Archives pour la catégorie Portraits

Fabienne THIBEAULT
La serveuse automate venue du grand froid


Fabienne Thibeault, malgré sa belle carrière franco-québécoise, reste et restera pour toujours la première serveuse automate travaillant à l’Underground Café de « Starmania ».
Et elle reste, depuis ce temps, mon amie, rencontrée juste après le succès de ce rock opéra qui a fait changer les mentalités du show biz français qui pensait qu’en France une comédie musicale ne marcherait jamais.
Ma rencontre avec Fabienne, donc, remonte quelques mois après « Starmania » alors qu’elle venait chanter à Chateauvallon.
Timide alors, derrière ses lunettes de vue et le visage mangé par de longs cheveux, tout de suite ça a collé entre nous et de ce jour, nous nous sommes souvent vus ou appelés, du Midem, ou elle présentait les contes musicaux « Martin de Touraine » écrits avec Jean-Pierre Debarbat, son compagnon d’alors, aux tournées « Age tendre », où elle rencontra son mari Christian Montagnac, alors régisseur de la Cie Créole, en passant par le théâtre, où elle vint jouer à Sanary  « Tout feu, tout femme » avec Pascale Petit et Claudine Coster, l’invitant sur « Stars en cuisine » la manifestation créée à St Raphaël par l’ami Gui Gedda, pour justement cuisiner avec moi, ce qu’elle ne fit pas car elle trouva plus sympa d’aller chanter avec Stone ou encore Julie Piétri que j’avais aussi invitées ! Elle y mit une ambiance de folie.
Je la retrouvai chez moi, à Vals les Bains, en Ardèche, où elle était invitée dans le jury de « Super Mamie » avec d’autres amis comme Alain Turban, Zize, Gilles Dreu…
Bref, avec Fabienne, c’est une longue amitié pleine de rires et d’un grain de folie car la timide Marie-Jeanne a depuis longtemps changé de look et de caractère !
« Starmania » a déjà près de 40 ans et reste une œuvre unique traduite et jouée dans le monde entier Et il y a eu pléthore de Marie-Jeanne. Mais Fabienne reste la première.
Et aujourd’hui elle nous raconte « son Starmania » (Ed Pigmalion) plein d’anecdotes, de souvenirs et nous replonge dans le monde de Monopolis avec délectation.

« Fabienne, qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’écrire ce livre ?
Il y a eu beaucoup de livres parus sur « Starmania » mais la plupart, écrits par des journalistes qui parlaient de notre aventure de l’extérieur, avec quelques interviews. Mais personne ne l’a écrite de l’intérieur, personne n’a vécu ce que nous avons vécu de l’intérieur, l’envers du décor, nos rapports entre artistes, danseurs, techniciens, toutes les anecdotes, les problèmes, les joies que nous avons vécus « Les uns avec les autres » !
Aujourd’hui, alors que nombre d’entre nous ont quittés, que d’autres, comme Diane Dufresne ou Nanette Workman sont reparties au Québec, j’ai eu envie de retrouver quelques compagnons et évoquer notre vie durant ces semaines qui n’ont pas toujours été faciles mais que nous avons vécu intensément. J’ai voulu témoigner.
L’aventure, je pense, a été exceptionnelle ?
Evidemment, d’autant que, pour moi, tout a démarré avec « Starmania », grâce à Michel  Berger et Luc Plamondon. Nous avons vécu une aventure unique où se mêlaient Français, Québécois, Américains. Nous nous côtoyons sans toujours parler la langue de l’autre. Nous avons vécu des moments de joie, de stress, de doutes, de colères, de fous-rires  dans une ambiance souvent électrique car nous n’avions alors pas la technologie d’aujourd’hui, certaines choses étaient compliquées. Le système débrouille était journalier, par moments on ne savait pas où on allait ni si l’on pourrait aller jusqu’au bout.


Donc ce rôle de Marie-Jeanne a été important pour toi !
Je lui dois tout. Rends-toi compte que je chantais quatre chans qui sont devenus des tubes et que l’on chante encore aujourd’hui : « Le monde est stone, « « Les uns contre les autres », « La complainte de la serveuse automate », « Un garçon pas comme les autres (Ziggy)
Dans ton livre, il y a un flou avec ta rencontre avec Luc…
On est d’accord sur la première rencontre : elle a eu lieu à Montréal lors du festival «  chantAoût » en 75. Luc était là et est venu me voir avec Gilles Talbot qui allait être le producteur de « Starmania ». Et alors je suis sûre qu’il m’a proposé d’être de l’aventure alors que lui affirme qu’il n’était pas encore sur le projet. Cela me paraît illogique car en 77 « Starmania était prêt ». Ça n’aurait pas pu se faire si vite s’il n’en avait pas déjà été question !
Par contre avec Michel, pas de flou !
Michel est venu à Montréal en plein hiver, nous nous sommes retrouvés chez Luc et il m’a joué au piano « Le monde est stone ». Je l’ai écoutée deux ou trois fois, je l’ai chantée et tout de suite il a dit que ça allait.
Comment cela s’est passé avec les deux acolytes ?
Sans problème. Quoique stressé, Luc était toujours charmant, nous sommes devenus très proches. D’ailleurs, après « Starmania », il m’a écrit d’autres chansons dont « Ma mère chantait » qui a été un gros succès au Québec. Michel, lui, était un garçon très organisé, toujours dans sa bulle, partout à la fois mais très agréable et pudique. Il était tout autant compétant musicalement et en tant qu’organisateur.

Avec Stone à « Stars en cuisine »
Avec Julie Piétri à « Stars en cuisine »

Et avec France Gall ?
Elle était très particulière, très dirigiste avec tout le monde, remettait tout en question on l’appelait « Le petit caporal »
Tu dis dans ton livre ne pas avoir pleuré lorsqu’elle a disparu…
On perdait une belle chanteuse, ses fans étaient éplorés mais ce n’était pas une amie proche, nous n’avons pas eu vraiment d’atomes crochus. Elle pouvait être drôle et charmante mais elle était imprévisible et voulait s’occuper de tout. Mais tu sais, dans une telle aventure, on ne peut pas être proche de tout le monde même si l’on s’entendait bien.
A part toi qui a été tout de suite Marie-Jeanne, on a cherché des artistes entre autres pour Stella Spotlight et pour Cristal.
Pour Stella, il a été question d’Anna Prucnal mais on lui a trouvé un accent trop polonais. Puis il y a eu Armande Altaï mais elle avait une personnalité trop marquée.  Et pourtant elle était surprenante dans « Les adieux d’un sex-symbol ». Pour Cristal, on a pensé à Sabrina Lory mais sa maison de disques a refusé car elle venait de faire un tube et son producteur a voulu continuer sur ce succès Puis ils ont pensé à Patsy Gallant. C’est alors que j’ai suggéré que Diane et France étaient tout indiquées pour ces rôles.

Avec Chritian Montagnac, son mari

Pourquoi, malgré le succès, vous n’avez joué que 33 jours exactement, pas de tournée, pas de « live » ?
Parce que le Palais des Congrès n’était libre qu’un mois et que le décor monumental ne pouvait entrer nulle part ailleurs. Aujourd’hui c’aurait été sans problème. Du coup on n’a pu jouer qu’un mois, impossible de transporter les décors de ville en ville, donc pas de tournée et, à l’époque, on n’enregistrait pas les spectacles comme aujourd’hui. Voilà le fin mot de l’histoire.
Si France Gall, Diane Dufresne et Nanette Workman ont fait faire leurs costumes par leur couturier, rien n’était prévu pour toi !
A trois jours de la première, la production s’est rendu compte que rien n’était prévu pour m’habiller. On m’a proposé un carton où je devais sortir les bras, un tablier de plastique sous lequel l’air s’engouffre et l’on ne voyait plus ma tête… En fait, on trouvera une robe et un tablier chez Laura Ashley… Mon costume a coûté beaucoup moins cher que pour les autres !
Il y a également le problème de la chanson « Les uns contre les autres » que personne ne voulait chanter…
Et que j’ai finalement proposé de chanter sans savoir que c’étaient les radios qui allaient la choisir en premier !

