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Six-Fours – Festival « Femmes ! »
Philippe Lioret : « 16 ans », un film bouleversant

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Nora 16 ans (Sabrina Levoye) et Léo 17 ans (Teïlo Azaïs) se rencontrent à l’école. Très vite ils se rapprochent et nait un amour d’adolescence.
Mais cette rencontre n’est pas sans problèmes : Léo est fils de bourgeois, son père est directeur d’un supermarché. Nora est française mais d’origine maghrébine. Son frère, qui travaille dans le supermarché du père de Léo, est suspecté de vol. Sur la foi d’un « collègue »  mal intentionné, le père le renvoie.
A partir de là tout va se compliquer : les copains du frère viennent tout casser dans le supermarché et le frère est arrêté. Et lorsqu’il apprend que Nora sort avec le fils du directeur, tout part en vrille : Il lui interdit de le revoir, la dénonce à son père qui l’enferme. Quant à Léo, son père lui interdit également de la revoir, d’autant qu’après la rixe celui-ci il est mis à pied.
C’est l’histoire d’une violence ordinaire, de la confrontation de deux communautés, d’un amour impossible, sorte de « Roméo et Juliette » revisité par un Philippe Lioret inspiré et investi qui dépeint ce drame avec beaucoup d’humanité, sans pathos, teinté d’un racisme latent.
Par ailleurs, Le réalisateur a formé un couple de comédiens lumineux et superbe, qui se retrouve dans cet imbroglio et aura du mal à s’en sortir face à des parents qui vivent chacun dans leur monde. A noter que les deux pères, Arsène Mosca et Jean-Pierre Lorit et le frère Nassim Lyess sont aussi très émouvants dans cette histoire qui les dépasse.
Un film âpre qui ne peut pas nous laisser indifférent.
On sort de celui-ci à la fois ému et oppressé et il est bien d’avoir vu le film avant que ne vienne Philippe Lioret car on a du mal à reprendre son souffle. De plus, il nous fait la surprise de venir avec ce magnifique couple qu’est Sabrina et Teïlo.
Heureux de retrouver Philippe Lioret que j’ai croisé plusieurs fois et, à l’abri du public avant la surprise, ravi de voir ce beau couple sirotant un coca, l’aventure terminée, car ils ont gardé une belle complicité.
J’avoue à Philippe Lioret que je suis heureux d’avoir vu le film deux jours avant sa venue tant il m’aurait été impossible d’en parler juste après la projection.

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Il sourit : « Je m’en suis rendu compte au long des avant-premières et c’est pour cela que j’arrive seul à la projection et que les comédiens arrivent après le film. Cela donne un effet de surprise qui donne le temps aux spectateurs de se remettre car ne s’attendant pas à les voir et se lèvent pour les applaudir.
« La genèse du film, Philippe ?
Le hasard. Durant plusieurs jours, j’ai découvert un jeune couple à l’arrêt d’un bus. Ils s’embrassaient tout en pleurant jusqu’à ce que le bus arrive et les sépare. J’ai commencé à cogiter une histoire autour d’eux qui m’a fait penser à « Roméo et Juliette », à cet amour impossible, à la guerre entre les Capulet et les Montaigu, en me disant que cela existait toujours, que c’était une histoire universelle. Il y avait eu « West Side Story » et pourquoi pas une histoire similaire aujourd’hui, partant de familles, deux mondes diamétralement opposées, deux extrêmes qui ne se rencontrent pas mais dont les enfants font les frais.
Le choix de ces deux magnifiques jeunes comédiens ?
Evidemment un casting ! J’ai vu 80 Nora et 50 Léo ! Petit à petit l’étau s’est resserré. Sabrina était l’une des trois restantes et j’ai failli passer à côté tant elle était stressée. Elle s’en est rendu compte et s’est mise à pleurer et c’est ce qui m’a décidé car j’ai tout de suite vu Nora.
Pour Léo, ça a été totalement différent car, au contraire de Sabrina, Teïlo était très décontracté, très à l’aise. Il a très vite compris le rôle. Avant cela, j’ai présenté plusieurs Nora à Léo et avec Sabrina, ça a tout de suite accroché. J’ai senti tout de suite qu’ils étaient faits l’un pour l’autre !
Ils sont d’ailleurs très vit devenus plus que ce que j’attendais. Il y avait une osmose entre les deux et je ne savais plus si j’avais Léo et Nora ou Taïlo et Sabrina face à moi ! Il me semblait que je tournais mon premier film !
Alors, Sabrina ?
C’est vrai que j’étais terriblement stressée. C’était mon premier casting, je prenais des cours de théâtre depuis seulement quelques mois. C’est ma mère qui m’a inscrite au casting. Lorsque j’ai appris le sujet du film, je me suis dit « pourquoi pas ? » J’avoue que devant Philippe, je me suis sentie scrutée et j’étais très mal à l’aise. J’ai tout de suite pensé que c’était raté et je me suis mise à pleurer. C’est ce qui lui a plu !

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Et toi Teïlo ?
J’avais un peu d’expérience. C’est aussi ma mère qui m’a inscrit un jour à un casting. J’étais très à l’aise même si je n’avais jamais pris de cours. Puis tout s’est enchaîné avec des petits rôles dans la trilogie « C’est quoi mamy, papy, la famille », « Louise Wimmer », « La vie pure » et la série « Un si grand soleil ».
Je me suis donc dit que c’était un casting comme les autres. Mais ma rencontre avec Philippe a été déterminante puisqu’il me donnait la chance d’avoir un premier rôle et en plus, un très beau rôle dramatique. Et avec Sabrina, ça a tout de suite collé, nous sommes devenus amis, nous nous voyons, nous envoyons des SMS…
Philippe, il y a aussi eu le casting pour les lycéens…
Oui. J’ai réuni trois classes et le choix a été difficile, d’autant que je savais que lorsqu’on fait ce genre de casting ont fait indubitablement des malheureux. Il y avait entre autre un garçon qui me suivait partout, qui ne me quittait pas des yeux, me regardait intensément. Je me suis demandé s’il n’était pas autiste et je me suis dit : pourquoi pas ?
Sabrina, Teïlo, connaissiez-vous l’histoire de Roméo et Juliette ?
Teïlo :
Je connaissais vaguement l’histoire mais je ne l’ai jamais lue
Sabrina : J’en connaissais quelques scènes que j’avais eu à jouer dans mon cours de théâtre, c’est tout.
Philippe : Pour moi c’est la plus grande histoire du monde, une histoire universelle et quand on pense que Shakespeare l’a écrite en 1580, ça laisse rêveur !

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Dans le film il y a d’ailleurs un clin d’œil à la scène du balcon !
(Philippe rit) Oui, lorsque Léo appelle Nora et qu’elle paraît à la fenêtre de son HLM ! Ça n’était pas un balcon mis c’était tout aussi romantique !
Combien de temps avez-vous tourné ?
Huit semaines sans compter les arrêts Covid. J’étais désespéré de laisser tomber mes comédiens. Le film aurait dû sortir bien avant mais avec tous ces événements il ne sortira que le 4 janvier.
Ce que je trouve réussi dans le film, c’est qu’il n’y a ni gentil ni méchant et que tous les personnages sont attachants.
Ce sont tous, avant tout, des êtres humains qui ont chacun leurs idées, leur convictions, leurs traditions. Chacun vit dans son monde, son sens de l’honneur. Chacun a ses raisons et elles sont défendables. Le frère de Nora, Tarek ( Nassim Lyess est magnifique) parce que renvoyé pour un vol qu’il n’a pas commis, peut-être parce qu’il est arabe. Et lorsqu’il apprend que sa sœur fréquente son fils, il devient fou de rage. Le père de Léo (Jean-Pierre Lorit), lui, a perdu sa place à cause de cette affaire. Il déteste Tarek et ne supporte pas qu’il fréquente sa sœur. Le père de Nora (Arsène Mosca) ne supporte pas que sa fille puisse fréquenter un garçon hors de sa communauté et surtout qu’elle ait des rapports avec lui tant il a le sens de l’honneur perdu. Chacun a quelque chose à défendre. Et c’est humain.
Alors, heureux que sorte enfin ce film ?
Philippe : Très heureux pour Sabrina et Teïlo car ils m’ont tellement apporté. Et c’est peut-être le film qui m’a le plus apporté.
Teïlo : C’est mon plus grand et plus beau rôle et je le dois à Philippe. Aujourd’hui, je continue les castings et la série « Un si grand soleil ».
Sabrina : Dans la mesure où je n’ai rien fait avant, j’attends beaucoup de la sortie du film car aujourd’hui, personne ne me connait. Donc… je patiente ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Festival « Femmes ! »
Andréa RAWLINS : Sept millions de victimes d’inceste

