
Yasmine (Leïla Haïdour) vit une histoire d’amour avec Omar (Housam Mohamed). Ils vivent à Marseille et travaillent avec une équipe dans un centre aéré. Une bande de jeunes qui aide les jeunes à s’insérer dans la vie et qui ont tous une idée bien précise des femmes : Ou on les b…se ou on les épouse.
Omar veut épouser Yasmine qui, à 17 ans, sort à peine de l’adolescence. La mère d’Omar met Yasmine en garde, évoquant son rôle de femme et ses obligations alors qu’elle n’a encore rien vécu.
Arrive Carmen (Lou Anna Hamon), qui revient chez elle après s’être prostituée quelques années, qui veut changer de vie et qui retrouve Omar avec qui elle était très liée.
Qu’adviendra-t-il du couple à l’arrivée de « l’intruse » ? Yasmine va ouvrir les yeux et peut-être que sa vie va changer.
Prïncia Car, la réalisatrice pose un regard à la fois lucide et émouvant sur cette équipe de jeunes qui essaie de s’en sortir alors qu’au départ, ils n’ont rien pour le faire. Malgré leurs airs bravaches, ils sont plein d’incertitudes, d’envies, de questionnements qu’ils cachent derrière cette façade. Surtout les hommes qui jouent les gros machos !
Et leurs idées bien arrêtées sur les femmes, viennent de vieilles traditions : Où l’on est celle avec qui l’on couche et celle qui va être la femme au foyer avec tout ce que ça comporte de servitudes, d’aliénation, à l’homme.
Avec le retour de Carmen, Omar et Yasmine vont se remettre en question et leur vie va en être perturbée.
Prïncia, et sa coscénariste Léna Mardi, signent là un film très actuel qui se passe dans les quartiers Nord de Marseille ? Prïncia les connaît bien pour y avoir vécu, Léna, la parisienne du groupe, moins, mais s’est vite insérée au groupe.
C’est un premier film et bing… Le voici au festival de Cannes où il a esprits. Avec d’autant plus de bonheur qu’il n’y a aucun professionnel au générique ! ET tous s’en sortent formidablement bien.
Une fois de plus l’événement vient du Six N’Etoiles qui reçoit la réalisatrice, la coscénariste et la révélation du film Leïla Haïdour. Trois femmes magnifiques qui ont fait un peu l’ouverture du festival « Femmes », qui se déroulera du 29 octobre au 23 novembre dans la région et donc à Six-Fours. Du coup, une partie de l’équipe, Luc Patentreger le président en tête, était venue saluer nos trois invitées.
« Prîncia, c’est votre premier film. Comment êtes-vous venue au cinéma ?
J’ai grandi avec des parents qui avaient une compagnie théâtrale. Mon père est metteur en scène, ma mère comédienne. J’y suis donc née dedans, je les ai toujours suivis dans leurs processus de création. Ils adaptaient, ils créaient des pièces, j’ai appris tous les métiers du théâtre, de l’écriture aux décors, de la mise en scène aux recherches de costumes, de rôles… J’ai donc eu la chance d’avoir naturellement une formation artistique, entre autres aux jeux d’acteurs. Parallèlement, j’ai fait des études littéraires mais je ne savais pas trop quoi faire. Et c’est mon père qui m’a conseillé d’entrer dans une école de cinéma. Il a eu une espèce d’intuition et lorsqu’on a la chance de naître dans une famille d’artistes, c’est presque naturel de suivre le mouvement. J’ai donc fait une école de cinéma en Belgique, à Paris. Au départ, je savais que je voulais mettre en scène et raconter des histoires, mais, venant du théâtre, pas particulièrement au cinéma.
Et ce retour à Marseille ?
Je suis revenue chez moi et l’on m’a proposé d’animer un atelier de lecture-écriture par hasard, dans les quartiers Nord. Ils étaient une quinzaine de jeunes avec un éducateur qui un jour a disparu. Le but du jeu : On avait trois mois, à raison de deux heures par semaine, pour faire un film ensemble sans vraiment un budget. Je me suis servi de mon bagage théâtral, je leur ai proposé d’inventer de petites histoires, de faire des improvisations que je filmais. C’est comme ça qu’on a créé un premier film « Barcelona », qui a été sélectionné en compétition nationale à Clermont-Ferrand. A partir de là, nous avons décidé de faire d’autres films ensemble, nous avons créé une école alternative de cours du soir, nous avons fait une dizaine de courts métrages jusqu’au jour où nous avons décidé d’écrire un long métrage.. C’est là que Léna la parisienne est arrivée, elle a été séduite par cette boule d’énergie qui régnait dans le groupe, elle nous a permis de prendre du recul, ne nous structurer, de nous ramener dans la fiction pure, de faire des choix. Ensemble nous avons écrit la trame du scénario, les dialogues qu’on leur faisait jouer pour voir si ça fonctionnait.
Donc, grosse aventure collective depuis dix ans qui se poursuit… au festival de Cannes !
C’est énorme, pour un film dans lequel il n’y a aucun professionnel !
