Archives pour la catégorie Théâtre

Marseille – Théâtre Toursky
Bruno PUTZULU, un magnifique et émouvant rital

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Un rital est un macaroni… Bref deux adjectifs péjoratifs pour désigner un italien.
Ce fut le cas de Daniel Cavanna qui fut ainsi surnommé, son père étant italien et malgré sa mère qui était française.
Cavanna en a fait un roman « Les ritals » et Marcel Bluwal un télé-film avec Benoît Magimel.
Quant à Bruno Putzulu, il en a fait un seul (ou presque !) en scène, accompagné par l’accordéoniste Grégory Daltin, mis en scène par son frère Mario Putzulu.
Un spectacle haut en couleur où Bruno joue sur les personnages du père et du fils à différents âges, modifiant sa voix et son accent avec maestria.
Bruno est un ami de longue date « mon » ami et je ne pouvais pas rater cette magnifique pièce, d’autant qu’il passait chez un autre ami, Richard Martin, directeur du théâtre Toursky à Marseille.
Belles retrouvailles où l’on se rappelait nos rencontres, nos fous-rires, sa peine lorsque son père a disparu, nos dizaines de SMS lorsqu’il jouait Guillaume dans la série « Ici tout commence » et où je commentais allègrement ses aventures entre ses deux femmes, Clotilde (Elsa Lunghini) et Laetitia (Florence Rigaut). Il m’avait un jour envoyé : « Change de chaîne ! ». Ce que je ne fis pas !
Bref, c’est toujours un grand plaisir de nous retrouver et de blaguer après qu’il ait, durant une heure et quart, fait un filage de la pièce !

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Avec son frère, Mario Putzulu, le directeur du Théâtre Toursky, Richard Martin
et l’accordéoniste Grégory Daltin

« Bruno, comment cette pièce est-elle venue à toi ?
Tout simplement parce qu’un jour on m’a proposé de lire des extraits du livre de Cavanna. Mon père venait de décéder et je me suis rendu compte que ce livre, c’était son histoire. J’ai donc eu envie de l’adapter.
C’est toi qui as eu l’idée de l’accordéon ?
Non. L’accordéon est dans le roman et ma voix et l’instrument se répondent. Ce n’est d’ailleurs pas de l’improvisation, la musique est écrite par Grégory Daltin.
Nous avons créé la pièce en 2018 et nous la jouerons jusqu’en 2024. Je suis heureux car elle marche bien partout. Nous l’avons commencée à Albi et Avignon, nous l’avons jouée à Paris du 31 août au 30 octobre, la tournée continue. Ce soir le Toursky est complet et ça fait plaisir. »
Notre Bruno boitille un peu car il s’est déchiré le tendon d’Achille. Mais, contre vents et marées et avec du Voltarène, il a répété sans ciller durant une heure et quart et remet ça le soir devant le public. Double performance.

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Patrick Carpentier, le photographe avec qui je suis venu, a un point commun avec Bruno : Patrick a travaillé des années avec Johnny et Bruno était un intime de Johnny. Du coup, la conversation dévie très vite, chacun sort son téléphone pour se montrer les photos de cette période où ils se sont croisés. Bruno nous rappelle qu’il a écrit une chanson pour Johnny « Ma vie », sur l’album « Le cœur d’un homme »
« Tu ne lui en écrit qu’une ?
Oui, ça a été un hasard. Nous étions souvent ensemble, chez lui, en vacances, sur des galas. Un soir, comme il ne se couchait qu’à l’aube, nous avons commencé à parler de nos vies. Il s’est épanché et puis m’a dit : « Je voudrais une chanson qui ressemble à notre conversation ». Ça a fait tilt, dans la nuit j’ai écrit les paroles, je les lui lues le lendemain et il m’a dit : « Je les veux ». Ainsi est née la chanson sur une musique d’Yvan Cassar.
Tu avais déjà fait des chansons ?
Non mais ça m’a donné l’envie d’en faire et de les chanter. Un disque est né… et un autre sortira le 20 janvier. J’ai écrit tous les textes des 13 chansons, la musique a été écrite par Denis Piednoir (C’est son vrai nom !). Nous avons joué tous deux au ping-pong : je lui envoyais les textes, il  m’envoyait les mélodies et nous avons mixé ensemble.

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Avec Johnny et Elsa Lunghini

Ce disque a un fil rouge ?
Si l’on veut car toutes les chansons sont sur l’idée du temps. Le temps qui passe, celui qui nous appartient…
Tu ne peux pas échapper à un petit briefing sur « Ici tout commence !
(Il rit) Que te dire sinon que je devais rester sur la série un an, que j’en ai fait deux et que j’en garde un très bon souvenir, même si le travail était intense et pas de tout repos. C’était un travail exigeant au quotidien mais l’ambiance était sereine, la série de qualité, mes partenaires étaient sympathiques… même si je me battais avec deux femmes !
As-tu gardé des contacts ?
Non, car sur un tournage, ce sont bien souvent des amitiés éphémères. On est heureux d’être ensemble puis chacun prend des chemins différents. Quelquefois on est heureux de se retrouver sur un autre tournage. Mais c’est la vie.
Ça n’a pas été le cas pour Philippe Noirete et pour Johnny.
C’est vrai mais ça arrive rarement. Avec Noiret, une confiance et une estime réciproques sont nées. J’ai écrit mon livre avec lui, ce qui a créé une belle intimité et une grande amitié. Il n’y avait aucune compétition entre nous. On s’est rencontré sur le film de Boujenah « Père et fils » et c’est devenu un peu le cas.
Avec Johnny on s’est aussi rencontré sur un film : « Pourquoi pas moi ? » de Stéphane Giusti. Il s’est rapproché de moi, peut-être parce que j’étais comédien et qu’il avait tellement envie de l’être. Je l’ai suivi un peu partout, on faisait des fêtes, il était infatigable. C’était un menteur qui racontait des histoires, faisait des blagues, souvent pour monter les gens les uns contre les autres. Juste pour rigoler. Un jour pour mon anniversaire, il a fait une fête et a fait venir mon ex-femme, alors qu’on était séparé et je l’ai retrouvée dans ma chambre !!!
C’était le genre de conneries qu’il aimait faire.
Par contre, malgré cela, il parlait peu, passait son temps devant la télé lorsqu’on était sur son bateau, et il était angoissé par la mort. »

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Souvenirs, souvenirs… Belles retrouvailles et belle soirée, malgré son tendon d’Achille et le filage de l’après-midi. Entre rire et émotion il fut magnifique et en prime émailla le spectacle de quelques chansons… Et il chante bien, le bougre !
D’ailleurs, on se retrouve en janvier, cette fois pour parler chansons !