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Andréa Rawlins est journaliste d’investigation et réalisatrice depuis près de 25 ans. Elle travaille pour l’agence Kapa et réalise  des documentaires pour France Télévision. Elle s’est spécialisée depuis 15 ans dans les problèmes de société.
Invitée au festival « Femmes ! », elle est venue présenter un de ses reportages intitulé « Inceste », qu’on a pu voir sur France 3 et que vous pouvez encore voir en replay.
Durant de longs mois, elle a rencontré, entendu et, pour certains, filmé hommes et femmes qui ont été victimes d’incestes par des pères, des frères, des cousins…
Portraits poignants qui montrent à quel point, ces victimes ont longtemps gardé ce secret pour de multiples raisons mais qui, de plus en plus, osent évoquer l’impensable.

Andréa, je pense que ce sujet vous tenait particulièrement à cœur…
J’aime, depuis des années, rencontrer des personnes qui m’entourent, dans l’intimité et des situations qui sont en fait de l’ordre du sociétal et du politique.
J’en suis donc venue un jour à rencontrer des personnes de tous horizons, hommes et femmes, qui ont été victime d’inceste.
Facile ou pas facile ?
Plus facile aujourd’hui qu’il y a seulement dix ans où le sujet était totalement tabou. Il reste d’ailleurs encore tabou pour nombre de victimes mais aujourd’hui, malgré tout, la parole peu à peu se libère et il est important que ces personnes soient entendues.
Avez-vous rencontré beaucoup de victimes pour réaliser ce film ?
J’ai bien rencontré une centaine de personnes mais pas seulement des victimes : des psychologues, des associations, des médecins…
Avez-vous eu beaucoup de refus ?
Oui, bien sûr, car nombre de victimes n’osent toujours pas parler, essaient d’oublier et même en ont honte. Elles n’ont pas encore atteint le bout du chemin qui pourrait les amener à parler. Bien évidemment, elles ne peuvent oublier mais arrivera un moment où elles pourront faire avec, chacune  trouvant un chemin différent.

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Corinne Masiéro : « C’est la famille, alors ferme ta gueule » (son entourage).
Guillaume : « C’est normal entre un père et son fils. Mais c’est un secret » (son père)

Dans ce film, il y a des personnes inconnues et quelques – mais peu ! – de personnes connues…
Oui mais c’est un peu normal car pour beaucoup, révéler qu’on a eu des rapports incestueux, avec un père ou un frère, ce n’est pas quelque chose d’anodin. Le traumatisme est et sera toujours là et les personnes qui en parlent comme la comédienne Corinne Masiero ou la femme politique Loubna Méliane sont des femmes qui ont déjà avancé dans leur vie en se réalisant dans leur métier et ont pu passer à autre chose même s’il n’est pas question d’oubli mais de résilience.
Certaines femmes dans un processus psychique, par exemple lorsqu’elles se retrouvent un jour enceintes ou dans une situation qui leur permet d’entrouvrir la porte…
Comment s’est fait votre rapprochement.
Par exemple, j’ai rencontré Corinne Masiéro grâce à une amie commune, la comédienne et réalisatrice Andréa Bescond. Corinne a commencé à se remémorer son histoire durant le Covid, en triant des photos. Certaines lui ont parlé et fait se souvenir de certaines choses. Peu à peu elle s’est rendu compte que c’est à cause de ça qu’elle a fait pas de bêtises, allant jusqu’à la prostitution.
Après en avoir parlé, elle a reçu plein de messages aussi bien d’insultes que d’amour. Et elle avoue que les « Je t’aime » qu’elle a reçus, elle les a reçu comme une agression, tout signal d’amour, pour elle, étant reçu comme un danger. Elle m’a dit oui tout de suite.
Beaucoup sont devenus des militants…
Oui. Il y a plein de manières différentes pour se reconstruire.

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Ce qui est fou c’est que, très souvent, l’entourage ne s’en rend pas compte…
Certains ne s’en aperçoivent pas ou ne veulent pas s’en apercevoir. Il y a un déni total. Sans compter qu’une mère ne peut pas imaginer que son mari ou l’un de ces enfants puissent faire une chose pareille. Même si la victime n’ose pas en parler, on imagine difficilement que personne autour ne s’en aperçoive.
On compte aujourd’hui sept millions de victimes et encore c’est un chiffre estimé, ce qui est démentiel. C’est pour cela que c’est un sujet dont il faut qu’on parle et c’est pour cela qu’en sous-titre du film il y a : « On l’a vécu, vous pouvez l’entendre »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Festival « Femmes ! »
Cinq femmes, cinq cultures, une histoire

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Dans le cadre du festival « Femmes ! » organisé par les Chantiers du Cinéma présidé par Luc Patentreger, avait lieu un film-débat ce mardi au Six N’Etoiles.
Le sujet : la femme et le plaisir. Le film : « Female pleasure » de Barbara Miller.
C’est le portrait de cinq femmes, de cinq cultures et chacune vit ou a vécu le sexe de différentes manières et le plus souvent de cruelle manière : Doris Wagner, une jeune novice européenne violée par un prêtre. Deborah Feldman, une juive  orthodoxe qu’on a obligé d’épouser un homme qu’elle ne connaissait pas. Rokudena Shiko, une artiste asiatique emprisonnée pour avoir eu « l’outrecuidance » de faire de sa vulve une œuvre d’art en 3 D. Leyla Hussen, une somalienne qui a été excisée encore enfant.  Vithika Yaoki, une indienne qui dénonce un violent patriarcat dans son pays.
Chacune raconte leurs expériences, leurs odieuses maltraitances qui a mis leur vie en danger .
Le film démarre sur des photos publicitaires (pour entre autres la marque Dolce & Gabana) de femmes nues ou demi-nues dans des poses on ne peut plus suggestives et vulgaires, pour passer à des processions de sœurs ou de femmes voilées. Après la préhistoire, le Moyen âge est encore sous nos yeux, dans le monde. Les deux comportements sont aussi choquants, le premier donnant une image vulgaire de la femme, les autres montrant à quel point, dans certains pays, les femmes sont avilies.
Les femmes soumises, violées, battues, blessées dans leur chair, les mariages arrangés… On en est encore à l’ère du machisme, du patriarcat, les plus aberrants,  les plus sauvages.
Et on voit dans ce film terrifiant combien la femme reste malgré tout courageuse, certaines d’elles risquant leur vie pour combattre toute cette férocité machiste et ancestrale.
Le film est poignant et l’on ne peut qu’admirer ces femmes qui luttent pour leur liberté de vivre, de faire l’amour avec qui elles veulent, de simplement être maîtresses de leur corps. Le patriarcat, dit l’une d’elle, est la religion universelle  et les femmes, même si elles sont indispensables à l’homme pour de mauvaises raisons, en sont les ennemies.
On est encore loin de l’égalité homme-femmes, le chemin est encore long.

