ai découvert la nature, le climat, des gens gentils et j’ai décidé que ce serait parfait pour nous et mes deux petits anges, après avoir travaillé dans le monde entier. La France est donc devenue votre nouvelle patrie ? Exactement et le Sud en particulier. J’ai retrouvé, sinon mes racines, du moins mon chemin, ma maison, une famille. Depuis deux ans, vous avez donc créé ce festival qui, sera, cet été, la troisième mouture… Oui, les deux premiers ont bien marché dans un cadre de rêve et de plus, j’ai rencontré des gens magnifiques, comme cette chorale « Sur tous les tons » formée de bénévoles, que j’aime, que j’accompagne, avec qui je travaille aujourd’hui et qui fait partie du festival. Il y a eu également la rencontre avec notre ami Charles Berling… Ah Charles ! Ça a été une belle rencontre. Je l’ai connu grâce à l’opéra de Toulon et il est venu participer au festival l’an dernier. Vous avez aussi ajouté du jazz dans votre festival ! Pas de jazz cette année, malheureusement…Néanmoins, en 2026 y aura un pianiste légendaire Christian Zacharias,le mime Benoît Turjman, un concert pour présenter de jeunes talents, les spectacles musicaux pour les enfants “Le petit prince” et le “Ti-train” et un concert en partenariat avec l’Opéra de Toulon des chanteurs lyriques Kaarin Cecilia Phelps et Emmanuelle Demuyter. En dehors du festival, nous aurons le plaisir de découvrir votre nouvel album ? Oui, ce sera mon sixième et il sera consacré à un compositeur géorgien : Giya Kancheli. C’est une musique pleine d’espoir et dans cette période très difficile c’était quelque chose de très important pour moi. »
Programme des Nocturnes de Solliès-Pont Mardi 30 juin 21h, cour du château Forbin : Récital de piano par Christian Zacharias Mercredi 1er juillet 17h, Médiathèque René Char : « Le petit prince », narration, avec Pierrick Grillet et Olga Jegunova Mercredi 1er juillet 21h, cour du château Forbin : Musique de chambre avec Christian Zacharias, Benoît Salmon (Violon), François Mereaux (Alto), Delphine Perrone (Violoncelle) Jphanna Sans (Contrebasse) Jeudi 2 juillet 19h, Médiathèque René Char : Les voix de demain – Concert jeunes talents du conservatoire à rayonnement régional TPM Vendredi 3 juillet 21h30, cour du château Forbin : « Piano et pantomime » avec Olga Jegunova et Benoît Turjman Samedi 4 juillet 10h30, Médiathèque René Char : « Abracadabra Musiques » Spectacle musical pour enfants Samedi 4 juillet 21h30, Cour du château Forbin : En partenariat avec l’Opéra de Toulon, Kaarin Cecilia Phelps (Soprano), Hugeau Philippeau (Piano) et la participation d’Emmanuelle Demuyter (Soprano). Concert de chant lyrique et première mondiale d’une nouvelle composition de Nolan Monnet