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Les coulisses de ma mémoire
Catherine LARA : La vie, l’humour, l’amour

Lara, je l’ai connue grâce à Denise Glaser qui était une admirable animatrice d’une émission très courue : « Discorama ». Par ses regards et ses silences, elle arrivait à faire dire des choses aux artistes qu’ils n’auraient jamais pensé dire.
Nous avions des rapports amicaux et nous retrouvions toujours avec plaisir lors d’événements musicaux comme le MIDEM ou la Rose d’Or d’Antibes. Et c’est à Antibes qu’elle m’a confié le premier album de Catherine en me disant : «Ça vous plaira, j’en suis sûre»
Du jour où elle m’a offert son premier album, je suis devenu fan. Lorsque je l’ai écouté, avec cette voix mélodieuse, qui ressemblait alors au violon qu’elle jouait depuis plus de vingt ans, j’ai adoré ce qu’elle faisait.
De ce jour, j’ai suivi cette artiste qui faisait des disques sans faire de tournées et très peu de galas. Les disques se succédaient, toujours beaux, toujours originaux mais il y manquait quelque chose qui faisait que ça ne prenait pas avec le public. Les mélodies étaient aussi belles que la voix mais on ne mettait pas un physique sur ce nom qui pourtant était signe de qualité. Il faut dire que son style n’était pas encore très affirmé. Elle apparaissait brune, une raie sur un brushing très sage, puis toute frisée, très baba cool, avec robe longue, puis les cheveux gominés et la poitrine à l’air, puis dans un flou artistique signé David Hamilton, avant de devenir enfin ce qu’elle était : une fille décontractée et sans tabous, avec sa démarche en canard, avec une coiffure en pétard. Avant ces  » reconversions physiques  » qu’elle a gardées depuis, elle eut enfin son premier tube : « Johan ».

première rencontre
Première tournée

J’ai fait sa connaissance sur ce succès-là et dans les pires conditions. Elle était la vedette d’un concert du Parti Socialiste, dans une pinède varoise soufflée par le vent, envahie de voix de mentors criant leurs convictions politiques, dans le vent, un nuage de sable et de poussière, devant chanter après quelques homériques discours, dans les odeurs de transpirations, de beignets, de frites et de merguez. Tout était réuni pour faire de ce concert un moment d’intimité, un après-midi… magique !!!
Elle qui avait été bercée par le violon classique, avait créé un quatuor, était loin de cette nuit magique qu’elle allait nous offrir plus tard. A noter qu’elle a obtenu son premier prix de violon à l’âge de 5 ans, suivi d’un autre à 13 ans, d’un troisième en 65 puis d’un premier prix de musique de chambre en 66, enfin faisant les premières parties de Jean Ferrat et Claude Nougaro avec le Quatuor Lara dans les années 70… Je la retrouve donc sur une table branlante, pour un repas avec quelques olibrius » qui, à l’heure qu’il est, ont les idées encore plus teintées du vin qu’ils viennent d’ingurgiter et, comme je fais « un son », c’est à dire une interview enregistrée, j’aurai sa voix mélodieuse mêlée aux voix de ces machos qui digèrent, d’un chien attaché qui ne cesse d’aboyer et d’un coq venu de l’on ne sait où, qui va « cocoriser durant toute l’interview !  En prime, la voix de la serveuse couvrant toutes les autres  pour lui dem

Il nous prend un fou-rire pas possible qui scelle cette amitié naissante. La glace fut définitivement rompue lorsqu’on nous l’apporta, molle et fondante sous le chaud soleil de juin du Midi !
C’aurait pu être désolant mais c’était sans compter l’humour de Catherine qui aussitôt, prend le contre-pied de cette foire d’empoigne et commence par balancer des vannes irrésistibles. Je ne la connaissais pas mais je découvre un humour corrosif et un plaisir à faire des jeux de mots et des contrepèteries que je n’aurais alors jamais imaginés chez une personne aussi romantique. Elle n’allait pas tarder à me prouver qu’elle était plus rock que « mantique » et de cette journée s’est scellée une amitié sous le signe de la rigolade. Je découvrais une artiste magnifique doublée d’une femme drôle, à l’humour à fleur de peau, comme je les aime. Et le courant est aussitôt passé. A tel point que je décidai qu’elle serait ma prochaine tournée d’été alors que son nom commençait à devenir synonyme de succès « Johan » y contribua mais ce fut « La rockeuse de diamants » qui allait définitivement la faire connaître, , même si, pour la circonstance, elle quittait son côté romantique qu’elle ne retrouverait qu’avec « Nuit magique » qui lui permit d’obtenir une Victoire de la Musique..
Mon amitié avec Catherine est donc un vrai coup de foudre, une histoire d’humour qui a très vite tourné à l’amitié.

