Archives de catégorie : Musique

Catherine LARA :
« Le violon est le prolongement de ma main, de mon âme »

C’est grâce à une animatrice géniale, Denise Glaser, avec qui j’avais beaucoup de complicité qui, un jour au MIDEM 72, m’offre le premier disque de Catherine Lara « Ad Libitum ». Connaissant mes goûts, elle sait qu’il me plaira. Alors inconnue, va lui consacrer toute une émission de son fameux « Discorama »
J’écoute et je tombe en amour de cette musique qui semble venir de très loin, avec sa voix d’ange (que la cigarette a beaucoup changée !) et son violon déjà magique.
Si je lui consacre à mon tour un papier, beaucoup de temps va passer avant que je ne la rencontre. Ce sera en 81, alors qu’elle éclate enfin en changeant, physiquement de style de musique et de voix. C’est le disque « Yohann ».
Enfin elle vient chez nous, à la Seyne, où elle chante pour la fête de l’Humanité dans les pires circonstance que peut avoir la chanteuse : les discours politiques enfiévrés, au milieu des odeurs de frites, de la poussière, de la chaleur et l’on s’assoit pour manger un bout au milieu d’un brouhaha incroyable, un chien qui aboie et une serveuse qui, toutes les minutes vient demander si « ça va Madame Lara ? » et si elle ne veut pas un peu plus de frites ! Je précise que j’enregistre l’interview ! Jusqu’à un coq sorti d’on ne sait où, qui  n’en finit pas de coqueriquer !
Il nous prend tout à coup un fou-rire inextinguible et c’est là que je découvre l’humour de Catherine. Une histoire d’amour qui tourne à l’amitié jusqu’à aujourd’hui jamais démentie.
Les tournées, dont les « Age Tendre », les galas, les émissions de télé (Dont une avec Maurane où tous trois nous somme shootés au champagne, mes deux copines aimant rigoler, avec des blagues quelquefois salaces, des contrepèteries). Bref on ne s’est jamais longtemps quittés et les retrouvailles sont toujours pleines de rires et d’amitié.
Alors, lorsque j’apprends qu’elle passe au Pasino d’Aix-en-Provence avec son dernier spectacle « Identités », je ne pouvais pas ne pas y être.
Et je l’aurais regretté car c’est l’un des plus beaux spectacle de danse et musiques mêlées auquel j’ai pu assister, avec la compagnie Kumo, quatre magnifiques danseurs venus de tous horizons, Jamson, Chichi, Corey, Viny Colby, qui nous font vibrer autour de la musique de Catherine omniprésente avec son violon jaune que je connais bien.

Difficile de définir ce spectacle de musique tribale, où tous les styles se mêlent, yiddish, tzigane, slave, classique, arabisant, hip hop… De la musique universelle où tout tourne autour de thèmes différents, la femme, la guerre et la paix, le racisme, les différences et les ressemblances, musique quelquefois planante, quelquefois sauvage, sur laquelle, nos quatre danseurs donnent tout avec une incroyable énergie. Le spectacle en noir, blanc, rouge est d’un esthétisme et d’une beauté à couper le souffle.
Catherine nous offre des fulgurance, faisant pleurer son violon, le faisant chanter sur fond de percussions et d’images en fond d’écran, virevoltant avec les danseurs, jouant avec eux sur des chorégraphies de folie sur ces musiques venue du fond des peuples, du fond des âmes.
Un spectacle fait d’humanité auquel Catherine, faute de chanter, nous dit des mots chargés d’émotion. A 80 ans, elle est plus forte, plus belle que jamais et ce spectacle nous enchante, nous ravit, nous émeut, nous prend aux tripes. Il faut voir le public se lever, applaudir, crier et en redemander.
Et  après le spectacle, on la retrouve heureuse du travail accompli et de l’amour que lui porte le public.

« Le violon – me dit-elle -, c’est le prolongement de ma main, de mon âme et  je ne pourrais pas m’en passer même si, aujourd’hui, ma musique est différente. Durant 15 ans je suis allée au fond de quelque chose, j’ai eu le temps de faire le tour de la musique classique, j’ai même monté un quatuor de musique de chambre jusqu’au jour où j’ai eu envie de passer à autre chose. Il y a eu une cassure mais elle m’a permis de prendre une autre route. Jouer Brahms, Beethoven, Schubert ne me suffisait plus, il fallait que j’exploite d’autres contrées, que je découvre d’autres formes de musiques, une autre façon de m’exprimer. Lorsqu’on découvre Léo Ferré, Stevie Wonder, Jacques Brel, Aretha Franklin, le jazz, les musiques du monde, on se dit qu’il y a d’autres musiques que le classique et que c’est toujours de la musique.

Je composais déjà pour le plaisir, le plaisir est toujours là et je suis toujours à fond.
De puis ton « Laratorio » écrit pour le spectacle d’Annie Girardot « Revue et corrigée », tu as su mêler différentes musiques…
Tu sais, écrire une belle chanson c’est aussi très difficile, mais c’est formidable de mêler les mots aux sons. Il faut un esprit de synthèse et l’on a si peu de temps pour raconter une histoire. Et puis, cette nouvelle route m’a permis de faire de très jolies rencontres, de travailler avec des gens formidables et comme je ne suis pas une fana de solitude, tout ça me va très bien. J’aime avoir des compagnons de voyage, avoir une complicité comme j’ai eu, durant longtemps avec Alain Boublil. Les rencontres, les gens, c’est aussi tout l’intérêt de ce métier. C’est pourquoi j’aime travailler avec d’autres artistes, soit pour créer des chansons, un spectacle, soit pour collaborer avec  « Les enfoirés » ou « Age Tendre » par exemple… Grâce à ce métier, ma vie est semée de merveilleuses rencontres, de moments forts, inoubliables. Celle de Barbara, c’est ma jeunesse… J’étais groupie et la rencontrer et d’avoir travaillé avec elle, ce fut un grand bonheur. Lorsque Barbara te dis :  » J’adore ce que vous faites, pouvons-nous travailler ensemble ?  » tu tombes à la renverse ! Ce furent deux mois entre parenthèses, de pur bonheur.

Il y a eu aussi Johnny Hallyday, Les musiques de films ou de télé, William Sheller et bien d’autres…
« Françoise Hardy, ce fut un coup de foudre. Lorsqu’elle a découvert ce que j’écrivais elle a même voulu me produire mais elle a pensé que, pour moi, il valait mieux que j’aille dans une grande maison de disques. Mais j’ai écrit pour elle et j’en suis fière».
Et ainsi il y a eu « Sand et les Romantiques » « Aral » dont certaines fulgurances se retrouvent dans ce nouveau spectacle, il y a eu les arrangements de « L’Arlésienne » de Bizet avec Jean Marais, le spectacle « Au-delà des murs » avec Franco Dragone, le directeur et chorégraphe du Cirque du Soleil et tellement d’autres choses…
Une autre qualité chez Catherine : la franchise !
« Je ne sais pas trop si c’est une qualité ou un défaut mais j’ai une belle ( ?) réputation de franchise et tant pis si ça me joue des tours. De toute façon, je n’ai pas envie de plaire à tout le monde. Par contre, avec l’âge, je fais peut-être plus attention aux autres, j’essaie de ne pas les blesser pour rien. J’ai envie de devenir tolérante !»