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Béatrice Metayer – Larissa Agnemby-Mbina – Corinne Jean-Elie Logodin
Agathe Monot – Dr Stéphanie Guillaume – Dr Francis Maurique

A la suite de ce film remarquable mais oh combien bouleversant, Béatrice Métayer, ambassadrice du festival, avait la dure tâche de prendre le relais pour animer le débat.
Elle était entourée Du Dr Stéphanie Guillaume, médecin généraliste et sexologue très engagée, Corinne Jean-Elie Logodin, thérapeute du sexe, spécialiste de l’épanouissement du couple, Agathe Monot, sage-femme libérale qui a grandi dans une fratrie de filles. Larissa Agnemby-Mbina, née au Gabon et ayant vécu une enfance et une adolescence coincées entre coutumes, traditions et religion.
Enfin, « the last but not the least », le seul homme de ce débat, le Docteur Francis Maurique, chirurgien gynécologue.
Pour le Dr Guillaume, qui voit nombre de cas dramatiques, l’important est le dialogue, aller vers le patient. Mais l’entourage la famille, les amis sont aussi importants pour expliquer très tôt les règles de la vie sexuelle, accompagner la découverte du corps, le désir. La sexualité doit s’exprimer dans le respect de l’autre – dit-elle – Il faut savoir aborder la sexualité dans les différents cas que sont la grossesse, la ménopause, le cancer, la vieillesse. « Nous devons, nous médecins, être les premiers à l’écoute du patient » dit-elle.
Corinne, qui est sexothérapeute est aussi coach et elle est là pour aider les patients à comprendre leurs problèmes, leurs désirs, ce qu’ils vivent sans pouvoir le dire car malgré tout, le sexe a encore ses tabous. Bizarrement, si elle reçoit des femmes et des couples, la majorité de ses patients sont des hommes qui ont souvent du mal à s’exprimer, ils ont honte d’avouer leurs faiblesses.
Larissa est l’avant-dernière d’une fratrie de 12 enfants. Dans sa famille, la femme n’a toujours été que l’objet de reproduction, la femme doit tout faire pour le plaisir et la satisfaction de « son homme » Elle avoue qu’avoir été « la onzième », lui a permis de vivre une autre vie que ses sœurs. Elle a pu étudier, voyager et a choisi de vivre avec qui elle voulait. Même si cela n’a pas été facile. Et en voyageant elle a pu se rendre compte à quel point dans certains pays, les femmes avaient du mal à s’imposer.
Agathe est sage-femme, c’est avec elle que tout commence puisque c’est elle qui délivre la femme et met la vie au monde. Elle accompagne les femmes durant leur grossesse et – dit-elle avec passion – elle est détentrice des histoires de leur vie, étant une partenaire privilégié durant toutes les étapes de la grossesse jusqu’à l’accouchement.
Quant au Dr Maurique, dans sa profession il avoue qu’il voit quelquefois des choses incroyables et qu’à sa grande surprise, il voit beaucoup de femmes excisées, la religion ayant un impact énorme sur celles-ci, malgré de nombreuses associations qui luttent contre ces atrocités ancestrales. Bien évidemment, c’est un grand traumatisme, aussi bien physique que psychologique. La sexualité reste un sujet toujours très sensible. Et il déplore tous ces réseaux où les jeunes découvrent la sexualité à travers les films pornographiques. Ils ne se rendent pas compte que ce n’est pas là la vraie vie sexuelle, ce qui crée nombre de malentendus et dérapages.

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Alors qu’on glorifie le plaisir masculin, symbole de virilité, le plaisir féminin reste encore tabou et dans certains pays, les femmes le paient très cher. Et même si les femmes se soulèvent un peu partout dans ces pays où l’homme est le Dieu et la femme seulement une reproductrice, on ne peut qu’admirer ces femmes qui se battent au péril de leur vie.
Un film remarquable pour cela et un combat encore trop tabou que, tous, nous devons aider à mener.

Jacques Brachet

Festival « Femmes
Eva DARLAN… S’il n’en reste qu’une…

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Elle a toujours ce regard bleu-vert sous sa chevelure de feu et ce petit sourire malicieux.
Mais ne vous y fiez pas car cette talentueuse comédienne peut sortir ses griffes s’il faut défendre la cause des femmes.
Ce qu’elle a fait dès qu’elle débuté dans le métier avec « Les Jeanne » en 76 puis, tout au long d’une carrière prolifique au théâtre, au cinéma, à la télé. Elle n’a jamais baissé les bras, a toujours combattu auprès des femmes qui avaient besoin d’aide, à tous les niveaux, prenant beaucoup de risques dont celui de plomber sa carrière. Et pourtant elle est toujours là, omniprésente.
Notre première rencontre date de… 82, alors que j’étais attaché de presse du festival du Jeune Cinéma d’Hyères. Puis l’on s’est rencontré plusieurs fois au festival de Cannes, à l’abri du petit hôtel Suisse et je la retrouve inchangée : volubile, énergique, combative et défendant cette jeune femme emprisonnée à Toulon, Priscilla Majani, qui a eu « l’outrecuidance » de partir en Suisse avec sa fille  dont le père, son mari s’adonnait à des attouchements et des violences sur celle-ci… Et c’est elle qui est en prison !
La justice a encore frappé !

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Entournt Evas Darlan, Noémie Dumas, directrice du Six’N’Etoiles, Luc Patentreger, président du festival, Stéphanie Guillaume, adjointe à la Santé, Fabiola Casagrande, adjointe à la Culture

Invitée d’honneur du festival « Femmes ! »  elle n’a malheureusement pas pu aller la voir en prison, les démarches étant trop longues. Mais elle a écrit une lettre que toute la presse devrait recevoir et elle sera là pour son procès.
Voilà comment démarrent nos retrouvailles avant de parler « métier » et je la retrouve là tout entière, mon Eva et ce n’est pas pour rien que l’association « Les Chantiers du Cinéma », présidée par Luc Patentreger l’a invitée pour l’inauguration, du festival « Femmes ! » qui a eu lieu ce lundi au Six N’Etoiles de Six-Fours, avant de s’essaimer à la Seyne et Toulon.
« J’ai créé un comité de soutien, comme je l’ai fait pour Jacqueline Sauvage où nous sommes arrivés à nos fins. Déjà de nombreuses personnes ont signé ma pétition – poursuit-elle – et le 23 novembre aura lieu le procès à Aix-en-Provence. J’y serai !
Tu es donc toujours là, fidèle au poste !
Il y a encore tellement de boulot ! Depuis que Napoléon a enlevé pas mal de droits aux femmes, nous avançons petit à petit pour les reconquérir mais nous avançons devant un bloc : la justice qui ne bouge pas, qui est arcboutée sur ses positions. Une justice patriarcale qui, sur 76% de femmes maltraitées, condamne 1% des hommes qui les maltraitent. Et ce n’est pas avec ce grand « féministe » qu’est Dupont-Moretti, que les choses avanceront ! Du coup, je consacre une grande part de ma vie à combattre ces injustices.

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Même dans ton métier de comédienne !
Exactement, surtout au théâtre, ce que je fais dans mon seule en scène que j’ai écrit et joué en Avignon « Irrésistible », que j’espère jouer en tournée. Ce sera mon dernier one woman show « rigolo-féministe » car j’arrive à la fin de ce que j’ai toujours voulu dire. Avec « Les Jeanne », on parlait surtout du couple, de ses problèmes, c’était drôle et presque gentil mais depuis, mes spectacles sont devenus plus corrosifs, même s’il y a toujours le côté humour qui fait que je suis mieux entendue. Le spectacle précédent s’intitulait « Crue et nue » où je parlais du corps des femmes, morceau par morceau, si je puis dire ! Dans celui-ci, je m’intéresse aux origines de l’humanité, comment on est arrivé au patriarcat, toujours en rigolant et à cette égalité des femmes et des hommes qui est loin de se concrétiser.
Tu n’y crois pas ?
Crois-tu que les hommes ont l’intention de perdre leur virilité ? On en est loin !
Même si, chez les plus jeunes aujourd’hui, certains consentent à faire la vaisselle, à repasser, à changer leur bébé, ce n’est pas la majorité. C’est pour cela que j’aimerais pouvoir montrer mon spectacle aux scolaires. Je m’y attelle mais, là encore, il faut de la patience et de l’énergie !
Malgré tout ça, l’année 22 a été assez chargée pour la comédienne que tu es !
Ah bon ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Deux films « Villa Caprice » de Bernard Stora, « Irréductible » de Jérôme Commandeur, pour la télé « De miel et de sang » et ta pièce !
C’est vrai que j’ai fait tout ça !
Je ne me rends pas compte et je suis heureuse qu’à mon âge on pense encore à moi !

