Archives pour la catégorie Ecriture

NOTES de LECTURES

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Jean-Baptiste ANDREA : Des diables et des saints (Ed. L’iconoclaste – 364 pages)
Un titre qui à lui seul résume le magnifique roman de Jean-Baptiste Andrea.
Qui n’a pas été ravi d’entendre dans une gare, une mélodie, un morceau de musique classique, du jazz, des notes hésitantes de débutant ou comme dans ce roman un toucher particulier, un toucher qui traduit une vie entière de souffrance, un toucher qui a saisi le mot magique de rythme.
Joe est orphelin et subit comme de nombreux autres garçons le régime sévère d’un orphelinat tenu par l’abbé Sénac assisté d’un garde-chiourme, ancien de la légion étrangère. Joe a appris à jouer du piano avec son maître Mr Rothemberg. Une tape derrière les oreilles n’était jamais de la maltraitance, c’était une marque d’encouragement !
Dans cet orphelinat, une société secrète avec ses membres Souzix, Sinatra, Edison, Fouine et Danny accueillera Joe et son petit protégé Momo, les rendez-vous sont nocturnes, il faut impérativement échapper à l’œil de l’abbé Sénac, un abbé qui impose la soumission aux plus rebelles. Cet abbé aurait-il subi plus jeune des sévices ?
Tout le roman est rythmé par la musique, les sonates de Beethoven et le conseil à ne jamais oublier de Mr Rothemberg «Joue, bubele, tu dois entendre la voix de ton peuple».
Il y a aussi le lien magique que Joe entretient avec Michael Collins l’astronaute, un dialogue d’espoir car Collins savait que la pire des solitudes ne dure que quarante-sept minutes et que Columbia finirait par émerger dans la lumière.
Ce roman est bouleversant et mérite largement le grand Prix RTL 2021. Une plongée dans un monde que tous espèrent révolu et une réflexion sur l’influence de l’éducation.
Qu’en est-il des conséquences sur les futures générations ?
Isabelle de COURTIVRON : L’été où je suis devenue vieille (Ed.L’iconoclaste -192 pages)
Brillante universitaire franco-américaine qui a beaucoup vécu aux US, Isabelle de Courtivron a écrit sur des femmes marquantes de la société avant de se confronter au temps qui a passé, à l’été où elle est devenue vieille.
Après avoir campé son propre personnage de battante dans la vie sociale et intellectuelle elle nous offre une évocation de son parcours familial et ses choix de vie. Avec humour et tendresse elle s’étend sur cet avenir qui s’annonce plus sombre de ce que l’on ne peux plus faire et non de ce que l’on voudrait faire.
Bien sûr c’est la vie mais avec bien de nostalgie et de regrets aussi.
Elle n’a pas anticipé, c’est le temps qui l’a gagnée. Elle s’y résout honnêtement et avec le sourire mais avec quelque tristesse aussi. C’est un constat sans concession dans un style émouvant et plein d’éclat.

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Maylis de KERANGAL: Canoës (Ed.Gallimard -167 pages)
Bien que l’écrivaine présente son roman comme un recueil de pièces détachées, il se présente plutôt comme des nouvelles centrées sur la voix que l’on retrouve partout et sur Mustang  qui est un peu le cœur du livre.
Mais la liaison entre ces différents tableaux parait un peu artificielle.
Certes fort bien écrit comme toujours, le souffle des descriptions, la finesse des perceptions sont présentes, toutes les évocations de la voix y sont évoquées mais il n’en reste qu’une impression un peu disparate de petits raccords.
Charmé mais perplexe on reste un peu sur sa faim.
Jean des CARS : Au cœur des royautés (Es Perrin – 391 pages)
Cet ouvrage compile les textes diffusés dans «Au cœur de l’histoire», émission et série de podcasts d’Europe 1, écrits et racontés par Jean des Cars.
Avec un véritable talent de conteur, Jean des Cars trace les portraits de grandes figures historiques, rois, reines, empereurs et impératrices et relate les évènements marquants du passé.
Cléopâtre, Théodora, le roi Arthur, Elisabeth 1er, Gabrielle d’Estrées, Marie-Antoinette, Marie-Thérèse, Raspoutine, Sissi et François Joseph, Alexandre II et Katia, Marie de Roumanie, l’impératrice Eugénie, Elisabeth II, Lord Mountbatten sont présentés dans leur vie publique et privée, intimement liées.
S’intercalent entre les chapitres, quelques rubriques intitulées «Le saviez -vous ?» qui rapportent des anecdotes et répondent à des questions du type : Comment Louis XV espionnait les Français ? Comment Louis XVI a piégé les Français pour qu’ils mangent des pommes de terre ? Marie-Antoinette s’est-elle servie d’un tableau pour faire grimper sa popularité ?
Un ouvrage de vulgarisation qui plaira à ceux qui s’intéressent à la grande et la petite histoire et à ceux qui souhaitent avoir une trace écrite de ces émissions radiophoniques.

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Tatiana de ROSNAY : Célestine du Bac (Ed. Robert Laffont – 325pages)
Curieux roman que cette Célestine du Bac, premier roman de l’auteur refusé à l’époque par les éditeurs et qu’elle ressort aujourd’hui. Souvenir de jeunesse nul doute puisque le héros, jeune lycéen d’un prestigieux établissement parisien, fils d’une famille fortunée réduite à une mère absente et un père célibataire à la recherche d’un nouvel amour en élevant ce fils doué mais assez atypique au point d’avoir raté par deux fois son bac. C’est sur le chemin du lycée qu’il rencontre une vieille clocharde Céléstine dite « Titine du Bac », c’est-à-dire de la rue du Bac. De la curiosité à l’émoi, de la pauvreté et de la solitude il va construire sa vie à travers elle  et donner des leçons à son père en faisant se côtoyer des mondes inconciliables et en tirer des sentiments d’humanité et de confiance.
De bons sentiments, de bonnes études de caractères qui décèlent le futur talent de cette écrivaine aujourd’hui connue et reconnue.
Éric LE NABOUR : Les promesses de l’innocence (Ed Les Presses de la Cité – 412 pages)
Clotilde, Judith et Naîma sont trois jeunes filles fidèles en amitié depuis leur adolescence.
En 1953, elles fêtent joyeusement leurs vingts bougie à Alger. Bien que de religions différentes, Clotilde chrétienne, Judith juive et Naîma musulmane, rien n’entrave leur joie de vivre et leurs futurs espoirs. C’est sans compter avec un climat politique qui se détériore, les tensions religieuse quis créent désormais une barrière infranchissable entre les communautés. Clotilde est fille d’un officier de carrière qui a connu la guerre d’Indochine et les hauts faits comme les exactions et se mure dans le silence, Judith fille d’un bijoutier travailleur et respectueux des croyances de ses voisins a pour amant un musulman et enfin Naîmai se retrouve recluse dans sa cuisine et soumise à ses frères entrainés dans les rets du FLN et disparus dans la clandestinité.
Eric Le Nabour relate avec précision le développement de la guerre d’Algérie que le gouvernement n’a sans doute pas su gérer dès les prémices. Il nous livre un regard très pertinent de participants vivant le drame qu’est la guerre depuis la ville d’Alger en 1954. Les politiques à Paris n’entendent rien au peuple algérien, nient leurs revendications et les attentats commencent dans les provinces pour finalement gangrener tout le pays et notamment Alger. Les trois amies se murent dans leur famille, se soumettent ou non à leur père ou frère et chacune vivra intensément et douloureusement cette triste période de l’histoire. Il y a toujours un prix à payer.
Un titre prometteur bien vite compromis car d’innocence il n’y a plus.
Une lecture fluide, des faits historiques relatés avec réalisme sans doute plus faciles à découvrir dans le cadre d’un roman.

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Marybel DESSAGNES : Gontran DESSAGNES ,musicien humaniste des deux rives (Ed GBGDB – 250 pages)
Dans ce livre largement documenté grâce à des archives familiales et à un voyage en Algérie la dernière fille de Gontran Dessagnes fait le récit de la vie de son père, né à Cholet le 25 mai1904 et décédé à Toulon le 29 juillet 1978.
Né dans une famille de teinturiers, d’une mère catholique pratiquante, Gontran Dessagnes apprend le piano et fait des débuts fulgurants de concertiste dans les années 1920.
Alors qu’il est en tournée en Algérie, il est nommé pianiste soliste et chef d’orchestre de Radio Alger. Il sera également directeur du conservatoire d’Alger où il créera des classes de musiques arabo-andalouses. Les évènements entraineront son rapatriement en 1964 et sa nomination au poste de directeur de l’école nationale de musique de Bayonne. Mal accueilli par le maire, anti Pieds Noirs, rejeté par ces derniers comme traitre car il était pro algérien, il sera renvoyé pour  « incompétence » et sera mis prématurément à la retraite après avoir perdu un procès en Conseil d’État. Il finira sa vie à Toulon, dans l’oubli.
Pourtant cet homme fut un brillant soliste et directeur d’orchestre ainsi qu’un prolixe compositeur.
Ainsi, il créera un opéra, un oratorio, une musique de ballet, une messe de Sainte Cécile, un Stabat Mater, sept œuvres concertantes, trois suites d’orchestres symphoniques, des œuvres pour deux guitares et une version de l’hymne algérien.
Un livre qui fait découvrir un personnage passionné.
Camille GOUDEAU : Les chats éraflés (Ed. Gallimard – 267 pages
Un premier roman qui ne laisse pas indifférent car comment la vie d’un bouquiniste sur les quais de Seine ne pourrait pas intéresser des amoureux des livres ?
Soizic, grande, oui un mètre quatre-vingt, belle jeune fille de vingt-deux ans quitte sa famille brutalement pour Paris avec pour seule référence un oncle qu’elle n’a jamais vu. Un défi qui paie car avec une promesse d’embauche et un toit, tout pourrait se dérouler sans faille
C’est la découverte d’une famille, du Paris glauque et difficile pour les pauvres ou sans papiers, mais surtout le monde étrange et merveilleux des bouquinistes des quais de Seine. Son cousin, amusé par son culot, l’embauche à l’essai et c’est pour nous, lecteur, la découverte de ce métier tellement dur, ingrat mais aussi plein de récompenses littéraires et humaines que nous faisons page après page avec Soizic.
Une panoplie de personnages attendrissants, l’obligation de faire son chiffre d’affaire avec la bimbeloterie pour touristes, tours Eiffel à gogo, et au fil des saisons le chaud, le froid, la pluie, le maniement des caisses de livres, subtil pour non initié, l’entraide entre bouquinistes, tout cela est relaté dans le livre de Camille Goudeau elle-même bouquiniste. Il y a aussi la recherche inconsciente de la mère de Soizic, une mère qui l’a abandonnée à six ans et ne se manifeste qu’en cartes d’anniversaire, et surtout un nombre incalculable de bières éclusées par caisses, mal déjà bien connu de Soizic élevée par des grands-parents alcooliques.
Un style chaotique, une certaine vulgarité mais une écriture à suivre, et surtout l’envie d’aller bien vite faire la connaissance de l’auteur, cela doit être assez facile !

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Anne PARILLAUD : Les Abusés (Ed. Robert Laffont – 367 pages)
Terrible roman que cette actrice reconvertie en écrivaine nous livre.
Premier roman bouleversant qui relate les tourments d’une  femme qui lâche une vie rangée et tranquille auprès d’un mari aimant et de leurs trois enfants pour se lancer à corps perdu dans une passion amoureuse violente, passionnée, tumultueuse comme dans un combat, avec un peintre renommé, plein de mystère et de violence, qui fait de chaque étreinte une guerre qui réveille chez l’auteur les émotions refoulées, enfouies sous le déni de l’inceste qu’elle aurait subi par son père dans sa jeune enfance.
Horrible rétrospective que l’évocation de cet amour ravageur dans ce monde frelaté de la jet-set, de l’argent facile et d’une vie compliquée.
Beaucoup de talent pour cette femme mûrissante pour nous plonger dans un climat d’amour dévastateur qui nous entraine dans un malaise profond au point de rendre cette lecture dérangeante, insupportable même.
Un gros livre bouleversant, inquiétant même, tant le malaise est grand, rendu en phrases courtes et haletantes, brutales, elliptiques.
A ne mettre qu’entre certaines mains. On en sort brisé.
Sylvain TESSON : Un été avec Rimbaud (Ed Equateurs – France Inter – 218 pages)
Dans ce livre qui reprend les émissions diffusées sur France Inter pendant l’été 2020 «un été avec Rimbaud» par Sylvain Tesson, nous partons en trois chapitres à la découverte d’Arthur Rimbaud : Le chant de l’aurore, le chant du verbe et le chant des pistes.
Cet ouvrage, qui comprend de nombreuses citations des œuvres de Rimbaud, n’est pas une biographie mais la tentative d’analyse par l’auteur de la personnalité de ce poète.
Tesson partage avec Rimbaud ce phénomène psychiatrique nommé dromomanie, c’est-à-dire une impulsion incontrôlée à marcher, se déplacer. Rimbaud marchera, adolescent, le long de la Meuse autour de Charleville Mézières, sa ville natale, fuguera et ira à pied à Paris rejoindre Verlaine, marcher jusqu’en en Belgique. Puis il marchera en Afrique, jusqu’à ce qu’un cancer des os, touchant le genou, le conduise à Marseille où il mourra en 1891, à 37 ans.
Génie précoce, il écrit à 16 ans « Le Bateau Ivre ». Il veut être un poète qui transforme le monde par les mots et qui arrive à l’inconnu par le dérèglement des sens. Comment comprendre l’hermétisme de sa poésie ? La consommation de poison, (c’est ainsi qu’il nomme l’opium qu’il consomme) n’est pas la seule explication. Pas plus que son appartenance au mouvement zutiste, qui veut ridiculiser l’Académie.
Pourquoi Rimbaud cesse-t-il toute production artistique et part-il en 1875 pour cinq années de voyages erratiques pour finir par se fixer à Aden comme négociant en armes ?
Un livre, d’une écriture raffinée à laquelle nous a habitué Sylvain Tesson, qui donne envie de relire Rimbaud

 

 




Bandol – Var Dialogue : Dernière escale

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L’association Var Dialogue, créée par Dominique Blanc qui en est la présidente, a pour objet de développer la participation des femmes à la vie de la cité par tous moyens leur permettant d’exercer une action politique, sociale, culturelle et visant à favoriser la qualité de vie et du cadre de vie de leurs concitoyens pour promouvoir un développement durable. Cette association politique, sociale et culturelle est ouverte à toutes celles et tous ceux qui veulent agir pour le développement d’une société libérale, républicaine, démocratique et écologique.
L’association organise des actions d’animation, de communication et de formation.
Var Dialogue a proposé, voici quelques jours, une dernière escale avant les vacances : Les Flâneries Européennes Littéraires Artistiques et Touristiques des auteurs Varois et membres de Var Dialogue.
Dominique Blanc avait convié autour d’elle quelques écrivaines varoises dont Lucienne Annot, Hélène Botasso, Danielle Chailan.

