C’est une jolie jeune femme du nom d’Altiera. De ses origines corso-polonaises, elle a le regard à la fois ensoleillé et nostalgique et sa première chanson, écrite et composée par elle-même « Tant pis », possède ce que l’on trouve dans les chansons brésiliennes, à la fois musicales et rythmées, saupoudrées de mélancolie, de « sausade ». Mais dans la vie, elle garde ce soleil qu’on attrape de côté de la Méditerranée.« Altiera… D’où vient ce prénom ? C’est en fait mon nom de scène qui m’a été suggéré par un tableau que j’avais fait, où j’avais écrit ce mot. Altiera en corse c’est tout simplement l’adjectif « Altière » c’est-à-dire « fière » et pour moi, ça a été une évidence. Du Nord au Sud, vous avez donc deux origines très différentes. Qu’avez-vous de chacune ? De Pologne, pas grand ’chose car, justement, ne n’en connais pas grand-chose. Peut-être l’âme slave qui m’apporte un peu de nostalgie. Et mon amour pour Chopin ! De la Corse j’ai la culture, j’ai grandi avec cette langue, j’ai donc ce côté insulaire. Chantez-vous en corse ? Oui, beaucoup. J’ai même eu un projet qu’un jour certainement je réaliserai. Alors au départ, vous avez appris le piano classique puis vous vous êtes tournée vers l’histoire de l’art. La chanson dans tout ça ? La chanson est venue bien avant tout ça, et même la composition. Dès l’âge de dix ans j’écrivais des chansons. J’avais même écrit une chanson pour ma jument ! Mais j’étais bien trop trouillarde pour chanter devant les gens. Donc je me suis tournée vers l’histoire de l’art et le piano avec lequel j’ai été professeur. Même si ça ne se dit pas, j’avais des préférences pour certains élèves avec lesquels j’ai gardé des liens ! J’ai eu aussi des projets de peinture mais le Covid a beaucoup changé de choses. Et la musique était une évidence. Depuis 23/24, avec le recul, j’ai compris que ce serait la musique.
Et voilà donc la première chanson qu’on peut entendre. Pourquoi une seule chanson ? Au départ c’était l’écriture J’adore écrire, j’ai énormément de textes, de poésie que j’adorerais recueillir un jour dans un livre. Vous pourriez en faire des slams ! C’est drôle que vous disiez cela car j’adore le slam et même le rap… Pas le rap « gangsta » mais il y a de merveilleux rappeurs qui sont des poètes magnifiques, dont les textes sont très écrits, comme le groupe I Am. Ce sont de vrais poètes. J’ai d’ailleurs une nouvelle chanson qui est plus dans ce style-là, avec un côté sociologique que j’aime bien. J’ai aussi participé à une rencontre de rap dans laquelle j’étais la seule fille et j’ai beaucoup aimé. Dans votre première chanson, pas de slam , pas de rap… (Elle rit) Non, pour la première, j’ai pensé à deux chansons mais celle-ci me semblait plus logique, plus été, plus espoir. Elle est pourtant plutôt triste…Le titre déjà est un peu fataliste… Vous trouvez ? Je la trouve plutôt optimiste. Elle a un côté positif. Elle décortique l’amour, les sentiments. Elle a peut-être quelque chose qui ressemble à mon côté slave. Pour en revenir à cette chanson, c’est un peu difficile de se faire une idée de votre personnalité, ce que vous êtes vraiment en une seule chanson, de votre univers. C’est vrai mais à la rentrée, sortira un EP avec quatre ou cinq chansons. Il faut dire que j’avais un peu abandonné les réseaux sociaux et qu’il faut que je relance un peu tout ça et j’ai préféré commencer par une chanson pour qu’elle puisse être entendue et pas être perdue au milieu d’autres chansons. A propos, quelles sont vos influences ? Oh, il y en a beaucoup… Sade, Barbara, Lana del Rey, Billy Ellish… Et beaucoup d’autres chanteuses… Comment définiriez-vous votre musique ? Justement avec toutes ces influences, pop, électro, RnB. C’est ce qu’on trouvera dans mon EP.