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Et tu refuses des projets ?
Tous ceux qui me font chier, qui me proposent des rôles de grand-mère car aujourd’hui on me propose – et pas qu’à moi je pense – des rôles de mémés ou de vieilles dames qui ont la maladie d’Alzheimer ! C’est vrai, ça existe et c’est navrant mais il y a aujourd’hui beaucoup de femmes de mon âge qui sont pleines d’énergie, de santé, qui font plein de choses… Ce que je fais !
Et le prochain Projet ?
Un film que je tournerai en janvier à Marseille, réalisé par Anne-Elizabeth Blateau, qui joue dans « Scènes de ménages ». Il faudra venir sur le plateau !
Est-ce que tu penses que tes engagements ont pu freiner ta carrière ?
Je ne sais pas car je n’ai jamais cessé de jouer d’un côté ou de l’autre. J’ai certainement dû être « évitée » de certains projets. Mais on n’est pas venu me le dire !
Mais à te dire vrai, je m’en fous. Je n’ai jamais eu peur de m’engager et de dire tout haut des choses que beaucoup pensent et n’osent dire. Pour Jacqueline Sauvage, je me suis engagée à fond et ça a marché. C’est le principal et c’est mieux qu’on rôle qu’on ne m’a pas donné. J’ai beaucoup combattu sur des causes diverses qui me semblaient juste et je ne regrette rien. J’aurai toujours une grande gueule et je l’ouvre !
5.000 ans de patriarcat, il y a de quoi se révolter, non ? C’est lui en ce moment qui tue la planète. La planète est en train de crever. Nombre de femmes sont plus écologiques que les hommes !
Crois-tu en la résilience des femmes qui, comme toi, ont été touchées dans leur chair ?
Quant à moi, ça ne m’a pas servi.  Ça a été un très long parcours, la seule chose que je devais faire, c’était de vivre. Il le fallait. Maintenant Par contre, le cinéma a la vertu de réonforter les gens dans leur douleur, dans leur choix… C’est peut-être ça la résilience ».

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Après ce long et magnifique entretien, un cocktail était servi où toute l’équipe organisatrice du festival et nombre d’élus six-fournais entourèrent Eva. Elle en profita pour parler de son spectacle qu’elle aimerait jouer dans la région. Fabiola Casagrande, adjointe aux Affaire Culturelles, lui promit de faire en sorte qu’elle revienne pour le jouer. Puis elle alla ensuite rejoindre la salle où nous étions conviés à un mini-concert du duo musical « Sigana » qui nous offrit avec talent quelques chansons du monde chantées par des femmes ou parlant des femmes. Moment d’émotion et de poésie avant que l’on découvre le film de Yann Arthus-Bertrand et Anastasia Mikovic. Un film plein d’amour, d’espoirs, d’émotion encore, qui nous fit découvrir des portraits de femmes du monde entier parlant de leur vie, leurs amours, leur détresse, parlant sans filtre des violences et viols dont elles ont été victimes mais aussi de la découverte du sexe, de la naissance de leurs enfants, de leur joie d’être mère, des exactions qu’elles ont subi, des hommes, de leur travail, de la société machiste,… Bref tous les sujets dont elles parlent avec douleur, avec détresse mais aussi avec humour et bonheur. Un magnifique film sur toutes ces femmes belles, courageuses, heureuses ou malheureuses, meurtries mais avec l’espoir de mieux vivre. C’est quelquefois déchirant, violent, quelquefois drôle et naïf. Mais toujours juste et prenant.
La femme dans tous ses états.

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Avec Béatrice Métayer, Martine Patentreger, et Virginie Peyré, ambassadrice du festival

Jacques Brachet

Solliès-Pont : Festival du château : 2Oème !

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En dehors d’une année sabbatique due au Covid les festival du Château de Solliès-Pont se succèdent depuis maintenant 20 ans, nous ayant offert les plus grands noms de la chanson française, de Véronique Sanson en passant par Patrick Bruel, Zazie, Christophe Maë, Pascal Obispo, Patrick Fiori, Vianney, Mat Pokora, Francis Cabrel, Julien Doré… et bien d’autres.
C’est donc pour ce dix-neuvième festival que nous nous retrouvons, toujours avec le même plaisir, dans ce lieu magnifique avec un superbe soleil et la première chaleur annonçant l’été qui augure bien de cette édition qui aura lieu du 27 au 31 juillet.
Avec plaisir encore que nous retrouvons les trois mousquetaires qui ont fait de ce festival l’un des plus renommés de notre région : le maire de Solliès-Pont, André Garron, son adjointe à la Culture Marie-Aurore Gotta-Smadja et le magicien de ces nuits sous les étoiles avec pour décor le château: Rabah Houia.
L’on sentait la joie du maire de retrouver une manifestation « normale », sans masque, sans contrainte et sans appréhension et l’on découvrait donc cette nouvelle programmation.

 « Programmation – nous disait Rabah – qui défend la chanson française, que nous voulons la plus éclectique possible afin qu’elle s’adresse à tous les publics car la Culture s’adresse à tous, et elle est le pilier de la démocratie. Ce festival doit être une grande fête pour tous et les artistes aujourd’hui y viennent et pour certains, y reviennent avec plaisir ».
C’est le cas de Bernard Lavilliers, qui fut l’un des premiers à venir et qui, après un long séjour en Argentine, nous revient avec un nouveau disque et un nouveau spectacle. Il ouvrira le festival le 27 juillet.
Vous savez qu’en dehors des têtes d’affiches, le festival pour objectif de donner la chance à des jeunes artistes prometteurs. La sélection est en train de se faire, nous précise Rabah, mais déjà, sera programmée en première partie  de Lavilliers, Barbara Pravi, qui a  hissé la France à la deuxième place à l’Eurovision l’an dernier, qui vient de nous offrir son premier CD qui cartonne.
Un autre revenant qui, depuis 15 ans, cartonne à chacun de ses disques : Christophe Maë. Il a ce don, ce talent de se renouveler à chacun d’eux et de nous offrir à chaque fois des spectacles originaux et hauts en couleur.  Il sera donc au château le 28 juillet.

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Suivra celui qui s’est imposé tout seul après son succès avec le groupe Section d’Assauts : Gims qui, même s’il a laissé en route le titre de maître, le reste toujours et fait partout carton plein. L’auteur du générique de la série TV « Ici tout commence » « Jusqu’ici tout va bien », va électriser le château le 29 juillet.
Le 30 juillet
, c’est la benjamine de ce programme qui se produira : Oshi, qui signifie lumière au Japon, pays qu’elle adore et où hélas, elle peut aller, la maladie de Ménière l’empêchant de prendre l’avion.
Elle est en train de faire une montée spectaculaire dans le milieu de la chanson où elle nous entraîne dans son monde de poésie.
Enfin, les festival se terminera sur un feu d’artifice de rires et d’humour avec la venue de Gad Elmaleh le dimanche 31 juillet.
« On nous a reproché – nous confie Rabah – que le festival manquait d’humour. Nous avons donc remédié à ce problème ».
Et quelle meilleure manière de clore ce festival en invitant l’un des plus talentueux comédiens et humoristes.
Un vingtième anniversaire qui va se fêter joyeusement durant cette dernière semaine de Juillet.