Age Tendre
Avec les Charlots sur « Age Tendre »

Que penses-tu de la nouvelle version qui se joue en ce moment ?
Donne-moi 16 millions d’Euros et je te fais un spectacle ! Ceci dit, le spectacle est très impressionnant par la technique, les lumières, les effets spéciaux… Trop peut-être. Quant aux chanteurs, même s’ils ont de très belles voix, ils font du karaoké. A la note près, ils font exactement ce que nous faisions, même ce que nous avions inventé autour des chansons. Du coup, ils n’impriment pas leurs personnalités comme avait pu le faire la sublime Maurane et d’autres interprètes. Je devrais demande des droits d’auteur !!!
En dehors de ce livre, Fabienne, que nous réserves-tu ?
Je me remets d’un quadruple pontage mais rassure-toi, tout va bien. J’ai été opérée à Clermont Ferrand. Aujourd’hui je prépare un album de chansons qui sortira le 1er mars. Ce sont des chansons que j’ai écrite et j’ai fait appel à des amis : Zize, Alain Turban, Richard Bonnot et quelques autres. Je prépare le spectacle musical avec ces chansons et je pense qu’il tournera en France… Histoire qu’on se retrouve quelque part sur la route ! »

« Tout feu, tout femme » avec entre autre Pascale Petit et Claudine Coster
Stars en cuisine… Moi je cuisine… Elle chante

Propos recueillis par Jacques Brachet

SHEILA… 60 ans d’amour


Sheila est un cas dans ce métier…
Elle est l’une des recordwomans de ventes de disques de ces artistes nés dans les années 60. Le public l’a adulée et l’adule toujours autant, même si la presse n’a pas toujours été sympa – c’est un euphémisme ! – avec elle.
A une époque et durant des années elle fut la reine des hit-parades, du petit écran sans jamais faire une tournée.
Elle en fit une seule à ses débuts, en compagnie des Surfs et de Frank Alamo et ne la termina pas.
Après quoi, il fallut attendre quelques décennies pour qu’enfin elle monte sur scène, toujours avec le même succès et avec des fans toujours fidèles. Elle prit ainsi goût à cette scène dont elle fut privée durant des années et alors que tout lui souriait, la voici qui arrête tout… pour mieux repartir quelques années après.
Allers-retours chaque fois surprenants, entrecoupés de quelques livres qu’elle a écrits et de moments de solitude pour se consacrer à la sculpture…
Je ne la rencontrai donc que très tard par rapport à tous les autres artistes qui, tous, passaient leur temps sur des tournées qui duraient des mois.

Ma vraie première rencontre donc, fut en 95 à la sortie de son livre  » Et si c’était vrai ?  » (Ed Ramsay) où, sous couvert d’un nom d’emprunt, Annette Choubignac, petite fille de Français moyens devenue idole des jeunes, elle réglait ses comptes avec le show biz et quelques personnages qui gravitaient autour d’elle…Chacun y reconnaîtra les siens !
“J’ai trouvé marrant – me confiait-elle – de raconter les dessous du show biz dans les années 60 et de romancer le tout plutôt que de faire la fameuse bio que tout le monde fait. Je voulais parler de cette folie ambiante, cette joie de vivre dont on n’avait pas toujours conscience, du fric que l’on brassait… ou que d’autres brassaient pour nous ! Nous avions 16/18 ans, on voulait chanter, on vous prenait en main, on signait des contrats débiles… Aujourd’hui, les jeunes ont évolué et leurs avocats ne sont jamais très loin
Quelles étaient tes relations avec les autres artistes ?
Johnny, Sylvie, Françoise m’intimidaient un peu cars ils étaient déjà des vedettes. Avec Claude François, on a démarré ensemble donc c’était plus facile. Et on s’est très vite trouvé sur un pied d’égalité. C’est vrai qu’avec Claude il y avait en plus de la tendresse et de la complicité. Il était fidèle et sincère. J’étais aussi très amie avec Dalida qui était une femme intelligente, simple, sentimentale et sensible. Ce qui nous rapprochait c’est qu’elle en avait, comme moi, pris plein la tête. Françoise a été près de moi lorsqu’il y a eu mon « affaire » du Zénith. Sylvie Vartan est aussi restée quelqu’un que j’aime infiniment. Elle est très loin, très souvent mais je crois que lorsqu’on se voit, on a chacune du plaisir à se retrouver. Le problème est que notre entourage essayait souvent de nous monter les unes contre les autres. On nous voulait concurrentes alors que nous, nous n’en avions rien à faire. La preuve : On se retrouvait toujours avec plaisir chez les Carpentier.

As-tu connu la solitude des artistes ?
La vie d’artiste et une chose que, même très entourés par les gens du métier, la presse, les fans, nous vivons seuls. Nous sommes très exposés car nous vivons une histoire d’amour avec des milliers de gens et lorsque les lumières s’éteignent (Claude François l’a très bien chanté) nous nous retrouvons seuls.
Être entouré ne veut pas dire être aimé. Mais la solitude croise tout le monde un jour… « 
Malgré cela à l’époque, elle venait d’avoir 50 ans, avait une pèche d’enfer, plein d’envie et m’avait envoyé en boutade :
«J’ai 50 ans derrière moi et encore 50 ans à vivre»…
Lorsque tu as décidé d’arrêter la scène, le public ne t’a-t-il pas manqué ?
Bien sûr, terriblement mais la décision de m’arrêter, je l’avais prise toute seule et en toute connaissance de cause. J’avais décidé de prendre du recul, de faire autre chose et c’est ce que j’ai fait puisque je me suis mise à la sculpture et à l’écriture.
Donc, si le public me manquait, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même ! Mais un jour ça a été plus fort que tout, il fallait que je revienne. Le manque était trop grand.
Et ce 28 septembre 1998 à l’Olympia ça a été des retrouvailles d’une force, d’une intensité inouïes… C’était au-delà de tout ce que j’avais pu rêver. Ce fut un grand moment d’amour et la tournée suivit, aussi intense. Tout ça restera l’un des plus grands moments de ma vie. En trente ans de carrière je n’avais jamais vécu ça…
Et je crois qu’il y avait trente ans que j’attendais ça !
Etais-tu inquiète ?
Pas vraiment car j’avais fait de la scène en 88 et je savais que le public serait là, comme il l’a toujours été. Mais je me disais que j’avais peut-être été imprudente de m’être arrêtée. Et je me rendais compte surtout que je m’étais privée de beaucoup de choses. Le public me manquait vraiment et c’est pour cela que je fais la fête avec lui tous les soirs ! La presse, les critiques, ça a été le bonus !
Des regrets ?
Non, pas vraiment puisque la décision venait de moi et de mon plein gré. De plus, j’ai également pris beaucoup de plaisir à sculpter et à écrire, même si c’étaient des plaisirs solitaires ! Mes livres se sont bien vendus, certains sont sortis à l’étranger et je suis très fière de cela».
Après avoir été tellement décriée, « la chanteuse populaire » chante à Ramatuelle et reçoit la légion d’honneur…Quel effet cela fait-il ?
Quelle fierté ! Quelle joie !
Être choisie par Jean-Claude Brialy pour passer sur cette scène mythique et faire partie des privilégiés qui pourront dire « J’y ai chanté », quel bonheur, quel honneur !…
Être décorée par Chirac, quelle reconnaissance ! On a beau se dire au départ qu’on s’en fout et que d’autres le méritent plus que toi, ça fait un drôle d’effet. Et surtout, après tant d’années, être enfin reconnue dans son pays, ça fait chaud au cœur.


C’est une belle revanche ?
Non, je ne prends pas ça pour une revanche. Je le prends tout simplement comme un grand bonheur.
Aujourd’hui, Sheila, c’est qui ?
Une personne qui a beaucoup d’amour à partager, à donner, à recevoir…
C’est une femme qui a une pêche d’enfer et énormément d’énergie…
Et de projets ! ! !
Qu’est-ce qui te gène encore aujourd’hui ?
Plus grand chose à vrai dire sinon, peut-être, certaines personnes qui continuent à me voir avec des couettes… Couettes que je n’ai gardées qu’une année même si aujourd’hui je ne les renie pas !
Quel est le secret de Sheila pour avoir une telle pêche ?
La plus belle machine qui existe, c’est le corps humain. Il faut savoir l’entretenir, avoir de la volonté, et l’énergie nécessaire pour l’entretenir, le faire travailler, pour qu’il réagisse à plein rendement. Il faut savoir souffrir, aimer avoir des courbatures.
La forme du corps est essentielle. Avec lui, le reste suit.
Penses-tu qu’aujourd’hui de jeunes chanteuses peuvent faire la carrière que tu as faite et que tu fais toujours ?
Pourquoi pas ? La chose essentielle est d’y croire très fort, d’avoir des dents qui rayent le parterre, une volonté de fer, une passion à toute épreuve car il faut vraiment y croire de l’intérieur et être vraiment persuadée qu’on est faite pour ça. On ne fait pas ce métier quand on ne sait pas trop quoi faire, qu’on veut tout simplement devenir célèbre ou qu’on veut « essayer ça »… Les producteurs et les maisons de disques vous considèrent avant tout comme un produit. Tous les salamalecs qu’ils font devant vous, ils le font tant que vous rapportez quelque chose. Mais ils partent aussi vite que ce qu’ils viennent. Il faut donc – et ça c’est essentiel – être entouré de gens sincères, qui croient en vous, qui ne vous lâcheront pas dès que ça va moins bien. Car nous, nous parlons musique et eux, ils parlent business. I
Il faut donc un bon entourage et avoir la foi.
Nombre de tes chansons sont  » relookées  » aujourd’hui !
Évidemment !
Je ne pourrais pas offrir aujourd’hui les chansons telles que je les chantais à l’époque ! « Les rois mages », je l’interprète en salsa, sinon, je ne pourrais plus la faire ! Les orchestrations ont été revisitées, les rythmes aussi et ce n’est pas pour rien que CloClo, Dalida ou moi faisons encore les beaux jours des boîtes de nuit. Ça marche toujours !