N’avez-vous pas pensé tenter une émission comme « The voice » ? J’ai failli ! J’y ai pensé un temps mais rien que d’imaginer qu’aucun fauteuil ne se retourne, c’était très angoissant pour moi. Mais en fait, c’aurait été aussi angoissant si quelqu’un se retournait ! Ah bon, pourquoi ??? Parce qu’alors il aurait fallu que je me dévoile, que je parle de moi et ça aussi ça m’aurait beaucoup angoissée. C’est quelque chose qui m’aurait dérangée, de me dévoiler devant des milliers de téléspectateurs. Dans ce cas, c’est vrai, ça devient impossible pour vous ! (Elle rit) Vous voyez, je suis un peu compliquée ! Je suis une grande traqueuse et travailler dans mon coin me désangoisse. Peut-être aujourd’hui, ayant pris confiance en moi, ce serait plus facile. Finalement, je préfère travailler à l’ancienne. Alors, après ça, quels sont les projets ? Un premier EP. Peut-être un second et aussi penser à la scène car je pense déjà au printemps prochain et tenter de faire de la scène, peut-être des festivals. Et pour cela il faut que j’aie d’autres chansons à faire entendre. Mais déjà, après près de deux mois de promo je vais m’octroyer quelques semaines de vacances en famille en Corse et retrouver mon piano et mon studio ! »
Villa Simone : Paul LAY et ses complices… Du grand art ! Tout commence par une mélopée aux accents irlandais, chantée d’une voix cristalline par Isabelle Sorling, accompagnée du pianiste Paul Lay qui effleure les touches avec finesse et du contrebassiste Simon Tailleu qui rythme cette litanie. Musique étrange, voix d’ange, accentuée par la stridulation des cigales qui ont décidé de s’immiscer dans le récital. Et l’on change de rythme avec, nous dit le pianiste, trois chansons américaines d’un autre temps, entre 1860 et 1900. Chansons d’amour, de guerre et de liberté. Le rythme a changé, entre charleston, Gershwin et Dave Brubeck, des musiques sous influence que le pianiste fait allègrement sonner. On sent le plaisir de l’artiste qui danse sur son tabouret et voilà qu’il nous propose un moment d’anthologie avec cette « battle » qu’il nous offre avec son contrebassiste, d’une dextérité, d’une énergie, d’une intensité qui fait crier et applaudir le public. On sent toute la complicité des trois artistes qui jouent ensemble depuis onze ans. Et si Paul Lay avoue les avoir trompés avec d’autres musiciens pour d’autres aventures, ce trio demeure sa famille et il se retrouve toujours à certains moments de leur parcours Autre instant à la fois magique et émouvant : Cette chanson qu’a composé le pianiste sur un poème d’un jeune garçon de 17 ans qui suivait ses cours en Allemagne, qui dut, par la force des choses, combattre contre ses amis et mourir dans les tranchées. Poème chanté avec une rare émotion par Isabelle Sorling. Car dans ce trio, chacun a son morceau de bravoure, soutenu par les deux autres. Et nous voilà à la – presque – fin du concert avec ce nouveau grand moment : « The battle of the Républic » où quand un gospel – en l’occurrence « Glory Alléluia » – devient jazzy par la voix d’Isabelle Sorling qui nous offre une performance incroyable, entre grave et aigu, entourée des deux autres musiciens. C’est du grand art ! A tel point que le public, subjugué, en redemande debout et que notre trio reviendra deux fois !