Jacques Brachet
Photocreations.fr

Six-Fours – Théâtre Daudet
Benjy DOTTI… Comme à la télé !

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Retour de Benjy Dotti au théâtre Daudet, invité par Jérôme Leleu… pour cinq dates durant lesquelles il viendra, non pas faire un show mais enregistrer une émission « comme à la télé » qui passera entre autres sur You Tube : « Vendredi night live ». Pourquoi vendredi ? Parce que le samedi il n’est pas libre !
Car Benjy n’est pas seulement un humoriste mais aussi un animateur, un chanteur et il a eu l’excellente idée de concocter des émissions durant lesquelles il invite des personnalités et leur donne la parole. Des invités très divers qui viennent discuter avec lui.

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Dans le coin de la salle, au bas de la scène, un autre humoriste est installé derrière un écran pour filmer et commenter le show : Stéphane Floch, engagé pour être le chauffeur de la salle qui, au moyen de petites ardoises, dit au public lorsqu’il faut rire, applaudir, huer…
Stéphane Floch est également comédien et si vous voulez rire, vous le retrouverez le 31 décembre à Daudet dans une pièce qu’il a écrite et qu’il joue, intitulée « Entre elles et lui » une comédie « presque » 100% masculine avec Ludovic Courtaud et Stéphane Galentin. Un réveillon qui risque de ne pas être triste.
Mais revenons à l’émission de ce soir : Le premier à venir était, ce vendredi, son complice Eric Collado, humoriste issu des « Nous c’est nous » et qui fait depuis pas mal de temps une belle carrière solo. « Internationale », précise-t-il.

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Et le voilà qui arrive avec… une passoire sur la tête et déjà le public est avec lui, riant de sa fantaisie, de son humour, Benjy n’étant pas le dernier. Il nous présente son show avec des extraits sur écran, show intitulé « Faites vite, faites vite » et nous parle bien sûr de son « Armée des passoires ». Il nous raconte ses débuts où les seuls spectateurs étaient papa et maman. Natif de Marseille, habitant St Laurent du Var, il nous signale que, s’il met un pied dans l’un et un pied dans l’autre, il a les c…lles dans le Var !
Il nous offre quelques sketches issus d’émissions de télé comme « Mariés au premier ringard » et la salle se marre. Ils chanteront avec la salle en karaoké « Le rire du sergent » et feront un tabac.

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Autre invité : Julien Ripoll. Il est le créateur du collectif « Guinguette hot club », création qui s’est faite dans un bar de Toulon, qui regroupe aujourd’hui une douzaine de chanteurs et musiciens dont la spécificité, nous explique-t-il et de revisiter uniquement les chansons françaises tous azimuts, allant de Brel à Adamo, de Brassens à Dalida et bien d’autres. Ensemble on ne peut plus festif qui fait danser les gens lors de grands bals. Le groupe essaime la région, il sera
le 9 décembre au Comédia d’Aubagne et devrait s’installer sous le chapiteau de la Seyne sur Mer.

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Le troisième invité était Pierre Gadéa, directeur général de la société C2Care (prononcez C two Care !), située à Sanary, qui a créé un masque 3D de réalité virtuelle afin de traiter les troubles du stress, de l’anxiété comme la peur du vide ou des araignées, les troubles du comportement, les situations anxiogènes, afin de donner une réponse de leurs maux aux patients.
Pierre Gadéa a fait monter une spectatrice disant être attirée par le vide et nous avons assisté à son comportement avec ce masque.

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Bien sûr, entre ces trois invités, Benjy a animé avec énergie et humour cette émission qu’on aura l’occasion de voir dans quelques jours sur You tubes et d’autres réseaux sociaux et si vous avez manqué « l’émission », vous pourrez vous rattraper le 23 décembre, toujours un vendredi (parce qu’il n’est pas libre le samedi !) même lieu même heure : 21h.
Par ailleurs, il nous reviendra au cours de l’année 2023, avec à chaque fois d’autres invités.
Ne le ratez pas, il vaut le déplacement !

Jacques Brachet

Le Théâtre de Fortune
« Le Cid » revu et corrigé par Marie-Paule MARTINETTI

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Marie-Paule Martinetti est prof de Français. Elle aime donc les beaux textes, elle aime les dire, elle aime les jouer, elle aime les faire jouer.
Après avoir créé au Collège Reynier de Six-Fours, une section théâtre, elle a fait comme Molière : créé une compagnie amateur, Le Théâtre de Fortune, qui, depuis quelques années, révèle des talents en herbe et surtout, les fait profiter de sa passion qui devient la leur.
Mais la dame écrit aussi et sa dernière œuvre en date est une parodie du Cid, intitulée « Le Cid 2022, tragi-farce en un acte, un point c’est tout… Mais quel acte ! »
Pour une fois la fortune n’a pas tout de suite été au rendez-vous : Victor Raquin, qui interprète à la fois Rodrigue, la duègne de Chimène et le roi a le covid. Annulation.
Irremplaçable, il a donc fallu attendre qu’il se remette, que Marie-Paule retrouve un lieu et miracle : c’est le Club l’Impasse à la Seyne qui lui ouvre ses portes. Et la veille du spectacle, c’est Nolan Solari, qui joue le père de Rodrigue… qui a le covid… Décidemment le sort s’acharne sur le Cid !

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Mais contre mauvaise… Fortune, le covid n’aura pas le dernier mot et voilà que Marie-Paule a pris son épée, sa perruque et son texte et deviendra Don Diegue !
Et bien lui en a pris car ce fut un vrai succès malgré les aléas de la fortune !
Que dire du texte sinon que Marie-Paule a le don des trouvailles qui font mouche, le sens de la répartie, d’un humour déjanté et, mêlant les fameuses vraies stances de l’œuvre de Corneille, elle y ajoute ce brin de folie qui a fait éclater le public de rire.
Il faut dire que le texte était bien servi par ces apprentis comédiens qui l’on choppé à merveille, le prenant sans temps mort, malgré les difficultés d’un décor fait au débouté, tout en rouge et noir, non comme Jeanne Mas, non comme le RCT, non comme Stendhal… Mais comme le mariage de Corneille et de Martinetti.
S’il avait de l’humour, Corneille a du se retourner dans sa tombe pour pouffer de rire !
Parlons donc des comédiens car ils méritent tous des éloges.
D’abord Victor Raquin qui nous offre deux performances : celle de changer de personnage à – presque – vu car, avec son presque deux mètres, sa tête sortait du rideau qui servait de coulisses et ça, déjà, c’était très drôle. Et puis la performance de changer de personnage, de costume et de voix avec des mimiques incroyables, c’est une réelle performance. Je ne dirai pas qu’il deviendra grand car il doit avoir atteint la côte d’alerte ! Mais il a de l’avenir et des dons certains pour la comédie.

