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Christian PHILIBERT
nous raconte les maquisards varois

Février 1944
Gleb Sivirine, alias Le Lieutenant Vallier, prend le commandement d’une troupe de jeunes maquisards dans le Haut-Var. Sa mission : en faire des soldats prêts à soutenir les alliés lors du débarquement attendu en Méditerranée.
Février 2024
Le metteur en scène Philippe Chuyen prend la direction d’un groupe de jeunes,
recruté auprès des missions locales du Var.
Sa mission : en faire des comédiens dans une adaptation théâtrale du journal de bord du Lieutenant Vallier. (Entretemps, Philippe est devenu maire de Monfort ! )
Voilà le making off du nouveau film de notre ami Christian Philibert, ce réalisateur brignolais dont la carrière a explosé  en 1999 avec son succès « Les quatre saisons d’Espigoule » un film tourné dans sa région, qui raconte à la manière de Pagnol, une année dans ce petit village du Haut Var, qui a ému et fait rire un nombreux public.
Réalisateur inventif, original, il passe du film de fiction au documentaire en restant dans « son pays », nous offrant un docu musical sur le groupe « Massilia Sound System », passant de « L’affaire Yann Piat »  à « Gaspard de Besse », l’inénarrable « Travail d’Arabe » ou encore « Germain Nouveau, le poète illuminé »
Couvert de prix, le revoici, pour nous présenter son dernier film « Les maquisards », un film curieux et original, mi fiction, mi documentaire, mi pièce de théâtre… écrit avec Philippe Chuyen, mi comédien, mi metteur en scène, aujourd’hui maire à part entière de ce beau village varois qu’est Monfort !
C’est avec plaisir que je retrouve à Toulon mon ami Christian que je suis depuis ses fameuses « Quatre saisons d’Espigoule »
A ce propos, je remercie Christian d’être venu au rendez-vous car quelques instants avant notre rencontre,  il apprenait que son ami Jean-Marc Ravera, le fameux patron du bar d’Espigoule venait de décéder

Le livre de Vallier
Morgan Defendente,
alias Vallier, allias Sirivine
Philippe Chuyen

« Explique-moi ce film qui mêle à la fois docu, théâtre, ballade varoise, Histoire… On s’y perd !
(Rires). C’est un film tout en miroir, qui est parti parce que je voyais arriver le quatre-vingtième anniversaire du débarquement en Provence. Je m’y été inscrit dans le soixante-dixième anniversaire « Provence, août 1944 », qui avait été largement diffusé. C’était le premier film sur le débarquement, qui a permis de populariser cet événement relativement méconnu et en partie oublié. J’avais donc créé un lien avec ça. Je me sentais une responsabilité et je voulais faire quelque chose autour du quatre-vingtième.
Et donc tu choisis un autre angle…
Oui, je ne voulais pas que ce soit le fil conducteur de l’histoire. Je voulais trouver un autre point de vue pour en parler et celui des maquisards me semblait intéressant en évoquant cette armée de l’intérieur, cette armée de l’ombre, cette armée secrète, formée pour attendre les alliés, les épauler. C’est une histoire relativement méconnue, ces maquisards ont été complètement  négligés par le cinéma français. On parle toujours du Vercors alors que dans le Var, il y a eu énormément de maquis. J’ai donc eu envie de parler de cette histoire.
L’idée, le scénario, sont nés comment ?
Des amis m’avaient parlé du fameux « Cahier rouge » du maquis, qui est le journal de bord de Gleb Sevirine, alias lieutenant Vallier, un chef de maquis exceptionnel qui a tenu un journal de bord au jour le jour. Ce cahier a été édité en 2007 mais j’étais passé à côté. En le lisant, j’ai vu immédiatement le lien avec mon film et je me suis dit qu’il fallait que je l’adapte.

Les maquisards
Les comédiens

D’autant que tout se passe dans le Var !
Oui, le livre se situe dans le haut Var, Mons, Fayence, les gorges du Verdon, Canjuers, la Verdière, on descend en diagonale à travers le Var pour aller libérer Collobrières et aller jusqu’à Hyères pour libérer la presqu’île de Giens.
Qu’est-ce qui t’a touché dans ce document ?
Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est la présence des jeunes, ce que je n’avais pas conceptisé
à quel point c’étaient des gamins, d’autant que nous, lorsque nous les avons connus, ils étaient déjà âgés, et on ne se rendait pas compte que la majorité étaient des jeunes qui fuyaient le STO, qui ne voulaient pas aller travailler en Allemagne. Gleb Sevirine a donc été sollicité, fin 43 pour le commandement de ces maquisards. Il restera à Mons jusqu’au mois d’août 44.
L’idée d’associer des jeunes dans le projet était de passer par la fiction. Je voulais trouver des jeunes varois, les transformant en maquisards dans les collines.
Mais le projet a en fait bifurqué ?
Oui car en quelques mois il me fallait trouver un million d’Euros que je ne trouverais jamais dans les délais prévus. J’ai donc décidé de faire un documentaire sans archives ni photos ni témoins car ils sont tous morts. J’ai décidé de chercher des jeunes passionnés d’Histoire et les entraîner dans une enquête historique, pour marcher sur les traces de ce maquis. Mais je me suis posé la question : Quelle est la finalité du projet ?
Et c’est là que tu rencontres Philippe Chuyen !
(Rires) I « Monsieur le Maire »  passait par là et il avait déjà participé à plusieurs de mes documentaires historiques. Il se trouve que, depuis longtemps, ayant lu le livre, il voulait en faire un spectacle sans trop savoir comment l’aborder. Je lui propose d’entrer dans le jeu, au lieu de prendre des passionnés d’Histoire, de prendre des passionnés de théâtre et les entraîner dans une enquête historique parallèle. A quatre-vingts ans d’intervalle, comme Vallier a fait de ces jeunes des soldats, toi tu prends ces jeunes et tu en fais des comédiens.
Et tu en fais un spectacle. Mais comme il ne veut pas d’amateur, on cherche des apprentis comédiens dans les conservatoires malheureusement tous ont leurs cours et leurs examens.
On est donc allé chercher des jeunes dans les missions locales. On a fait des castings, trouvé sept jeunes sur qui s’appuyer, un n’a pas suivi, on a continué avec les six.

Et le spectacle a été joué ?
Philippe a relevé le défi, lui qui ne veut jamais d’amateurs, et ça a marché. Miracle ! Le fait aussi que ce soit des jeunes des missions locales, c’est une belle idée car ça amène une fragilité. Il y a eu vingt représentations à guichets fermés. J’ai donc utilisé la pièce pour faire le film, La pièce est devenu un élément du film.
Et les jeunes ?
Ils ont été vaillants, sérieux, ils savaient que c’était d’eux que dépendait le film. Quant à Philippe, ça l’a obligé de sortir de sa zone de confort. Ce film s’est donc fait avec une palette d’émotions diverses, on pleure, on rit on sent la cohésion entre tous. Et cinéma et spectacle se renvoient la balle, l’un jouant avec l’autre.
Tu retrouves aussi Massilia Sound System qui signe la musique du film !
Par le biais de Gilbert Kayalik, le DJ du groupe avec qui nous sommes devenus amis sur le tournage de leur film qui a un talent, une rapidité pour trouver les sons qu’il faut. Il m’avait déjà fait la musique du documentaire sur Yann Piat et je lui ai proposé de faire la musique du film. Il a vu le film je lui ai expliqué mes intentions musicales. Il a été très efficace, comme toujours.

Tu aussi rencontré la fille de Gleb Sirivine ?
J’étais en train de lire le livre et j’ai aussitôt appelé sa fille. Elle connaissait mon travail, nous nous sommes rencontrés et elle a té une alliée précieuse. Elle nous a toujours suivis et aidés, elle est venue plusieurs fois au spectacle. Elle connaissait aussi Philippe depuis la sortie du livre, car il voulait déjà l’adapter et elle nous a fait confiance.
Aujourd’hui, le livre est épuisé mais nous allons le rééditer.
Comment avez-vous écrit le scénario ? A tous les deux ?
L’écriture du spectacle devait se faire à deux, j’avais beaucoup travaillé en amont, nous avons validé les situations qu’on  trouvait intéressantes mais sur l’écriture même, on a vu qu’à deux c’était compliqué, nous n’avons pas la même façon d’aborder les choses. Chacun avait sa vision. Du coup, j’ai respecté la sienne et en fait la pièce n’impactait pas sur le film, j’ai pris ce que j’ai voulu.
Le film sort quand ?
La sortie nationale se fera en septembre. Mais j’ai voulu  où il est né. Nous faisons une vingtaine d’avant-premières dont au Six N’Etoiles le 20 mai.
Des projets en cours ?
Toujours mais cette année j’ai ce film, qui sort donc à la rentrée. Après… On en reparlera !

Jacques Brachet
Christian Philibert sera l’invité de Noémie Dumas, directrice du cinéma Six N’Etoiles de Six-Fours et de Pascale Parodi, présidente de l’association
« Lumière(s) du Sud

Chloé HENRY-BIABAUD, globe-trotter de l’humain

Elle est réalisatrice et s’est spécialisée dans le documentaire.
Chloé Henry-Biabaud se balade dans le monde entier, du Rwanda au Brésil, de l’Argentine a l’Egypte, du Kenya à l’Amazonie en revenant, pleine d’usage et raison vivre… à Ollioules !
Ses sujets sont divers, le handicap, la boxe, les pêcheurs mais aussi des sujets moins lointains comme les calanques ou la Bonne Mère.
Invitée par Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud », elle nous proposait ce soir-là un film très émouvant : « La réparation », réalisé avec sa complice Isabelle Vayron, sur la justice restaurative
C’est un dispositif de justice qui met face à face des auteurs de crimes divers et des victimes d’autres crimes. Encadrés par deux animatrices qui les laissent parler, chacun peut s’épancher, dialoguer, parler de leurs peines et de leur colère pour les victimes, de leur question, de leurs regrets sur le fait que les auteurs sont passés à l’acte.
Chacun a besoin de réponse, chacun a eu sa vie détruite, sans compter les victimes collatérales, beaucoup sont dans la douleur, l’incompréhension, le déni quelquefois mais tous ont des vécus traumatisants qu’ils porteront toute leur vie.
Les dialogues sont sans jugement, chacun étant à l’écoute de l’autre et leurs témoignages sont poignants et perturbants.
Evidemment, cette justice restaurative ne règle pas tous les problèmes mais aide à la compréhension de chacun.
Ce film a été tourné dans une prison d’Auxerre, encadré par Béatrice et Catherine et ne peut laisser personne indifférent. Il met en lumière les responsabilités des agresseurs comme la peine et parfois la colère et la vengeance de ceux ou celles qui ont perdu quelqu’un de cher.
Un film poignant plein d’humanité et nécessaire afin de permettre à tous d’avancer sans jamais pouvoir tourner la page.

