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Au Six N’Etoiles, des filles, du désir, du plaisir !

Yasmine (Leïla Haïdour) vit une histoire d’amour avec Omar (Housam Mohamed). Ils vivent à Marseille et travaillent avec une équipe dans un centre aéré. Une bande de jeunes qui aide les jeunes à s’insérer dans la vie et qui ont tous une idée bien précise des femmes : Ou on les b…se ou on les épouse.
Omar veut épouser Yasmine qui, à 17 ans, sort à peine de l’adolescence. La mère d’Omar met Yasmine en garde, évoquant son rôle de femme et ses obligations alors qu’elle n’a encore rien vécu.
Arrive Carmen (Lou Anna Hamon), qui revient chez elle après s’être prostituée quelques années, qui veut changer de vie et qui retrouve Omar avec qui elle était très liée.
Qu’adviendra-t-il du couple à l’arrivée de « l’intruse » ?  Yasmine va ouvrir les yeux et peut-être que sa vie va changer.
Prïncia Car, la réalisatrice pose un regard à la fois  lucide et émouvant sur cette équipe de jeunes qui essaie de s’en sortir alors qu’au départ, ils n’ont rien pour le faire. Malgré leurs airs bravaches, ils sont plein d’incertitudes, d’envies, de questionnements qu’ils cachent derrière cette façade. Surtout les hommes qui jouent les gros machos !
Et leurs idées bien arrêtées sur les femmes, viennent de vieilles traditions : Où l’on est celle avec qui l’on couche et celle qui va être la femme au foyer avec tout ce que ça comporte de servitudes, d’aliénation, à l’homme.
Avec le retour de Carmen, Omar et Yasmine vont se remettre en question et leur vie va en être perturbée.
Prïncia, et sa coscénariste Léna Mardi, signent là un film très actuel qui se passe dans les quartiers Nord de Marseille ? Prïncia les connaît bien pour y avoir vécu, Léna, la parisienne du groupe, moins, mais s’est vite insérée au groupe.
C’est un premier film et bing… Le voici au festival de Cannes où il a esprits. Avec d’autant plus de bonheur qu’il n’y a aucun professionnel au générique ! ET tous s’en sortent formidablement bien.
Une fois de plus l’événement vient du Six N’Etoiles qui reçoit la réalisatrice, la coscénariste et la révélation du film Leïla Haïdour. Trois femmes magnifiques qui ont fait un peu l’ouverture du festival « Femmes », qui se déroulera du 29 octobre au 23 novembre dans la région et donc à Six-Fours. Du coup, une partie de l’équipe, Luc Patentreger le président en tête, était venue saluer nos trois invitées.

« Prîncia, c’est votre premier film. Comment êtes-vous venue au cinéma ?
J’ai grandi avec des parents qui avaient une compagnie théâtrale. Mon père est metteur en scène, ma mère comédienne. J’y suis donc née dedans, je les ai toujours suivis dans leurs processus de création. Ils adaptaient, ils créaient des pièces, j’ai appris tous les métiers du théâtre, de l’écriture aux décors, de la mise en scène aux recherches de costumes, de rôles… J’ai donc eu la chance d’avoir naturellement une formation artistique, entre autres aux jeux d’acteurs. Parallèlement, j’ai fait des études littéraires mais je ne savais pas trop quoi faire. Et c’est mon père qui m’a conseillé d’entrer dans une école de cinéma. Il a eu une espèce d’intuition et lorsqu’on a la chance de naître dans une famille d’artistes, c’est presque naturel de suivre le mouvement. J’ai donc fait une école de cinéma en Belgique, à Paris. Au départ, je savais que je voulais mettre en scène et raconter des histoires, mais, venant du théâtre,  pas particulièrement au cinéma.
Et ce retour à Marseille ?
Je suis revenue chez moi et l’on m’a proposé d’animer un atelier de lecture-écriture par hasard, dans les quartiers Nord. Ils étaient une quinzaine de jeunes avec un éducateur qui un jour a disparu. Le but du jeu : On avait trois mois, à raison de deux heures par semaine, pour faire un film ensemble sans vraiment un budget. Je me suis servi de mon bagage théâtral, je leur ai proposé d’inventer de petites histoires, de faire des improvisations que je filmais. C’est comme ça qu’on a créé un premier film « Barcelona », qui a été sélectionné en compétition nationale à Clermont-Ferrand. A partir de là, nous avons décidé de faire d’autres films ensemble, nous avons créé une école alternative de cours du soir, nous avons fait une dizaine de courts métrages jusqu’au jour où nous avons décidé d’écrire un long métrage.. C’est là que Léna la parisienne est arrivée, elle a été séduite par cette boule d’énergie qui régnait dans le groupe, elle nous a permis de prendre du recul, ne nous structurer, de nous ramener dans la fiction pure, de faire des choix. Ensemble nous avons écrit la trame du scénario, les dialogues qu’on leur faisait jouer pour voir si ça fonctionnait.
Donc, grosse aventure collective depuis dix ans qui se poursuit… au festival de Cannes !
C’est énorme, pour un film dans lequel il n’y a aucun professionnel !
Lorsque nous avons appris que nous allions à Cannes, c’était un rêve et nous y croyions sans vraiment y croire. Il y beaucoup de films qui y vont mais avec des professionnels et nous, au départ, n’avions pas beaucoup de chance.
Nous allons y revenir mais avant, Léna, comment êtes-vous arrivée à vous immiscer dans ce groupe ?
En fait, avec Prïncia, nous nous sommes rencontrées, lors de sa venue à Paris où nous faisions chacune des stages. J’étais à l’école de la FEMIS en scénario. Nous sommes devenues amies, j’ai visionné leurs courts métrages mais au départ j’étais là en observatrice, en conseillère et puis tout s’est développé et je suis entrée dans l’équipe.
Prîncia, comment arrive-t-on à monter un film sans connaissances, sans argent et avec des amateurs ?
Plein de gens nous ont dit que ce serait très difficile, presque impossible. Mais nous avons rencontré une productrice de génie qui a décidé de défendre notre scénario. En quelques mois, elle a réussi à le produire. En fait, tout s’est aligné avec une sorte de facilité. Nous avons  aussi été soutenus par la Région Sud. Nous avons eu beaucoup de chance. Même si c’est un film 100% marseillais, il y avait peu de premiers films marseillais et puis la prod est parisienne.

Revenons à Cannes ! Lorsqu’on vous annonce que le film y est sélectionné…
Je l’ai appris dans le train. Nous attendions le verdict mais nous avons eu du mal à réaliser, j’ai appelé tout le monde et tout le monde a pleuré de savoir qu’on était sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs. Nous y avons été très bien accueillis et comme nous avions une super attachée de presse, Lou Blum… Nous avons pu monter les marches ! C’est quelque chose !
Alors Leïla, parlez-nous de votre aventure ?
Lorsque Prïncia a commencé à écrire le scénario, on savait de quoi le film allait parler car nous en avions discuté avec toute l’équipe. Un jour on voit placardé au mur cinq personnages avec des prénoms, aucune  caractéristique physique et elle nous dit : « J’ai mis ça au hasard ». On se regarde tous et on commence à se demander si on est dans les cinq mais… Elle, elle le savait déjà ! Il n’y a que le personnage de Carmen qui, au départ devait être joué par Malou Khebizi qui faisait partie de notre équipe,* mais elle était  en promo de »Diamant brut » et devait poursuivre sur la série  « Millionnaire » et c’est Lou Anna Hamon qui a eu le rôle. Avec elle, j’ai beaucoup travaillé car nous avions des scènes ensemble.
Comment travaille-ton à deux sur un scénario ?
Prïncia : Cela fait très longtemps qu’on travaille ensemble, nous avons appris à nous apprivoiser en faisant des ateliers et nous travaillons ensemble avec une grande facilité, c’est en fait un travail « en famille », on se comprend très vite sans avoir besoin de beaucoup parler.
Léna : Même si on a beaucoup tâtonné au départ, à savoir ce qu’on devait écrire entre la fiction et le vécu de ces jeunes, car il y a beaucoup d’eux dans le film. On a essayé beaucoup de pistes. Il y a aussi toute une notion d’imprévu qui va donner une direction différente. C’était très intéressant. En fait c’est un peu l’histoire de notre groupe. C’est un sujet sociétal.

comédienne ?
Déjà, l’envie de faire mon métier n’est venue que très tard : Au moment du tournage seulement. Avant ça, ce n’était que pour le plaisir. C’est vrai que j’ai réalisé assez tard que j’aimais jouer. Avant ça, même lorsqu’on a tourné « Barcelona », ce que j’aimais alors c’était l’ambiance d’un tournage, le fait qu’on était tous ensemble, en train de réaliser quelque chose avec les potes. C’était aussi agréable que lorsqu’on allait tous à la plage ! Je n’avais pas capté qu’en fait, j’aimais jouer Je l’ai compris plus tard sur le tournage d’un clip où j’avais beaucoup plus de jeu, des scènes basées sur moi et je me suis rendu compte que j’aimais trop ça, malgré la pression avec les gens qui me regardaient. J’aimais que ça dépende de moi et j’ai kiffé ! Au moment du tournage du film j’ai compris que ce n’était pas qu’un plaisir mais que c’était ça que je voulais faire toute ma vie ! »

Voilà comment se créent des vocations : Grâce à une réalisatrice pleine d’énergie et de passion, et surtout grâce à une poignée de jeunes talentueux qui, pour leur premier « vrai »« rôle, ont prouvé qu’ils pouvaient aller plus. La preuve : Un nouveau film se dessine, avec exactement la même équipe… Et toujours à Marseille !
On attend donc la suite !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Malou Khebizi a reçu le prix d’interprétation féminine l’an dernier au festival « Femmes »

l’équipe du festival « Femmes ! », nos trois artistes et Noémie Dumas, directrice du Six N’Etoiles

Idir AZOUGLI, le loser Magnifique !