La remise en question, tu connais ?
Je crois que je l’ai prouvé ! Je fais le plus beau métier du monde, j’en vis et je n’ai pas le droit de m’asseoir en me disant, satisfaite : « Bon Dieu que tu es bonne ! ».
Mis à part ça, si j’existe encore après 60 ans de carrière, ce n’est pas anodin.
Après ça, je ne passe pas ma vie à regarder ce que j’ai fait et ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais faire.
Tes espoirs, tes envies ?
Que certains me voient autrement… Sheila a évolué et j’aimerais qu’on me voie telle que je suis aujourd’hui et qu’on prenne cela en considération. Après ça, que veux-tu…. Je ne peux obliger personne à aimer Sheila et ceux qui m’aiment savent pourquoi. Et c’est pour eux que je continue.Je devais la retrouver sur les tournées «Age Tendre» mais là, fini la complicité. Pourquoi ? Je ne sais pas. Qu’elle ne me reconnaisse pas, je le conçois, elle en a vu des journalistes et je ne fais pas partie des intimes. Mais là, elle resta lointaine, froide, refusa plusieurs fois un entretien évoquant le manque de temps… et allant jouer aux cartes avec son équipe ! Pourtant, entre les deux spectacles, Dieu sait si les artistes avaient un quart d’heure à donner aux journalistes qui d’ailleurs n’étaient pas nombreux… Il fallut que j’insiste lourdement pour pouvoir faire une photo d’elle avec ses danseurs.
Mais bon, ce n’est pas grave. On se retrouvera peut-être un jour…

Jacques Brachet

Jeanfi JANSSENS… « J’arrive des nuages »


Nous nous étions brièvement rencontrés au Théâtre Galli de Sanary où nous avions rendez-vous pour une interview. Mais les aléas ont fait que, son arrivée retardée nous a empêchés de la faire.
Nous nous étions vus après le spectacle et m’avait fait une promesse : « Lors de mon prochain passage dans la région, on fera l’interview ».
Le temps a passé, le Covid aussi et pourtant, voici Jeanfi durant deux jours à Toulon où il teste son nouveau spectacle au Colbert : « Tombé du ciel ».
Il a tenu sa promesse et nous voilà réunis à son hôtel pour cette interview promise, barbu et toujours aussi simple, souriant, volubile.

« Jeanfi, parlons donc de ce nouveau spectacle !
Je suis très heureux de revenir tout seul sur scène, même si j’ai adoré jouer au théâtre avec Stéphane Plaza et Valérie Mairesse. Là, je me retrouve « moi » !
Ça te manquait ?
Oui, je l’avoue. Dans le premier spectacle, on venait de me découvrir, les gens venaient voir qui j’étais. Ce nouveau spectacle est plus en profondeur. Aujourd’hui j’ai 50 ans…
Déjà ? On dirait un ado !
(Il rit) Je les aurai dans dix jours ! Bien sûr, comme dans le premier spectacle, je parle de ma vie, de mon arrivée dans le show biz, de ce qui a changé pour moi mais aussi pour mes parents, de mes moments de solitude, de la vieillesse, de mes déboires médicaux…
Ça n’est pas très gai tout ça !
Mais c’est dit avec humour et il y a des choses plus drôles comme ma relation avec mon animal et d’être devenu tout ce que je ne voulais pas devenir.
C’est-à-dire ?
Que je suis devenu un vieux pédé avec sa chatte !!!
Enfin, je parle plus de moi. Au premier spectacle les gens découvraient l’ancien steward devenu artiste. Je parle plus de ma mère, de mon enfance. J’ai été élevé chez les bonnes sœurs de Ste Thérèse d’Avila parce que mes parents voulaient que j’aie une bonne éducation. Je parle de mes croyances, de mes superstitions qui me pourrissent la vie. Etre superstitieux c’est très contraignant, surtout lorsqu’on est comédien. Je suis capable de faire le tour de la ville pour ne pas passer sous une échelle !
Rassure-moi : ta chatte n’est pas noire ?
Ah non ! Sinon je l’aurais assassinée !

Ta mère est toujours très présente…
Oui, aussi bien dans ma vie que dans mon spectacle. Elle était déjà très contente de m’accompagner dans mes voyages lorsque l’étais steward et aujourd’hui elle est très heureuse de connaître le monde des paillettes. Être assise à côté de Marie Laforêt lors de mon Olympia ça l’a remplie de joie !
Dans ce nouveau spectacle, il est encore question de vol !
« Tombé du ciel », ça veut dire que, depuis sept ans, je me suis amarré au sol. Pour moi le ciel a un côté providentiel. J’aime à dire que le ciel m’a connu avant la terre. Je suis tombé du ciel pour raconter mes histoires du plancher des vaches. J’arrive des nuages. Le ciel reste important dans ma vie.
C’est ton second ou troisième spectacle ?
C’est le second mais le premier a changé de nom en cours de route.
Pourquoi ?
Parce que « Au sol et en vol », c’était lorsque je démarrais. C’était une version « amateur », Et puis, étant plus connu, j’ai changé, adapté des choses… J’ai trouvé que « Jeanfi décolle » était plus adapté à ce qu’était devenu le spectacle. Et ce que j’étais devenu.
Depuis quand aimes-tu faire rire les gens ?
Depuis toujours ! Très jeune ma mère m’a appris l’humour, la dérision. Dans l’avion, durant dix à quinze heures de vol, pour passer le temps, j’aimais faire rire les passagers. Mes collègues me disaient que j’avais un don, de faire du théâtre. Mais au départ, je n’étais pas persuadé que ce que je racontais dans les avions pouvait intéresser et faire rire les gens au sol.
Et alors ?
Alors c’est une copine qui m’a inscrit dans un concours, « Le Printemps du Rire » à Toulouse. Je suis arrivé finaliste, je n’ai pas gagné mais ça m’a donné l’envie d’écrire, mais en dilettante, sans jamais penser en faire un métier.
Mais écrire était quand même dans l’idée de jouer ?
Non, c’était d’abord pour le plaisir, faire rire les copains mais aussi bien sûr, monter sur scène sans jamais penser pouvoir en vivre un jour. C’est un milieu où il n’y a pas de garantie de succès. Les places sont chères. En plus, j’étais très bien à Air France, c’était un métier que j’adorais, j’avais une bonne situation, je gagnais bien ma vie. Je ne me voyais pas tout remettre en cause.
Ce sont les hasards de la vie, l’importance que les choses ont prises. J’ai dû choisir. Et j’ai choisi d’entrer dans le grand bain !

Tout a suivi : la télé, le théâtre, le cinéma… De belles rencontres…
Oui, j’ai fait de très belles rencontres, de Dany Boon à Stéphane Plaza en passant par tous les gens que j’ai pu connaître aux « Grosses Têtes » ou à la télé.
Tu as beaucoup de projets ?
Oui, j’ai envie d’essayer plein de choses. Par contre, je suis mono-tâches : je ne sais pas faire plusieurs choses à la fois. Donc, aujourd’hui c’est ce nouveau spectacle, cette tournée-test, Paris puis une grande tournée. Il n’y a pas de place dans ma tête pour faire plusieurs choses à la fois !
Tu es un vrai ch’ti donc il était évident que tu rencontres Dany Boon ?
Oui, je suis de Maubeuge ! Quant à Dany, c’est Laurent Ruquier qui me l’a présenté aux « Grosses têtes ». Il préparait un film, « La chtite » famille », le contact s’est bien passé et aussitôt il m’a proposé un rôle dans son film… Il l’a rajouté pour moi, il a fait un essai… Et il a gardé la scène !
Et le théâtre, avec entre autre Stéphane Plaza pour la pièce « Un couple magique ».
Grâce encore à Laurent Ruquier qui a écrit la pièce. Ça a été très dense et couronné de succès  puisqu’on a rempli des Zéniths. 293 représentations sur un an de tournée ! C’était énorme… et épuisant ! Surtout que les producteurs ne se rendent pas compte de ce qu’ils nous font endurer, un jour à Marseille, le lendemain à Nantes, pour revenir à Toulon ou à Colmar. Il n’y a pas de logique. Heureusement qu’on s’aimait et qu’on s’entendait bien !
Alors, cette mini-tournée ?
Une tournée de rodage en quelque sorte. C’est un spectacle que j’ai écrit et que je teste avec le public. Je vois comment il réagit, ce qui lui plaît ou pas. Du fait de jouer dans de petites salles, j’ai un rapport direct avec lui, je parle avec lui. Ça me donne des fulgurances, c’est créatif. Chaque soir je filme le spectacle. Le lendemain matin je le visionne, je corrige, je rajoute, j’enlève, je réécris. La matière est posée mais je construis de jour en jour. J’ai déjà changé plein de choses, le spectacle a déjà beaucoup bougé. Ce qui me touche c’est que les gens m’écoutent, me parlent. De descends dans la salle. Il me semble qu’aujourd’hui je fais partie de la famille, une famille qui s’agrandit. Il y a aussi une certaine pression car ce n’est pas parce que ça a marché une fois que ça va encore marcher.