Age Tendre avec Frank Alamo, Herbert Léonard, Alice Dona

Lara EST musique même si elle en a bavé avec son violon, ce qu’elle ne regrette pas aujourd’hui une seule seconde
« Le violon, c’est le prolongement de ma main, de mon âme et aujourd’hui je ne pourrais plus m’en passer même si je suis passée à une autre musique entre-temps ».
Des tournées, des galas, des crises de fous-rires… avec  » Lala  » on a des souvenirs à la pelle du temps que notre rockeuse de diamants nous offrait des nuits magiques…
Et puis les tournées se sont espacées, nous nous sommes moins vus. Jusqu’au jour où la voilà partie avec la tournée « Age Tendre » et où l’on se retrouve comme au bon vieux temps, toujours amicale, toujours simple, toujours drôle. Autre trait de caractère de Catherine : elle est toujours positive… Il faut dire – encore un point commun que nous avons : elle est Gémeaux.
“Je me dis qu’il y a toujours un joker à jouer. Rien n’est jamais vraiment désespéré. Il faut simplement balancer des ondes positives et toujours relativiser par rapport à tout ce qui nous entoure.
Il faut aussi savoir rêver…Et comme disait Brel, l’impossible rêve, j’y crois. Je me dis que tout est possible. Le rire est aussi pour moi quelque chose d’important. Ça m’est indispensable.

 Je me souviens d’une soirée à Saint-Tropez où TF1 tournait avec Stéphane Collarot une émission dans un ancien lupanar ! Déjà, c’était rigolo mais retrouver mes deux amies, Catherine et Maurane qui, elle aussi, n’avait pas sa langue dans la poche, qu’est-ce qu’on a pu rire devant le bar où le champagne coulait à flots !« J’adore rire, me moquer des gens et de moi-même. J’adore les gens qui aiment rire et qui me font rire. Ça, c’est typiquement Gémeaux et c’est certainement pour ça que nous nous aimons, toi et moi ! Nous sommes excessifs et on dit qu’on meurt toujours de ses excès… C’est sûr, j’en mourrai un jour mais que veux-tu, je n’aime pas la tiédeur, même si je pense être quelqu’un d’équilibré. Je puise là mon énergie… « 
Une autre qualité chez Catherine : la franchise !
« Je ne sais pas trop si c’est une qualité ou un défaut mais j’ai une belle ( ?) réputation de franchise et tant pis si ça me joue des tours. De toute façon, je n’ai pas envie de plaire à tout le monde. Par contre, avec l’âge, je fais peut-être plus attention aux autres, j’essaie de ne pas les blesser pour rien. J’ai envie de devenir tolérante !»

Jacques Brachet

Fabienne THIBEAULT… Ouh la menteuse !

Tout comme Lara Fabian (Je vous en parlerai), je fus le premier journaliste que Fabienne Thibeault rencontra lors de sa première tournée en France. Tournée qui s’arrêtait à Chateauvallon.
Elle sortait à peine de « Starmania », première mouture et la meilleure à mon avis, dont j’avais découvert le spectacle à Paris et qui réunissait Daniel Balavoine, France Gall, Diane Dufresne, Claude Dubois, Gregory Ken, Nanette Workman, Etienne Chicot et Fabienne Thibault peu connue jusqu’alors mais déjà une vedette au Québec.
Après des mois de succès, il fallait bien s’arrêter et reprendre la route… en solitaire. Ce que fit
Fabienne, qui décidait de se faire mieux connaître en France car on commençait à bien repérer cette voix de cristal découverte grâce à cette serveuse automate qui marquera sa carrière à jamais.
Premier concert en solo, donc : Châteauvallon.
Je décidai d’aller à sa rencontre et de voir ce qu’il y avait derrière cette chanteuse alors bien enrobée dont le visage se cachait derrière de très longs cheveux style « Papas and Mamas » et de petites lunettes rondes qui lui donnaient un petit air intello.
Je la rencontre donc après les répétitions, dans sa loge, on ne peut plus sympathique et accueillante.