Ils sont deux copains inséparables : Mika (Paul Kircher) qui travaille à mi-temps dans un fast food et Dan (Idir Azougli), un électron libre, incontrôlable, qui vit de petits larcins, tous deux adicts à l’alcool, au cannabis, à la fête. Ils ont un rêve : partir à la Réunion pour s’occuper d’animaux maltraités.
Mais le rêve est loin de la réalité et une nuit tout déraille. Après le vol d’un chat très rare, ils sont poursuivis, ont un accident, perdent le chat, la voiture et le permis de Mika. Ils risquent la prison mais la justice leur donne six mois pour arrêter drogue, alcool, trouver un boulot table.
Ils se font embaucher par un copain de ripaille, Tony (Salif Cissé) qui travaille à la construction de poubelles nucléaires. Arriveront-ils à s’en sortir et à réaliser leur rêve ?
C’est le nouveau film d’Hubert Charuel (Petit paysan) et Claude Lepape.
Un film poignant et très actuel sur ces jeunes qui dérivent, entraînés dans un cercle infernal de drogue et d’alcool et ont bien du mal à s’en sortir. Deux comédiens tiennent ce film à bout de bras : Idir Azougli, loser intégral qui ne fait rien pour s’en sortir sinon rêver de son voyage, Mika qui lui, est plus stable et va tout faire pour s’en sortir mais a du mal à sortir son ami hors de l’eau.
Présenté à Cannes, l’équipe a eu une standing ovation très méritée tant le film vous prend les tripes à voir ces jeunes tenter de ne pas se noyer dans un monde de plus en plus difficile.
Et le film est venu se poser au Six N’Etoiles grâce à deux femmes qui ne sont pas restées insensibles à celui-ci en le découvrant à Cannes : Noémie Dumas, directrice du cinéma et Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumières du Sud », avec en prime, la venue d’Idir Azougli, qu’on avait déjà pu voir dans « Shéhérazade » et « Diamant brut ».
Un garçon d’une belle simplicité, qui vit le rêve de sa vie en devenant acteur mais qui garde la tête sur les épaules tant il sait qu’on doit remettre le couvert après chaque film. Mais aujourd’hui, il nous fait partager sa joie et l’on a découvert un comédien et un homme magnifique, loin du loser qu’il joue dans le film avec une vérité extraordinaire.

« Idir, comment êtes-vous arrivé sur ce film ?
Tout simplement par un casting classique une première fois puis une seconde fois qui a été décisive… Et j’ai été pris !
Pour le rôle de Dan ?
Au départ oui, puis on a essayé ailleurs mais le réalisateur voulait que je fasse Dan dès le départ. Et moi aussi car c’est un personnage-clé dans le film et parce que c’était pour moi un rôle nécessaire.
C’est un rôle moins intériorisé que Mika ! Peut-être plus intéressant pour vous ?
Oui, je l’ai choisi comme ça car le rôle peut aussi parler à des jeunes qui tombent dans cette maladie car pour moi, l’alcoolisme est une maladie. Mais les deux se complètent car, même si Mika est plus jeune que Dan, il est un peu le grand frère et c’était intéressant de l’aborder ainsi.
C’est vrai qu’entre vous deux, il y a une véritable alchimie… Vous vous connaissiez avant le film ?
Non, nous ne nous connaissions pas mais ce qui a été bien c’est que, chose rare, le réalisateur a mis un point d’honneur sur les répétitions, pour apprendre à se connaître, se toucher, manger ensemble un hamburger, discuter et tout naturellement, on a commencé à se kiffer dans des moments de vie naturels. C’est ce qu’on retrouve dans le film. D’ailleurs, aujourd’hui, nous sommes restés amis. On se voit quasiment tout le temps !
C’est un rôle énergique. N’a-t-il pas été trop épuisant ?
C’était épuisant, bien sûr, mais c’était une bonne fatigue ! C’était d’ailleurs plus épuisant mentalement car lorsque je prends un rôle, je prends le corps, l’âme. J’ai été Dan durant trente jours et même quinze jours après le tournage… Sans l’alcool, bien sûr !
Il a envie de se sortir de tout ça mais n’en a pas la volonté.
Vous êtes un loser intégral : drogue, alcool, vols… Difficile à jouer ?
(Il rit) Non, c’est plus technique peut-être et puis il faut aussi chercher dans le passé de certaines personnes que j’ai pu côtoyer. Alors, c’est quelquefois, c’est un peu dur à jouer mais je suis content du résultat. Je me dis que c’est un film qui va parler aux gens, que même, peut-être, ça va en sauver quelques-uns.
Ensemble ils se détruisent et il faut qu’ils se séparent…
Exactement. On a souvent eu quelqu’un qu’on aime mais à un moment, chacun doit choisir son camp, même si chacun pensera toujours à l’autre.
Mika est quand même patient car Dan est parfois insupportable !
C’est vrai mais c’est l’amour, l’amitié qu’ils ont l’un vers l’autre qui fait que Mika pense qu’ils vont s’en sortir ensemble, même s’il se rend compte de la façon que Dan a de réagir et que ça va être difficile. Mais il a toujours espoir. Souvent, même les amis sont obligés de couper les ponts car l’un entraîne l’autre. J’ai vécu ça et même si j’aime encore certaines personnes, j’ai dû être obligé de ne plus se voir.
C’est d’ailleurs une question de survie pour Mika…
Je pense que chez Dan, il y a un déni et l’alcool c’est sa cachette. Il pense qu’il peut s’en sortir comme Mika mais la vie et l’environnement font qu’il n’y croit pas lui-même et se dit qu’autant qu’il vive comme ça, même si malgré tout il a des rêves. Il veut vraiment partir à la Réunion, mais le problème est qu’il est déjà bien dans le trou.
On ne dévoilera pas la fin du film mais elle est ouverte…
C’est vrai et je pense que c’est le public qui va s’imaginer, choisir sa fin.

Comment avez-vous travaillé avec Albert Charuel ?
La chance qu’on a eue c’est d’avoir pu avoir ces répétitions avec lui qui était toujours présent. C’est un réalisateur qui aime ses acteurs, ce qui n’a pas toujours été évident en sept ans de métier. Il faisait en sorte de nous épargner tous les problèmes qui pouvaient y avoir sur le tournage. La chose la plus importante pour lui était ses acteurs. Il a vraiment un très grand amour pour eux.
Est-ce qu’il y a eu des scènes d’improvisation ?
Tout était écrit, il n’y a pas eu d’improvisation au niveau du texte, mais quelquefois il y a eu  des improvisations au niveau des émotions. On prenait vraiment le temps, on a répété deux semaines sur les décors différents afin de voir comment bouger, comment réagir.
Justement dans cet huis clos où se passent les scènes dans votre appartement, cela semble étroit.
Oui, c’était un peu étouffant, éprouvant même, mais c’était nécessaire car ça ajoute à la dramatisation.
Parlons du chat… Comment a-t-il joué ???
(Rires) D’abord c’est une chatte qui s’appelle Ruby, c’est une vraie chatte de concours de beauté. C’était vraiment une actrice, elle était concentrée, elle était pro, elle n’avait pas peur du tout. Il y a juste eu une petite galère car à un moment elle ne voulait pas sauter mais elle était d’une douceur incroyable et malgré tous les poils qu’elle a, elle n’en perdait pas beaucoup. C’est pour moi une très belle et bonne actrice !
Il y a aussi le troisième larron, Tony, qui va vous donner du travail avec tout de même un danger… Et peu d’argent !
Nous avons appris à nous connaître avant le film car il travaillait dans une radio, « Mouv » et j’ai fait une interview avec lui  avant le tournage ! C’était assez drôle. Il a lui aussi un joli rôle, surtout vers la fin car, même si celui-ci est un peu ambigu, il se dévoile dans cette scène au fast food qui est une des plus émouvantes du film, je pense. Il a mis des années pour arriver où il en est et c’est pour lui un peu compliqué car il sait qu’il fait un boulot qui n’est pas propre.

Pourquoi le titre du film « Météors » ?
A la base, je pense que le réalisateur devait faire un film sur les météorites. Au fil du temps le sujet a totalement changé. Il faut dire que dans la Haute Marne où nous avons tourné, il y a une bière qui cartonne qui s’appelle « Météor ». Du coup il a gardé le titre et l’un des producteurs du film et… La bière  qu’on y voit et qu’on boit ! Mais ça ne nous a pas donné la pression !!!
Comment êtes-vous venu au cinéma ?
En fait, c’est le cinéma qui est venu à moi, j’ai eu un casting sauvage dans la rue pour le film « Shéhérazade », qui a fait un carton, a eu trois César et en voyant tout ça, je me suis dit  que c’était peut-être la seule chose que je sache faire ! Je me suis lancé.
J’ai eu des périodes creuses car après « Shéhérazade » où j’avais un rôle marseillais, je me suis demandé si d’autres réalisateurs feraient appel à moi. Entrer dans le cinéma, c’est facile mais ça devient plus difficile après. J’ai eu quelques périodes de doutes. Comment garder mon authenticité en effaçant mon accent ? Et puis j’ai commencé à passer des castings et au final ça a marché. Pourtant je me dis, après chaque film, que ça peut être le dernier. Mais pour le moment, ça va ! »
Le film a été très bien accueilli à Cannes…
Ca fait chaud au cœur et j’en ai pleuré lorsque j’ai vu la salle debout qui applaudissait. Quand un réalisateur américain comme James Franco vient vous féliciter et vous fait un câlin, ça fait du bien ! Même si ça n’est pas que la première fois que je viens à Cannes, hors compet’, en sélection officielle, à la quinzaine, j’ai fait « Un certain regard avec « Météors ». Tout ça donne la motivation de continuer.
Et monter les marches ?
Quand on voit des gens comme Léonardo di Caprio les monter, on se dit « Pourquoi moi ? »
Mais justement, ça m’a très vite fait basculer dans l’idée que je devais faire attention, car rien n’est acquis, rien ne sera jamais acquis. Il faut sans arrêt se remettre en jeu. »

Un mec qui a la tête sur les épaules mais qui, pour l’instant, a le vent en poupe puisqu’en début d’année il reprend le rôle d’une série d’Olivier Marchal qui a cartonné « Pax Massilia », qu’il va tourner un long métrage avec le réalisateur belge Fabrice de Welz et il y en a un autre en projet mais c’est top secret !
Il faudra attendre !
Propos recueillis par Jacques Brachet


Jocelyn RAMIREZ… L’obsession cinéma

Quentin est un jeune garçon de 18 ans dont la passion est le cinéma. Il est amoureux de Marie et lorsqu’en option du bac, il décide de tourner un court métrage, « Le scénario de l’amour » il lui propose de jouer le rôle féminin.
C’est le scénario du film de Jocelyn Ramirez qui, comme son héros, a tourné ce court métrage dans le cadre de son bac. Les ressemblances entre Quentin et Jocelyn s’arrêtent là mais ce film permet au jeune réalisateur de 18 ans, d’obtenir un prix à son propre bac.
Et sa belle histoire commence !
Du coup, Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumières du Sud » décide de l’inviter à l’ouverture de la saison, lundi soir au Six-N ’Etoiles.
Un court métrage déjà bien maîtrisé malgré le jeune âge du réalisateur, un grand gaillard discret, encore un peu timide mais déjà très déterminé et qui est loin d’en rester là.
J’avoue que j’ai aimé son film plein de tendresse et d’émotion, dont on ressent déjà cet amour du 7ème Art. Et j’avoue aussi aimer rencontrer ce jeune sanaryen attendrissant, dont, dit-il, le cinéma est une obsession.