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Eloïse Godefroid est Chimène, belle, lumineuse, à la fois romantique dans ses scènes d’amour et hystérique lorsqu’elle apprend que Rodrigue a tué son père. Elle a du punch et un charme fou.
Don Gomès est… un homme… oh… il s’appelle Laurène Tellier… Eh oui, c’est une fille mais ça passe sans problème et elle ne lâche jamais son rôle, même lorsqu’elle est confrontée au géant qu’est Rodrigue. Confrontation d’autant plus drôle.
Ces trois comédiens ont déjà quelques années de cours avec Marie-Paule et ça paye !
Bon, venons-en au dernier et non le moindre : Nathan Teisseire qui est le récitant. Avec un flegme et un humour tout à fait britannique, il envoie le texte contre vents et marée, suivant les événements, sans se départir de son élégance et de son ironie naturelles. Que voilà un petit nouveau à suivre.
Que dire de l’auteure, de la metteuse en scène et… de la comédienne de dernière minute ?
Qu’elle n’a rien lâché, que même super-stressée, elle a balancé le texte qu’elle ne connaissait que pour l’avoir écrit … Et ça a marché !
Le public a beaucoup ri et… pour un coup d’essai ce fut un coup de maître !
Aujourd’hui, le Théâtre de Fortune a pignon sur rue. De cette troupe l’on trouve de belles pépites et certainement, parmi eux certains vont continuer une route, certes pas toujours facile mais à cœur vaillant rien n’est impossible.
Et voilà qu’aujourd’hui ils vont vivre une grande aventure : ils joueront ce « Cid 2022 » au festival… d’Avignon … Mais oui !
Comme quoi la valeur n’attend pas le nombre des années !!!

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Jacques Brachet
theatredefortune.var@gmail.com


Chateauvallon-Liberté : Une saison pleine de promesse

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Samedi 11 juin 11h, Chateauvallon.
Un soleil de plomb. Une chaleur de canicule.
C’est à petits pas que chacun arrive à cette journée (grimper et monter les escaliers par cette chaleur est un pensum !) où l’on va découvrir la nouvelle saison de ces deux théâtres qui font, depuis des années, partie de notre vie varoise :  Chateauvallon et le Liberté.
Comme l’an dernier, Charles Berling et Stéphane de Belleval, directeur des relations publiques ont réuni autour d’eux toutes leurs équipes, mêlées à une partie des comédiens, auteurs, metteurs en scène, venus parler de leurs spectacles, qui nous feront passer, durant la saison 22/23, de grands moments de théâtre, de danse, de musique, de spectacles divers, puisque tout semble revenir à la normale, après deux années on ne peut plus chaotiques.
Et l’on s’en réjouit.
« Mais qu’est-ce que c’est que ces coussins… Enlevez-moi ça, copieurs ! »
Cette voix qui s’élève au bord de l’amphithéâtre est celle de Michel Boujenah qui découvre pour la première fois ce lieu… et ces coussins rouges qui rappellent curieusement ceux de Ramatuelle !
C’était bien sûr une boutade de notre ami qui vient pour la première fois à Chateauvallon et s’extasie du lieu dont Stéphane de Belleval lui raconte sa genèse.
Si Michel est venu en voisin, c’est que c’est lui qui ouvrira la saison au Liberté les 29 septembre et 1er octobre à 20h30, avec « L’avare » de Molière, pour lequel il a été nommé aux Molière (of course !) cette année.
Interprétation magistrale de Michel , dans une mise en scène de Daniel Benoin qui offre là à notre comédien un rôle à la fois drôle et tragique qui méritait bien cette nomination.
Il est donc là pour présenter cette pièce à tous les adhérents qui se sont pressés à Chateauvallon pour découvrir la saison.

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Habitude initiée l’an dernier : chaque artiste présent prend en main une équipe de dix personnes, essayant tant bien que mal de s’installer à l’ombre pour parler du spectacle qu’il présentera. Vu le nombre, une corne de brume annonce la fin de la rencontre, chacun repartant ailleurs retrouvant un autre artiste.
Michel n’a pas choisi la pire place en s’installant à l’ombre de la cour du château, installé sur une chaise longue !
Il faut dire que la présentation de toute l’équipe a été faite en plein cagnard de l’amphi, heureusement qu’il y avait les coussins pour ne pas se brûler les fesses ! Après le discours de Charles, chacun s’est éparpillé dans divers lieux du théâtre.
Charles qui, après avoir remercié toutes les instance qui font de ces deux théâtres nationaux un lieu de rencontres culturelles de haut niveau.
« Préparez-vous à une saison fantastique où nous retrouverons avec un plaisir non dissimulé, des grands artistes à la renommée déjà bien établie et des jeunes pousses dont les imaginaires ne manqueront pas de vous surprendre…
Votre Scène Nationale a besoin de vous, de votre sécurité et surtout de vos présences chaleureuses. A travers ses deux théâtres, ses six scènes et la 7ème virtuelle, elle va poursuivre sur la voie de la pluridisciplinarité pour que tous puissent s’y retrouver et s’y exprimer ».
Charles Berling qu’on retrouvera plusieurs fois au cours de la saison, du 18 au 22 octobre à Chateauvallon avec « Fragments » d’Hannah Arendt, adaptée par Bérengère Warluzel qu’on retrouvera sur scène avec Charles.
On le retrouvera les 26, 27, 28 janvier au Liberté avec « Deux amis » de Pascal Rambert avec Stanislas Nordey, pièce qu’ils avaient créée au festival d’été 2021 de Chateauvallon.
Puis il reviendra au Liberté le 13 mai avec des textes de Pasolini qu’il lira avec Fanny Ardant.