Lorsque nous avons appris que nous allions à Cannes, c’était un rêve et nous y croyions sans vraiment y croire. Il y beaucoup de films qui y vont mais avec des professionnels et nous, au départ, n’avions pas beaucoup de chance.
Nous allons y revenir mais avant, Léna, comment êtes-vous arrivée à vous immiscer dans ce groupe ?
En fait, avec Prïncia, nous nous sommes rencontrées, lors de sa venue à Paris où nous faisions chacune des stages. J’étais à l’école de la FEMIS en scénario. Nous sommes devenues amies, j’ai visionné leurs courts métrages mais au départ j’étais là en observatrice, en conseillère et puis tout s’est développé et je suis entrée dans l’équipe.
Prîncia, comment arrive-t-on à monter un film sans connaissances, sans argent et avec des amateurs ?
Plein de gens nous ont dit que ce serait très difficile, presque impossible. Mais nous avons rencontré une productrice de génie qui a décidé de défendre notre scénario. En quelques mois, elle a réussi à le produire. En fait, tout s’est aligné avec une sorte de facilité. Nous avons aussi été soutenus par la Région Sud. Nous avons eu beaucoup de chance. Même si c’est un film 100% marseillais, il y avait peu de premiers films marseillais et puis la prod est parisienne.
Revenons à Cannes ! Lorsqu’on vous annonce que le film y est sélectionné…
Je l’ai appris dans le train. Nous attendions le verdict mais nous avons eu du mal à réaliser, j’ai appelé tout le monde et tout le monde a pleuré de savoir qu’on était sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs. Nous y avons été très bien accueillis et comme nous avions une super attachée de presse, Lou Blum… Nous avons pu monter les marches ! C’est quelque chose !
Alors Leïla, parlez-nous de votre aventure ?
Lorsque Prïncia a commencé à écrire le scénario, on savait de quoi le film allait parler car nous en avions discuté avec toute l’équipe. Un jour on voit placardé au mur cinq personnages avec des prénoms, aucune caractéristique physique et elle nous dit : « J’ai mis ça au hasard ». On se regarde tous et on commence à se demander si on est dans les cinq mais… Elle, elle le savait déjà ! Il n’y a que le personnage de Carmen qui, au départ devait être joué par Malou Khebizi qui faisait partie de notre équipe,* mais elle était en promo de »Diamant brut » et devait poursuivre sur la série « Millionnaire » et c’est Lou Anna Hamon qui a eu le rôle. Avec elle, j’ai beaucoup travaillé car nous avions des scènes ensemble.
Comment travaille-ton à deux sur un scénario ?
Prïncia : Cela fait très longtemps qu’on travaille ensemble, nous avons appris à nous apprivoiser en faisant des ateliers et nous travaillons ensemble avec une grande facilité, c’est en fait un travail « en famille », on se comprend très vite sans avoir besoin de beaucoup parler.
Léna : Même si on a beaucoup tâtonné au départ, à savoir ce qu’on devait écrire entre la fiction et le vécu de ces jeunes, car il y a beaucoup d’eux dans le film. On a essayé beaucoup de pistes. Il y a aussi toute une notion d’imprévu qui va donner une direction différente. C’était très intéressant. En fait c’est un peu l’histoire de notre groupe. C’est un sujet sociétal.

comédienne ?
Déjà, l’envie de faire mon métier n’est venue que très tard : Au moment du tournage seulement. Avant ça, ce n’était que pour le plaisir. C’est vrai que j’ai réalisé assez tard que j’aimais jouer. Avant ça, même lorsqu’on a tourné « Barcelona », ce que j’aimais alors c’était l’ambiance d’un tournage, le fait qu’on était tous ensemble, en train de réaliser quelque chose avec les potes. C’était aussi agréable que lorsqu’on allait tous à la plage ! Je n’avais pas capté qu’en fait, j’aimais jouer Je l’ai compris plus tard sur le tournage d’un clip où j’avais beaucoup plus de jeu, des scènes basées sur moi et je me suis rendu compte que j’aimais trop ça, malgré la pression avec les gens qui me regardaient. J’aimais que ça dépende de moi et j’ai kiffé ! Au moment du tournage du film j’ai compris que ce n’était pas qu’un plaisir mais que c’était ça que je voulais faire toute ma vie ! »
Voilà comment se créent des vocations : Grâce à une réalisatrice pleine d’énergie et de passion, et surtout grâce à une poignée de jeunes talentueux qui, pour leur premier « vrai »« rôle, ont prouvé qu’ils pouvaient aller plus. La preuve : Un nouveau film se dessine, avec exactement la même équipe… Et toujours à Marseille !
On attend donc la suite !
Propos recueillis par Jacques Brachet
Malou Khebizi a reçu le prix d’interprétation féminine l’an dernier au festival « Femmes »

















































