J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Chloé Henry-Babaud, femme pleine d’humanité, chacun de ses documentaires (et ils sont nombreux) étant empreint d’empathie, d’humanité.
« Chloé, vous avez parcouru le monde mais d’où venez-vous ?
Je suis parisienne, j’habite depuis dix ans à Ollioules, j’ai vécu neuf ans à Marseille mais c’est vrai que je voyage beaucoup.
Comment choisissez-vous vos sujets ?
J’ai bien sûr des sujets de prédilection mais j’ai vécu au début en Polynésie où j’ai commencé ma carrière et en rentrant en métropole, j’ai travaillé avec Yann Arthus-Bertrand  avec qui nous avons interviewé partout sur la planète. Il est resté l’un de mes meilleurs amis, tout comme Isabelle Vayron avec qui je coréalise beaucoup de films. On est resté un noyau soudé.
Et puis j’ai développé des contacts, des thématiques qui m’intéressaient, comme la résilience, mot que je n’aime plus du tout, tant il est aujourd’hui galvaudé. J’ai aussi vécu au Brésil avec mes parents d’où cette appétence aux voyages.
Et vos sujets de prédilection ?
Souvent, les sujets qui m’intéressent tournent autour de gens qui ont vécu des choses difficiles et les ont surmontés d’une manière ou d’une autre. Et puis, il y a des sujets environnementaux parce que, forcément, lorsqu’on voyage beaucoup, on y est sensibilisé. Mais je m’intéresse aussi à la culture et tout se fait  au gré des voyages, des rencontres…
Est-ce que vous partez pour trouver des sujets ou parce que vous avez un sujet en tête ?
J’ai beaucoup de relations dans beaucoup d’endroits mais pour faire un documentaire j’ai des idées « avant » puis il y a tout un chemin car il faut trouver la production en amont du tournage, qui va nous accompagner, il y a tout un dossier pour pouvoir le pré-vendre à des diffuseurs et là alors, on peut partir en tournage. Mais si un documentariste veut gagner sa vie, on ne peut pas aller faire les repérages « avant » et tout payer de sa poche en pensant qu’on vendra l’idée, le film.

Qui sont les diffuseurs ?
Pour l’instant, je ne travaille qu’avec les télés, France Télévision ou Arte. On leur apporte l’idée, on va écrire tout un dossier en amont même si l’on ne sait pas ce qui peut se passer sur place car ce n’est pas un scénario de fiction. On sait qu’on va filmer un dispositif qui est cadré, après, ce qui peut se passer, on ne peut pas le deviner. On écrit une note d’intention, de réalisation, les raisons de faire ce documentaire.
Est-ce que sur le tournage, ça dévie quelquefois ?
Les gens qu’on filme ne sont pas des comédiens et heureusement, on ne peut pas leur demander de faire ce qu’on a écrit, parfois nous avons de belles surprises, parfois c’est plus compliqué mais généralement, lorsqu’on va filmer quelque chose, on a une intention précise et le but est d’aller filmer cette intention du départ. Mais il faut aussi laisser place à la surprise, à l’improvisation et lorsque c’est un documentaire en immersion comme celui-ci, on ne peut pas décider à l’avance.
En dehors de grands voyages, vous faites aussides documentaires en France comme celui consacré à la Bonne Mère de Marseille !
Lorsque j’ai fait ce film, je venais d’arriver à Marseille, il y a 15 ans, et c’est une boîte de production marseillaise qui me l’a  proposé car, n’étant pas marseillaise, j’aurais un regard neuf. J’ai donc vraiment découvert la Bonne Mère et j’ai adoré car j’ai filmé carrément sur un an. Comme j’avais un regard extérieur neuf et admiratif, je découvrais.
De tous les pays que vous avez traversés quel a été celui qui vous a le plus marqué à ce jour ?
J’ai beaucoup de pays de cœur, comme le Brésil où j’ai vécu .Je parle le portugais et j’y suis allé souvent en tournage. J’y ai passé une partie de mon enfance, et j’y ai beaucoup de souvenirs. C’est sentimental. Une partie de mes souvenirs, de mes amis, sont encore là-bas.
Mais je crois que celui qui m’a le plus marqué et où je retourne souvent, c’est le Rwanda. De par son histoire terrifiante, il est resté beaucoup figé dans les médias. Pendant longtemps, il a été connu par le génocide alors qu’il a beaucoup d’autres choses. Il y a quand même un pays qui s’est relevé et il y a tellement à y découvrir. Il y a un futur très riche, une lumière incroyable.

Alors ce film présenté ce soir ?
Ce film est donc sur la justice restaurative. Ce sont des dispositifs cadrés par des associations mandatées par le Ministère de la Justice. Ça fait partie du code pénal. Auteurs ou victimes peuvent en être informés et y participer, ils sont préparés pour se rencontrer mais ce ne sont pas les auteurs et victime directs. Avec Athus Bertrand, nous avions déjà filmé des participants pour son film « Human » en Floride, qui avaient besoin d’en parler et de se parler. Ce sont des gens qui ont décidé d’eux-mêmes d’y participer. On a trouvé ça tellement
incroyable qu’on a décidé d’en faire un film.
C’est arrivé en France dans le cadre du code pénal en 2014 et nous avons eu envie de faire ce film, avec Isabelle, en faisant le mouvement inverse, c’est-à-dire qu’on a filmé le dispositif avec les animateurs, les médiateurs et les participants que nous ne connaissions pas, en immersion.
Comment réagissent les gens lorsque vous allez les voir pour leur proposer ce concept ?
Nous sommes allés en repérage dans des groupes avec des encadrants à Auxerre, on a beaucoup discuté avec Amélie et Séverine, les encadrantes qui ont été nos alliées car en fait, ce sont des travailleuses de l’ombre qui prennent beaucoup sur leur temps, qui se donnent corps et âme. A partir de ce moment-là, nous avons fait une lettre pour expliquer le but du film, qu’elles ont donnée  à ceux et celles qui étaient prêts à jouer le jeu. Ne pouvant les rencontrer en amont, elles ont été nos intermédiaires en leur précisant bien aux participants qu’ils pouvaient arrêter lors du tournage, que ceux qui ne voulaient pas qu’on les voit, peuvent être filmés de dos ou floutés. Nous avions deux ou trois caméras que nous ne bougions pas, pour ne gêner personne. Le tournage s’est fait sur un an avec trois rencontres.

C’est votre dernier film ?
C’est l’un des dernier Sybille d’Orgeval (J’adore les coréalisations !), nous avons tourné un film sur la pêche contemporaine et les problématiques liées à la pêche sur les océans, qui s’appelle « Vents contraires ». J’en termine un avec une autre amie, Coraline Molinié, pour Arte, autour des castors et tout ce qui lié aux écosystèmes autour de cet animal ».
Avec tous ces films, espérons que nous aurons encore l’occasion de revoir notre belle réalisatrice chez notre amie Pascale !

Jacques Brachet

Jolokia, odyssée des bras cassés
Kenya, alors on danse
Malawi, les enfants du tabac

Six-Fours – Lumière(s) du Sud
Elisa M & Nicolas Boulland-Genet : Dys sur dix !

Il était une petite fille pas comme les autres. Atteinte de Dyspraxie, il semble que rien ne pourra la sortir de ce dysfonctionnement mais voilà… Joseph Mulé et son épouse, ses parents, ne baissent pas les bras et vont l’entourer d’un amour infini jusqu’à se rendre compte qu’un pinceau à la main, elle développe un talent exceptionnel et jusqu’à pouvoir exposer ses œuvres un peu partout dans la région.
Mais là ne s’arrête pas la belle histoire puisqu’elle part exposer en Allemagne au mois de mai qu’elle revient de Tokyo, d’où elle revient médaillée ! Et elle va avoir 24 ans !
Ce ne fut pas on long fleuve tranquille, mais l’amour, la persévérance et le talent font qu’aujourd’hui Elisa (son nom de guerre Elisa M) est une jeune femme rayonnante, au regard et au sourire lumineux et que du coup, le jeune vidéaste Nicolas Boulland-Genet lui consacre un film !
Un documentaire tellement beau et émouvant que Pascale Parodi décide de nous montrer, dans le cadre de son association « Lumière(s) du Sud » dont elle est présidente, devant un théâtre Daudet affiché « complet », qui a conquis un public ravi et ému de découvrir cette belle jeune femme épanouie et son réalisateur un peu intimidé car c’était la première fois qu’ils présentaient leur film.
J’avais déjà rencontré Elisa, aujourd’hui les voici tous les deux aussi émus et… stressés pour nous raconter cette belle aventure.

« Alors, cette rencontre, comment s’est-elle passée ?
Elisa : On s’est rencontré… à la maison ! Je connaissais déjà la sœur de Nicolas à l’école du Brusc. Je ne connaissais pas Nicolas mais lui m’avait repérée sur Facebook et il m’a proposé de faire un reportage sur moi.
Nicolas, tu es vidéaste et réalisateur et comment t’e venue cette idée de consacrer ce portrait d’Elisa ?
A la base, il y a le fait que ma sœur et Elisa se connaissaient et je connaissais la situation d’Elisa depuis longtemps. Il y a un an et demi, pour mes études je devais réaliser un documentaire de 26 minutes, j’ai alors repensé à Elisa, je voulais savoir où elle en était de sa vie car elle avait un profil atypique. Mes parents ont pris contact avec ses parents, ils m’ont invité à venir chez eux et j’ai pensé que c’était un sujet intéressant car déjà, j’aime beaucoup l’art dans lequel j’ai fait des études. Et puis, je me retrouvais quelque part en elle car j’ai eu beaucoup de mal à trouver ma voie. Je pensais être bon dans tout mais excellent dans rien !
J’ai enfin trouvé ma voie dans la vidéo.
Qu’est-ce qui t’a touché chez Elisa ?
Dans sa situation, l’art, la peinture étaient au départ quelque chose de compliqué mais elle a su dépasser tous ses problèmes et je me suis dit que, même dans des voies qu’on choisit où on pense ne pas être capable, on peut y arriver. Et j’aime ce message qui fait qu’on arrive à quelque chose même lorsqu’on ne s’y attend pas. On est tous né pour quelque chose.