Voilà comment fonctionne Catherine Lara.
Lara, c’est un regard bleu, derrière des lunettes bleues, un regard franc, net, direct, qui vous vise droit dans les yeux, droit au cœur.
Lara, c’est la douceur cachée derrière une incroyable énergie.
Lara, c’est un caractère fort qu’il vaut mieux éviter les jours de colère.
Lara, c’est une surdose d’humour au premier, second, troisième degré.
Lara, c’est un amour inconditionnel pour la musique.
Car elle aime la musique de toutes ses forces, toutes les musiques venues d’ici et d’ailleurs. Et surtout, elle aime son public. Par contre, jamais une fois je ne l’ai entendue dire qu’elle s’était trouvée bien. C’est plutôt le genre : « Ils ont été merveilleux, ils m’ont aimée, je le leur ai rendu… Ils le méritaient ».
Et c’est ce qu’elle a fait en cette belle soirée aixoise.

Jacques Brachet
Photos Eric Bongrand, Cécile Giol, Jacques Brachet

souvenir de rigolades champagnisées !

Solliès-Pont, Festival du Château
Portrait de femme avec hommes

Déjà une chaleur estivale dans le parc du château Forbin de Solliès-Pont, où nous accueillait son maire, le docteur André Garron, Stéphanie Bovero, sa nouvelle adjointe à la Culture et l’incontournable Rabah Houia, directeur de Sud Concert qui, depuis plus de vingt ans, nous offre dans ce lieu magnifique un festival réunissant le nec plus ultra de la chanson française.
Deux revenants, deux nouveaux et, comme à l’accoutumée des premières partie révélant des artistes en devenir, c’est la recette réussie de ce festival qui, chaque été réunit un public divers et varié.
Les trois coups seront frappés le mercredi 15 juillet par le retour pour la troisième fois de Christophe Mahé qui vient de terminer une tournée triomphale et va donc la continuer au château dans ce nouveau spectacle. Nul doute qu’il va encore nous emporter dans ce monde original qu’est le sien et qui, d’un spectacle à l’autre est toujours différent et original
Le jeudi 16 juillet, et pour la première fois, le festival recevra Calogero, l’un des plus grand auteur-compositeur-interprète dont les succès, pour lui et pour ceux à qui ont eu la chance de le chanter, ne se comptent plus. Ses chansons, il a décidé de les offrir au public dans une version inédite et plus intimiste.

Elle est l’une des plus prometteuses chanteuse de sa génération. Belle Belge aux yeux bleus et à la voix de cristal, finaliste de la « Star Académie, elle réussit à rafler en un an une moisson de prix, chose rare à notre époque. Sa tournée fut un énorme succès et l’on est heureux de découvrir Héléna le 17 juillet au château Fobin.
Enfin, pour clore en beauté, voici le retour, pour la seconde fois, de Kenji Girac, le 18 juillet qui, avec ses airs et sa voix venus de sa culture « gitano » fait se lever le public pour danser sur ses musiques issues de ses lointains ancêtres.

Chacun des quatre artistes parrainera un jeune chanteur, ce qui est la moindre des choses, lorsqu’on est devenu un grand de la chanson, se rappelant qu’ils eux aussi débuté un jour et qu’ils est bon de donner sa chance aux artistes de demain.
Nous découvrirons donc avec Christophe Mahé Jules Loewert, qui a déjà tourné avec Jenifer et Barbara Pravi, nous offrant des textes engagés sur des musiques qu’il accompagne au piano.
Calogero donnera sa chance à Cobalt, arrivé en finale de l’émission « La France a un incroyable talent » et qui cartonne avec son premier titre « Trop tôt ».
Au tour de Lenaig, une lyonnaise ouvrant le spectacle d’Héléna, découverte sur les réseaux sociaux avec des titres comme « Je ne pense qu’à ça » ou encore « Vas-y ! ». Et elle y va !
C’est la rappeur Chiloo qui débutera le concert de Kenji Girac et il a déjà deux jolis succès à son actif : « Au bord de la mer » et « Tout finit par s’arranger »
Que voilà quatre belles affiches pour ce festival qui se déroulera dans ce cadre bucolique qu’est le château Forbin.
A ne pas manquer !

Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

La Londe prépare son 17ème festival de jazz

C’est au « Canevas », un très joli et sympathique lieu au bord de l’eau, que toute l’équipe du festival de Jazz de la Londe se retrouvait pour découvrir la programmation que Christophe Dal Sasso, le directeur artistique et fondateur de cet événement – qui fêtera sa 17ème année – nous proposera du 30 juillet au 2 août.
Christophe, qui est aussi un talentueux flûtiste et trompettiste, compositeur et arrangeur, était entouré de nombreux amis musiciens avec qui il collabore, de nombreux bénévoles toujours fidèles au poste, autre fidèle, le maire, François de Cançon, la chanteuse Andréa Caparros, issue du Brésil par sa mère, le trompettiste Nicolas Folmer, la percussionniste Nadia Tighidet, …
C’est en 2009 que le festival a vu le jour et chaque année il marque un pas de plus en recevant de superbes artistes sous le soleil… et dans la nuit, la musique et les vagues faisant bon ménage.

Christophe Dal Dasso & François de Canson

« Cette 17ème édition, – nous confie Christophe Dal Sasso – s’annonce plutôt pas mal. Nous avons dû repousser la programmation plus tard, à cause des élections municipales. Pour être franc, au niveau des budgets ça a été un peu compliqué mais nous avons réussi à équilibrer. Nous attendions que passent les élections, nous n’avons pas changé de maire, il y a deux ans, nous avions dû faire sans quelques subventionnaires qui nous avaient lâchés au dernier moment, cette année nous repartons avec un budget un peu moins élevé que l’an dernier, nous avons dû compresser beaucoup de choses mais dans le prévisionnel nous arrivons à un équilibre très correct. Bien sûr, je ne désespère pas de trouver quelques sponsors avant le festival, vers mai-juin.
Le festival reste gratuit ?
Oui, c’est comme ça depuis 17 ans et il se déroulera sur quatre jours, avec les apéros à 19h avec l’association des vignerons londais, vers 21h30, le concert principal et à partir de 23h15 le jazz club recevra des artistes pour des concerts où se réussissent des musiciens en sessions…

Nicolas Folmer

Les cachets des artistes montent-ils ?
Non… Je les descends plutôt ! Je plaisante. Les cachets restent à peu près les mêmes depuis une dizaine d’années. Nous sommes, de toutes manières, tenus  par le syndicat des musiciens la SNAM. Ce qui a augmenté, ce sont les frais de transport, les frais de logement.
Le logement des artistes est à votre charge ?
Oui, nous avons des partenariats avec l’hôtel « La Calanque » au Lavandou,  des chambres d’hôtes au Château Maravenne de la Londe. Ce qui augmente aussi, c’est la restauration, la décoration pour enjoliver le site…
Vous avez combien de places sur celui-ci ?
En général la mairie installe entre 800 et 1.200 chaises et on accueille à peu près 2.000 personnes par soir, les autres s’installant avec leurs chaises, sur la plage de l’Argentière, c’est une ambiance conviviale qui se crée
Venons-en au nerf de la guerre : la programmation !
Pour les « Apéros-jazzzzz », on donne, comme d’habitude, la place aux musiciens locaux. Cette année ce sera de la musique du monde, de l’afro-jazz, avec Radio Mezcal le 30 juillet, un « Tribute to Nina Simone » le 31 juillet avec Clémence Tournemire Quartet, de l’afrio-bresilo-flamenco avec Georges Caparros Quartet le 1er août, le Suricats septet qui nous offrira du jazz des années 20, le2 août.