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Charles Berlin, Stanislas Nordey, Pascal Rambert

Par ailleurs, on retrouvera avec plaisir, le frère de Charles, Philippe pour une pièce qu’il a écrite avec la soprano Marie-Louise Duthoit, et qu’il a mise en scène  Il s’agit de « Le rêve de l’île de sable » que vous pourrez découvrir au Liberté le vendredi 3 février à 20h30.
L’on découvrira de nouveaux et talentueux auteurs aux côtés de Beckett, Shakespeare, Tchékov, Grumberg, Melville,  et bien d’autres.
A noter un seul chanteur : Raphaël, le 7 janvier et une belle comédienne Isabella Rosselllini  qui, avec « le sourire de Darwin » viendra nous parler d’une cause qu’elle défend : les animaux.
Théâtre, musique, chanson, cirque, danse… Il y en aura pour tous les goûts.
Bien évidemment, on ne peut pas parler de tout mais vous pouvez retrouver le programme sur le site chateauvallonè-liberté.fr et les abonnements étant ouverts, appeler le 09 80 08 40 40
Bon été, bonne saison !

Jacques Brachet






Marseille – La Criée
Macha MAKEÏEFF – Robin RENUCCI : Passation de pouvoirs

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Voici 11 ans que Macha Makeïeff œuvre avec talent au Théâtre de la Criée.
Comédienne, metteuse en scène, elle a dirigé ce théâtre avec une sérénité apparente, son sourire et son beau regard bleu. Et elle y a fait du beau travail en créant des spectacles, en recevant artistes et compagnies, en faisant rayonner le lieu mais aussi le spectacle vivant tout autour de Marseille. Entre autre au Liberté, souvent, où elle a travaillé de connivence avec Charles Berling.
L’heure a sonné pour elle de dire au revoir à ce théâtre qu’elle a aimé et qu’elle aimera toujours.
Et voici qu’arrive pour lui succéder, un magnifique homme de théâtre, de cinéma, de télévision, un beau comédien nommé Robin Renucci.
Passionné dès son plus jeune âge par le théâtre, curieusement, c’est le cinéma qui l’appelle d’abord et pas n’importe qui : Deville, Tachella, Corneau, Hossein…
Mais s’il continue sa trajectoire au cinéma et à la télévision où on le verra dans des séries comme « Chefs », « Léonardo » cette année, « Un village français » qui fut un énorme succès et où il réalisera deux films : « La femme d’un seul homme » en 97 et « Sempre vivi » en 2007, le théâtre va très vite l’accaparer, de Planchon à Vitez, de Claudel à Bluwal, de Schiaretti à Lipszy avec qui il a des liens fidèles.
Et alors que c’est Marcel Maréchal qui a ouvert la Criée en 1981 durant 14 ans, aujourd’hui Robin il y devient le cinquième directeur, après avoir dirigé les Tréteaux de France de 2011 à aujourd’hui, ayant succédé à… Marcel Maréchal ! La boucle est bouclée.
Avec Robin, c’est une longue amitié puisque nous nous sommes rencontrés pour la première fois au Festival du film italien de Nice… Il y a plus de trente ans ! Aussi c’est avec plaisir que je le vois se poser à la Criée, où nous continuerons nos rendez-vous.
Premier rendez-vous marseillais ce 31 mai où il est en train de prendre ses marques.

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« Robin, comment et pourquoi te retrouves-tu directeur de ce grand vaisseau ?
C’est une trajectoire. Je ne sais pas si c’est le hasard ou pas mais durant 12 ans j’ai été directeur du Centre Dramatique des Tréteaux de France où j’avais pris la suite de Marcel Maréchal. Je finis mon histoire avec les Tréteaux le 30 juin où j’étais dans une itinérance, où j’allais vers le public. Ça a été une belle mission car le fait d’aller vers les gens m’a beaucoup plu. Aujourd’hui j’aspire peut-être à me poser tout en continuant d’aller vers le public. C’est une nouvelle histoire qui demande à s’accomplir.
Pour répondre à ta question, j’ai été choisi sur une lettre candidatée. Ça a été un long chemin car 26 personnes se présentaient. Puis il en est resté six, trois hommes, trois femmes et après décision de la ville, du département, de la région, de l’état. J’ai été choisi.
Tu arrives donc ici mais la prochaine programmation n’est pas la tienne.
Non, c’est celle de Macha qui m’offrira quelques fenêtres durant la saison. Du 3 au 8 janvier je présenterai « Oblomov » d’Ivan Gontcharov que j’ai mis en scène et que tu as pu voir au Liberté à Toulon », en mars je proposerai « La tendresse », pièce  que j’ai coproduite avec la metteuse en scène Julie Béres et « Phèdre » de Racine que j’ai mis en scène. En juin, je présenterai un spectacle que j’avais monté à Avignon « Enfance à l’œuvre » avec des textes de Romain Gary, Henri Michaux, Marcel Proust, Arthur Rimbaud.
Alors aujourd’hui tu t’installes à Marseille ?
(Il rit) Oui, je vais y habiter, c’est pour moi un accomplissement, un aboutissement. A l’inverse d’artistes, je quitte Paris. Tu sais, aujourd’hui ma carrière est faite et à la Criée, à Marseille, mon but est de travailler à la transmission avec de jeunes comédiens et Dieu sait s’il y en a dans la région, des jeunes compagnies et les troupes locales, les acteurs locaux, les écoles, les universités, les théâtres de la région… Mon leit motiv : création, transmission, formation, éducation populaire. Proposer la pratique à la jeunesse qui est notre avenir. Le but n’est pas de faire des artistes de tout le monde mais de les aider à s’épanouir.
Je vais aussi beaucoup m’entourer de jeunes à tous les postes : les auteurs avec Alice Zeniter, François Cervantes, les metteurs en scène Corine Vignaux et Simon Abkarian… la parité ! Je vais aussi travailler avec deux collectifs : le NTP (Nouveau Théâtre Populaire) et le collectif 49701.
Je serai également entouré de cinq penseurs : Barbara Cassin, philosophe et académicienne,
Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, Laurent Gori, professeur de psychologie, Grégoire Ingold, comédien et metteur en scène, Marie-Christine Bordeaux, maître de conférence .