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Jocelyne Caprile – Les fameuses pâtes à la meule

Était également présente la six-fournaise Jocelyne Caprile, qui n’est pas écrivaine mais teinturier-apprêteur et qui a été en 2000 nommée meilleur ouvrier de France. Se rendant compte que ce titre était surtout connu pour ses chefs cuisiniers dont beaucoup d’hommes, elle a décidé d’écrire un livre uniquement sur les femmes qui ont obtenu ce titre dans des métiers aussi divers que les arts plastiques, les métiers de bouche, l’art floral, le mobilier et l’immobilier et beaucoup d’autres métiers.
Cette journée s’est déroulée au restaurant «Le Rendez-vous» à Bandol dont Aurélie s’est fait une spécialité de recettes italiennes mais surtout de pâtes à la meule et que chacune a appréciées…
Etait aussi invité un homme : Michel Mazziota, auteur mais aussi propriétaire de la galerie Massillon à Hyères, où se  déroulera pour partie l’évènementiel  de la rentrée de l’Association.
Un moment de partage et d’amitié qui tisse le fil de nouveaux rendez-vous culturels et patrimoniaux pour les mois qui viennent

Jacques Brachet


Anne SINCLAIR, portrait de femme avec hommes

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Anne SINCLAIL : Passé composé (Ed Grasset – 375 pages)
Anne Sinclair est une femme belle, intelligente, une battante qui est, dit-elle douée pour le bonheur.
Discrète, elle ne s’est jusqu’ici épanchée sur sa vie. Le confinement lui en a donné l’occasion.
Devenue malgré elle une icône, grâce à la télé et cette émission devenue culte «7 sur 7» créée en 81 et qu’elle a animée jusqu’en 97, elle est aujourd’hui encore dans toutes les mémoires, ayant réuni  chaque dimanche entre six et douze millions de téléspectateurs.
Elle y a reçu des personnalités de tous bords, politiques, intellectuels, chanteurs, musiciens, scientifiques, sportifs… Ses grandes qualités : La curiosité de l’autre, sa façon de leur faire dire des choses qu’ils n’avaient jamais dites avant, sans jamais les critiquer, les agresser, les couper, les piéger, ce qui est, hélas, souvent le cas aujourd’hui.
Jamais dupe de leurs propos, surtout chez les politiques, sans se faire d’illusions, elle se contentait de les jauger et non de les juger, même si pour certains, elle ne mâche pas ses mots, faisant des portraits sans concessions et avouant avoir été parfois déçue par leur attitude et leur passé.
A aucun moment elle ne règle ses comptes mais raconte les moments qu’elle a vécus, plus ou moins rapprochés avec certains comme cette soirée des élections où Mitterrand a été élu, qu’elle a passé en toute intimité avec lui, son ex-mari Yvan Levaï et quelques amis choisis.
Le moment fondateur de son amour pour la politique a été lors du débat Michel Debré-Pierre Mendès-France, d’où est née son admiration pour ce dernier.
Foncièrement de gauche, même si elle en fut chahutée – car issue d’une famille juive et riche – elle tient à préciser qu’elle est «une vraie française et profondément juive même» si, en même temps, elle se trouve « inaboutie et incomplète» !
Elle se définit ainsi : «je suis femme, mère, française, juive, de gauche, journaliste et plutôt dans cet ordre».
Son enfance a été sinon chaotique, du moins mouvementée, née à New-York dans un ménage instable, une mère pas prolixe en câlins mais trop protectrice, et un père disparu trop tôt.
Intéressée très tôt par le journalisme, elle s’est battue pour arriver à ses fins dans ce milieu tenu alors par des hommes machos à souhait. Ce ne fut pas un long fleuve tranquille mais elle n’a jamais rien lâché, même si elle fut «virée» par Patrick Lelay, homme cynique, violent, caractériel, Nonce Paoli achevant le travail par manque de courage.

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Rencontre au festival de Ramatuelle

Elle nous brosse de mini-portraits de quelques-uns de ses invités et nous raconte des anecdotes avec humour comme sa rencontre avec Berlusconi, vraiment prêt à tout pour qu’elle le rejoigne sur la 5, ce qu’elle refusa catégoriquement car pas un seul instant dupe de cet homme au antécédents douteux.
Bien entendu, elle ne pouvait passer sous silence «L’affaire DSK» car le lecteur n’aurait pas compris. Mais c’est à la toute fin du livre et elle se contente de livrer des faits sans pathos, sans entrer dans l’intime, sans acrimonie, avouant sa naïveté, sa crédulité, son manque de lucidité. Ce fut un épisode terrible de sa vie mais dont elle se remit, son caractère étant de regarder devant elle avec optimisme.
Elle dresse un portrait édifiant de la politique française, du journalisme aussi et ce qu’il est devenu avec les réseaux sociaux, les scoops à tout prix, les fameuses «fake news» et autres «éditions spéciales» qui n’ont rien de spécial.
Ce livre est passionnant, magnifiquement écrit, plein d tendresse pour les gens qu’elle aime et admire avec, en fin de parcours, le bonheur retrouvé, la renaissance et l’espoir en la vie.
«Les souvenirs – conclue-t-elle – servent à baliser le temps et borner le présent»
Son seul regret, en quelque sorte un mea culpa, d’avoir souvent fait passer sa passion au détriment de sa vie de femme et de mère.
Portrait d’une femme courageuse, passionnée, sensible, naïve souvent mais sincère, lucide, élégante et exemplaire.

Jacques Brachet



NOTES de LECTURES

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PARIS, un triptyque aux éditions Plon
Paris sera toujours Paris et l’on ne compte plus les artistes qui ont écrit ou chanté la ville lumière.
Les éditions Plon nous offrent trois livres passionnants écrits par des auteurs à qui l’on ne présente plus la capitale. Trois petits pavés bien épais. Un seul problème : ces livres sont denses et écrits en petits caractères.
Régine DEFORGES : Le Paris de mes amours (512 Pages)
Pièce rapportée puisque née dans la Vienne, elle a fait de Paris «sa» ville qu’elle croyait bien connaître, tant elle l’avait adoptée et adorée, et il lui semblait facile d’écrire sur elle.
La tâche fut tout autre.
Elle a été bercée par nombre de chansons de Trenet, Colette Renard, Joséphine Baker, Tino Rossi, Guy Béart, Francis Lemarque et bien d’autres. Elle en avait d’ailleurs fait un album.
Mais dans ce livre, écrit en 2011, elle part sur les traces de ses fantômes, elle prend des chemins de traverse, va où l’instinct la porte, y découvre ou redécouvre ses ponts, ses statues, ses monuments, ses fontaines, ses bouquinistes, la Seine, des morceaux d’Histoire, les maisons de femmes et d’hommes célèbres, ses bistrots et ses restaurants, en se baladant de préférence dans les quartiers qui restent des villages, où n’a pas sévi le baron Haussmann. Elle fait des détours à travers les gares et les cimetières, ses pas la conduisent dans des ruelles, des impasses, des jardins et en chemin elle nous raconte plein d’anecdotes, de souvenirs, d’événements. Elle nous parle aussi avec humour des hommes nus et de leurs zizis érigés en statues (chassez le naturel !). Et bien sûr, en tant qu’écrivaine, elle évoque ceux qui l’ont marquée comme Aragon, Balzac, Piaf, Vian, Zola, Simenon…
Au hasard de ses promenades, nous baguenaudons avec elle dans des lieux surprenants et elle nous apprend plein de choses, jusqu’à l’étymologie du nom de certaines rues, de certains quartiers.
Une balade pleine de poésie, de connaissance que nous offre cette belle promeneuse qui nous a quittés en 2014.
Jean-Philippe SAINT-GEOURS & Christophe TARDIEU : L’Opéra de Paris, coulisses et secrets du Palais Garnier (550 pages)
Qui, mieux que ces deux homme, pouvaient parler de ce bel édifice parisien que Jean-Philippe Saint-Geours, qui en fut le directeur de 1983 à 1989 et Christophe Tardiau qui le fut de 2010 à 2014, dans ce que surnommait Noureev «Ce nid de serpents» qui a aujourd’hui 140 ans ?
Dans ce palais construit par Charles Garnier, tous deux y ont connu de grands bonheurs, de nombreux problèmes et vicissitudes en tous genres : politiques, états d’âme des «stars»  de la danse et de la musique, jalousies entre les artistes de tous poils, de nombreux métiers qui régissent ce grand vaisseau, des histoires dans l’Histoire, les grands événements qui s’y sont déroulés…
Ils nous en parlent avec humour, évoquant leurs souvenirs et faisant revivre Claude Bessy, la Callas, Serge Lifar, Rolf Lieberman, Pavarotti et bien d’autres. Ils nous parlent de leurs peurs, de leurs doutes, de leurs caprices et nous racontent le quotidien de cette immense ruche où il faut être partout, de la scène à la salle, des coulisses aux cintres, où il faut gérer tous les corps de métiers, les problèmes, les aléas, les vols même, car il y en a et de tous genres… Ce n’est pas un travail de tout repos mais à côté de ça, il y a aussi de grandes joies, lors d’une première réussie, lors de la venue d’immenses artistes internationaux sous le plafond de Chagall, chef d’œuvre magistral.
L’Opéra reste un des plus beaux emblèmes de Paris incontournable et lorsqu’on y entre, on est sidéré par cet escalier monumental, promesse d’une soirée magique.
Nicolas d’ESTIENNE d’ORVES : Dictionnaire amoureux de Paris (685 pages)
«Hénaurme» pavé que signe l’écrivain Nicolas d’Estienne d’Orves», petit-fils du héros de la résistance prénommé Honoré et frère de Philippe qui a vécu à Toulon.
Heureusement, il a écrit sous forme d’abécédaire, ce qui fait qu’au hasard de la lecture, on peut choisir son chapitre. Car il balais Paris qu’il aime bien mais qu’il châtie aussi bien, griffant de temps en temps choses et gens comme l’accordéon, l’aéroport et autres.
Mais c’est toujours avec humour et tendresse et c’est surtout magnifiquement écrit.
J’ai donc flâné à travers les lettres et par exemple, à la lettre P, on y retrouve cette image populaire du poulbot, personnage donné par son auteur illustrateur Francisque Poulbot (1879-1946) que l’on retrouve d’ailleurs dans «Les misérables» de Victor Hugo. Ce même Hugo qui a écrit «Notre Dame de Paris» en 1831 monument emblématique de la littérature et monument de Paris dont la construction a démarré en 1163. Tellement emblématique qu’elle est aujourd’hui un joyau universel, malgré le drame qui l’a blessée mais aussi célébrée grâce à des cinéastes, des auteurs, des compositeurs qui continuent de la chanter.
A, comme Marcel Aymé, qui vécut sur la butte Montmartre, auteur entre autres de «La traversée de Paris» et du «Passe muraille» ce dernier évoqué par une surprenante sculpture à Montmartre… rue Marcel Aymé.
Un peu d’humour et de coquinerie à la lettre X. X comme… X ! où l’auteur évoque la ville des plaisirs, du stupre, des bordel, des premiers cinémas porno, le «Gai (ou gay ?) Paris, où a été créé le festival du film pornographique en 75, qui n’a connu qu’un épisode mais qui a fait un triomphe très au film très controversé «Le sexe qui parle» ! Sans compter le nom de certaines rues, aujourd’hui changé comme la rue Poil au con ou encore la rue Trace putain !
M comme métro, créé par la Cie du Baron Empin, inauguré en 1900 lors de l’exposition universelle et dont les films comme «Le dernier métro» de Truffaut ou encore «Zazie dans le métro» de Louis Malle, d’après le roman d’un auteur parisien, Raymond Queneau, lui rendent hommage.
Des bateaux-mouches au concours de garçons de café, du Music-Hall au jardin des plantes, là encore on visite Paris de fond en comble, on apprend plein de choses et le tout est égayé de nombreuses citations d’auteurs qui évoquent Paris, pas toujours positivement d’ailleurs. En voici quelques-unes : Paris, nymphe de la Seine (Racine), Paris féérique (Dorgelès) Paris, souvenir du bonheur (Aragon), Paris pas beau (Balzac), Paris, endroit où il pue et où l’on n’aime point (Chamfort), Paris ennuyeux (Dostoïevski)… Et il y en a bien d’autres !
Livre fleuve plein d’enseignement, que l’on a bonheur à lire… à petites doses !

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Valentin MUSSO : Qu’à jamais j’oublie (Ed. Seuil – 320 pages)
Ce neuvième roman que Valentin Musso publie à ce jour impose encore plus  ce jeune auteur de thriller psychologique plutôt que de roman policier.
L’auteur se glisse donc dans la peau du fils de cette riche veuve qui vient de tuer à l’arme blanche un des résidents qu’elle vient de croiser dans un hôtel du Sud de la France, sans raison apparente.
Mystère pour ce fils photographe réputé qui vit dans l’ombre de son père décédé et de cette mère mutique qu’il a du mal à comprendre. Alors que police et avocats piétinent, il se lance dans une vaste rétrospective afin  de  démêler  le passé obscur de cette belle femme qu’ est sa mère, cette inconnue.
Ce sont ses recherches, à travers le passé trouble et confus de cette mère, que nous allons découvrir le personnage caché de son existence  pleine de suspense et d’intrigues qui permettront d’en dénouer le fil.
Roman extrêmement bien construit, détaillé, émouvant, surprenant.
Nous y trouvons non seulement un excellent portrait d’une femme exceptionnelle mais aussi des détails historiques réellement troublants et inconnus comme ces maisons d’internement où l’on pouvait faire incarcérer les jeunes filles rebelles ou les fils dévoyés dont les familles ne voulaient plus entendre parler.
Excellent roman de fiction, qui repose néanmoins sur une terrible vérité historique.
Annabel ABBS : La fille de Joyce ( Ed Hervé Chopin – 411 pages)
Dans le monde littéraire du début du XXème siècle, James Joyce occupe une place prédominante depuis la parution de son chef d’œuvre « Ulysse » en 1922, puis de « Finnegans Wake ».
Ces œuvres si difficiles à lire, je dirais même à décrypter, n’auraient pu voir le jour sans la présence continue de Lucia, la fille de Joyce.
Annabel  Abbs retrace avec beaucoup de délicatesse le parcours de Lucia entre 1928 et 1934, un parcours dirigé par le psychothérapeute Jung, sommité de l’époque, qui tente de soigner sa patiente en la forçant à se libérer de lourds secrets de famille.
Lucia a été internée de nombreuses fois, la première à la demande de son frère bien aimé, demande appuyée par sa mère, ombre persistante et maléfique. Mais qu’en est-il du père qui ne peut écrire sans sa fille, sa muse, auprès de lui, une jeune femme qui se perd dans des délires amoureux avec Samuel Beckett, puis le sculpteur américain Calder, une jeune femme qui veut être danseuse étoile et réussirait si bien aujourd’hui dans le domaine de la danse moderne !
Une biographie poignante qui entraine le lecteur dans le monde littéraire des auteurs nécessitant de généreux donateurs pour vivre, et le monde de la psychiatrie à ses débuts.
Une analyse pointue d’une famille où l’amour, l’obscénité et l’art sont intimement mêlés.
Pauvre Lucia, une jeune femme victime de sa maladie aujourd’hui détectée : la schizophrénie.
Renaud BLANCHET : Patricia (Ed Seuil –  457 pages)
C’est une biographie coup de poing, rigolote et pleine d’amour que Renaud Blanchet offre à sa mère Patricia. Oui, une Patricia combative, pleine d’ardeur, de détermination, qui ne baisse jamais les bras et sait saisir les opportunités quand elles s’offrent à elle.
Fille d’un couple travailleur (morceau d’anthologie quand la grand-mère travaille pour le couturier Dior, ou quand le grand-père démarre son entreprise de sabots !) Patricia rêvait d’être danseuse, elle sera marchande de chaussures.
Un grand amour avec Laurent Blanchet mais non pas Bleustein-Blanchet, un enfant, Renaud, qui survit à une « trrrrès » grosse bosse sur le crâne et aujourd’hui écrit ce roman, une vie à 300 à l’heure que rien n’arrête.
Surveillée par un père juif autoritaire qui parcourt la France et l’Italie pour développer son entreprise de chaussures, une mère qui crée sans cesse des vêtements originaux et d’avant-garde et se perd dans la boisson entre deux découpes de patrons, Patricia ne compte pas ses heures de travail, d’ailleurs lui arrive-t-il de dormir ?
Des moments succulents lorsque l’auteur rappelle les souvenirs de jeunesse avec Cohn Bendit, Jean-Luc Godard, Romain Goupil, déjà l’apparition de Gabriel Matzneff tombeur de très jeunes filles, puis beaucoup plus tard un épisode sulfureux dans Sequoia Park aux États-Unis où Patricia échappe à un violeur professionnel généreux en champignons hallucinogènes !
Impossible de raconter ce foisonnant roman, il y a du vrai, beaucoup d’exagération, mais surtout un vibrant hommage du fils à sa mère, un fils qui n’a pas choisi la filière de la chaussure mais qui réussit tout de même dans l’écriture puisque ce livre vient d’être édité.
Ne pas tout prendre au pied de la lettre bien sûr, mais suivez les aventures et mésaventures de cette famille animée par la joie et le sens du travail.
NB. Allez faire un tour sur le net voir les chaussures de Patricia Blanchet,ça vaut le détourle détour, elles sont très belles !