Y a-t-il des gens qui t’ont marqué dans ce métier ?
Il y en a beaucoup comme par exemple Pierre Bénichou qui m’a beaucoup impressionné. On a eu du mal au départ à s’apprivoiser car on venait de deux milieux différents. Mais j’ai eu la chance de rencontrer des gens que j’admirais lorsque j’étais plus jeune. Jamais alors je n’aurais pensé à les rencontrer, travailler avec eux. Muriel Rubin avec qui j’ai collaboré, jamais je n’aurais pensé que ça puisse arriver un jour. Mais je suis resté ce gamin admiratif qui se dit aujourd’hui : « Tu te rends compte avec qui tu parles ? »
Tu as aussi écrit un livre « Le carnet de vol de Jeanfi »
Oui mais c’est surtout, comme son nom l’indique, des anecdotes que j’ai vécu durant mes voyages.
Y aura-t-il une suite ?
Je ne pense pas. S’il y a une prochaine fois, ce sera plutôt une sorte de biographie, mon parcours, mes rêves, ce qui s’est passé dans ma vie…
Il y a donc bientôt Paris ?
Oui, ce sera au Point-Virgule, à partir du 18 janvier, dans la grande salle. C’est là que tout a commencé. Pour moi ça a un côté affectif car je me sens bien dans cette salle. Il y a aussi un côté familial. C’est un peu comme à la maison. C’est pour quatre mois, quatre fois par semaine. Et puis il y aura la tournée avec de grandes salles de 1550 à 3000 personnes. » Et l’on a déjà rendez-vous sur la tournée !
En attendant, il a du taf  notre « vieux » comédien et dans dix jours… Joyeux anniversaire au quinquagénaire !!!
Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Elian BACHINI
C’était un grand photographe et un ami


Le photographe Élian Bachini nous a quittés à 78 ans dans la nuit du 19 au 20 novembre 2023.
Élian Bachini est né en Toscane (Italie). Il avait la prestance, l’élégance et la douceur toscane. Il vous accueillait le sourire aux lèvres, les yeux pétillant, et vous saluait de sa voix charmeuse. Affable, toujours prêt à aider, à rendre service, à organiser quelque chose. C’est ainsi qu’en 1990 il cofonda l’association « Minos, Photographes en Méditerranée » qui regroupait 10 photographes de l’aire toulonnaise, et qui font une belle carrière.
Élian Bachini se passionne très tôt pour la peinture ; il dessine, peint, tout en suivant des études de Lettres Italiennes à Aix-en-Provence. Mais c’est la photographie qui va devenir sa passion, sa raison de vivre.
Fasciné par la danse et le théâtre il deviendra en 1980 le photographe officiel pour la danse à Châteauvallon, jusqu’en 2000. Il ira jusqu’à faire des stages de danse afin d’être mieux à même d’anticiper, de capter les mouvements des danseurs et des danseuses. C’est là, à partir de 1997, qu’il aura l’idée de tirer ses photographies sur des toiles de jute ou de lin, ou sur papier aquarelle, se rapprochant ainsi de la peinture. Vont naître les séries « Picturales de danse et Silence écrits de danse ». Nous pensons qu’il atteint ici le grand art. Captation des attitudes, des ombres et de la lumière, mouvement piégé par le déclic et qui pourtant reste toujours miraculeusement mouvement.

Ne se contentant jamais de l’acquis il va multiplier les expériences, presque toujours avec succès. Il tire des photos sur la pierre, qu’on a vues à l’exposition « Pierre(S) ». Il utilise le numérique pour « Osmoses minérales ». Il travaille sur les fontaines de Brignoles pour en tirer des photos compétemment surréalistes et très drôles : les « Fantastiques Fontaines de Brignoles ». Il produira une série très facétieuse pour les toilettes d’Auchan à La Seyne sur Mer ; ce qui permet à un très grand nombre d’admirer les œuvres. On peut encore citer « Incrustations », un jeu avec l‘homme de la préhistoire. Parfois il lui arrive même d’intervenir graphiquement sur la photo.
Il franchit encore un pas avec « Osmoses minérales II », photographies dans lesquelles matières minérales et autres s’unissent au corps, aux visages. Un rendu époustouflant par l’utilisation des couleurs, de la lumière, et la superposition d’éléments divers : tout cela crée un envoûtement qui vous emmène ailleurs.
Élian Bachini est aussi le photographe de la femme, révélée mais toujours énigme, élément subliminal et poétique qui transcende les ambiances, fleur et lumière de la nuit, graphème de l’amour. On retrouve toujours les mêmes qualités de dévoilement du réel et de questionnement, que ce soit dans les personnages, les paysages, ou les objets.

Il sera souvent invité aux « Hivernales d’Avignon » et enchaînera les expositions en France et à l’Étranger, jusqu’à son dernier souffle. On peut encore admirer ses « Métamorphoses » jusqu’au 8 décembre à la Galerie d’Art Le Moulin à La Valette, et d’autres œuvres à la Galerie Cravéro au Pradet jusqu’au 25 novembre.
En plus de l’éblouissement de son œuvre, nous n’oublierons pas les fêtes partagées, ses spaghetti bolognese, son lapin à la moutarde et son escalope milanaise.
Une foule immense est venue rendre un dernier hommage à notre ami, parmi laquelle les photographes d’ex-Minos, compagnons des débuts.
Au revoir Élian Bachini. Pourquoi nous as-tu quittés si tôt en ce triste mois de novembre ?
Nous présentons nos plus sincères condoléances à sa fille Gwendaline, à sa compagne Karine, et à sa famille.

Serge Baudot & Jacques Brachet

Juliette CHANAUD
avec la tête, avec le coeur, avec les mots


Elle est, comme nombre de métiers du théâtre et du cinéma, une femme de l’ombre puisqu’elle est créatrice de costumes.
Véritable artiste elle-même, elle habille comédiens et comédiennes mais elle a sa manière bien à elle de le faire puisqu’elle les vêt des impressions que lui donnent les mots, les histoires, selon leur rôle, leur personnalité, selon l’histoire personnelle que lui inspire le personnage. Avec la tête, avec le cœur comme l’aurait dit un chanteur mal aimé !
Elle fut la complice de réalisateurs comme Jean-Michel Ribes, Patrick Timsit, Jean-Luc Moreau, Didier long au théâtre… Aucinéma avec Pierre Granier-Deferre, Robert Guédéguian, Mathieu Amalric, Bruno Podalydès, Charlotte de Turkheim…
Et c’est grâce à la présidente de « Lumières du sud »  Pascale Parodi, que Juliette Chanaud est venue nous parler de sa passion… Même si aujourd’hui elle est en train de passer à autre chose.
Sa passion, elle nous l’a communiquée et j’ai passé un moment magnifique avec cette artiste volubile qui a mille anecdotes à raconter, ce dont les adhérents de « Lumières du Sud » ont bien profité !

« Juliette, comment vous est venue cette passion du costume ?
J’ai d’abord travaillé dans la mode, la haute couture, le prêt-à-porter. Mais en fait, ça ne me plaisait pas du tout.
Alors, pourquoi y être allée ?
J’ai passé un bac publicitaire, passé le concours des Beaux-Arts de Paris. J’avais alors 18 ans et plutôt envie de faire la fête. Mais comme nous n’avions pas beaucoup d’argent, je faisais moi-même mes robes. Mon père qui, voyant que j’allais de moins en moins aux Beaux-Arts et de plus en plus dans des fêtes, m’a inscrit à l’école de la Chambre de haute couture parisienne. De ce fait, j’ai dû retourner à l’école et je suis entrée dans ce métier que je n’avais pas réellement choisi. Mais je pleurais tout le temps car ça ne me plaisait pas.
Et le théâtre est venu comment ?
J’ai commencé à aider de petites troupes qui avaient peu de moyens. Grâce à elles j’ai appris le métier. Je n’ai pas fait d’école du costume, même si, après ça m’a manqué. Mais j’avais alors 35 ans et j’étais déjà dans le métier.
Qu’est-ce qui vous a plu ?
Je me suis très vite rendu compte qu’en fait la mode, c’est une industrie et je n’étais pas faite pour ça. Ce que j’aimais, c’était les textes, les mots et créer autour d’eux. Je pouvais alors mettre mon savoir-faire au service de quelque chose que j’aimais. Parallèlement à mon métier de styliste, je pouvais m’exprimer grâce aux textes, aux comédiens. Je me sentais à ma place. Je commençais à avoir des contacts.
Un jour, il a fallu choisir… Et j’ai choisi !

