
Février 1944
Gleb Sivirine, alias Le Lieutenant Vallier, prend le commandement d’une troupe de jeunes maquisards dans le Haut-Var. Sa mission : en faire des soldats prêts à soutenir les alliés lors du débarquement attendu en Méditerranée.
Février 2024
Le metteur en scène Philippe Chuyen prend la direction d’un groupe de jeunes,
recruté auprès des missions locales du Var.
Sa mission : en faire des comédiens dans une adaptation théâtrale du journal de bord du Lieutenant Vallier. (Entretemps, Philippe est devenu maire de Monfort ! )
Voilà le making off du nouveau film de notre ami Christian Philibert, ce réalisateur brignolais dont la carrière a explosé en 1999 avec son succès « Les quatre saisons d’Espigoule » un film tourné dans sa région, qui raconte à la manière de Pagnol, une année dans ce petit village du Haut Var, qui a ému et fait rire un nombreux public.
Réalisateur inventif, original, il passe du film de fiction au documentaire en restant dans « son pays », nous offrant un docu musical sur le groupe « Massilia Sound System », passant de « L’affaire Yann Piat » à « Gaspard de Besse », l’inénarrable « Travail d’Arabe » ou encore « Germain Nouveau, le poète illuminé »
Couvert de prix, le revoici, pour nous présenter son dernier film « Les maquisards », un film curieux et original, mi fiction, mi documentaire, mi pièce de théâtre… écrit avec Philippe Chuyen, mi comédien, mi metteur en scène, aujourd’hui maire à part entière de ce beau village varois qu’est Monfort !
C’est avec plaisir que je retrouve à Toulon mon ami Christian que je suis depuis ses fameuses « Quatre saisons d’Espigoule »
A ce propos, je remercie Christian d’être venu au rendez-vous car quelques instants avant notre rencontre, il apprenait que son ami Jean-Marc Ravera, le fameux patron du bar d’Espigoule venait de décéder
« Explique-moi ce film qui mêle à la fois docu, théâtre, ballade varoise, Histoire… On s’y perd !
(Rires). C’est un film tout en miroir, qui est parti parce que je voyais arriver le quatre-vingtième anniversaire du débarquement en Provence. Je m’y été inscrit dans le soixante-dixième anniversaire « Provence, août 1944 », qui avait été largement diffusé. C’était le premier film sur le débarquement, qui a permis de populariser cet événement relativement méconnu et en partie oublié. J’avais donc créé un lien avec ça. Je me sentais une responsabilité et je voulais faire quelque chose autour du quatre-vingtième.
Et donc tu choisis un autre angle…
Oui, je ne voulais pas que ce soit le fil conducteur de l’histoire. Je voulais trouver un autre point de vue pour en parler et celui des maquisards me semblait intéressant en évoquant cette armée de l’intérieur, cette armée de l’ombre, cette armée secrète, formée pour attendre les alliés, les épauler. C’est une histoire relativement méconnue, ces maquisards ont été complètement négligés par le cinéma français. On parle toujours du Vercors alors que dans le Var, il y a eu énormément de maquis. J’ai donc eu envie de parler de cette histoire.
L’idée, le scénario, sont nés comment ?
Des amis m’avaient parlé du fameux « Cahier rouge » du maquis, qui est le journal de bord de Gleb Sevirine, alias lieutenant Vallier, un chef de maquis exceptionnel qui a tenu un journal de bord au jour le jour. Ce cahier a été édité en 2007 mais j’étais passé à côté. En le lisant, j’ai vu immédiatement le lien avec mon film et je me suis dit qu’il fallait que je l’adapte.
D’autant que tout se passe dans le Var !
Oui, le livre se situe dans le haut Var, Mons, Fayence, les gorges du Verdon, Canjuers, la Verdière, on descend en diagonale à travers le Var pour aller libérer Collobrières et aller jusqu’à Hyères pour libérer la presqu’île de Giens.
Qu’est-ce qui t’a touché dans ce document ?
Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est la présence des jeunes, ce que je n’avais pas conceptisé
à quel point c’étaient des gamins, d’autant que nous, lorsque nous les avons connus, ils étaient déjà âgés, et on ne se rendait pas compte que la majorité étaient des jeunes qui fuyaient le STO, qui ne voulaient pas aller travailler en Allemagne. Gleb Sevirine a donc été sollicité, fin 43 pour le commandement de ces maquisards. Il restera à Mons jusqu’au mois d’août 44.
L’idée d’associer des jeunes dans le projet était de passer par la fiction. Je voulais trouver des jeunes varois, les transformant en maquisards dans les collines.