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Meredith MAY :  D’amour et de miel. (Ed Mazarine – 377 pages)
Traduit de l’américain par Alice Seelow
Ce livre est l’histoire vraie de l’auteure, petite fille, qui a été sauvée par la nature et par un des plus petits êtres vivants au monde : les abeilles.
Meredith, cinq ans, et son petit frère vivent très mal le divorce orageux de leurs parents… jusqu’au jour où le père part de l’autre côté du pays. Les enfants étant les vestiges d’une existence passée que leur mère veut effacer de sa mémoire, celle-ci s’accroche à son statut de « victime » à force de médicaments et d’autres abus.
Difficile de s’adapter à ses humeurs incontrôlées.
Tous trois vont se réfugier chez les grands parents maternels, des originaux. En rentrant pour la première fois dans le vieux bus aménagé par le grand père, un apiculteur excentrique, Meredith va découvrir les abeilles, leur fabuleuse organisation et leur vie incroyable.
Il lui montre les sacrifices que font celles-ci pour sauver leur colonie et les liens qui les lient avec leur apiculteur. Tout ce que Meredith n’avait jamais connu : cocon familial, courage, persévérance, compassion. En observant ces petits êtres, elle découvre l’amour inconditionnel.
D’une lecture fluide, c’est une belle histoire écrite par une auteure, journaliste, apicultrice (cinquième de sa génération!).
Ce livre illustre comment la nature, abeilles comprises, peut nous sensibiliser à l’écologie, nous éduquer et nous guérir.
Geneviève SENGER : le premier amour est il éternel ? (Ed Presses de la Cité – 267 page)
Nous faisons la connaissance d’une famille dont l’auteur nous décrit le portrait psychologique de chacun. On va deviner alors comment chacun peut réagir dans différentes circonstances, on Les personnages, sont tous assez attachant,s sauf le père, patriarche dominateur,à qui tout le monde doit obéir. Se calmera t il en vieillissant ?
C’est lui qui est à la naissance du roman.
Il a interdit  à sa fille cadette Ariana, 15 ans, de poursuivre ce qu’il jugeait être une amourette avec un jeune homme syrien prénommé Mansour.. Les deux jeunes gens obéissent, chacun continue sa vie dont le lecteur est informé jusqu’au jour où, plusieurs années après, la grand-tante  d’Ariana décède et lui lègue sa maison à Cahors, maison où Ariana allait souvent quand elle était enfant.
Aujourd’hui, Ariana est mariée à un médecin et a deux jeunes enfants. La famille vit à Paris, va-t- elle accepter de quitter cette vie là pour aller s’installer à Cahors ?
Et Mansour, où est il ? elle n’y pense même plus. C’est tout le sujet de la deuxième partie du livre
C’est un roman distrayant où on ne s’ennuie pas une minute!
William LEMERGIE : Mirebalais ou l’Amour interdit (Ed Albin Michel – 298 pages)
Le roman se passe sous Louis XV. Le mirebalais est un homme qui honore de sa fougue les dames délaissées par leurs nobles maris fatigués ou absents.
Le héros se nomme Maro  Mortesagne.
Nous assistons d’ailleurs à quelques rencontres  de ce type !
A cause de cela, il va se faire des ennemis, doit faire face à un duel pour lequel  il est condamné au supplice de la roue (écartèlement) qui doit se dérouler le lendemain mais ses amis et acolytes sont là et le délivrent  car il est très bien entouré.
L’épopée historique est bien légère, Mme de Pompadour n’apparaît qu’aux toutes dernières pages et n’apportera rien à la petite histoire ni d’ailleurs  à la grande Histoire.
C’est un livre d’aventures.

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Jean-Paul LEFAUCONNIER : La Mitterrandiade –  tome 1   Ed Temporis –  471 pages)
Quoi de plus original que de célébrer le quarantième anniversaire de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, et le vingt-cinquième anniversaire de sa disparition qu’en écrivant une épopée en quatre volumes à sa gloire ?!
Dès les premiers vers, le ton est donné, Jean-Paul Lefauconnier chantera les combats d’un familier de la victoire dans un duo réjouissant entre la muse et le poète qui déclament leurs vers tout comme Voltaire dans « La Henriade ». La muse impose ses règles « Tu dois être documenté et du témoignage, hanté», et c’est parti pour 350 pages malicieuses, pertinentes qui raviront le lecteur, qu’il soit politiquement de droite ou de gauche.
Tout commence en 1940, notre héros va travailler pour l’Oréal, il faut bien gagner sa vie une fois marié. Les années de guerre lui permettent mille intrigues.
Ambition, intelligence, rouerie l’amèneront vers des postes ministériels toujours utiles pour avoir un pied, que dis-je, un œil sur l’information donc la censure, puis la politique en Afrique. Que de belles années à manipuler, flatter, exécuter sans remords, passer de la droite à la gauche sans hésiter !
La France doit sortir de sa guerre en Indochine, puis de celle avec l’Algérie et toujours notre héros se glisse là où le paysage politique est influent, avec toutefois une responsabilité dans les exactions bien coupables de nos dirigeants.
Jean-Paul Lefauconnier  versifie joyeusement sur ces années 1940-1958, et entraine le lecteur dans ce tourbillon qu’est la vie de Mitterrand, et déjà c’est la dernière page de ce premier tome qui annonce le duel avec  «L’homme de Londres, rude et tranchant comme l’épée».
Soyez patient, notre héros doit dormir et préparer le prochain volume.
Nous saurons attendre, prêts à savourer et nous délecter de ce travail merveilleux que nous offre l’auteur.
Françoise HARDY : Chansons sur toi et nous (Ed Equateurs – 430 pages)
Alors que ses signes de santé sont au plus bas, Françoise Hardy nous offre son dernier livre un livre fort original où, durant plus de 400 pages, nous retrouvons les paroles de ses chansons, signées d’elle ou d’autres auteurs, ce qui est déjà magnifique tant on se rend compte de la richesse de son œuvre, quoiqu’elle en dise Mais ce qui est aussi intéressant, c’est qu’elle les commente, les dissèque, nous en offre l’historique.
Ce qui est incroyable, c’est qu’au fil des pages on se rend compte de la mauvaise image qu’elle a d’elle, de son œuvre dont elle est très critique, et, dit-elle encore, elle a honte en partie. Eternelle insatisfaite, une minorité de ses chansons trouve grâce à ses yeux. Aussi bien celles qu’elle a chanté que celles qu’elle créées pour d’autres artistes.
Qu’elle trouve ses premières chansons maladroites et puériles,  cela peut se comprendre mais il faut se remettre dans le contexte des années 60, de son jeune âge et se rendre compte déjà, de sa maturité. Sans compter qu’à l’époque où tous les chanteurs se contentaient d’adapter des chansons anglaises ou américaines, elle était la seule ou presque auteure, compositrice et il faudra attendre la venue de Véronique Sanson pour qu’elle ne soit plus seule dans ce cas !
Elle est tellement peu sûre de son talent qu’elle finira par arrêter de composer à cause de son ignorance musicale.
Elle dit être un peu maso et c’est le cas tant elle se demande ce que les gens peuvent lui trouver alors qu’elle a écrit des chansons qui sont entrées dans le patrimoine de la chanson française.
Elle est sans concession. Sa lucidité est au bord du dénigrement et elle s’étonnait que tant de gens aient eu envie de travailler avec elle. Que les gens l’admirent et l’aiment tout simplement. Pourtant, son talent, sa beauté, ont fait d’elle une icône internationale de son vivant, chose qui, loin de la flatter, la dérange, l’embarrasse !
Et ils sont nombreux, ceux qui sont venus vers elle, avec qui elle a collaboré et de plus, de toutes les époques : Jane Birkin, Etienne Daho, Julien Clerc, Henri Salvador, Guesh Patti, Mader, Patrick Juvet, Julien Doré, Calogero et même Alain Delon qui n’avait enregistré qu’avec Dalida.
Elle va laisser derrière elle une œuvre véritable et nombre d’auteurs et compositeurs ont écrit avec elle de très belles choses et non les moindres, de Louis Chedid à Michel Jonasz en passant par Catherine Lara, Wiliam Sheller, Michel Fugain, Michel Berger, Jean-Michel Jarre, Serge Gainsbourg, Jacques Dutronc, bien sûr et bien d’autres.
Un caractère ambigu et à la fois paradoxal, la fait sans cesse douter d’elle.
Lorsqu’on lit ce qu’elle a écrit, on se rend compte qu’elle est une vraie poétesse, mais aussi une mélomane, quoi qu’elle en dise. On peut lire ses écrits comme des poèmes, mystérieux parfois, nostalgiques souvent et tout en les lisant la mélodie arrive aussitôt, accompagnant notre lecture, indissociable de l’œuvre.
Elle a souvent écrit dans la souffrance, elle pose un regard angoissant sur la vie d’aujourd’hui et constate qu’heureusement, il y a la musique et les chansons qui lui donnent des émotions : «Une grande chanson est intemporelle – écrit-elle dans ce livre – et j’ai toujours été en quête de mélodies qui me semblaient l’être. Le texte est aussi important que la mélodie mais il doit être à son service et non l’inverse. C’est le secret».
Ce secret qui lui a permis d’écrire et de chanter, durant près de soixante ans, des chansons qui resteront éternelles «longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu»
A noter, en couverture,  une très belle photo de l’ami Jean-Marie Périer son premier grand amour.
Isla MOSLEY : Le vallon des lucioles (Ed.Seuil – 475 pages)
Traduit de l’Anglais par Emmanuelle Aronson.
L’époque : 1937. C’est le début de l’histoire
Le lieu : Kentucky_ USA
Les personnages : Deux jeunes journalistes-photographes envoyés en reportage dans ce coin reculé des Appalaches.
L’intrigue : Enquête sur une étrange famille qui vit au cœur de la forêt.
L’ objet : Faire un reportage sensationnel car la splendide jeune fille est «bleue». sa peau est bleue ! Et comme tout ce qui n’est pas conforme fait peur elle incite au rejet et doit se cacher pour survivre.
Lancés dans l’aventure, ils vont vivre une histoire passionnante  afin de l’approcher, de photographier ces étranges êtres repliés sur eux-mêmes, terrés, épiés par tout un chacun. Ce devrait être un « scoop » pour les deux journalistes.
Mais, l’histoire n’est pas si simple et leur aventure s’étendra sur des années jusqu’à nos jours  où tout se dénouera à travers la passion, la violence, la discorde, dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés bien enracinés.
Avec ce roman d’amour tiré d’une histoire vraie, celle d’une magnifique jeune fille atteinte De méthomoglobinemie  nous avons l’occasion de découvrir une fresque historique des USA aux temps tout proches, 1972.
Bouleversant.
Et tout cela au cœur d’une nature hostile  qui s’oppose à l’arrivisme sordide de la recherche du scoop journalistique
Un excellent roman
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Catherine CLÉMENT : Autoportrait de Calcutta (Ed du Seuil -206 pages)
Calcutta, fondée en 1690 sur le site de Kalikata c’est-à-dire la terre sacrée de Kali, mégapole à la densité de 24306 habitants par km², prend la parole et se raconte de façon non chronologique sous la plume de Catherine Clément.
Un récit dans lequel on se perd un peu tant il est varié mais qui intéresse de bout en bout.
Politique, géopolitique, histoire, cinéma, fêtes religieuses, anecdotes se succèdent agréablement car cette ville a de l’humour et aime à parler de ses habitants, morts ou vivants, illustres ou moins connus.
Patrick CHAMOISEAU : Le conteur, la nuit et le panier (Ed du Seuil – 260 pages)
Auteur martiniquais né en 1953, Prix Goncourt en 1992 pour son livre « Texaco », Patrick Chamoiseau poursuit dans cet essai sa réflexion sur les mystères de la création artistique et la créolité.
De par ses origines, l’auteur a été confronté au phénomène du conteur créole qui ne peut s’exprimer que la nuit, faute de se retrouver transformé en panier. Au XVIIème siècle, aux Antilles, la veillée mortuaire d’un esclave se faisait à la lueur des flambeaux, un vieil esclave devenait pour la nuit le « maître-de-la-Parole », discourant au son des tambours. Autorisé par le maître, cette assemblée appelée La Ronde, se faisait, selon l’auteur, alors que l’obscurité faisait oublier la domination esclavagiste et ouvrait au conteur un accès possible à la pensée du nouveau et lui permettait d’échapper au sortilège du panier qui l’aurait rendu impuissant à accéder à l’imaginaire.
Au cours de l’ouvrage, l’écrivain évoque le créole dite langue dominée par rapport au français, dite langue dominante. Il s’appuie sur les écrits d’Aimé Césaire, père du mouvement de la Négritude et d’Édouard Glissant visualisant chacun à sa manière la cale du bateau négrier et le déracinement des africains.
Un ouvrage dense, parfois redondant, qui nécessite une lecture concentrée et fait découvrir la vision de la complexité créatrice de l’acte dénommé « l’écrire » par Patrick Chamoiseau.
Santiago LORENZO : Les Dégueulasses (Ed du Seuil – 236 pages)
Traduit de l’espagnol par Lori Saint-Martin
Samuel, 27 ans, vit à Madrid.
Un travail inintéressant pour un opérateur de télécommunications, malgré son diplôme d’ingénieur, un logement dans un box avec toilette et lavabo tenu par un marchand de sommeil, pas d’amis, plus de relations familiales depuis qu’il a quitté ses parents, à l’exception de son oncle.
Tout bascule un après-midi de manifestation alors que Manuel pense avoir tué un policier croisé dans le hall de son immeuble. Avec l’aide de son oncle, il part se cacher dans un village abandonné au milieu du désert castillan.
Quelles seront les réactions de Manuel face à cet exil, le privant de confort matériel et de contact humain ? Ce refuge sera-t-il un petit paradis ?
Le récit, mené par l’oncle qui est le narrateur, est d’une veine comique qui réjouira le lecteur.
L’auteur, qui vit lui-même retiré du monde, livre une farce satirique de notre époque, engluée dans le superflu et nous interroge sur nos modes de vie contemporains.
Un bon moment de lecture.