Jacques Brachet
Festival du château : 04 94 28 92 35

L’été à Chateauvallon : Retour vers la danse

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Charles Berling – Yann Tainguy – Stéphane de Belleval – Françoise Baudisson

C’est toujours avec plaisir que l’on se retrouve dans ce lieu enchanteur qu’est Chateauvallon, aujourd’hui sans masques, retrouvant les sourires de tous en espérant qu’on pourra les garder définitivement
Toujours le triumvirat autour du Maître du Liberté et de Chateauvallon, Charles Berling : Françoise Baudisson, présidente de Chateauvallon, Stéphane de Belleval, directeur des relations publiques et Yann Tainguy, adjoint aux Affaires Culturelles de Toulon et néanmoins président de l’Union Chateauvallon/Liberté.
Beau soleil pour accueillir cette rencontre avec laquelle l’on a découvert la programmation estivale de cette saison 2022.
Une saison qui, nous ont confié Stéphane de Belleval et Charles Berling, revient aux premières amours de Chateauvallon : la danse qui, durant des décennies nous a fait découvrir nombre de danseurs et chorégraphe et a reçu les plus grandes pointures (sans jeu de mots !) de la danse.
Viendront donc trois très grandes compagnies et une compagnie originale :
Le Ballet National de Marseille qui, avec le collectif « La Horde », renait quelque peu de ses cendres grâce à Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Arel, sans oublier Rone, artiste phare de la scène électronique française. On découvrira leur création « Room with a view » les 1er et 2 juillet à 22H, redonnant le lustre chorégraphique à l’amphithéâtre.
Les 29 et 30 juillet, c’est Christian Ubl et Kurt Demey qui nous offriront un nocturne à 19h. Le premier est chorégraphe, le second est mentaliste et illusionniste. Un duo de choc original.
Les 22 et 23 juillet 22H, retour de Philippe Decouflé, qu’on a vu grandir à Chateauvallo,n avec son ballet « Stéréo », mêlant danseurs, circassiens et musiciens.
Grand retour d’un chorégraphe qui a fait ses premiers pas à Chateauvallon : Anjelin Preljocaj qui, avec sa compagnie, nous offrira, le 29 et 30 juillet à 22h, un ballet connu dans le monde entier mais revu et corrigé : « Le lac des Cygnes » sur la musique de Tchaïkovski et une chorégraphie quelque peu mitonnée Preljocaj, de Marius Petipa le bien nommé.
Grand moments de danse donc.

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Preljocaj Ballet National de Marseille – Cie DCA Philippe Decouflé
Christian Ubl & Kurt Demay – Ballet Preljocaj

Comme à l’accoutumée, l’ouverture du festival se fera à l’heure espagnole, cette année sans danse mais avec, le 22 juin, Sandrine Luigi et Gaëlle Solal qui, à 19h, nous proposeront un crépuscule sous le signe de la guitare classique et flamenca et à 22h en nocturne, l’amphi recevra Al di Meola Trio, maître du jazz fusion et  Juan Carmona Quintet, maître de la guitare flamenca.
Dans un tout autre registre, celle que l’on attend depuis qu’elle ne pouvait se déplacer, d’abord à cause du Covid puis d’un accident vasculaire, revient enfin en pleine forme. Il s’agit de Jane Birkin qui nous proposera son concert intitulé « Oh pardon, tu dormais… », tiré de son quatorzième album qu’elle a écrit et enregistré avec la complicité d’Etienne Daho. Ce sera le 25 juin à 22heures.
Charles Berling sera omniprésent lors de ce festival estival (Voir article et interview dans la rubrique télé) puisqu’il participera à trois lectures, superbement entouré
Cinq femmes magnifiques nous proposeront le 15 juillet à 19h « 69 minutes pour s’aimer quand même », une pièce signée, jouée et mise en scène par  l’actrice et réalisatrice Isild le Besco, en compagnie de Lolita Chammah, Suzanne de Baecque, Claire Dupont et Peggy Grelat-Dupont qui a également signé la chorégraphie
Comme on le voit, tous arts seront représentés : musique, danse, chanson, littérature.

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Jane Birkin – 69 minutes pour  s’aimer quand même

Bien d’autres spectacles vous attendent à découvrir sur le site de Chateauvallon, chateauvallon-liberté.fr – 09 80 08 40 40

Jcques Brachet


Six-Fours… Un tsunami classique !

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Gautier Capuçon et Fabiola Casagrande

C’est la ville de Six-Fours qui a frappé les trois coups pour nous présenter le festival du printemps et de l’été 2022. Une « Vague classique »  qui va se déverser sur trois lieux emblématiques : La Maison du Cygne qui, sous le titre « Nuits du Cygne », recevra un festival de musique instrumentale avec des pointures internationales. La Collégiale où, comme à l’accoutumée, Jean-Christophe Spinosi prendra, avec l’Ensemble Mattheus, ses quartiers d’été plutôt que d’habitude et qui, lui aussi, nous amènera d’immenses artistes.  Enfin, nouveauté, la Maison du Patrimoine qui, sous le titre des « Concerts de la lagune », recevra en son jardin revu et repensé, des jeunes talents en devenir, dont des musiciens régionaux.
Fabiola Casagrande, adjointe aux Affaires Culturelles, m’accueille avec un large sourire, heureuse et excitée de nous présenter ce programme éblouissant qu’elle a concocté avec le Maire et avec son équipe.

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Gautier et Renaud Capuçon

« Nous montons vraiment en puissance en accueillant des artistes qu’au départ nous n’aurions jamais espéré recevoir. Il est vrai qu’au fil du temps, artistes et producteurs qui y sont venus, ont été heureux de la qualité du lieu et de la réception qu’ils y ont trouvée, à tel point que certains veulent revenir. Et nous devons remercier Jean-Christophe Spinosi qui nous a ouvert son carnet d’adresse pour inviter d’énormes artistes. C’est ainsi qu’il recevra à la Collégiale, le 24 juin, le contre-ténor international, Philippe Jaroussky, qui a l’habitude de jouer dans d’immenses salles devant des milliers de spectateurs. L’avoir à la Collégiale est une chance inespérée. Le 20 juillet, c’est son professeur, Andreas Scholl qui présentera son récital, accompagné de l’orchestre de Jean-Christophe.
Nous aurons également la chance de recevoir à nouveau Gautier et Renaud Capuçon.
Renaud, accompagné du pianiste Guillaume Bellom, le 6 juin au Cygne et Gautier accompagné de deux pianistes, Franck Braley et Kim Bernard, le 10 juin.
Gautier que nous retrouverons le 24 juillet au Parc de la Méditerranée. En effet, chaque année, il organise une tournée des villes et communes pour « Un été en France » et il a désiré terminer sa tournée chez nous. Ce sera un concert gratuit.
Nous avons également la chance de recevoir au Cygne trois grands pianistes : Jean-Paul Gasparian le 1er juin, David Fray le 3 juin, David Kadouch le 5 juin. Ce sont des artistes qui fréquentent d’immenses salles, des festivals internationaux, comme le Métropolitan ou la Scala de Milan.
Pour une autre grande et belle surprise, Jean-Christophe Spinosi recevra, le 17 juillet en la Collégiale, la grande comédienne Brigitte Fossey qui sera la récitante des « 7 dernières paroles du Christ en Croix » de Joseph Haydn ».

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Jean-Christophe Spinosi et Brigitte Fossey

Comme on le voit, les mélomanes vont être heureux et comblés par ce festival qui démarrera le 17 mai au Cygne avec le duo violon-piano : Nemanja Radulovic et Laure Favre-Kahn.
Quelques mois plus tard,  du 3 au 18 septembre, c’est dans le jardin réaménagé et baptisé « la Lagune », que nous pourrons découvrir de jeunes et beaux talents dont le clarinettiste de l’Opéra de Toulon Frank Russo et la soprano sanaryenne Clémence Tilquin. Ces concerts seront gratuits.
Un autre concert gratuit vous sera proposé le 4 juin à la Maison du Cygne : la Moreau Family, respectivement violoniste, pianiste et violoncelliste.
Enfin, toujours à la Maison du Cygne, une belle exposition vous sera proposée en collaboration avec le Festival de Ramatuelle que préside Jacqueline Franjou, qui recevra de beaux « Portraits de cinéma » signés Carole Ballaïche. Ce sera du 16 juillet au 18 septembre.