Aujourd’hui, ce film est fait, c’est la première fois qu’il est vu par un public. Que va-t-il devenir ?
Comment concevoir un tel film ?
Au début, il y a eu beaucoup de discussions pour savoir comment ça devait se passer au fil des prochains mois car on a mis un an et trois mois à réaliser ce film. Beaucoup de questions se sont posées : il fallait d’abord connaître le plus profondément ce sujet, connaître aussi Elisa, on a longtemps discuté avec ses parents. Après, il y a eu beaucoup d’écriture.
Et toi, Elisa, quelle a été ta réaction lorsqu’on t’a annoncé qu’on allait faire un film sur toi ?
Je n’ai pas eu peur. La seule chose qui me faisait peur était la caméra ! Nicolas m’a dit de l’oublier. Moi, je préfère rester dans ma bulle, je n’aime pas qu’on me regarde, d’avoir des gens autour de moi, qui me regardent travailler. Nicolas était venue me voir dans l’atelier d’Agnès, ma professeure qui m’a dit : « Ne pense pas à lui, fais comme s’il n’était pas là, tu gères ta peinture »
Nicolas : La première fois que je l’ai filmée dans son atelier en train de peindre, ses parents nous ont dit que, même eux, elle refusait qu’ils la regardent peindre !
Elisa, pour un peintre, c’est dur d’expliquer sa peinture ?
Oui et je n’aime pas ça. Je ne veux pas l’expliquer. Je n’avais pas envie d’être interviewée. J’ai accepté de faire ce film pour aider des parents et des enfants, faire passer un message, pour dire que, même si on est atteint de dyspraxie, on peut réussir à trouver sa voie.
Nicolas : On a beaucoup d’idées mais c’est toujours très difficile. Comment y répondre ? Dans l’idéal, on aimerait qu’il soit diffusé dans le plus de lieux possibles, de plus de festivals, des chaînes télé. Mais il faut beaucoup de contacts pour être connu, repéré et reconnu. On avance par petits pas. Aujourd’hui, d’être là est une énorme opportunité et grâce à Pascale, qui est la première à nous permettre de le montrer à un public. Après, on verra. C’est mon premier film réellement abouti, qui a pour but d’être diffusé.


Elisa, toi qui aujourd’hui expose un peu partout, ne peux-tu pas l’accompagner lors de tes expositions ?
Pourquoi pas le montrer ? A condition de ne pas en parler ! Je vais beaucoup travailler avec Isabelle Decitre, présidente de DFD 83 (Dyspraxie France Dys 83)
Ce soir est une première… Comment te sens-tu ?
Je n’ai pas peur, je suis heureuse… et surtout stressée car après le film, il va falloir répondre aux questions ! Mais avec Pascale, je suis en confiance. J’ai seulement envie de ne pas pleurer. Il y a des risques !
Et toi, Nicolas, des projets ?
Oui, grâce à des amis de Pascale,  J’ai rencontré un jeune surfeur qui pratique son sport au Costa Rica. J’espère pouvoir aller là-bas à sa rencontre et montrer son cheminement depuis l’Argentine d’où il est natif jusqu’aux vagues du Costa Rica. C’est une longue préparation, il me faut trouver des aides car ce n’est pas la porte à côté ! »

En attendant vous pouvez découvrir les œuvres d’Elisa  au Casino de Sanary durant tout ce mois.
Et quel bonheur et quelle émotion d’avoir découvert ce film à la fois poétique et émouvant. Les parents d’Elisa ont bien de la chance d’avoir une fille aussi talentueuse, aussi solaire, aussi attachante. Des parents qu’Elisa n’a pas manqué de remercier avec tout l’amour qu’elle a pour eux. Et en précisant pour conclure : « Je ne suis pas handicapée. Je suis seulement différente »
Ce fut une magnifique soirée.
Jacques Brachet

David ROUX : « La femme de… »
Atmosphère… Atmosphère

Marianne (Mélanie Thierry) est belle, riche a deux beaux enfants, elle est mariée à un riche industriel (Eric Caravaca). Une vie que, somme toute pourraient lui envier beaucoup de femmes. Cependant, elle est une ombre dans cet espèce de château sinistre, son mari n’est préoccupé que par son travail et son ego, ne s’intéresse plus à sa femme depuis qu’elle lui a donné un héritier pour prendre un jour sa suite ; elle doit vivre dans ce lieu sinistre, s’occuper de son beau-père exigeant qui la considère comme sa bonne, sa fille  dit partout que sa mère est morte, son fils est plus attaché à son grand-père qu’à sa mère… Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur de ce monde oppressant où Marianne se sent prise au piège liés si elle veut garder ses enfants. Bonjour l’angoisse !
Et voilà que surgit dans ce noir tableau, un photographe venu faire un reportage pour les cent ans de l’entreprise que le grand-père a créée. Il ne lui semble pas étranger et, avec son arrivée, il va faire exploser cette vie de tristesse et de frustration.
Malgré ce rôle très noir, Mélanie Thierry est lumineuse et émouvante, Eric Caravaca empli de suffisance, d’orgueil et d’égoïsme. Quant au photographe (Jérémie Renier), difficile de l’imaginer, très loin du biopic de Cloclo, barbe et cheveux longs mais tout aussi séduisant.
Ce film est presque un huit clos qui fonctionne comme un thriller haletant à chaque fois que Marianne subit un coup du sort de cette famille, à partir du moment où meurt la grand-mère et où son mari décide de s’installer dans cette maison maudite.
On la suit cœur battant et David Roux signe là un film à la fois palpitant, émouvant et angoissant jusqu’à la fin. Où l’on pourra alors reprendre son souffle.

Loin de ce film haletant, voici que débarque au Six N’Etoiles, un réalisateur plein de vie et d’énergie, David Roux, homme volubile et passionnant.
« David, comment êtes-vous arrivé à scénariser ce roman d’Hélène Lenoir « Son nom d’avant »
C’est ma productrice qui me l’a mis entre les mains. Le livre date de 1998, elle l’a découvert dans les années 2000. De ce jour, elle rêvait d’en tirer un film… Alors que je crois qu’elle n’était alors pas encore productrice ! Lorsqu’on a terminé mon premier film ensemble, qui fut une aventure géniale, nous n’avons eu qu’une seule envie, c’est de retravailler ensemble.
Réalisateur n’a pas été votre premier métier !
Non, mon premier boulot dans le cinéma, c’était, durant quatre, cinq ans, conseil en développement, mon travail était de lire des romans et d’essayer de trouver des sujets pour des cinéastes. Je travaillais avec des éditeurs, je lisais beaucoup et voyais quelle adaptation cinématographique on pouvait faire sur un roman.
Mais pour ce film, c’est vous qui l’avez adapté ?
J’ai co-écrit l’adaptation. Durant six, huit mois, je me suis plongé dans ce roman qui a une construction un peu sophistiquée, assez brillante mais aussi assez glaçante et ça a été un petit défi que de l’adapter. Très vite, j’ai eu l’intuition que je pouvais en faire un film. Nous pensions que ce serait facile… Mais nous avons mis sept ans pour le faire car ce n’était pas si simple que ça. C’était difficile de le circonscrire et j’ai d’ailleurs toujours beaucoup de difficulté, alors qu’il est terminé, à le résumer d’une phrase car c’est réducteur.. Ca a été d’ailleurs un handicap pour le « vendre » à des producteurs, des chaînes de télé.
Pourquoi ?
C’est un film sur les silences, sur les non-dits, sur l’atmosphère.
Ca frise quelquefois le thriller !
C’est également ce qu’on s’est dit au fur et à mesure de la fabrication. C’est en fait l’histoire qui a été racontée mille fois, d’une bourgeoise malheureuse. On s’est donc dit qu’il fallait qu’on en fasse un « thriller domestique ». En fait, il y a eu beaucoup de contraintes et c’est ce qui était intéressant car on ne cesse d’interroger le projet pour savoir ce qui en est la sève. Le film est assez sec, presque brutal, très oppressant et c’est dans ce sens qu’on a voulu aller. Toutes les présences sont menaçantes pour Marianne, la rupture, la bascule ne sont jamais très loin. Le film reste ouvert à la fin. Dans tous ces silences, il y a aussi une sororité entre toutes les femmes.

Vous d’ailleurs avez ajouté un personnage qui n’était pas dans le roman !
Et c’est Hélène Lenoir qui s’en est rendu compte lorsqu’on lui a visionné le film ! C’est Lili, qui n’existe pas dans le roman ! Je l’avais oublié ! Mais elle nous a félicités d’avoir inventé ce personnage.
Elle est la seule qui s’échappe de cette famille !
Pas vraiment. Elle a décidé de ne pas fermer sa gueule et elle en paye le prix. Mais c’est la seule qui a des armes pour faire et dire ce qu’elle veut. Lorsqu’on est face à une femme totalement découragée, enfermée, il faut la dessiner en miroir avec les autres personnages, qui font des choses qu’elle aurait pu faire dans une autre vie, dans un autre monde, dix ou vingt ans avant, tout ce passé qui aurait pu être et n’a pas été.
On parlait d’atmosphère… La maison choisie joue beaucoup… Ca fait penser à Hitchcock !
Exactement ! Je n’aurais pas osé pouvoir formuler ça  comme ça au repéreur. Nous avons tourné dans la région d’Angers, le tournage approchait et l’on n’avait pas trouvé la maison. Il y a beaucoup de châteaux mais trop décrépits pour y tourner. Il fallait que la maison raconte une richesse discrète qui a prospéré de génération en génération.
En découvrant cette maison on a eu une véritable révélation et c’est vrai qu’elle est un peu Hitchcockienne, belle, riche, inquiétante à la fois, avec, lorsqu’on regarde dehors, l’horizon complètement bouché par la végétation, ce qui ajoute à l’enfermement de Marianne.
Vous avez aussi joué avec la saison hivernale, le brouillard, le côté sombre du parc…
Ça a été une chance car au départ, le film devait se tourner en été, en pensant prendre le contrepied de l’ambiance glaciale. Mais le financement étant un peu long, on a dû tourner en janvier, février. En fait aujourd’hui, on ne peut pas imaginer l’histoire en plein été car cette atmosphère nourrit le film.
Même Mélanie Thierry a, je trouve, un visage très hitchcockien !
Elle avait une semaine entre le tournage du film d’Alex Lutz « Connemara » et le nôtre. Avant de quitter le film, elle a demandé au coiffeur de lui faire la coupe avec laquelle elle est arrivée. On n’avait donc pas le choix mais c’était tellement le personnage que je n’aurais jamais pu lui demander de le faire ! Elle est vraiment  une héroïne hitchcockienne !
Elle a un visage incroyable. Sans parler, dans son regard, on comprend tout !
Déjà, vers 2021, j’ai vu le film « La douleur » d’Emmanuel Finkiel où Mélanie joue Marguerite Duras. C’était la première fois que je la voyais dans un registre sombre. C’est vrai que je la trouve toujours géniale mais souvent dans des films plein de vie, d’énergie. Mon personnage était à l’inverse, englouti, effacé, s’oubliant elle-même et dans « La douleur », je l’ai trouvée prodigieuse. Même lorsqu’elle ne fait rien, elle a une présence formidable, sa cinégénie, sa puissance font beaucoup , le besoin de dire ou de faire. Elle est d’une grande générosité.