L’interview se fait dans la joie et je me régale de l’écouter parler avec cette voix si mélodieuse et si chargée de l’accent de son pays. Ce fut réciproque je crois car elle me dit adorer mon accent et surtout, elle m’avoua que j’étais « son » premier journaliste de province puisque c’était son premier spectacle hors Paris.
« Ainsi, je me souviendrai toujours de vous », me dit-elle de sa voix chantante. Mais quelque chose en plus allait faire qu’elle s’en souviendrait encore mieux : en discutant, elle me dit être Gémeaux. Je lui répondis que moi aussi. Elle précisa : du 17 juin. Moi aussi ! L’on se mit à rire et elle me dit : « J’ai trouvé mon jumeau ! »… Avec six ans d’écart, précisons-le !!!!
Depuis, nous nous sommes retrouvés de nombreuses fois et chaque fois je dis à son attachée de presse : « Dites-lui que son jumeau est là ! ». C’est mon sésame. Depuis, j’ai son portable !
Et nous nous retrouvons en riant.
Nous nous sommes donc souvent rencontrés depuis, en tournées et galas bien sûr mais aussi au MIDEM où nous avons passé une charmante soirée avec Dee Dee Bridgewater, à la Rose d’Or d’Antibes avec Nicole Croisille, à l’Olympia de Michelle Torr qu’elle était venue applaudir et saluer puis à Saint-Cyr-sur-mer où la chanteuse s’était transformée en comédienne auprès de Claudine Coster et Pascale Petit pour une pièce hilarante de Bruno Druart “Tout feu – Tout femme”.
Là encore la soirée fut joyeuse car Claudine était une vraie maman-poule qui prenait soin de tout le monde…
Ce sont de jolis souvenirs.
Lorsque je la retrouvai en 97 au MIDEM, elle vivait encore entre France et Québec et avait rencontré son compagnon, le musicien de jazz Jean-Pierre Debarbat avec qui elle mêlait vie privée et vie musicale.
Et si elle était à Cannes, c’était pour promouvoir leur œuvre commune qui avait fait l’objet d’un disque qu’elle m’offrit : “Martin de Touraine” qu’ils avaient écrit, interprété et produit. Mais aussi un second disque consacré à “Starmania” dont elle avait été la merveilleuse première serveuse automate et que Jean-Pierre avait revu et corrigé version jazz, avec la bénédiction de Luc Plamondon, une version très réussie montrant que toute belle musique est adaptable et peut traverser les époques.