NOTES de LECTURES

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Christophe BATAILLE : La brûlure (Ed Grasset – 152 pages)
Quoi de plus beau qu’un grand arbre qui s’élève vers les cieux ?
Mais combien de dangers menacent les élagueurs chargés de les entretenir : chutes de branches, chutes au sol, chenilles, guêpes, abeilles, frelons et depuis peu frelons asiatiques.
Dans ce court roman, l’auteur s’inspire de ce qui est arrivé il y a sept ans à son cousin, Philippe, joliment nommé le grimpeur d’arbres. Un élagage tourne au drame. Caché dans les hautes branches, un essaim de frelons asiatiques s’en prend à l’homme. Il subit des milliers de piqûres provoquant cette brûlure dans tout son corps, son transport à l’hôpital, sa mise en coma artificiel pour qu’il ne sente plus ces douleurs atroces.
Le romancier présente ce fait divers en deux parties. Dans la première partie, intitulée «Les grandes chaleurs», c’est un écrit poétique à deux voix, celle de l’élagueur puis, quand l’homme est hospitalisé, celle de la femme qu’il aime et qui va le soutenir dans cette épreuve. Une belle ode à la nature et à l’amour.
Puis c’est le récit de l’homme, tel que recueilli auprès de Philippe par l’écrivain et dont l’issue diffère du récit de la fiction.
Le lecteur appréciera surement ce livre dont le héros est l’arbre, dans une nature non transformée.
Mais il pourra regretter comme nous ce double récit qui est une quasi redite.
Gianfranco CALLIGARICH : Le dernier été en ville (Ed : Gallimard –  213 pages)
Traduit de l’italien par Laura Brignon
Ce sera le dernier été en ville, mais surtout le dernier jour pour Léo Gazzaro, étrange électron libre déambulant dans Rome, regardant sa vie d’errance avec humour.
Ce dernier été où pour vivre, Léo a dû travailler dans un journal à rédiger quelques articles, un journal tenu par un aristocrate complètement ruiné mais toujours élégant, un dernier été et sans doute un dernier amour avec une jeune femme psychiquement perturbée.
Un dernier été aussi à courir dans les bars pour boire un puis deux whiskys et pourquoi pas la bouteille. Et toujours la rencontre de personnes fortunées offrant le gîte et le couvert à Léo pendant leurs longues croisières dans les îles tropicales.
Difficile de vivre dans la légèreté, l’aisance, la mobilité d’une société fermée quand on a l’intelligence et que l’on sait que cela ne peut durer éternellement. Léo aime Rome, il y a ses habitudes, particulièrement sur la Place Navone, mais le sens de la vie lui échappe. Connaît-il  ses erreurs, ses défauts, ses manquements ?
Un roman délicat qui retrace avec beaucoup d’humour la lente descente aux enfers d’un homme amoureux, déçu, acceptant l’inévitable chute et lucide jusqu’à son dernier jour.
Un beau roman sur la dolce vita que l’auteur décrit avec un regard d’adulte sur des enfants gâtés mais perdus.
Un très bon moment de lecture
Yves DUTEIL : Chemins de liberté (Ed l’Archipel – 228 pages)
Les grands poètes de la chanson française, aujourd’hui on les compte sur le doigt d’une main.
Yves Duteil est de ceux-là. Le sens des mots qu’il nous inocule avec précision, avec poésie, avec émotion nous a donné et nous donne toujours de superbes petits bijoux sertis dans des mélodies aussi simples que belles.
On s’est beaucoup gaussé de lui, on ne sait pourquoi mais lorsqu’on crée des chansons comme «La langue de chez nous», «Prendre un enfant», élue «Plus belle chanson du XXème siècle» on peut se targuer d’être dans la droite ligne de Brel, Barbara, Brassens.
Mais lui ne se targue de rien : il vit en toute simplicité avec son épouse Noëlle, immuable et indispensable depuis des décennies auprès de lui et compose sa vie avec amour, passion, avec surtout une humanité que l’on rencontre peu aujourd’hui.
Il nous dit être devenu «obsédé textuel grâce à Nougaro». Tout son œuvre est tournée vers la poésie, la musique et l’amour. L’amour de son prochain, des belles et simples choses de la vie, de la nature et des grandes causes, sans jamais y mêler la politique, même s’il est resté maire de son village, Précy (où vivait sa voisine Barbara) très longtemps et s’il partageait une amitié sans faille avec Chirac.
L’ouverture de ce livre est en hommage à Noëlle, sa femme, son amour, sa complice et tout au long du livre elle y est omniprésente car il n’aurait pas fait tout ce qu’il a fait sans elle à ses côtés.
Ce livre, est un livre d’émotion que l’on partage tout le temps le regard embué tant il  sait nous délivrer de belles choses avec cette poésie unique : «Ecrire une chanson c’est attraper un courant d’air avec un filet à papillons».
Et tout au long des pages, Duteil nous parle d’amour, de tendresse, de fidélité. Comme cette chanson «Dreyfus» dont il est le petit neveu, à qui il a dédié cette chanson après avoir pu apprendre tout ce qu’il pouvait de cet ancêtre malmené et dont en famille on ne parlait pas.
Fidèle, il l’est avec ses amis, avec les artistes qu’il aimait, de Gréco à Barbara, de Devos à Brassens, de d’Ormesson à Jeanne Moreau, de Barjavel à Félix Leclerc avec qui il partagea l’amour du Québec et de la langue française.
C’est grâce à Monique le Marcis, directrice des programmes de RTL, que par deux fois la chanson «Prendre un enfant» fut sauvée. D’abord en l’imposant sur sa radio alors que personne n’en voulait et en la rajoutant à la liste des chansons où elle avait été «oubliée», devenant ainsi une chanson universelle.
On ne compte plus les causes humanitaires qu’il a défendues avec Noëlle, et cela sans s’en donner la vedette mais en les menant au bout et en y entraînant plein de gens, d’associations et souvent les politiques.
Couvert de prix, il en parle toujours comme un honneur en s’en excusant presque et à chaque fois, c’est un grand moment d’émotion, qu’il nous parle de ses amis, de ses combats, de ses rencontres.
Lui si discret nous ouvre son cœur en grand et si cela était possible car on s’en doutait, on découvre un homme, un vrai, courageux, sensible toujours prêt à aider, à combattre pour de justes causes, pour les enfants malmenés par la vie, avec toujours à ses côtés cet «ouragan de douceur» nom dont il affuble sa femme avec infinie tendresse.
Un homme beau, libre, d’une grande humanité et un de nos plus beaux artistes qui soit.

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Gilert BORDES : La prisonnière du roi (Ed Presses de la cité – 374 pages)
A partir d’un fait réel situé aux XII° et XIII° siècles Gilbert Bordes bâtit un superbe roman racontant de façon romancée le mariage du roi de France Philippe Auguste  avec la belle et jeune princesse danoise Ingeburge.
Que s’est il passé après les fastes de la noce pour que le roi répudie sa jeune épouse et la fasse enfermer dans la forteresse d’Étampes puis le cloitre  sans qu’elle comprenne les raisons de sa disgrâce ?
Comme toujours l’auteur nous impressionne par la véracité des faits historiques, le réalisme de ses descriptions et le foisonnement de ses reconstitutions donnant à cette fiction un très grand réalisme.
Chantal THOMAS :  De sable et de neige (Ed Mercure de France – 208 pages.
L’auteure romancière, essayiste, dramaturge, chercheuse est de  l’Académie Française Elle poursuit son œuvre autobiographique.
Voici des mémoires magnifiquement vivantes, des réserves  inépuisables de bonheurs physiques. C’est l’art de vivre l’instant. C’est la liberté d’une enfance au bord de l’océan, de la grande  dune d’Arcachon, des excursions au Cap Ferret.
L’auteure aime l’eau, la  mer, l’océan. Ses souvenirs reviennent comme des vagues : sa copine
Louisette, les aiguilles de pin qui piquent, les huîtres, le sable qui  file entre les doigts, la chaleur d’un galet rond chauffé au soleil, le  jeu des poupées  citadines et rurales……
Elle rend un bel hommage à son père, à ses parties de pêche, à ses  ballades à ski. Cet homme- si secret, si silencieux mais si aimant,  meurt à quarante trois ans alors qu’elle en avait dix sept; ce qui  marquera la fin de son enfance et  de ce lien d’amour.
Grande voyageuse, elle sera un 31 décembre  à Kyoto, ville mélancolique et magique d’où elle décrira la beauté de la  neige, son silence. Elle découvrira le rite du nom des morts qui la  stupéfiera . D’autres souvenirs, d’autres voyages.
Savoir exprimer la beauté des choses et la puissance de leur silence, savoir exprimer les sensations les plus fugitives avec l’élégance de phrases tantôt lumineuses et claires, tantôt drôles et féroces, c’est magique.
Très, très beau texte de Chantal Thomas illustré par des photographies d’Allen Weiss  expliquées en fin de livre.
Michel SARDOU : Je ne suis pas mort… je dors (XO Ed – 155 pages)
Nous avons déjà eu droit à plusieurs bios ou auto bios de Sardou, dont une assez copieuse.
Surprise, après ce premier plat de résistance, voilà qu’il nous propose un dessert qui nous laisse un peu perplexe, avec ce petit livre fait de bric et de broc, qui nous révèle en fait peu de choses, quelques bribes de souvenirs, quelques petites anecdotes dont certains sont connus, servis dans un curieux désordre.
On peut se poser la question… pourquoi ce livre ? Pour prouver qu’il n’est pas mort ?
Il l’a écrit sur l’instant, lorsqu’une idée lui venait, il n’y a aucun lien entre chaque histoire, sinon – et ça c’est la seule drôle d’idée du livre ! – il a imaginé un dialogue avec sa mère Jackie Sardou, qui lui pose des questions, qui le coupe où le renvoie à un sujet, lui confie ses réflexions sans mâcher ses mots… C’est une conversation à bâtons rompus et ce qu’il y a d’incroyable c’est que, connaissant sa mère par cœur, évidemment,   ç’aurait pu être un vrai dialogue entre eux, comme lorsqu’elle l’interrompait dans son tour de chant alors qu’il chantait  sur scène «Comme d’habitude».
A tel point qu’en la lisant, on croit entendre sa  voix haut perchée de titi parisienne !
Heureusement qu’il y a cette idée car le livre n’est pas très passionnant
C’est un livre à lire sur la plage cet été.

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Annie DEGROOTE :  Des cendres sur nos cœurs  (Presses de la Cité- 512 pages)
Un beau titre de roman, mérité par l’histoire très riche et très documentée de l’auteure, sur les guerres de religion en Flandres et aux Pays Bas espagnols (1563) avec les rôles importants de Charles Quint et de Philippe II d’Espagne
L’inquisition est omniprésente avec des tortures plus cruelles les unes que les autres
Les calvinistes finissent par avoir beaucoup d’adeptes, la religion catholique en perd à cause du trafic des indulgences, de ses richesses étalées et de l’Inquisition
Le lecteur est emporté dans la vie quotidienne de l’époque grâce à un jeune chevalier qui fréquente les grands d’Espagne, dont la sœur et la fiancée se rapprochent peu à peu des Calvinistes.
Ce jeune chevalier réussira-t-il à réunir sa famille et à réaliser sa vie et celle des siens dans ce contexte extrêmement dangereux et instable avec des guerres qui n’ en finissent pas et bien sûr des exils, parfois très lointains
Jonathan ZACCAÏ : Ma femme écrit (Ed. Grasset – 208 pages)
Jonathan Zaccaï plus connu comme acteur de la série «Le bureau des légendes» se lance dans la littérature avec ce premier roman inspiré par le lien très fort qui le reliait à sa mère décédée en 1910, artiste peintre talentueuse et méconnue, avec il avait un lien très fort.
Alors qu’il entreprend l’écriture de ce témoignage il se rend compte que son épouse, actrice elle aussi, a commencé en cachette à écrire sur cette femme disparue.
La guerre est ouverte. De quel droit peut-elle s’approprier ce personnage dont lui seul est le dépositaire de ses souvenirs ? S’ensuit une autofiction fantaisiste et burlesque nous livrant son expérience personnelle et dévoilant peu à peu son penchant à la paranoïa.
Brouillant les pistes tant familiales que de voisinages, créant des situations tant burlesques que déjantées il ruinera les relations ce qui conduira à un dénouement inattendu.
Roman bizarre mais prenant quand même, foutraque, exubérant. Il crée la surprise ou la sidération en termes souvent crus mais bien écrit, agréable quand il revient dans une actualité plus sereine.
Bizarre !
Régis JAUFFRET : Le dernier bain de Gustave Flaubert (Ed du Seuil – 330 pages)
Ce roman n’est pas une nouvelle biographie de Flaubert.
L’imagination de l’auteur l’amène, certes, à rappeler les grands évènements de la vie de l’écrivain, en passant par ses multiples aventures homosexuelles et hétérosexuelles, son voyage en Orient mais surtout il le fait parle et  commenter les faits actuels de 2021 puis dialoguer avec son héroïne Emma Bovary.
Nous sommes ainsi face à un ouvrage curieux composé de trois parties intitulées : « Je puis », « Il », « Chutier ». Un récit mêlant vérité et fiction, mélangeant les époques, dans une écriture riche et subtile.
On sent que le romancier a fait un vrai travail de recherches, montrant les pratiques de lectures à haute voix par Flaubert auprès de ses amis, son obsession du style, ses relations avec sa nièce Caroline.
Mais on ne peut qu’être surpris par la dernière partie, intitulée « Chutier », dont la calligraphie est en si petits caractères qu’elle en rend la lecture quasi impossible et extrêmement fatigante. Elle trace une chronologie qui reprend beaucoup de points évoqués dans les pages antérieures et dont on ne comprend pas dès lors la nécessité.
Serait-ce pour cela que l’on ne peut pas le lire ? Drôle de choix.

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Patrice QUELARD :  Place aux immortels (Ed Plon 383 – pages
Prix du roman de la Gendarmerie Nationale 2021
En 1915, Léon Cognard, le héros du livre , lieutenant de gendarmerie rejoint le front de Picardie. On apprend le rôle important et ingrat des gendarmes pendant cette guerre et que l’armée traite de planqués car ils ne sont pas directement sur le front.
Nous connaissons les horreurs de cette guerre que l’on nous décrit quand, brusquement, l’armée fait appel à la gendarmerie à propos d’un suicide qu’il va falloir élucider.C’est tout le sujet du roman, dur, impitoyable, très intéressant malgré tout ce que l’on sait déjà sur cette terrible période.
Ondine KHAYAT : Le parfum de l’exil (Ed  Charleston – 443 pages)
Taline est une jeune femme heureuse, elle vit auprès de sa grand-mère qui lui a révélé le monde très particulier des parfums, le travail de compositions pour arriver à la perfection.
Or Taline a ce don exceptionnel de mémoire des odeurs. Le jour où sa grand-mère meurt, celle qu’elle croyait éternelle lui laisse, tel un jeu de piste, trois carnets qui lui révèleront le parcours difficile de ses ancêtres arméniens, victimes du génocide perpétré par les Turcs, et le chemin des survivants traumatisés par les drames qu’ils ont vécus.
Des traumatismes qui se transmettront sur plusieurs générations : pourquoi ses grand et arrière-grand-mères n’arrivent-elles pas à aimer leurs enfants ?
La réponse est dans les lignes écrites par Louise, une arrière-grand-mère.
Il faudra que Taline comprenne la complexité des êtres humains confrontés à l’inhumain pour qu’elle-même découvre sa véritable personnalité et aille vers son épanouissement.
Un roman sur l’exil et le parcours des ancêtres de l’auteur, ainsi que sur le monde très technique et passionnant des parfums.
Mireille CALMEL :  La louve cathare –  Tome 2 (Ed XO – 363 pages)
Mireille Calmel poursuit son roman inspiré de l’histoire des cathares.
Nous avions quitté Griffonelle en décembre 1226 poursuivie par le fils du sinistre Simon de Montfort, Amaury de Monfort qui cherche une carte de l’emplacement des mines d’or de la Montagne Noire qu’elle détiendrait de Mahaut,sa mère.
Le jeune roi Louis, futur Louis IX, l’avait sauvée de la mort en la déposant à l’abri de l’Abbaye royale de Montmartre. Trois ans plus tard en avril 1229, par le traité de Meaux, la régente Blanche de Castille met un terme à la croisade des albigeois en faisant plier lourdement Raymond VII de Toulouse mais elle n’a toujours pas trouvé cette carte des mines d’or qui l’intéresse aussi au plus haut chef.
Commence alors de nouvelles péripéties pour Griffonelle qui réussit à s’échapper de l’abbaye et à aller au château de Lastours, encore occupé par les seigneurs de Cabaret et des populations cathares qui doivent aller se réfugier dans la forteresse de Montségur.
L’auteure excelle toujours dans les complots, félonies, combats, poursuites, rebondissements en tout genre. Les amateurs seront ravis.
Ceux que l’Histoire intéresse, liront avec attention les dernières pages de l’ouvrage dans lesquelles l’auteure indique ses sources et décrit  ceux des  personnages du roman qui ont réellement existé dans leur chronologie.