« Jocelyn, raconte-moi ta jeune histoire d’amour avec le cinéma
J’ai 18 ans mais j’ai fait ce film alors que j’avais 17 ans. Et depuis l’âge de 11 ans, j’ai toujours été passionné par le cinéma, sans vraiment savoir pourquoi…
Il n’y a personne dans ta famille qui te l’ait fait aimer ?
Non, personne dans mon entourage n’est cinéphile, de près ou de loin et je ne sais toujours pas pourquoi j’ai décidé d’aller voir tous les films que je pourrais voir. Je suis passé de 5 films en 2018 à 200 films en 2019 ! A partir de là je me suis dit que je serais réalisateur et scénariste. C’est une vraie passion et je ne sais pas pourquoi !
Ce premier film est donc biographique ?
Il a des aspects biographiques même si ça ne l’est pas vraiment car l’histoire d’amour n’est pas la mienne. Dans ce film, je voulais surtout montrer l’importance du cinéma, de la passion en général. Il montre à quel point ça peut nous aider à aller plus loin. Quentin à quelque chose de moi mais je pense que chaque film nous ressemble quelque part. Dans tout ce que j’ai fait à partir de ce moment, depuis mes 11 ans, toutes mes sorties, toutes mes rencontres, je les ai faites dans l’optique de pouvoir un jour vivre de ce métier.

Ce premier court métrage est venu comment ?
J’ai écrit ce scénario pour le bac, comme dans le film. Puis, j’ai essayé de le professionnaliser  en lançant une campagne Ulul, sorte de cagnotte en ligne, en échange d’une contrepartie. J’ai récolté 3.000 Euros, ce qui m’a permis de payer mes acteurs, des chefs de postes et de faire un film qui soit mieux techniquement et artistiquement. C’est très peu pour un court métrage.
Ça coûte combien en général ?
En France, en moyenne, ça coûte 140.000 Euros… On en est loin !
Mais bien sûr, je l’ai fait pour mon bac mais surtout pour qu’il devienne en quelque sorte une carte de visite pour le présenter dans des festivals. Depuis, j’en ai fait un deuxième, un petit film de trois minutes  , (« Le scénario de l’amour » fait un peu plus de dix minutes) que j’ai présenté au Fort Balaguier à la Seyne et qui a gagné un prix…
Mais c’est la gloire !
(Il rit) Le premier a été sélectionné au festival « Jeunesse en court », à Villeneuve les Maguelones dans l’Hérault , sur 1.200 films reçus, j’ai été sélectionné et j’ai reçu le grand prix !
Dis-donc, ça démarre fort pour toi !
Je me suis donné les moyens, c’est une vraie passion, c’est même une obsession. Le but est de pouvoir faire connaître ce film et de pouvoir continuer à faire ce que j’aime et peut-être aussi trouver un producteur. Ce film est en autoproduction grâce à cette cagnotte, mais je ne peux pas continuer comme ça si je veux en vivre.

Parle-moi de ces deux comédiens qui sont formidables
Ce sont Gaspar Zabela-Guyot et Emilie-Rose Paoli.
J’avais fait plusieurs castings sur deux semaines, avec une agence, j’avais aussi repéré des profils en ligne. Il y avait quelques profils assez intéressants mais on n’a pas eu vraiment de coup de cœur. Jusqu’à ce que je me retrouve à une conférence au festival « Tout court » d’Aix-en-Provence. Je remarque alors plusieurs profils qui pourraient ressembler à Quentin. Puis je tombe sur Gaspar et Emilie qui sont un véritable couple. Ils avaient déjà joué dans un court métrage. Coïncidence de fou car ils avaient le look que je cherchais, cette alchimie qu’il y avait entre eux dans la vraie vie. Elle est plus à l’aise que lui qui est plus timide et c’était exactement ce que je cherchais.
En plus, pour eux c’était naturel. Ils ont été d’accord pour faire un casting et d’ailleurs, ils ont même improvisé quelques dialogues qui correspondaient tout à fait au film. Ils avaient vraiment compris les personnages. Par contre, ils n’ont pas encore vu le film !
Et ce « petit » film de trois minutes sans dialogues…
Que je viendrai présenter à « Lumières du Sud » avec mon comédien. Il s’intitule « Sous tes yeux ». Il a gagné le coup de cœur du jury présidé par Chantal Fisher. Je l’ai réalisé pour le concours de l’école de la Ciné-Fabrique, en reprenant la même équipe dont mon chef opérateur Yohanan Robberechts.
Nous avons tourné cachés dans le métro car c’est interdit. Nous l’avons réalisé et terminé en moins de deux semaines !
Où  « Le scénario de l’amour a-t-il été tourné ?
Sur trois lieux : Sanary, la Ciotat et Ollioules. Pour l’équipe j’ai rencontré le collectif Radio Sardines que j’ai rencontré à l’Eden à la Ciotat et au festival d’Angoulême. Ils m’ont vraiment accompagné sur la préparation du film. C’est en quelque sorte une coproduction. Nous avons tourné sur trois jours pour quatorze minutes… C’est pas mal non ? Mais ça a été intensif. »

Jocelyn entouré de sa mère et de Pascale Parodi

Intensif mais on voit le résultat !
Aujourd’hui, le voici qui s’en va à Paris faire ses études à la Sorbonne Nouvelle en licence de cinéma, et en parallèle, il bûche sur un nouveau scénario sur le milieu des humoristes, un milieu qui l’intéresse et qu’ii veut traiter de manière plus dramatique, sur leur solitude et cet attachement qu’ils ont à leur personnage. Il veut développer cette idée de clown triste.
Voilà où en est ce très jeune  réalisateur  qui nous promet de beaux moments cinématographiques, je n’en doute pas. Quand talent et passion font bon ménage, ça ne peut que lui donner un bel avenir !
Propos recueillis par Jacques Brachet

« Une place pour Pierrot », le film bouleversant
d’Hélène MEDIGUE

Camille, (Marie Gillain) est avocate. Elle vit avec sa fille Emma (Mathilde Labarthe), son frère ainé Pierrot (Grégory Gadebois) qui est autiste et vit dans un centre où on lui injecte des tas de médicaments pour avoir la paix.
Elle décide alors de le prendre chez elle, un petit appartement où ils vivent donc à trois l’un sur l’autre.
Dans un sentiment de déni, obsédée, elle pense qu’elle va s’en sortir et veut à tout prix le protéger, au point qu’elle a quitté son mari Adrien (Vincent Elbaz) tant elle est centrée sur ce frère gentil mais encombrant et sa fille est elle aussi en train de craquer.
La vie devient infernale pour tout le monde et son ami Gino (Patrick Mille) lui propose de le faire entrer dans une ferme tenue par sa sœur Mathilde (Marianne Basler) et son compagnon, Adrien (François Vincentelli) qui s’occupent de jeunes handicapés et les forment aux métiers de l’agriculture.
Est-ce que Pierrot va accepter de se séparer de « sa sœur Camille et sa nièce Mathilde ?
Une nouvelle vie pourrait s’ouvrir pour lui et elles.
Ce film, signé d’Hélène Médigue (qui joue un petit rôle dans le film) est bouleversant. La partie où tous trois vivent dans ce minuscule appartement est oppressante, chacun vivant mal l’un sur l’autre.
Et puis, c’est la campagne qui s’ouvre à Pierrot, un travail, des gens nouveaux qu’il côtoie et il peut même aller à la mer. Mais il est séparé de sa famille et a du mal à le supporter. Pierrot va-t-il trouver sa place ?
L’histoire nous laisse dans l’incertitude tout au long du film avec cette peur que Pierrot, pas toujours maître de lui, fasse des bêtises, Camille étant toujours sur le qui-vive et faisant des erreurs dans son métier pendant que les notes d’école d’Emma s’effondrent.
Un magnifique film sur la vie d’une famille qui est chamboulée par cette maladie et Hélène Médigue n’a pas cherché loin son sujet, son frère étant atteint d’autisme.
Des comédiens magnifiques, Grégory Gadebois qui nous offre une performance incroyable, Marie Gillain qui est à la fois attachante et énervante, tant elle obsédée par ce frère, et l’on retrouve dans des seconds rôles de magnifiques comédien, dont un François Vincentelli hirsute et barbu loin de ses rôles de mec beau et élégant et une Marianne Basler sans fard, belle aussi, qu’on retrouve avec plaisir.
Et encore un plaisir : la venue au Six N’Etoiles de Six-Fours d’Hélène Médigue, comédienne, réalisatrice, auteure que l’on a pu voir au théâtre, au cinéma, à la télévision… Avec qui j’ai beaucoup d’amis en commun.

« Je voudrais tout de suite préciser – nous confie-t-elle – que ce n’est pas un film sur l’autisme. La thématique du film est sur les aidants et c’est toujours comme ça que je le présente. Ce film existe parce que j’ai voulu parler de ce qui nous relie. Les aidants, ça relie à la fois dans un rapport avec une personne différente une personne malade, ou en fin de vie, qui traverse une dépression, que l’on aide. C’est ce que j’ai essayé de traiter en demi-teinte avec Marie Gillain. Si l’on n’accepte pas sa nature profonde, ses émotions, on ne peut pas être là pour l’autre.
C’est pour cela que j’ai créé ce personnage de femme avocate qui a besoin de faire justice, qui est beaucoup dans le contrôle, qui a quitté le père de sa fille pour de mauvaises raisons, qui est dans ne forme de déni, parce qu’elle priorise en fait ce qui l’a construite. Lorsqu’on grandit avec ce type d’épreuve, ça bâtit souvent notre identité.
A quel moment, dans l’existence – et ça c’est totalement universel – peut-t-on être libre de sa filiation, de l’environnement dans lequel on a grandi. A quel moment on s’en rend vraiment compte. C’est tout cela qui a motivé ce film.
Et surtout, aussi, ce que vous avez vécu avec un frère autiste ?
J’ai bien sûr vécu avec mon frère, notre différence d’âge a été un cadeau. Lorsque je suis née il avait 11 ans et j’ai découvert le monde à travers lui. Ce lien est très poétique et n’a rien à voir avec Pierrot. Pierrot est un autiste typique, ce n’est pas un petit génie mais ce que m’a vraiment apporté mon frère, c’est sa vérité, sa fragilité qui apporte quelque chose d’authentique. Ma façon d’aborder le monde, mon métier.
Les autres personnages du film sont tous en quête d’une transformation, se cherchent et les deux personnes qui dirigent cette ferme, sont des personnes brisées, fragiles, qui vont se reconstruire avec les autres, tous ensemble.
Il y a en fait deux étapes dans le film : Pierrot en ville, avec son casque puis à la campagne, sans casque, qui découvre autre chose
L’image, en fait, délivre ce qui n’est pas dit. C’est ça qui fait que j’ai envie de faire du cinéma.. Je crois que je fais un vieux cinéma car mes référence sont par exemple Claude Sautet, qui film merveilleusement les groupes. C’est Woody Allen qui tourne la caméra dans le couloir, qui part d’un huis clos pour s’ouvrir à la vie.