Et pour les grands concerts ?
Le premier soir, jeudi 30 juillet à 21h30, je vais jouer avec mon groupe… Ca fait cinq ans que je n’ai pas joué au festival et du coup, j’y viendrai deux fois cette année !Avec la chanteuse portoricaine Shekinah Rodz, nous venons de sortir un CD « Spirit of 3 » que nous jouerons.
Le second soir , le vendredi 31 juillet, nous jouerons avec une formation que nous avons monté avec Nicolas Folmer, avec Andréa Caparros intitulée « Big Sud », et l’orchestre de l’Opéra de Toulon. Nous serons à peu près trente-cinq sur scène. Ce sera une soirée événement intitulée « De Broadway à la French Riviera » un mélange de standards de jazz, avec des chansons en Provençal arrangées dans l’idée de Broadway ! Nous l’avons joué à Bandol et c’est génial !
Le troisième soir, samedi 1er août, nous recevons une formation constituée  par « Abraham Réunin », deux soeurs et un frère, Cynthia, Célia et Zachary, qui viennent du Bénin, et nous offrirons une musique afro-caribéenne, accompagnés par le batteur Arnaud Dolmen, Victoire du jazz 2025
Enfin, le dernier soir, dimanche 2 août, nous recevrons un groupe qui vient de Lyon, les Buttshakers, mené par une chanteuse américaine, Ciara Thompson pour une soirée très soul ».

Mais ce n’est pas tout, puisque, tous les soirs à partir de 23h/23h15, la formation Olivier Lalauze Trio ouvrira le jazz club réunissant musiciens amateurs et professionnels dans un esprit de partage
Le maire, tout nouvellement réélu dans ses fonctions, est on ne peut plus heureux du succès de ce festival et, avec humour, il avoue le reconnaitre au nombre de plaintes qu’il reçoit des habitants alentour : « De dix au départ, aujourd’hui c’est 150 plaintes par festival »… On progresse !!! 
Mais surtout, venez donc vous faire plaisir car ce festival a le mérite d’exister. »
C’est ce qu’on fera !

Et après un apéro, nous avons eu droit à un beau spectacle où chacun des artistes présents est venu à son tour nous offrir un grand moment de plaisir, en solo, trio et avec l’orchestre de Christophe Dal Sasso.
Bel avant-goût de ce qui nous attend durant le festival.

Jacques Brachet

Six-Fours… La dernière vague ?

Atmosphère lourde, en ce 25 mars au Six N’Etoiles, pour la présentation du programme de « La Vague classique » de cet été.
Visite en coup de vent de Jean-Sébastien Vialatte qui, après avoir salué les quelques anciens de son ex conseil municipal, s’est très vite retiré, laissant la place au directeur artistique du festival Gérald Lerda, en charge de présenter le programme :
« C’est avec une très forte émotion que je m’adresse à vous à occasion de cette nouvelle saison de « La Vague Classique ». Ce festival est né pendant la pandémie, lors de l’annulation aux Etats-Unis de la tournée du violoncelliste Gautier Capuçon. Six-Fours a été la solution de repli. Personne alors ne misait un kopek sur nous, pensant qu’une fois la pandémie stoppée, les artistes ne reviendraient plus à Six-Fours. Mais au fil des ans, nous avons patiemment travaillé pour donner à ce festival une programmation de qualité ».
On se ouvient de quelques noms prestigieux venus depuis à Six-Fours, des frères Capuçon à Cécilia Bartoli en passant par Jean-Christophe Spinosi, Hélène Grimaud, José Villamor, Philippe Jaroussky, Brigitte Fossey et bien d’autres, occupant ces magnifiques lieux que sont la Maison du Cygne, la Collégiale Saint-Pierre, la Maison du Patrimoine, le parc de la Méditerranée et maintenant la Villa Simone qui reçoit les grands du jazz.
Ainsi, au fil des six ans, des liens se sont créée avec cette commune « où il fait bon vivre », les artistes, leurs agents, tous les responsables et les équipes du festival, les saisonniers venus en renfort… Tous ceux qui en ont fait son succès.

Gautier Capuçon
Renaud Capuçon

« Le festival – ajoutait-il –  est devenu une référence en matière de musique classique. Ce succès, nous le devons surtout à Jean-Sébastien Vialatte dont chacun ici connait son engagement en faveur de la culture. La musique classique nous élève, nous rassemble, elle n’est pas réservée à une élite, elle doit être accessible à tous et c’est cela l’ADN du festival, excellence, jeunesse, accessibilité. »
Et pour commencer en beauté, voici le retour du contre-ténor Philippe Jaroussky, accompagné par l’ensemble Artaserse, à la Maison du Cygne, samedi 23 mai. Nous avions passé ensemble un joli moment de convivialité. Il a créé une académie et nous aurons le plaisir de découvrir l’un de ses lauréats, le pianiste Antonin Bonnet le 5 septembre à la Maison du Patrimoine.
Côté piano, nous serons gâtés, déjà par  la venue de trois pianistes asiatiques à la Maison du Cygne : Le 20 mai Bruce Liu, 1er prix du 18ème Concours international Frédéric Chopin en 2021 ; Le 11 juin, Sophia Liu, sans parenté, l’une des plus jeunes artistes de la saison puisqu’elle a 17 ans ;  le 5 juin, Ryan Wang, également grand prix du concours National Chopin, l’an dernier.
Et pléthore de pianistes à la maison du Cygne : Tanguy de Williencourt le 29 mai, Joseph Moog le 4 juin, Nicolaï Lugansky le 14 juin, Vanessa Wagner le 19 juin, Jean-Paul Gasparian le 20 juin, Arielle Beck le 21 juin, Mirabelle Kajenjeri, le 29 août à la Maison du Patrimoine.

Jean-Christophe Spinosi
Philippe Jaroussky

Les incontournables frères Capuçon, seront bien sûr de la fête : Gautier Capuçon et son fidèle pianiste Jérôme Ducros et deux lauréates de sa fondation : la pianiste Duru Erdogan et la violoniste Sofie Leifer, le 15 juin et le lendemain 16 juin avec trois autres lauréats : Gatien Leray, alto, Elise Bertrand, violon, Mirabelle Kajenjiri, piano. Et puis, le désormais annuel concert au Parc de la Méditerranée le 27 août avec six violoncellistes, les Capucelli.
Renaud Capuçon, lui, sera à la Maison du Cygne le 30 mai avec neuf jeunes artistes et… son épouse Laurence Ferrari qui se joindra au groupe comme récitante.
Autre récitant magnifique : Lambert Wilson, accompagné du harpiste Xavier de Maistre à la Maison du Cygne le 17 juin.
Cette année, notre ami le chef d’orchestre Jean-Christophe Spinosi, nous offrira, avec l’ensemble Matheus trois concerts à la Collégiale Saint-Pierre, y invitant la soprano Patricia Petibon le 19 juillet, la soprano Nina Spinosi et le ténor Gaël Lefèver le 20 juillet et les musiciens de l’Académie Stauffer le 22 juillet.
Des pianistes encore à la Maison du Patrimoine : Le 29 août, Mirabelle Kajenjeri, lauréate de la fondation Gautier Capuçon, Antonin Bonnet le 5 septembre, Stella Almondo le 12 septembre, Justus Friedrich Eichhorn qui a également 17 ans, le 19 septembre.
A la Villa Simone, du jazz, du jazz, du jazz avec, le 4 juillet Louise Jallu au bandonéon, Mathias Lévy au violon et à la guitare électrique, Marc Benham au piano, Alexandre Perrot à la contrebasse. Le 11 juillet le Paul Lay trio nous offrira la « Rhapsodie in Blue » de Gershwin.
On reviendra à la Collégiale Saint-Pierre  avec un concert de clavecin avec Paolo Zanzu  le 16 juillet, le fameux quatuor à cordes Modigliani le 18 juillet et l’ensemble Matheus avec le chœur de l’Académie Haendel-Hendrix le 19 juillet.