 

JOHNNY – RAUTUREAU – PUTZULU… Chacun son histoire

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Offenburg en Allemagne, 1964.
Un certain Jean-Philippe Smet y fait son service militaire. Un jour comme les autres, il est demandé à l’entrée. Stupeur : il y découvre un clochard qui lui saute dans les bras et lui offre un ours en peluche. Au même instant éclatent des flashes. C’est son père, venu avec des journalistes qui a monté ce traquenard. Il s’enfuie en courant et en pleurant. Ce père, il ne l’avais jamais vu depuis son enfance. C’est alors qu’un certain Jean-Claude, dit JC console ce soldat qui est en fait Johnny. Johnny lui dit qu’il ne l’oubliera pas.
L’histoire pourrait s’arrêter là…
Vendredi 26 novembre 76, 17heures exactement. On sonne chez JC. Et lorsqu’il ouvre  la porte, il se trouve devant Johnny 33 ans, 11 ans après. Il a tenu sa promesse, il est venu rendre visite à son pote, incognito. Johnny est heureux de son petit effet, JC surpris et heureux aussi. Ils se retrouvent avec beaucoup de joie et de pudeur.
Johnny s’installe chez lui pour trois jours et pendant ces trois jours, ils ne se quitteront pas, Johnny préparant le repas à son pote, JC l’emmenant en balade au bord de l’Océan, comme deux touristes. Deux ami en vacances.
Soirées au coin du feu où ils se racontent leur vie, JC étant correspondant de presse, marié, un enfant , Johnny lui parlant de sa vie d’homme, d’artiste, de star, de Sylvie de David, des fans, des femmes, de ce sacré métier qui le bouffe mais dont il ne peut se passer… Jamais de l’armée.
JC n’a pas une star en face de lui, c’est un Johnny simple, naïf, sincère est vrai, un homme mélancolique, nostalgique, ambivalent aussi qui voudrait être le commun des mortels avec des joies simples mais qui marche à l’adrénaline et qui a besoin de reconnaissance.
Il lui parlera beaucoup de son Amérique fantasmée et vécue
D’ailleurs, après trois jours dans l’ombre,  le dernier soir, il veut aller manger au restaurant où il sait qu’on le reconnaîtra. Ce qui est le cas, il y crée une émeute, est invité à manger par le maire qui soupe là avec sa famille. Maire qui les invitera à dormir chez lui… et il en profitera pour sauter sa femme !!!
Le voilà sur le départ et avant de partir, Johnny lui confie que, le jour où il disparaître, il pourra avoir un beau scoop à raconter et lui propose de l’intituler «La balade de Johnny».
Ils ne se reverront jamais.
Cette histoire est très simple et très émouvante.
Précisons toutefois que c’est un roman et non une histoire vécue, même si l’histoire paraît belle et si on a envie d’y croire. Ce  roman, écrit par David Rautureau, correspondant de presse et romancier, comme celui de l’histoire, date de 2018 et voilà que ce récit paraît sous un coffret de trois CD, toujours  écrit par David mais narré par mon ami Bruno Putzulu et quelle plus belle voix ne pouvait raconter, lui qui est issu de la Comédie Français !
Rappelons qu’il nous a déjà offert un magnifique coffret sur les entretiens qu’il avait eu avec Philippe Noiret, qu’il avait rencontré sur le tournage du film de Michel Boujenah «Père et fils» avec qui il s’était lié d’amitié.
Amitié aussi, avec Johny d’ailleurs, avec lequel il avait tourné «Pourquoi pas moi ?» de Stéphane Giusti, à Barcelone en en 1996, date de leur amitié naissante. Il a 31 ans, Johnny 55 et après le tournage, ils seront inséparables, une amitié, avoue-t-il scellée autour de la bouffe, du sport… et de la peur du temps qui passe car tous deux ont peur de la mort, du départ des gens qu’ils aiment.
Une amitié vraie, réelle, sans intérêt d’aucune part mais faite aussi d’une admiration réciproque, Bruno étant heureux et fier de fréquenter une telle star qui paraissait inaccessible, Johnny admirant et enviant l’artiste de la Comédie Française, ce qu’il savait qu’il ne serait jamais.
Alors que depuis la disparition de l’idole, Bruno n’a jamais voulu en parler malgré nombre de propositions de beaucoup de médias, cette fois, il a accepté, outre de lire le roman mais aussi de parler de Johnny avec David Rautureau.

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«Parce que, quoique, David n’ait pas connu Johnny «en vrai», Bruno le retrouve incroyablement comme lui l’a connu, simple et timide, généreux et poète à ses moments, naïf et drôle, bosseur et nonchalant.  Fidèle également et lorsqu’il était fidèle, il voulait qu’on le soit aussi.
«Avec – précise-t-il – le don d’aimer faire des blagues et même de faire exprès de mettre ses potes dans l’embarras, pour le plaisir de rigoler en disant «C’est pas grave, c’est juste une blague», ce qu’il a fait à Bruno en l’invitant à la Lorada pour son anniversaire en même temps que son ex petite amie… Simplement pour voir sa tête ! Très farceur, il était resté un gamin insupportable !
«Par contre – ajoute-t-il – je ne l’ai jamais vu préparer un repas comme le raconte Davis ! Mais ce que je retrouve, c’est cette façon d’être bien ensemble et de rester des heures à ne pas dire un mot.
Il n’exigeait rien de ses amis, sinon une vraie amitié et d’être là lorsqu’il en avait besoin. Par contre, en vacances ensemble, sur son bateau, c’est lui qui me faisait répéter mes textes».
Bruno avoue aussi avoir gardé tous les messages téléphonés de Johnny.
« Même si c’est puéril, je suis heureux de pouvoir dire : c’est Johnny qui m’appelle. Par contre, il ne supportait pas d’entendre un répondeur, il aimait qu’on lui réponde tout de suite.
Un jour il me dit : «Ton message est lugubre, il me donne envie de pleurer. Tu es plus marrant que ton message. Je vais t’en faire un !»

Bruno Putzulu tout azimut.
Avec Bruno, nous nous connaissons depuis 15 Ans. On s’est rencontré à une fête du livre dans ma ville, à Six-Fours. Il signait son Noiret, je signais mon Brialy. Nous nous sommes trouvés côte à côte, nous avons parlé théâtre, cinéma, chanson… italienne aussi car il a été bercé par celle-ci dans les années 60, puisqu’il est de parents italiens et que j’ai toujours adoré la chanson italienne.
Ça a été un coup de foudre qui ne s’est jamais démenti et même si la Covid nous éloigne depuis un bon bout de temps, les mails, SMS et coups de fils ne cessent jamais longtemps entre nous.
Et là, l’occasion était belle, d’autant qu’il va rattraper le temps perdu avec une année on ne peut plus mouvementée.
Bruno, toi qui t’étais toujours refusé à parler de Johnny (même à moi !) depuis sa disparition, voilà que tu te lâches ! Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?
David Rautureau qui m’a contacté. Au départ, je t’avoue avoir refusé. J’avais tellement lu d’articles, de livres de ses soi-disant amis qui rapportaient n’importe quoi et qui me faisaient gerber, tout ça pour se faire mousser et passer à la télé, que j’avais décidé de me taire mais David m’a proposé de lire le roman et si je refusais, il n’en parlerait plus. J’ai trouvé le roman étonnant, émouvant et bizarrement, alors que David n’a jamais rencontré Johnny, je le retrouve complètement. C’est ce qui m’a fait changer d’avis.

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Et dans la lancée, après l’enregistrement du livre, tu as accepté une interview avec David !
Oui, ça a provoqué quelque chose en moi et puis ç’était un prolongement du roman. C’était en fait un travail littéraire, puisque ce travail s’est fait avec les éditions Frémeaux & Associés, comme je l’avais fait pour Noiret.. J’y ai ajouté quelques trucs personnels comme ces messages téléphoniques que j’ai toujours. Pas les plus intimes ! J’ai trouvé ça rigolo, mignon, ça donnait une image farceuse de Johnny.
Tu as déjà eu des échos des fans ?
Oui, très positifs. Je crois qu’ils en ont encore et besoin. Ils m’accostent comme un ami de «la famille». Je me rends compte que depuis des décennies, nous avons, quel que soit notre âge et même si on n’est pas fan, quelque chose de Johnny, un souvenir, une chanson. Johnny fait un peu partie de la vie de tout le monde.
Dans le CD, tu dis qu’à un moment tu n’as plus vu Johnny. Y a-t-il eu un problème, une brouille ?
Pas du tout, nous n’avons jamais été fâchés mais il est allé vivre à Los Angeles, mon boulot était à Paris et il y a eu quelques rendez-vous manqués. Je devais le retrouver pour son anniversaire aux USA quand mon père a développé la maladie d’Alzheimer et je ne voulais pas le quitter. Et puis c’est lui qui devait venir me voir au théâtre dans «Occupe-toi d’Amélie» et c’est là qu’il a eu ses problèmes de santé et qu’il est entré à l’hôpital Cedar-Sinaï. Et je n’y suis pas allé comme tous ceux qui sont allés s’y faire voir !
Vous parliez beaucoup avec Johnny ?
Pas tant que ça, on pouvait rester des heures côte à côte sur son bateau sans se dire un mot. Et puis on partait faire la fête et c’était un autre Johnny. On n’avait pas besoin de toujours parler et on restait comme ça, sans aucune gêne. C’étaient les deux facettes de Johnny : le côté taiseux, sombre, silencieux et puis le déconneur. Il était fantasque, quelquefois inattendu.
Je me souviens d’un jour où il se faisait une fête de partir avec moi et Gérard Darmon avec son avion, pour aller voir un match à Marseille. C’est lui qui l’avait proposé mais au bout d’un moment, alors que le match avait commencé, t il s’écrie : «Qu’est-ce qu’on se fait chier… Je ne comprends pas le plaisir que vous avez à voir courir ces mecs derrière un ballon !». Et il est parti. Ce qui lui plaisait en fait c’était d’être parti entre potes avec la promesse d’un bon repas. Et puis il n’e n’avait plus envie.
Il y avait finalement un être humain derrière la star.
On connaissait moins ce Johnny !
Oui, parce qu’il était en perpétuelle représentation, il devait toujours être l’idole, le superman pour qui tout va bien. Il n’y a que les intimes qui voyaient ce côté sombre qu’en fait nous avons tous en nous.

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Bon, venons-en à Guillaume Devaut, alias Bruno Putzulu, dans la série qui fait un carton «Ici tout commence»… Tu es loin du rigolo que je connais !
(Il rit !) Il n’y a pas de quoi : j’ai une femme pas toujours sympa qui m’a menti sur ma paternité (Elsa Lunghini), j’ai un fils qui en fait n’est pas mon fils et qui plus est, tombe amoureux de sa demi-sœur, ce qu’il ignore au départ, je suis proviseur «adjoint» car mon beau-père Auguste Armand, le patron de l’école hôtelière (Francis Huster) l’a décidé ainsi… En fait, il ne vit pas sa propre vie, il la subit souvent. Mais c’est un rôle intéressant et plein d’émotion.
Donc, tu restes ?
Oui, tant qu’on ne me tue pas ou qu’on ne m’envoie pas ailleurs et que je disparaisse !
Au théâtre, où en es-tu ?
A cause du confinement, la tournée que je devais faire avec la pièce de Cavanna «Les ritals», avec Grégory Daltin, où je joue Cavanna, mis en scène par Mario, mon frère, a été reportée. Nous avons déjà quelques dates de re-signées, en Normandie le 6 juin, au festival de Sarlat en juillet, à Aix-en-Provence le 23 septembre, à Nice le 3 décembre et au Théâtre Toursky à Marseille. Je ne sais pas encore quand.
Tu m’avais également parlé d’un nouveau disque ?
Ca y est, il est enregistré : Musiques de Denis Piednoir, musiques de… moi !
On est en recherche de producteur, ce qui n’est pas simple aujourd’hui !
De quoi parle-t-il ?
De mon père, de ma mère, du temps qui passe, du monde dans lequel on vit et même de… Donald Trump ! Le titre de l’album est celui de la première chanson : «C’était quand ?»
Et le cinéma ?
Je partirai en octobre/novembre du côté de St Etienne tourner «Paul Emploi», un film choral de Laurent Vinasse-Raymond avec Bruno Solo, Philippe Torreton, Bernard Lecoq, Olivier Marchal…
Pas de femmes ?
Je sais qu’il y aura Delphine Depardieu…»

Eh bien, que voilà une rentrée bien remplie ! Avec tout ça, on essaiera de se voir . Peut-être aussi u festival télé de la Rochelle où en principe les héros de série en sont les vedettes. Si avec ça on ne se croise pas ?!
Car nos rendez-vous nous manquent.

Jacques Brachet

 






NOTES de LECTURES

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Alain ARNAUD : Un balcon en retraite (Ed BOD – 256 pages)
Dans ce quatrième roman Alain Arnaud nous invite à Hyères petite ville du Sud de la France où il accueille Léon nouveau retraité qui a passé sa vie entière dans le Nord et qui se retrouve un peu vide d’avenir à la suite du décès de son épouse. Suivant le souhait de sa fille Jeanne, il se rapproche d’elle et de sa jeune famille afin de donner un peu de sens à sa vie. Mais ce n’est pas simple de tirer un trait sur son passé ! C’est donc Léon que nous allons retrouver sur le balcon de la nouvelle résidence en spectateur de son entourage.
Et que faire sur un balcon sinon regarder le paysage et les personnages qui l’habitent ? Il devient donc le spectateur depuis son mirador de cette campagne où vont et viennent des habitants actifs et des voisins curieux ou étranges dont sa voisine lui a parlés. Il est là, il observe, il interprète de même qu’il se promène dans sa nouvelle ville liant quelques connaissances avec des promeneurs solitaires qui s’attendrissent sur ces beaux paysages ou sur le comportement des animaux du jardin public. Léon parle peu, observe, médite et soudain il devient le metteur en scène de la pièce qui s’anime. Chacun se met à vivre. La pièce commence pleine d’actions et de rebondissements.
D’une écriture très imagée l’auteur plante un décor plein de contrastes et de chaleur où se meuvent des personnages attachants. En phrases courtes et percutantes il nous offre un intermède plein d’espoir et de quiétude.
Celle que Léon a peut être trouvée dans son ancrage dans cette nouvelle vie.
Hugo MARCHAND : Danser (Ed Arthaud – 219 pages)
En collaboration avec Caroline Bodinat
Hugo Marchand est l’un des plus beaux et des plus talentueux danseur étoile que l’Opéra de Paris ait jamais eu, Noureev excepté.
A la demande des éditions Arthaud qui lui ont proposé de parler de son expérience, il a choisi d’écrire ce livre, tout simplement intitulé «Danser», en collaboration avec la journaliste  Caroline Bodinat qui lui avait déjà consacré un portrait pour le journal «Libération».
C’est ainsi que ce magnifique danseur remonte jusqu’à ses neuf ans, époque où il décide de devenir danseur étoile, déjà !
Du conservatoire de Nantes à l’école de danse de l’Opéra de Paris, danseur atypique étant donné sa grandeur, le voilà dans la place à 17 ans où il va parcourir un long chemin fait de passion, de courage, de travail, d’abnégation, de sacrifices, de questionnements car arriver au faîte de la gloire est loin d’être un long fleuve tranquille. Il faut beaucoup de rigueur et d’exigence pour approcher l’excellence.
Eternel insatisfait, Hugo va lutter comme on ne peut le faire que lorsqu’on a un vrai but, une vraie passion. Si le public voit la grâce, la facilité apparente, la performance, la virtuosité, ce n’est qu’au prix d’une lutte de tous les jours, d’une somme énorme de travail… Il faut souffrir pour être le premier
Il nous parle de cette souffrance à la recherche de la perfection, de ses doutes à y arriver, de ses déceptions lorsqu’il n’est pas choisi, de cette solitude aussi qui est un passage obligé entre le travail qu’il doit fournir, l’attente d’être remarqué et, arrivé au but, l’isolement par rapport aux autres danseurs qui n’osent plus l’approcher.
Il nous parle aussi de cette ambiguïté de l’obsession du culte de lui-même, de l’égo qu’il a pu avoir par rapport à l’humilité qui est l’essence de la réussite. Car un danseur passe sa vie devant une glace.
Une étoile de la danse n’est pas une star de cinéma. Ça ne gagne pas des fortunes et la carrière s’arrête assez rapidement. Sans compter les risques d’accidents qui planent chaque jour, comme tout sportif qui se respecte… Alors, les doutes s’insinuent : travailler, souffrir autant, est-ce que ça vaut le coup ?
Oui, lorsque la passion est là, que des publics, de France ou du Japon ou d’ailleurs, vous applaudissent, vous adulent et que votre performance a été à la hauteur de leur attente.
Hugo, épaulé par ses parents et son frère aîné qui ont toujours cru en lui (il y a de très grands moments d’émotion lorsqu’il en parle), a mené un combat de tous les jours pour en arriver là, à être le héros des plus grands ballets partagés avec les plus grandes étoiles.
Même si, au jour le jour, il se partage avec  la peur à en être malade et la joie d’avoir réussi à surmonter tous les obstacles, entre plaisir et souffrance,
Dans ce livre, il partage avec nous ses moments d’intense émotion et nous vibrons avec lui.
C’est une belle leçon d’amour, d’abnégation, de courage qu’Hugo Marchand nous offre.
Néhémy PIERRE-DAHOMEY : Combats (Ed du Seuil-207p)
Ce deuxième roman de cet auteur haïtien né en 1982 à Port au Prince est une belle surprise.
L’histoire se passe à Haïti en 1842.Le pays est devenu une république il y a 16 ans après avoir consenti à la France une dette, dite « dette de l’indépendance », de 150 millions de franc-or. Le président à vie de l’île, taxe durement les habitants et leur impose des corvées, journées de travail gratuit au profit de l’État. Pour augmenter le rendement de ces corvées, il ordonne des recensements.
Mais à Boen, dans la plaine du Cul de Sac, le caporal Saurel tombe d’un cocotier avant d’avoir pu compter les habitants de ce bourg rural. Cela trouble peu Ludovic Possible, vieux mulâtre et grand propriétaire, qui est devenu notaire, tenant les cahiers de compte de la plaine et qui souhaite ouvrir une école sur ses terres où il voudrait voir aller Aida, fillette de 13 ans, qui ne parle pas. Dans le village, Ludovic bénéficie de l’aide de Timoléon Jean-Baptiste, fils d’un vétéran de la guerre d’indépendance, qui défend les intérêts des paysans. Par contre il se heurte à l’hostilité de son demi-frère Balthazar Possible qui voudrait prendre sa place de notaire.
L’auteur va mettre en scène les luttes entre ces hommes et la découverte des mots par Aida, utilisant une écriture colorée, avec des termes créoles, avec des noms inventifs et imagés tant pour les noms de famille des humains que pour les animaux.
Un roman proche du conte, avec beaucoup de poésie et une belle réflexion sur le pouvoir de la parole.