Et vous avez rencontré Jean-Michel Ribes !
Oui, c’est lui qui m’a donné ma chance professionnellement en travaillant sur des textes. C’étaient ceux des « Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gouriou. J’ai fait trois spectacles avec eux et créé 130 costumes pour six comédiens. J’ai trouvé ça très amusant d’habiller ces petites phrases, chacun des comédiens devant se changer en trente secondes.
Comment travailliez-vous avec lui ?
En toute liberté et avec la chance d’avoir des idées qui arrivaient malgré moi. Je créais, j’achetais, je modifiais à ma convenance et ça marchait. Puis j’ai travaillais sur un film de Jean Benguigui à qui j’avais fait des costumes pour « Brèves de comptoir ». C’était « Hôtel des Caraïbes » avec Didier Boudon.
Et le cinéma ?
Encore grâce à Jean-Michel Ribes.
J’ai un ami d’enfance qui est le frère de Charlotte de Turkheim. Elle m’a proposé de travailler sur son film mais en même temps Jean-Michel me proposait de travailler sur « Bataille », une pièce de Topor. J’ai choisi ce dernier mais un jour, je dis à Jean-Michel : « Tu sais que j’ai raté mon entrée au cinéma à cause de toi ? ». Il me répond alors : « Je ne savais pas que ça t’intéressait. Je fais un film en septembre. Fais-le ! ». Et là, c’était dingue. Le film était « Chacun pour toi » avec Jean Yanne et Dupontel, il y avait mille figurants à habiller, on a tourné en France, en Allemagne, en Tchécoslovaquie et partout j’amenais des tonnes de costumes ! Pour mes débuts au cinéma, j’étais gâtée ! Mais ça a été une chance et tout a démarré.
Et il y a eu entre autre votre rencontre avec Robert Guédéguian.
Oui, j’ai travaillé sur un film avec Ariane Ascaride et elle me racontait en riant que son mari voulait tout faire sur ses films, même trouver les costumes. Et elle m’a proposé de travailler avec lui. La première fois, ça a été épique, c’était pour « Mon père est ingénieur » : Je suis allée aux Galeries Lafayette où j’avais repéré quelques costumes. Robert me propose de venir avec moi, ce qui était rare pour un réalisateur. D’autant plus rare qu’il est arrivé avec Ariane, Darroussin et Meylan ! On aurait dit une maman qui venait habiller sa famille !
Comment travaillez-vous avec le réalisateur et les comédiens ?
D’abord, je lis le scénario, puis je rencontre le réalisateur, je lui fais des propositions, il me dit ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas et lorsque nous sommes tombés d’accord, je rencontre les comédiens avec qui, en général, ça se passe bien. J’ai eu quelques problèmes avec certains qui n’aimaient mon choix ou qui ne voulaient pas essayer le costume. Mais en général c’est sans problème.

Et Charlotte alors ?
Elle ne m’en a pas voulu et j’ai travaillé avec elle sur « Qui c’est les plus forts ? » avec Audrey Lamy.
Vos projets aujourd’hui ?
Tourner la page !
C’est-à-dire ?
J’ai décidé d’arrêter. J’ai 65 ans et j’ai envie de faire autre chose et peut-être de m’accorder un troisième métier. J’ai plein d’envie dont, depuis longtemps, créer des rideaux ! (elle rit) Et puis, j’ai des petits-enfants dont j’ai envie de m’occuper, d’autant que j’ai perdu mes parents cette année. Par contre, ce qui est étonnant, c’est que du jour où j’ai pris cette décision, j’ai commencé à oublier le nom des gens avec qui j’ai travaillé !
Là, je termine deux pièces de théâtre : « Berlin, Berlin » de Patrick Haudecoeur et « Une idée de génie » de Sébastien Castro, deux gros succès. Après, je me dis que tout peut s’arrêter et que j’ai envie de profiter de la vie. J’ai une maison à Palma de Majorque où j’ai une vue éblouissante et j’ai envie de la retrouver. Je suis d’un naturel optimiste, je suis facile à vivre et je suis heureuse. »
Ce sera le mot de la fin… En attendant de découvrir ses rideaux !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Voyage à Venise avec Macha MERIL


Mélusine Marvel est une star française qui a ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses caprices mais qui sait que, vieillissante, il va falloir qu’elle se batte avec la profession, avec la caméra pour rester ce qu’elle est. Elle est au tournant de sa carrière et de sa vie et elle sait que ce rôle de Desdémone dans ce film italien, adaptation d’Othello, sera sa gloire ou sa perte.
On va donc la suivre dans les dédales de sa carrière, de ses doutes,  de ses joies, de ses crises de nerfs, la boisson, le sexe, auxquels elle se raccroche pour pouvoir dire qu’elle existe encore.
Très beau portrait de femme par une femme qui connait tous ces sentiments dans ce métier qui ne fait pas de cadeau.
Le roman s’intitule « La grille du palazzetto » (Ed l’Archipel
L’auteure est Macha Méril, lumineuse comédienne, auteure pleine de finesse et d’humour, même si dans ce roman, elle se consacre plus à l’état d’âme d’une comédienne qui sent que sa jeunesse fout le camp.
En plus de ce portrait, elle nous fait entrer dans les coulisses d’un tournage, ce qu’elle connaît bien, et nous guide dans une Venise belle et mystérieuse qu’elle a l’air de connaître aussi.

Avec Macha, c’est une histoire d’amitié qui ne date pas d’hier, puisque voici des décennies qu’on se rencontre, qu’on se parle, qu’on s’écrit, qu’on se téléphone et tout est prétexte à ce qu’on se retrouve. Du coup, ce roman est une aubaine.
Macha, tu nous parles de choses que tu connais par cœur : , les comédiens, le tournage d’un vu de l’intérieur et Venise… vu de l’extérieur !
(Elle rit) Il n’y avait personne que moi pour parler de tout cela : le métier d’actrice, mais aussi l’ambiance d’un tournage et de tous les métiers que le spectateur ne voit jamais : les techniciens, producteurs, agents et autres métiers de l’ombre. Mais aussi l’inquiétude d’un tournage, le questionnement de chacun, l’adrénaline, l’ambiance d’un tournage. Tout le monde est plus ou moins inquiet, il y a des affinités, des problèmes et la fin d’un tournage qui est toujours traumatique : On se quitte après être restés ensemble, que va-t-on faire après…
Et surtout cet état de star que Mélusine vit quotidiennement !
Oui, Mélusine est à un virage. Elle est une star mais une star vieillissante et elle a peur de ce qui va se passer, comment elle va passer à l’écran et pour combien de temps encore.
Ce sont des choses que tu as connues en fréquentant ces actrices.
Oui et d’abord, pourquoi devient-on star ? Comment le vit-on ? Beaucoup de stars ont mal tourné comme Marylin Monroe, Romy Schneider, Natalie Wood et même des hommes comme Patrick Dewaere. Beaucoup ont sombré dans l’alcool, la drogue car être star est un poids sur les épaules et si l’on ne vit que par et pour ça, ça peut finir mal.
Ça aurait pu t’arriver ?
Comme à tout artiste mais il se trouve que j’ai tout fait pour être l’antistar. Je suis née avec la Nouvelle Vague où déjà tout changeait et je n’ai jamais voulu m’enfermer dans ce style de vie. J’ai toujours voulu être libre de mes choix et, quittant un plateau, j’ai toujours eu une vie à côté, je me suis intéressé à la culture, à la lecture, à la cuisine, au jardin, j’ai écrit des livres, j’ai fait du théâtre et tout cela, même si ça ne m’a pas toujours enrichie, a fait que j’ai eu une autre vie que celle d’actrice. Et plus ça va, plus j’ai envie de ne faire que des choses que j’aime. Grâce à Michel Legrand, je suis à l’abri du besoin, même si je n’ai pas de gros besoins et je peux choisir ce que j’ai envie de faire et de tourner ! Je me suis toujours surprotégée et j’ai tout fait pour brouiller les cartes ; je peux dire non quand je le veux. Je n’ai pas à enquiller des films si ça ne m’intéresse pas.

Être star, c’est quoi au fait ?
Ce peut être quelque chose de magique au départ. Pourquoi une actrice est choisie plus qu’une autre ? Pas seulement parce qu’elle est belle car toutes ont un défaut particulier mais qui justement peut être photogénique. Mais il ne faut pas que ça et toutes les stars l’ont compris.  Après, elles sont souvent brut de décoffrage et il faut qu’elles continuent à être ce qu’elles sont et elles vivent dans la peur de ne pas être autre chose que ce qu’elles sont devenues et surtout de le rester. C’est pour cela que souvent, elles sombrent dans l’alcool, la drogue. Regardez Martine Carol, qui m’a inspirée pour Mélusine, elle était droguée, nymphomane, alcoolique. J’ai rencontré Louis Grospierre qui la suivait vingt-quatre heures sur vingt-quatre et pour lui c’était l’enfer. La notoriété abîme les gens et certains ne tiennent pas le coup quand ils la perdent.
C’est toujours pareil aujourd’hui ?
Beaucoup moins car être star est aussi garder de mystère et aujourd’hui les artistes veulent être des femmes comme les autres, amener leurs enfants à l’école, étaler leur vie privée sur les réseaux sociaux. A part Catherine Deneuve ou Isabelle Adjani, qui tiennent le coup, qui se préservent
Il y a aussi dans ce roman de très belles descriptions de Venise que tu connais bien…

Oui, je suis souvent allée à la Biennale et surtout, j’ai un ami qui vit à Venise, qui me reçoit chez lui… Et à qui je fais la cuisine, chose que j’aime faire, tu le sais. Bien sûr on connaît la place Saint-Marc mais ce n’est pas que cela,  et les balades en bateau, Venise. D’ailleurs, les habitants quittent souvent la ville et n’en connaissent pas tout.
Quand on vit dans une ville on ne la connait pas en fait. Moi, je suis partie visiter les ruelles, les petites places mon ami m’a amenée dans des lieux mal famés où vit la pègre, les boîtes plus ou moins louches et j’ai trouvé tout cela très amusant !
Alors aujourd’hui, que devient Macha ?
Je suis toujours très occupée. En ce moment je suis sur les routes pour présenter et signer mon roman dans les salons du livre. Je serai d’ailleurs à Marseille les 24 et 25 novembre.
Je vais reprendre au théâtre Montparnasse « Une étoile » d’Isabel le Nouvel, Je viens de tourner pour France 3 le pilote d’une série « Enquête parallèle » avec Florence Pernel, où je joue sa mère, une mère un peu barrée… J’adore Florence qui est une femme adorable de gentillesse et qui a beaucoup de talent. Si le pilote marche, il y aura une suite… Et puis, j’ai un autre projet qui me tient à cœur : monter une conversation entre Catherine II  et Voltaire, d’après leurs échanges épistolaires, Catherine qui s’est insurgée lorsqu’on a guillotiné Marie-Antoinette. On le créera au festival de Grignan en juillet prochain. Et je me vois bien en Catherine… C’est mon sang bleu qui parle !