Karine Deshayes
Lambert Wilson

A noter l’exposition du grand photographe Douglas Kirkland, en partenariat avec le Festival de Ramatuelle, qui se tiendra du 4 juillet au 20 septembre dans les jardins de la Villa Simone.
D’autres manifestations comme les après-midi musicales-conférences de Monique Dautemer au Théâtre Daudet, du cinéma sous les étoiles à la Villa Simone en partenariat avec le Six N’Etoiles et d’autres concerts en plein air proposés par la fondation Gautier Capuçon. Tout cela à retrouver sur le site sixfoursvagueclassique.fr.
De beaux moments musicaux à vivre… En espérant les retrouver l’an prochain !

Jacques Brachet

Patricia Petibon

Olga JEGUNOVA :
« En France, j’ai retrouvé mon chemin, ma maison »

Olga Jegunova est une pianiste internationale qui a choisi de poser ses valises dans le Sud de la France, où elle vit avec sa famille entre Hyères et Paris. Ggrâce au maire de Solliès-Pont, André Garon, et son adjointe à la Culture Marie-Aurore Smadja elle a créé un festival  « Les Nocturnes à Solliès-Pont » dont la troisième édition aura lieu cette année
Belle musicienne à l’accent russe et musical, on ne pouvait que la rencontrer !
« Olga, parlez-nous de vos origines…
Je suis lettone, née en Lituanie et donc russophone. Au milieu de tout cela, il a fallu que je me trouver une vraie identité, ce qui n’a pas été facile !
Le piano, c’est venu comment ?
Dès cinq, six ans j’ai commencé à faire des concours, des concerts. J’ai travaillé beaucoup mais c’était une passion. Le piano est devenu ma vie quotidienne et je pensais alors que c’était une vie « normale » ! Je n’ai pas eu le temps de me rendre compte que c’était un vrai travail, d’autant que ma mère était aussi pianiste.

Elle vous a donc poussée dans cet art ?
Pas vraiment mais elle me faisait travailler. Je me souviens avoir travaillé sur une œuvre de Schumann dont je n’arrivais pas à trouver la bonne expression. Avec beaucoup d’attention de sa part, elle m’a expliqué que si l’on n’était pas touchée par la musique, ce n’était pas la peine de continuer. Et elle a vu que j’étais touchée par la musique.
Combien d’heures passez-vous au piano ?
Au moins deux à trois heures par jour mais si j’ai un concert ce peut être cinq à six heures ! Et le reste du temps… Je joue au lego avec mes deux enfants ! Je passe du noir et blanc à la couleur !
Comment-êtes-vous venue à créer ce festival à Solliès-Pont ?
A la suite d’un concert, le maire me l’a proposé. Je trouvais intéressant de me trouver de l’autre côté d’un festival, non plus pour seulement jouer mais pour l’organiser, d’abord pour le public mais aussi pour les musiciens. Nous sommes toujours stressés avant un concert et j’avais envie de les guider, de les accompagner. Ça m’a également beaucoup aidée, beaucoup apporté et je voulais que la musique classique ne soit plus élitiste, qu’elle soit accessible au plus grand public possible.
Déjà, lorsque je donne un concert, entre deux morceaux, j’aime parler au public, raconter, expliquer, être proche de lui.

Vous vivez donc entre Hyères et Paris aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous installe en France ?
Je vivais à Londres puis il y a eu le Covid, qui a été un drame pour tout le monde entre autres pour nous les artistes puisqu’on ne pouvait plus travailler.  Je suis venue dans la région pour y trouver un refuge, de nouvelles racines que je n’avais pas. J’ai découvert la nature, le climat, des gens gentils et j’ai décidé que ce serait parfait pour nous et mes deux petits anges, après avoir travaillé dans le monde entier.
La France est donc devenue votre nouvelle patrie ?
Exactement et le Sud en particulier. J’ai retrouvé, sinon mes racines, du moins mon chemin, ma maison, une famille.
Depuis deux ans, vous avez donc créé ce festival qui, sera, cet été, la troisième mouture…
Oui, les deux premiers ont bien marché dans un cadre de rêve et de plus, j’ai rencontré des gens magnifiques, comme cette chorale « Sur tous les tons » formée de bénévoles, que j’aime, que j’accompagne, avec qui je travaille aujourd’hui et qui fait partie du festival.
Il y a eu également la rencontre avec notre ami Charles Berling…
Ah Charles ! Ça a été une belle rencontre. Je l’ai connu grâce à l’opéra de Toulon et il est venu participer au festival l’an dernier.
Vous avez aussi ajouté du jazz dans votre festival !
Pas de jazz cette année, malheureusement…Néanmoins, en 2026 y aura un pianiste légendaire Christian Zacharias,le mime Benoît Turjman, un concert pour présenter de jeunes talents, les  spectacles musicaux pour les enfants “Le petit prince” et le “Ti-train” et un concert en partenariat avec l’Opéra de Toulon des chanteurs lyriques Kaarin Cecilia Phelps et Emmanuelle Demuyter.  
En dehors du festival, nous aurons le plaisir de découvrir votre nouvel album ?
Oui, ce sera mon sixième et il sera consacré à un compositeur géorgien : Giya Kancheli.
C’est une musique pleine d’espoir et dans cette période très difficile c’était quelque chose de très important pour moi. »

Programme des Nocturnes de Solliès-Pont
Mardi 30 juin 21h, cour du château Forbin : Récital de piano par Christian Zacharias
Mercredi 1er juillet 17h, Médiathèque René Char : « Le petit prince », narration, avec Pierrick Grillet et Olga Jegunova
Mercredi 1er juillet 21h, cour du château Forbin : Musique de chambre avec Christian Zacharias, Benoît Salmon (Violon), François Mereaux (Alto), Delphine Perrone (Violoncelle) Jphanna Sans (Contrebasse)
Jeudi 2 juillet 19h, Médiathèque René Char : Les voix de demain – Concert jeunes talents du conservatoire à rayonnement régional TPM
Vendredi 3 juillet 21h30, cour du château Forbin : « Piano et pantomime » avec Olga Jegunova et Benoît Turjman
Samedi 4 juillet 10h30, Médiathèque René Char : « Abracadabra Musiques » Spectacle musical pour enfants
Samedi 4 juillet 21h30, Cour du château Forbin : En partenariat avec l’Opéra de Toulon, Kaarin Cecilia Phelps (Soprano), Hugeau Philippeau (Piano) et la participation d’Emmanuelle Demuyter (Soprano). Concert de chant lyrique et première mondiale d’une nouvelle composition de Nolan Monnet

Propos recueillis par Jacques Brachet


Quand Michel DELPECH était chanteur
Il aurait eu 80 ans cette année

On a tous un petit bout de Delpech dans la tête, pour peu qu’on ait plus de 20 ans… ou 30… ou 40 !
J’ai eu la joie de faire quelques tournées avec lui et c’était toujours un plaisir de le retrouver, intact malgré quelques années galère et heureux d’être devant de si grands publics retrouvés pour égrener nos belles années…
Après ma première rencontre sur le fameux  » Inventaire 66  » avec Stone, Charden, Pascal Danel et quelques autres, je devais partir en tournée avec Michel Delpech en 1971 alors qu’il venait d’éclater littéralement avec  » Pour un flirt « .
C’était une tournée de folie car il fallait souvent doubler les concerts tant la demande était grande et je me souviens des hurlements des filles lorsqu’il arrivait sur scène avec son fameux tube «Pour un flirt» et qu’il terminait son concert avec le même titre et dans la même folie.
Et alors qu’il était en plein succès, la première interview fut quelque peu laconique car, je m’en aperçus très vite, il était timide et réservé malgré cette énergie qu’il avait sur scène. Mais peu à peu, au cours de la tournée, nous eûmes de jolis moments ensemble et je vais découvrir un autre aspect de son caractère : il était anxieux et malgré le succès, cette folie qu’il drainait derrière lui, je me souviens qu’il m’avait dit : «Combien de temps est-ce que ça va durer ?»
Cette tournée était un bonheur puisqu’il y avait en première partie Maria de Rossi dont je m’occupais et Sophie Darel. L’ambiance était au beau fixe
Son premier gros succès fut «Wight is Wight».
 » Cette chanson – m’avait-il confié – a été une étape pour moi. Jusqu’ici, j’avais eu quelques petits succès espacés et d’un coup,  » Wight is Whight  » devient un très gros succès, tout simplement parce que c’est un événement marquant de la musique de ces années 60 et que ça concernait toute la jeunesse.