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Toulon : Macha au Conservatoire TPM, Tobin au festival de Musique

C’est du lourd !
Oui, ce sont de gros projets, un énorme travail avec le recteur en direction des jeunes, de l’enfance à l’université. Un grand volet éducatif et populaire qui me tient à cœur. L’art du théâtre apprend à vivre et cela s’adresse aux élèves mais aussi aux enseignants. L’éducation artistique est un outil de citoyenneté qui nous force à regarder, à penser, à débattre et j’ai envie de travailler avec différents corps : le théâtre bien sûr mais aussi l’Education Nationale, la santé, le corps enseignant étant essentiel. Travailler, donc, avec les écoles mais aussi les hôpitaux, le monde du travail, les maisons de quartiers (il y en a 111 à Marseille !), les centres sociaux, les médiathèques. Œuvre, pratique, pensée, ce sont les trois expériences fondamentales.
Pour mener tout cela à bien, il te faut du temps !
J’en aurai. J’ai été nommé pour quatre ans renouvelables et j’espère bien aller le plus loin possible, si je donne satisfaction !
Tu as eu quelques mots sur le président Macron…
(Il rit) je te rassure, je n’ai pas de conflit avec lui ! Mais de temps en temps, il faut aiguillonner les politiques, rester vigilants, les forcer à regarder et leur rappeler justement que le théâtre est un outil de citoyenneté et la nécessité que l’Etat révise sa politique culturelle, ce qu’il a l’air aujourd’hui de vouloir faire. C’est je crois, ce que nous attendons de lui et lui de nous ».

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Macha Makeïeff nous rejoins, toujours très discrète, préparant l’un de ses derniers spectacles.
« Alors Macha, que dire de ces « Années Criée » ?
Que dire sinon que je n’aime pas regarder en arrière mais que les événements font que je ne peux pas penser à ces onze ans qui viennent de passer.
Je peux dire que cette expérience m’a transformee, indiscutablement. C’est une grande expérience, qui était nouvelle pour moi, que d’accompagner des artistes, de vivre l’effervescence d’une telle maison, d’avoir une préoccupation du public, de chaque instant, de travailler dans une totale collégialité. Ça a été pour moi une émancipation artistique.
Vous êtes née à Marseille ?
Oui et j’ai quitté ma ville alors que j’avais 18 ans. Y revenir et la retrouver furent un grand choc à la fois d’exaltation et d’arrachement car j’avais entretemps fait ma vie ailleurs. D’ailleurs, cette exaltation et cet arrachement sont revenus, au moment du départ. Tel est mon destin.
Et votre destin aujourd’hui ?
Il est multiple puisque j’ai créé une compagnie « Mademoiselle » à Aix-en Provence depuis 2010 et je vais continuer à m’en occuper, je vais avoir plus de temps à consacrer aux arts plastiques, à la lecture et l’écriture, je vais me partager entre ici et Paris où je vis avec ma famille, en décembre je présenterai mon « Tartuffe » et si « Dieu le veut » comme on dit, je monterai en 2024 un « Don Juan ».
Que vous présenterez à la Criée ?
Pourquoi pas ?
Que voulez-vous dire à Robin ?
Tout d’abord je lui souhaite bonne chance et surtout d’être aussi heureux que moi.
Vous savez, j’ai quand même mis deux ans à me faire à ce théâtre. Au début ça a été assez violent mais peu à peu j’ai pris mes marques. Il a seulement fallu un peu de temps.
Le 13 juin, jour de la présentation de la prochaine saison et de la passation de pouvoir, ce sera certainement un moment étrange. J’essayerai de rester stoïque mais onze années ne s’effacent pas. Et ne s’effaceront pas ».

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photocréations.fr


Six-Fours – Collège Reynier
Marie-Paule Martinetti a encore frappé !

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Vendredi 13 a porté bonheur à la troupe de Marie-Paule Martinetti, cette prof de Français énergique, toujours un peu surexcitée ( !) qui a décidé, voici quelques années de créer des cours de théâtre qui se sont transformés en une troupe puis une association nommée « Le théâtre de fortune »
Plusieurs fois par an, elle jette ces ados en pâture au public et d’année en année ces groupes ont vu arriver nombre d’élèves auxquels Marie-Paule a fait aimer l’art de s’exprimer sur de beaux textes et sur des créations théâtrales toujours très réussies, où l’on découvre de jeunes ados talentueux qui, peut-être un jour, embrasseront cette carrière.
Rendez-vous donc ce 13 mai à l’auditorium Reynier pour un nième spectacle où se sont mêlées les deux troupes sous la houlette de la prof qui, bizarrement, était beaucoup plus calme que d’habitude !

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C’est tout vêtus de noirs, bretelles rouges et blanches que tous sont entrés en scène et se sont assis deux par deux pour nous proposer des « Brêves de théâtre signées Jean-Louis Barrault, Topor, Jules Renard, Olivier Py et même Michel Galabru !
Peut-être un peu trop statique, la mise en scène aurait peut-être pu être un peu plus rythmée. Mais c’était un avant-goût de la suite, quelques saynettes signées Marie-Paule Martinetti et Jacques-Henri Maurin où seuls, en duo, en groupe chacun est venu jouer autour du thème du théâtre : le trac l’égo, les spectateurs, la mise en scène….
Chacun y a tiré son épingle du jeu.
La seconde partie fut la reprise d’une courte pièce de Ronan Mancec ( Ed théâtrales) dont l’adaptation a remporté le prix du public au festival du théâtre amateur du Pôle-Le Revest.

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Abel (Loan Don) et Jo (Nolan Solari sont deux frères. Ils se retrouvent à la campagne, Abel sortant d’une année d’internat et retrouvant son frère et les copains chez les grands-parents.
Ils s’aiment mais chacun suit une route différente. Abel, timide et inquiet est tombé amoureux d’un garçon, Jo, ayant une colère rentrée, dessine des croix gammées.
Ils s’aiment peut-être mais l’éloignement en fait des étrangers qui vont se confronter lorsque Jo apprend que son frère est attiré par un garçon.
Une pièce sur l’adolescence qui est un moment transitoire et souvent compliqué pour les ados, superbement interprétée, avec finesse, émotion, délicatesse par ces deux comédiens en herbe très prometteurs.
Encore une jolie réussite  que vous pourrez voir ou revoir le jeudi 19 mai, même lieu, même heure.

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Jacques Brachet




Ollioules – Chateauvallon
Et Claire NEBOUT devient Frida Khalo

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Frida Kalo est une peintre mexicaine qui eut une vie hors du commun, faite de souffrance, qui fut atteinte de poliomyélite à six ans, eut un grave accident adolescente qui la laissa brisée après de multiples opérations, qui, malgré ça, est toujours allée au combat sans baisser les bras et devint une icône mondiale.
Claire Nebout est cette comédienne belle et hiératique, qui mène une carrière riche et originale, qui n’est jamais là où on l’attend, que ce soit au théâtre, au cinéma ou à la télévision.
Et la voici à Chateauvallon pour créer un spectacle autour de cette femme à la fois excentrique, visionnaire, combattante, meurtrie dans sa chair mais ne lâchant jamais rien. Un rôle en or pour une comédienne.
Etant en résidence à Chateauvallon, elle nous offrira ce spectacle intitulé «Viva Frida» écrit par Didier Goupil, mis en scène par Karelle Prugnaud avec la participation musicale de Rémy Lespéron.
Ce sera le 22 et 23 février à 20H au studio du Baou.