Ce fut un superbe spectacle dans ce magnifique lieu qu’est la villa Simone. Un seul bémol : l’on nous avait placés sur le côté, le temps d’admirer durant tout le concert, le dos du pianiste ! On aurait beaucoup aimé voir les expressions de son visage, tant il y avait de jubilation dans sa façon de s’exprimer. Mais on eut le temps de le voir de face durant l’entretien qu’il nous accorda après le spectacle… Dans la pénombre et le chaos des chaises que l’on rempilait !« Paul, il paraît que vous avez commencé à jouer du piano à trois ans ? (Il rit) Non ! A trois ans, mes parents m’avaient offert un petit clavier pour Noël et j’arrivais, au bout de quelques mois à jouer les chansons qu’on apprenait à l’école ! Ils se sont alors dit que je devais avoir de l’oreille et donc, au fil des ans, j’ai eu des claviers un peu plus larges. Et j’ai commencé vers mes cinq ans, des études de piano avec une prof superbe Mme Lamothe qui était dans les Landes. Vous êtes des Landes ? Des Pyrénées Atlantiques. Mais j’ai vécu à Mont de Marsan. Tout de suite vous avez eu envie d’en faire votre métier ? J’ai découvert le jazz vers 10/11 ans, et à partir de ce moment-là, grâce à mes parents qui écoutaient des musiques différentes, j’ai très vite vu que le jazz permettait d’improviser, on pouvait inventer de la musique en temps réel et j’ai compris que c’était ça que je voulais faire, que c’était la musique vers laquelle je voulais aller. C’est incroyable, si tôt car à cet âge on est plutôt tourné vers la variété. Y avait-il des gens autour de vous ? Dans mon école de musique, il y avait un atelier jazz, mon prof de piano classique, qui était aussi professeur de jazz m’y a fait entrer. J’avais 11 ans et le fait de pouvoir improviser a été une révélation.
Quelles étaient alors vos influences ? Je ne connaissais pas grand-chose, je découvrais Herbie Hancock, Miles Davis, Bill Evans, et peu à peu le fil s’est déroulé, les profs et les amis m’ont fait connaître toutes sortes de choses… A quel moment avez-vous commencé à composer ? Assez tôt. D’abord pour moi puis à l’adolescence. J’ai essayé de composer des choses et à les jouer avec les copains. Quelles études avez-vous faites ? D’abord le conservatoire de Toulouse puis je suis entré au département jazz du CNSM de Paris… Depuis, vous avez eu un nombre incalculable de prix dont les Victoires de la Musique, L’Académie Charles Cros… et vous êtes jeune ! (Il rit) Je fais jeune mais j’ai déjà 40 ans ! Oui, je passais beaucoup de concours à l’époque, des tremplins qui aident, après, il faut accepter le temps qu’il faut pour s’insérer, que les projets mûrissent et se développent. Parlez-moi un peu de ce trio magique avec lequel vous avez joué ce soir… Il est né en 2013, ça fait presque douze ans, au moment où on célébrait Marseille ville culturelle européenne. Nous avons été invités par le théâtre de la Criée pour jouer un programmaeautour de Marseille, avec Isabelle qui ne parlait alors pas vraiment français. Nous avons repris des chansons d’Alibert, de Tino Rossi, du folklore marseillais et provençal… On était loin du jazz ! C’était du Music-Hall venu de l’Alcazar dont on a fait un disque. Et on a beaucoup tourné avec ce répertoire. Après, pour les commémorations des cent ans du jazz à Nantes, l’on a bifurqué vers un autre répertoire en 2017. Et le classique dans tout ça ? J’ai commencé par le classique à l’âge de 5/6 ans mais aujourd’hui je continue pour moi. C’est une de mes grandes inspirations, une très bonne manière de continuer à étudier la musique et l’instrument. C’est une énorme source d’inspiration. Comment sont venues les master classes que l’on peut voir sur les réseaux sociaux ? C’est dans le cadre de la revue « Pianiste » qui n’existe plus depuis peu, destinée plutôt aux pianistes amateurs de tous niveaux, j’avais la charge de la partie jazz. J’écrivais une composition assez simple à monter pour les lecteurs, et j’expliquais les rudiments de l’improvisation. J’ai fait ça pendant quatre ans, sur vingt-cinq à trente morceaux, pour le magazine et pour Internet.