Jérémie Rénier, on a du mal à le reconnaître !
Cheveux longs, barbe, c’est vrai qu’on ne le reconnaît pas au premier abord. D’ailleurs, Jérémie, jeune… C’est son fils  et il a aussi les cheveux longs comme son père ! Jérémie avait gardé le physique qu’il avait sur son tournage précédent, la série « Carême » et devait les garder pour un autre film
Et Eric Carvaca, qui n’a pas un rôle particulièrement sympathique !
Pour les hommes de la famille, on voulait qu’ils ne soient pas caricaturaux, même s’ils le sont un peu mais on pouvait aussi pouvoir les racheter et typiquement, Eric a cette espèce de bonhomie sympathique…
Pas vraiment ! C’est une fausse bonhomie ! Il est même inquiétant par moments
Peut-être mais s’il n’avait pas eu ce côté un peu sympathique, c’aurait pu être vraiment insoutenable et presque pas crédible, qu’il ne soit pas un parfait salaud. C’est un type qui ne voit plus sa femme, qui n’y fait plus attention, qui est occupé par son boulot, par sa propre importance de régner en maître sur son entreprise et sa famille. Il est le produit de son milieu, persuadé d’avoir fait le bien de sa femme. Il ne se rend même pas compte qu’elle sombre.
Revenons un peu à vous. Il y a eu d’abord le théâtre et le journalisme avant de devenir réalisateur !
Durant quinze ans, j’ai été journaliste de théâtre. Peut-être rêvais-je déjà de cinéma mais sans trop me l’avouer et à un moment l’ai eu l’impression que de ne pas l’avoir fait rendait les choses impossibles. J’avais ce regret-là, d’avoir des potes qui l’avaient fait et que moi je ne me l’étais pas autorisé… Le théâtre est arrivé par hasard. Lorsque j’étais étudiant, pour gagner un peu ma vie, j’étai ouvreur dans un théâtre. J’avais un camarade de collège  qui était aussi ouvreur et on a eu l’idée de créer un magazine gratuit distribué dans les théâtres parisiens. C’était un peu inconscient car, lorsque le premier numéro est sorti –  après un an et demi à monter le truc – on a vu les spectateurs le lire. J’étais à la fois très heureux mais j’ai alors complètement paniqué car je me suis dit qu’après avoir bien ramé un an et demi pour sortir le premier, il allait falloir continuer tous les mois !
Mais ça a duré quinze ans ! Et le cinéma est enfin arrivé.

Luc Patentreger, directeur du festival « Femmes ! », David Roux, Noémie Dumas directrice du Six N’Etoiles et… moi !



Propos recueillis par Jacques Brachet

Isabelle BOUVIER… Une série « Du Sud » !

Isabelle Bouvier a le regard bleu Provence, un sourire lumineux, une vie de passion et de détermination qui, de danseuse, est devenue comédienne avant de devenir scénariste et réalisatrice.
Tous ces arts, elle les pratique chez nous dans le Sud, à Six-Fours car elle a décidé de ne pas faire comme tout le monde : « Monter » à Paris pour réussir. Réussir, pour elle, n’a jamais été de devenir star ni de gagner beaucoup d’argent, mais simplement de vivre de ses passions chez elle.
C’est plus difficile mais elle se voit mal vivre à Paris. Le soleil et la mer lui manqueraient trop !
Elle vient de terminer le tournage d’une série, « Happy reset », qui participe au seizième concours Nikon.
En chemin, elle a connu quelques difficultés et du coup, la série n’est pas exactement ce qu’elle avait écrit.
Elle nous raconte tout cela.

« Isabelle, le cinéma, pour vous, ça représente quoi ?
C’est une passion qui m’a été transmise par mon papa, qui a exprimé beaucoup de choses à travers les films qu’il me proposait de voir. Il a été journaliste, il avait une appétence pour tout ce qui était artistique et,  si par pudeur, il ne se manifestait pas, c’est par les films que nous allions voir qu’il laissait passer des messages.
Vous avez commencé par la danse ?
Oui, j’étais danseuse dans différentes troupes, divers orchestres comme K-Danse qui est à Six-Fours, les orchestres de Claude Girard, André Auzias, je me suis arrêtée lorsque j’ai eu mes filles, j’ai alors donné des cours de danse, puis je me suis tournée vers l’art dramatique et je suis devenue comédienne de théâtre.
Et le cinéma dans tout ça ?
Il y a eu le Covid où l’on ne pouvait plus rien faire et alors, comme j’avais fait une formation de scénariste, j’ai commencé à écrire, pendant le confinement.
Qu’en est-il sorti ?
Beaucoup de choses, j’ai notamment scénarisé une série qui s’appelle « 63 minutes », premier pilote que j’ai réalisé. J’ai d’ailleurs eu un prix. Ça m’a pris beaucoup de temps car c’était en autoproduction et qu’à côté de ça, il faut gagner sa vie.  J’ai aussi écrit deux gros scénarii  qui sont très importants pour moi mais j’ai bien compris que pour avoir des aides, entre autres du CNC, il fallait que  je montre ce que je faisais dans des festivals et recevoir des prix . Entretemps j’ai écrit « Happy reset » que j’ai totalement autoproduit mais les gros autres projets, je ne pourrai pas les financer sans aide ni si le CNC ne m’octroie pas des fonds.
Donc c’est en stand bye ?
Si l’on veut mais en ayant fait « Happy reset », j’ai de l’espoir car la série fait partie des vingt meilleurs projets soutenus par Nikon Festival. Ce festival est de plus en plus prestigieux. Je fais partie des vingt soutenus et j’espère que nous serons dans les huit sélectionnés. Nous le saurons en avril.
C’est par petits pas qu’on avance, avec beaucoup de ténacité et j’espère que des gens seront sensibles à mon univers.

Quel est votre univers ?
Il y a beaucoup de questionnements comme le temps qui  passe, et « Si c’était à refaire » . Il y a aussi la place de la femme de plus de cinquante ans dans la société et aussi l’intelligence artificielle.
C’est-à-dire ?
La place qu’elle prend aujourd’hui. Le modernisme ça a évidemment des avantages mais jusqu’où est-ce que peut aller ce pouvoir ? Tous mes projets sont des dystopies qui se passent dans un futur proche. Et le futur est de plus en plus proche, il nous rattrape vite ! Lorsque j’ai écrit, c’était de la science-fiction et ça l’est de moins en moins.
Bon, alors parlons de « Happy reset » !
La série se passe  en 2035, cinq jours avant la fin de l’année, une intelligence artificielle avertit les gens que le pire parasite de la terre a été identifié : Ce sont les êtres humains !
Dans la nuit du 31 décembre 2036 à 2037, l’humanité sera éradiquée. On va suivre le comportement de quelques personnages qui n’ont plus que cinq jours à vivre.
Il y a à la fois de la science-fiction et quelque chose de philosophique. La série  interroge vraiment sur le sens des priorités lorsqu’on sent qu’on va mourir.
En dehors de la science-fiction, c’est vraiment une fiction ?
Il y a beaucoup de fragments de ma vie et j’ai l’énorme bonheur d’avoir écrit en pensant à des gens que je connais, dont mes filles, mon gendre, des amis. Et ce n’est pas parce que ce sont des gens de ma famille mais tous sont comédiens… Et talentueux ! Mais en écrivant ce scénario, c’est venu tout seul. Après, il fallait qu’ils acceptent.
Et s’ils n’avaient pas accepté ?
Le problème est que lorsqu’on écrit en pensant à quelqu’un, on a du mal à penser à d’autres comédiens ! J’ai eu beaucoup de chance, tous ont dit oui. C’est vraiment mon bébé, si comme j’avais accouché !
Et ça se passe où ?
Tout se passe dans la région car je voulais  que ce soit vraiment une série du Sud.
Nous avons tourné du 2 au 4 janvier, entre Fabrégas, la Verne, Sanary, Six-Fours, la plage de Bonnegrâce, le parc de la Méditerranée, que des sites magnifiques. Nous avons aussi tourné à la Bibliothèque pour tous les Gémeaux à Six-Fours, l’Ehpad  du Verger à Sanary et l’école de danse Team Pôle Addict à la Seyne  qui nous ont ouvert leurs portes et que je remercie. Je remercie également tous les comédiens magnifiques dont l’âge varie entre 4 mois et 90 ans, dont les doyens de la maison de retraite ! C’est toute une représentation de l’humanité.
Et tous sont du Sud ! Je veux le souligner car c’est vrai que beaucoup de parisiens viennent tourner chez nous alors que, si nous avons de beaux paysages, nous avons aussi des comédiens talentueux. Les comédiens-vedettes sont souvent castés à Paris et l’on prend les nôtres pour faire de la figuration !

Parlez-moi de ce concours Nikon…
C’est un concours qui devient de plus en plus important. Il y a aujourd’hui des têtes d’affiche qui viennent avec de gros moyens. Cette série que j’ai autoproduite entièrement, passe sur le site de Nikon festival et les gens doivent voter jusqu’au 26 mars. Le fait d’être sélectionnée en catégorie A, c’est-à-dire sélectionné dans un grand festival comme Lille, Clermont-Ferrand, Nikon en faisant partie et d’avoir un prix implique que le CNC  s’y intéresse et puisse m’aider.
Mais… Il y a un mais …
Oui car aujourd’hui je rencontre un problème. J’ai fait venir un chef opérateur de Paris que connaissait ma fille.. Surpris par le côté qualitatif de la série, il m’a proposé de faire le montage à Paris, faisant en sorte que n’y participe pas au montage et qu’il coupe quelques parties importantes. Et il a inscrit la série à son nom et celui de son assistant avec le nom de sa boîte de production et sur l’affiche je figure en quatrième place ! Alors que tous les droits à l’image sont à mon nom. Il a coupé certains moments poétiques qui font que ça dénature mon histoire. Et avec ça, il donne des interviewes en parlant de « sa » série, sans stipuler que j’en suis l’autrice, alors que jusqu’ici, il n’a fait que des publicités et des clips. Le festival Nikon est au courant.
J’espère qu’il va rectifier et inscrire mon nom pour que je puisse intégrer la sélection « Regard de femmes ».
A propos de projets, puisque cette série va vivre sa vie,  malgré tous ces aléas, je pense que vous n’allez pas en rester là ?
Oui, j’ai plusieurs projets. D’abord les deux dont je vous ai parlé mais là, j’ai besoin de producteurs. Les deux projets se passent encore dans le milieu de l’intelligence artificielle. Le long métrage aura un casting presque exclusivement féminin et la série sera autour de la pédo-criminalité et de l’IA.
Je suis également sur un court-métrage qui va traiter des foyers pour jeunes filles et de la résilience à travers la boxe. Il va se faire dans les trois mois qui viennent. Je lance aussi des ateliers d’écriture qui auront lieu entre Toulon et Six-Fours. Chacun va raconter un bout de sa vie, une anecdote qui sera lue par un autre. Et j’aimerais pouvoir entrer dans des écoles pour parler du harcèlement scolaire.
Et la comédienne de théâtre, où en est-elle ?
Je vais reprendre en avril, une pièce, « Derrière la porte » de Claude Broussouloux… Qui est en voyage de noces sur l’Île Maurice ! C’est l’histoire d’un couple qui rentre chez lui en fin d’après-midi et dont la femme croit avoir vu un homme rôder dans le jardin. Au départ c’est sur le mode de la comédie style « Scènes de ménages »  et peu à peu, il y a une montée en tension. Ca évoque les secrets qu’il peut y avoir dans un couple.
Et puis, j’ai écrit une pièce et je recherche un comédien de 20/25 ans pour jouer mon fils. Une pièce sur les liens familiaux.
Et à part ça ???
(Elle rit) A part ça… Je ne m’ennuie pas !
Mais aujourd’hui, je cherche des producteurs ou des mécènes pour pouvoir continuer à tourner ! »