Et il y a l’œuvre de Michel Legrand !
C’est ce qui me donne le plus de travail car depuis quatre ans j’ai créé dans son manoir un festival consacré aux compositeurs de musiques de film qui ont de plus en plus de problèmes pour imposer leur musique, les droits d’auteurs coûtant paraît-il de plus en plus chers, beaucoup de producteurs veulent s’en passer.
Du coup, ce festival est un concours avec un jury et un président. J’ai eu Jacques Perrin, Claude Lelouch, Jean-Jacques Annaud pour les trois premiers. On a rendu hommage à de grands compositeurs comme Nicola Piovani, Gabriel Yared. C’est un travail énorme, il faut trouver de l’argent, des artistes, des musiciens. C’est une grosse organisation qui me prend beaucoup de temps.
A propos de Michel, la Poste va créer le 24 février 2024 un timbre pour ce qui aurait dû être ses 92 ans. Il y a plusieurs projets très excitants et il va falloir choisir.
Prochain roman ?
Laisse-moi respirer ! Mais écrire est toujours pour moi un jeu littéraire, un challenge. J’y ai pris goût et je vais continuer. »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Frédéric ANDRAU : Un comédien guidé par le hasard


1987. Frédéric Andrau va jouer « par hasard » son premier rôle au Revest. Il sera Roméo dans Roméo et Juliette » de Shakespeare.
De ce jour il n’arrêtera pas entre théâtre, cinéma, télévision, mise en scène…
C’est cette année-là que nous nous sommes connus car je connaissais déjà sa maman qui œuvrait pour Amnesty International.
J’ai donc suivi sa carrière qui pourtant n’avait pas débuté à Toulon mais… à Budapest !
Eh oui, moi qui connaissais tout de lui, j’étais sûr que c’était un Toulonnais pure souche !
Il rit de cette découverte alors qu’il répète à l’Espace Comédia, où il a souvent joué, la pièce de Diastème « Geli » en compagnie de la belle Alienor de la Gorce.

« C’est – me confie-t-il – une pièce que j’ai jouée au festival d’Avignon. Geli était la nièce d’Hitler, qui s’est officiellement suicidée en 1931.Un auteur va essayer d’élucider ce mystère et se met à parler avec elle. Il fouille toutes les pistes avec elle, chacun va apporter quelque chose à l’autre. Lui va la faire exister, elle va l’accompagner.  En essayant de comprendre, il va comprendre des choses sur lui. C’est le directeur du Comédia André Neyton qui a voulu que je vienne jouer cette pièce chez lui. André qui est un ami, un fidèle et qui m’a accompagné sur plusieurs projets. Ici, je me sens chez moi. Puis nous reprendrons la pièce à la Manufacture des Abesses à Paris fin novembre »
C’est donc avec plaisir que je retrouve l’ami Fred dans ce théâtre où depuis des décennies, nous avons vécu et nous vivons toujours de bons moments.
Mais avant tout je veux découvrir les lieux de son enfance. Ce qui le fait rire.

« En fait je suis né en Allemagne, mon père était coopérant et professeur. Puis nous sommes partis en Tunisie, au Maroc et sommes restés sept ans à Budapest. C’est là que j’ai vécu ma première expérience cinématographique.
Raconte …
J’avais dix ans, le réalisateur Gazdaz Gyula tournait un film « Soyez les bienvenus » avec Laszlo Szabo, Bernadette et Pauline Laffont. Quelqu’un est venu à l’école demandant qui serait intéressé pour tourner dans un film. Spontanément j’ai dit « Moi ! ». Ça a été un hasard et surtout le moyen de sortir de l’école ! Je trouvais ça rigolo.
Tu avais déjà cette envie de jouer ?
Pas du tout ! J’étais très branché informatique, sciences physiques, maths… Et je voulais faire des études de commerce.
Et le théâtre alors ?
Je faisais des ateliers de théâtre et c’est à Toulon, où nous sommes venus juste après le tournage, que j’ai rencontré Jeanne Mathis qui faisait partie d’une compagnie « L’insolite traversée ». Ça a été le déclencheur : j’ai revendu mes ordis et j’ai décidé de faire du théâtre.
Et alors ?
Je me suis inscrit aux ateliers de Parvis Khazraï, puis au conservatoire de Toulon… où je n’ai pas fait long feu. Puis j’ai couru dans les pattes de Chateauvallon !  (Où il est venu quelques années plus tard jouer « Electre » de Sophocle avec Jane Birkin en 2006 – NDLA). J’avais une amie homonyme, Frédérique Andrau à qui je donnais des cours de math et de physique. Elle connaissait Cyril Grosse qui travaillait au théâtre du Revest et avait la compagnie « L’insolite traversée ». Hasard encore, je suis allé, sur son invitation, voir les répétitions de « Roméo et Juliette ». Il m’a proposé d’y jouer Benvolio. Puis il m’a demandé de jouer Roméo. C’est avec eux que j’ai vécu un moment le plus fort.
Il y a aussi la rencontre avec Diastème où, pour la seconde fois, j’ai eu cette sensation.

Comment s’est passée la rencontre ?
Encore par hasard ! Je passe un essai pour un de ses courts métrages qui, au départ, devait devenir un long métrage mais qui ne s’est pas fait. Il s’appelait « Même pas mal ». Alors il m’a proposé de jouer dans « La nuit du thermomètre ». Depuis, nous travaillons ensemble.
Combien as-tu fait de pièces avec lui ?
Beaucoup et des films aussi !
A propos, cinéma, télé ont suivi…
Le cinéma m’a fait beaucoup voyager en Corée, en Lituanie, en Suisse, en Irlande, en Inde. Ce sont de belles histoires, de beaux souvenirs. A la télé, j’ai fait quelques séries, j’ai aussi joué dans « Clémenceau », « La malédiction du lys, « L’accident »…
Qu’est-ce qui te plait dans le fait de jouer ?
De m’approprier des histoires qui ne sont pas les miennes, découvrir d’autres façons de penser, passer par un autre prisme que le mien, être en immersion dans un autre univers que le mien. Et au théâtre surtout, d’avoir le public en face. J’adore aussi faire de la mise en scène, construire un monde magique.
Tu as aussi mis en scène des opéras… Hasard encore ?
Oui ! Claude-Henri Bonnet, qui était alors le directeur de l’Opéra de Toulon, vient me voir jouer au Comédia « Un visible Théo » de Renaud le Bas. Il a été bouleversé. Il me propose alors de venir visiter l’Opéra. Ce jour-là soixante choristes répétaient sur scène. J’ai trouvé ça d’autant plus fabuleux qu’aujourd’hui on est souvent deux sur scène sans décor ! Il m’a alors proposé de mettre en scène un opéra. Je n’ai pas réfléchi, j’ai dit tout de suite oui, il m’a alors montré cinq opéras et m’a dit de choisir. J’ai choisi « L’enfance du Christ » un oratorio. Travailler avec un chœur a été quelque chose de fabuleux. Puis j’ai mis en scène « Lohengrin » et « Jules César ».

Alors, aujourd’hui, quel chemins prends-tu ?
J’ai joué « La malédiction du lys » de Philippe Niang qui est passé il y a quelques semaines à la télé. J’ai fait une petite participation dont je suis très fier dans le film de Vanessa Filho « Le consentement ». Nous nous étions connus sur « La paix dans le monde » de Diastème. J’ai participé à une série sur Coco Chanel « The New Look » avec Juliette Binoche. Je vais faire une tournée théâtrale avec « La brève liaison de maman » avec Francine Bergé que j’adore et qui joue ma mère.
Je vais aussi faire une tournée avec la pièce « Marion, 13 ans pour toujours » d’après le superbe roman de Nora Fraisse que j’ai mis en scène et qu’on a joué au festival d’Avignon. A chaque étape il y a des ateliers,  je vais dans une école pour parler du harcèlement scolaire car c’est un sujet important que notre pays ne considère pas assez et à qui on ne donne pas assez de moyens. Je rencontre beaucoup de jeunes et ce sont des rencontres très constructives.
Après ça… A quand des vacances à Toulon ?
 Il rit). Mais j’y suis !
Pour trois jours que tu passes au Comédia !
C’est toujours ça ! »


Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier

Patrick PREJEAN s’embarque dans une scène de ménage !