Et vous continuez les master classes ? Aujourd’hui je suis professeur au CNSM de Paris où j’ai intégré le corps pédagogique voici trois ans. J’enseigne aux élèves qui se professionnalisent. C’est rigolo aujourd’hui, de les voir là où j’étais il y a vingt ans ! Ils ont vingt ans, j’en ai quarante, la roue tourne ! Ici, nous vous avons vus en trio mais faites-vous des concerts solo ? Oui, bien sûr. Demain je suis à Saint-Jamet mais selon les cas, je joue en solo, en trio. Avec celui-ci on a fait des centaines de concerts depuis douze ans. Mais je joue aussi avec d’autres trios piano-basse-batterie et je joue aussi avec orchestres. Nous avons d’ailleurs célébré les cent ans de « La rapsodie in blue » de Gerschwin avec l’orchestre de Strasbourg. Je l’ai joué aussi avec l’orchestre de Tokyo, avec le Varsovia Symphonia de Varsovie et on va le jouer à la Roque d’Anthéron le 14 juillet. Il y a une chose que j’apprécie sur vos disques, ce sont les pochettes toujours très belles et très originales… C’est un travail que nous faisons ensemble avec mon photographe. Il s’appelle Sylvain Gripoix et je lui fais une entière confiance. Je lui envoie la musique du disque et je lui demande de trouver un sujet qui l’inspire. Nous nous faisons mutuellement confiance, Il me fait des propositions. Tout comme la photo des Victoires de la Musique. Viendrez-vous un jour à des concerts classiques ? Je n’en ai vraiment jamais fait car j’ai des collègues qui le font mille fois mieux que moi et surtout, même si j’adore ça, ça n’est pas mon mode d’expression. Pour me sentir vraiment bien sur scène, il faut que je puisse improviser. Jouer juste une sonate de Beethoven, je pourrais éventuellement le faire mais ce n’est pas là que je me sens le mieux. J’ai besoin de créer dans l’instant donc je pourrais faire de l’improvisation autour d’une œuvre de Beethoven car c’est mon élément, c’est mon univers. Mais jouer comme des concertistes, où c’est vraiment leur univers où ils trouvent leur forme de liberté dans l’interprétation, ce n’est pas ce que j’aime. Moi, j’ai besoin de changer, de créer, de travailler la matière.
Et dans ce concert de ce soir, il y a donc de l’impro ? A 90% ! Il y a juste la mélodie, qui est en fait une partition sommaire de trente secondes et l’on crée tout autour. Et vos musiciens arrivent à suivre ? Oui mais ça se travaille, c’est le fruit du mûrissement de dizaines d’années d’études mais l’improvisation se repose sur des codes, sur un langage, sur une histoire, sur un héritage qu’il faut connaître, appréhender, assimiler et ensuite on comprend les règles du jeu et on se fait mutuellement confiance. Pour ce que vous appelez « la battle », c’est complètement improvisé, on ne sait jamais ce qu’on va faire dix secondes après. On se retrouve sur le rythme, sur le tempo. L’une des particularités du jazz c’est le swing, une manière de scander le rythme, de vivre la pulsation corporellement et c’est ça qui nous rassemble. Alors, le prochain disque ? Ce sera en mars prochain, avec un magnifique chœur toulousain de dix-sept choristes dirigé par Joël Subiet, « Les Eléments » et un trio piano-basse-batterie. J’ai j’ai écrit une heure de musique sur le thème de la lumière, sur des poèmes de Victor Hugo, d’Emilie Dickinson, de Pablo Néruda. On reprend aussi des œuvres de Bach, de Purcell. Il s’intitulera « Waves of light » (Vagues de lumière). Puis nous emmènerons le concert en tournée en mars et en juin ».
Arzu est une jeune femme en instance de divorce, son mari voulant lui enlever la garde de son fils. Pour vivre, elle travaille dans un call center érotique à Istanbul quand un séisme survient. Elle est alors appelée par un jeune garçon bloqué sous des décombres, qui demande de l’aide. Elle va tout faire alors pour le sauver, en appelant le procureur, plus que douteux et va se retrouver dans une spirale infernale où elle-même risque sa vie. Le film est un huis clos, une sorte de thriller à la Hitchcock, oppressant, plein de dangers et de coups de théâtre dans lequel la jeune téléphoniste va de charybde en scylla, prenant de véritables risques pour sauver le gamin, risquant même sa peau, ne sachant pas dans quel guêpier elle s’est mise. Jusqu’à la dernière image de ce film intitulé « Confidente », est suspendu à l’histoire. Les plans serrés ajoutent à l’angoisse suffocante de cette femme enfermée dans cette pièce. Angoisse que les réalisateurs nous communiquent. Les regards de cette femme qui a, à la fois, une peur immense mais un courage incroyable sont d’une grande intensité. C’est un film signé d’un couple franco-turc : Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci . La comédienne Saadet. Aksoy y fait une performance digne de la grande et belle actrice qu’elle est. Un film inattendu, hors du commun alors que l’action se passe entre une femme et un téléphone, ce qui pourrait d’ailleurs être une pièce de théâtre mais dont les réalisateurs ont fait un vrai film d’angoisse. Sortis de la projection avec peine, tant on a le souffle coupé, l’on retrouve nos deux réalisateurs, beaux et souriants comme si de rien n’était ! Ils en sont à leur quatrième film et à leur quatrième visite au Six N’Etoiles grâce à Noémie Dumas, la directrice et Pascale Parodi, présidente de « Lumière(s) du Sud, avec qui ils sont devenus complices et amis.