Tous vos comédiens de second plan sont magnifiquement choisis, dont votre fille Mathilde…
(Rires)… Qui n’est pas mal ! J’ai eu de la chance que tous disent oui.
Quant à Grégory Gadebois, il est époustouflant !
Je ne suis pas certaine que j’aurais fait le film, s’il avait dit non ! Je lui tout de suite proposé le rôle car je crois que c’est le seul acteur en France qui pouvait incarner un tel rôle. Il a un regard. C’est un Stradivarius.  D’ailleurs, on ne le dirige pas vraiment… Ce qui était merveilleux c’est qu’on était d’accord sur le fait qu’il ne jouait pas une personne autiste. On a travaillé à travers la sensorialité la temporalité, la poésie, la part d’enfance. Je voulais qu’on puisse l’identifier à ce personnage. C’est un acteur organique.
Et Marie Gillain, qui est aussi magnifique ?
Elle aussi a été la première à qui j’ai fait lire le scénario. Lorsque Grégory a dit oui, je lui ai dit que je voulais Marie. En fait, ils avaient déjà tourné ensemble dans « Les choses simples ». Ils avaient une scène où ils dansaient, ce qui était un supplice pour lui mais le regard de Marie l’avait entièrement libéré. J’avais très envie d’elle et elle m’a comblée car ce qu’elle fait dans le film est très difficile…
Et alors qu’elle n’est pas maquillée, qu’elle les cheveux tirés, elle est belle, lumineuse…
… Et bien filmée !!! Les mots sont une chose mais moi je veux toute l’intériorité de ça. C’est très difficile, ça demande de vraiment construire le sous-texte d’une séquence. J’ai pu faire avec elle (et avec les autres) un travail très précis, le parcours de chacun, le lien avec chacun. Sans vraiment de répétition, on creusait et Marie qui est sans cesse « up and down », il fallait qu’elle aille très loin, qu’elle s’abandonne Elle travaille sans béquille. Elle est exceptionnelle. C’est un cadeau, cette femme !

Pour moi, ils sont tous artistes dans ce film ! A partir du moment où ils sont dans mon film, ce sont des artistes ! D’autant qu’il n’y a aucune improvisation. J’ai mis en place un dispositif qui a fait qu’ils puissent être à la fois en immersion, dans les séquences, dans les décors, dans le travail qu’ils devaient accomplir, avoir des liens tous ensemble et avec l’équipe. Ils ont vraiment fait un travail d’interprètes. Il n’y a pas d’impro.
Le choix de la chanson de Julien Clerc « Ce n’est rien » ?
C’est la chanson de Pierrot, lorsqu’il monte un peu en tension, ça l’apaise, ça le fait redescendre. Et ça, je l’ai observé chez beaucoup de personnes. C’est une chanson thérapeutique et je trouve ça très  cinématographique. Et « Ce n’est rien », c’est une chanson qui rassemble dans l’inconscient collectif. C’est la métaphore de comment on traverse  l’ombre et la lumière. Ce n’est rien, tout passe… Et je trouve qu’il a une voix rassurante. C’est une chanson joyeuse qui est dans une cadence de vie et elle dit quelque chose de très spirituel.
En  dehors de ce premier long métrage de fiction, je trouve que vous avez un cursus remarquable entre cinéma, documentaires, théâtre, télévision, écriture…
Vous êtes gentil mais vous savez, je fais surtout beaucoup de projets liés à une nécessité. Déjà, en tant que réalisatrice, je ne pourrais pas réaliser une commande. Ce film n’était pas pour moi une nécessité au départ. Si ce film existe c’est grâce à mon producteur Christophe Rossignon. Lorsqu’il a vu « On a 20 ans pour changer le monde », il m’a proposé de passer à la fiction. J’ai dit « banco » mais on n’a pas eu les droits pour un livre que je voulais adapter. Du coup, pas de sujet et au bout d’un an il m’a proposé de faire un film autour de la petite fille que j’étai, qui observait son grand frère autiste. Et vraiment, je n’avais pas du tout envie de faire ça. Pourtant, au bout de trois semaines, un sujet est né, qui avait une dimension universelle et surtout pas réduit à un film sur l’autisme »

Hélène Médigue en compagnie du Dr Curti qui a animé le débat après la projection

Vous avez aussi créé « La Maison de Vincent ». Vous pouvez nous en parler ?
Ce sont des lieux comme celui du Lubéron, à taille humaine. Il y a entre sept et dix résidents, en internat ou en accueil de jour, ou encore en stage et la mission de l’association est d’entourer ces gens par des personnes formées à l’autisme, en lien avec un projet inclusif qui soutient la condition écologique où ils vendent les produits sur le marché. Il y a dans la première maison une épicerie au rez-de chaussée de la maison, afin de leur permettre de prendre leur place dans la vie de tous les jours, accompagnés par des équipes et tout cela permet la réduction de la médication, des troubles et le développement de l’autonomie »

Propos recueillis par Jacques Brachet


 Çağla ZENCINI & Guillaume GIOVANETTI
en toute confidence en toute confidence

Arzu est une jeune femme en instance de divorce, son mari voulant lui enlever la garde de son fils.
Pour vivre, elle travaille dans un call center érotique à Istanbul quand un séisme survient. Elle est alors appelée par un jeune garçon bloqué sous des décombres, qui demande de l’aide. Elle va tout faire alors pour le sauver, en appelant le procureur, plus que douteux et va se retrouver dans une spirale infernale où elle-même risque sa vie.
Le film est un huis clos, une sorte de thriller à la Hitchcock, oppressant, plein de dangers et de coups de théâtre dans lequel la jeune téléphoniste va de charybde en scylla, prenant de véritables risques pour sauver le gamin, risquant même sa peau, ne sachant pas dans quel guêpier elle s’est mise.
Jusqu’à la dernière image de ce film intitulé « Confidente », est suspendu à l’histoire. Les plans serrés ajoutent à l’angoisse suffocante de cette femme enfermée dans cette pièce. Angoisse que les réalisateurs nous communiquent. Les regards de cette femme qui a, à la fois, une peur immense mais un courage incroyable sont d’une grande intensité.
C’est un film signé d’un couple franco-turc : Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci . La comédienne Saadet. Aksoy y fait une performance digne de la grande et belle actrice qu’elle est.
Un film inattendu, hors du commun alors que l’action se passe entre une femme et un téléphone, ce qui pourrait d’ailleurs être une pièce de théâtre mais dont les réalisateurs ont fait un vrai film d’angoisse.
Sortis de la projection avec peine, tant on a le souffle coupé, l’on retrouve nos deux réalisateurs, beaux et souriants comme si de rien n’était !
Ils en sont à leur quatrième film et à leur quatrième visite au Six N’Etoiles grâce à Noémie Dumas, la directrice et Pascale Parodi, présidente de « Lumière(s) du Sud, avec qui ils sont devenus complices et amis.

« D’ailleurs – nous dit Guillaume en riant – nous avons signé pour les dix prochains films ! »
Après nous être remis de la projection, j’ai aussitôt pensé à Hitchcock !
Guillaume : C’est flatteur mais vous savez, ça fait partie de notre cinéphilie, ce sont des codes que nous avons intégré, c’est plus ou moins en nous, ces grands films. Ce n’est évidemment pas forcément conscient lorsqu’on écrit un film mais c’est quelque part dans nos neurones.
Avant de parler du film, parlons de vous…
Çağla : C’est notre quatrième film de fiction et tous sont sortis en France. Après, c’est vrai que nous venons du documentaire, nous avons aussi fait des courts métrages de fiction. Notre premier long métrage date de 2012, il a été présenté à Cannes… Et déjà à Six-Fours !
Et depuis, nous avons un pacte de fidélité avec le Six N’Etoiles !
Dans votre cas comment, un Français rencontre une Turque ?
Guillaume : Nous nous sommes rencontrés en Turquie en 2001 dans un lieu complètement improbable : l’ambassade de France. Elle y travaillait et moi je suis venu pour faire un stage dans le cadre de mes études. Nous voulions laisser tomber ce qu’on faisait et choisir une autre voie. Après moult rebondissements, comme dans le film, nous avons décidé d’essayer de faire des films.
Comment êtes-vous venus au cinéma ?
Çağla : Il est ingénieur, je suis économiste, donc loin du cinéma. C’est lui qui m’a dit de venir en France faire du cinéma. J’étais dubitative car pour moi, le cinéma était un vrai métier et nous en étions loin.
Guillaume : Il faut dire qu’avant j’avais développé une cinéphilie et elle avait chez elle une montagne de cassettes de films.
Commençant par des documentaires, qu’est-ce qui vous a poussés à la fiction ?
Çağla  : Lorsqu’on fait des documentaires, on prétend qu’on montre la réalité mais à partir du moment où on pose la caméra, les gens changent et ça change la réalité. Du coup nous avons commencé à faire de la mise en scène. Alors… Pourquoi ne pas faire de la fiction ?
Guillaume : C’est une évolution continue. On commence à faire de la docu et on se rend compte qu’on fait un peu de mise en scène. Du coup, on commence à leur écrire un rôle… Et on finit à faire de la « fiction sincère » !
Ce film, « Confidente », est en fait un huis clos qui pourrait faire l’objet d’une pièce de théâtre !
C’est vrai. D’ailleurs on a le droit d’adaptation mais, n’étant pas metteurs en scène de théâtre, pourquoi pas, si cela intéresse quelqu’un ?
Votre comédienne, Saadet Askoy, est exceptionnelle ! Comment est-elle venue sur ce film ?
Caslar : Nous la connaissions depuis longtemps et nous avions envie de travailler avec elle. Nous n’en avions pas eu l’occasion. Il faut savoir que nous travaillons pour les acteurs, avec leur visage en tête. Déjà, nous voulions travailler avec elle pour notre précédent film « Sibel ». Ça n’a pas pu se faire. Pour ce projet, nous l’avons contactée, elle a voulu lire le scénario et tout de suite elle nous a dit : « Ce film est pour moi » !