Patrick Préjean, alias Jacky, Gérard Hernandez, alias Raymond

Cela fait des décennies que Patrick Préjean et moi entretenons une amitié fidèle… sans scène de ménage !
Que je suis sa carrière foisonnante de théâtres en plateaux de cinéma ou de télévision et jusque dans les vignes provençales, de rôles dramatiques ou comiques, classiques ou modernes, sans parler de ses nombreux doublages de films où sa voix est reconnaissable entre toutes.
Bref, une carrière bien remplie.
Et voilà qu’aujourd’hui on le retrouve dans la célèbre série de M6 « Scènes de ménages », où, s’il ne remplace pas notre regrettée Huguette, alias Marion Game, il devient le voisin de Raymond, alias Gérard Hernandez.
Bien entendu, j’ai voulu en savoir un peu plus sur cette arrivée dans cette série qui n’en finit pas de faire rire le public.

Les vieux copains trinquent à leurs retrouvailles
Rencontre à l’Opéra de Toulon avec Bernard Haller

« Alors Patrick, te voilà embarqué dans « Scènes de ménages » !
(Il rit) oui, avec des scènes mais pas en ménage avec Patrick Hernandez ! D’abord, je retrouve ce vieil ami avec lequel j’ai plaisir à partager l’écran.
Nous avions joué ensemble avec Annie Girardot dans « La vie de château » et nous sommes amis depuis longtemps. De plus, j’ai découvert une équipe bienveillante qui m’a très bien accueilli et très vite adopté. Je suis heureux d’être entré dans cette famille.
Quel est ton rôle ?
Je dois tout de suite préciser que je ne remplace pas Marion Game mais que je suis un vieil ami de Raymond qui vient habiter dans le même immeuble. D’ailleurs, je suis entré dans la série avant que Marion ne disparaisse. Elle était déjà malade mais on espérait qu’elle allait s’en tirer. Hélas, ça n’a pas été le cas. Du coup, mon personnage s’est étoffé.
Ce sont deux vieux amis qui se retrouvent, je viens habiter au-dessus de chez Raymond et nous passons notre temps à rigoler et à nous engueuler. Raymond a un caractère plus bougon et ombrageux que moi qui suis plutôt sympa mais je me fais chambrer par lui. Mais rien ne dit que je ne riposterai pas, que je n’aurai pas ma revanche !
En fait ce ont des scènes que l’on retrouve dans des couples comme chez des amis ou en famille.
Donc, dans la vraie vie, tout se passe bien entre vous ?
Oui, nous sommes très complices, nous aimons nous renvoyer la balle et même si les dialogues sont très précis, nous nous permettons de petites improvisations. Le réalisateur laisse tourner la caméra. Après quoi, il en fait ce qu’il veut !
Lorsque j’ai appris la nouvelle de la disparition de Marion, j’étais en plein tournage.

Dans les vignobles avec Bernard Lecoq, Ken Samuel, Kamel Belghazi et Jennifer Laurent dans « Une famille formidable »
Encore dans les vignobles du Théâtre dans la vigne de Marie-Christine Kemp où il jouait « La nuit des rois » de Shakespeare

Tu tournais quoi ?
« Cocorico », un film d’Hervé Julien avec Christian Clavier, Didier Bourdon et Sylvie Testud qui sortira en février 2024. Je dois dire qu’en lisant le scénario j’ai rarement autant ri et qu’on a beaucoup ri en le tournant. Je crois que ça va être très drôle et que ça fera rire le public autant que nous !
Il y a peu, tu as aussi tourné « Le défi de Noël » de Florian Hessique…
Oui, c’était l’année dernière et j’avais déjà tourné avec Florian « La légende », présenté à Cannes, en Italie, en Angleterre, à Los Angeles et qui a reçu quelques prix dont le meilleur second rôle… pour moi !
Là, il m’a proposé le rôle du Père Noël… Ça ne se refuse pas !
Je pense que Florian est un réalisateur talentueux qui devrait faire son chemin.
Tu fais toujours du doublage ?
Oui, j’en fais beaucoup. Les derniers : « Samouraï Academy », « Bugs Bunny », « Le Muppet Rock » et toujours « Titi et Grosminet ».
Figure-toi qu’à la convention du dessin animé, des gens sont venus me voir les larmes aux yeux pour me remercier. Et je te jure que je ne mens pas : j’étais ces jours-ci en vacances à Sète, je déjeunais dans un restaurant lorsque des gens se sont retournés et venus me voir pour me dire qu’ils avaient reconnu la voix de Sylvestre, alors qu’ils ne connaissaient pas mon visage ! Ça fait chaud au cœur.

Avec Annie Cordy dans « Les joyeuses commères de Windsor » du même Shakespeare. Retrouvailles après « Envoyez la musique »
Lors d’une de nos nombreuses soirées ensemble. La photo commence à dater…
A quand une nouvelle ?

Tu étais à Sète. Sais-tu que trois comédiens de la série « Une famille formidable » jouent dans la série « Demain nous appartient » : Kamel Benghazi, Jennifer Laurent et Alexandre Thibault ?
Pour les deux premiers, je le savais. Pour Alexandre je ne le savais pas. Mais je n’ai pas eu le temps d’aller les voir.
Bon, en dehors du cinéma, de la télé, des doublages… Et le théâtre ?
Figure-toi qu’il m’arrive une chose exceptionnelle. Je suis en train de lire un scénario tiré d’une pièce américaine de Jef Baron : « Visite à Monsieur Green ». La pièce devrait se jouer à Paris mais aujourd’hui… rien n’est signé ! Ce qui veut dire qu’elle risque de ne pas être jouée ou que je n’aie pas le rôle. Mais j’y crois tellement fort que je me suis jeté sur le scénario et que j’apprends le rôle ! C’est une chose qui ne m’est jamais arrivée, d’apprendre un rôle sans savoir si je le jouerais.
Mais je prends le risque car le rôle est magnifique.
Je croise les doigts ».

Propos recueillis par Jacques Brachet

Marc JOLIVET 
« Je ne suis qu’un vieux clown
qui fait les choses à son niveau ! »

On connaît ce trublion plein d’énergie qu’est Marc Jolivet. Un trublion génial car il n’est jamais là où on pense le trouver, commençant en duo humoristique avec son frère Pierre, il fera plus tard cavalier seul mais on le retrouve comédien au théâtre, au cinéma, où il est aussi scénariste, réalisateur et retrouver avec son frère dans un des films de celui-ci. Mais il est aussi écrivain puisqu’il a huit livres à son actif, son neuvième venant de sortir. Il a été brièvement dans la politique, puisqu’il s’est présenté aux élections municipales de 86 comme candidat écologiste !
Il faut dire qu’il a de qui tirer puisqu’il est le fils de la comédienne Arlette Thomas et du comédien Jacques Jolivet.
Mais là encore, avec son sixième livre « Tueur hors-série » (Ed Plon), il est là où on ne l’entend pas : un thriller sanglant retraçant l’histoire d’un petit garçon rieur, Paul, qui, entre un père incolore et une mère étouffante, suite à une varicelle, va se retrouver criblé de pustules. Là il ne rit plus, devient « le grêlé » et ce qu’on ne sait pas, c’est qu’il possède les gênes MAOH qui en fait un homme violent et CDH13 qui lui occasionne un trouble du contrôle de l’impulsivité. Les deux mêlés sont une bombe qui va très vite exploser et en fera un tueur en série recherché dans toute la France mais jamais pris.
Et l’on va suivre, à la fois avec horreur et curiosité, le cheminement de ce monstre, jusqu’au jour où… On n’en dira pas plus mais l’histoire est faite de coups de théâtre, de violence mais aussi de moments de pauses qui font que, malgré ses actes macabres, on s’attache peu à peu à ce Paul… Et on a envie de savoir le mot de la fin !
Un livre qui nous tient en haleine, où, si l’on ne reconnaît pas le Jolivet rieur et plein de drôlerie, on y retrouve des réminiscences d’humour, de jeux de mots et de petites histoires dignes d’un one man show. Et avec sa compagne, Julie Guinard, il nous offre un roman haletant qu’ils ont écrit à quatre mains.
On devait se rencontrer à Aix-en-Provence mais rendez-vous manqué et voilà qu’en l’appelant au téléphone il dit être à Hyères, avec « son amoureuse » comme il l’appelle, au bord de l’eau… Où nous les rejoignons au Robinson à l’Almanarre. Et où nous rejoindront quelque amis dont le chef d’orchestre Alain Chiva, chef de l’Harmonie Hyèroise et Fabrice Drouelle journaliste sur France Inter où il anime l’émission « Affaires sensibles » avec qui on va trinquer et grignoter !