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David Kadouch et Philippe Jaroussky

Que demander de plus en cette saison où l’on baisse les masques… du moins nous l’espérons, dans des lieux magiques où nos artistes seront reçus et où le public ne pourra qu’être sous le charme des deux.
A noter que tous les spectacles, même gratuits, sont sous réservation. Il suffit d’appeler le 04 94 34 93 18. Les spectateurs de tous les concerts se déroulant à la Collégiales seront amenés par navette.
Pour plus de renseignements : www.sixfoursvaguesclassique.fr

Jacques Brachet


La Seyne – Casino Joa
Véronique JANNOT, marraine du festival «Femmes !»

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Elle était très attendue, Véronique Jannot, pour fêter le vingtième anniversaire du festival «Femmes !» dont elle est la marraine.
Mais ce n’était pas la comédienne célèbre grâce à nombre de séries à succès comme «Le jeune Fabre», «Pause café», ou «Joëlle Mazart» qui en fit une icône de plusieurs générations, mais la réalisatrice qui partit sac à dos pour le Népal, rencontrer des femmes admirables nommées «Dakinis» qui sont, comme le décrit le titre de son documentaire «Le féminin de la sagesse».
Pourquoi aller si loin découvrir ces femmes ?, Véronique s’en explique :

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«A 22 ans, j’ai été très malade et je n’ai pu m’en sortir qu’à travers la spiritualité. Je me suis alors rendu compte de tout l’espace qui me manquait. Avec mon métier, j’ai beaucoup voyagé mais lorsqu’on est comédienne, on est  chouchoutée, entourée et l’on ne voit pas tout ce qui se passe autour de nous, surtout dans de tels pays. Du coup, j’ai eu l’envie d’aller vers ce pays du bouddhisme, de rencontrer les femmes car si l’on parle beaucoup de ces sages masculins, il y a leur pendant féminin qu’on appelle les Dakinis.
Elles sont au service du peuple, ce sont de vrais maîtres féminins qui sont plus dans l’ombre des hommes mais qui font un travail remarquable avec patience, spiritualité, avec un amour infini. Le langage Dakini se palpe, découvre nos failles et les Dakinis aident les maîtres à leur propre révélation.
Grâce à elles, des milliers d’enfants ont pu être sauvés de toutes les exactions chinoises, ont pu apprendre à lire et écrire et surtout à être soignés.
Elles ont créé des associations qu’elles ont appelé « des graines d’avenir ». C’est pour cela qu’à mon tour, en revenant du Tibet, j’ai créé l’association qui porte ce nom et dans laquelle je m’investis. Il s’agit de parrainer des enfants pour les aider à grandir, à devenir des hommes et des femmes. J’en ai parrainé trois dont une est finalement devenue ma fille à 15 ans. Elle a 23 ans aujourd’hui. Ça a été le cadeau final de cette expérience».

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C’est en 2002 que le projet de ce documentaire lui est venu, qui n’a pas toujours été facile à réaliser, qui a mis du temps à se concrétiser jusqu’à voir le jour en 2009.
Le voyage non plus n’a pas toujours été facile mais Véronique dit aujourd’hui que c’est la plus belle aventure de sa vie.
Elle a pu entre autres rencontrer des femmes admirables comme la sœur du Dalaï Lama, qui a créé des écoles pour les enfants
«Aller vers ces femmes est quelque chose qui vous attrape au cœur, c’est une aventure que j’ai vécue de tout mon être, de toutes mes forces, avec un bonheur infini. Avec aussi beaucoup d’émotion, lorsqu’on voit comment les femmes ont été suppliciées, maltraitées par les chinois, emprisonnées. Sur ces 300 femmes enfermées, sept seulement ont survécu.
Mais l’âme tibétaine est d’un amour infini et elle perdure malgré tous les problèmes que continue à avoir ce peuple. J’ai rencontré des femmes magnifiques et je garde toujours des relations avec celles qui sont encore en vie.
C’est un beau voyage extérieur et intérieur qui perdurera toutes ma vie».

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Stéphanie Guillaume, adjointe à la santé de Six-Fours, Virginie Peyré, Valérie Hishfield, Béatrice Métayer, coordinatrice du réseau Capsein
et la marraine du festival, Véronique Jannot

Il est vrai que Véronique nous offre là un film fort en émotion, en nous faisant découvrir un peuple qui sourit tout le temps malgré tout ce qu’il a traversé et qu’il traverse et ces femmes de l’ombre méritaient largement qu’elles soient mises en lumière, reconnues et remerciées.
Le Casino Joa était plein à craquer et après le film, Véronique Jannot fut assaillie par un public ému, voulant en connaître encore plus.
Luc Patentreger, président du festival, a réussi une magnifique soirée d’ouverture et la marraine a été à la hauteur de ce festival qui rend honneur aux femmes et qui fêtait son vingtième anniversaire.
A noter, en fond de cette soirée, la très belles exposition de portraits de femmes, réalisée par Emilie Delamoriniere et l’ami Pascal Scatena, dont Virginie Peyré et Valérie Hishfield font partie.

Jacques Brachet


La Crau, domaine de la Navarre
Anthony JOUBERT… avé l’accent !

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Notre ami Jérôme Leleu s’exporte de plus en plus et, contre vents, marées et Covid, le voici qu’il continue à nous proposer, avec Fantaisies Prod, des spectacles d’humour où il reçoit des pointures de cet art qui prend de plus en plus de place dans le spectacle vivant, et donne la chance à des talents nouveaux.
Ainsi cet été, à la Crau, exactement au Domaine de la Marseillaise, a-t-il installé ses tréteaux pour un «Festival des p’tits bonheurs», en fait de grands bonheurs et de jolies surprises.
Ainsi, Smaïn, Gérald Dahan, Anthony Joubert, Eric Collado, Benjy Dotti, Jovani se sont-ils retrouvés en pleine canicule mais dans un cadre idyllique entre vignes et piscine et c’est là que j’avais rendez-vous avec Anthony Joubert… que je retrouve à poil (ou presque !) dans la piscine.
Cet arlésien qui a gardé l’accent que l’on garde en naissant du côté du Midi, n’arrête pas de monter depuis son passage dans l’émission «La France a un incroyable talent» et aujourd’hui, comme Rastignac, le voici qui monte sur la capitale.
En attendant, le voici qu’il plonge dans la piscine, revient se sécher, discute avec moi, prend un coup de fil, reçoit la visite de son pote Jovany qui est passé la veille au festival*, fait quelques photos avec Patrick Carpentier… Interview à épisodes qui a duré plus de deux heures à l’ombre d’un soleil écrasant, bouffé par les moustiques !