Vous avez bien fait. Elle a un talent fou et en plus elle est belle alors qu’elle est peu mise en valeur.
 Çağla : Elle n’a aucun maquillage, pas même un fond de teint !
C’est vous deux qui avez écrit le scénario ?
Guillaume : Oui. Contrairement à nos films précédents, là nous sommes dans la fiction. La seule dimension véritable, c’est la date du tremblement de terre qui a eu lieu à Istanbul mais tout ce que l’on brode autour a été provoqué par le fait qu’il y a deux ans, il y a eu un autre terrible tremblement de terre dans le sud-est de la Turquie. Caslar y était alors, pas moi, et elle a donc vu les échos malheureux des conséquences, des dégâts matériels et humains et de tout ce qui s’est socialement passé après. L’histoire se répétait de façon identique 25 ans après.
C’est ce qui vous donné l’idée de départ de ce film ?
Guillaume : Oui, nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire en tant que cinéastes. Nous avons décidé de prendre ce sujet à bras le corps et de révéler certains nombres de choses. Nous avons donc pensé  raconter l’histoire du tremblement de terre de 2023 en le plaçant en 1999.
Le départ du film est un peu glauque puisque Arzu parle au téléphone avec des types qui sont, soit détraqués, soit grossiers, avec des mots très crus et violents et peu à peu, chaque coup de fil qu’elle reçoit va l’amener un peu plus loin dans ce drame
Guillaume : Notre but au départ n’était pas de montrer les horreurs du tremblement de terre. On aurait pu montrer beaucoup de choses mais on a décidé de tout garder dans le hors champ en faisant un huis clos. On s’est souvenu que dans les années 90, les hot line téléphoniques érotiques étaient extrêmement populaires en Turquie. Nous nous sommes beaucoup documentés pour être pertinents et à partir de là, il fallait garder l’attention des spectateurs. Il fallait une écriture très ténue, avec beaucoup de rebondissements, avec un montage qui suivait ce rythme-là.
Çağla : En faisant des recherches, sur ces hot line, nous avons eu des témoignages des personnes qui avaient pratiqué ça à l’époque et elles disaient toutes : « Nous, nous connaissons tout le pire de l’humanité », d’autant que les appels étant anonymes, elles recevaient tous les désirs cachés, les frustrations, les rancœurs, les dépressions… Et nous avons quand même pensé qu’en dehors de l’histoire, on parlait de femmes qui ont vécu ça durant vingt ans et ça a dû faire un effet psychologique sur elles.
Là, elle est prise entre ce fils que le père veut lui enlever et ce jeune homme qui appelle au secours sous les décombres… Et qui n’est en fait pas si sympa que ça.
Guillaume : Chaque fois qu’on choisit un personnage, ce qui nous intéresse c’est qu’il soit complexe. S’il est négatif au départ, on se rend compte qu’il n’y a pas que du mauvais en lui et inversement. Lorsqu’on creuse un peu, chaque personnage va avoir une double facette. Arzu elle-même est dans une double facette. Et les femmes qui sont au téléphone, on s’est rendu compte qu’elles étaient pour la plupart marginalisées dans leur vie sociale pour des tas de raisons et qui sont à la fois dominantes et dominées par la force des choses.
Arzu est un personnage très très fort car elle est à la fois désespérée mais aussi d’une force et d’un courage rares… A chaque fois qu’arrive un événement, on reste en haleine…
Guillaume : Ce qui a été intéressant lorsqu’on a commencé à créer le scénario, et même après, c’est qu’on s’est documenté sur les autres films de ce genre, qui mettaient des gens dans des huis clos mais tous les protagonistes étaient des hommes et nous avons voulu aller vers un personnage féminin qui arrive à trouver sa force, sa voie. C’est drôle d’ailleurs que nous nous en soyons rends compte après coup. Naturellement nous sommes allés vers un personnage féminin parce que nous trouvions qu’il ouvrait la voie à d’autres possibilités.

Alors, chose surprenante, le film est tourné en Turquie, parlé en turc et le générique est chanté par une chanteuse française !
Guillaume : (Rires) Nous aussi ça nous a surpris !
Çağla : En fait, nous voulions terminer le film par du hard rock car à l’époque il y avait une montée de groupes hard rock et même de groupes féminins. Donc je pensais à elles pour terminer le film avec des guitares et des batteries. Un jour, alors qu’on travaillait, on écoutait la radio lorsqu’on a entendu « Douce » qui porte bien son nom tant qu’on n’écoute pas les paroles qui sont très fortes, d’une grande violence et alors on s’est dit que c’était ça qu’on devait mettre. Mais lorsqu’on a décidé de contacter Clara Ysé qui a écrit et chante la chanson, elle obtenait la Victoire de la Musique. On s’est alors dit qu’on ne l’aurait jamais. Et elle a dit oui. C’est une chanteuse très généreuse et la prod a été très sympa.
Guillaume : Nous aimons travailler par contraste. Le film est un thriller hyper rythmé et d’un coup il y a cette douceur, agréable musicalement mais au niveau du sens c’est ce dont on avait besoin.
Le film a été tourné à quel endroit ?
Çağla : A Ankara, dans la maison secondaire de mes parents. Après le décès de mon père, ma mère ne voulait pas y retourner. La maison était vide, j’ai demandé à ma mère de pouvoir l’utiliser. Elle a dit oui à condition de lire le scénario. Vu le sujet on s’est senti un peu mal à l’aise.
Mais elle a dit oui. On commence à faire tomber un mur pour agrandir l’espace et la voilà qui arrive. Elle me dit alors : « Je n’avais pas pensé à ça… Alors je veux être là tous les jours ! »
Je lui dis que le seul moyen d’être là est de jouer dans le film. Du coup, ma mère, ma tante, leurs meilleures amies, les copines de mon frère sont venues jouer les opératrice du hot line !!!

Elles n’étaient pas choquées de dire ce dialogue ?
Guillaume : Au contraire de ce qu’on pensait ! Nous, nous adorons travailler avec des non-comédiens mais là, vu le sujet, on avait un peu peur de leurs réactions. Et pourtant elles ont joué le jeu… Elles ont même inventé des dialogues et elles ont été extrêmement créatives !!! Elles se sont données à fond tout en tricotant !
Même Saadet trouvait que le dialogue « Pouvait mieux faire », elle a trouvé des personnes qui faisaient du sado-maso et elle a chopé leurs dialogues !
Alors que le sujet ne s’y prêtait pas du tout, on a tourné dans une atmosphère familiale. Certaines femmes venaient avec leurs petits enfants qu’on faisait sortir pour le tournage.
Vous êtes donc un couple, et donc vous travaillez ensemble. Comment ça se passe ?
Çağla, étant un couple dans la vie, notre travail se déroule vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble. On s’engueule beaucoup mais ce qui nous aide, c’est que nous n’avons pas fait d’études de cinéma, nous avons appris ensemble à écrire, tourner, monter  et toutes ces capacités, nous les avons développées ensemble. Nous sommes totalement complémentaires et nous ne pouvons rien faire l’un sans l’autre.
Guillaume : Et ça fait vingt-trois ans que ça dure ! »

Magnifique couple qui nous offre un film qui nous tient en haleine jusqu’au bout… Et ce n’est pas fini, tant ils cogitent plein de projets, dont trois sont sur la table : le premier est un film d’art martial de genre et d’auteur dont le rôle principal sera tenu par une athlète de Kung Fu qui va essayer de transmettre le calme et la philosophie aux femmes, pour leur permettre de se reconstruire. Le second est une tentative de long métrage à partir du court métrage tourné il y a dix ans sur un ouïghour s’est enfui en France refaire sa vie, aidé par un chinois de Hong Kong. C’est un thriller géopolitique. Le troisième projet se passe en Corée du Sud, une quête historique d’une jeune femme turque qui vient rechercher les traces de son grand-père supposé mort.
Trois films, trois voyages, trois histoires très différentes qui vont encore les mener à voyager… Mais qui feront escale à Six-Fours pour chacun, promis !
Alors… A bientôt !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Justine, responsable de la communication et Noémie Dumas directrice du Six N’Etoiles, Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti, les réalisateurs, Pascale Parodi, présidente de « Lumière(s) du Sud





Mission Locale de l’Ouest Varois…
Des graines de stars !

Les missions locales existent dans toute la France, entre autres, sur l’Ouest Varois, présidé par Patrick Perez, adjoint au maire de Six-Fours.
La Mission Locale a reçu cette année le prix « Graines de cinéma » du festival national Vox Milo, grâce à une équipe de jeunes adolescents qui ont créé de bout en bout un court métrage « Parle-moi » dont le thème était la santé mentale.
Une équipe s’est donc créée pour écrire le scénario et réaliser le film.
C’est ainsi que, soutenus par l’association « Lumière(s) du Sud présidée par Pascale Parodi et le Six-N’Etoiles, dirigé par Noémie Dumas qui soutient les jeunes talents, le film (Un court métrage de sept minutes) a été présenté au public, réunissant toute l’équipe du prix, soutenue par la directrice de la Mission Locale, Catherine Rossi, suivi d’un film choisi par « Lumière(s) du Sud pour clore la saison, « Ollie » d’Antoine Besse, qui allait tout à fait dans la direction du court métrage, sur le mal être d’un jeune écolier qui a perdu sa maman, harcelé par des garçons de sa classe, passionné de kart, qui va rencontrer un type paumé lui aussi passionné de kart.
Un très beau film à la fois violent et émouvant où la passion du kart et l’amitié de ces deux paumés de la vie vont triompher.
Quant au court métrage il donne un film très abouti et en fait, très professionnel, lorsqu’on sait les moyens restreints qu’ils possédaient.
Mais avant ces projections, nous rencontrons Anthony Roulois, protagoniste et meneur de jeu du court métrage, entouré de Pascale Parodi et Catherine Rossi.

Anthony, comment es-tu arrivé sur ce projet ?
Je suis entré il y a un an à la Mission Locale Ouest Var où l’on m’a proposé de faire un service civique sur la communication. C’est là que j’ai appris l’existence de Vox Milo…
Explique-nous ce qu’est Vox Milo
Ça vient de « La bonne idée », une filiale de la Mission Locale qui permet aux 16/25 ans d’exprimer un sentiment à travers une œuvre, soit, comme dans notre cas, un court métrage ou un livre audio, ou encore un post cast… En fait, ce peut être tout et n’importe quoi selon les idées ou les envie de chacun.
Et quel est ton rôle dans ce projet ?
Le but était de mettre toute l’équipe sur un pied d’égalité, de participer au scénario tous ensemble… Nous avons parlé de longues heures sur le déroulement du tournage, chacun, par la suite, apportant ses idées et son expérience, l’un écrivant les musiques, un autre, spécialisé dans le dessin et la colorimétrie, puisque des images se mêlent au film, une autre a écrit le scénario définitif. Moi, je me suis occupé de tout ce qui est le montage vidéo, dont je ne connaissais rien à la base… Et voilà !
L’équipe est formée de combien de participants et de quel âge ?

Nous sommes huit entre 19 et 25 ans… C’est moi le plus vieux !
Comment chacun a été choisi ?
Simplement de la manière dont ils ont eu envie de s’exprimer et de partager. Nous avons fait des ateliers pour savoir qui était intéressé et on a réuni les personnes choisies. Il y a eu une excellente cohésion.
Ils ont été choisis en fonction de ce que chacun voulait faire ? C’était plus pour leur personnalité et ce n’est qu’après que chacun s’est découvert des talents, des affinités, comme l’animation 2D que le jeune a appris à faire sur le tournage parce qu’il dessinait bien. On a eu la chance de réunir des personnes talentueuses.