« D’ailleurs – nous dit Guillaume en riant – nous avons signé pour les dix prochains films ! » Après nous être remis de la projection, j’ai aussitôt pensé à Hitchcock ! Guillaume : C’est flatteur mais vous savez, ça fait partie de notre cinéphilie, ce sont des codes que nous avons intégré, c’est plus ou moins en nous, ces grands films. Ce n’est évidemment pas forcément conscient lorsqu’on écrit un film mais c’est quelque part dans nos neurones. Avant de parler du film, parlons de vous… Çağla : C’est notre quatrième film de fiction et tous sont sortis en France. Après, c’est vrai que nous venons du documentaire, nous avons aussi fait des courts métrages de fiction. Notre premier long métrage date de 2012, il a été présenté à Cannes… Et déjà à Six-Fours ! Et depuis, nous avons un pacte de fidélité avec le Six N’Etoiles ! Dans votre cas comment, un Français rencontre une Turque ? Guillaume : Nous nous sommes rencontrés en Turquie en 2001 dans un lieu complètement improbable : l’ambassade de France. Elle y travaillait et moi je suis venu pour faire un stage dans le cadre de mes études. Nous voulions laisser tomber ce qu’on faisait et choisir une autre voie. Après moult rebondissements, comme dans le film, nous avons décidé d’essayer de faire des films. Comment êtes-vous venus au cinéma ? Çağla : Il est ingénieur, je suis économiste, donc loin du cinéma. C’est lui qui m’a dit de venir en France faire du cinéma. J’étais dubitative car pour moi, le cinéma était un vrai métier et nous en étions loin. Guillaume : Il faut dire qu’avant j’avais développé une cinéphilie et elle avait chez elle une montagne de cassettes de films. Commençant par des documentaires, qu’est-ce qui vous a poussés à la fiction ? Çağla : Lorsqu’on fait des documentaires, on prétend qu’on montre la réalité mais à partir du moment où on pose la caméra, les gens changent et ça change la réalité. Du coup nous avons commencé à faire de la mise en scène. Alors… Pourquoi ne pas faire de la fiction ? Guillaume : C’est une évolution continue. On commence à faire de la docu et on se rend compte qu’on fait un peu de mise en scène. Du coup, on commence à leur écrire un rôle… Et on finit à faire de la « fiction sincère » ! Ce film, « Confidente », est en fait un huis clos qui pourrait faire l’objet d’une pièce de théâtre ! C’est vrai. D’ailleurs on a le droit d’adaptation mais, n’étant pas metteurs en scène de théâtre, pourquoi pas, si cela intéresse quelqu’un ? Votre comédienne, Saadet Askoy, est exceptionnelle ! Comment est-elle venue sur ce film ? Caslar : Nous la connaissions depuis longtemps et nous avions envie de travailler avec elle. Nous n’en avions pas eu l’occasion. Il faut savoir que nous travaillons pour les acteurs, avec leur visage en tête. Déjà, nous voulions travailler avec elle pour notre précédent film « Sibel ». Ça n’a pas pu se faire. Pour ce projet, nous l’avons contactée, elle a voulu lire le scénario et tout de suite elle nous a dit : « Ce film est pour moi » !