Avec Jean-Pierre Debardat
Age Tendre avec Stone…
… Et avec les Charlots

Fabienne, après cette comédie musicale, est redevenue chanteuse à part entière, mais est tout de même toujours reliée, envers et contre tout, à “Starmania”.
“Tu sais, “Starmania” est dans ma vie une chose d’irrémédiablement liée à moi puisque, avec France Gall, Balavoine, Dufresne, sans parler de Berger et Plamondon, j’en suis l’une des créatrices…
C’est inscrit à jamais dans ma vie, dans ma carrière.
Nous avons tous des souvenirs formidables de cette belle aventure. Des souvenirs indélébiles et merveilleux…” Fabienne, “en amour” avec “Starmania” mais aussi avec la France qui l’a adoptée…
C’est toujours un plaisir que de la retrouver car elle a cette chaleur qu’on ne trouve que chez les gens venus du froid !
Sa carrière devient en fait plus française que québécoise. Francis Lai la choisit pour chanter le générique du film de Claude Lelouch «A nous deux», elle fait un énorme tube avec Richard Cocciante qui, pour le duo «Questione di feeling» qu’il a chanté en Italie avec Mina, la choisit pour la version française tout simplement intitulée «Question de feeling» !
Par contre, elle m’a joué un drôle de tour, il y a quelques années.
Je collaborais avec le grand chef provençal Gui Gedda à un événement «culturo-culinaire» que Gui avec créé avec Michel Hébréard à Sainte-Maxime : «Stars en cuisine». L’idée était d’inviter un chef et de le mettre en binôme avec un artiste pour préparer un plat qui se faisait en public, et qui était jugé par un jury de personnalités et de gens du métier.
J’y participais comme concurrent, comme juré mais aussi en faisant venir des amis artistes.
C’est ainsi que je fis venir Stone et son mari, le pianiste Claude Khan, Julie Piétri et quelques autres dont Fabienne Thibeault. Nous nous voyions tous très souvent puisque je suivais les tournées «Age Tendre» et qu’il m’était facile de demander aux uns et aux autres d’y participer.
C’est ainsi que Stone ayant dit oui, Fabienne me demanda d’y participer.
Outre qu’elle venait d’obtenir la légion d’honneur elle était très fière d’avoir obtenu la médaille d’officier du mérite agricole.

Pourquoi pas ? Le hic est que le chef qui devait participer avec elle à ce concours, eut un empêchement. Du coup, Gui me dit que je cuisinerais avec Fabienne.
Je ne suis pas un as de la cuisine et demandais à Fabienne ce qu’elle en pensait. «Pas de problème, on fera un plat à ma façon, on se débrouillera».
On en restait là, elle nous envoya sa recette par mail afin d’acheter les ingrédients nécessaires pour la confectionner.
La voilà qui arrive avec son attachée de presse et, lorsqu’au repas de midi avant le concours, je lui demande de me parler de ce que nous allons faire, elle m’assène avec son plus joli sourire et sa jolie voix : «Je n’ai jamais fait la cuisine de ma vie».
Je restai sans voix mais son attachée de presse, qui était très bonne cuisinière (Elle avait prévu le coup la traitresse !) me rassura : elle prendrait elle-même les rênes.
Heureusement car je ne connaissais même pas la recette de son agneau de lait à je ne sais quelle sauce !
Et nous voilà pelant, cuisant, réchauffant, autour d’un piano chaud bouillant sous un barnum qui s’était aussi bien chauffé au soleil varois. On transpirait, je suivais tant bien que mal et pendant ce temps-là, que faisait Fabienne ? Elle avait pris un micro et, avec l’animateur, passait d’un duo à l’autre, interviewant chefs et concurrents, commentant les recettes et venant me narguer en me houspillant pour qu’on ne traîne pas… Je n’en revenais pas ! Elle alla même chercher Stone pour chanter ensemble «L’aventura»… Quel culot la québécoise !
Mais elle fit un malheur à tel point que l’année d’après elle était invitée pour animer le concours !
J’avoue que je lui en ai un peu voulu mais avec Fabienne, on ne peut pas se fâcher tant elle est drôle, sympa, nature…

Avec Julie Pietri à « Stars en cuisine »
« Tou tfeu, tout femme »

J’avoue que je lui en ai un peu voulu mais avec Fabienne, on ne peut pas se fâcher tant elle est drôle, sympa, nature…
Je la retrouvai, à quelques mois de là, à Vals les Bains où je reviens dans mon pays car je suis à moitié ardéchois… cœur fidèle ! J’étais venu passer quelques jours de vacances et au Casino de Vals les Bains était annoncé le concours de super mamies, organisé par la pétulante Fabienne Ollier. Evidemment je m’y précipite, d’autant que je retrouve une partie de mes copains d’Age Tendre : Sophie Darel, Alain Turban et Gilles Dreu, ardéchois d’adoption, Thierry Wilson, alias Zize Dupanier et… Fabienne Thibeault.
Heureux de retrouver tout ce petit monde ami dans «mon pays» où chacun, membre du jury, doit passer sur scène en attraction, spectacle présenté par Sophie Darel.
Répétitions sous le signe de la rigolade durant toute la matinée et à midi, on se retrouve tous… à la fête du chocolat !
Inutile de vous dire que nos amis mirent l’ambiance et qu’on se gava de chocolats de toutes sortes, de calissons, de nougats, de pâtes de fruits, chaque stand nous proposant d’y goûter… juste avant de passer à table !
L’après-midi, dans une salle pleine, ce fut du délire, des bus spéciaux amenant public de mamies et quelques «miss» des autres années.
Ce fut beaucoup plus décontracté pour moi que «Stars en cuisine» mais – oh vengeance ! – je «caftais» à tous le coup que m’avait fait Fabienne qui en rit en encore sans le moindre remords ni une once de culpabilité.
Ah, avec Fabienne, le monde est quelquefois… très stone !