Inventaire 66 avec Pascal Danel
Une virée au MIDEM

« Le public m’a vraiment découvert avec cette chanson et surtout m’a fait sortir de l’étiquette « chanteur de charme » que je trimballais déjà. On s’est alors rendu compte qu’un chanteur de charme, dans le sens désuet qu’on lui donnait, pouvait aussi être « new look»
Après quoi j’ai eu quand même un peu peur que ce ne soit qu’un phénomène de mode… Mais « Pour un flirt » est venu pour renforcer ce succès « 
Avant, il y avait eu la tournée en première partie de Mireille Mathieu.
 » Pour moi, ça a été une grande chance de partir avec Mireille Mathieu car elle avait déjà un public énorme ce qui m’a permis d’élargir le mien qui était loin d’être si important. J’avais un public essentiellement jeune, Mireille avait un public très familial et ces tournées m’ont donc apporté un nouveau public.
Et puis il faut savoir qu’à l’époque, personne ne me voulait en « vedette américaine » car j’avais déjà un certain succès et nombre de chanteurs avaient peur que j’aie trop de succès. Et je le dis sans vouloir me vanter !
Mais Mireille était au-dessus de ça et puis, elle ne craignait rien ni personne ! »
Les années vont donc passer avec nombre de galas, d’Olympia, de succès pour un Michel entraîné dans une course folle. Une course qui le fait aller un peu trop loin, un succès qu’il ne maîtrise plus, pas plus que sa vie d’ailleurs. Il abusera de tout, sexe, drogue, alcool… une vie très rock’n roll qui va lui faire perdre sa femme, ses amis, ses repères, ses fans…Un long tunnel démarre pour lui.

Tournée avec Dalida
Tournée Age tendre avec Jean-Jacques Lafon

Un long tunnel démarre pour lui. Il est au bord du précipice, il a des idées suicidaires mais quelque chose de plus fort que tout va le faire sortir de ce chemin cahotant. Il cherche un sens à sa vie à travers la fumée, les médicaments, les gourous…L’amour le sauvera et ce sera la résurrection dont il nous parlera dans un premier livre « L’homme qui avait bâti sa maison sur le sable » (Eobert Laffont), un livre très émouvant qui est l’histoire de cette quête de la vérité, du sens de la vie.
Je le retrouve à cette occasion en novembre 93 :
 » Il fallait que j’expulse tout cela, que je mette tout noir sur blanc et que je me justifie auprès d’un public qui m’est, malgré tout, resté fidèle, même s’il n’arrivait pas à comprendre mon comportement. J’ai fait le point, je peux aujourd’hui tourner la page. Quelquefois, il me semble même que j’ai écrit l’histoire d’un autre homme… » C’est en effet une chronique poignante de sept années d’enfer où la folie était omniprésente et dont il était sorti vainqueur. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille mais avec de l’amour, de la volonté, de l’acharnement, on arrive à s’en sortir. Sa carrière pouvait repartir de plus belle. Et même mieux.

Et il reprit le chemin du succès, avec un retour au premier plan, à tel point qu’au fil des ans, Michel est devenu une icône que tous les jeunes chanteurs d’aujourd’hui admirent. La preuve, ce beau disque de duos qu’il a partagé avec quelques jolies pointures. Il a ratissé large pour ce « Michel Delpech &… » puisque, toutes générations confondues, on y retrouve Voulzy, Souchon, Clérika, Julien Clerc, Michel Jonasz, Cabrel, Bénabar, Vassiliu, Cali, Barbara Carlotti… tous ont répondu présent… ou presque !
C’est cette belle aventure qu’il me raconta, lors d’une nième rencontre car c’était toujours avec le même plaisir qu’on se retrouvait. Il était décontracté, mal (ou pas ?) rasé mais avec toujours ce charme indéfinissable, cette gentillesse, cette simplicité qu’il a toujours gardé malgré les années-galères.
 » Ce disque c’est d’autant plus beau qu’aucun des artistes n’est un ami intime.
Je connaissais certains, il y en a d’autres que je n’avais jamais rencontrés et lorsque cette idée m’est venue, j’ai foncé car j’avais très envie de le faire. J’étais très excité et je crois que tous ont été aussi curieux que moi de monter dans mon grenier pour retrouver ces chansons qui dormaient dans la naphtaline, qui les ont marqués ados ou enfants…
En 2006, il a été  « Mis à nu » par Pascal Louvrier qui a écrit, avec son aide, cette biographie (Ed Perrin). Pourquoi, alors qu’il avait déjà écrit, voici quelques temps, son autobiographie ?
« D’abord parce qu’il me l’a demandé poliment et aussi parce que c’est un livre très professionnel qui retrace toute ma carrière. Nous avons eu beaucoup d’entretiens mais il a fait des recherches incroyables pour que cette bio soit la plus proche de la vérité. Je n’ai donc eu qu’à répondre à ses questions, quant au reste, je ne m’en suis pas occupé. Il a mené son enquête, est souvent venu me rejoindre en concerts pour prendre la température…Ca a toujours été sans intervention de ma part. Ce n’est pas une bio dirigée ! »

Et puis, il y a eu les tournées « Âge Tendre » et il était heureux de retrouver la scène  avec les copains d’Antan, entre les deux galas de la journée on se retrouvait tous dans les coulisses au catering  et il était considéré comme une icône.
« N’exagérons rien – m’avait-il dit en riant – mais c’est vrai que c’est une grande joie de se retrouver là après un parcours assez mouvementé. Mais c’est aussi avec beaucoup de recul que je vis ça car je connais les aléas d’une vie de chanteur et ça change les donnes.
Aujourd’hui je suis un vieux sage qui prend le bonheur quand il passe et je ne vis pas le succès de la même manière que lorsqu’il est arrivé pour la première fois !
Je sais que ça peut repartir mais je sais que je chanterai tant que l’on voudra de moi car je n’ai aucune intention d’arrêter !!! »
Hélas, c’est la maladie qui lui a fait arrêter cette passion de chanter.
J’avais été heureux de le retrouver sur ces tournées où nous avions le temps de rire, de parler, de manger tous ensemble.. Nous avons ainsi passé de nombreux moments de connivence en nous retrouvant tous avec plaisir.


A le voir sur scène sur les premières années qui aurait pu penser qu’il allait vivre un tel drame ? Lors de sa dernière participation à la tournée on pouvait s’apercevoir qu’il commençait à mal articuler mais jamais on aurait imaginé une telle fin.
Il devra arrêter la tournée, subir une douloureuse première opération en 2013 dont il se remettra peu à peu. Il n’arrêtera pas malgré tout car dès qu’il ira mieux il écrira un livre «J’ai osé Dieu» car il est très croyant et aura le temps d’enregistrer une chanson prémonitoire : «La fin du chemin» car fin 2015 il y a une récidive fatale et il s’éteindra le 2 janvier 2016.
Avec son départ il reste un grand vide dans la chanson française.