Mais le projet a en fait bifurqué ?
Oui car en quelques mois il me fallait trouver un million d’Euros que je ne trouverais jamais dans les délais prévus. J’ai donc décidé de faire un documentaire sans archives ni photos ni témoins car ils sont tous morts. J’ai décidé de chercher des jeunes passionnés d’Histoire et les entraîner dans une enquête historique, pour marcher sur les traces de ce maquis. Mais je me suis posé la question : Quelle est la finalité du projet ?
Et c’est là que tu rencontres Philippe Chuyen !
(Rires) I « Monsieur le Maire » passait par là et il avait déjà participé à plusieurs de mes documentaires historiques. Il se trouve que, depuis longtemps, ayant lu le livre, il voulait en faire un spectacle sans trop savoir comment l’aborder. Je lui propose d’entrer dans le jeu, au lieu de prendre des passionnés d’Histoire, de prendre des passionnés de théâtre et les entraîner dans une enquête historique parallèle. A quatre-vingts ans d’intervalle, comme Vallier a fait de ces jeunes des soldats, toi tu prends ces jeunes et tu en fais des comédiens.
Et tu en fais un spectacle. Mais comme il ne veut pas d’amateur, on cherche des apprentis comédiens dans les conservatoires malheureusement tous ont leurs cours et leurs examens.
On est donc allé chercher des jeunes dans les missions locales. On a fait des castings, trouvé sept jeunes sur qui s’appuyer, un n’a pas suivi, on a continué avec les six.
Et le spectacle a été joué ?
Philippe a relevé le défi, lui qui ne veut jamais d’amateurs, et ça a marché. Miracle ! Le fait aussi que ce soit des jeunes des missions locales, c’est une belle idée car ça amène une fragilité. Il y a eu vingt représentations à guichets fermés. J’ai donc utilisé la pièce pour faire le film, La pièce est devenu un élément du film.
Et les jeunes ?
Ils ont été vaillants, sérieux, ils savaient que c’était d’eux que dépendait le film. Quant à Philippe, ça l’a obligé de sortir de sa zone de confort. Ce film s’est donc fait avec une palette d’émotions diverses, on pleure, on rit on sent la cohésion entre tous. Et cinéma et spectacle se renvoient la balle, l’un jouant avec l’autre.
Tu retrouves aussi Massilia Sound System qui signe la musique du film !
Par le biais de Gilbert Kayalik, le DJ du groupe avec qui nous sommes devenus amis sur le tournage de leur film qui a un talent, une rapidité pour trouver les sons qu’il faut. Il m’avait déjà fait la musique du documentaire sur Yann Piat et je lui ai proposé de faire la musique du film. Il a vu le film je lui ai expliqué mes intentions musicales. Il a été très efficace, comme toujours.
Tu aussi rencontré la fille de Gleb Sirivine ?
J’étais en train de lire le livre et j’ai aussitôt appelé sa fille. Elle connaissait mon travail, nous nous sommes rencontrés et elle a té une alliée précieuse. Elle nous a toujours suivis et aidés, elle est venue plusieurs fois au spectacle. Elle connaissait aussi Philippe depuis la sortie du livre, car il voulait déjà l’adapter et elle nous a fait confiance.
Aujourd’hui, le livre est épuisé mais nous allons le rééditer.
Comment avez-vous écrit le scénario ? A tous les deux ?
L’écriture du spectacle devait se faire à deux, j’avais beaucoup travaillé en amont, nous avons validé les situations qu’on trouvait intéressantes mais sur l’écriture même, on a vu qu’à deux c’était compliqué, nous n’avons pas la même façon d’aborder les choses. Chacun avait sa vision. Du coup, j’ai respecté la sienne et en fait la pièce n’impactait pas sur le film, j’ai pris ce que j’ai voulu.
Le film sort quand ?
La sortie nationale se fera en septembre. Mais j’ai voulu où il est né. Nous faisons une vingtaine d’avant-premières dont au Six N’Etoiles le 20 mai.
Des projets en cours ?
Toujours mais cette année j’ai ce film, qui sort donc à la rentrée. Après… On en reparlera !
Jacques Brachet
Christian Philibert sera l’invité de Noémie Dumas, directrice du cinéma Six N’Etoiles de Six-Fours et de Pascale Parodi, présidente de l’association
« Lumière(s) du Sud























































