Jacques Brachet

Avec Fabienne Ollier et Thierry Wilson alias Zize du Panier

Michel DRUCKER… Salut à la fidélité…

Mon envie d’être journaliste, je la dois à deux journalistes : Jean-Marie Périer qui a créé le magazine « Salut les copains » et c’est incontestablement Michel Drucker qui m’a donné envie de faire « comme lui ».
Nous avons commencé à peu près dans les mêmes eaux mais lui, au départ, «faisait dans le sport » et j’avoue que le sport n’a jamais été ma tasse de thé. De plus, je pensais alors que si l’on s’intéressait au sport, c’était anachronique  avec la culture…Eh bien, « le père Drucker » nous a prouvé le contraire en faisant une reconversion formidable.Homme de passion, ce « dinosaure » de la TV est encore là et ce n’est pas pour rien. C’est parce qu’il a su s’allier le respect du métier et l’amour du public et des artistes. Et en ne faisant pas grand-chose car il aime les gens, tout simplement.Il aime les artistes, sait les mettre en valeur et alors qu’aujourd’hui les animateurs ont tendance à se mettre eux-mêmes et avant tout, en valeur, quitte à descendre leurs invités par plein de moyens vulgaires, lui, il continue à les respecter et faire d’eux le centre de ses émissions. Bien sûr, il a un défaut – quand même : il est tellement heureux de les recevoir et de montrer qu’il les connaît, qu’il a tendance à les couper pour leur raconter leur propre histoire ! Mais ça, ça fait partie de la tendresse qu’il a pour eux.

Et puis, c’est vrai qu’il aime parler ! J’ai eu l’occasion de le rencontrer, de l’interviewer et, croyez-moi, pas la peine de lui poser ne serait-ce que dix questions… Il fait les questions et les réponses et vous offre un reportage clefs en main sans que vous ayez ouvert la bouche !
Mais en Drucker, je me retrouve un peu car, qui qu’il puisse recevoir, il connaît sa vie de A à Z et ça, c’est pour moi l’une des conditions sine qua non du métier : Connaître la personne que l’on a en face de soi. C’est déjà la moindre des politesses et la personne en question est, de plus, flattée, heureuse que vous connaissiez son cheminement. Et puis, ça permet d’aller plus loin dans la conversation et de faire réagir la personnalité. C’est ce qui donne les meilleures interviews et c’est ce que sait faire Michel.
Si j’avais été journaliste TV ou animateur, j’aurais aimé être… Drucker ! Car le métier, je le conçois comme lui, avec, avant tout, un immense intérêt pour la personne humaine. A ne pas confondre avec l’idolâtrie. Quand on aime… on est naturellement porté vers l’autre, on a envie qu’il y ait échange et que le public ou le lecteur le  ressente.