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Annabelle COMBES : Baisers de collection (Ed Héloïse d’Ormesson – 362 pages)
Quel titre évocateur, baisers de collection !
En effet, il y en a de toutes les couleurs, de forme, d’imagination car Annabelle Combes offre au lecteur un beau roman d’amour intergénérationnel en naviguant entre prose, poésie et peinture.
Etrange roman où Tosca qui n’a jamais pu mener à terme ses grossesses fuit pour la première destination disponible  à l’aéroport et c’est là que la plume experte de l’auteur crée le personnage merveilleux de Ferdinand, un roman à lui tout seul, qui la guidera vers un univers du possible.
Pendant ce temps, Jean, auteur de romans policiers attend Tosca en déambulant dans Paris, mais sa course le guidera par des chemins détournés à nouveau vers Tosca, l’amour de sa vie, son soleil, sa raison d’être, et toujours ponctué de baisers donnés ou à donner, des baisers à suivre pour que ces deux êtres se retrouvent. Oui, ils se retrouvent avec désormais une famille nombreuse et extraordinaire, une famille où les rêves sont comme le baiser de Chagall, une œuvre à lire de gauche à droite, un chemin buissonnier, du grand art.
Cependant, les longues énumérations de couleurs des baisers peuvent lasser le lecteur !
Annabelle Combes  puise dans les musées les plus beaux baisers du monde, elle les offre au lecteur en analysant les gammes chromatiques, c’est un voyage merveilleux qui donne envie de bien vite retourner dans les musées et y admirer à nouveau la magie de la peinture.
Audrey GAILLARD : Justaucorps (Ed. Seuil – 168 page)
Premier roman d’une jeune écrivaine qui a pour objet une adolescente de seize ans – peut être elle-même – patineuse sur glace, dans ses rapports avec son entraineur, un jeune homme d’une trentaine années qui recherche la perfection auprès de ses jeunes adeptes jusqu’à en faire des professionnelles de haut niveau. C’est une histoire banale de nos jours  où pas mal de sportives avérées se sont mises à dévoiler les secrets de leurs performances et entre autre les abus qu’elles ont subi aux prises avec des coaches malsains ou pervers. Le justaucorps c’est ce vêtement qui colle au corps, qui cache ou qui dévoile, consenti, admis. Tout se brouille dans la tête d’une jeune fille de seize ans qui doute, s’émeut s’alarme et se détruit.
Oui c’est un livre actuel, cru, sur le consentement ou la sidération, ou la terreur qui empêche la parole. Toute l’émotion de la jeune femme est perceptible, les limites du non-dit et le prix à payer : Non Laurence ne deviendra pas une une grande patineuse mais une femme brisée. Livre touchant et plein de pudeur malgré la réalité des faits

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Alain MISSOFFE – Philippe FRANCHINI : Femmes de fer (Ed Taillandier – 328 pages)
Ce livre est une plongée dans le monde industriel de la fabrication de la fonte puis de l’acier à travers les rôles des femmes de toute la lignée des Wendel, anoblis en 1722, par le seigneur de Hayange à condition d’assurer la charge de maître des forges.
La position géographique de Hayange à la frontière de l’Allemagne, autrefois la Prusse, bouleversera le développement des forges dès la défaite de la bataille de Sedan perdue par Napoléon III, puis la première et enfin la seconde guerre mondiale. La tâche des héritiers sera de continuer à gérer et essayer de maintenir dans le giron familial le travail et l’investissement financier de leurs ancêtres. Des ancêtres bien secondés par leurs femmes qui comme Marguerite d’Hausen (1720-1802), Joséphine de Fisher de Dicourt (1784-1872), et Berthe de Valserre (1849-1918) continueront l’œuvre de leur mari, institueront des mesures concernant les salaires des ouvriers, les soins gratuits, le statut du personnel, des écoles, un système « maternaliste » pour une population allant jusqu’à 40.000 personnes.
Plus tard Marguerite de Mitry très engagée dans les œuvres catholiques créera l’Union lorraine en suivant l’exemple de sa grand-mère Berthe.
Pendant la seconde guerre mondiale, les femmes Wendel se caractériseront par leur engagement dans la résistance comme Elisabeth de la Panouse ou ses filles Bertanne, Nicole et Oriane.
A noter Hélène de Mitry qui ayant épousé François Missoffe sera plusieurs fois  réélue comme députée, et participera au gouvernement de Raymond Barre.
Des femmes fortes, élevées toutes dans la foi catholique, profondément investies malgré les aléas de l’Histoire, généreuses de leur temps et de leur argent, discrètes malgré leur nom, courageuses en temps de guerre et recevant des distinctions honorifiques du gouvernement français mais aussi anglais et américain.
Une famille magnifique qui a partagé sa vie entre la Lorraine et Paris, côtoyé le Gotha.
Un livre qui lève le voile sur une de ces grandes familles d’industriels français et le rôle très important de leurs femmes.
William SHELLER : William (Ed Equateurs – 493 pages))
Voilà une biographie qui sort des sentiers battus, aussi originale que ce chanteur, l’un des plus talentueux de sa génération.
Né à Paris où il a vécu peu d’années enfant, il part aux Etats-Unis avec sa mère où il a vécu sans le savoir à quelques centaines de kilomètres de son vrai père. William porte le nom de sa mère, Desboeuf, qui lui a caché le nom de son père Mc Leod jusqu’à la mort de sa grand-mère. Ce petit blond aux yeux bleus alors, va apprendre que son père est américain. Trop tard pour le rencontrer car, après bien des recherches, lorsqu’il retrouve sa trace, il est décédé mais retrouve sa famille américaine.
Ainsi se partagera-t-il entre ses deux familles et un beau-père pas très recommandable, pas plus que sa mère d’ailleurs, lui ayant fait de la tôle et elle vivant de menus larcins, d’arnaques, de combines pas très honnêtes, allant jusqu’ à voler son fils.
Arrivé dans les années 70, il nous offre une messe pour un mariage «Lux Aeterna» qui le fera connaître alors qu’il est barbu et chevelu ! Il a alors 26 ans… Comme moi puisque nous sommes presque jumeaux. Il est du 9 juillet 46, moi du 17 juin. Parti pour des études classiques, il va découvrir les Beatles qui vont tout changer.
Mais ce ne sont pas les seules surprises qu’il nous offre en nous racontant sa vie d’homme et de musicien, lui que l’on croyait discret, voire secret, puisqu’il nous déballe avec talent et une plume alerte, sa vie d’artiste mais aussi sa vie d’homme plutôt débridée entre la drogue, une vie sexuelle très mouvement. Il aura deux enfants d’une première femme, vivra avec une autre et partagera sa vie entre elle et son homme de cœur et de lit…
Faut suivre !
Sa carrière est tout aussi mouvementée, prenant de nombreux chemins de traverse, se partageant entre rock et pop, musique classique et musique de films, tubes et symphonies, Arrangements et orchestrations qui l’ont fait travailler avec nombre d’artistes, de Françoise Hardy à Marie-Paule Belle en passant par Barbara avec qui il a été longtemps complice et le quatuor infernal, Catherine Lara, Do, la compagne de celle-ci, Peter son compagnon, Patrick Juvet, et Nicoletta venue se raccrocher avec ces quatre mousquetaires avec qui il a vécu une vie mouvementée, sexe, alcool et rock’n roll !
Il cachait bien son jeu le petit blondinet romantique !
De par ses multi-casquettes il remplira les scènes, de Bobino à l’Olympia, de l’Opéra Garnier au théâtre des champs Elysées.
Il écrira nombre de tubes pour lui et les autres dont celui-ci qui a fait le tour du monde «My year is a day» pour le groupe The Irresistibles, que Dalida a chanté en français et en italien.
Allant souvent où le vent le menait, suivant son instinct, ses rencontres, il a mené une carrière cahotante mais très riche et semée de succès et de quelques ratages.
Il nous raconte tout ça un peu à l’emporte-pièce car il est fâché avec les dates. Il traverse ses deux vies truffées d’anecdotes, d’une belle écriture de véritable auteur. On ne s’ennuie pas une seconde, on attend toujours la suite de ses aventures qui sont un vrai roman. Et il nous parle de sa bisexualité comme une évidence, sans tabou. Et a même à ce sujet beaucoup de recul.
Par contre, il a une manie et deux tics : A chacune de ses maisons (et Dieu sait s’il a déménagé !) il nous en décrit le décor dans les moindres détails, comme pour nous les faire visiter. Et ses phrases sont ponctuées de «bisous» et de «Hum», avec des scènes, elles aussi parsemées de dialogues, ce qui en fait un livre vivant, plein d’humour. Sa vie est un roman !
A la fois dilettante et travailleur, passionné et créatif, William est un être à part dans ce milieu de la musique des années 70 jusqu’aux dernières décennies.
Il y a longtemps que je n’avais pas lu une biographie aussi riche et brillante. Sans compter que j’y ai retrouvé une époque où l’on se partageait les mêmes amis : Juvet, Nicoletta, Catherine  Lara et Do sa compagne d’alors, Annie Cordy, Marie-Paule Belle, Claudine Coster et même son attaché de presse, Jean-Pierre Domboy, avec qui j’ai travaillé en tant que journaliste.
De jolis souvenirs d’un métier où, à l’inverse d’aujourd’hui, on savait s’amuser et on ne se prenait pas la tête !
Nancy HUSTON : Arbre de l’oubli. (Ed Actes Sud – 308 pages)
Le roman commence en 2016.
Shayna Rabestein arrive à Ouagadougou. Elle a un petit carnet noir où tout ce qu’elle va écrire le sera en lettres majuscules car, dit l’auteur, des cris se déchainent désormais en elle.
Elle est la fille de Joël Rabestein, juif new-yorkais, professeur d’anthropologie et de Lili Rose Darrington, professeur de littérature dont la famille protestante vivant à Boston, est d’origine irlandaise.
A travers le récit de la vie de ces trois personnages, on va comprendre d’où vient la souffrance de Shayna, enfant de parents présentant eux même de nombreuses fêlures. On l’écoutera dans ces pages écrites en majuscules qui viennent s’intercaler dans les divers chapitres de périodes différentes dans lesquels l’histoire de cette famille se tisse.
On la suivra dans sa quête de ses origines et dans sa douleur face au sort des femmes africaines emmenées en esclavage au-delà de l’Océan Atlantique.
Un roman de facture classique qui se lit agréablement.

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Edna O’BRIEN : James et Nora (Ed Sabine Wespieser – 92 pages)
Suivi d’une postface de Pierre-Emmanuel DAUZAT : Le yiddish de Joyce
Ce petit livre est un hommage d’Edna O’Brien et de Pierre-Emmanuel Dauzat à James Joyce. Ils se sont tous deux attaqué à la traduction d’ »Ulysse » non sans mal, mais avec beaucoup de recherche et de bonheur.
Un être comme James Joyce n’est pas le commun des mortels, il dort peu, écrit dans dix-sept langues plus les quarante qu’il ne connait pas ! D’où la difficulté du traducteur.
Edna O’Brien fait le portrait du couple que James forme avec Nora, une pulpeuse irlandaise de Galway, un couple lié par le sexe, malheureusement éternellement fauché et fuyant pour échapper aux dettes. C’est surtout la personnalité de Joyce qui stupéfie le lecteur car sa perception de la langue est  déroutante, le sens du son et le son du sens  étant à la base de son écriture !
Jean-Pierre Dauzat propose un vers de Finnegans Wake  en six versions différentes, quelle est la bonne ? Il insiste sur la complexité du yiddish, langue formée de toutes les langues tout comme l’écriture de Joyce où chaque mot est créé à neuf.
Petit livre intéressant, difficile à suivre et qui n’incitera certainement pas le lecteur à se lancer dans la lecture de Joyce.
Sébastien VIDAL : Ça restera comme une lumière. (Ed : Le mot et le reste – 318 pages)
Beau roman d’hommes, de force et de puissance.
Dès le début, la couverture nous plonge dans un cratère étincelant ou peut être dans le cratère d’un volcan. Le héros, militaire au Mali rentre au pays après avoir repris la vie active, ayant perdu un œil au combat, un ami de cœur et beaucoup d’illusions.
Traversant le Morvan de nuit en voiture, il heurte un chevreuil et se retrouve dans le fossé avec  sa voiture hors d’usage et ne sachant que faire. Advienne que pourra il avance dans la nuit guidé par une lueur. Auprès de cette lumière il va trouver un homme solitaire, forgeron de son métier, meurtri lui aussi par la vie et qu’il va apprivoiser, estimer pour son art du feu et sa détresse, dont il va partager la vie jusqu’à nouer des liens très forts en vivant le drame qu’il traverse. Ce qui va le plonger dans des aventures extraordinaires qui vont le sortir de son marasme et de sa solitude .
Il redonnera un sens à sa vie  en découvrant à la fois l’art du feu et du fer et l’amour.
Bon roman très âpre, très fort,  qui nous entraine dans monde de bassesse et de haine mais qui nous donne aussi la recette du bonheur

 




Yves LAMBERT : Pour l’amour du cirque et de son père

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Il était une fois un petit garçon de quatre ans, prénommé Yves, dont le père était passionné de cirque. De cirques, devrais-je dire car il partait avec son fils, un peu partout où s’installait un cirque. Et le petit Yves suivait avec joie ce père vagabond qui lui faisait découvrir des merveilles.
C’est ainsi que des noms comme Bouglione, Jean Richard, Pinder, Rancy, Amar, Gruss et bien d’autres faisaient partie de la magie de son quotidien.
Hélas, à onze ans, le rêve s’effondre avec la disparition de ce père original, lui laissant dans une malle un trésor d’affiches, de programmes, de diapositives et jusqu’à deux maquettes qu’il avait réalisées.
Cette malle, était restée dans un coin de la maison. Durant le Covid et tournant en rond, Yves Lambert l’ouvre enfin et redécouvre tout un pan de son enfance qui remonte à la surface.
Yves est aujourd’hui journaliste et animateur de radio et il décide de dédier un blog sur Internet à ce père regretté.

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Il se trouve qu’au milieu de ce trésor, il découvre trois cassettes audio que son père a enregistrées en allant voir le cirque Jean Richard. Il se pose alors la question : «Que deviendra tout ça lorsque je disparaîtrai ?» Et là, lui vient l’idée de réaliser une émission puis de faire un livre. Pour cela il va restaurer les deux cirques construits par son père, développer les diapos qu’il a réalisées tout au long de ses pérégrinations…  Mais un album photo, qui cela peut-il intéresser ? Sans compter les «anti» qui aujourd’hui veulent écarter tous les animaux des cirques !
Alors, il commence à rechercher des témoins de cette époque et le premier contact qu’il retrouve est Jean Arnaud qui fut commercial au cirque Pinder durant trente ans. Ce sera sa première interview. Grâce à lui, il prend contact avec Carmino d’Angelo qui fut le chef de l’orchestre du même cirque. De fil en anguille, de contact en contact, il rencontre ainsi directeurs de cirques, dresseurs, techniciens, caissières, comptables, artistes de tous bords et même le Monsieur Loyal du cirque Amar, Stephan Gistau.