Avis aux amateurs !
Propos recueillis par Jacques Brachet


Angelin PRELJOCAJ… Danser pour grandir… Un hymne à la danse signé Julien BENGEL & Marie-Anne SORBA

S’il a un nom difficile à retenir au premier abord, son succès, fait qu’aujourd’hui, pour tous les amoureux de la danse du monde, il est devenu un danseur et chorégraphe incontournable. Et on a la chance qu’il se soit installé à Aix-en-Provence, dans ce lieu magique qu’est le Pavillon Noir.
Je l’ai rencontré, il y a quelques décennies à Châteauvallon avant qu’il ne parte à Aix. On aurait pu le garder chez nous alors qu’il devait créer en 1995, le Ballet National Contemporain. L’arrivée du FN à Toulon a changé la donne et il a fait d’Aix-en-Provence, le siège de sa compagnie avec le succès que l’on connaît.
Il crée en 2015 la section junior, afin d’ouvrir les portes à de jeunes artistes en herbe. L’école a un succès énorme, les apprentis danseurs viennent aussi bien de France que d’Italie, du Portugal, d’Angleterre, de Belgique, Espagne… And so on.
Le réalisateur Julien Bengel, qui a créé la Société « Mise en boîte » est, depuis quelques années, un fidèle de la compagnie, collaborant avec Angelin. Et il décide de monter un documentaire sur cette école exemplaire, en compagnie de Marie-Anne Sorba, productrice et créatrice de la société Fred Hilgemann Films.
Le film s’intitule « Danser pour grandir », un magnifique film qui nous montre combien la danse est art merveilleux mais difficile. Nombre de danseurs s’y cognent car il faut de la détermination, de la passion, de la ténacité, du talent évidemment peut-être du courage aussi car lorsqu’on aime, le courage est omniprésent.
C’est tout ce que nous montre le film de Julien qui a su magnifiquement filmer les danseurs durant leur période test, les découragements, les blessures, les corps qui souffrent, mais aussi l’espoir au bout duquel ils seront pris dans la compagnie. Ils lui ont confié leurs doutes, leurs espoirs mais aussi leur foi en cet art qui est leur vie, avec des confidences très émouvantes.
Le film nous montre aussi ce qu’est le collectif, l’entraide de ces jeunes à la fois concurrents et devenus amis malgré leurs différences de langue, de mode de vie… Le vivre ensemble est important lorsqu’on se retrouve loin de son pays, de sa famille et Angelin, qui est d’une grande humanité, est toujours à leur écoute avec une gentillesse extrême.
C’est tout cela que nous montre ce film que Julien Bengel et Marie-Anne Sorba sont venus présenter dans le cadre de l’association « Lumière(s) du Sud » présidée par Pascale Parodi.


« Julien, Marie-Anne, deux entités, deux sociétés qui s’épousent pour nous donner ce magnifique film… Racontez-nous… Et racontez-vous !
Marie-Anne : Je suis auteure, réalisatrice et productrice de films documentaires depuis quinze ans. Je suis de la région, j’ai passé mon bac au lycée Dumont d’Urville de Toulon, puis je suis partie à Marseille puis à Paris où j’ai passé vingt ans. Je suis d’abord passée par le journalisme, entre autres à Libération, au Figaro Economie, les anciennes pages saumon, pour faire des reportages dans les pays de l’Est, j’ai écrit quelques livres sur la Russie. J’avais appris la langue au lycée. Et puis je me suis mise à faire des documentaires pour la télévision. J’ai alors créé ma propre maison de production pour avoir plus d’autonomie et d’indépendance En 2017, je suis revenue chez moi en famille, et j’ai rapatrié ma société à Toulon.
Julien : J’ai fait le contraire de Marie-Anne, Je suis arrivé de Paris à Toulon en 2005. J’ai fait des études de cinéma, puis je me suis lancé dans la vidéo institutionnelle. J’ai travaillé en tant que monteur sur des documentaires et nous nous sommes rencontrés avec Marie-Anne. Elle m’a demandé si j’avais une idée de film documentaire. Je lui ai parlé de ce projet qui consistait à suivre des jeunes en formation chez Angelin Preljocaj. Nous avons écrit ce projet ensemble, avec nos deux boîtes de production.
Pourquoi la danse et pourquoi Preljocaj ?
Julien : Cela fait plus de quinze ans que je travaille avec Preljocaj en tant que vidéaste. Je fais des captations de ses spectacles, des coulisses, je suis ses créations. C’est un milieu qui me passionne. Ce n’était pas quelque chose qui m’intéressait au départ mais que j’ai découvert au fur et à mesure. Je suis tombé dedans !
Alors, comment est né ce projet ?
A force de voir tous ces jeunes passionnés et travailler d’arrache-pied, j’ai eu envie d’aller un peu plus loin et de les suivre, durant une année de formation, comment ils peuvent arriver à ce niveau-là.

Et vous, Marie-Anne, la danse vous intéressait ?
J’ai toujours été fascinée par les danseurs, ce sont pour moi des êtres surnaturels, ils ont quelque chose que les autres n’ont pas, la grâce, la souplesse, la beauté, des choses dont on a besoin plus que jamais dans ce monde d’aujourd’hui. On a besoin de ces émotions liées à la beauté, à l’art. Et de voir tous ces jeunes entre dix-huit et vingt ans qui sont dans leur passion, dont leur vie est dédiée à leur art, c’est à la fois très rare et très beau. C’est magnifique de voir ces êtres passionnés… Et qui ne sont pas fixés sur leur téléphone ! J’ai beaucoup d’espoir que la jeunesse d’aujourd’hui s’intéresse à la danse, ou à tout autre art d’ailleurs.
Julien, comment avez-vous travaillé avec Angelin ?
Déjà, il nous a fait entièrement confiance. Lorsque je lui ai parlé de ce projet, il m’a seulement dit : « Fais-le comme tu le sens ». On l’a également interviewé vers la fin pour qu’il nous donne son regard sur cette jeunesse. Par contre, il ne nous  jamais demandé de voir ce que nous faisions. Il connaissait mon travail, quant aux élèves, recrutés pour un an, je les ai découverts le premier jour et on s’est apprivoisé !
Je n’ai jamais empiété sur leur travail et très vite ils ont oublié ma caméra.
Y avait-il quand même un scénario au départ ?
Marie-Anne : Nous avons pas mal écrit au départ en fonction du planning en cours de formation car on savait qu’ils reprenaient  un ballet « Après la bataille », qu’ils devaient aller travailler à Paris pour répéter. Nous avons écrit des séquences pour savoir vers quoi on voulait aller.

Julien : Ça reste quand même un documentaire et il est difficile de savoir comment les jeunes vont se comporter durant une année. Nous avons eu quelques belles surprises, l’idée était de montrer comment ces jeunes qui sortent d’un cocon familial s’adaptent à un milieu professionnel, de les voir évoluer, prendre confiance et de voir comment, malgré des langues différentes, ils arrivent à travailler ensemble, à se comprendre et apprendre à être ensemble. D’ailleurs, ceux qui ne parlaient pas français ont pris des cours, car chez Preljocaj, les répétitions se font en français. Reçus en France, la moindre des choses est qu’ils s’adaptent. Il y avait aussi cette idée d’intégration.
Le film dure 52 minutes. Comment s’est fait le montage ?
Nous avons tourné deux à trois fois par mois, de septembre 2024 à fin juillet 2025. Nous avions à peu près cinquante heures d’interviewes, chacun des danseurs l’ayant fait dans sa langue. Il a fallu tout traduire et tout sous-titrer par la suite. Nous avons également fait une mini-série de huit fois huit minutes diffusée avant le journal de 19 heures
Ont-ils vu le film ?
Julien : Oui. On l’a projeté en septembre 2025 en avant-première au Pavillon Noir, quelques jours avant son passage sur France 3 Marseille, et ils ont découvert le film en présence d’un public. Ils avaient beaucoup d’appréhension et ils ont été très heureux du résultat. C’était fidèle à ce qu’ils sont.
Marie-Anne : Ce projet est soutenu dans le cadre d’un dispositif qui permet à France 3 et à la région Sud de financer de nouvelles écritures qui s’appelle « Med in doc » ce qui nous a permis l’apport de France 3 et le soutien de production de la Région.
Ce film, en dehors de France 3, va-t-il passer ailleurs ?
Le film leur appartient mais ils nous ont donné l’autorisation de le présenter dans des festivals ou dans des salles comme ce soir.

La page Preljocaj se tourne… Et maintenant… Qu’allez-vous faire ?
Marie-Anne : On travaille sur un projet, dont on a commencé le tournage. Il s’agit d’une classe de théâtre du collège Joliot-Curie à Carqueiranne. Il y a une petite compagnie nommée « L’Etreinte » qui fait des ateliers avec des ados de 3ème et 4ème’, l’an dernier ils ont écrit une pièce qui s’appelle « Le destin de feu Carotte », l’ont mise en scène et l’ont jouée une fois sur l’Espace des Arts du Pradet avec un certain succès car elle est intelligemment écrite. C’est une comédie et le professeur de Français du Collège, Roger-Michel Allemand a décidé de reprendre cette pièce. Autour de ces communes, il se passe plein de choses avec ces jeunes de 12/15 ans qui font autre chose que de regarder des écrans. Le théâtre est un outil formidable de communication, pour apprendre à s’exprimer, avoir confiance en soi, faire du collectif, du lien social, chacun ayant quelque chose à apporter.
Les choses se font au fil de l’eau, plein d’idées arrivent et on cherche des partenaires, du financement, un diffuseur. Le projet est en route… Et vous en avez la primeur car vous êtes la première personne à qui l’on en parle ! On espère le concrétiser avant la fin de l’année… » Eh bien Pascale… Voilà une soirée à proposer à l’association, pour la rentrée prochaine !