C’est tout cela qui fait qu’aujourd’hui, Michel Drucker est toujours là : le public l’aime et sait qu’il va lui offrir ce qu’il attend : du spectacle, de l’émotion, de l’échange. L’artiste vient en confiance car il sait qu’il sera le centre de l’émission, qu’on ne lui fera pas faire le guignol et qu’il n’y aura pas de piège…
Alors Michel, bravo pour votre talent, bravo pour votre endurance, bravo pour cette passion des êtres que je partage avec vous ! Et, petit clin d’œil, pas bravo d’avoir épousé Dany Saval ! Je l’adorais en tant qu’actrice et chanteuse et vous nous l’avez enlevée… Ça, ce n’est pas bien !
Cette boutade mise à part, si je ne peux pas dire que nous sommes amis, nous avons toujours eu des rencontres cordiales et professionnelles car cet «ancêtre» de la télé n’a jamais eu, comme on dit chez nous, «le melon».  Il est toujours resté d’une grande simplicité, répondant à chaque fois que je lui ai envoyé un courrier pour diverses raisons Ce qui est rare de nos jours !. C’est ainsi qu’il m’a invité deux fois à ses deux émissions de «Tenue de soirée» qui se sont déroulées dans la région, à Marseille et à Cannes, durant le festival. Il m’a toujours très gentiment reçu, m’a permis de faire des reportages et des interviews, me laissant me balader du plateau aux coulisses et prendre des photos. Par deux fois il m’a aidé à promouvoir mes livres alors que je les lui avais simplement envoyés pour information, sachant qu’il les aimerait puisque, à des échelles différentes, nous faisons le même métier.


Je le retrouvai à la fête du livre de Toulon, où malgré la folie de ses admirateurs, il me consacra quelques instants. Puis ce fut encore à Pertuis où Michèle Torr donnait un concert pour l’association «SEP en Pays d’Aix», l’association créée par son fils Romain, atteint de sclérose en plaques, aidée de quelques amis artistes, concert où Michel a spontanément répondu présent. Nous nous sommes aussi revus par deux fois au festival de Ramatuelle la première où il consacrait toute une soirée au festival, la seconde où il présentait le spectacle.
Notre première rencontre eut lieu lors d’un festival de Cannes je ne sais plus quelle année, où mon amie Nicole Croisille était l’une des invités… qui m’y avait invité ! Je m’y retrouvai avec l’ami Christophe et avec un Donald Sutherland fort sympathique. Michel me reçut sur le plateau et le lendemain il me recevait à son hôtel pour une interview.
Nos vies se sont dont souvent croisées, toujours avec cette même simplicité, cette même gentillesse, cette grande courtoisie, restant toujours très proche de son public et toujours très professionnel.

Je me souviens de cette «Tenue de soirée» à Marseille où, la veille de l’émission, durant les répétitions, il tomba dans un escalier. La douleur était forte mais, après des soins intensifs, le lendemain, il présentait quand même l’émission, le pied dans le plâtre et une canne auprès de lui ! C’est d’ailleurs dans cette situation que nous passâmes un moment pour une interview qu’il n’annula pas !
Voilà comment est Michel et voilà l’explication que, décennies après décennies, il est toujours plébiscité par le public et reste l’animateur le plus populaire.
J’espère qu’il y aura d’autres rencontres aussi amicales… Malgré nos âges avancés !

Jacques Brachet

Les coulisses de mes souvenirs

Il y a quelques années, avec mon livre « Lever de rideau » je vous avais offert un bouquet de portraits d’artistes avec qui j’avais eu des relations amicales, tout au long de ces soixante ans de journalisme que je viens de fêter.
J’ai vécu des rencontres magnifiques, éblouissantes, drôles, sympathiques, certains artistes sont devenus des amis qui, pour ceux qui sont encore là, le sont restés, surtout ceux des années 60.
Car en ce temps-là, être journaliste, de province, ou pas, s’approcher des artistes était une des choses les plus naturelles. Aujourd’hui, c’est devenu le parcours du combattant. Il faut passer par le producteur, le régisseur, l’attaché de presse, le secrétaire… Et le concierge s’il y en a un. Lorsqu’on arrive à avoir quelqu’un la réponse est : « envoyez un mail »… Auquel personne ne répond.Après ça, la réponse – si réponse il y a – est souvent négative ou alors – et c’est la mode – un phoning de cinq-dix minutes. Tous les prétextes sont bons : le voyage fatigant, le repos avant le concert, ne rencontrer personnes au cas il ne faudrait pas fatiguer sa voix, ou pire : être journaliste de province, ce qui est devenu une tare alors que tous ou presque tous les artistes viennent de province et a débuté grâce à eux. Et il y a les réseaux sociaux qui font qu’on n’a plus besoin de nous.
Malgré les belles années de 60 à 80, il y a eu plein de belles rencontres tout au long de ma vie de journaliste mais, il y a aussi eu des rencontres ratées, même si elles étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui.
Je vais donc vous emmener derrière ce rideau plein de mystères où se passent plein de choses que vous ne pouvez pas voir.
Des rencontres, des anecdotes, des moments magiques, des moments moins magiques mais des moments inoubliables.
Passez avec moi derrière des rideaux.