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oite Alexis Gruss au cirque Jean Richard (1975) –
Achille Zavatta au cirque Pinder-Jean Richard (1974
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C’est ainsi qu’il collecte un grand nombre de témoignages et qu’avec tout ça, il est prêt à écrire ce livre en hommage à la fois au cirque et à son père.
Et le voilà, ce livre, intitulé «En toute circonscience» (Ed Domino), qui sortira le 18 avril, livre qui permettra à toutes générations confondues, de connaître ou de revivre ce que furent ces années magnifiques de cet art à la fois difficile et superbe. Ce temps où les cirques faisaient florès et attiraient des foules innombrables. Il nous entraîne aussi dans les coulisses qui sont le cœur battant d’un cirque, là où tout se joue, tout se prépare.
Mais cela ne s’arrête pas là car, s’il évoque le côté magique et romantique, il parle aussi de côté philosophique, sans compter qu’il raconte aussi l’histoire de son enfance qu’il a retrouvée en ouvrant cette malle, sorte de boîte de Pandore.
Il veut aussi sensibiliser les gens qui pensent que dans un cirque, les animaux sont maltraités, ce qui est loin d’être le cas.
«Avant de juger, il faut connaître, il faut comprendre» me dit-il.
Pour cela, il contacte Jean Arnaud avec qui les échanges commencent, qui va le faire entrer dans le monde circassien. Puis, par l’intermédiaire de Dominique Bragard, auteure du livre « Le cirque et Monsieur Loyal Stephan Gistau », il rencontre Jacques Bruyas, auteur, président des écrivains de la région Rhône-Alpes/Auvergne et défenseur des arts du cirque, qui lui raconte sa passion des animaux.

Microsoft Word - COMUNIQUE PRESS - En toute Cirsconcience - 2021 3

Stéphane Gistau, qui fut un grand Monsieur Loyal, explique les rituels du cirque, les symboliques de cet art en fait peu connus en dehors des spectacles.
C’est un livre-album magnifique illustré de 250 clichés inédits, signés de son père pour la plupart, ce père qui est en fait le fil rouge de cette histoire émaillée de souvenirs d’enfance et de nombreux témoignages de ceux qui ont  contribué à faire du cirque un art total et unique.
Les anciens y retrouveront aussi des tas de souvenirs où, inconfortablement assis sur des planches, ils découvraient la folie des clowns, la force et l’élégance des circassiens, le courage des dresseurs d’animaux, la folie de cette musique reconnaissable entre toutes et le panache de Monsieur Loyal.
Le 18 avril, on fêtera le centenaire de Jean Richard et le 26 juin, sera inaugurée l’école communale de la forêt qui portera son nom à Ermenonville dans l’Oise où celui-ci avait créé un parc plein d’animaux. Évidemment qu’Yves ne manquera pas cet événement !

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En attendant, plongez-vous dans l’histoire du cirque avec ce petit garçon de quatre ans qui découvrait avec émerveillement, grâce à son père, un des arts les plus difficiles et les plus populaires du monde.

Jacques Brachet

 





NOTES de LECTURES

trompette thibert

Laura Trompette : La révérence  de l’éléphant (Ed.Charleston- 374 pages)
Marguerite, 93 ans vit dans un Ehpad, à Cannes,elle est atteinte d’un cancer. On y vit avec elle quelques jours parmi les jalousies et les disputes entre les personnes âgées des deux sexes, souvent pour des futilités.
Roxanne, ancienne joueuse de poker, vient s’occuper d’eux pour les distraire de façon originale et intéressante, par exemple, elle propose à chacun de réaliser son rêve! Très vite, elle se lie d’amitié avec Marguerite dont le rêve est de choisir l’heure de sa mort et de finir sa vie chez son petit-fils Emmanuel, photographe animalier qui vit seul… en Tanzanie! il lutte aussi pour que les éléphants soient protégés des braconniers qui les chassent et les tuent  pour vendre leurs défenses et aussi pour leur conserver leur territoire de vie. Beaucoup de problèmes à résoudre,
Marguerite, très malade réussira t elle à faire un si long voyage ?
Tous les ingrédients sont réuni , l’aventure, l’amour, la mort.
Beau roman d’une jeune fille du siècle passé revisité par le Covid.
Plume fraîche et légère qui adoucit la tristesse du sujet et l’espoir de bonheur
Colin THIBERT : Mon frère, ce zéro (Ed Héloïse d’Ormesson – 236 pages)
Après « Torrentius » publié en 2019, Colin Thibert nous livre en ce début 2021 un roman tout à fait différent mais tout aussi réussi.
Un trio de gars, un peu paumés, rêvant de devenir pleins aux as, pense avoir trouvé un plan parfait, sans armes, sans violence, sans tunnel à creuser. Il suffit d’enlever Jullien, débile léger, pensionnaire dans une maison de santé où travaille l’un d’eux. C’est le jumeau du milliardaire Thibault Dastry, grand patron du CAC 40. Il leur parait aisé d’emmener cet homme inoffensif en Suisse en le faisant passer pour son frère et de lui faire effectuer des virements de plusieurs millions à leur profit.
Évidemment rien ne va se passer comme ils l’avaient imaginé.
C’est une farce désopilante que nous livre l’auteur. On rit, on ne s’ennuie pas un instant. Les dialogues, souvent loufoques, sont enlevés. De multiples personnages agrémentent et pimentent les péripéties de ces bras cassés.
Une lecture divertissante qui fait du bien en cette période morose.

boissard delfino

Janine BOISARD : Roses de sang, roses d’Ouessant (Ed Fayard – 187 pages)
C’est toujours un événement que la sortie d’un roman de Janine Boissard.
Elle sait, comme personne, analyser l’âme humaine et, à l’instar d’un film de Boisset, elle nous plonge dans des ambiances intimes et familiales.
Mais voilà qu’elle nous surprend avec ce nouveau roman, qui est à la fois une histoire d’amour et un thriller !
Ado, Astrid était une fille «unique en son genre», dixit son grand-père aujourd’hui disparu. Unique, pour elle, était synonyme de seule, de solitaire, avec un père absent et une mère qui l’ignore et la rabaisse.
Son père et son grand père disparus, elle passe le plus clair de son temps sur l’île d’Ouessant, dans la maison dont elle a hérité de ce dernier. Elle est devenue illustratrice de livres pour enfants et travaille avec son amie Morgane.
Là, elle retrouve Erwan, que tous considèrent comme le seigneur de l’île et dont elle est secrètement amoureuse depuis ses 17 ans. A 23 ans elle le retrouve et se rend compte que son amour est partagé.
Mais il est marié à une femme instable, malade qui vient de disparaître et que la police recherche.
A partir de là, la romance vire au thriller : Qui est vraiment Erwan ? Quel secret cache-t-il ? Et Marthe, sa gouvernante, que mijote-t-elle ? Et tout se complique avec l’arrivée d’Erik, l’ex d’Astrid qui revient à la charge.
On se croirait, pense-t-elle dans le roman de Daphné du Maurier «Rebecca».
Comment tout cela va-t-il se terminer ?
Vous le saurez en lisant ce roman palpitant dans lequel nous entraîne Janine Brossard, qui s’amuse à nous perdre dans des méandres mais, peu à peu, rassemble les pièces du puzzle. Un roman qu’on ne peut lâcher dès les premières pages.
Un grand moment de lecture.
Jean-Paul DELFINO : L’homme qui marche (Ed Héloïse d’Ormesson – 269 pages)
C’est toujours avec bonheur que sort un roman de Jean-Paul Delfino et le dernier paru  «L’homme qui marche» n’est pas décevant, bien au contraire !
L’auteur nous fait à nouveau parcourir les rues de Paris, surtout le sixième arrondissement  mais bientôt tous les quartiers seront explorés grâce à ce cher Théophraste Santiero atteint d’un étrange syndrome qui déclenche le trépignement des pieds et l’oblige à marcher.
La rencontre géniale de Théo avec le patriarche Anselme Guilledoux, canne blanche mais pas tout à fait aveugle, dans le jardin du Luxembourg est un morceau d’anthologie. Il déclenche néanmoins tout le déroulement de l’histoire que le lecteur aura tout le loisir de découvrir.
C’est l’occasion pour l’auteur de nous faire partager son amour des livres et de leurs auteurs, mais aussi sa bienveillance un brin gouailleuse envers une kyrielle de personnages bien trempés, typiquement parisiens comme la Mère Tapedur, les orphelins du Gay-Lu dernier bar à l’ancienne où se retrouvaient Cothurne, Gégène, la Guigne, Séfanaze, la grande Gisèle, notre marcheur Théo, mis aussi le mendiant cul-de-jatte et l’Anglaise peintre de la délicate rose des sables.
Il y a aussi et surtout cette part d’humour et de rêve déjà apprécié dans un précédent roman «Les pêcheurs d’étoiles», et la délicate éducation de Théo qui finira par comprendre la puissance des mots qu’Anselme lui révèle en disant «Dieu lui-même ne s’y est pas trompé, la première phrase de la Bible dit «Au commencement était le Verbe»
A lire pour le plaisir et surtout à faire partager. Un régal.

Calmel vuong

Mireille CALMEL : La louve cathare – Tome 1 (Ed XO – 391p)
Ce roman nous fait remonter le temps. Nous sommes à Paris sur l’île de la Cité en novembre 1226. Dans le quartier du port Saint- Landry vit Griffonnelle, audacieuse jeune fille de 16 ans, qui dérobe les bourses des messieurs argentés, avec l’aide de son ami le nain Triboulet. Elle complète ainsi les revenus de sa mère, Mahaut, qui vit de ses charmes dans le bordel tenu par la maquerelle Gaia. Mais un homme balafré vient menacer Mahaut en lui réclamant une carte et la tue férocement. Commence alors une dangereuse quête de la vérité sur les origines de Mahaut et les causes de ce crime.
Dès le prologue, l’auteur nous a mis sur la piste en mettant en scène une femme nommée Na Loba tuant un homme dans une mine d’or de la Montagne Noire, justifiant le titre de son ouvrage. Le balafré c’est Amaury de Montfort, fils de Simon de Montfort qui fit de nombreuses exactions en poursuivant les cathares.
Complot, assassinat, tentative d’empoisonnement, trahison, amours impossibles : tous les ressorts du roman de cape et d’épée sont utilisés avec efficacité par l’auteur. Mais c’est beaucoup dire que d’affirmer qu’il s’agit là d’un roman historique, même si la vie au XIIIème siècle est bien décrite, et si les personnages de l’époque dont notamment Blanche de Castille sont assez bien vus.
Le lecteur qui se sera laissé séduire par ce récit en partie imaginaire puisque inspiré d’une légende et par les péripéties pleines de suspense de Griffonnelle aura hâte de se procurer le deuxième tome de cette histoire.
Ocean VUONG : Un bref instant de splendeur (Ed Gallimard – 290 pages)
Traduit de l’américain par Marguerite Capelle
Un fils écrit à sa mère une longue, une très longue lettre qu’elle ne lira jamais. Ce fils a été élevé par sa mère et sa grand-mère, des femmes vietnamiennes martyrisées, violentées pendant la guerre. Lui ne connait pas le Vietnam mais il vit les traumatismes passés selon les sautes d’humeur, les terreurs, les violences de sa mère, la table devient son refuge car il peut s’y cacher et se protéger des prochaines salves. Son nom, Little Dog (petit chien), donné par la grand-mère, le préservera des esprits malins.
Car comment survivre à tout ce passé où sans salaire ni sécurité sociale, le corps étant le seul matériau avec lequel et à partir duquel travailler ?
Et c’est par le travail dans une plantation de tabac que Little Dog à quinze ans, respirera la liberté, découvrira la vérité sur son corps, un corps attiré par celui de Trevor, un corps qui lui révèlera son homosexualité mais surtout une grande et véritable histoire d’amour.
Cette lettre révèle les violences mais aussi la beauté à préserver et à chérir pour échapper aux coups, une beauté retrouvée dans le vol des monarques, magnifiques papillons, dans l’instantanéité d’un saut de chevreuil. C’est la lettre des «je me souviens», des souvenirs poignants de sincérité, de vulnérabilité, de sensibilité.
L’auteur est vietnamien, américain, homosexuel, il a pour seul trésor  «ce bref instant de splendeur, cet instant qu’il nous est donné de voir, un instant qui n’existe qu’à l’orée de sa disparition»
Un premier livre qui percute le lecteur par les violences subies, écrit avec subtilité, poésie et beaucoup de douceur.

beatles jablonka

Philippe BROSSAT : «Londres & Liverpool avec les Beatles»
(Ed Le mot et le reste – 281 pages)

Nos quatre garçons dans le vent, on le sait tous, nous viennent de Liverpool. Purs anglais, ils y sont nés et ont toujours vécu en Angleterre entre leur ville natale et Londres.
Un Londres d’où, dans les 60, partait toutes les modes, qu’elles soient artistiques, musicales, vestimentaires, devançaient les Etats-Unis qui restaient à la traîne.
D’abord inconnus puis devenues des stars mondiales. Ils ont toujours travaillé et vécu dans leur pays, même si, une fois stars, ils ont traversé le monde.
Mais Londres et Liverpool ont été marqués par leur vie et à chaque coin de rue, on les retrouve, des fameux studios d’Abbey Road à ce passage pour piétons face aux studios, qu’ils traversèrent pieds nus et qui est devenu un lieu cultissime où chacun s’y fait photographier.
Philippe Brossart a décidé de nous faire serpenter les rues, ruelles, avenues, places, «roads and streets », où les Beatles sont passés et ont laissé une empreinte, de la boutique Apple, qu’ils avaient créée à Baker street à toutes les maisons où ils ont vécu, du musée Tussauds où ils sont figés dans la cire au quartier de Mayfair où tous les people se retrouvaient, de Saville road où ils s’habillaient aux bureaux d’Apple, leur maison de production, du premier Hard Road Café à Old Park Lane, où l’on retrouve exposé des vêtements et des objets leur ayant appartenu, Chelsea, Soho, Carnaby Street…
Philippe Brossat nous plonge dans le monde des Beatles avec ce livre, à la fois guide touristique et véritable encyclopédie car, à chaque lieu qu’il nous fait visiter, y sont accompagnées une histoire, une anecdote.
C’est un fourmillement d’adresses, de lieux qui nous mènent de Covent Garden à Westminster jusqu’à Buckingham Palace, qui nous font entrer dans les appartements où ils ont vécus ensemble, seuls ou avec femmes ou compagnes, découvrir nos Fab Four statufiés à Waterfront, à Liverpool.
Nous nous baladons ainsi de quartier en quartier d’une ville à l’autre, à travers la vie des Beatles, nous passons d’une époque à l’autre sans chronologie mais le voyage est passionnant, le travail impressionnant.
Si vous partez là-bas emportez ce livre-guide et vous découvrirez comment vivaient Paul, George,  John et Ringo entre deux villes qu’ils n’ont en fait jamais quittées.
Ivan JABLONKA : Un garçon comme vous et moi (Ed Seuil – 294pages)
Par cette affirmation l’auteur nous livre ce long travail de recherches et de précision dont il est coutumier pour nous faire partager son cheminement vers l’état de garçon, d’homme qu’il est devenu ; C’est l’historique de sa recherche que nous traversons depuis sa naissance dans une famille intellectuelle juive désirant un enfant parfait. Partant de son journal d’enfance tenu par sa famille il évoque avec minutie son passage à l’école maternelle avec ses dessins puis primaire, l’adolescence studieuse, l’armée, le mariage. Tout y est. Passages minutieux et attendrissants quand on a un fils de son âge et que son parcours fait appel à notre vécu.
Il évoque aussi ses difficultés après les affrontements avec son père dont il est sorti souvent meurtri au point de faire une analyse après avoir frôlé le suicide.
On en retire une impression forte de réussite même avec ses failles et surtout  le fait qu’il réfute une masculinité flamboyante du mec, du macho mais plutôt d’un genre masculin féminin réconcilié.
L’écriture en phrases courtes et sèches modère un peu l’effet narcissique du ressenti, de sa vie certes bien remplie et bien réussie .