Notes de musique

A LONG TRIP 22
Claudio Fasoli Samadhi Quartet – Enregistré en public à Rome en février 2022 Parco Della Musica records (MPR188CD)
Claudio Fasoli (ténor et soprano sax), Michelangelo Decorato (piano),Pietro Leveratto (contrebasse), Marco Zanoli (batterie).Sur des compositions, alternativement ou en commun, des quatre musiciens on embarque pour un « Long Trip » de savoureuse musique.
Claudio Fasoli est rayonnant et joue « Body and Soul » que ce soit au ténor ou au soprano, avec ce son chaleureux, ample et généreux, un modèle de phrasé, qui font les grands saxophonistes de jazz. Il a enregistré plusieurs dizaines de disques, reçu de nombreux prix et écrit trois livres. Un pianiste au jeu brillant et aéré qui fait parfois penser à Chick Corea. Un vrai batteur jazz, qui pulse, propulse et relance. Un contrebassiste au jeu pur, très fluide ; très imaginatif dans les solos. « Boerum Hill » donne à entendre toutes ces qualités ; seul morceau du disque en tempo rapide. Un autre morceau très représentatif des qualités du groupe , « Sext » : après un début très calme, lyrique, une montée crescendo, le ténor se déchaîne avant de retrouver la sérénité. 
Un disque apaisé, serein, qui prend son temps. Les musiciens jouent sur le même terrain, à égalité, avec de très riches échanges, une grande sensibilité, un sens de la mélodie avec un lyrisme au bord de l’âme, et un engagement total.
HASARD
Claudio Fasoli NeXt 4tet – Enregistré entre juin et juillet 2024 à Cinisello Balsamo (Ml). abeat records ABJZ 275.
Claudio Fasoli (ténor et soprano sax), Simone Massaron (Guitare et eletronics), Tito Mangialajo Rantzer (contrebasse), Stefano Grasso (batterie et percussions).
Il n’y a pas de « Hasard » quand d’excellents musiciens font de la très bonne musique, ce qui est le cas avec ce dernier disque de Claudio Fasoli ; celui-ci reste le maître des saxophones ténor et soprano ; un gros son limpide, un phrasé accrocheur au ténor, un son parfois très méditatif au soprano. Un guitariste au chant éthéré ou très rock en guitare saturée. Un bassiste au gros son, sans failles, envoûtant, des notes nettes et rondes, un batteur maître du tempo, très subtil comme dans « Pet », en duo avec le ténor.
Pour l’ensemble du disque on pourrait dire que c’est du bebop revu par Jean-Sabastien Bach, par exemple « Trio », morceau qui donne le ton, l’atmosphère du disque. Il me semble aussi que le groupe utilise quelque peu les harmonies impressionnistes, dont celles de Ravel comme dans « Claud », on y entend même des réminiscences du « Boléro ».
A noter le peu d’utilisation des electronics. Ajoutons que toutes les compositions sont de Claudio Fasoli.
Pas d’exploits technique chez ces musiciens, mais du partage, de l’écoute, un total engagement. De la musique qui vient de l’intérieur pour atteindre à la beauté qu’on partage dès les premières notes.
L’Italie sauvera le jazz.

Serge Baudot

ALTIERA… Tant pis ?… Non, tant mieux !

C’est une jolie jeune femme du nom d’Altiera.
De ses origines corso-polonaises, elle a le regard à la fois ensoleillé et nostalgique et sa première chanson, écrite et composée par elle-même « Tant pis », possède ce que l’on trouve dans les chansons brésiliennes, à la fois musicales et rythmées, saupoudrées de mélancolie, de « sausade ».
Mais dans la vie, elle garde ce soleil qu’on attrape de côté de la Méditerranée.« Altiera… D’où vient ce prénom ?
C’est en fait mon nom de scène qui m’a été suggéré par un tableau que j’avais fait, où j’avais écrit ce mot. Altiera en corse c’est tout simplement l’adjectif « Altière » c’est-à-dire « fière » et pour moi, ça a été une évidence.
Du Nord au Sud, vous avez donc deux origines très différentes. Qu’avez-vous de chacune ?
De Pologne, pas grand ’chose car, justement, ne n’en connais pas grand-chose. Peut-être l’âme slave qui m’apporte un peu de nostalgie. Et mon amour pour Chopin !
De la Corse j’ai la culture, j’ai grandi avec cette langue, j’ai donc ce côté insulaire.
Chantez-vous en corse ?
Oui, beaucoup. J’ai même eu un projet qu’un jour certainement je réaliserai.
Alors au départ, vous avez appris le piano classique puis vous vous êtes tournée vers l’histoire de l’art. La chanson dans tout ça ?
La chanson est venue bien avant tout ça, et même la composition. Dès l’âge de dix ans j’écrivais des chansons. J’avais même écrit une chanson pour ma jument ! Mais j’étais bien trop trouillarde pour chanter devant les gens. Donc je me suis tournée vers l’histoire de l’art et le piano avec lequel j’ai été professeur. Même si ça ne se dit pas, j’avais des préférences pour certains élèves avec lesquels j’ai gardé des liens !
J’ai eu aussi des projets de peinture mais le Covid a beaucoup changé de choses. Et la musique était une évidence. Depuis 23/24, avec le recul, j’ai compris que ce serait la musique.

Et voilà donc la première chanson qu’on peut entendre. Pourquoi une seule chanson ?
Au départ c’était l’écriture J’adore écrire, j’ai énormément de textes, de poésie que j’adorerais recueillir un jour dans un livre.
Vous pourriez en faire des slams !
C’est drôle que vous disiez cela car j’adore le slam et même le rap… Pas le rap « gangsta » mais il y a de merveilleux rappeurs qui sont des poètes magnifiques, dont les textes sont très écrits, comme le groupe I Am. Ce sont de vrais poètes. J’ai d’ailleurs une nouvelle chanson qui est plus dans ce style-là, avec un côté sociologique que j’aime bien.
J’ai aussi participé à une rencontre de rap dans laquelle j’étais la seule fille et j’ai beaucoup aimé.
Dans votre première chanson, pas de slam , pas de rap…
(Elle rit) Non, pour la première, j’ai pensé à deux chansons mais celle-ci me semblait plus logique, plus été, plus espoir.
Elle est pourtant plutôt triste…Le titre déjà est un peu fataliste…
Vous trouvez ? Je la trouve plutôt optimiste. Elle a un côté positif. Elle décortique l’amour, les sentiments. Elle a peut-être quelque chose qui ressemble à mon côté slave.
Pour en revenir à cette chanson, c’est un peu difficile de se faire une idée de votre personnalité, ce que vous êtes vraiment en une seule chanson, de votre univers.
C’est vrai mais à la rentrée, sortira un EP avec quatre ou cinq chansons. Il faut dire que j’avais un peu abandonné les réseaux sociaux et qu’il faut que je relance un peu tout ça et j’ai préféré commencer par une chanson pour qu’elle puisse être entendue et pas être perdue au milieu d’autres chansons.
A propos, quelles sont vos influences ?
Oh, il y en a beaucoup… Sade, Barbara, Lana del Rey, Billy Ellish… Et beaucoup d’autres chanteuses…
Comment définiriez-vous votre musique ?
Justement avec toutes ces influences, pop, électro, RnB. C’est ce qu’on trouvera dans mon EP.