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Ravi de retrouver Claire pour parler de cette belle aventure.
«Claire, vous voici seule sur scène…
Ou presque, puisque Rémy Lespéron y est aussi mais c’est une envie que j’avais de me confronter seule au vivant, de sortir de ma zone de confort et surtout de remonter sur scène avec un tel projet.
Ce projet, justement, comment est-il venu à vous ?
Je l’ai initié avec Didier Goupil. Nous nous sommes retrouvés au festival de Grignan et je cherchais, pour ce projet, une figure féminine. Frida est arrivée assez vite, avec toutes ses valeurs humanistes, sa vie intense faite de drames et de combats, handicapée mais tellement positive et forte. C’est à partir de ses lettres que nous avons découvert qui elle était vraiment et ce qu’on pouvait en faire.
Comment s’est fait ce travail ?
Avec Didier Goupil, cela s’est conçu sur sept tableaux, démarrant sur son adolescence où, à 17 ans elle a eu un terrible accident, puis son premier amour, ses voyages, son rapport à la peinture mais aussi au corps, le sien étant broyé. Puis nous nous sommes entourés d’écrans et de musique. C’est en fait son voyage intime avec ses paroles qui sont quelquefois violentes, drôles, extrêmes, malicieuses, vulgaires même, car elle était un personnage vulnérable et très complexe. Et elle a créé une œuvre picturale sans précédent

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Un rôle magnifique à multiples facettes, pour une actrice, non ?
Jubilatoire même mais c’est du lourd ! Je démarre ma première scène au milieu du public, hurlant sur son amant, Diego. C’est une scène très forte, puis c’est un portrait évolutif où il faut toujours être juste, précis. C’est une forme de performance où je dois me divertir de l’inconfort dans lequel je joue et qui me pousse à me dépasser.
Comment avez-vous travaillé avec Karelle Prugnaud ?
Je l’avais connue au festival d’Avignon dans un spectacle «In». C’est une femme qui force les portes, qui n’a pas peur de provoquer. Elle vient du cirque et de la performance. En fait c’est une femme «sans peur et sans reproche» !
Elle m’a amenée dans des zones où je n’aurais jamais pu penser aller. Elle bouscule les donnes tout en restant très respectueuse de l’œuvre de l’artiste.
Et avec Rémy Lespéron ?
Il a travaillé la musique comme un oratorio, avec ses instruments, sa musique. On a cherché ensemble des musiques mexicaines à incorporer dans sa musique… et même une musique bretonne ! Il invente, il cherche, il propose à Karelle qui dit oui ou non… Plutôt oui que non !
Quand on voit tout ce que vous avez joué, aussi bien au cinéma qu’au théâtre ou à la télé, on reste ébahi par votre éclectisme, passant par exemple, au cinéma, de Téchiné à Zidi, de Bellocchio à Molinaro, de Doillon à de Brocca…
Mais c’est ça l’intérêt  de ce métier ! Je ne me vois pas toujours jouer la même chose. J’aime varier les plaisirs, me mettre en danger, surprendre et ne pas qu’on me cantonne, comme c’est  souvent le cas, dans des rôles précis mais récurrents. Ça ne m’intéresse pas et c’est pourquoi aujourd’hui je me fais plus rare. Je refuse pas mal de choses, rester libre de mes choix et je refuse toute étiquette. En plus, je suis gourmande et j’aime goûter à tout !
On n’a pas parlé de Charles Berling !
Charles, c’est le premier qui a cru à ce projet. Nous avons plusieurs fois tourné ensemble. Nous nous sommes rencontrés au café de Flore, avant la pandémie, je lui ai raconté le projet et tout de suite il m’a dit ok pour le programmer au Liberté ou à Chateauvallon. Nous lui devons beaucoup.
Parlez-moi donc de cette résidence.
Nous avons commencé au 104 à Paris, puis nous sommes allés en Corse et sommes arrivés à Chateauvallon, invités par Charles. J’adore ce lieu qui est magnifique, sans compter qu’on a eu un temps incroyable qui nous a changés de Paris. L’autre soir sous sommes allés faire une grande balade de nuit et de voir toute la ville en bas, c’était sublime. Le cadre est inspirant et lorsqu’on travaille six heures par jour, c’est magnifique d’être là.
Mais je connais bien la région car durant 50 ans, mon père avait un bateau attaché à St Mandrier et nous allions aux Sablettes, à Sanary, à Porquerolles, à Toulon. Toulon était notre première escale. Je trouve que c’est une ville paisible.
Je suis toujours heureuse d’y revenir et j’aimerais trouver quelque chose dans le coin pour me poser»

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Propos recueillis par Jacques brachet



Marseille – Odéon
Francis PERRIN & la famille Poquelin

FRANCIS PERRIN

Dans la famille Perrin, donnez-moi le père : Francis
Puis donnez-moi la mère : Gersende.
Puis la fille, Clarisse et le fils, Louis.
Qu’ont-ils en commun en dehors du fait qu’ils portent le même nom ?
Ils sont tous comédiens et surtout les voici réunis sur scène pour un Molière : «L’école des femmes».
Grande première. Grande aventure !
L’ami Perrin, dont notre amitié remonte à des décennies, partage son amour pour le sieur Jean-Baptiste Poquelin, avec un autre ami, un autre Francis : Huster.
Ils l’ont joué ensemble et séparément et ne cessent de le jouer au fil des ans.
Ayant un rapport viscéral avec cet auteur, Francis aujourd’hui a un nouveau point commun avec Molière : il parcourt la France avec sa famille et partout il est acclamé.
C’est à l’Odéon, à Marseille, qu’on se retrouve pour la n-ième fois et une fois de plus Perrin/Molière font salle comble.