Serge Reggiani et ses enfants


Serge REGGIANI… De Charybde en Sylla !
J’ai 20 ans, je rentre à Var Matin par hasard.
Après deux ratages au bac, que faire ? Je ne sais qu’écrire.
Et voilà que Var Matin cherche des jeunes pour écrire sur des pages jeunes qui sortiront le jeudi, jour alors où il n’y a pas de cours.
Je me présente à une jeune et charmante jeune femme, Laurence-Edwige Andréani, qui se fait appeler Léa. Après discussion, c’est OK, je rentre dans la bande pour aller interviewer les artistes d’alors, les Sylvie, Johnny, CloClo et autres vedettes dites « yéyé » de l’époque que j’écoute à longueurs de journées.
Mais il y a un « hic ». Léa me propose, pour ma première interview, d’aller rencontrer Serge Reggiani qui passe à l’Opéra de Toulon avec Jacques Martin…
Quoi ? Ce vieux (Il a alors 45 ans !!!) Mais bon, contre mauvaise fortune bon cœur. Je me jette sur tout ce que je peux trouver sur ce « vieux » comédien mais néanmoins « jeune chanteur ». On n’a pas encore les réseaux sociaux ou Wikipédia pour se faire une idée.
Me voici à l’opéra avec mes questions et mon petit magnétophone. Je tape timidement à la loge et je suis reçu par un homme charmant qui me prie de m’asseoir et je commence mon interview. Très vite il s’arrête pour me dire que le magnéto ne tourne pas. N’étant pas technique pour un sou, j’appuie sur tous les boutons mais rien ne marche.
Reggiani me le prend alors des mains.
« Je m’y connais un peu, je regarde » Et il regarde que… je n’ai pas mis de piles, d’où le problème !

Première rencontre
Dernière rencontre

« Ce n’est pas grave, me dit-il alors, prenez des notes puisque c’est pour un journal ».
Problème de taille : Je n’ai ni papier ni stylo !!!
Il rit car, vu mon âge, il comprend que je ne suis qu’un débutant. Très gentiment, et toujours en riant, il m’offre un bloc et son stylo.
« Vous me les rendrez après vos interviewes ». Ca après lui, je devais rencontrer Jacques Martin qui est déjà sur scène.
Et là, tout se passe bien. Il voit, par mes questions, que j’ai bien potassé mon Reggiani, il se prépare pour aller chanter et moi je vais voir Jacques Martin qui est sorti de scène. La rencontre est moins perturbante mais moins chaleureuse car l’animateur « se la pête » un peu. Après quoi je descends dans la fosse d’orchestre faire des photos de Serge Reggiani qui, au premier flash, arrête de chanter en me demandant de sortir car il a déjà interdit les flashes.
Mortifié je reviens dans les coulisses et rencontre le directeur de l’opéra qui me connaît bien. C’est un ami de mon père. Je ne sais que faire. Il faut que je m’excuse.
« Ecoute, si tu veux mon avis, tu poses ses affaires dans sa loge et tu te barres. Il n’a pas pu te voir dans le noir. Je crois que tu en as assez fait pour aujourd’hui »
Ce que je fais.
Je rencontrerai à nouveau Reggiani lors d’une avant-première de film et je lui rappelle notre rencontre dont il ne se souvient pas mais le fait beaucoup rire.
J’avoue que si j’avais commencé avec Jacques Martin j’aurais aussitôt abandonné le métier !
Par la suite, j’ai souvent rencontré l’artiste qui, par sa gentillesse, sa patience, sa simplicité, a permis que je continue ma route.