Ça vous a demandé combien de temps ?
Déjà deux, trois mois pour tomber d’accord sur l’écriture du scénario, à raison de  quatre, cinq heures par semaine car ce n’était pas toujours facile de réunir tout le monde en même temps. Et l’on avait à cœur que chacun ait sa petite saynète à lui et libre à Malo Pelletier et moi, de faire en sorte que ça se corrèle bien afin que le projet soit quelque chose d’homogène. Et puis il y a eu un mois et demi de tournage. Là aussi, on voulait que tout le monde puisse assister au tournage. Et là encore, des idées sont venues de chacun.
Il n’y a qu’un seul comédien ? Oui, c’est Malo Pelletier, dont on suit son cheminement.
Le sujet de la santé mentale est venu comment ?
Nous nous sommes rendus compte en parlant que, certains d’entre nous avaient vécu ce problème, soit qu’on connaissait quelqu’un qui avait vécu cet isolement social. Vous avez remporté ce prix devant d’autres projets cinématographiques ?
Dans le Var il n’y en avait qu’un mais il y a eu je crois 80 films en compétition sur toute la France.
Le concours s’est déroulé à quel endroit ?
D’abord sur l’île de Lerins puis dans une salle de cinéma à Cannes et à Saint-Tropez.
Pendant le festival  de Cannes ?
Non mais les gagnants avaient la possibilité de participer une semaine au festival de Cannes. Deux d’entre nous y sont allés.
Où peut-on voir ce film, hormis ce soir au Six N’Etoiles ?
Pour le moment sur les réseaux sociaux. Ils seront présentés ici cet été en première partie de projections.
Et toi, Pascale, comment t’es-tu branchée sur cette soirée ?
Avec Noémie, nous devions présenter « Ollie » en clôture de notre saison et lorsqu’elle m’a parlé du projet, depuis le temps que je rêve des faire des premières parties d’un film avec des courts métrages, ça tombait exactement dans ce que je voudrais faire à l’avenir. J’avais raté « Ollie » à Cannes car on ne peut pas tout voir, hélas. J’étais un peu frustrée de ne pas l’avoir vu et je l’ai proposé à Noémie. Après l’avoir visionné et quand Noémie m’a parlé de ce projet, j’ai trouvé que tout collait parfaitement au sujet puisque les deux films parlent de la difficulté de s’intégrer, du harcèlement, de l’enfermement.

Anthony, est-ce que cette expérience, a permis à chacun de trouver sa voie ?
A mon niveau, a uparavant j’étais dans l’informatique, maintenant j’aimerais m’orienter vers le montage vidéo.
Parmi les autres, ça a suscité d’autres vocations ?
Oui, bien sûr. La personne qui s’occupait de la colorimétrie a le rêve de partir vers le cinéma, celui qui a fait la musique, qui était plutôt DJ, s’est mis à la composition, celui qui s’occupait de l’animation était à la base seulement sur du dessin papier, aujourd’hui il fait de l’animation pure et il a déjà quelques contacts.
Catherine Rossi, parlez-nous de cette Mission Locale dont vous êtes la directrice…
La nôtre est donc basée à la Seyne-sur-Mer et l’on intervient sur les treize communes de l’Ouest Var. Nous avons sur l’année accueilli 2800 jeunes et l’on en accompagne 2600 sur des projets. On a à peu près mille accueils par an de 16 à 25 ans. Ce que nous faisons, c’est de l’accompagnement global sur des jeunes sans situation, sans formation, qui sont en recherche d’emploi, mais qui peuvent aussi avoir des problématiques sociales, de mobilité ou de santé.
Que font-ils une fois chez vous ?
D’abord, nous repérons tous les freins qu’ils peuvent rencontrer puis nous avons plusieurs degrés d’accompagnement pour nous adapter au plus près aux demandes des jeunes, leur donner confiance en eux, leur offrir des formations et les accompagner  vers des emplois, des entreprises chez qui ils sont reçus. Nous avons fait l’an dernier entre 450 et 500 immersions dans des entreprises.
Il y a des jeunes qui n’ont pas d’idées de ce qu’ils veulent faire, d’autres qui ont des idées mais n’en voient pas la dimension, d’autres qui changent en cours de route. »

Et justement, le soir de la présentation du film, toute l’équipe était là, heureuse de voir l’aboutissement de ces mois de travail en commun. Une belle équipe de jeunes qui, pour la plupart, ont découvert une passion, un chemin qu’ils vont pouvoir suivre, et dont ils feront peut-être leur métier.
Et lorsqu’on voit ce film qu’ils ont réalisé avec peu de moyens et beaucoup d’imagination, de passion, de talent on imagine que l’on retrouvera certain au générique de films à venir !

Jacques Brachet

« 7 jours en juin » : De bruit et de fureur

Sonia Perez, Laurent Guiot, Franck Rasamison, Laurent et David Aboucaya, Alain Marseglia, Lydie Manzano
camera-woman, Manuel Gonçalves, Anthony Wauters

Nous sommes le 6 juin 1944 dans un petit village de Normandie, Graignes, où des parachutistes américains sont largués dans les champs et les marais, à trente kilomètres de Gourbesville, la zone prévue pour le largage. Ils vont rencontrer les autochtones qui vont leur venir en aide, au péril de leurs vies.
C’est un film fort, spectaculaire, superbement maîtrisé, signé David Aboucaya qui n’en est pas à son premier film de guerre. Un film plein de violence, de bruit, de sang, mais aussi beaucoup d’émotion et d’humanité entre ces soldats perdus et ces villageois apeurés qui vont se défendre ensemble becs et ongles, dans la peur mais aussi la fraternité, le courage, avec un seul et même espoir : celui de vaincre les nazis, sauver leur village, retrouver la paix, devenant malgré eux des héros de guerre.
David, scénariste, réalisateur, comédien, est un habitué du Six N’Etoiles et l’on a toujours un grand plaisir à se retrouver à chaque fois avec ses compagnons de route, car il n’arrive jamais seul !

« David, comment est né ce projet ?
Il est né il n’y a pas si longtemps, il y a un peu plus d’un an. Au départ, je voulais faire un film sur un épisode du débarquement qui n’était pas connu. Je suis tombé par hasard sur cet évènement et avec Franck Rasamison, qui un membre de l’équipe, un ami collaborateur depuis longtemps, qui habite en Normandie, nous avons commencé à voir s’il y avait des possibilités de décors qui pouvaient ressembler à Graignes à l’époque, c’est parti de là.
Où as-tu trouvé ce sujet ?  
Sur Internet. Je cherchais des histoires qui se seraient passées à l’époque du débarquement et je suis tombé sur cette histoire que je ne connaissais pas du tout. Elle m’a semblée intéressante pour plusieurs raisons : par rapport à l’histoire de ces soldats américains tombés là mais surtout par rapport aux villageois qui n’étaient pas des résistants mais des villageois lambda et qui n’ont pas hésité une seconde à apporter leur aide à ces soldats. Pleins d’éléments m’ont interpellé, comme les vétérans qui ont appelé cet épisode « Le petit fort Alamo normand »
Tu avais beaucoup de documentations sur cette histoire ?
C’était très documenté, trop d’ailleurs, car ce qui est compliqué dans cette histoire c’est qu’il y a plusieurs versions qui l’ont faite évoluer au fur et à mesure qu’on la découvrait. Il fallait donc faire le tri dans toutes ces informations.
Alors, encore un film de guerre ?
(Ca fait rire toute l’équipe !)
Tu sais que la seconde guerre a toujours été un sujet qui me passionne, alors, pourquoi ne pas continuer dans cette lignée-là, d’autant que je m’aperçois au fur et à mesure qu’il y a plein d’histoires de la seconde guerre mondiale qui n’ont pas été racontées et qui méritent de l’être pour que la mémoire continue à perdurer. Au niveau de la nouvelle génération, il y a plein de choses qu’elle ne connait pas, qui méritent d’être connues parce que ces choses-là se sont passées en France
Manuel Gonçalvès précise :
Cette histoire est connue aux Etats-Unis car les Américains en parlent et du coup elle est plus connue chez eux que chez nous. En France, il n’y a que les normands de pure souche qui la connaissent. Ce sont les américains qui ont hâte de voir le film et qui nous ont envoyé des messages nous disant qu’il étaient heureux qu’il y ait un film qui raconte cet épisode.

Le village dont vous parlez n’existe plus ?
Il a été détruit et pas reconstruit. Il ne reste que le seul point de vue extérieur que l’on voyait de Graignes. Ce qui reste, c’est le monument que l’on voit à la fin du film. Mais il était impossible de tourner là-bas car il n’y a plus rien. Franck, qui habite Azeville, m’a envoyé des photos, nous y avons fait des repérages en nous apercevant qu’on pouvait y recréer ce qui pouvait ressembler à Graignes à cette époque-là car il n’y a plus rien qui ressemble au Graignes de l’époque. Nous avons eu la chance que le maire nous ait accompagnés et aidés comme jamais, ce qui a permis le tournage dans des conditions idéales.
Manuel : Il était heureux de nous recevoir, de nous aider et ça a donné une vie à son village de trente habitants. Il y a une cinquantaine de figurants  qui ont bien voulu participer, même lorsqu’on le leur demandait au dernier moment.
Les personnages ont-ils réellement existé ?
Oui, le maire, le curé, les soldats. Ce qu’il me fallait, c’était un point d’ancrage qui, au départ, devait être un couple, Laurent et Sonia qu’on voit dans la scène de flashback. Mais à quelques jours du tournage, elle a eu un soucis familial. Du coup c’est devenu le père qui est veuf et son fils que joue Noé Aboucaya. C’était ancré sur le quotidien d’un couple et ça l’est resté avec bien sûr un rapport différent. En fait, ils représentent beaucoup de témoignages et d’actions que j’ai pu lire
sur les villageois de l’époque.
Tu restes fidèles à tes acteurs…
… Et amis ! Manuel, je le connais depuis le lycée, nous y faisions déjà des films amateurs. Franck, je le connais depuis  le long métrage de guerre en 2005 sur « Enfer 44″. Anthony Wauters et Sonia Perez, je les connais depuis « Winter War ». Alain, je le connais depuis vingt ans.
Et le maire ?
C’est Laurent Aboucaya… mon frère !!! Par contre, il y a des gens de la famille du vrai maire, dont sa fille qui à l’époque avait 7 ans et qui  était dans l’église et qui ont pu voir le film lors des avant-premières.
Manuel, toi qui le connais bien, parle-nous de David 
C’est toujours un plaisir de travailler avec David parce qu’on sait qu’on fait des films de guerre qui ne sont pas aussi belliqueux que ce qu’il paraît car il y a toujours beaucoup d’émotion et d’humanité derrière. Il a un peu du Pierre Schoendoeffer dans la façon de filmer, à hauteur de soldat. Il fait des films qui lui correspondent.
Sonia Perez : J’ajouterais –  même que si je n’ai là qu’un petit rôle –  que j’aime la pudeur qu’il a lorsqu’il filme les comédiens. C’est rare de trouver ça chez un réalisateur, il arrive à mettre vraiment l’acteur au cœur de sa scène en laissant le temps de faire venir les émotions. Il s’efface  pour vous laisser à l’image.