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On avait vu Francis et sa femme en scène avec «Même heure, l’année prochaine», pièce qu’avaient créée Jean Piat et Nicole Courcel. Mais là, deux de ses enfants les accompagnent dans cette nouvelle aventure. Surtout Louis qui – Francis et Gersende ne l’ont jamais caché – est autiste et monte pour la première fois sur scène pour un rôle de premier plan, et il s’en sort magnifiquement bien, le bougre ! Il connaît son texte sur le bout des doigts, sans aucune erreur ou hésitation et on sent son plaisir de jouer.
Le voir face à face avec son père est un moment intense, magique, émouvant et drôle aussi car Louis s’investit totalement et il me confiera qu’il adore jouer et qu’il veut continuer à le faire.
Que dire de cette «École des femmes», pièce, qui, avant l’heure, défend les femmes puisque Agnès (Clarisse Perrin), pupille d’Arnolphe (Francis Perrin) est, depuis son plus jeune âge, est tenue recluse par celui-ci avec l’idée d’en faire une femme soumise, incolore, obéissante, servile. Mais ce barbon, ce faux aristocrate, comptait sans la rencontre d’Agnès et de Chrysalde (Louis Perrin) dont elle tombe amoureuse ! Ce dernier hélas, se confie à Arnolphe qui va tout faire pour faire échouer cet amour. Bien sûr l’amour triomphera, avec l’aide de Georgette (Gersende Perrin) et Alain, ses valets.

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Francis a monté cette pièce comme l’avait sûrement fait Molière, en farce avec costumes et maquillages d’époque et c’est très réussi.
Producteur, metteur en scène et comédien du spectacle, il fête joyeusement les 400 ans de Molière avec bonheur, la famille étant réunie sur scène.
Après tout ce combat que le couple a vécu sans lâcher Louis un seul jour, les voir tous ensemble et voir Louis irradier est leur plus belle victoire.
En cette période où Noël approche à grands pas, «Les Perrin» nous ont fait un beau cadeau.

FRANCIS PERRIN

Jacques Brachet
Photocréations.fr


Marseille – Théâtre des Bernardines
Macha MERIL, lumineuse sorcière

MACHA MÉRIL

Macha la belle.
Macha l’impériale.
Macha la fantasque.
Depuis «Les années nouvelle vague», Macha Méril nous subjugue, nous charme, nous fait rire ou pleurer. Sa voix-musique, son visage de madone slave, sa grâce hiératique, son élégance et son talent font mouche au théâtre comme au cinéma ou à la télévision.
«Sorcière». Voici un titre qui lui va bien, titre tiré de textes de Marguerite Duras, l’une des plus brillantes romancières du XXème siècle, qu’elle défend seule en scène, avec l’aide de Stéphan Druet et de Michel Legrand dont elle fut l’épouse, qui sertit ces mots ciselés de sa musique somptueuse.
Au demeurant, on ne peut imaginer deux femmes, deux artistes plus dissemblables et pourtant, les mots de l’une dits par l’autre, sont en totale osmose… Elles se connaissaient.
C’est un spectacle à la fois original et surprenant.
Une femme parle, quelquefois dans la souffrance, quelquefois exaltée ou ironique et passe  d’un sujet à l’autre comme l’enfant mort, l’algérien sans papier à qui on enlève son maigre gagne-pain,  les sorcières, premières femmes qui veulent être libres mais sont brûlées, la femme qui fait les bébés, les élève, les change, les mène à l’école, entre deux lessives, trois courses et la cuisine mais qui «à part ça», ne travaille pas…  tout tourne souvent autour de la femme, de l’enfance, de l’amour maternel et puis voilà un texte iconoclaste sur… la mouche ! Qui, à part Marguerite Duras, peut écrire un tel  texte et qui, à part Macha Méril, pourrait nous l’envoyer avec un tel humour ?

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Avec ces deux femmes, l’on passe du rire au drame dans un décor on ne peut plus dépouillé (2 tapis, une chaise) au milieu duquel évolue Macha avec grâce, entre deux images et la sublime musique de Michel Legrand.
C’est à la fois du théâtre, du cinéma, de la littérature, de la musique et une sacrée performance d’actrice qui, comme une funambule, se déploie sur des textes pas toujours faciles mais qu’elle dit avec une facilité renversante… apparemment du moins.
Macha rayonne et nous subjugue.

C’est avec joie que je retrouve mon amie Macha au Théâtre des Bernardines de Marseille, pour une série de représentations jusqu’au 16 octobre. L’on ne compte plus les années d’amitié mais c’est avec un évident plaisir que je la retrouve, volubile, et passionnée, comme toujours.
«Macha, comment est venue cette idée d’un tel spectacle ?
Après la disparition de Michel, Philippe Terron, directeur du Théâtre de Poche, m’a proposé de monter un spectacle-hommage autour de son œuvre «Michel for ever». Noud étions en 2019 et nous avons juste eu le temps de le jouer avant le couvre-feu. C’est Stéphan Druet qui en avait fait la mise en scène et j’avais adoré son travail. Du coup, lorsque Phlippe a proposé un spectacle autour des œuvres de Duras, j’ai tout de suite dit oui à condition que ce soit avec Stéphan

MACHA MÉRIL MACHA MÉRIL

L’œuvre de Duras est énorme. Comment en expurger ces textes ?
Tu sais, elle écrivait romans, textes, articles de presse, réflexions et elle gardait tout. Nous avons alors pensé à «La mer écrite» mais nous nous sommes très vite rendu compte que ça n’allait pas. J’ai aimé la phrase de Stéphan : « On est à marée basse» ! Puis nous avons trouvé ce texte bouleversant «L’enfant mort» et tout est parti de là. Stéphan a fait un travail d’orfèvre.
Ca ne doit pas être facile de monter un tel spectacle !
C’est vrai, mais il a eu l’idée de lier les textes avec des images, qu’on a tournées dans les bois, qui s’adaptaient parfaitement et on y a ajouté des musiques de Michel qui viennent s’immiscer entre deux scènes.
Le texte est colossal, tu as d’infimes respirations et tu fonces !
Effectivement et c’est là que je me suis rendu compte que j’étais une grande actrice !!! (me dit-elle en riant).
J’ai horreur des spectacles où, des acteurs derrière une table, lisent un texte. C’est emmerdant au possible. Nous, nous avons fait un vrai spectacle théâtral, visuel, musical, avec des apparitions, des disparitions, je dois me mouvoir dans le noir et être à la seconde près, raccord avec les images, la musique… Je risque à chaque fois de me casser la gueule ! Mais Stéphan a fait un travail magnifique. Désormais c’est décidé : je ne fais plus rien sans lui ! C’est Michel qui nous a réunis».
Stéphan vient nous rejoindre, timide, discret et souriant à ce que dit Macha. Et il approuve !