NICOLETTA – Hervé VILARD… Ils chantent, ils écrivent

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J’ai rencontré Nicoletta et Hervé Vilard le même jour, je l’ai souvent raconté.
Hervé faisait partie des trois mousquetaires révélations de l’année avec Michèle Torr et Christophe, partis en tournée d’été. Nous étions en 65.
Et puis, dans les coulisses, il y avait une jeune femme joyeuse et heureuse d’être là. Elle était habilleuse d’Hervé et se nommait Nicole Grisoni.
Dès ce moment, nous avons beaucoup ri ensemble sans savoir que quelques mois après, Nicole Grisoni deviendrait Nicoletta.
Hormis avec Christophe qui était toujours un peu à l’écart je suis, dès cette tournée, devenu ami avec les trois autres.
Nous avions le même âge, nous débutions tous (moi, dans le journalisme) et de cette tournée, nous ne nous sommes jamais perdus de vue, malgré le succès de chacun. A cette époque, les artistes ne se considéraient pas comme des stars, étaient abordables et tellement heureux de ce qui leur arrivait.
J’ai donc suivi leurs péripéties, leur succès, leurs tournées, leurs galas, leurs galères et je ne compte plus le nombre d’articles que j’ai pu faire d’eux.
Les décennies ont passé, avec elles leur carrière s’est prolongée jusqu’à ce jour où, hormis Hervé qui a décidé d’arrêter de chanter, les deux chanteuses continuent leur carrière avec des fans fidèles depuis les premiers jours.

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Chacun a déjà écrit sa biographie mais aujourd’hui, hasard des parutions, Hervé et Nicoletta sortent un livre.
Hervé VILARD : «J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant ».
Hervé en est à son troisième livre, le premier, «L’âme seule», sorti en 2006, le second, «Le bal des papillon», sorti un an après.
Chacun a fait un tel carton qu’aujourd’hui ils sont entrés dans les écoles !
Depuis longtemps il était déjà sur le troisième mais entretemps il y a eu les tournées «Âge Tendre» auxquelles il a fini par participer après avoir refusé longtemps. Mais son amie Michèle Torr a fini par le faire capituler.
Et puis, un peu lassé par le métier, il a décidé de faire ses adieux à la scène en nous offrant un ultime Olympia en 2018.
Et il termine enfin, loin de la foule déchaînée, le troisième volet de ses mémoires : «Du lierre dans les arbres» (Ed Fayard)
C’est un livre triste et nostalgique. Celle d’un homme au crépuscule de sa vie, qui a laissé derrière lui un métier qu’il a adoré mais ne lui convient plus et qui s’enferme dans la solitude du presbytère de son enfance dans le Berry qu’il achète mais dans lequel il se retrouve seul avec son chien, les habitants du village étant méfiants vis-à-vis de «la vedette» qui revient et ne trouvant de la tendresse qu’avec la vieille Simone qu’il va aimer jusqu’à sa mort.
Ce livre est une errance d’un homme désabusé, mal dans sa peau, mal dans sa vie, qui fréquente un monde hétéroclite du show biz à la haute bourgeoisie, des voyous aux personnes de passage, ramenées chez lui les soirs de beuverie. Sexe, drogue, alcool…
Le livre démarre en Amérique Latine où il s’est exilé. Il va y perdre sa compagne et l’enfant qu’ils attendaient dans un accident. Du coup, il revient à Paris retrouver un métier qui l’a oublié mais il va y revenir en force en rencontrant Toto Cotugno qui lui offrira de grands succès : «Méditerranéenne», «Nous», «Reviens», «Venise pour l’éternité»…
Il retrouvera le village de son enfance dans ce presbytère qu’i rachète et rénove, où l’abbé Angrand l’a élevé et a été sa famille de substitution. Mais là encore, il ne se sent pas à sa place, les habitants le boudent, les fans le harcèlent… Il y a Simone et son chien qui le retiennent à un semblant de bonheur.
Et puis il y a des morts autour de lui : sa mère, Blanche, qu’il a retrouvée,
Dalida, Marguerite Duras, des amis très chers, puis Son chien, Simone… «La mort m’agrippe par les cheveux» écrit-il. Il n’a plus rien à faire en ce lieu qu’il revendra.
L’écriture est toujours magnifique, même si le livre est un peu décousu,  e surtoutt très sombre, à l’image de sa vie. Il laisse errer ses pensées qui ne sont pas des plus gaies et l’on sent un homme profondément triste, marqué par son enfance, solitaire, qui n’aura eu en fait de bonheur que sur scène. «Sur scène je me livre, à défaut de me révéler» écrit-il encore.
J’ai souvent rencontré Hervé et l’on avait eu l’occasion de parler de ses deux premiers livres qui avaient eu le succès que l’on connaît et qui lui avaient donné des moments de grand bonheur.

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Hervé, te voilà donc devenu écrivain ?
« C’est un bien grand mot par rapport aux grands écrivains qui existent. Disons que je suis un chanteur qui écrit. Ce virus de l’écriture, tu sais, il y a longtemps que je l’ai puisque, si j’ai pu écrire ce livre, c’est grâce à tous ces cahiers que je n’ai jamais cessé de remplir depuis mon plus jeune âge. Et ça m’a bien servi pour remettre les événements dans leur contexte et avec les dates certifiées Mais j’ai mis du temps à sauter le pas en me posant beaucoup de questions.
Lesquelles ?
D’abord, il me fallait les années, la maturité car écrire sa vie, il faut l’avoir vécue, c’est quelque chose de très singulier et des livres de chanteurs, il y en a des tonnes et tous ne sont souvent qu’anecdotiques avec quelques photos souvenirs au milieu.
Tant qu’à faire quelque chose, je voulais que ce soit parfait et je ne voulais pas « que » raconter ma vie. Je voulais qu’il y ait du ressenti, qu’à la limite, ceux qui ne connaissent pas Hervé Vilard puissent le lire comme un roman. Bien sûr, c’est ma propre histoire mais encore faut-il en faire quelque chose de bien, que ce ne soit pas écrit dans la douleur, que ce ne soit pas larmoyant.
Il fallait donc un temps d’assimilation et puis d’écriture, de réécriture car je suis perfectionniste… il y a quelques métaphores dont je suis content !
J’avoue que j’ai adoré ça.
A tel point que voilà ton troisième ! Comment travailles-tu ?
Je travaille et retravaille dès l’aube, en regardant par la fenêtre. C’est un très bel exercice, un travail sur soi et je prends le recul nécessaire pour écrire et relire mes carnets…
C’est quoi, ces carnets ?
J’ai pris des notes durant toutes mes tournées, mes voyages, dès le départ de  ma carrière. C’était pour passer le temps et puis, je pensais sincèrement que cette période serait éphémère, que je n’en ferais pas vraiment un métier parce que le succès était arrivé trop vite. A force, c’est devenu quelque chose d’habituel, de nécessaire. Et j’ai toujours continué !
Dans ce second volet, il était surtout question de ce succès autour de « Capri c’est fini » et de tes premières tournées… Nicoletta, Michèle Torr, Dalida, tes amies et… Claude François qui en prenait un coup !
Je voulais montrer les deux côtés de ce métier. Faire un parallèle, par exemple, entre Claude et Dalida, liés par les mêmes déracinements, les mêmes problèmes, heurs et malheurs mais dont le comportement était diamétralement opposé. Entre l’idole inhumaine et la femme de cœur. Entre la revanche et la passion du métier et au milieu, le public que l’un bafouait et l’autre adorait. Dalida était une personne humaine, sensible, qui s’intéressait aux gens, qui donnait une chance aux chanteurs comme moi, Mike Brant, Jean-Luc Lahaye. Claude avait un côté inhumain, il traitait  les gens avec qui il travaillait comme des esclaves, il ne supportait pas le succès d’autres chanteurs qu’il voyait toujours comme des ennemis. En fait, il ne pensait qu’à lui. Pour Nicoletta et Michèle, c’est la jeunesse qui nous a réunis et puis la tendresse qu’on se porte toujours.
Aujourd’hui tu as pris du recul avec le métier de chanteur. Comment le vois-tu ?

Comme on le voit tous. Sans humanité. La passion, l’amour du métier ont laissé la place au marketing. On lance une chanson, un artiste, on l’appelle d’ailleurs « produit », ce qui est significatif… Et après, il ne reste plus grand chose.
Les jeunes d’aujourd’hui, pour certains du moins, ont le même désir, les mêmes espoirs que j’avais. Mais moi je me sentais épaulé, j’avais autour de moi des gens qui me considéraient, qui m’aimaient, qui m’aidaient. Alors qu’aujourd’hui on les lâche dès que ça marche moins.
On vit une époque où tout est cloisonné. A la nôtre il n’y avait pas cette ségrégation !
Je me souviens d’une rencontre avec Brassens qui me chantait  «Capri» avec joie, de Brel lorsque j’ai chanté en première partie de son spectacle, qui était là avec son corps, ses yeux… Nous étions à Rio, il y avait 40.000 personnes et je chantais pour Brel. Il m’écoutait avec sa force, sa vérité. Ferré qui était un ange avec Nicoletta… Pour ceux-là, j’ai essayé de m’appliquer toute ma vie
Mais aujourd’hui, tout ça est en moi, avec moi et lorsque j’ai fait mon 13ème Olympia il y avait toutes ces mères qui me portaient et pour certaines… je pourrais être leur père !
Et puis je suis parti à Toronto, Chicago, New- York… J’ai quand même cinq Carnegie Hall à mon actif !… Pas mal non, après tout ce qu’on a pu dire sur moi !… Tant qu’il y aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire.
Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde»
Ce plus beau métier du monde, il l’a aujourd’hui occulté pour écrire et vivre sa vie d’homme laissant sa vie d’artiste derrière lui. Et devenir écrivain, même s’il préfère dire qu’il est un «chanteur qui écrit»
«Pour toi, qu’est-ce que ça représente, un livre ?
C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur.
Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié.
Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet…
Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels.
Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions.
Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ?
Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur.
J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « .
Un enfant blessé qui se prénommait René. Et ce René-là l’a suivi toute sa vie.

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NICOLETTA, cinquante ans de passion
Du jour où nous nous sommes rencontrés, j’ai suivi de près la carrière de Nicoletta. Carrière qui alla crescendo avec nombre de succès qui sont encore dans toutes les mémoires, de «La musique», reprise pour le générique de la Star Academy, à «Il est mort le soleil» dont son ami Ray Charles a fait une version américaine en passant par «Fio Maravilha» que lui a offert Jorge Ben «Mamy Blue» que Joe Starr a repris en duo avec elle, «Jeff» que Delon lui a demandé pour le générique du film éponyme, «Les volets clos» générique du film de Brialy que celui-ci lui a proposé, «Esmeralda» dont elle joua le rôle-titre de la comédie musicale de William Sheller… Par contre,  à cause de sa maison de disques, elle a raté le rôle de Dulcinée auprès de Jacques Brel, qui lui avait proposé le rôle de sa comédie musicale «L’homme de la Mancha»…
A ses débuts, elle fit la première partie d’Adamo, de Johnny, d’Eddy Mitchell, on ne compte pas les belles rencontres qu’elle fit, de Jimmy Hendrix à Charles Aznavour car sa voix s’adaptait à tous les genres, de la chanson traditionnelle au rock, au jazz, en passant par le gospel qui fut son premier amour et la décida à devenir chanteuse.
Depuis pas mal de temps déjà, elle continue à chanter le gospel dans les églises.
Au départ pourtant, elle était plutôt destinée aux arts plastiques car elle a un coup de crayon formidable. J’ai d’ailleurs un dessin qu’elle m’a offert.
C’est grâce à Hervé Vilard, avec qui elle partagea les mêmes galères qui la fit entrer dans la musique. Lui débutait, elle, n’allait pas tarder à le rejoindre. En attendant, elle fit plein de petits métiers, essentiellement dans des boîtes de nuit où elle pouvait pousser la voix, à tel point qu’enfin, Léo Missir, bras droit de Barclay, la découvrit.
Elle avait déjà raconté son enfance malmenée dans son livre «La maison d’en face». Petite fille savoyarde née d’un viol, sa mère étant déficiente mentale, elle avait rencontré son père par hasard, alors qu’il vivait en face de chez sa grand-mère qui l’élevait et qu’il ne voulut jamais connaître. Le seul mot qu’elle eut de lui, lorsqu’elle osa lui dire qu’elle était sa fille fut : «Et merde» !
C’est donc une belle revanche sur la vie que cette carrière magnifique qu’elle poursuit aujourd’hui. Entourée de son second mari, Jean-Christophe Molinier et de son fils Alexandre, issu de son premier mariage avec un bijoutier suisse, Patrick Chapuis. Hasard amusant, son prof de chant s’appelait le père Molinier et son prof de dessin se nommait Patrick Chapuis !
Dans ce magnifique album «Nicoletta, soul sister» (Ed Cherche-Midi), elle revient sur tous ces événements de sa vie de femme et d’artiste et c’est tout au long de ces pages qu’on remonte le temps jusqu’à aujourd’hui avec une magnifique iconographie, très souvent inédite où, de page en page, la brune Nicole Grisoni est devenue la blonde Nicoletta à la voix ample, puissante, «la seule chanteuse blanche à la voix noire» disait son ami Ray Charles !
Je me souviens d’un soir d’été où j’étais en vacances et elle en concert, dans sa Savoie natale. Après le concert où l’orage menaçait, il éclata alors qu’on était tous les deux dans la caravane. Durant une heure elle me parla de son enfance, racontant mille anecdotes marrantes même si ce ne fut pas toujours tout rose pour elle.

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D’où lui venait cette énergie ? Elle me l’expliqua :
 » La force de vaincre et d’avancer, oui, sûrement. Le talent, je crois qu’on l’a en soi et qu’il faut le cultiver mais ce n’est pas parce qu’on a été malheureux dans sa jeunesse que ça donne du talent. Il y a partout des gens qui ont du talent mais il est une chose certaine c’est que lorsque tu es dans la merde tu n’as que deux solutions : ou tu te suicides ou tu décuples tes forces pour t’en sortir, ce que j’ai fait. J’ai d’ailleurs fait les deux ! Il est évident qu’un mec qui vit dans une famille aisée, sans problème et à qui tout qui tombe tout cru dans la bouche, sera moins aguerri, plus ramolli et n’aura pas cette volonté farouche de sortir du trou. Après, ça dépend aussi de ton caractère.
Mon enfance, elle est en moi, dans mon cœur, dans ma tête. Elle ne m’a jamais quittée.
Et puis j’ai eu la chance que ça marche pour moi.
Et ça a été une période drôle et folle.
C’était la belle époque des grandes tournées !
Oui, on partait pour deux, trois mois, j’ai fait les premières parties d’Adamo, Eddy, Johnny, on s’amusait beaucoup, on était heureux de chanter. Rappelle-toi comme c’était joyeux ! Les tournées c’était quelque chose, pas comme aujourd’hui où tout le monde est coincé et se prend au sérieux.
Nous, nous faisions bien notre métier mais nous gardions du temps pour nous amuser et j’ai beaucoup de peine en pensant à C Jérôme, à Carlos, à Johnny, car on en a fait des rigolades ensemble…
Ce sont de sacrés beaux souvenirs. Aujourd’hui, le métier a beaucoup changé…Seul reste le public, fidèle et grâce à qui aujourd’hui, à plus de 50 ans de carrière, je suis toujours là. Mais c’est parce que j’ai toujours été près de lui et c’est la leçon que m’a apprise Adamo : toujours respecter le public.
Je suis rarement partie d’un spectacle sans saluer les fans, signer photos et disques… comme ne le font plus « les jeunes stars » d’aujourd’hui. Rencontrer les gens qui t’aiment et grâce à qui tu peux continuer de faire ce métier, c’est la moindre des choses, non ? Et en plus, ça me plait.
Alors, je ne fais pas de Zéniths, je fais des petites salles, des grandes salles, des salles moyennes, des églises et je suis heureuse !
Je suis devenue productrice, c’est la condition sine qua non pour continuer et pour pouvoir être maître de tout, même si les majors voient ça d’un mauvais œil et nous mettent les bâtons dans les roues car il y a de plus en plus de chanteurs qui le font !
Les radios, les télés, ne font plus beaucoup appel à nous sauf pour chanter nos sempiternels succès.
Mais aujourd’hui c’est comme ça, il faut s’y faire et prendre le bon lorsqu’il vient”.
Et c’est ce qu’elle fait

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C’était le temps des folles tournées !!!

Jacques Brachet