Signature à la librairie Goulard d’Aix-en-Provence
Avec son « amoureuse » Julie Guinard

Marc, ton personnage est horrible et pourtant, au fil des pages, on s’y attache !
Mais c’est exactement ce que voulais faire. Je voulais qu’on finisse par l’aimer.
Julie : Et moi, je ne voulais pas ! Mais il a eu gain de cause.
Quand on te connait, tu es drôle, sympa, plein d’humour et rigolard. Comment peut-on écrire un roman aussi noir ?
Je suis venu sur terre pour réaliser le maximum de mes désirs. L’un d’eux était d’écrire un roman policier… Et je l’ai fait à 72 ans ! Je me suis tourné vers mon amoureuse qui est auteure et je lui ai demandé de l’écrire avec moi.
Pendant un an, j’ai cherché un sujet. Je suis en admiration devant les films des frères Cohen et j’ai remarqué qu’avec le nombre de séries télé, tout avait été fait. Julie me disais que, tout étant fait, je n’y arriverais pas. J’ai alors décidé de tout arrêter et je suis parti sur un pamphlet sur la gauche « Ma gauche à moi » Et à ce moment là – on était au début septembre – j’allume ma télé et je tombe sur un reportage : « Un ancien policier, tueur en série, vient d’être découvert trente ans après ».Je dis à Julie : « Ca y est, j’ai trouvé mon sujet ! ». Je le dépose à la SACD et décide de romancer cette histoire.
Il y a trois temps dans ton roman : l’histoire que toi tu racontes, celle que « Le grêlé » alias Paul raconte, et les cauchemars qu’il en fait. Comment tout s’est-il imbriqué ?
J’ai tout de suite pensé à sa rédemption, même si Julie ne voulait pas. Il y avait donc son cheminement psychologique. J’ai bien sûr changé son nom, vu des amis avocats pour savoir ce que je pouvais écrire et j’ai aussi pensé à sa famille et à sa souffrance. Le vrai policier était pédophile. Je n’ai pas voulu en faire un pédophile mais un meurtrier qui opère sur impulsion.
Je ne me suis intéressé à sa vie que lorsqu’il devient policier. Une policière va, durant des mois, s’acharner à le retrouver sans jamais penser qu’il était des leurs. Mais l’arrivée de l’ADN va changer la donne.
A noter, et c’est important, que Nous avons décidé de partager les droits d’auteur à 50% Avec l’association « France Victimes »
Comment travaille-t-on à deux ?
Julie : Marc a beaucoup d’idées, ça bouillonne dans sa tête et lorsqu’il les déverse, il faut trier ! Mon métier de traductrice c’est quand même les mots et la transcription de ceux des autres. On est en fait très compatible.
Marc : C’est notre quatrième roman qu’on écrit ensemble !
Julie : Du coup, je relis, je réécris certaines choses, je lui dis quelquefois des choses pas très gentilles !
Marc : Lorsque je lui apporte une scène, elle peut me lancer : « C’est du niveau de CM2 » ! Comme j’ai confiance, comme à l’école, je repars travailler !
Julie : Ce qui est bien c’est qu’il n’a jamais peur de se remettre en question !
Marc : C’est ça un travail d’équipe !
Dans ton livre, on retrouve ton humour car tu ajoutes quelques blagues mais surtout on peut imaginer que ce roman fasse l’objet d’un film.
France Info m’a dit que c’était digne des frères Cohen ! Ça ne pouvait pas me faire plus plaisir. Mais tu ne crois pas si bien dire puisque ça va d’abord devenir une pièce de théâtre et c’est Fabrice Drouelle qui sera le narrateur. On cherche les comédiens. Ce pourrait être Éric Métayer pour le rôle du grêlé. Pour le film, ce sera plus long et si l’on ne trouve pas de producteur… Je le produirai moi-même !

Avec Alain Chiva & Fabrice Drouelle

En fait, tu sais tout faire ! As-tu des projets avec Pierre, ton frère ?
Aucun. Je ne sais pas pourquoi il ne veut pas m’aider pour le film. Peut-être a-t-il peur que je fasse une m…e ou alors que je le surpasse ! Il faudra lui demander. C’est son problème.
Et le one man show ?
Alors là, note : Le 23 octobre je serai au Casino d’Hyères, le maire me prête la salle, je serai accompagné par l’orchestre d’Alain Chiva et des choristes. Avec aussi quelques invités surprise. La soirée sera dédiée à l’association Doc4Ukraine. Auparavant je serai le 27 septembre à Vitrolles, et le 11 octobre au Mucem de Marseille et là, j’ai convié Poutine à vouloir se mettre à genoux et à demander pardon à Zelinsky… Et grâce à moi la guerre s’arrêtera ! On peut rêver !!!
Autre corde à ton arc : tu es écolo à fond !
Aujourd’hui je ne veux plus qu’on me dise ça car l’écologie c’est Sandrine Rousseau, les fascistes verts, le futur quarteron stalinien. Je suis amoureux de ma planète depuis toujours et l’Europe Ecologiste les verts c’est le drame absolu. Je crois qu’ils sont responsables d’une partie du drame de la planète La preuve c’est qu’à chaque élection le meilleur candidat a été Noël Mamère avec… 5% des voix ! C’est bien la preuve qu’ils sont nuls et inadaptés.*
Mais il n’empêche que je suis le président d’honneur d’Ecologie sans frontières, ambassadeur de la nouvelle association de Nicolas Hulot et de mon association Rire pour la planète.
C’est ce qui t’a amené à te présenter aux législatives en 86 ?
Je suis allé me présenter chez les verts sans prendre la carte. Face à Jacques Chirac dans le cinquième arrondissement. Au premier tour j’ai fait le meilleur score mais Tibéri a annoncé « Marc Jolivet, non élu ». J’ai fait un procès que j’ai gagné… Six ans après ! Ainsi s’est terminée ma carrière politique !
Moi qui espérais devenir président des Etats-Unis… C’est raté !
En fait, je ne suis qu’un vieux clown, non pas pathétique mais qui fait les choses à son niveau.
Mais la planète mérite mieux que Médine… Tu ne crois pas ?

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier
*Avec l’autorisation de l’artiste

Good bye Jane B    


« Je déteste mes petits seins, mes grosses fesses, mes dents de cheval, mes jambes maigres… » sans compter son accent à couper au couteau, sa langue française faite de néologismes dont on ne savait s’ils étaient français ou anglais, ses mots d’argot glanés çà et là…
C’est ce qu’elle me confiait lors de notre première vraie rencontre aux studios Baobab de Toulon, créés par mon ami d’enfance le photographe Pierre-Jean Rey, qui m’avait pris comme attaché de presse afin de m’occuper de ses artistes.
Dont Jane qui venait pour une publicité des laines « Bouton d’Or ».

Elle arrivait avec Lou Doillon, alors toute petite qui, ravie de rencontrer un monsieur qui se prénommait Jacques, comme son père, ne me quitta plus, toujours accrochée à un grand  pantin qu’elle ne quittait pas et qui s’installait sur mes genoux pendant que maman posait.
Ce qui fit dire, bien longtemps après à Jane : « Tu la reprendrais bien sur les genoux aujourd’hui ! »
Nous avons passé des journées extraordinaires et des soirées fantastiques à l’écouter, autour d’une table, raconter plein de choses, tantôt drôles, tantôt tristes à nous faire venir les larmes.
Elle était belle, lumineuse, d’une sincérité désarmante, d’une grand humanité et on ne pouvait que l’aimer.
Avec tous les défauts qu’elle m’énumérait, elle est devenue une chanteuse adorée, une comédienne magnifique et malgré son accent, grâce à Patrick Cherreau, elle a eu le cran de jouer sur scène du Marivaux !

Depuis Baobab, le temps a passé mais on n’a jamais cessé de se rencontrer au Midem, au festival de Cannes, à Sanary où elle vint tourner « Daddy nostalgie », à Ramatuelle où nous passâmes avec Jean-Claude Brialy, des soirées qu’on ne peut oublier, les dernières année au théâtre Liberté avec Michel Piccoli et Charles Berling ;.
Avant Baobab, je la rencontrais au festival de Cannes où elle présentait avec Jacques Doillon « La pirate » qui fit scandale parce qu’il parlait d’homosexualité ! Et l’on était en 84 !
Lors d’un déjeuner de presse où m’invita Claude Davy, elle défendit le film bec et ongles entre deux sanglots : « La passion est un sentiment fort, violent, que ce soit pour un homme, une femme, un chien, un perroquet… Sans passion la vie ne vaut pas d’être vécue. C’est la plus belle chose au monde », tentait-elle de dire aux journalistes qui, pour la plupart, s’en foutaient pas mal et se concentraient sur leur repas « gratuit » !

Je la rencontrais encore au festival de Cannes avec Serge Gainsbourg et nous passâmes des moments épiques avec le chanteur passablement alcoolisé !
Mais avec Jane ce furent toujours de belles rencontres faites de rires et de larmes tant elle pouvait passer de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante. Elle fut toujours fidèle et je passai des moments magiques avec elle.
Merci Jane, pour tous ces beaux moments passés ensemble.
Good bye…

Jacques Brachet