Propos recueillis par Jacques Brachet

« Lumière(s) du Sud reçoit
le Bureau des Tournages TPM 

Erika Wicke de Haek, Laurence Goniot, Jonathan Martin, Pascal Brun, Barbara Occhini

Depuis la fin de 2021 TPM a créé le bureau d’accueil de tournages qui s’adresse à tous les professionnels de l’audiovisuel. Et depuis ce début d’année, le voici installé place Besagne et Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud » qui vient d’être renouvelée dans sa fonction a pensé inviter les principaux acteurs de cette structure pour nous parler de ses tenants et aboutissants. 
Ainsi lundi dernier ont débarqué au théâtre Daudet  la chef  de service, Laurence Goniot, accompagnée de Barbara Occhini, Jonathan Martin et Pascal Brun mais aussi d’une personne avec qui j’ai déjà travaillé sur plusieurs tournages : Erika Wicke de Haeck, exécutive  et présidente de l’association « Arts »« (Association Régionale des techniciens du Sud-Est, pour le cinéma et l’audiovisuel). 
Grâce à nos deux têtes pensantes Erika et Laurence nous avons appris tout, tout, tout sur ces métiers qui tournent autour de l’audiovisuel dans notre région. 
A noter, et on y reviendra, que se poursuit, depuis deux ans, le tournage de la série « Tom et Lola », qui a investi plein de lieux de la métropole TPM, de la Seyne à Toulon, en passant par Hyères, Six-Fours, Sanary et quelques autres beaux paysages et lieux divers et dont le QG mais aussi le studio a été construit dans l’ancien commissariat  de la Seyne. 

La Métropole a fait une réunion pour réfléchir sur ce que est possible d’apporter pour faire mieux connaître le territoire. La  proposition de  la filière cinéma et audiovisuelle a été acceptée et ce bureau a été créé en janvier 2021. Cela allait dynamiser le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, la location de matériel, et la découverte de lieux de la Métropole de Toulon. Marseille a longtemps été pour Paris la première région où se tournaient et se tournent encore des films de cinéma et de télévision, mais  ici sur cette métropole il y a un potentiel énorme. Sur un territoire restreint, il y a beaucoup de variétés de paysages et de lieux. Nombre de réalisateurs sont encore attachés aux décors naturels et ma métropole a un panel très divers à leur proposer. 
Les lieux sont choisis en fonction de désirs et des besoins de la production et de la réalisation. Quelquefois c’est inattendu comme lorsqu’on a dû trouver une station d’épuration. C’est vrai que ce n’est pas très glamour mais il a bien fallu trouver ce décor pas banal, mais nécessaire au tournage. Et ce qui a été trouvé a fait rêver le réalisateur ! 
On demande souvent des lieux ou des décors atypiques, comme des bâtiments à moitié détruits. Etant donné que si une production veut s’installer chez ici, ce n’est pas pour tourner en studio ou dans des appartements même si, bien sûr, il en faut pour certaines scènes. Il faut aussi  tenir compte du côté financier qui est important, car il faut souvent louer les lieux. 
Le bureau d’accueil de tournages propose des lieux, des décors dont la production a besoin. Il n’a  pas la technicité d’un « repéreur » mais fait une recherche préalable pour commencer à débroussailler et proposer des lieux de travail. 
Il recherche aussi en amont les matériels et les techniciens locaux dont ils ont besoin pour le tournage et  les autorisations de tournage… 
Il essaie de préparer leur arrivée. Plus la préparation est rapide, plus les productions gagneront du temps… Et de l’argent ! Il les mettent en contact avec les prestataires locaux dont ils ont besoin. Son but est que tout soit fluide à leur arrivée, que le tournage se passe bien car ils en parleront à d’autres qui auront envie de vouloir travailler sur le territoire.  Le but du bureau d’accueil est aussi la promotion du territoire et susciter l’intérêt des professionnels. Le bureau d’accueil va dans les salons, organise des « Repertours », c’est-à-dire des circuits, afin de faire connaître les lieux, les bâtiments, l’architecture qui puissent leur donner toutes les possibilités de tournage. Il travaille aussi avec le ministère de la défense pour leur faire connaître les forts, les bases navales et aéronavales. Mais également des domaines d’exception, des villas particulières »…

Erika Wicke De Haeck, je l’ai connue sur des tournages dont deux « Meurtes à… » à Porquerolles et sur les îles du Frioul. Productrice exécutive et directrice de production, elle est à la fois la femme invisible mais partout à la fois.
Je ne suis pas réalisatrice, je ne m’occupe pas du casting, je suis en fait une coordinatrice qui met en rapport tous les corps de métiers qu’exigent un tournage. Il faut savoir qu’il y en a beaucoup. Evidemment chaque film n’a pas besoin de tous ces métiers mais je dois être à même de trouver un serrurier comme un coiffeur, un technicien lumière comme un costumier si la production en a besoin. Je mets en rapport les divers réseaux et travaille avec les associations, les collectivités locales, les institutions comme la région, le département, les métropoles afin de pouvoir travailler en amont, avant que l’équipe vienne s’installer, de façon à faire avancer la préparation et qu’ils gagnent du temps sur le tournage car on sait que chaque action a un coût et grâce à ce travail nous faisons gagner du temps à la production.
Il faut d’abord savoir ce qu’il va se passer, où cela va se passer, quels sont les besoins de la production et de la réalisatrice ou du réalisateur , Quels sont les techniciens, les intermittents dont ils vont avoir besoin. Il faut donc être à l’écoute des desideratas de chacun afin qu’ils aient un confort de tournage maximal. Il faut avoir une certaine éthique, beaucoup de patience, savoir improviser, réagir et répondre très vite à certaines demandes de dernière minute.
Il y a aussi bien sûr, la communication,  je travaille avec tous les corps de métier. Et tous ces corps de métiers communiquent entre eux pour répondre aux demandes des réalisatrices et réalisateur et des producteurs afin de pouvoir réaliser et tourner les films tels qu’il le souhaitent.
Je suis en fait la gestionnaire d’une entreprise éphémère à partir du moment où commence la préparation jusqu’au clap de fin. Il faut que chaque employé soit déjà en place au départ, sans avoir un temps d’adaptation.

Les demandes que l’on peut avoir sont très vaste…. On peut me demander un château, un musée, un chantier naval, une cité, un avion, un champs, un centre de recherche, une route…. Chaque film a son propre univers et à chaque fois c’est très différent. C’est ce qui est intéressant car on découvre à chaque fois un univers qu’on ne connait pas, qu’il soit beau ou moche mais on est obligé de connaître à minima son fonctionnement afin de pouvoir cohabiter avec les personnes et pouvoir mener à bien le tournage en tenant compte des contraintes des uns et des autres.. Il faut s’adapter très vite.
C’est un métier de passion même si c’est quelquefois stressant, fatiguant physiquement car il faut tout le temps être en alerte. Il faut aussi être près du réalisateur et du producteur car quelquefois le réalisateur demande des choses irréalisables et il faut aussi tenir un budget pour ne pas le dépasser. On est quelquefois entre les deux ! 

Tom & Lola, Dounia Coesens & Pierre-Yves Bon – Photo François Lefebvre -DEMD Production

TOM & LOLA… 
C’est une série qui on a commencé à tourner cette série en novembre 2023. La Métropole TPM nous a énormément aidé tout au long de la préparation et du tournage mais aussi grâce à leur fond de soutien. La production est venu sur place pour savoir ce qu’on pouvait lui proposer, car nous sommes souvent en concurrence avec Marseille. Il y avait un gros enjeu  car il fallait trouver un lieu où l’on puisse rester pour plusieurs années/saisons. Trouver un lieu qu’on puisse garder aussi longtemps, n’était pas facile, mais nous l’avons trouver à La Seyne sur Mer. Le tournage d’un long métrage ou d’un unitaire ne dure quelques semaines et c’est terminé. Là, il fallait trouver un lieu qu’on puisse louer et garder d’une année sur l’autre.
En fait, tout s’est bien imbriqué, grâce à l’accueil de la ville de La Seyne dans ce commissariat désaffectée, nous avons refait le nôtre et la maison de Tom et Lola dans le même lieu.
C’était une grande prise de risque financier mais ça a marché .

Aujourd’hui, tous les acteurs de cette série sont satisfaits et rassurés et voici que vient de démarrer la troisième saison avec la satisfaction du succès des deux premiers…
A suivre… 
Jacques Brachet 

Quand Daniel MERMET rencontre Howard ZINN

Daniel Mermet

Howard Zinn est l’auteur d’un immense bestseller mondial : « Une histoire populaire américaine ». Lorsque cet émigrant d’Europe de l’Est découvre l’Amérique, il désire connaître son histoire et pour lui elle n’est pas celle que les Américains décrivent et connaissent. Il décide alors de leur faire découvrir leur vraie histoire depuis Christophe Collomb : des indiens aux esclaves, des ouvriers à tous ceux qui ont souffert dans l’ombre et n’avaient pas d’avenir. C’est un énorme succès même si l’Amérique n’était pas l’Eldorado que l’on croit connaître.
Alors, deux hommes, deux français, décident de rencontrer cet homme et d’évoquer son livre par une grande interview et de nombreuses archives. Ces deux hommes sont Daniel Mermet, journaliste, grand reporter,  écrivain, animateur radio, et Olivier Azam, acteur, réalisateur et producteur.
L’un a longuement interviewé l’auteur, l’autre s’est plongé dans les documents d’archives.
Ils nous ont déjà offert un premier volet, le second vient de sortir et un troisième devrait suivre.
C’est une véritable saga, aussi dense que le livre qui nous apprend plein de choses sur ce pays peut-être pas si mythique que ça. Et quel plaisir de rencontrer au Six N’Etoles, Daniel Mermet, volubile et passionnant (Tout aussi passionnant qu’Howard Zinn !) avec qui l’on aurait encore pu passer des heures !

Howard Zinn

Daniel, c’est un film réalisé à deux… Comment est venu ce projet ?
Durant 25 ans sur France Inter j’ai animé une émission qui s’intitulait « Là-bas si j’y suis » qu’écoutaient chaque jour quelque 500.000 auditeurs. Dans le cadre de ces reportages, j’ai rencontré Howard Zinn en 2023. Je l’ai trouvé absolument génial. Nous avons fait avec Olivier Azam un premier film sur Noam Chomsky. Comme nous avions sympathisé avec Howard Zinn, nous nous étions promis de travailler ensemble. Nous nous sommes rencontrés à Boston pour un très long entretien vidéo. A partir de celui-ci, qui nous a servi de colonne vertébrale, nous avons réalisé un premier film, puis le second que vous venez de voir et un troisième à venir.
C’est un film très dense. Très fort. Chacun fait presque deux heures. Il en avait, des choses à dire, ce monsieur !
Il évoque l’histoire des Etats-Unis et il y a de quoi dire ! Il a enseigné l’Histoire pendant des années à Boston et il y a son histoire dans l’Histoire puisque c’est une famille d’émigrés juifs d’Europe Centrale, ces petites gens débarqués au début du siècle dernier à Brooklyn. Dans sa jeunesse il devient contestataire, trop jeune pour partir en Espagne en 36, il va travailler sur un chantier naval à New-York, la guerre arrivant il va s’engager devenir lieutenant de bombardiers. Il va notamment bombarder Royan, utilisant le napalm sans le savoir. Puis ce sera Hiroshima. Marié, il est très heureux, comme de nombreux américains, du bombardement d’Hiroshima, la guerre étant gagnée…
Et il prend conscience de ce qu’il a fait ?
 Oui, à la faveur d’une mesure prise par le gouvernement américain pour les Gis qui reviennent de guerre pour leur permettre d’entrer à l’université sans étude préalable, le GI.Bill. Il choisit l’Histoire, deviendra historien, s’engagera beaucoup. Il enseignera dans une université d’Alabama pour jeunes filles noires, lui le blanc de Boston ! Il s’engagera dans des tas de luttes, les droits civiques, le Viet Nam. Mais il reste traumatisé par cette bombe qu’il a lancée. Il en écrira un livre. C’est un magnifique professeur, un conteur formidable qui est très suivi. Il a du talent, il est très malin, très fort pour s’exprimer.
Pour réaliser ce film vous avez dû faire un travail d’archives colossal ?
Déjà, lui a fait des centaines de fiches à la main. En 1980, il n’y avait pas encore beaucoup d’informatique. Il avait des tiroirs pleins et c’est avec ça qu’il a écrit son bouquin sorti à cette date. Ça a été une bombe – c’est le cas de le dire ! – aux Etats-Unis où il s’est vendu à trois millions d’exemplaire et il y a eu d’innombrables traductions dans le monde. Chomsky a dit qu’il avait changé le regard des Américains sur eux-mêmes.
Nous, nous étions plus loin mais beaucoup d’Américains ont découvert des choses qu’ils ne connaissaient pas, comme l’histoire de ces Indiens décimés par l’arrivée de Christophe Colomb que l’on considère encore comme un héros !
Et il y a un « Columbus Day » tous les ans ! C’est d’ailleurs la fête des Italiens américains qui considèrent Colomb comme un Italien ! Et qui n’ont pas beaucoup apprécié le livre. C’était totalement le contraire de la pacification !

Il parle aussi du soi-disant viol de deux américaines par neuf blacks, les Scottboro boys dans les années 30.
Oui, et dans ces cas-là, il aurait dû y avoir un lynchage. Mais le shérif  décida qu’ils soient jugés. Ce qui leur sauvera la vie, surtout après que les deux filles avouent qu’elles n’ont jamais été violés. Mais ça durera dix ans avant que tous soient libérés, malgré un tribunal entièrement blanc !
Luttes de races et luttesde classes se rejoignent ! C’est un grand mythe américain. Il y a même eu une comédie musicale !
Une chose m’a surpris dans le film : des gens comme Ford ou Lindbergh ne sont peut-être pas les héros que l’on encense ?
Surtout Ford qui est un antisémite  fervent, militant qui voulait la destruction des Juifs. Il avait même édité un journal pour infuser sa prose antisémite. Il était l’ami d’Hitler qui avait son portrait dans son bureau. Et ce sont des choses que les Etats-Unis ignorent… Ou veulent passer sous silence car, pour se faire oublier, il a créé des fondations Ford, c’est le premier annonceur aux Etats-Unis, il a doublé les salaires des ouvriers mais on oublie une close : c’était en échange d’aucun mouvement de grève de leur part. Il avait des milices musclées si ça ne marchait pas droit.
Il y a un truc aussi qui explique pourquoi il a créé le travail à la chaîne !
Oui et ça c’est une trouvaille : le lien avec les abattoirs de Chicago qui coupaient la viande à la chaîne, ce qui lui a donné l’idée de monter les voitures et les boites de conserve à la chaîne.
Il y a aussi une phrase que dit Zinn : « Celui qui tue les méchants n’est pas forcément un gentil.
C’est une idée géniale, il faut l’inculquer aux gosses ! C’est tout à fait l’histoire des Etats-Unis. C’est vrai qu’ils ont tué le méchant, comme l’avaient fait les soviétiques à Stalingrad mais ça n’est pas forcément un gentil pour ça. On se souvient du film « Les sept mercenaires ». Ils tuent le méchant mais ils ont tendance à rester !
C’est toute l’histoire des cow boys et des Indiens !
Effectivement. On a toujours considéré les Indiens comme les méchants et les cow boys ont toujours été les héros. Lorsqu’on était gosse on allait voir ces films où les salauds étaient toujours les Indiens. Les premiers films qui ont inversé complètement la vision sont « Little Big Man » ou »Le soldat bleu ». Ça veut dire que pendant des générations, il y avait les bons cow boys et les sauvages, les barbares, les incultes Indiens. Aujourd’hui ça continue autrement entre les Américains et les Vénézuéliens, les Arabes et les Français

Célèbre photo de Charles Clyd Ebbets prise en 1932 au sommet d’un gratte-ciel du Rockfeller Center

Il y a une phrase de Trump : « La paix par la force »
C’est une façon de voir la paix ! Chacun a sa vision personnelle.
L’Amérique a quand même une histoire de son Histoire particulière, non ?
Vous savez, chacun a l’histoire qu’il veut. On dit que les peuples heureux n’ont pas d’histoire. C’est la façon dont ils vivent l’Histoire qui est intéressante. Nous, nous les prenons un peu comme des crétins, incultes… Parce qu’on est Français, on appartient à la race supérieure quoi !!! Ils ont une façon de vivre l’Histoire qu’ils s’accaparent plus physiquement que nous qui sommes très littéraires. Tant que notre histoire n’est pas écrite, elle n’existe pas. Eux n’ont pas besoin de ça, ils jouent leur histoire.
Et les Amérindiens dans tout ça ?
En ce moment, ils luttent pour reprendre leur place dans la société. Ils se retrouvent un peu partout et reprennent leur place. Il y a une espèce de réveil qui tâtonne pour retrouver leur culture, leur raison d’être. Ils sont des soutiens inconditionnels des Palestiniens car ils ont la même histoire. Il y a des gens qui fuient des conditions difficiles qui trouvent une terre sans peuple (Eux sont un peuple sans terre), ils ont une mission divine : « Croissez et multipliez-vous ». Il y a donc une analogie.
Pour parler et montrer certaine choses, avez-eu des problèmes ?
Bien sûr que nom, même si on dit du mal de l’Amérique. On n’a pas rencontré de gros problèmes. Le premier film circule aux Etats-Unis, dans les universités, ce qui nous a permis de financer celui-là et il est sorti voici dix ans et ce n’est pas à sa sortie qu’on pouvait avoir des problèmes. C’est maintenant avec la censure qui est aujourd’hui omniprésente avec Trump.
Nous avons été surpris et très contents de l’élection du maire de New-York, Zohran Mamdani, qui a prêté serment… Sur le Coran ! Avec 1 million 500.000 juifs qui vivent à New-York ! Sa mère est une très grande réalisatrice qui a remporté beaucoup de prix dont la Caméra d’or à Cannes en 1981 avec « Salaam Bombay ».
On voit quand même des trucs encourageants. Tout ça n’est pas foutu !
Dernière question : En sous-titre sous l‘affiche, on découvre cette phrase : « Tant que les lapins n’auront pas d’historien, elle sera racontée par les chasseurs… Vous pouvez expliquer ?
(Il rit) Je vais vous dire la vérité : Figurez-vous que c’est une phrase de moi ! J’avais piqué une phrase dans un recueil de proverbes africains : « Tant que les lions n’auront pas de grillot, leur histoire sera racontée par les chasseurs ». Je l’ai adapté, transformant le lion en lapin pendant une émission sur Zinn ! J’ai fait ça pour rigoler et du coup, la phrase lui a été attribuée. Il n’a donc jamais dit ça. Comment une phrase piquée à la sagesse africaine et devient presque un proverbe. Et j’ai découvert un écrivain nigérian qui l’a également appliquée.
A quoi ça tient, une phrase dite pour rigoler !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet

Tremplin des jeunes varois.
Rebecca BOULANGER : « Partager et transmettre »

De haut en bas, de gauche à droite : Andréa Coste, Ambre Masse, Hugo Bransard, Inès Mejti, Rébecca Boulanger, Pascale Parodi, Fanny Perrier, Inès da Fonsaca, Adriana, Michaéla Diaco

Ce lundi soir au théâtre Daudet, jamais Pascale Parodi, présidente de « Lumière(s) du Sud n’avait autant reçu d’invités. Des invités qui ont tous entre 20 et 25 ans, avec à leur tête leur prof, Rébecca Boulanger, qui leur a enseigné, tout au long de ces mois scolaires au Campus Educatif de Toulon, l’art d’e communiquer à travers l’écriture et la réalisation d’un film  Pascale a eu l’occasion de rencontrer Rebecca lors du festival du court métrage du Fort Balaguier à la Seyne-sur-Mer et son histoire lui a donné envie de faire se rencontrer pour la première fois ces jeunes étudiants avec un « vrai » public, en présentant leur travail qui n’était pas encore sorti de leur école.
Tous ont des parcours différents, viennent d’horizons différents, ont des personnalités différentes et ce melting pot a donné des courts-métrages de cinq minutes, d’une inventivité formidable, chacun ayant des univers incroyables. Ils nous ont raconté leur aventure avec passion, avec humour et qu’est-ce que c’est réjouissant de rencontrer une jeunesse qui a des idées, des envies. Une jeunesse qu’on aimerait rencontrer plus souvent.
Grâce à Pacale et à Rebecca, nous avons aussi découvert de vrais talents qui sont au début de leur route et qui peut-être, seront des auteurs, les réalisateurs, les monteurs de demain.
Trois équipes surquatre nous ont donc présenté leurs films, certains un peu barrés, certains un peu étranges, certains un peu baroques mais dans lesquels on découvre leur personnalité et déjà une belle maîtrise de ce qui sera peut-être  leurs métiers de demain.
Rebecca a fait un remarquable boulot et j’ai découvert une femme passionnée et tellement heureuse du travail accompli par ses élèves.

« Rebecca, comment le cinéma est-il venu à vous ?
J’y suis venue par le biais du documentaire, le cinéma du réel à la base. Mais avant d’y venir, j’ai commencé par la presse écrite. Etudiante en histoire depuis de longues années, j’ai fait des études en polémologie, qui est une partie de l’histoire contemporaine qui traite de l’analyse des conflits d’aujourd’hui. Mon doctorat avait pour thème le sport comme force de paix et arme de guerre. Par contre, pour gagner de l’argent, j’étais hôtesse dans le domaine sportif, sur le tour de France entre autres, sur des rallyes dans le désert. Un jour, à la dernière étape du Tour de France, je rencontre Jérôme Durand, rédacteur en chef de « L’Equipe », qui m’a proposé de les rejoindre. Je n’étais alors pas journaliste, c’est lui qui m’a appris le métier. C’est un homme formidable. J’ai donc commencé à « piger » pour « L’Equipe » en faisant des rubriques que personne ne lisait ! Mais j’ai beaucoup appris.
Comme je suis très sportive, j’ai continué à piger pour des magazines spécialisés.
On est loin du cinéma !
Jusque-là c’est vrai mais un jour, il y a la télé belge qui m’a proposé de couvrir des événements sportifs, entre autre les événements mot, car j’en faisais, où j’ai pu réaliser mes premiers reportages audio-visuels. J’ai quitté la presse écrite et puis, la Cinquième a été créée par Jean-Marie Cavada, j’ai été engagée et là, j’ai eu l’occasion de pouvoir faire mes premiers documentaires. Ça a été la révélation pour moi. Je me suis dit que c’était ça que je voulais faire.
Depuis ce temps, je n’ai pas cessé de faire des documentaires en explorant l’âme humaine, en faisant des sujets sociétaux. J’en ai fait à peu près 80 et j’ai la chance d’en vivre.

Mais ça ne s’est pas arrêté là ?
Non. J’ai commencé à être formatrice dans des écoles de cinéma sur l’écriture documentaire, la réalisation, comment monter un projet. Depuis 2012, j’enseigne aux Gobelins, j’ai enseigné au Ministère des Armées pour les jeunes qui allaient en opération spéciale sur les terrains de conflits, pour leur apprendre ce qui va constituer plus tard les archives. Je les enseigne à avoir un œil de réalisateurs.
Et la fiction dans tout ça ?
On y vient ! Depuis deux ans, j’ai commencé à suivre des cours d’écriture et de scénarii de fiction, à Paris… J’ai aussi suivi des cours d’écriture scénaristique au conservatoire européen d’écriture audio-visuelle et là, j’ai commencé à écrire mes premiers courts-métrages de fiction. Je n’en ai, pour l’instant, réalisé qu’un seul.
Avec tout ça, comment vous retrouvez-vous sur le Campus de Toulon ?
Mon CV de formatrice s’est trouvé entre leurs mains et lorsqu’on m’a fait cette proposition, j’étais trop contente !
Pourquoi ? 
En fait, je suis née au Revest et je fais le grand écart entre Paris et le Var ! Paris, c’est parce que c’est là qu’est le travail mais je ne m’y installerai jamais définitivement. Ma région c’est sacré ! J’y reviens dès que je peux et un jour j’y reviendrai définitivement.
Donc, je n’ai pas hésité longtemps à dire oui à la proposition d’enseigner l’écriture de séries et de fiction, j’ai crié : « J’arrive tout de suite » !
C’est comme ça que j’ai connu ces jeunes formidables que j’ai suivis en écriture pour le scénario et en réalisation pour mettre en scène leur histoire. J’enseigne aussi la technique de l’interview et du reportage. Je surfe entre tout ça !

Inès da Fonsaca & Michaéla Diaco ont présenté « Pièces manquantes
Inès Mejyi, Fanny Perrier & Hugo Bransard ont présenté « Reconstruction »
Andréa Coste & Ambre Masse ont présenté « La voix d’Asphodèle »

Le cinéma, c’est une passion !
Depuis toute petite, je vais au moins deux/trois fois par semaine… Quoiqu’il arrive !
Je ne pourrais pas vivre sans le cinéma, ça me donne une énergie folle Et cette expérience qui a duré sur plusieurs semaines à Toulon m’a fait rencontrer des jeunes qui ont des univers incroyables, une implication formidable, une invention magnifique. Ce sont tous de très belles personnes qui incarnent l’avenir. Quel cadeau que de les avoir rencontrés. Ils sont tellement inspirants. Je suis heureuse d’avoir partagé cette aventure avec eux.
Et je suis heureuse que ce soir leurs films soient vus ailleurs que dans leur école.
Dans ces équipes, qui a fait quoi ?
Ils ont tout fait ! De l’écriture à la réalisation. Ils sont en fait étudiants en master 2 de communication audio-visuelle et ils ont tout essayé. J’étais là pour leur enseigner comment écrire, réaliser une histoire et après, chacun peut se retrouver soit, dans dans l’écriture, soit, dans la réalisation, soit, dans le montage ou tout autre technique cinématographique. J’ai été un catalyseur de leurs idées, de leur envie d’écrire, de leur élan créatif. Je suis là pour partager et transmettre.
Je suis très fière d’eux ! »

Deux invites surprise ; Mohamed Seddiki & Christopher Caulier
Suite à ces belles rencontres, Pascale nous proposait une autre rencontre, virtuelle cette fois avec Mohamed Seddiki et Christopher Caulier, deux amis d’adolescence qui se sont rencontrés au cours Florent. Depuis, ils ne se sont plus quittés, sont devenus comédiens et, virant de bord, voilà qu’ils nous offrent leur premier court-métrage en tant que scénaristes et réalisateurs : « Saint Honoré ». C’est l’histoire émouvante de Moha, qui rêve de devenir pâtissier et qui, alors qu’il va être embauché en CDI, se retrouve dans une embrouille qui pourrait lui être fatale.
Un film émouvant qui leur a pris cinq ans de leur vie, le Covid ayant interrompu leurs élans mais après ces cinq ans d’attente, les voilà présentant leur film. Et bien leur en a pris d’attendre et de persévérer car leur film a été sélectionné sur trente manifestations cinématographiques et reçu une dizaine de prix.
Aujourd’hui, ils sont sur un autre court-métrage et les voici déjà sur un projet de long métrage. Même si c’est par écran interposé, on est heureux d’avoir rencontré ces deux artistes dont on reparlera certainement.

Jacques Brachet

Festival 2025, la distribution des prix

Nicolas Paban, Justine Foulani, Luc Patentreger, Michèle Jean, Carla Lauzier, Choukri Ben Meriem

La troisième étape du festival « Femmes ! » vient de clore son troisième épisode.
Après le théâtre Liberté de Toulon et le théâtre du Rocher à la Garde, le Six N’Etoiles de Six-Fours accueillait la compétition et s’est donc terminé avec la distribution des prix donné par un jury de cinq professionnels locaux (Voir article précédent) approuvé par le président du festival Luc Patentreger.
Luc qui devait remercier le Six N’Etoiles, en la personne de sa directrice, Noémie Dumas, la ville de Six-Fours, totalement partie prenante de ce bel événement cinématographique, qui lui ouvre ses portes depuis 24 ans et tous les bénévoles qui gravitent autour du festival, une équipe soudée, passionnée, qui fait le succès de celui-ci .
Cette année, le thème choisi était le duo et, grâce à la sélection de ces films, nous avons pu des films de haut niveau, de grand intérêt qui, sans ce festival, pourraient pour la plupart rester dans l’ombre.
Sept avant-premières étaient proposées au public et au jury qui a délibéré pour décerner ces deux prix qui, en fait, se sont transformés en trois, le jury décernant aussi un prix spécial.
Autre duo, celui du président et de Mireille Vercellino, encyclopédie du cinéma, qui aide Luc dans cette belle entreprise, en choisissant avec lui et Martine son épouse, les films que nous avons vus tout au long du festival.

Camille Cottin…
Nathan Ambrosini & Luc Patentreger

Un festival qui bascule et se poursuit dès aujourd’hui au cinéma Royal à Toulon, puis à la salle Tisot et au Casino Joa de la Seyne avec plein d’animations autour d’autres films.
Revenons-en à la distribution des prix annoncée par nos cinq jurés.
La présidente du jury, Michèle Jean, devait préciser, de l’avis unanime, la qualité des films présentés et du coup le jury a décidé de mettre trois films à l’honneur.
And the winner are :
Mention spéciale qui, dixit Choukri Ben Meriem, les a envoûtés, ensorcelé, à « L’engloutie » de Louise Hémon, qui raconte l’arrivée en plein hiver d’une jeune institutrice dans un village perdu où une avalanche va perturber ces villageois paisibles qui ne parlent que le savoyard.
Le prix d’interprétation féminine, nous dit Justine Foulani, a été très difficile à attribuer à travers sept belles propositions. Après beaucoup d’hésitations, le prix est donc attribué à une déjà grande actrice française : Camille Cottin pour le film « Les enfants vont bien » de Nathan Ambrosini, qui était d’ailleurs venu présenter le film à l’ouverture du festival.
L’histoire de deux sœurs, Jeanne (Camille Cottin) et Suzanne (Juliette Armani) qui, à peine retrouvées, sont séparée par la disparition de cette dernière.

Enfin, pour le grand prix du jury, Michèle Jean devait préciser qu’après maintes discussions et beaucoup de négociations, ils sont arrivés à un compromis et, pour la brillance de son scénario, pour l’esthétisme, pour le charisme de ses acteurs et la cohérence du récit, le film choisi est « Louise » de Nicolas Keitel, l’histoire de Marion qui quitte le domicile familial pour vivre une autre vie sous l’identité de Louise.
Nos cinq jurés ont été ravis de la réception que leur a faite le festival, de se rencontrer pour une première fois et de s’entendre à merveille et ont chaleureusement remercié tous ces gens qui se sont occupés d’eux avec patience et gentillesse.
Des rencontres qui se sont soldées par l’espoir de tous se retrouver autour de leur passion commune : le cinéma.
L’an prochain, le festival fêtera son vingt-cinquième anniversaire et Luc nous promet un grand festival plein de surprises… On a déjà hâte d’y être !

Jacques Brachet