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«Pourquoi le titre «Sorcière» ?
Le spectacle tourne autour des premières femmes qui ont voulu être libres, indépendantes, qui ont bravé les hommes ont été brûlées et c’est un texte de Marguerite Duras qui l’évoque, à la fois symbolique et d’actualité hélas. Marguerite, dans son genre, était une sorcière et je crois que je le suis aussi !
Et il y a la musique de Michel Legrand, indissociable de toi aujourd’hui !
Evidemment, Michel est omniprésent et je trouve que sa musique, à la fois classique et très peu connue, ajoute une puissance évocatrice tangible.
Alors justement, on a déjà beaucoup parlé ensemble de tous tes projets autour de Michel. Où en sont-ils ?
Ça avance, mais avec le Covid, tout a été stoppé ou tout le moins ralenti. Mais, pour marquer le coup, j’ai voulu lancer cette année, le prix Michel Legrand qui s’est fait hélas sans public. J’y ai convié dans le jury des amis, Jacques Perrin, Mathilda May, Jean-Claude Petit, Stéphane Lerouge et nous avons remis le prix à Gabriel Yared. Ça a été en fait l’année zéro. Le festival aura lieu l’an prochain dans le château de Michel dans le Loiret, autour de la fondation Michel Legrand afin d’aider les jeunes musiciens. Il s’y passera beaucoup de choses autour de la musique et de sa musique. Il y a de telles possibilités ! Avec sa maison de disques,  nous allons éditer ses œuvres classiques, j’ai retrouvé deux comédies musicales que je vais tenter de monter, il y a plein de chansons que je vais proposer à des chanteurs… Tu vois, j’ai plein de projets joyeux !
Je tiens à honorer Michel de façon vivante. Je repars donc à la charge et je crois qu’il en serait très heureux.

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photocréations.fr






Cherbourg – Théâtre de l’Arlequin
Être ou ne pas être.

En ce mois de septembre 2021 le Théâtre de l’Arlequin de Cherbourg reprenait vie avec la pièce «Être ou ne pas être» de Luca Franceschi interprétée par Gérard Picot. Mise en scène : Mirabela Vian – Lumières : Richard Croisé

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De quoi s’agit-il ?
C’est une pièce qui englobe toute l’histoire du théâtre occidental moderne en une heure vingt minutes. On pourrait se dire bigre ! Quelle prétention, ça va être un pensum des plus ennuyeux. Détrompez-vous, c’est un festival mené par un seul et incroyable comédien, tournant, vibrionnant, sautant, gesticulant, grimaçant, ou bien statique, grave, dramatique, émouvant. On rit souvent, on est touché par tout ce qui s’y véhicule sur la condition humaine, car la grande question d’Hamlet « être ou ne pas être » qu’on traduit parfois par  « être ou n’être pas » – je vous laisse réfléchir à la subtilité de sens entre les deux versions – devient « être ou ne pas pas être » pour le personnage, car tout est là, c’est le fondement de la pièce, le personnage ne peut être sans le comédien, et en retour le comédien a besoin du personnage pour être, sur scène.
En fond de scène la cabane de Guignol. Posés à gauche un réveil, un masque vénitien, et à droite un crâne; le temps de la vie avant la mort dans la lucarne de Guignol. Côté jardin un manteau « shakespearien », rouge.
Le théâtre moderne commence avec la Commedia dell’ Arte au XVI° siècle. C’est l’auteur italien Carlo Goldoni (1707-1793) qui partant de là va participer à la naissance du théâtre moderne occidental en y amenant la psychologie et la philosophie des lumières, mais sans négliger la fonction de divertissement. Confer sa pièce « La Locandiera » de 1752.
Les spectacles de la Commedia Dell’ Arte étaient en grande partie improvisés à partir d’une trame narrative sur laquelle les acteurs brodaient des dialogues et des « lazzi » : toutes sortes de plaisanteries burlesques, soit en paroles, soit en actions, des jeux de mots, des grimaces, des gestes grotesques et, et des échanges avec le public. Et les rôles sont des caractères bien définis: Arlequin, Colombine, etc. C’est là qu’est le génie de Gérard Picot : il reprend à lui tout seul toutes ces techniques, y ajoutant celles des artistes du stand up contemporain, comme ce jeu avec le gong et une spectatrice à laquelle il demande de marquer les scènes quand il fera un geste de la tête : de là toutes une série de gags du plus haut comique. Il est tour à tour – changeant de rôle en un clin d’œil – Arlequin, Polichinelle, ou bien un comédien shakespearien grandiose, ou prétentieux, ou plein de doute, et bien d’autres rôles. Le comédien dira quelques tirades de grandes pièces de Shakespeare, Hamlet bien sûr, Macbeth, Richard III… dans des tons divers ; là encore on admire la plasticité de la voix, capable d’imiter tous les tons, et nombre de sons de gorge. On admire aussi la malléabilité du visage.

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D’entrée le personnage déclare qu’il a kidnappé le comédien, qu’il l’a enfermé en lui. On y vivra aussi le rapport du metteur en scène au comédien, celui-ci d’abord humble, confiant, puis révolté devant l’emprise dictatoriale du metteur en scène. Ce ne fut certainement pas le cas avec Mirabela Vian qui assura une mise en scène solide laissant une grande liberté d’improvisation au comédien. Les relations comiques avec l’éclairagiste
C’est la lutte entre ces deux rôles, personnage et comédien, pour avoir la sensation d’exister, d’être, dans un maelstrom étourdissant de la part du comédien.
En résumé, partant de la Commedia dell’ Arte pour aller jusqu’au théâtre intellectuel d’aujourd’hui, Gérard Picot a réussi, par le corps et par le verbe à nous faire rire, nous émouvoir, et vivre toute cette histoire. Nous soumettant de plus la grande difficulté d’arriver à être du personnage et du comédien, tant l’un ne va pas sans l’autre ; et pour nous faibles humains cette même question sans réponse : Être ou ne pas être ? Mais nous étions là, au théâtre.
Souhaitons que cette pièce puisse continuer à vivre dans d’autres théâtres. Avis aux directeurs de salle, car dans la pièce Gérard Picot aborde aussi les difficultés de trouver une scène pour tout jouer.

Serge Baudot

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Gérard Picot vient du théâtre amateur, notamment de la troupe de l’Arlequin, comme quoi en art on peut être grand par soi même. Il a tourné dans des courts métrages, dont un de Stéphane Birette en 1998. Depuis on l’a vu pendant une semaine au Théâtre du Châtelet à Paris, et sur bien d’autres scènes en France. Quant à moi je l’avais déjà admiré il y a quelques années dans une comédie musicale « Le Petit Monde de Georges Brassens » de Laurent Madiot. C’est dire qu’il peut jouer.