Laurent Guiot
Anthony Wauters
Manuel Gonçaves

Manuel : Tout ça parce qu’il est aussi un excellent acteur et lorsqu’on fait les deux, on a un rapport différent avec les acteurs que lorsqu’on est un simple réalisateur.
David : J’avoue que sur ce film, être comédien était un peu compliqué et, devant être partout, souvent je me suis demandé : pourquoi je me suis donné cette scène ? D’autant qu’on a tourné le film en seize jours. Notre distributeur Arnaud Kerneguez a trouvé ça inouï en voyant le film car normalement ce devrait être trois mois de tournage
Manuel : Je pense que travailler ainsi sert aussi aux personnages car physiquement on est marqué par la fatigue comme l’ont dû être les vrais personnages qui ne devaient dormir non plus !
David : Ce qui a de bien sur ce tournage-marathon c’est que j’ai des gens multi-casquette. Par exemple, Franck au départ, avait le rôle du maire, mais en parallèle il s’occupait de tous les figurants qu’il gérait dès le matin, il était aussi assistant-réalisateur, il y a eu des soucis de casting, du coup on lui a proposé le rôle du capitaine Sofiane.
Franck : Je devais aussi apprendre mon rôle, je devais préparer le matos, regarder que chacun soit bien habillé, qu’il ne manque pas un bouton…
Manuel : Comme David, il était le deuxième à courir partout et il a beaucoup de patience parce que nous sommes tous inquiets avec nos uniforme et l’on vient tout le temps lui demander si ça va
De toutes façon, il y a une entente, une complicité de longue date, David ?
Oui car je ne peux pas fonctionner s’il n’y a pas une ambiance qui me convient. Il faut que tout le monde s’entende bien, qu’on puisse un peu déconner à côté, sinon, ce genre de tournage, ça ne peut pas marcher.

Laurent Aboucaya
Alain Marseglia
Franck Rasamison

Manuel : Et puis, tous les villageois nous aidaient pour les repas (Qu’est-ce qu’on a bien mangé !) pour rafistoler nos pantalons qui souffraient du tournage… Ce sont deux personnes de la famille de Franck qui s’en occupaient.
David, pour les scènes de guerre, où il y a beaucoup d’explosions, est-ce que tu as dû les refaire plusieurs fois ?
Il valait mieux qu’on répète avant, même si c’était très court, mais on tournait quand même avec trois caméras et donc on avait toujours un plan de secours au cas ou. Il y a aussi un gros travail avec les effets spéciaux..
J’imagine que vous n’avez pas brûlé les maisons ?
Manuel : Si bien sûr et le maire n’était pas content… Mais il va pouvoir créer un plan d’urbanisme !!!
Lorsqu’on fait un film de deux heures vingt, y a-t-il beaucoup de rejets au montage ?
Manuel : la totalité (Rires de tout l’équipe)
David : Pas tant que ça… Après, suite aux avant-premières, je vais avoir quelques retouches à faire car ça sert aussi ça, les avant-premières.. Mais sinon, il n’y a pas eu tellement de déchets, pas de scènes que j’ai pu oublier, après, sur certaines scènes faites quarante fois, il faut choisir.
La sortie du film ?
Normalement novembre. Nous attendons avec impatience les retours de ces séances de la presse, du public qui aura envie de voir le film… Donc… On compte sur vous ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

David Aboucaya
Sonia Perez

Lumières du Sud, de Cannes à Six-Fours

A peine remis  du festival de Cannes, Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumières du Sud » et ses deux acolytes, Isabel et Frédéric Moutet, qui sont venus y faire leur marché nous offrent leur palmarès d’une année pleine de surprises, de grands moments de cinéma, de belles rencontres qu’ils nous ont offert semaine après semaine, entre le théâtre Daudet et le Six N’Etoiles..
En tout vingt-quatre films présentés, trois en partenariat avec le cinéma, deux documentaires et de magnifiques invités, réalisateurs, comédiens, producteurs venus présenter leur film.
Et comme toute fin de saison, nous avons eu droit à rétrospective avec les bandes-annonces, autour d’un buffet préparé par les adhérents et un palmarès afin de savoir ce que chacun a pensé de cette programmation.
Et parmi tous les films proposés voici donc le palmarès de cette riche année cinématographique.

Les cinq films proposés par les adhérents sont donc les suivants :
1. L’histoire de Souleymane, de Boris Lojkine
2. Interdit aux chiens et aux italiens, d’Alain Ughetto
3. Je roman de Jim, d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu
4. Little jaffna, de Lawrence Valin
5. Vingt Dieux, de Corine Courvoisier
Le prix d’interprétation est revenu Abou Sangaré et les prix du scénario et de la réalisation ont été décernés au film « Interdit aux chiens et aux italiens.

L’on peut se rendre compte de l’éclectisme et des choix divers de ce public de cinéphiles puisque le N°1 est en quelque sorte un docu-fiction sur ce jeune guinéen qui travaille en France et attend ses papiers. Ce garçon, Abou Sangar, alors qu’il n’est pas professionnel a obtenu le César de la révélation masculine.
Le N°2 est un très joli film d’animation plein d’amour, d’humour et d’émotion, qui se passe au XXème siècle alors que les italiens émigrent en France pour reconstruire leur vie.
Le N°3 est l’histoire d’un homme qui aide une femme enceinte et délaissée par son amant, à accoucher et à élever le gosse. Jusqu’au jour où le vrai père vient le récupérer. Un film d’une grande tendresse avec un comédien magnifique : Karim Leklou.
Le N°4 est un thriller franco-indien superbement maîtrisé par Lawrence Valin qui signe aussi le scénario et en est le comédien principal. Un film à la fois violent et émouvant sur ces indiens installés à Paris dont la vie n’est pas des plus faciles.
Le N°5 est un film étrange, bizarre et iconoclaste qui se passe dans le milieu agricole du Jura… Et qui a fait se lever trois camps : ceux qui ont aimé, ceux qui ont détesté et ceux qui n’ont rien compris !
A noter que l’association nous a offert cette année un projecteur sur les films italiens, les récents comme quelques incontournable dont « Main basse sur la ville » de Francesco Rosi ou encore « Hier, aujourd’hui, demain » réalisé par Vittorio de Sica avec un duo explosif : Sophia Loren et Marcello Mastroianni.


Il était demandé au public de juger les affiches de tous les films présentés et deux sont sorties ex-aequo : « Main basse sur la ville » et « Little Jaffna ».
Evidemment nous ne sommes pas à Cannes, il n’y a pas de prix donné mais Pascale considère ce palmarès comme une sorte de baromètre qui lui permet d‘axer sa programmation vers les goûts de ses adhérents… goûts, à la vue de leurs choix, très éclectiques et qui offrent un large panel de propositions.
Déjà la saison prochaine se prépare mais avant cela, quelques séances en plein air vous seront proposées, au Brusc :
Le jeudi 17 juillet 21H30 : « Moonrise Kingdom » de Wes Anderson avec Bill Murray et Bruce Willis
Le jeudi 24 juillet 21h30 : « 9 mois ferme » de et avec Albert Dupontel avec Sandrine Kiberlin
Le jeudi 14 août 21h30 : « Les aristochats » de Walt Disney
Ces séances sont gratuites.
Encore bravo à Pascale et son équipe qui nous offrent au fil des ans de beaux films et des invités passionnants.

Jacques Brachet

Six-Fours – Six n’Etoiles 
Laurence VALIN, de Jaffna à Paris
 « Je suis allé le chercher, ce film ! »

Le film se passe à Paris, dans le quartier dit « Le petit Jaffna » dans le Xème arrondissement. Un quartier où les émigrés indiens tamouls se sont installés en quittant leur pays, Jaffna étant une ville du Sri Lanka.
Mickaël (Lawrence Valin) est un policier de racine tamoul mais né en France. De par sa couleur, on l’infiltre dans un gang tamoul pour le démembrer. Mais, comme il est entre deux cultures, il va, là aussi balancer entre les bons et les méchants auxquels, au fil des jours, il commence à s’attacher. Malgré tout, il devra aller jusqu’au bout de sa mission, à ses risques et périls.
Lawrence, qui est aussi le scénariste et le réalisateur, nous immisce avec lui dans ce quartier peu connu où les tamouls ont recréé leur monde. Et où un gang mène la danse. Un monde fait de peur et de violence où deux bandes s’opposent avec brutalité dans un monde de déracinés, où se mêlent quand même fierté, amour, fraternité. Le film est à la fois énergique, violent et poignant où notre flic balance entre deux cultures, entre humanité et sauvagerie, fraternité et violence.
Un film coup de poing, superbement maitrisé qui aurait pu faire partie d’une sélection cannoise à la place de sempiternels invités que l’on voit revenir à chaque festival.

« Lawrence, faire un film sur la communauté Tamoul… Quelle question vous êtes-vous posée ?
(Il rit) La question que je me suis posée est : Est-ce que ça va intéresser les gens ? Mon but était de mettre la lumière sur ce conflit. C’est une communauté qui est peu visible, très discrète. Il faut dire que la première génération qui a fui le conflit avait besoin de l’être pour pouvoir s’intégrer. Je suis la première génération à être né en France, j’avais besoin d’exister et de dire haut et fort que j’étais là et je pense que ce film est une manière de dire que je suis français. La seule représentation dans le cinéma français était celle de migrants. Je me suis dit qu’il y aurait une autre représentation, avec des gangsters colorés ! J’ai toujours eu envie de faire des films de gangsters et cette représentation sera la seule que je ferai car je ne veux pas stigmatiser cette communauté. C’est à la fois mon premier et mon dernier sur cette communauté tamoul.
Est-ce que ce projet a été difficile à monter, d’autant que c’est votre premier long métrage ?
Il y a quelques années il y a eu « Dheepan » de Jacques Audiard qui a eu la palme d’or à Cannes en 2015 et je me suis dit que ce serait dur d’arriver derrière ce film. Du coup j’ai mis beaucoup de temps à écrire le mien, d’autant que je n’avais pas de tête d’affiche pour le porter. J’ai donc tout misé sur le scénario et du coup, le financement a été très rapide. On n’a mis que six mois.
Vous avez quand même mis sept ans pour le faire ?
Oui, j’ai commencé en 2017 et j’ai terminé le film en juillet dernier. Et j’ai fait depuis, plus d’une trentaine de festivals, à commencer par Venise et Toronto et on a enchaîné. Le film est sorti en France le 30 avril et là il y a eu un problème : il a été considéré comme un film étranger alors qu’il a été 100% financé en France et tourné en France. Les comédiens sont effectvement franco-tamouls. C’était important pour moi de mêler les deux langues à égalité. Je ne voulais pas qu’il soit considéré comme un film du cinéma du monde. Mais ça a été un frein pour la sortie en France.