N’avez-vous pas pensé tenter une émission comme «  The voice » ?
J’ai failli ! J’y ai pensé un temps mais rien que d’imaginer qu’aucun fauteuil ne se retourne, c’était très angoissant pour moi. Mais en fait, c’aurait été aussi angoissant si quelqu’un se retournait !
Ah bon, pourquoi ???
Parce qu’alors il aurait fallu que je me dévoile, que je parle de moi et ça aussi ça m’aurait beaucoup angoissée. C’est quelque chose qui m’aurait dérangée, de me dévoiler devant des milliers de téléspectateurs.
Dans ce cas, c’est vrai, ça devient impossible pour vous !
(Elle rit) Vous voyez, je suis un peu compliquée ! Je suis une grande traqueuse et travailler dans mon coin me désangoisse. Peut-être aujourd’hui, ayant pris confiance en moi, ce serait plus facile. Finalement, je préfère travailler à l’ancienne.
Alors, après ça, quels sont les projets ?
Un premier EP. Peut-être un second et aussi penser à la scène car je pense déjà au printemps prochain et tenter de faire de la scène, peut-être des festivals. Et pour cela il faut que j’aie d’autres chansons à faire entendre. Mais déjà, après près de deux mois de promo je vais m’octroyer quelques semaines de vacances en famille en Corse et retrouver mon piano et mon studio ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Jean-Pierre SAVELLI…
Un vibrant hommage à Michel Legrand

Concert JP Savelli – 2 aout 2025

C’est dans le magnifique domaine de Beaudouvin à la Valette, que Jean-Pierre Savelli nous avait donné rendez-vous pour un spectacle-hommage à Michel Legrand.
Il faut savoir que le fameux Peter, du duo Peter et Sloane n’est autre que ce toulonnais, parti un jour à Paris pour chanter, qui y devait rencontrer son Pygmalion, un certain compositeur, musicien international Michel Legrand. Rencontré par hasard, il lui propose de le produire et de chanter une de ses compositions : la chanson du prince, issu du film de Jacques Demy « Peau d’Âne ». Suivra son premier succès « Un goût de soleil, de pomme et de miel » qui a fait le tour du monde, chanté par les plus grands chanteurs.

Répétitions dans le vent
La famille réunie

De là, un fil rouge a lié jusqu’à la fin les deux artistes et on les a souvent retrouvés liés à Jacques Demy ou Claude Lelouch, de « Peau d’Âne » à « Les uns et les autres » où son duo avec Nicole Croisille fut un énorme succès, en passant par « Un parfum de fin du monde », « Il était une fois l’espace », « Un été 42 », « Et demain que feras-tu de ta vie »….
Revenu dans le Var, à la Valette, voici quelques années, après cinquante ans de métier, il a décidé de rendre hommage à son maître en enregistrant un CD de ses plus belles chansons, dont celles qu’il a créées, et de lui consacrer un spectacle, celui qu’il nous a offert en ce samedi à Beaudouvin.

Laurent, Mattéo, Alexandra, Jean-Pierre, Antoine, Lilian, Mathis

Durant un moment, on a eu peur qu’un vent violent ne vienne annuler le concert mais il a eu la délicatesse de s’arrêter au moment où Jean-Pierre entrait en scène, entouré de cinq musiciens qui, hormis un nordiste, sont tous de la région. Et quels beaux musiciens !
Laurent au piano, Matéo au sax, Mathis à la trompette, Antoine le bassiste et guitariste, Lilian le batteur. La grande classe : tous sont vêtus d’une chemise parme, Jean-Pierre de blanc vêtu, lunettes noires. Et cerise sur le gâteau, Alexandra Milesi une magnifique chanteuse qui fera un superbe duo avec Jean-Pierre
Mais avant le spectacle, consciencieusement Jean-Pierre s’accorde avec ses musiciens, vérifie le moindre son afin que le spectacle soit parfait.

Duo avec Alexandra
Duo avec Lola

Et ce fut un magnifique feu d’artifice, un incroyable bouquet de chansons signées Legrand, dont les mélodies sont toutes dans la tête. L’âge passant JP a gardé sa superbe voix aux accents bluesy et jazzy, souvent aux intonations à la Legrand et l’on comprend pourquoi celui-ci a choisi de lui offrir ces belles chansons.
Un concert à la fois plein d’énergie et aussi d’émotion, surtout lorsque sa fille Lola monte sur scène faire un duo avec son père.
Ce fut une belle et émouvante soirée, sous le regard bienveillant de Sandry, son épouse, danseuse et chorégraphe, qu’on retrouvera dans un show exceptionnel le 29 août place Jean-Jaurès, à la Valette où toute la famille sera réunie sur scène avec une pléiade d’artistes issus de leurs studios.
A ne pas manquer.
Par contre, si vous avez raté ce concert, vous pourrez le retrouver le dimanche 9 novembre au Palais Neptune de Toulon.

Duo d’amour, de musique & de danse

Jacques Brachet
Photos Alain Lafon
Merci à Bernard Roux qui nous a fort gentiment accueillis sur le domaine

Villa Simone : Paul LAY et ses complices… Du grand art !

Villa Simone : Paul LAY et ses complices… Du grand art ! Tout commence par une mélopée aux accents irlandais, chantée d’une voix cristalline par Isabelle Sorling, accompagnée du pianiste Paul Lay qui effleure les touches avec finesse et du contrebassiste Simon Tailleu qui rythme cette litanie. Musique étrange, voix d’ange, accentuée par la stridulation des cigales qui ont décidé de s’immiscer dans le récital.
Et l’on change de rythme avec, nous dit le pianiste, trois chansons américaines d’un autre temps, entre 1860 et 1900. Chansons d’amour, de guerre et de liberté. Le rythme a changé, entre charleston, Gershwin et Dave Brubeck, des musiques sous influence que le pianiste fait allègrement sonner.
On sent le plaisir de l’artiste qui danse sur son tabouret et voilà qu’il nous propose un moment d’anthologie avec cette « battle » qu’il nous offre avec son contrebassiste, d’une dextérité, d’une énergie, d’une intensité qui fait crier et applaudir le public. On sent toute la complicité des trois artistes qui jouent ensemble depuis onze ans. Et si Paul Lay avoue les avoir trompés avec d’autres musiciens pour d’autres aventures, ce trio demeure sa famille et il se retrouve toujours à certains moments de leur parcours
Autre instant à la fois magique et émouvant : Cette chanson qu’a composé le pianiste sur un poème d’un jeune garçon de 17 ans qui suivait ses cours en Allemagne, qui dut, par la force des choses, combattre contre ses amis et mourir dans les tranchées. Poème chanté avec une rare émotion par Isabelle Sorling. Car dans ce trio, chacun a son morceau de bravoure, soutenu par les deux autres.
Et nous voilà à la – presque – fin du concert avec ce nouveau grand moment :  « The battle of the Républic » où quand un gospel – en l’occurrence « Glory Alléluia » – devient jazzy par la voix d’Isabelle Sorling qui nous offre une performance incroyable, entre grave et aigu, entourée des deux autres musiciens. C’est du grand art !
A tel point que le public, subjugué, en redemande debout et que notre trio reviendra deux fois !