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Alors l’Arlésien, avant cette émission de télé qui a mis le feu aux poudres, qu’est-ce qui t’a fait devenir humoriste ?
Petit, j’étais d’une timidité maladive. Je passais mon temps à observer les autres, surtout les humoristes dont j’enviais l’aisance. Je m’amusais à imiter Eric Collado, Elie Kakou et je me suis rendu compte que ça faisait rire les gens, que je devenais intéressant. Du coup, je n’ai pas eu besoin de thérapie, je l’ai trouvée et maintenant, je n’ai plus peur de rien !
Humoriste, c’est devenu une vraie passion, je travaille 14 heures par jour, c’est du boulot mais j’aime ça.
Et alors ?
Alors, j’ai commencé à me présenter dans des festivals : 17 festivals, 28 prix… Pas mal non ?
Et puis j’ai eu la chance de rencontrer Eric Collado que j’admirais et c’est lui qui m’a aidé à trouver ma voie… Et surtout ma voix !
J’avais alors 17 ans, il en avait vingt de plus et il m’a conseillé d’adapter mon écriture à mon âge : «Tu ne peux pas jouer un père de famille à 17 ans, ce n’est pas crédible. Adapte tes textes à ton âge.»
Il m’a aidé à les écrire. A partir de là, j’ai décidé de me lancer. Je n’avais rien à perdre. Personne ne me connaissait, si je faisais un bide, personne ne le saurait !
C’est difficile de faire rire ?
C’est comme un matador qui doit driver le taureau et qui doit surprendre le public.
Là, devant le public, tu dois faire rire sinon tu es cuit. Pour ça, il faut foncer, bien écrire et surtout attirer la sympathie du public. Tu livres chaque soir un vrai match. Mais j’aime les défis, j’aime prendre des paris.
Ta rencontre avec Collado, en fait, a été le déclic !
Complètement. Il m’avait vu au Chocolat Théâtre à Marseille et m’a proposé de m’aider en m’écrivant vingt minutes de spectacle.
Il m’avait donné rendez-vous à Toulon, nous sommes arrivés chacun de notre côté, un peu comme Roger Moore et Tony Curtis dans «Amicalement vôtre» ! Il était déjà dans le groupe «Nous c’est nous» avec entre autres Jean Dujardin et Bruno Salomone. Il nous a écrit «Entre père et fils». C’était crédible car il a vingt ans de plus que moi et il est devenu mon père du spectacle !

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Et puis il y a eu «Incroyable talent»
Où j’étais perdu entre danseurs, trapézistes, prestidigitateurs ! Un humoriste au milieu de tout ça, c’était un peu décalé. J’étais dans mon coin quand un type m’a demandé ce que je faisais. J’ai dit : «Je jongle avec des chiens nains». Tout le monde s’est marré, on m’a mis aussitôt un micro, le producteur a aimé ça et même si je n’ai pas gagné, il m’a proposé de co-animer l’émission de l’année d’après avec Jérôme Anthony.
Et tout s’est enchaîné !
Oui et j’ai eu la chance de ne pas avoir à taper aux portes, je n’aurais pas su faire. On m’a proposé beaucoup d’émissions de télé dont «On ne demande qu’en rire» et j’ai monté mes propres spectacles.
Et tu as même fait du cinéma…
J’ai fait… un film, «Vive la France» ! C’est vrai, je reçois des scénarios mais c’est toujours pour jouer un policier ou un facteur avec l’accent qui est fan de l’OM ! Mais là, la demande est venue de Michaël Youn et même si c’était un rôle de policier, ce qui m’a intéressé c’est qu’il était homo !
Et puis il y a eu le web…
Là encore, le hasard : J’entends un parisien qui a fait une chanson sur l’OM. Je trouve ça mauvais et sans humour et je lui réponds sur sa propre chanson. Je la publie et en deux heures j’ai 800.000 vues !
Je n’y croyais pas. Du coup j’ai continué à en faire et aujourd’hui j’en suis à cinquante millions de vues et 500.000 abonnés !!! En plus il y a eu le Covid, le confinement et je m’en suis bien servi.
Tu chantes aussi !
Oui, je fais le chanteur de temps en temps, je reste dans l’humour.

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Avec son pote Jovany et… avec moi et la chemise de son père !

Tu as fait un clip avec Alex Dana ex L5.
Oui, elle est marseillaise, on se connait et elle voulait faire un duo avec moi sur la chanson «Si on devait mourir demain» de Pascal Obispo, qu’il chante avec Natasha St Pier. On a pensé, puisqu’on était en période de confinement, à ce qu’on pouvait faire si tout à coup on devait ressortir. Et ça a donné «Si on devait partir demain». On a tourné le clip à Marseille, à Carry le Rouet et à Cabriès.
En fait, tu es toujours dans le Midi «Arlésien cœur fidèle» !
Je t’avoue qu’ en ce moment je vis plutôt dans le train ou dans ma voiture. Ma voiture est devenue mon épicerie !
Mais c’est vrai que je suis fidèle à Arles. J’ai récupéré la maison de mes parents, tous les deux ont aujourd’hui disparu mais j’y ai tous mes souvenirs d’enfance, c’est la maison de mon père et je l’ai rachetée avec beaucoup de difficultés car j’ai eu des problèmes avec ma sœur qui est en fait la fille de ma mère et pas de mon père.»
Là un petit blanc au souvenir de son père… mais l’humour revient vite alors qu’il me dit : «Tu sais, mon père avait la même chemise que toi. Ça m’a fait un choc lorsque tu es arrivé !»
J’ai failli la lui donner mais comme je n’avais rien d’autre, je l’ai finalement gardée.
Aujourd’hui, notre ami se partage entre spectacles et web car il continue ses petits tournages qui ont un succès fou et il se prépare à affronter la capitale.
«Je suis un micro comédien, je suis en bas de la ligue 2, il va falloir que je m’accroche pour monter en ligue 1 – me dit-il en riant – car Paris ce n’est pas encore gagné, il y a encore beaucoup d’à priori sur les artistes avec accent mais je tiens à le garder… Et je n’ai pas dit mon dernier mot !»

Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier
* On retrouvera Jovany au théâtre Daudet de Six-Fours  le samedi 26 février à 20h30 et 22h et au Centre Culturel Marc Baron de St Mandrier le dimanche 27 février à 17h et 18h30



La Ciotat – Festival «Musique en vacances»
Amaury VASSILI, le nouveau rockmantique

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Depuis 26 ans, Roland Decherchi, président de l’AMEI (Association Méditerranéenne d’Échanges Internationaux) et sa belle équipe, organisent le festival «Musiques en vacances», nous proposant de grandes pointures de la musique classique, du jazz, du gospel, de la variété.
Cette année encore, le programme était fastueux, malgré tous les ennuis qu’ont pu causer ce Covid qui s’incruste et met en péril spectacles, manifestations, festivals.
Le festival a eu lieu avec succès, se terminant en feu d’artifice avec Amaury Vassili, l’un des plus jeunes et plus prometteurs ténors de sa génération.
Heureux donc de retrouver ce magnifique chanteur avec qui, au fil des ans et des disques, nous avons tissé des liens amicaux.
Heureux, lui aussi, de recommencer à pouvoir chanter devant un public et c’est donc dans ce magnifique écrin de la Chaudronnerie que je le retrouve en pleine répétition car c’est son premier concert de la saison, et il est accompagné pour la première fois de Dominique Spagnolo, avec qui il a réalisé son dernier disque, qui s’installe sur ce piano extraordinaire, véritable œuvre d’art qui suit Amaury en tournée.
Consciencieusement, c’est pendant plus de deux heures qu’il répètera, dix, quinze fois, une note, une mélodie, un passage… qu’il rejouera plus tard devant une salle pleine et émerveillée par cette voix unique, ce physique on ne peut plus romantique et un répertoire qui le fera passer du pop au classique tant il peut tout chanter.
Selon un mot inventé par l’amie Catherine Lara, Amaury est un chanteur «rockmantique» dans son costume noir et or duquel il parait sorti d’un conte de Grimm.

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Ainsi, durant près de deux heures, il passera de «Smile» de Chaplin aux «Moulins de mon cœur» de Legrand, de «Love story» de Francis Lai au «Parrain» de Nino Rota, de «Con te partiro» de Boccelli à «Caruso» de Lucio Dalla, de Mike Brant à Slimane qui, impressionné par sa voix, lui a écrit plusieurs chansons, de «My way» à «Fragilé» version tirée de «La pathétique» de Beethoven rendue célèbre par Louise Tucker en anglais et Michèle Torr en français sous le titre «Midnight blue»
Et pour finir en beauté, il revient avec «Alléluia» de Léonard Cohen et «L’hymne à l’amour» de Piaf.
Il chante en français, en italien, en anglais.
C’est de la haute voltige, sa voix ample et belle semblant sortir tout naturellement, avec une facilité déconcertant pour accrocher les notes les plus hautes. Et le public lui a fait une ovation bien mérité.
Voilà un festival qui ne pouvait pas mieux se terminer.
Saluons au passage la superbe équipe de bénévoles de l’ami Roland qui fournissent un travail de folie, «dans la joie et la bonne humeur» et aussi l’amitié qui les lie depuis tant d’années pour certains, nous offrant chaque année un festival de haute qualité. Merci de leur accueil.