Et pourtant, ce sont des jeunes qui existent…
Oui, ce ‘est pas purement fictionnel mais ce que j’aime faire c’est mettre la lumière sur les gens qu’on ne voit pas, et c‘est vrai  qu’au sein de la communauté tamoul, les mecs de bandes c’est ce qu’on voit encore moins car on veut les cacher et moi, en tant que metteur en scène, c’est eux que je voulais voir briller. Ce qui a occasionné des tensions jusqu’à créer un boycott à la sortie du film en France.
En fait ils voulaient qu’on montre les gentils contre les méchants alors que je voulais que ce ne soit pas manichéen  car de chaque côté, forcément, dans une guerre il y a des parties d’ombre, des parties de lumière dans chaque clan. C’est ce que j’ai voulu montrer mais eux ne veulent pas l’entendre. Ce que je voulais montrer que ce qu’on considère comme des terroriste, ce sont en fait des résistants. La frontière est très fine entre les deux.
Le choix de vos comédiens, comment s’est-il fait ?
Pour la plupart des jeunes qu’on voit dans le film, c’est leur première fois. Dans les acteurs confirmés, il n’y en a que deux : Vela Ramamoorthy qui joue Aya et Radhika Sarathkumar qui joue la grand –mère deux grands acteur en Inde. Radhika est l’équivalent d’Isabelle Huppert ou Catherine Deneuve même si en France, on ne la connait pas et c’est ce qui l’enchantait. D’ailleurs, la communauté ne venait pas pour moi mais pour la voir, elle ! C’est pour moi le personnage principal du film.
Etre scénariste, réalisateur, comédien principal, ce n’est pas un peu compliqué ?
Quand on n’a pas le choix, il faut le faire ! J’avais tellement soif de jouer que c’est ce qui m’a porté tout le long. C’est ce qui m’a donné l’envie d’écrire et réaliser, même lorsqu’on me disait que ce n’était pas possible. Je suis allé le chercher ce film car, sachant qu’on n’allait pas demandé à un franco-tamoul pour faire le film, c’était une manière de créer ma place. Mon critère de départ, vis-à-vis des producteurs, était que je n’écrirais pas si je ne jouais pas dans le film.

Réaliser un premier film est, je pense, difficile ?
Ce film, je ne l’ai vraiment pas fait comme un premier film mais comme mon dernier film. Ce qui m’a enlevé toute la pression qu’on a sur un premier film en pensant à la réussite, à la critique, à la suite. Je m’en fichais en fait, je me disais que j’avais besoin de faire ce film pour moi et je serais le plus heureux de le pouvoir le faire exister. C’était très important de parler de ce conflit. Du coup, j’ai profité de chaque moment. Je voulais prendre du plaisir même si je devais me planter. En tout cas le film serait là. J’ai travaillé à tous les postes avec chaque responsable.
Alors en fait, ce ne sera pas votre dernier film ?
C’est vrai que, dès le film terminé, on a envie d’en refaire un autre ! Je suis déjà en train d’écrire le deuxième… Et le plus dur sera de le financer ! Mais avant, je vais accompagner ce film tant qu’il faudra le faire ».

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Six N’Etoiles
Laure PRADAL, réalisatrice de l’Humain

C’est un plaisir que de retrouver la réalisatrice Laure Pradal, qui vient régulièrement au Six N’Etoiles, invitée par Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumières du Sud ».
En plus du fait que nous sommes compatriotes « Ardéchois cœur fidèle », à chaque fois elle nous présente un documentaire plein de vie et d’humanité, d’émotions ou de rires, sur les gens de l’ombre et des sujets de société brulants ou plus légers.
En 2009, elle nous proposait « Village vertical », l’histoire de la Tour d’Assas de Montpellier, la plus haute tour de la région où s’entassaient  nombre d’émigrés, de sans-papiers souvent,  de déracinés qui vivaient en autarcie comme ils pouvaient, s’entraidant, entendant souvent cette phrase qui fait froid dans le dos : « Les Arabes entre eux ».
Cette année, elle revient sur la tour,  quinze ans après donc, avec « La tour fantôme ».
C’est la suite du premier documentaire dont elle en a fait qu’un, sous le titre à nouveau du « Village vertical ».
C’est vrai qu’on s’y perdait un peu et sa venue au Six N’Etoile était le prétexte de faire le point avec elle :

« Laure, au départ, je n’avais pas compris pourquoi vous reveniez sur ce documentaire qui date de 15 ans avec un nouveau titre puis la reprise du premier titre…
Pour le second, je l’avais appelé « La tour fantôme » puis en fait c’était plus parlant de revenir au premier titre qui me paraissait plus simple et plus parlant. Le public de Montpellier avait suivi le premier documentaire et donc avaient suivi « La tour fantôme ». Mais je me suis dit que pour les festivals ou les lieux dans lesquels j’allais les présenter, ce serait plus simple de n’en présenter qu’un, afin que les spectateurs voient l’ensemble des deux. Le second a existé parce que le premier existait et j’ai trouvé plus judicieux d’en faire un seul film, dans la mesure où le public n’avait pas vu le premier.
Ainsi on peut voir dans la continuité ce qui s’est passé en quinze ans…
Oui, ça a quelquefois été difficile de retrouver tous les protagonistes. Par exemple, je n’ai retrouvé que deux des enfants. Certains personnages ont disparu, d’autres ne sont pas venus au rendez-vous, certains sont en prison, d’autres encore sont décédés, sans compter qu’il y a eu le Covid..
Ça a été le parcours du combattant !
(Elle rit) Oui, ça n’a pas toujours été facile.
Dans le premier doc les enfants justement disaient : «  C’est pas une cité, c’est un quartier » mais ça reste une cité quand même ?
Oui, c’est la plus grosse tour de Montpellier et de sa région. Déjà, il y a vingt ans, il était question de la détruire, dès sa construction car il avait été constaté que la fondation n’était pas terrible. Du coup sont aussitôt nées des légendes, des rumeurs que la tour penchait !

Laure Pradal & Pascale Parodi

Par contre, cette tour, tout en étant inhumaine, possèdaient beaucoup d’humanité…
Bien sûr, car tous se connaissaient et s’épaulaient dans cette détresse, où ils vivent à part, entre eux. D’ailleurs, certaines femmes qui sont parties vivre dans des immeubles de Montpellier pour que les enfants aillent à l’école et soient mêlés à d’autres enfants, avouent qu’elles ont perdu cette entraide, cette solidarité qu’elles vivaient dans cette tour.
Mais d’un autre côté, en restant ainsi entre eux, les choses ne peuvent pas avancer, il est difficile pour eux de s’intégrer. Mais ils venaient tous du Maroc pour la plupart, ils se connaissaient et reformaient un clan, une famille. C’est un peu comme nous, lorsque nous partons nous installer dans un autre pays. On a le réflexe de chercher des gens qui nous ressemblent, qui parlent et vivent comme nous.
Alors, cette tour aujourd’hui ?
En terminant mon tournage, j’ai filmé la tour où il n’y a plus qu’une sorte de façade assez fantomatique. D’où le titre du film. Il a été relogé quelque 800 personnes, soit dans dans des villages alentour, soit au centre de Montpellier. Mais beaucoup de personnes âgées ont voulu rester dans le quartier
Vous avez filmé beaucoup de marocains…
Oui, c’étaient 95% de marocains qui vivaient là.
Beaucoup étaient français mais ils ont ce dilemme d’être considérés comme maghrébins en France et comme français lorsqu’ils retournent au Maroc
Effectivement. C’était il y a quinze ans et ça n’a pas changé. Ils sont toujours entre deux en permanence. Pour certains, leurs grands-parents étaient en France. J’ai rencontré une femme qui habitait à Lodève, au-dessus de Montpellier, qui n’avait pas connu ce problème et a découvert cette discrimination en se mariant et en faisant connaissance avec sa belle- famille.
Est-ce qu’il y en a qui sont repartis au Maroc ?
Je pense qu’il y en a très peu car là-bas ils sont considérés comme des étrangers. Ceux qui repartent, ce sont les plus âgés qui veulent terminer leur vie dans leur pays. Mais en même temps c’est compliqué car toute leur famille est en France.
Je suis en train de tourner un film sur un psychologue à Nîmes. Il est d’origine algérienne et il reçoit des primo-arrivant marocains qui sont passés par l’Italie, l’Espagne et arrivés en France, ils le regrettent. Ils disent qu’ils n’avaient pas d’avenir au Maroc mais ils se retrouvent en France à cinq dans un minuscule appartement, nombre d’étudiants sont sans papiers. En plus, ils parlent italien et marocain. C’est compliqué pour eux. Ils pensent qu’en France c’est l’Eldorado, mais ce n’est pas le cas.

Lors de votre passage au Six N’Etoiles pour présenter « Des livres et des baguettes » vous aviez montré cette jeune franco-algérienne qui avait une voix d’or. Qu’est-elle devenue ?
Entretemps j’ai fait un film sur elle et après ça elle est partie faire carrière en Arabie Saoudite mais elle n’a pas fait le métier de chanteuse d’opéra qu’elle voulait faire. Elle est devenue coach pour des chanteurs. C’est dommage. Elle essaye toujours de percer dans l’opéra mais ça semble difficile. Déjà est compliqué pour tout le monde mais pour elle il y a quelques obstacles en plus. C’est aussi un peu la course contre la montre car elle a déjà 35 ans.
Alors, vos projets aujourd’hui ?
Comme je vous l’ai dit, je tourne ce film avec un psychologue dont le thème est : comment les problèmes sociétaux peuvent influer sur le psychique des gens. Je filme dans le cabinet du psychologue, les patients de dos ou de trois quart. Mais le film est centré sur le psychologue et j’entends quelquefois des histoires incroyables. Il lui faut dénouer des intrigues presque plus policières que psychiques.
J’ai un autre projet : filmer un archéologue qui a la cinquantaine et veut adopter un migrant albinos roux, ce qui pose d’énormes problèmes, d’autant qu’en Afrique cet enfant risque sa vie, les albinos étant sensés porter malheur… Il a eu un parcours incroyable.
Je prépare aussi un court métrage autour de Gaza avec une plasticienne qui dessine un story-board au pastel qu’on filme par en-dessus. C’est très beau ce qu’elle fait. Et moi je reprends des témoignages pris sur Internet que l’on fera lire par des acteurs et actrices palestiniens.
Et l’Ardèche dans tout ça ?
J’avais fait, il y a quelque temps, un film institutionnel sur Olivier de Serres mais je n’habite plus beaucoup en  Ardèche… Même s’il y a beaucoup de belles histoires à raconter ! Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon