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« Lumière(s) du Sud reçoit
le Bureau des Tournages TPM 

Erika Wicke de Haek, Laurence Goniot, Jonathan Martin, Pascal Brun, Barbara Occhini

Depuis la fin de 2021 TPM a créé le bureau d’accueil de tournages qui s’adresse à tous les professionnels de l’audiovisuel. Et depuis ce début d’année, le voici installé place Besagne et Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud » qui vient d’être renouvelée dans sa fonction a pensé inviter les principaux acteurs de cette structure pour nous parler de ses tenants et aboutissants. 
Ainsi lundi dernier ont débarqué au théâtre Daudet  la chef  de service, Laurence Goniot, accompagnée de Barbara Occhini, Jonathan Martin et Pascal Brun mais aussi d’une personne avec qui j’ai déjà travaillé sur plusieurs tournages : Erika Wicke de Haeck, exécutive  et présidente de l’association « Arts »« (Association Régionale des techniciens du Sud-Est, pour le cinéma et l’audiovisuel). 
Grâce à nos deux têtes pensantes Erika et Laurence nous avons appris tout, tout, tout sur ces métiers qui tournent autour de l’audiovisuel dans notre région. 
A noter, et on y reviendra, que se poursuit, depuis deux ans, le tournage de la série « Tom et Lola », qui a investi plein de lieux de la métropole TPM, de la Seyne à Toulon, en passant par Hyères, Six-Fours, Sanary et quelques autres beaux paysages et lieux divers et dont le QG mais aussi le studio a été construit dans l’ancien commissariat  de la Seyne. 

La Métropole a fait une réunion pour réfléchir sur ce que est possible d’apporter pour faire mieux connaître le territoire. La  proposition de  la filière cinéma et audiovisuelle a été acceptée et ce bureau a été créé en janvier 2021. Cela allait dynamiser le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, la location de matériel, et la découverte de lieux de la Métropole de Toulon. Marseille a longtemps été pour Paris la première région où se tournaient et se tournent encore des films de cinéma et de télévision, mais  ici sur cette métropole il y a un potentiel énorme. Sur un territoire restreint, il y a beaucoup de variétés de paysages et de lieux. Nombre de réalisateurs sont encore attachés aux décors naturels et ma métropole a un panel très divers à leur proposer. 
Les lieux sont choisis en fonction de désirs et des besoins de la production et de la réalisation. Quelquefois c’est inattendu comme lorsqu’on a dû trouver une station d’épuration. C’est vrai que ce n’est pas très glamour mais il a bien fallu trouver ce décor pas banal, mais nécessaire au tournage. Et ce qui a été trouvé a fait rêver le réalisateur ! 
On demande souvent des lieux ou des décors atypiques, comme des bâtiments à moitié détruits. Etant donné que si une production veut s’installer chez ici, ce n’est pas pour tourner en studio ou dans des appartements même si, bien sûr, il en faut pour certaines scènes. Il faut aussi  tenir compte du côté financier qui est important, car il faut souvent louer les lieux. 
Le bureau d’accueil de tournages propose des lieux, des décors dont la production a besoin. Il n’a  pas la technicité d’un « repéreur » mais fait une recherche préalable pour commencer à débroussailler et proposer des lieux de travail. 
Il recherche aussi en amont les matériels et les techniciens locaux dont ils ont besoin pour le tournage et  les autorisations de tournage… 
Il essaie de préparer leur arrivée. Plus la préparation est rapide, plus les productions gagneront du temps… Et de l’argent ! Il les mettent en contact avec les prestataires locaux dont ils ont besoin. Son but est que tout soit fluide à leur arrivée, que le tournage se passe bien car ils en parleront à d’autres qui auront envie de vouloir travailler sur le territoire.  Le but du bureau d’accueil est aussi la promotion du territoire et susciter l’intérêt des professionnels. Le bureau d’accueil va dans les salons, organise des « Repertours », c’est-à-dire des circuits, afin de faire connaître les lieux, les bâtiments, l’architecture qui puissent leur donner toutes les possibilités de tournage. Il travaille aussi avec le ministère de la défense pour leur faire connaître les forts, les bases navales et aéronavales. Mais également des domaines d’exception, des villas particulières »…

Erika Wicke De Haeck, je l’ai connue sur des tournages dont deux « Meurtes à… » à Porquerolles et sur les îles du Frioul. Productrice exécutive et directrice de production, elle est à la fois la femme invisible mais partout à la fois.
Je ne suis pas réalisatrice, je ne m’occupe pas du casting, je suis en fait une coordinatrice qui met en rapport tous les corps de métiers qu’exigent un tournage. Il faut savoir qu’il y en a beaucoup. Evidemment chaque film n’a pas besoin de tous ces métiers mais je dois être à même de trouver un serrurier comme un coiffeur, un technicien lumière comme un costumier si la production en a besoin. Je mets en rapport les divers réseaux et travaille avec les associations, les collectivités locales, les institutions comme la région, le département, les métropoles afin de pouvoir travailler en amont, avant que l’équipe vienne s’installer, de façon à faire avancer la préparation et qu’ils gagnent du temps sur le tournage car on sait que chaque action a un coût et grâce à ce travail nous faisons gagner du temps à la production.
Il faut d’abord savoir ce qu’il va se passer, où cela va se passer, quels sont les besoins de la production et de la réalisatrice ou du réalisateur , Quels sont les techniciens, les intermittents dont ils vont avoir besoin. Il faut donc être à l’écoute des desideratas de chacun afin qu’ils aient un confort de tournage maximal. Il faut avoir une certaine éthique, beaucoup de patience, savoir improviser, réagir et répondre très vite à certaines demandes de dernière minute.
Il y a aussi bien sûr, la communication,  je travaille avec tous les corps de métier. Et tous ces corps de métiers communiquent entre eux pour répondre aux demandes des réalisatrices et réalisateur et des producteurs afin de pouvoir réaliser et tourner les films tels qu’il le souhaitent.
Je suis en fait la gestionnaire d’une entreprise éphémère à partir du moment où commence la préparation jusqu’au clap de fin. Il faut que chaque employé soit déjà en place au départ, sans avoir un temps d’adaptation.

Les demandes que l’on peut avoir sont très vaste…. On peut me demander un château, un musée, un chantier naval, une cité, un avion, un champs, un centre de recherche, une route…. Chaque film a son propre univers et à chaque fois c’est très différent. C’est ce qui est intéressant car on découvre à chaque fois un univers qu’on ne connait pas, qu’il soit beau ou moche mais on est obligé de connaître à minima son fonctionnement afin de pouvoir cohabiter avec les personnes et pouvoir mener à bien le tournage en tenant compte des contraintes des uns et des autres.. Il faut s’adapter très vite.
C’est un métier de passion même si c’est quelquefois stressant, fatiguant physiquement car il faut tout le temps être en alerte. Il faut aussi être près du réalisateur et du producteur car quelquefois le réalisateur demande des choses irréalisables et il faut aussi tenir un budget pour ne pas le dépasser. On est quelquefois entre les deux ! 

Tom & Lola, Dounia Coesens & Pierre-Yves Bon – Photo François Lefebvre -DEMD Production

TOM & LOLA… 
C’est une série qui on a commencé à tourner cette série en novembre 2023. La Métropole TPM nous a énormément aidé tout au long de la préparation et du tournage mais aussi grâce à leur fond de soutien. La production est venu sur place pour savoir ce qu’on pouvait lui proposer, car nous sommes souvent en concurrence avec Marseille. Il y avait un gros enjeu  car il fallait trouver un lieu où l’on puisse rester pour plusieurs années/saisons. Trouver un lieu qu’on puisse garder aussi longtemps, n’était pas facile, mais nous l’avons trouver à La Seyne sur Mer. Le tournage d’un long métrage ou d’un unitaire ne dure quelques semaines et c’est terminé. Là, il fallait trouver un lieu qu’on puisse louer et garder d’une année sur l’autre.
En fait, tout s’est bien imbriqué, grâce à l’accueil de la ville de La Seyne dans ce commissariat désaffectée, nous avons refait le nôtre et la maison de Tom et Lola dans le même lieu.
C’était une grande prise de risque financier mais ça a marché .

Aujourd’hui, tous les acteurs de cette série sont satisfaits et rassurés et voici que vient de démarrer la troisième saison avec la satisfaction du succès des deux premiers…
A suivre… 
Jacques Brachet 

Quand Daniel MERMET rencontre Howard ZINN

Daniel Mermet

Howard Zinn est l’auteur d’un immense bestseller mondial : « Une histoire populaire américaine ». Lorsque cet émigrant d’Europe de l’Est découvre l’Amérique, il désire connaître son histoire et pour lui elle n’est pas celle que les Américains décrivent et connaissent. Il décide alors de leur faire découvrir leur vraie histoire depuis Christophe Collomb : des indiens aux esclaves, des ouvriers à tous ceux qui ont souffert dans l’ombre et n’avaient pas d’avenir. C’est un énorme succès même si l’Amérique n’était pas l’Eldorado que l’on croit connaître.
Alors, deux hommes, deux français, décident de rencontrer cet homme et d’évoquer son livre par une grande interview et de nombreuses archives. Ces deux hommes sont Daniel Mermet, journaliste, grand reporter,  écrivain, animateur radio, et Olivier Azam, acteur, réalisateur et producteur.
L’un a longuement interviewé l’auteur, l’autre s’est plongé dans les documents d’archives.
Ils nous ont déjà offert un premier volet, le second vient de sortir et un troisième devrait suivre.
C’est une véritable saga, aussi dense que le livre qui nous apprend plein de choses sur ce pays peut-être pas si mythique que ça. Et quel plaisir de rencontrer au Six N’Etoles, Daniel Mermet, volubile et passionnant (Tout aussi passionnant qu’Howard Zinn !) avec qui l’on aurait encore pu passer des heures !

Howard Zinn

Daniel, c’est un film réalisé à deux… Comment est venu ce projet ?
Durant 25 ans sur France Inter j’ai animé une émission qui s’intitulait « Là-bas si j’y suis » qu’écoutaient chaque jour quelque 500.000 auditeurs. Dans le cadre de ces reportages, j’ai rencontré Howard Zinn en 2023. Je l’ai trouvé absolument génial. Nous avons fait avec Olivier Azam un premier film sur Noam Chomsky. Comme nous avions sympathisé avec Howard Zinn, nous nous étions promis de travailler ensemble. Nous nous sommes rencontrés à Boston pour un très long entretien vidéo. A partir de celui-ci, qui nous a servi de colonne vertébrale, nous avons réalisé un premier film, puis le second que vous venez de voir et un troisième à venir.
C’est un film très dense. Très fort. Chacun fait presque deux heures. Il en avait, des choses à dire, ce monsieur !
Il évoque l’histoire des Etats-Unis et il y a de quoi dire ! Il a enseigné l’Histoire pendant des années à Boston et il y a son histoire dans l’Histoire puisque c’est une famille d’émigrés juifs d’Europe Centrale, ces petites gens débarqués au début du siècle dernier à Brooklyn. Dans sa jeunesse il devient contestataire, trop jeune pour partir en Espagne en 36, il va travailler sur un chantier naval à New-York, la guerre arrivant il va s’engager devenir lieutenant de bombardiers. Il va notamment bombarder Royan, utilisant le napalm sans le savoir. Puis ce sera Hiroshima. Marié, il est très heureux, comme de nombreux américains, du bombardement d’Hiroshima, la guerre étant gagnée…
Et il prend conscience de ce qu’il a fait ?
 Oui, à la faveur d’une mesure prise par le gouvernement américain pour les Gis qui reviennent de guerre pour leur permettre d’entrer à l’université sans étude préalable, le GI.Bill. Il choisit l’Histoire, deviendra historien, s’engagera beaucoup. Il enseignera dans une université d’Alabama pour jeunes filles noires, lui le blanc de Boston ! Il s’engagera dans des tas de luttes, les droits civiques, le Viet Nam. Mais il reste traumatisé par cette bombe qu’il a lancée. Il en écrira un livre. C’est un magnifique professeur, un conteur formidable qui est très suivi. Il a du talent, il est très malin, très fort pour s’exprimer.
Pour réaliser ce film vous avez dû faire un travail d’archives colossal ?
Déjà, lui a fait des centaines de fiches à la main. En 1980, il n’y avait pas encore beaucoup d’informatique. Il avait des tiroirs pleins et c’est avec ça qu’il a écrit son bouquin sorti à cette date. Ça a été une bombe – c’est le cas de le dire ! – aux Etats-Unis où il s’est vendu à trois millions d’exemplaire et il y a eu d’innombrables traductions dans le monde. Chomsky a dit qu’il avait changé le regard des Américains sur eux-mêmes.
Nous, nous étions plus loin mais beaucoup d’Américains ont découvert des choses qu’ils ne connaissaient pas, comme l’histoire de ces Indiens décimés par l’arrivée de Christophe Colomb que l’on considère encore comme un héros !
Et il y a un « Columbus Day » tous les ans ! C’est d’ailleurs la fête des Italiens américains qui considèrent Colomb comme un Italien ! Et qui n’ont pas beaucoup apprécié le livre. C’était totalement le contraire de la pacification !

Il parle aussi du soi-disant viol de deux américaines par neuf blacks, les Scottboro boys dans les années 30.
Oui, et dans ces cas-là, il aurait dû y avoir un lynchage. Mais le shérif  décida qu’ils soient jugés. Ce qui leur sauvera la vie, surtout après que les deux filles avouent qu’elles n’ont jamais été violés. Mais ça durera dix ans avant que tous soient libérés, malgré un tribunal entièrement blanc !
Luttes de races et luttesde classes se rejoignent ! C’est un grand mythe américain. Il y a même eu une comédie musicale !
Une chose m’a surpris dans le film : des gens comme Ford ou Lindbergh ne sont peut-être pas les héros que l’on encense ?
Surtout Ford qui est un antisémite  fervent, militant qui voulait la destruction des Juifs. Il avait même édité un journal pour infuser sa prose antisémite. Il était l’ami d’Hitler qui avait son portrait dans son bureau. Et ce sont des choses que les Etats-Unis ignorent… Ou veulent passer sous silence car, pour se faire oublier, il a créé des fondations Ford, c’est le premier annonceur aux Etats-Unis, il a doublé les salaires des ouvriers mais on oublie une close : c’était en échange d’aucun mouvement de grève de leur part. Il avait des milices musclées si ça ne marchait pas droit.
Il y a un truc aussi qui explique pourquoi il a créé le travail à la chaîne !
Oui et ça c’est une trouvaille : le lien avec les abattoirs de Chicago qui coupaient la viande à la chaîne, ce qui lui a donné l’idée de monter les voitures et les boites de conserve à la chaîne.
Il y a aussi une phrase que dit Zinn : « Celui qui tue les méchants n’est pas forcément un gentil.
C’est une idée géniale, il faut l’inculquer aux gosses ! C’est tout à fait l’histoire des Etats-Unis. C’est vrai qu’ils ont tué le méchant, comme l’avaient fait les soviétiques à Stalingrad mais ça n’est pas forcément un gentil pour ça. On se souvient du film « Les sept mercenaires ». Ils tuent le méchant mais ils ont tendance à rester !
C’est toute l’histoire des cow boys et des Indiens !
Effectivement. On a toujours considéré les Indiens comme les méchants et les cow boys ont toujours été les héros. Lorsqu’on était gosse on allait voir ces films où les salauds étaient toujours les Indiens. Les premiers films qui ont inversé complètement la vision sont « Little Big Man » ou »Le soldat bleu ». Ça veut dire que pendant des générations, il y avait les bons cow boys et les sauvages, les barbares, les incultes Indiens. Aujourd’hui ça continue autrement entre les Américains et les Vénézuéliens, les Arabes et les Français

Célèbre photo de Charles Clyd Ebbets prise en 1932 au sommet d’un gratte-ciel du Rockfeller Center

Il y a une phrase de Trump : « La paix par la force »
C’est une façon de voir la paix ! Chacun a sa vision personnelle.
L’Amérique a quand même une histoire de son Histoire particulière, non ?
Vous savez, chacun a l’histoire qu’il veut. On dit que les peuples heureux n’ont pas d’histoire. C’est la façon dont ils vivent l’Histoire qui est intéressante. Nous, nous les prenons un peu comme des crétins, incultes… Parce qu’on est Français, on appartient à la race supérieure quoi !!! Ils ont une façon de vivre l’Histoire qu’ils s’accaparent plus physiquement que nous qui sommes très littéraires. Tant que notre histoire n’est pas écrite, elle n’existe pas. Eux n’ont pas besoin de ça, ils jouent leur histoire.
Et les Amérindiens dans tout ça ?
En ce moment, ils luttent pour reprendre leur place dans la société. Ils se retrouvent un peu partout et reprennent leur place. Il y a une espèce de réveil qui tâtonne pour retrouver leur culture, leur raison d’être. Ils sont des soutiens inconditionnels des Palestiniens car ils ont la même histoire. Il y a des gens qui fuient des conditions difficiles qui trouvent une terre sans peuple (Eux sont un peuple sans terre), ils ont une mission divine : « Croissez et multipliez-vous ». Il y a donc une analogie.
Pour parler et montrer certaine choses, avez-eu des problèmes ?
Bien sûr que nom, même si on dit du mal de l’Amérique. On n’a pas rencontré de gros problèmes. Le premier film circule aux Etats-Unis, dans les universités, ce qui nous a permis de financer celui-là et il est sorti voici dix ans et ce n’est pas à sa sortie qu’on pouvait avoir des problèmes. C’est maintenant avec la censure qui est aujourd’hui omniprésente avec Trump.
Nous avons été surpris et très contents de l’élection du maire de New-York, Zohran Mamdani, qui a prêté serment… Sur le Coran ! Avec 1 million 500.000 juifs qui vivent à New-York ! Sa mère est une très grande réalisatrice qui a remporté beaucoup de prix dont la Caméra d’or à Cannes en 1981 avec « Salaam Bombay ».
On voit quand même des trucs encourageants. Tout ça n’est pas foutu !
Dernière question : En sous-titre sous l‘affiche, on découvre cette phrase : « Tant que les lapins n’auront pas d’historien, elle sera racontée par les chasseurs… Vous pouvez expliquer ?
(Il rit) Je vais vous dire la vérité : Figurez-vous que c’est une phrase de moi ! J’avais piqué une phrase dans un recueil de proverbes africains : « Tant que les lions n’auront pas de grillot, leur histoire sera racontée par les chasseurs ». Je l’ai adapté, transformant le lion en lapin pendant une émission sur Zinn ! J’ai fait ça pour rigoler et du coup, la phrase lui a été attribuée. Il n’a donc jamais dit ça. Comment une phrase piquée à la sagesse africaine et devient presque un proverbe. Et j’ai découvert un écrivain nigérian qui l’a également appliquée.
A quoi ça tient, une phrase dite pour rigoler !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet

Tremplin des jeunes varois.
Rebecca BOULANGER : « Partager et transmettre »

De haut en bas, de gauche à droite : Andréa Coste, Ambre Masse, Hugo Bransard, Inès Mejti, Rébecca Boulanger, Pascale Parodi, Fanny Perrier, Inès da Fonsaca, Adriana, Michaéla Diaco

Ce lundi soir au théâtre Daudet, jamais Pascale Parodi, présidente de « Lumière(s) du Sud n’avait autant reçu d’invités. Des invités qui ont tous entre 20 et 25 ans, avec à leur tête leur prof, Rébecca Boulanger, qui leur a enseigné, tout au long de ces mois scolaires au Campus Educatif de Toulon, l’art d’e communiquer à travers l’écriture et la réalisation d’un film  Pascale a eu l’occasion de rencontrer Rebecca lors du festival du court métrage du Fort Balaguier à la Seyne-sur-Mer et son histoire lui a donné envie de faire se rencontrer pour la première fois ces jeunes étudiants avec un « vrai » public, en présentant leur travail qui n’était pas encore sorti de leur école.
Tous ont des parcours différents, viennent d’horizons différents, ont des personnalités différentes et ce melting pot a donné des courts-métrages de cinq minutes, d’une inventivité formidable, chacun ayant des univers incroyables. Ils nous ont raconté leur aventure avec passion, avec humour et qu’est-ce que c’est réjouissant de rencontrer une jeunesse qui a des idées, des envies. Une jeunesse qu’on aimerait rencontrer plus souvent.
Grâce à Pacale et à Rebecca, nous avons aussi découvert de vrais talents qui sont au début de leur route et qui peut-être, seront des auteurs, les réalisateurs, les monteurs de demain.
Trois équipes surquatre nous ont donc présenté leurs films, certains un peu barrés, certains un peu étranges, certains un peu baroques mais dans lesquels on découvre leur personnalité et déjà une belle maîtrise de ce qui sera peut-être  leurs métiers de demain.
Rebecca a fait un remarquable boulot et j’ai découvert une femme passionnée et tellement heureuse du travail accompli par ses élèves.

« Rebecca, comment le cinéma est-il venu à vous ?
J’y suis venue par le biais du documentaire, le cinéma du réel à la base. Mais avant d’y venir, j’ai commencé par la presse écrite. Etudiante en histoire depuis de longues années, j’ai fait des études en polémologie, qui est une partie de l’histoire contemporaine qui traite de l’analyse des conflits d’aujourd’hui. Mon doctorat avait pour thème le sport comme force de paix et arme de guerre. Par contre, pour gagner de l’argent, j’étais hôtesse dans le domaine sportif, sur le tour de France entre autres, sur des rallyes dans le désert. Un jour, à la dernière étape du Tour de France, je rencontre Jérôme Durand, rédacteur en chef de « L’Equipe », qui m’a proposé de les rejoindre. Je n’étais alors pas journaliste, c’est lui qui m’a appris le métier. C’est un homme formidable. J’ai donc commencé à « piger » pour « L’Equipe » en faisant des rubriques que personne ne lisait ! Mais j’ai beaucoup appris.
Comme je suis très sportive, j’ai continué à piger pour des magazines spécialisés.
On est loin du cinéma !
Jusque-là c’est vrai mais un jour, il y a la télé belge qui m’a proposé de couvrir des événements sportifs, entre autre les événements mot, car j’en faisais, où j’ai pu réaliser mes premiers reportages audio-visuels. J’ai quitté la presse écrite et puis, la Cinquième a été créée par Jean-Marie Cavada, j’ai été engagée et là, j’ai eu l’occasion de pouvoir faire mes premiers documentaires. Ça a été la révélation pour moi. Je me suis dit que c’était ça que je voulais faire.
Depuis ce temps, je n’ai pas cessé de faire des documentaires en explorant l’âme humaine, en faisant des sujets sociétaux. J’en ai fait à peu près 80 et j’ai la chance d’en vivre.

Mais ça ne s’est pas arrêté là ?
Non. J’ai commencé à être formatrice dans des écoles de cinéma sur l’écriture documentaire, la réalisation, comment monter un projet. Depuis 2012, j’enseigne aux Gobelins, j’ai enseigné au Ministère des Armées pour les jeunes qui allaient en opération spéciale sur les terrains de conflits, pour leur apprendre ce qui va constituer plus tard les archives. Je les enseigne à avoir un œil de réalisateurs.
Et la fiction dans tout ça ?
On y vient ! Depuis deux ans, j’ai commencé à suivre des cours d’écriture et de scénarii de fiction, à Paris… J’ai aussi suivi des cours d’écriture scénaristique au conservatoire européen d’écriture audio-visuelle et là, j’ai commencé à écrire mes premiers courts-métrages de fiction. Je n’en ai, pour l’instant, réalisé qu’un seul.
Avec tout ça, comment vous retrouvez-vous sur le Campus de Toulon ?
Mon CV de formatrice s’est trouvé entre leurs mains et lorsqu’on m’a fait cette proposition, j’étais trop contente !
Pourquoi ? 
En fait, je suis née au Revest et je fais le grand écart entre Paris et le Var ! Paris, c’est parce que c’est là qu’est le travail mais je ne m’y installerai jamais définitivement. Ma région c’est sacré ! J’y reviens dès que je peux et un jour j’y reviendrai définitivement.
Donc, je n’ai pas hésité longtemps à dire oui à la proposition d’enseigner l’écriture de séries et de fiction, j’ai crié : « J’arrive tout de suite » !
C’est comme ça que j’ai connu ces jeunes formidables que j’ai suivis en écriture pour le scénario et en réalisation pour mettre en scène leur histoire. J’enseigne aussi la technique de l’interview et du reportage. Je surfe entre tout ça !

Inès da Fonsaca & Michaéla Diaco ont présenté « Pièces manquantes
Inès Mejyi, Fanny Perrier & Hugo Bransard ont présenté « Reconstruction »
Andréa Coste & Ambre Masse ont présenté « La voix d’Asphodèle »

Le cinéma, c’est une passion !
Depuis toute petite, je vais au moins deux/trois fois par semaine… Quoiqu’il arrive !
Je ne pourrais pas vivre sans le cinéma, ça me donne une énergie folle Et cette expérience qui a duré sur plusieurs semaines à Toulon m’a fait rencontrer des jeunes qui ont des univers incroyables, une implication formidable, une invention magnifique. Ce sont tous de très belles personnes qui incarnent l’avenir. Quel cadeau que de les avoir rencontrés. Ils sont tellement inspirants. Je suis heureuse d’avoir partagé cette aventure avec eux.
Et je suis heureuse que ce soir leurs films soient vus ailleurs que dans leur école.
Dans ces équipes, qui a fait quoi ?
Ils ont tout fait ! De l’écriture à la réalisation. Ils sont en fait étudiants en master 2 de communication audio-visuelle et ils ont tout essayé. J’étais là pour leur enseigner comment écrire, réaliser une histoire et après, chacun peut se retrouver soit, dans dans l’écriture, soit, dans la réalisation, soit, dans le montage ou tout autre technique cinématographique. J’ai été un catalyseur de leurs idées, de leur envie d’écrire, de leur élan créatif. Je suis là pour partager et transmettre.
Je suis très fière d’eux ! »

Deux invites surprise ; Mohamed Seddiki & Christopher Caulier
Suite à ces belles rencontres, Pascale nous proposait une autre rencontre, virtuelle cette fois avec Mohamed Seddiki et Christopher Caulier, deux amis d’adolescence qui se sont rencontrés au cours Florent. Depuis, ils ne se sont plus quittés, sont devenus comédiens et, virant de bord, voilà qu’ils nous offrent leur premier court-métrage en tant que scénaristes et réalisateurs : « Saint Honoré ». C’est l’histoire émouvante de Moha, qui rêve de devenir pâtissier et qui, alors qu’il va être embauché en CDI, se retrouve dans une embrouille qui pourrait lui être fatale.
Un film émouvant qui leur a pris cinq ans de leur vie, le Covid ayant interrompu leurs élans mais après ces cinq ans d’attente, les voilà présentant leur film. Et bien leur en a pris d’attendre et de persévérer car leur film a été sélectionné sur trente manifestations cinématographiques et reçu une dizaine de prix.
Aujourd’hui, ils sont sur un autre court-métrage et les voici déjà sur un projet de long métrage. Même si c’est par écran interposé, on est heureux d’avoir rencontré ces deux artistes dont on reparlera certainement.

Jacques Brachet

Festival 2025, la distribution des prix

Nicolas Paban, Justine Foulani, Luc Patentreger, Michèle Jean, Carla Lauzier, Choukri Ben Meriem

La troisième étape du festival « Femmes ! » vient de clore son troisième épisode.
Après le théâtre Liberté de Toulon et le théâtre du Rocher à la Garde, le Six N’Etoiles de Six-Fours accueillait la compétition et s’est donc terminé avec la distribution des prix donné par un jury de cinq professionnels locaux (Voir article précédent) approuvé par le président du festival Luc Patentreger.
Luc qui devait remercier le Six N’Etoiles, en la personne de sa directrice, Noémie Dumas, la ville de Six-Fours, totalement partie prenante de ce bel événement cinématographique, qui lui ouvre ses portes depuis 24 ans et tous les bénévoles qui gravitent autour du festival, une équipe soudée, passionnée, qui fait le succès de celui-ci .
Cette année, le thème choisi était le duo et, grâce à la sélection de ces films, nous avons pu des films de haut niveau, de grand intérêt qui, sans ce festival, pourraient pour la plupart rester dans l’ombre.
Sept avant-premières étaient proposées au public et au jury qui a délibéré pour décerner ces deux prix qui, en fait, se sont transformés en trois, le jury décernant aussi un prix spécial.
Autre duo, celui du président et de Mireille Vercellino, encyclopédie du cinéma, qui aide Luc dans cette belle entreprise, en choisissant avec lui et Martine son épouse, les films que nous avons vus tout au long du festival.

Camille Cottin…
Nathan Ambrosini & Luc Patentreger

Un festival qui bascule et se poursuit dès aujourd’hui au cinéma Royal à Toulon, puis à la salle Tisot et au Casino Joa de la Seyne avec plein d’animations autour d’autres films.
Revenons-en à la distribution des prix annoncée par nos cinq jurés.
La présidente du jury, Michèle Jean, devait préciser, de l’avis unanime, la qualité des films présentés et du coup le jury a décidé de mettre trois films à l’honneur.
And the winner are :
Mention spéciale qui, dixit Choukri Ben Meriem, les a envoûtés, ensorcelé, à « L’engloutie » de Louise Hémon, qui raconte l’arrivée en plein hiver d’une jeune institutrice dans un village perdu où une avalanche va perturber ces villageois paisibles qui ne parlent que le savoyard.
Le prix d’interprétation féminine, nous dit Justine Foulani, a été très difficile à attribuer à travers sept belles propositions. Après beaucoup d’hésitations, le prix est donc attribué à une déjà grande actrice française : Camille Cottin pour le film « Les enfants vont bien » de Nathan Ambrosini, qui était d’ailleurs venu présenter le film à l’ouverture du festival.
L’histoire de deux sœurs, Jeanne (Camille Cottin) et Suzanne (Juliette Armani) qui, à peine retrouvées, sont séparée par la disparition de cette dernière.

Enfin, pour le grand prix du jury, Michèle Jean devait préciser qu’après maintes discussions et beaucoup de négociations, ils sont arrivés à un compromis et, pour la brillance de son scénario, pour l’esthétisme, pour le charisme de ses acteurs et la cohérence du récit, le film choisi est « Louise » de Nicolas Keitel, l’histoire de Marion qui quitte le domicile familial pour vivre une autre vie sous l’identité de Louise.
Nos cinq jurés ont été ravis de la réception que leur a faite le festival, de se rencontrer pour une première fois et de s’entendre à merveille et ont chaleureusement remercié tous ces gens qui se sont occupés d’eux avec patience et gentillesse.
Des rencontres qui se sont soldées par l’espoir de tous se retrouver autour de leur passion commune : le cinéma.
L’an prochain, le festival fêtera son vingt-cinquième anniversaire et Luc nous promet un grand festival plein de surprises… On a déjà hâte d’y être !

Jacques Brachet




Festival « Femmes ! »… Promis, jurés !

Depuis l’an dernier, le festival « Femmes ! » a innové en créant, hormis le prix du public, le prix du jury et le prix de la meilleure actrice.
Ce qui donnait un peu plus de poids à ce festival dédié à la femme.
Le sujet choisi, cette année est le duo, quel qu’il soit et le jury doit voter autour de sept films.
Et le jury choisi est composé de deux femmes, deux hommes, pour la parité et une présidente, ce qui était la moindre des choses dans un tel festival.
Ce sont tous des professionnels et ils ont l’avantage d’être régionaux. J’ai déjà rencontré certains dans le cadre d’une rencontre et tous ont un point commun : la passion du cinéma.
Comme le chantait Christophe, je vais, je vais vous les présenter ! Et bien sûr, nous commençons par la présidente : Michèle JEAN.
« Qui suis-je ? Grand problème philosophique !
Je suis d’abord une femme, je travaille pour un festival de femmes, je défends la cause des femmes et je suis cinéphile. Ça te va, Jacques ?
Oui mais pas que… Le festival dont tu parles est bien sûr celui-ci ?
Oui, j’en suis la vice-présidente,  responsable de tout ce qui est artistique, dont la programmation. Avec Mireille Vercellino et Martine Patentreger, nous visionnons beaucoup de films, nous allons dansquelques festivals, les réalisateurs nous envoient aussi des liens et nous voyons ainsi les films en avant-première.
Combien de films avez-vous vus toutes les trois ?
Pour un choix de 46 on en voit plus d’une centaine. Nous les choisissons en fonction de la thématique qui est cette année les duos. Ce pouvait donc être une sœur, une amie, une fille, un mari… Toujours des couples ou des duos. Des films d’une certaine profondeur car nous voulons faire passer un message. C’est ce que veut dire le cinéma. Le cinéma est là pour quelque chose, comme faire réfléchir les gens.
Je voudrais préciser que nous travaillons avec Noémie Dumas, la directrice du Six N’Etoiles, et qu’elle fait un magnifique travail dans ce cinéma.
Choukri BEN MERIEM
Je suis acteur, réalisateur, producteur. Je viens, avec mon équipe, de présenter un pilote d’une série qui porte sur la légende des deux frères que nous avons tourné sur la plage des Sablettes en septembre dernier. Nous l’avons présenté à Toulon fin novembre,  dans un festival à Londres et nous continuons afin de trouver un financement pour les prochains épisodes.
Tu connais donc la région ?
Oui, puisque j’ai grandi à la Seyne-sur-mer, j’ai travaillé une dizaine d’années sur Paris, deux ans à Londres et je suis revenu à cause du covid. Je ne pensais pas rester mais j’ai trouvé un projet sur cette légende locale. Et je suis resté !
Comment es-tu venu au cinéma ?
Je suis tombé dedans lorsque j’étais petit, j’ai toujours aimé le cinéma, les westerns en noir et blanc et cette passion s’est développée au fur et à mesure. Je me suis intéressé au cinéma indépendant, la technique, la musique qui va avec, les bruitages…
Toujours dans la réalisation ?
J’en suis à ma troisième réalisation. Je suis aussi acteur mais j’ai voulu diversifier mes activités.
En tant qu’acteur où a-t-on pu te voir ?
Dans des courts métrages français et anglais.
Comment te retrouves-tu dans le jury ?
Parce qu’on me l’a proposé ! Dans les années précédentes j’étais festivalier et du coup, cette année, on m’a demandé d’y venir en tant que juré.

Michèle Jean
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Justine Foulani

Justine FOULANI
Justine, on se connaît car c’est toi qui nous accueilles au Six N’Etoiles, avec Noémie Dumas. Comment viens-tu au cinéma ?
Je suis originaire d’Occitanie, d’Ales, Nîmes, exactement et il y a un an que je travaille au Six N’Etoiles. Depuis que je suis enfant j’aime voir des films. Ça m’a suivi jusqu’à mon adolescence, puis, dans mes études, je me suis orientée dans le secteur du cinéma, j’ai entre autre découvert la diffusion. Essayer de montrer au public des films qui ne sont pas des blockbusters , souvent des films qui ne sont pas particulièrement grand public, comment les amener justement au public et c’est un vrai travail et c’est ce qui m’a passionnée. Puis j’ai travaillé aussi dans la distribution de documentaires qui ont du mal à trouver leur public, en les programmant justement dans des cinémas. C’est comme ça que je suis entrée en contact avec le Six N’Etoiles en tant qu’animatrice, pour mettre en place des animations pour le jeune public, organiser des débats, trouver des partenariats avec des associations locales pour faire connaître ces films.
Es-tu intéressée de devenir toi-même distributrice ?
Pas vraiment car je me suis rendu compte que j’étais surtout en contact avec les exploitants et pas assez avec le public, ce que je n’ai pas retrouvé dans la distribution. J’aime le contact avec le public. Nous organisons avec Noémie des petites projections que nous recevons, que nous voyons en amont afin de voir ce que nous pouvons faire comme animation à travers ces films. J’essaie d’aller dans quelques festivals, comme Cannes et le festival « Itinérances » d’Alès qui est un chouette festival et je fais aussi en sorte de découvrir les locaux.
Nicolas PABAN
Difficile de te faire « re » parler puisqu’on a eu l’occasion de se rencontrer ! Tu es venu comment au cinéma ?
En voiture ! Pas de loin puisque je suis toulonnais ! Plus sérieusement, c’est un rêve d’enfant mais j’ai mis du temps à passe à l’action. Je n’ai pas fait d’école de cinéma mais un jour j’ai eu la maturité de me dire que si j’avais cette envie, il fallait la réaliser, sans se poser de questions. A partir de là, j’ai fait beaucoup de courts métrages, j’ai appris sur le tas, en faisant des erreurs, j’ai appris de film en film et je n’ai jamais arrêté en restant à Toulon.
Fier d’être toulonnais ?
Non. On n’a pas à être fièr d’être né quelque part, d’être né tout court ! Mais j’aime ma région.
Tu as fait combien de courts métrages ?
Difficile de les compter, car en fait,  j’en faisais déjà tout gamin mais je ne peux pas les compter dans ma filmographie. Disons une quinzaine qui ont été vus dans des festivalss, des salles de cinéma.
N’es-tu pas tenté par un long métrage ?
Peut-être mais je considère que ce n’est pas une fin en soi. Il faut beaucoup d’aides, de financements conséquents. Mais je suis très heureux de faire des courts métrages parce que c’est du cinéma et qu’en priorité j’ai envie de faire du cinéma.
Et peut-on en vivre ?
Oui, j’en vis, sinon je serais malheureux… C’est ce qui fait que je me sens vivant.

Nicolas Paban
Carla Lauzier
Choukri Ben Meriem

Carla LAUZIER
Je suis six-fournaise. J’habite à Six-Fours mais je travaille à Aubagne, je suis monteuse de courts métrages, j’ai fait des études de cinéma et je travaille à l’école de La Satis à Aubagne, qui est une école de cinéma. J’y enseigne le montage et la post production.
Comment es-tu venue à ce métier ?
Tardivement car j’ai d’abord fait des études de langue étrangère (Anglais, Italien, Arabe…) Je voulais devenir interprète.Finalement j’ai changé de voie car pour bien gagner sa vie il faut faire du droit travailler au sein de l’ONU par exemple et ce n’était pas une voie qui me correspondait. J’ai décidé d’arrêter et de me poser la question : Qu’est-ce que tu veux faire ?
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est regarder des films, les analyser. Je me suis alors lancée dans une licence de cinéma sans vraiment savoir dans quelle discipline je voulais aller. J’en ai découvert tous les aspects et en découvrant le montage, c’est une passion qui s’est débloquée. J’ai commencé à faire des montages de films…
Quels films ?
J’ai été en stage sur plusieurs séries comme « Plus belle la vie », sur Amazon avec Jean Dujardin, Charlotte Gainsbourg, ensuite, j’ai commencé à avoir des contacts, des rencontres et monter des courts métrages.
N’as-tu pas essayé d’aller sur Paris ?
Non, c’est un choix, Paris ça n’était pas une vie qui me correspondait pas et je suis très heureuse de pouvoir travailler dans la région et entre autres dans l’école où j’ai été formée.
A côté je travaille en free-lance et ça me convient très bien. L’école m’ouvre beaucoup de contacte car on travaille avec beaucoup de partenaires. Les réseaux marchent bien.
Comment es-tu devenue juré sur ce festival ?
En fait, je connais Mireille Vercellino qui a été présidente de l’association « Lumières du Sud », avant que ma mère, Michèle Attard ne lui succède et je faisais partie de l’association. Du coup, elle m’a proposé d’être juré ».

Le club des cinq réuni, comment vont-ils travailler ?
D’abord, me disent-ile, en se découvrant puisqu’ils ne se connaissaient pas. Et je suis heureux que cette rencontre les fasse se découvrir l’un l’autre. Ensuite bien sûr, il y a les projections, l’analyse du film, les différentes techniques du tournage et surtout et avant tout le ressenti, l’émotion que le film a suscité chez chacun. Puis, il faudra choisir la meilleure actrice et là, ils ont l’embarras du choix !

A suivre donc !
Jacques Brachet

Six-Fours – Festival « Femmes ! » : Ouverture en majeur

Jamais on n’aura vu autant d’invités pour l’ouverture du festival « Femmes ! » à Six-Fours.
Luc Patentreger, président du festival, avait bien fait les choses en démarrant sur une rencontre exceptionnelle : Une master class avec une partie de l’équipe de la série télévisée de France 3 « Plus belle la vie ». Il devait y avoir quatre actrices et plusieurs sont venus en renfort ! Inutile de vous dire que les fans ont rempli une partie de la salle, heureux de voir leurs comédiens préférés quitter le Mistral à Marseille, pour être là « en vrai » !
Cette série de plusieurs milliers d’épisodes, créé en 2004. S’est arrêtée en 2022 mais le public a été tellement nombreux à s’en plaindre, que revoici revenu en 2024, une sorte de suite ou de continuité « Plus belle la vie, encore plus belle », même si elle n’est pas toujours belle car il s’en passe des événements, aussi drôles que dramatiques !
Mais ce n’était pas tout puisque démarrait aussi le prix du jury et le prix du public, avec un film signé Nathan Ambrosioni, en sa présence, qui présentait un film « Les enfants vont bien ». L’histoire de deux sœurs, Suzanne et Jeanne, qui, à peine retrouvées, sont aussitôt séparées car dans la nuit de leurs retrouvailles, Suzanne disparaît.
Nathan Ambrosioni  est un « voisin » puisque né à Grasse en 1999. Fou de cinéma, il réalise à 15 ans son premier film « Hostile », un film d’horreur !
Aujourd’hui « Les enfants vont bien » est son cinquième film et déjà, chacun de ses films a obtenu des prix divers et nombreux. C’est le nouveau petit génie du cinéma et pour ce cinquième film, il a réuni deux magnifiques comédiennes : Camille Cottin, l’une nos comédiennes française les plus douées, que l’Amérique nous envie et ne se gêne pas pour nous l’emprunter et à ses côtés, une chanteuse qui est en train de se faire un nom dans le cinéma : Juliette Armanet.

Le lendemain, mardi donc, c’est au tour de Béatrice Métayer, ambassadrice du festival, d’animer un débat autour du film norvégien de Lija Ingolfsdottir « Loveable ».
Maria (Helga Guren), divorcée, deux enfants. Remariée, deux autres enfants. Si, au départ, c’est l’amour fou avec Sigmund (Oddgeir Thune), très vite, le couple vacille. Lui, musicien, doit souvent partir en tournée. Elle, se retrouve avec quatre enfants à gérer. A chacun de ses retours, Sigmund se retrouve avec une femme épuisée, seule la moitié du temps, en colère tout le temps et subit ses reproches. A tel point qu’il demande le divorce à son tour.
A partir de là, Maria, va aller voir sa mère, une mère qui, à son tour, lui reproche bien des choses et la met devant le fait qu’elle a toujours été centrée sur elle-même et devrait penser aux autres Entre les mots de sa mère et les mots d’une psy qui va, elle aussi, la mettre devant ses attitudes, Maria, qui est à bout de force, va revoir toute sa vie et se rendre compte de ce qui ne va pas chez elle.

Suite à ce film terriblement émouvant et oppressant, mené par une comédienne magnifique, Béatrice avait réuni quatre femmes pour un débat autour de la santé mentale : Le Docteur Stéphanie Guillaume, le Docteur Eugénie Beaucourt, médecins généralistes,  Laurence Flez-Renaudin, psy et auteure et Cécile Limier professeure d’arts martiaux et créatrice de l’association « Sport adapté, santé ».
Toutes étaient d’accord que la santé mentale doit aller de pair avec la santé physique, que le meilleur moyen de ne pas y succomber et l’échange et la communication, et aussi de ne pas être dans le déni lorsqu’on voit que tout va mal.
Magnifique début de festival à Six-Fours, qui va se dérouler jusqu’au 15 novembre et se terminera par la remise du prix du jury et de la meilleure actrice.
Le festival continuera à se dérouler au casino Joa et au Centre Tisot, avec également des séances scolaires, des soirées événements, des soirées musicales à la Seyne ainsi que la nuit du court métrage  qui réunira 24 films à partir de 19 heures le 21 novembre au Centre Tisot avec une remise de prix .La soirée de clôture se déroulera le 23 novembre.
Plein de beaux films, plein de magnifiques actrices, plein de beaux réalisateurs et réalisatrices, un festival mené de main de maître par Luc et son équipe, qui augure bien pour le 25ème anniversaire l’an prochain !

Jacques Brachet

Philippe VAÏSSE, un repéreur heureux.

Qu’est-ce qu’un repéreur, me direz-vous ? C’est quelqu’un qui fait… des repérages !
Mais pas n’importe lesquels puisqu’il s’agit de cinéma.
C’est lui qui, pour les besoins d’un tournage, recherche le site, la maison, le paysage dont a besoin le réalisateur.
C’est ainsi qu’il vadrouille un peu partout dans le Var et ses environs pour trouver le coin de mer ou de montagne, la maison, l’appartement dont a besoin le réalisateur pour y installer ses comédiens.
Seynois d’origine et n’ayant jamais voulu quitter la Seyne d’où il est enraciné, il a fait un parcours sans faute pour trouver enfin le métier qu’il aime et dont le titre n’est pas encore dans le dictionnaire : repéreur.
Et Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud, l’a… repéré et invité à nous parler de ce métier original et, on pourrait dire, ancestral puisqu’il existe depuis qu’est né le cinéma.
Garçon passionné et volubile, c’est un plaisir que de discuter avec lui et de comprendre combien, ce métier est important dans la construction d’un film.

« Philippe, commençons par le commencement : D’où venez-vous ?
De la Seyne-sur-mer ! Je suis née il y a longtemps… En 77 ! A Ollioules, à la clinique Malartic, j’ai fait mes études au lycée Beaussier à la Seyne, où je vis toujours, puis au collège Paul Eluard…
Et comment êtes-vous venu au cinéma ?
Par une anecdote qui a marqué mon histoire d’amour avec le cinéma. J’avais alors une quinzaine d’années, nous avions eu une petite embrouille avec ma bande de copains, nous étions fâchés et du coup, nous sommes allés au cinéma voir « Star Gate . Ce n’est pas le film du siècle mais je suis transporté, ça m’a emmené ailleurs, tout comme mes copains et à la sortie nous ne sommes plus du tout fâchés ! C’est là que je me suis dit que le cinéma c’était magique et que j’aimerais un jour mettre des étoiles dans les yeux des gens.
Par quoi ça a commencé ?
Par l’écriture. A partir de 19 ans j’ai commencé à écrire des histoires que j’envisageais d’adapter en film.

Le cinéma fait déjà partie de votre ambiance familiale?
Je dois dire qu’au départ mes parents sont un peu inquiets de me voir aller vers ce milieu mais ils m’ont toujours soutenu. Il faut dire qu’ils ont une vision très ouverte sur la culture,  ma mère est à la fois prof de Français et d’arts plastiques, mon père est un fan de littérature et de musique. Je baignais déjà dans ce milieu culturel et artistique. Ils m’ont alors dit, comme nombre de parents : « Le cinéma c’est bien mais… si d’abord tu peux faire quelques études classiques histoire d’avoir un bagage si ça ne marche pas » ! J’ai donc fait des études d’économie-gestion, je suis allé jusqu’à la maîtrise mais je me suis arrêté au milieu de la quatrième année car je savais que ce n’était pas mon truc.
Et alors ?
J’avais déjà écrit plusieurs histoires pour des courts-métrages et il y avait une frustration. J’ai alors commencé des études  cinéma-photo en arts du spectacle à la fac de Lyon. C’est là que j’ai travaillé ma culture cinématographique que je ne connaissais que grâce à mon père à travers les films qu’il aimait comme « Soleil vert », « Little big man », « La horde sauvage ». .. Ces films ont marqué mon enfance. C’est aussi à la fac que j’ai découvert la photographie.. J’ai réalisé des premiers courts-métrages d’études, je me suis spécialisé dans le montage. A la fin  de ma troisième année, je suis revenu chez moi et avec des amis, nous avons monté une télé sur Internet. C’était en 2003, la web TV n’existait pas encore et nous l’avons appelée « Baboite TV ». Nous proposions des reportages sur l’activité culturelle de Toulon et ses environs, pour montrer qu’il se passait beaucoup de choses sur notre région.

Ça a duré longtemps ?
Jusqu’en 2008. Pour moi, c’était une première approche de l’audio-visuel mais j’avais toujours en moi cette envie de créer des films. Un jour, en 2007, mon père me raconte un rêve absurde qu’il a fait et ça a été le déclic qui me fait écrire un court-métrage de cette histoire. Grâce à ce scénario, j’obtiens une bourse du ministère de l’éducation et de la culture dans une sction qui s’appelait « Envie d’agir ». Je tourne ce court-métrage qui s’appellera « De passage », avec des professionnels du cinéma de Marseille. C’est une semaine de rêve et une révélation. La concrétisation de ce que j’ai envie de faire. Ce court-métrage de 13 minutes sort un an après, sans dialogue et en couleur. Il sera suivi  d’un second court-métrage en 16 mm, en une journée, développée à l’ancienne.
Et c’est quoi ?
« Hors champ ». Une toute petite comédie burlesque de 3 minutes car nous n’avions qu’une bobine ! On le tourne avec la même équipe dont Jérôme Carle mon chef opérateur, qui était un professionnel et qui m’a poussé à suivre la route. A partir de là, on est en, 2009, je commence à envoyer des CV. Un mois après on m’appelle et on me propose un renfort sur une publicité pour la Poste qui se tourne à Venelle, au-dessus d’Aix-en-Provence. Il faut être sur le plateau à 5 heures ! Je venais d’avoir un enfant avec, comme souvent, des nuits compliquées mais je ne pouvais pas rater ça ! Ça a été mon premier contrat de régisseur.
Depuis ça ne s’est jamais arrêté.

Et vous avez fait quoi ?
D’abord régisseur sur des renforts puis j’ai fait un film en entier, des choses récurrentes dans la région, j’intègre des équipes avec qui je travaille régulièrement. D’assistant régisseur je passe adjoint. Vers 2O14 je commence à développer des tournages sur le Var et l’aire toulonnaise. Et en 2016, on me propose d’être repéreur sur le film de Gérard Jugnot « C’est beau la vie quand on y pense » dont une parie est tournée à Toulon. C’est donc mon premier film en tant que responsable des repérages. Le travail était de trouver les différents décors qui allaient servir au tournage.
Commencer avec Gérard Jugnot, c’est pas mal !
Oui, l’expérience se passe super bien, Gérard Jugnot est un gars adorable très à l’écoute de ce qu’on peut lui proposer, très conscient du fait qu’un bon film se fait de façon collégiale, chacun ayant quelque chose à amener. Ce n’est pas le mec qui sait tout, qui fait mieux que tout le monde. C’est un type très ouvert.
Du coup, vous arrêtez d’être régisseur ?
Non, car ce sont deux métiers complémentaires et après avoir trouvé les décors du film, j’organise la logistique  autour des décors que j’ai trouvé.
Je deviens d’ailleurs régisseur général sur un film tourné à Cherbourg « Les cadors » avec Jean-Paul Rouve, Michel Blanc, Marie Gillain…. C’était en 2022 et ce sera mon dernier film en tant que régisseur.

Pourquoi arrêter ?
C’est un métier très prenant car on est de la préparation du film jusqu’au tournage, on doit régler tous les problèmes, vingt-quatre sur vingt-quatre, même les week-ends. Pour ce film je suis parti trois mois et-demi de chez moi et pour la vie de famille c’est très compliqué.
Repéreur c’est moins compliqué !
En repérage, on me donne un scénario, la description des décors à trouver et à moi de me débrouiller, contacter, chercher, fouiller, me perdre quelquefois et aussi aller à la découverte de gens que je rencontre, qui m’ouvrent leurs maisons. Ce peuvent être des décors naturels, institutionnels, privés.
Vous n’êtes pas en concurrence de la Commission du Film du Var ?
Pas du tout car elle accompagne les productions de films qui viennent tourner dans la région ou le département, ils ont une base de données de décors très centralisée sur l’Est varois, la région de Saint-Tropez, le bassin de Fréjus, ils sont moins actifs sur la partie toulonnaise. Il y a aussi le bureau des tournages de TPM mais nous travaillons tous main dans la main, chacun fait appel à l’autre, on s’échange des informations. C’est un vrai travail de partage. C’est un métier de réseaux. C’est comme ça que j’ai travaillé sur des séries comme « Cimetière Indien » ou « Tom et Lola »
Pas de frustration de ne plus être scénariste et réalisateur ?
Depuis deux ans et demi, je me suis mis à l’écriture littéraire. J’ai sorti un premier roman « L’arbre et la colline » (Ed Presses du Midi), je suis sur un second roman et j’ai trouvé dans l’écriture littéraire une liberté sans limites. Lorsqu’on écrit un scénario et qu’on veut l’adapter, il y a toujours un moment où se fait un arbitrage entre l’artistique et l’argent et c’est souvent là qu’on est frustré car il faut couper, retailler enlever des trucs qui coûtent trop cher. Mais dans l’écriture littéraire, jamais personne ne va me dire que mon décor est trop cher ! Mon prochain roman se passe en Islande où je suis allé. Je n’aurai pas une production qui me dira « Trop loin, trop cher ». Aujourd’hui, cette liberté compense largement le fait de ne plus être derrière la caméra. Même si ça a été une expérience superbe…. Et il ne faut pas dire jamais mais je n’ai aucune frustration.
Romancier et repéreur sont des métiers de solitaire. Et ça, ça me plait ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

La Seyne – Expo Festival
« Femmes ! » Des femmes et des océans

Rarement, au Casino Joa,  on avait vu autant de monde au vernissage d’une exposition, en l’occurrence celle des Chantiers du Cinéma, dans le cadre du festival « Femmes » dont le président est Luc Patentreger.
Il faut dire que l’on y rencontrait une belle brochette d’aspirants maires de la Seyne ! Les élections approchant, c’était une occasion de se faire voir.
Que des mecs, pas une seule femme pour prendre la succession de l’ex maire et du coup, Luc devait préciser qu’après presque vingt-cinq ans d’existences (Vingt-cinq l’an prochain), le festival avait pu tenir le coup grâce à des aides extérieures, les anciennes mairies n’ayant pas trop fait le forcing pour que ce festival se développe, même l’ex maire qui alors était une femme !
Et pourtant aujourd’hui, on peut dire que ce festival a tenu le coup, a grimpé les échelons de la connaissance, de la qualité, sur un sujet important, sur un sujet crucial : la femme, mise à l’honneur dans tous ses états, présentant des films de qualité, quelquefois drôles, quelquefois dramatiques, sur des sujets, portés par des comédiennes, des réalisatrices et réalisateurs de grand talent, engagés, défendant les droits, la liberté, la créativité.
Ce festival s’est hissé au premier plan des festivals de cinéma de France et Luc profita donc de voir réunis tous ceux qui ont l’ambition de devenir maires d’ici quelques mois pour les exhorter à penser à aider ce festival qui est une cause nationale et même internationale : la femme.

Cette année le choix des films s’est porté sur le thème du duo, quel qu’il soit, et sera présenté à la Seyne (Casino Joa, Centre Tisot), à Toulon (Cinéma le Royal, Théâtre Liberté), à Six-Fours (Six N’Etoiles), à la Garde (Théâtre du Rocher) et du 5 au 22 novembre 44 films de 16 pays, dont 9 avant-premières, vous seront proposés avec, en point d’orgue six jours de projections au Six N’Etoiles avec à la clef, un prix du jury (que nous vous présenterons) et un prix de la meilleure actrice féminine.
Des soirées à thèmes, des débats, des rencontres, agrémenteront ces projections, que vous pourrez retrouver sur le site femmesfestival.fr.
Mais revenons à cette exposition intitulée « Veilleuses d’océans » justement proposée par un duo bien connu de deux photographes : Emilie Delamarinière et Pascal Scatera, duo transformé en trio puisqu’ils ont invité une plasticienne dont les racines sont seynoises : Leni Whitford, qui a conçu un magnifique kimono qui a habillé les femmes que nos deux artistes ont photographiées.
Nous les avons rencontrés.

« D’abord, parlez-moi de votre rencontre…
Emilie : Notre rencontre avec Leni remonte à quelques années déjà. On suit Leni et ses œuvres, son travail, nous avons déjà collaboré ensemble au studio,  soit pour la reproduction de ses œuvres, soit pour des photos d’inspiration, c’est-à-dire que, à partir d’une photo,qu’elle puisse après réaliser en  peinture. C’est le départ de notre rencontre artistique et cette année c’est un peu particulier puisque Leni nous a proposé un sujet original…
Racontez-nous, Leni
Ce kimono qui trône au milieu de l’exposition sert de fil conducteur à l’exposition. Je précise que je ne l’ai pas fait pour l’exposition mais pour une de mes œuvres et j’ai collaboré avec Emilie et Pascal. Je crée des peintures à l’aquarelle où à l’huile, très figuratives, très réalistes mais c’est surtout très symbolique.
Dites-moi en quoi ce kimono est symbolique ?
Il s’agit de la souffrance de l’océan et ça aurait pu se terminer là, mais c’est aussi un vêtement. Et l’intérêt d’un vêtement est d’être porté. Mais qui pourrait endosser la souffrance de l’océan ?  Des gens qui travaillent réellement pour améliorer les choses, qui ont une réelle sensibilité. D’où le but de l’expo qui est de mettre en lumière des actions poétiques, mais aussi angoissantes et par ailleurs, tout en parlant d’un sujet grave, lorsqu’on regarde ces images, c’est positif, éclatant, c’est un hommage à l’océan
On veut donner du plaisir à se promener et à lire des textes forts pour prouver que nous avons tous des responsabilités, des choix à faire. Et ça fait du bien d’être là et de se poser des questions.
Alors, l’ami Pascal seul homme entre ces deux femmes ?
Il aurait pu y avoir des hommes mais l’exposition va de pair avec le thème du festival et donc le fait de mettre à l’honneur des femmes qui font beaucoup d’efforts pour protéger les océans est le lien qui relie le festival. Nous n’avons donc choisi que des veilleuses, des femmes qui se battent pour la survie des océans.
Emilie : Chaque année, nous mettons en lumière des parcours de femmes avec, chaque année, un thème différent. Nous avons parlé l’an dernier des métiers essentiels et cette année ce sujet s’impose à nous. Il suffit de chercher des parcours de femmes inspirantes pour remplir la mission que l’on nous a confiée.

Leni : Le festival choisit souvent des femmes locales et nous avions déjà une liste e femmes qui étaient dans le thème. Je vis à Paris et j’ai travaillé à distance avec les deux photographes.
Je suis originaire de la région et je trouvais intéressant de faire venir des femmes des quatre coins de la France sur des sujets différents : On voulait des femmes issues de la recherche scientifique, de la sagesse, de la jeunesse , des personnes qui ont un fort impact médiatique, ses sportives de haut niveau…
Et alors que nous sommes sur un festival de cinéma, pas de femmes venant du 7ème Art ?
Il y a plein de femmes qu’on aimerait avoir : des femmes politiques, des scientifiques, des femmes qui utilisent la mer dans leur quotidien. Et pourquoi pas, bien sûr, des comédiennes, des réalisatrices ?
Emilie : J’en ai sollicité quelques-unes mais il n’y a pas eu de suite.
Cette année, le thème du festival est le duo… Y avez-vous pensé 
Pascal : Déjà, le duo… C’est Emilie et moi ! C’est vrai qu’avec Leni c’est devenu un trio mais le duo est en fait l’océan et la photographie et je suis entre un duo de femmes !
Cette exposition va-t-elle tourner après la Seyne ?
Emilie : On l’espère, en y ajoutant d’autres portraits de femmes inspirantes, l’agrandir mais il faut trouver des lieux et les portes ont du mal à s’ouvrir. Là, elle est calibrée pour la salle du Casino Joa mais on aimerait trouver plus grand car si l’on ajoute des femmes, ça ne peut pas rentrer dans toutes les salles.
Pascal : Par exemple, nous aimerions que la Villa Tamaris Pacha nous reçoive mais c’est très difficile, il faut être adoubé.
Leni : J’ai d’ailleurs envoyé un message à Jacqueline Franjou et je serais très heureuse, en tant que seynoise, qu’elle puisse nous faire entrer dans ce lieu superbe. »
Le message est envoyé… Jacqueline, si tu l’entends !!!

ropos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

Hommage à Paris
Roger CORBEAU, un photographe hors du commun

Tous les ans au festival de Cannes, Jean-Claude Brialy organisait l’exposition d’un photographe de plateau. Cette année-là, en 1986, il rendait hommage à Roger Corbeau. Je ne le connaissais pas, ses photos étaient plus connues que lui, sauf dans le milieu du cinéma où les réalisateurs se l’arrachaient.
Jean-Claude avait organisé un repas après l’exposition qu’il lui dédiait et je me retrouvai à sa table.
C’était un homme au physique impressionnant dont le nom lui allait à merveille !
C’est au cours du repas que Jean-Claude me suggéra de faire un papier sur lui. Ce qu’il accepta en me donnant rendez-vous le lendemain à son hôtel.
Là, je découvrais un homme souriant, d’une grande simplicité, plein d’humour et j’allais passer deux heures sous le charme de cet homme volubile, en découvrant une carrière incroyable.
Voici 30 ans qu’il nous a quitté.

Arletty
Brigitte Bardot
« La femme et le pantin »

Roger Corbeau, comment vous est venue cette vocation de photographe ?
Je n’ai pas eu la vocation de photographe, jamais. En fait, ce devait être en 23 ou en 24, mon père m’avait offert un petit Kodak. Je l’utilisais pour photographier la famille le dimanche, tous ces dimanches où l’on allait en voiture du côté de Lembach et où, je m’en souviens, on mangeait tout le temps la même chose. Non. Ce que je voulais, c’était faire du cinéma. Une idée qui m’était venue tout jeune. Il faut vous dire que j’allais très souvent au ciné, la semaine à Haguenau – il y avait deux salles – et, les jours de vacances, à Strasbourg.
Et que pensaient vos parents d’une telle carrière ?
Mon père voulait me transformer en homme d’affaires. C’est d’autant plus curieux que lui-même était un intellectuel, bibliophile avisé, collectionneur d’objets d’art. Mais il ne voulait pas, mais alors pas du tout, que je devienne artiste. Par contre, je dois dire que je bénéficiais du soutien inconditionnel de ma mère qui, elle, trouvait cela très bien. Il faut vous dire qu’elle était une vraie fan de cinéma. Elle y allait beaucoup et voyait surtout des films allemands. C’était l’époque de la gloire d’Henny Porten. C’était au temps du cinéma muet…
Une enfance heureuse en somme ?
Une enfance très, très heureuse. J’avais la chance d’avoir pour père un homme généreux. Je me souviens que tous les samedis, nous recevions, ma sœur et moi, notre argent de poche. Le mien – et le sien, parce que je le lui empruntais à fonds perdus – passait dans les magazines de cinéma et ces merveilleuses cartes postales d’acteurs que je faisais venir d’Angleterre. En secret de mon père, bien entendu, qui ne mit quand même pas longtemps à découvrir le pot aux roses…

Rencontre à Cannes
Romy Schneider « Le procès »

Mais le cinéma, le vrai, c’est Paris. Donc, vous partez ?
Oui. En 32. J’avais 24 ans et me voilà décidé à « monter » – si l’on peut dire, vu la position géographique de Haguenau –  à Paris. J’avais obtenu l’accord passif de mon père et ma sœur m’avait donné ses économies. Je partais pour faire du cinéma. Mais attention : pas comme acteur. Cela, je n’y ai jamais pensé. Ce que je voulais, c’était entrer dans le rêve, y participer, le faire. Parce que c’était cela, le cinéma autrefois. Aujourd’hui, tout est dit. Il y a trop de sang, de sexe, de violence… Mais à l’époque, quelle merveille.
Mais comment avez-vous fait pour pénétrer ce monde du cinéma? Vous aviez des relations  ?
Ah ! Mais non, pas du tout. J’ai tout bonnement acheté la Cinématographie française : il y avait toutes les adresses pour les films qui étaient en train de se tourner. Et j’y suis allé, tout bonnement. J’avais repéré un remake de « Violettes impériales » Oh ! J’adorais… Je me suis présenté rue Anatole-de-la-Forge, près de la Grande-Armée, où ce film était annoncé.
Et là, vous trouvez du, travail ?
Eh là ! Doucement ! Je suis tombé sur une jeune fille, une secrétaire. Elle était absolument charmante, moi aussi je présume. Nous sommes devenus copains. Comme elle était amie avec le costumier, qui était un homme très gentil, je me suis retrouvé aide-costumier. Et voilà ! J’avais fait mon entrée, ma toute petite entrée, dans le cinéma : je passais mon temps à ranger.
Un temps qui n’a pas été très long…
Non. Grâce à ma rencontre avec Marcel Pagnol. Il était aux studios de Billancourt pour terminer « Fanny », qui était mis en scène par Marc Allégret. C’était juste avant qu’il ne décide de tourner ses films lui-même pour ne pas être trahi. Un beau jour, voilà qu’il me remarque. J’ai toujours eu le goût d’être soigné, je m’habillais le mieux possible. Cela l’a frappé. Et hop ! Me voilà bombardé accessoiriste. Je n’en revenais pas moi-même. Je rentrais dans le rêve… Vous savez, au fond, à Haguenau, je me demandais quand même si les acteurs existaient vraiment ou non…

Marcel Pagnol…
« Angèle »

Et ce fut le rêve d’une vie ?
Il a duré en tout cas, longtemps, et il dure encore. Mais, depuis un an environ, il s’est fendillé. Tout est vraiment devenu trop brutal. Et puis, cette manie du nu. Vous savez, les actrices étaient bien plus désirables quand elles étaient habillées. Maintenant, il n’y a même plus de distance. Les acteurs ressemblent aux gens de la rue, à tout le monde. Oh ! Je ne suis pas contre : c’est l’évolution.
Comment fut votre rencontre avec Pagnol ?
Extraordinaire. C’était au moment du tournage du « Gendre de M. Poirier ». Pour mon plaisir, en souvenir de mes dimanches à Haguenau, j’avais fait des photos. Je m’en souviens très exactement : cent onze négatifs 6×9… Je les donne à un photographe et le jour où je reçois le paquet en retour, pour une raison ou pour une autre, le frère de Marcel Pagnol, René, était près de moi. Il avise les photos, les prend, les regarde et explose : « Formidable, tu viens de sauver la publicité du film ». Deux ou trois jours plus tard, je rencontre Marcel Pagnol qui n’y va pas par quatre chemins : « Vas acheter un appareil, me dit-il, tu es le photographe de mon prochain film. » J’étais sidéré: je n’avais jamais suivi un seul cours de photo. Mais Marcel Pagnol parlait si souvent de « don de Dieu ». Allez savoir, je l’avais peut-être…
Quel accueil vous ont réservé les acteurs ?
Il vous faut essayer d’imaginer ce qu’était le climat de Pagnol. Lui, c’était le soleil. Il ne faut pas oublier le mot d’Orson Welles : « La femme du boulanger », a-t-il dit, c’est LE chef-d’œuvre. » Pagnol, c’était Pagnol. Tenez. Il aimait les travellings, eh bien, il aidait à poser les rails. Il adorait ça, même. Les scènes d’Angèle, il les écrivait au coup par coup et les comédiens apprenaient leurs rôles en mangeant. Et puis on tournait. Parfois jusqu’à quatre, cinq heures du matin. Les jeunes à qui j’ai raconté cela m’ont dit : « Comment ! Mais ce n’est pas syndical. » Pas syndical ! Mais on n’avait rien ! Pas de contrat, pas de syndicat. On était payé à la semaine. Mais c’était merveilleux, fantastique. Et puis, il y avait Pagnol, ce conteur extraordinaire. Tout ce qu’il racontait ! C’était tellement plus beau que la réalité.
Quant aux acteurs, qui ne voyaient que les photos du tournage, souvent ils me demandaient de leur faire des portraits.

Mylène Demongeot
« Les sorcières de Salem
Festival de Cannes avec
Jean-Claude Brialy

Vous avez travaillé longtemps avec Pagnol ?
Oui, mais pas exclusivement. A l’époque, je travaillais en même temps pour Sacha Guitry et Abel Gance. Pagnol n’était pas content, mais moi j’avais aussi mon idée : aller à Paris. C’était cela qui me plaisait et j’ai toujours eu pour habitude de faire ce qui me plaisait.
En somme, vous faisiez la promotion des films.
C’est simple : les photos étaient la vente du film. Parce que ces photos exaltaient la prise de vue. Il fallait toute l’interprétation du thème du film dans la photo. C’était un sacré travail et croyez-moi, on n’y faisait pas fortune ! Mais aussi, que de bonheur !

Cannes avec Pierre Tchernia

Propos recueillis par Jacques Brachet
Exposition 23 octobre 2025 au 31 janvier 2026
Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
73 avenue des Gobelins, 75013 Paris
http://www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/

Marc GURUNG nous fait découvrir le Népal

Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud » nous offre à chaque soirée des films et des réalisateurs qu’elle va chercher un peu partout, entre autre au Festival de Cannes. Mais en ce lundi, elle n’est pas allée très loin puisque c’est à Toulon qu’elle a ramené deux courts-métrages et un réalisateur : Marc Gurung.
Quand une femme rencontre une autre femme, en l’occurrence Lisa Dora-Fardelli, ça donne une soirée originale avec ce réalisateur qui parle des femmes.
Pour la petite histoire, l’association « Au cœur des Arts » a créé le festival « Cinéma en liberté » que gère Lisa avec maestria depuis 2011. Elle et son équipe nous proposent, le temps d’un week-end, des courts métrages venus du monde entier, sous la houlette d’un jury. Cette année, pour la 14ème édition, ce sont Mathilda May et Sam Bobino qui s’y sont collés. Et c’est ce dernier qui a accordé une mention spéciale au film « Maitighar » de notre invité Marc Gurung, qui est donc venu présenter ce film  ainsi que « La symphonie des marteaux ».
Né à Paris d’un père français et d’une mère népalaise, Marc a donc grandi entre deux cultures très différentes mais qui lui ont permis de s’enrichir entre deux pays car il va souvent se ressourcer dans la famille de sa mère.
Si ses deux premiers courts-métrages étaient axés sur la France, son quatrième est entièrement népalais et son troisième est… corso-népalais !

Maithighar
La symphonie des marteaux

Il nous raconte ce cheminement.
Marc, comment est venu cet amour du cinéma ?
A la base, je suis monteur vidéo, cela fait vingt ans que j’exerce ce métier. J’ai commencé dans le vidéo-clip et la publicité mais j’ai toujours eu une passion pour l’écriture. J’avais envie de raconter des histoires me concernant, le passé de mes parents, l’arrivée en France de ma mère, son pays, c’est une inspiration pour moi. J’avais envie de développer, artistiquement parlant, concrétiser ces écrits-là en passant par l’image. J’ai toujours eu la passion pour l’audio-visuel.
Vos deux premiers films n’avaient pas de rapport à ce que vous me dites…
Non, ce n’étaient pas des films qui avaient sens mais ça me permettait de m’exprimer. Les choses sont venues au fur et à mesure et cette envie de raconter, de garder des traces artistiques de ce que mes parents m’avaient eux-mêmes raconté, des choses qui vraiment me ressemblent.
Vous êtes d’origine népalaise par votre mère et française par votre père…
Oui, mais je suis né en France. Mes parents sont arrivés en France lorsqu’ils avaient une vingtaine d’année et ont passé la majeure partie de leur vie en France mais j’ai toujours baigné dans les deux cultures. J’ai été élevé dans la culture française mais grâce à ma mère, j’ai été imprégné de la culture népalaise.
Vos parents se sont connus au Népal. Pourquoi sont-ils venus en France ?
Mon père avait des contacts en France avec la diaspora népalaise. Pour lui, il n’y avait pas beaucoup d’avenir au Népal à par l’agriculture, le riz. Du coup on lui a dit qu’il pourrait avoir une plus belle vie en France et subvenir aux besoins familiaux. Il est donc arrivé à 15/16 ans en France. Il a d’abord travaillé au noir dans la restauration. Puis il revenu au Népal pour se marier. Un mariage forcé, comme le veut la tradition. Mais quelques mois après, ils sont venus habiter en France.
L’histoire est assez incroyable car, revenu au Népal en 80 pour voir ma famille, on lui a dit de ne pas repartir car son mariage était déjà  programmé. Ma mère venait de passer l’équivalent du bac et on les a mis devant le fait accompli alors qu’ils ne se connaissaient pas.

D’où ce film « Maitighar » qui raconte un peu cette histoire mais la fille se rebiffe malgré tout ce que ça peut supposer de honte pour la famille…
Oui car beaucoup de filles et de garçons comme mes parents se sont retrouvés mariés très jeunes sans qu’ils l’aient décidé car les traditions font que ce sont deux familles qui décident de s’allier.
Bon, du coup vous avez échappé à ça et votre amour du cinéma est venu comment ?
A la base, je voulais devenir comédien. Dès huit ans j’ai fait du théâtre, je passais des castings, j’ai fait de la figuration mais j’avais du mal car à l’époque un asiatique de 10/15 ans était souvent cantonné à des mêmes rôles d’asiatique ! Du coup je me suis dit que mes rêves de comédien, c’était fini.
Et alors ?
Alors, un jour j’ai pris la caméra de mon oncle et je me suis dit que j’allais créer moi-même mes propres histoires. La passion pour l’écriture et la réalisation s’est développée. Etre comédien, pour moi c’était trop difficile et je me suis rendu compte que ma joie était d’être derrière la caméra. Je suis donc devenu technicien. La réalisation, ça se prépare en amont et avec une bonne préparation le tournage se passe bien. Et c’est moi qui fais travailler les comédiens !
On voit que les thèmes de vos deux courts-métrages sont reliés au Népal, même si « La symphonie » des marteaux se passe en Corse avec cette amitié qui se noue entre une népalaise et une corse…
Passé la vingtaine, puis la trentaine, il y a des questionnements qui se posent autour de ses racines. Chez moi, c’est venu tout naturellement. Je me rends compte que, plus je vieillis, plus j’ai envie de me rapprocher de la culture de mes origines, de mes racines. Il y a quelque chose qui m’attire. J’en parle beaucoup avec mes parents et j’ai envie de mêler mes deux cultures.
D’ailleurs « La symphonie des marteaux » raconte l’histoire d’une adolescent népalaise qui se retrouve avec son père en Corse. Sa fille n’ayant pas demandé à venir en France, elle vit mal ce déracinement, ce changement de vie. Comment va-t-elle réussir à s’émanciper dans un pays et une culture qu’elle ne connaît pas ? Elle rencontre une jeune femme corse et par le regard, elles vont se comprendre.

Pourquoi la Corse ?
Je trouvais qu’en Corse ce village s’opposait au village népalais. L’idée était, au départ, de laisser transparaître cette double identité qui a pour point commun ce temps qui passe un peu au ralenti.
Pour « Maitighar », vous avez tourné au Népal. Comment s’est préparé le film ?
J’ai fait toute ma préparation à distance, durant deux/trois mois avec une équipe là-bas puis je suis allé tourner durant deux semaines et demie.
C’était la première fois que vous retrouviez le Népal ?
Non, j’y suis déjà allé une dizaine de fois mais, tourner dans le village de mes parents avec  beaucoup de membres de ma famille que j’ai impliqués, (même ma mère !) c’était quelque chose d’assez dingue, d’émouvant aussi car c’est allé au-delà de ce que j’espérais. Surtout lorsqu’ils ont découvert le film plus tard
Que pensent-ils de ce qu’est devenu ce franco-népalais ?
Ils sont assez fiers et lorsqu’ils se rendent compte que le film fait le tour du monde et que partout on parle de leur village, ils sont très fiers !
Que sera ce premier long-métrage ?
En gros, je déconstruis un peu la culture népalaise à travers le regard d’une jeune adolescente. Le film se passera exclusivement au Népal et j’aimerais aussi impliquer un aspect européen par rapport à un personnage secondaire qui est français. Je ne peux pas encore en dire plus.
Mais j’aimerais mêler la France et le Népal.

Propos recueillis par Jacques Brachet