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Et Anatoli entra dans sa vie
Entre la répétition et le repas, on a tout juste  temps de parler de ce nouvel album qui vient de sortir «Crescendo» et de son nouveau rôle depuis un mois : celui de papa !
Du coup, par faute de temps, nous avons terminé l’interview par téléphone et là… On a pris le temps !
«Amaury, voici donc ce nouvel album, enregistré durant cet enfermement obligatoire.
Tout d’abord, pourquoi ce titre «Crescendo» ?
Nous cherchions un titre évocateur, à la fois moderne et classique et la chanson n’était pas encore écrite. Ce mot est pour moi symbolique car c’est une évolution dans ma carrière. J’aime me sentir évoluer et c’était la première fois que je produisais un disque de bout en bout. Ce qui est aussi symbolique c’est de retrouver Dominique Spagnolo avec qui j’avais fait mon premier album «Vincero». Nous avons donc enregistré ce disque entre la France et la Macédoine, puisque nous avons trouvé un orchestre symphonique de quelque 50 musiciens qui enregistraient dans un studio à Skopje et avec Dominique nous coordonnions tout de son studio.

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Ce n’est pas un peu compliqué, un peu frustrant d’être si loin ?
En fait non. D’abord c’était une obligation que de travailler par skype et ça a donné une surprenante énergie musicale. C’était intéressant et de plus, nous n’étions que tous les deux dans le studio et nous nous consacrions seulement à la précision de l’enregistrement. Il n’y avait pas de parasite entre nous.
C’était finalement encore plus pro, plus exigeant, plus précis. Lorsqu’on est entouré de musiciens c’est très agréable mais on est toujours perturbé par quelque chose, alors que là nous étions très concentrés, très à l’écoute. Du coup, on a avancé très vite. En un mois et demi tout était enregistré.
Et la communication, comment se faisait-elle ?
En Anglais. Ça n’a posé aucun problème.
Retrouver Dominique Spagnolol après dix ans, quel effet ça fait ?
Déjà, ça c’est fait par hasard, grâce à un ami commun, car nous nous étions un peu perdus de vue. Pourtant, lorsqu’on s’est rencontré la première fois, nous étions tous deux débutants… En pleine croissance ! Il était mon premier violon. C’est lui qui avait écrit les arrangements de la chanson «Alléluia». Cet ami lui a envoyé un message, il a repris contact avec moi et nous avons eu envie de retravailler ensemble sur l’album de Noël que je préparais… et qui n’a pu se terminer à cause du Covid*. Du coup, nous nous sommes lancés dans cet album intermédiaire car je voulais sortir quelque chose au printemps… Et l’album de Noël n’était pas vraiment d’actualité !
Comment as-tu choisi tes chansons ?
J’ai toujours une petite liste de chansons que j’aime et que j’aimerais chanter dans mon téléphone. Chaque fois que je pense à une chanson, je la note. Il y avait des chansons coups de cœur auxquelles je pensais comme «The prayer» que chantent Céline Dion et Boccelli. «Maria» de «West Side Story», un incontournable pour moi, comme la chanson du film «Gladiator» devenue l’hymne du club de foot de Liverpool «You’ll never walk alone» «Vivro per lei». Et puis est venue une proposition de mon label : une vieille chanson qui fut un chant des partisans devenu un phénomène mondial grâce à sa reprise dans la série «La casa del papel» : «Bella Ciao». Il y en a de nombreuses versions de par le monde mais pas une en version totalement symphonique.
J’ai également voulu me faire plaisir en reprenant une chanson de Bocelli que j’adore mais qui n’est pas un de ses gros succès : «Romanza». C’est mon coup de cœur et je voulais la faire découvrir au public.
Il y a quelques duos mais à part Chimène Badi, les autres chanteurs sont moins connus.
Je ne veux pas faire de duos avec des stars juste pour que le disque se vende. Alors bien sûr, il y Chimène avec qui je suis ami depuis longtemps, depuis 20 ans exactement où, lors de mon premier Olympia, alors qu’elle était disque de diamant, elle avait accepté avec enthousiasme de faire un duo avec moi, ce qui était pour moi inespéré et incroyable. Nous rencontrant dans un studio TV , je lui propose une chanson et pas la moindre : «The prayer». Elle était emballée et pourtant doutait en me disant que c’était un challenge pour elle. Je l’ai rassurée en lui disant que ça l’était autant pour moi. Et ça a marché !
Davide Esposito, je trouve son écriture géniale et ses mélodies qui m’emportent. Il m’avait proposé quelques chansons et sur Internet je retrouve par hasard un duo que nous avions fait en 2012 mais qui n’était jamais sorti, ni chez moi, ni chez lui : «Nord». Dix ans plus tard, nous l’avons réenregistrée en version symphonique.
Coralie Ouatmani, , c’est une jeune chanteuse que j’ai découverte lors d’un concert à Rouen. Je lui avais proposé de faire «Vivro per lei» avec moi. Quand j’ai voulu la reprendre sur le disque, autour de moi on pensait que j’allais demander à Hélène Ségara. Mais je me demandais, après le succès avec Boccelli qui en a fait une star, si ça lui dirait. Et puis j’ai pensé à Coralie et ça me permettait de lui donner une chance comme Boccelli l’avait fait avec Hélène.

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Après avoir fait ce disque symphonique, quel effet cela te fait d’être sur scène en piano-voix ?
C’est tout-à-fait différent car avec un orchestre, on est emporté par les musiciens, on est porté par les orchestrations, on a une telle joie qu’on peut être moins attentif. En piano-voix, l’exigence reste la même mais on ne peut pas se cacher derrière l’orchestre, on ne peut pas cacher voix, c’est un vrai duo, il faut y aller, rester très précis et beaucoup plus attentif. Comme son nom l’indique, il n’y a qu’une voix accompagnée d’un piano, ce doit être plus brut, plus efficace. Il ne peut pas y avoir d’à peu près. De toute façon, on ne chante pas de la même manière dans un théâtre et en plein air, dans une salle ou une église, avec un orchestre ou avec un piano. Il faut savoir s’adapter
Alors, grand événement pour toi : tu as un petit bébé depuis un mois… Ça change la vie, non ?
Oui, et pour beaucoup de raisons : d’abord on est responsable d’un être.
Le plaisir égoïste d’être sur scène donne du bonheur. L’attention se porte sur soi et tout à coup celle-ci se transfère sur cette chose si précieuse qu’est un enfant.
Alors c’est vrai, un fils de chanteur est amené à voir partir son père ou sa mère. J’essaie d’être là le plus possible, de revenir plus vite plutôt que de passer une nuit à l’hôtel …
Tu as choisi Anatoli comme prénom, un prénom russe comme le tien, Vassili. Y a-t-il de la descendance russe dans ta famille ?
Pas du tout ! C’’est ma mère qui avait la passion des prénoms exotiques  et c’est ainsi que je me prénomme Amaury Vassili ! Avec ma compagne, on a eu envie de continuer dans ce sens-là. Anatoli, c’est la version russe d’Anatole, prénom qui revient à la mode. Mais avec Stéphanie, nous ne voulions pas un prénom banal. Nous avons donc choisi ce prénom car ça évoque une belle région de Turquie et que c’est le prénom de Karpov, grand champion d’échecs !
Toute la famille a adoré !»

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A gauche : Dominique Spagnolo

Propos recueillis par Jacques Brachet

Jacques Brachet
Photos Didier Carpentier
*L’album de Noël sortira… à Noël prochain !
A noter : Vassili passera à «Sanary sous les étoiles» le 5 juillet et le 21 décembre à la Garde