Ce fut un superbe spectacle dans ce magnifique lieu qu’est la villa Simone.
Un seul bémol : l’on nous avait placés sur le côté, le temps d’admirer durant tout le concert, le dos du pianiste ! On aurait beaucoup aimé voir les expressions de son visage, tant il y avait de jubilation dans sa façon de s’exprimer.
Mais on eut le temps de le voir de face durant l’entretien qu’il nous accorda après le spectacle… Dans  la pénombre et le chaos des chaises que l’on rempilait !« Paul, il paraît que vous avez commencé à jouer du piano à trois ans ?
(Il rit) Non ! A trois ans, mes parents m’avaient offert un petit clavier pour Noël et j’arrivais, au bout de quelques mois à jouer les chansons qu’on apprenait à l’école ! Ils se sont alors dit que je devais avoir de l’oreille et donc, au fil des ans, j’ai eu des claviers un peu plus larges. Et j’ai commencé vers mes cinq ans, des études de piano avec une prof superbe Mme Lamothe qui était dans les Landes.
Vous êtes des Landes ?
Des Pyrénées Atlantiques. Mais j’ai vécu à Mont de Marsan.
Tout de suite vous avez eu envie d’en faire votre métier ?
J’ai découvert le jazz vers 10/11 ans, et à partir de ce moment-là, grâce à mes parents qui écoutaient des musiques différentes, j’ai très vite vu que le jazz permettait d’improviser, on pouvait inventer de la musique en temps réel et j’ai compris que c’était ça que je voulais faire, que c’était la musique vers laquelle je voulais aller.
C’est incroyable, si tôt  car à cet âge on est plutôt tourné vers la variété. Y avait-il des gens autour de vous ?
Dans mon école de musique, il y avait un atelier jazz, mon prof de piano classique, qui était aussi professeur de jazz m’y a fait entrer. J’avais 11 ans et le fait de pouvoir improviser a été une révélation.

Quelles étaient alors vos influences ?
Je ne connaissais pas grand-chose, je découvrais Herbie Hancock, Miles Davis, Bill Evans, et peu à peu le fil s’est déroulé, les profs et les amis m’ont fait connaître toutes sortes de choses…
A quel moment avez-vous commencé à composer ?
Assez tôt. D’abord pour moi puis à l’adolescence. J’ai essayé de composer des choses et à les jouer avec les copains.
Quelles études avez-vous faites ?
D’abord le conservatoire de Toulouse puis je suis entré au département jazz du CNSM de Paris…
Depuis, vous avez eu un nombre incalculable de prix dont les Victoires de la Musique, L’Académie Charles Cros… et vous êtes jeune !
(Il rit) Je fais jeune mais j’ai déjà 40 ans ! Oui, je passais beaucoup de concours à l’époque, des tremplins qui aident, après, il faut accepter le temps qu’il faut pour s’insérer, que les projets mûrissent et se développent.
Parlez-moi un peu de ce trio magique avec lequel vous avez joué ce soir…
Il est né en 2013, ça fait presque douze ans, au moment où on célébrait Marseille ville culturelle européenne. Nous avons été invités par le théâtre de la Criée pour jouer un programmaeautour de Marseille, avec Isabelle qui ne parlait alors pas vraiment français.
 Nous avons repris des chansons d’Alibert, de Tino Rossi, du folklore marseillais et provençal…
On était loin du jazz !
C’était du Music-Hall venu de l’Alcazar dont on a fait un disque. Et on a beaucoup tourné avec ce répertoire. Après, pour les commémorations des cent ans du jazz à Nantes, l’on a bifurqué vers un autre répertoire en 2017.
Et le classique dans tout ça ?
J’ai commencé par le classique à l’âge de 5/6 ans mais aujourd’hui je continue pour moi. C’est une de mes grandes inspirations, une très bonne manière de continuer à étudier la musique et l’instrument. C’est une énorme source d’inspiration.
Comment sont venues les master classes que l’on peut voir sur les réseaux sociaux ?
C’est dans le cadre de la revue « Pianiste » qui n’existe plus depuis peu, destinée plutôt aux pianistes amateurs de tous niveaux, j’avais la charge  de la partie jazz. J’écrivais une composition assez simple à monter pour les lecteurs, et j’expliquais les rudiments de l’improvisation. J’ai fait ça pendant quatre ans, sur vingt-cinq à trente morceaux, pour le magazine et pour Internet.

Et vous continuez les master classes ?
Aujourd’hui je suis professeur au CNSM de Paris où j’ai intégré le corps pédagogique voici trois ans. J’enseigne aux élèves qui se professionnalisent. C’est rigolo aujourd’hui, de les voir là où j’étais il y a vingt ans ! Ils ont vingt ans, j’en ai quarante, la roue tourne !
Ici, nous vous avons vus en trio mais faites-vous des concerts solo ?
Oui, bien sûr. Demain je suis à Saint-Jamet mais selon les cas, je joue en solo, en trio. Avec celui-ci on a fait des centaines de concerts depuis douze ans. Mais je joue aussi avec d’autres trios piano-basse-batterie et je joue aussi avec orchestres. Nous avons d’ailleurs célébré les cent ans de « La rapsodie in blue » de Gerschwin avec l’orchestre de Strasbourg. Je l’ai joué aussi avec l’orchestre de Tokyo, avec le  Varsovia Symphonia de Varsovie et on va le jouer à la Roque d’Anthéron le 14 juillet.
Il y a une chose que j’apprécie sur vos disques, ce sont les pochettes toujours très belles et très originales…
C’est un travail que nous faisons ensemble avec mon photographe. Il s’appelle Sylvain Gripoix et je lui fais une entière confiance. Je lui envoie la musique du disque et je lui demande de trouver un sujet qui l’inspire. Nous nous faisons mutuellement confiance, Il me fait des propositions. Tout comme la photo des Victoires de la Musique.
Viendrez-vous un jour à des concerts classiques ?
Je n’en ai vraiment jamais fait car j’ai des collègues qui le font mille fois mieux que moi et surtout, même si j’adore ça, ça n’est pas mon mode d’expression. Pour me sentir vraiment bien sur scène, il faut que je puisse improviser. Jouer juste une sonate de Beethoven, je pourrais éventuellement le faire mais ce n’est pas là que je me sens le mieux. J’ai besoin de créer dans l’instant donc je pourrais faire de l’improvisation autour d’une œuvre de Beethoven car c’est mon élément, c’est mon univers. Mais jouer comme des concertistes,  où c’est vraiment leur univers où ils trouvent leur forme de liberté dans l’interprétation, ce n’est pas ce que j’aime. Moi, j’ai besoin de changer, de créer, de travailler la matière.

Et dans ce concert de ce soir, il y a donc de l’impro ?
A 90% ! Il y a juste la mélodie, qui est en fait une partition sommaire de trente secondes et l’on crée tout autour.
Et vos musiciens arrivent à suivre ?
Oui mais ça se travaille, c’est le fruit du mûrissement de dizaines d’années d’études mais l’improvisation se repose sur des codes, sur un langage, sur une histoire, sur un héritage qu’il faut connaître, appréhender, assimiler et ensuite on comprend les règles du jeu et on se fait mutuellement confiance. Pour ce que vous appelez « la battle », c’est complètement improvisé, on ne sait jamais ce qu’on va faire dix secondes après. On se retrouve sur le rythme, sur le tempo. L’une des particularités du jazz c’est le swing, une manière de scander le rythme, de vivre la pulsation corporellement et c’est ça qui nous rassemble.
Alors, le prochain disque ?
Ce sera en mars prochain, avec un magnifique chœur toulousain de dix-sept choristes dirigé par Joël Subiet, « Les Eléments » et un trio piano-basse-batterie. J’ai j’ai écrit une heure de musique sur le thème de la lumière, sur des poèmes de Victor Hugo,  d’Emilie Dickinson,  de Pablo Néruda. On reprend aussi des œuvres de Bach, de Purcell. Il s’intitulera « Waves of light » (Vagues de lumière). Puis nous emmènerons le concert en tournée en mars et en juin ».

Propos recueillis par Jacques Brachet