Vous avez bien fait. Elle a un talent fou et en plus elle est belle alors qu’elle est peu mise en valeur. Çağla: Elle n’a aucun maquillage, pas même un fond de teint ! C’est vous deux qui avez écrit le scénario ? Guillaume : Oui. Contrairement à nos films précédents, là nous sommes dans la fiction. La seule dimension véritable, c’est la date du tremblement de terre qui a eu lieu à Istanbul mais tout ce que l’on brode autour a été provoqué par le fait qu’il y a deux ans, il y a eu un autre terrible tremblement de terre dans le sud-est de la Turquie. Caslar y était alors, pas moi, et elle a donc vu les échos malheureux des conséquences, des dégâts matériels et humains et de tout ce qui s’est socialement passé après. L’histoire se répétait de façon identique 25 ans après. C’est ce qui vous donné l’idée de départ de ce film ? Guillaume : Oui, nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire en tant que cinéastes. Nous avons décidé de prendre ce sujet à bras le corps et de révéler certains nombres de choses. Nous avons donc pensé raconter l’histoire du tremblement de terre de 2023 en le plaçant en 1999. Le départ du film est un peu glauque puisque Arzu parle au téléphone avec des types qui sont, soit détraqués, soit grossiers, avec des mots très crus et violents et peu à peu, chaque coup de fil qu’elle reçoit va l’amener un peu plus loin dans ce drame… Guillaume : Notre but au départ n’était pas de montrer les horreurs du tremblement de terre. On aurait pu montrer beaucoup de choses mais on a décidé de tout garder dans le hors champ en faisant un huis clos. On s’est souvenu que dans les années 90, les hot line téléphoniques érotiques étaient extrêmement populaires en Turquie. Nous nous sommes beaucoup documentés pour être pertinents et à partir de là, il fallait garder l’attention des spectateurs. Il fallait une écriture très ténue, avec beaucoup de rebondissements, avec un montage qui suivait ce rythme-là. Çağla : En faisant des recherches, sur ces hot line, nous avons eu des témoignages des personnes qui avaient pratiqué ça à l’époque et elles disaient toutes : « Nous, nous connaissons tout le pire de l’humanité », d’autant que les appels étant anonymes, elles recevaient tous les désirs cachés, les frustrations, les rancœurs, les dépressions… Et nous avons quand même pensé qu’en dehors de l’histoire, on parlait de femmes qui ont vécu ça durant vingt ans et ça a dû faire un effet psychologique sur elles. Là, elle est prise entre ce fils que le père veut lui enlever et ce jeune homme qui appelle au secours sous les décombres… Et qui n’est en fait pas si sympa que ça. Guillaume : Chaque fois qu’on choisit un personnage, ce qui nous intéresse c’est qu’il soit complexe. S’il est négatif au départ, on se rend compte qu’il n’y a pas que du mauvais en lui et inversement. Lorsqu’on creuse un peu, chaque personnage va avoir une double facette. Arzu elle-même est dans une double facette. Et les femmes qui sont au téléphone, on s’est rendu compte qu’elles étaient pour la plupart marginalisées dans leur vie sociale pour des tas de raisons et qui sont à la fois dominantes et dominées par la force des choses. Arzu est un personnage très très fort car elle est à la fois désespérée mais aussi d’une force et d’un courage rares… A chaque fois qu’arrive un événement, on reste en haleine… Guillaume : Ce qui a été intéressant lorsqu’on a commencé à créer le scénario, et même après, c’est qu’on s’est documenté sur les autres films de ce genre, qui mettaient des gens dans des huis clos mais tous les protagonistes étaient des hommes et nous avons voulu aller vers un personnage féminin qui arrive à trouver sa force, sa voie. C’est drôle d’ailleurs que nous nous en soyons rends compte après coup. Naturellement nous sommes allés vers un personnage féminin parce que nous trouvions qu’il ouvrait la voie à d’autres possibilités.
Alors, chose surprenante, le film est tourné en Turquie, parlé en turc et le générique est chanté par une chanteuse française ! Guillaume : (Rires) Nous aussi ça nous a surpris ! Çağla : En fait, nous voulions terminer le film par du hard rock car à l’époque il y avait une montée de groupes hard rock et même de groupes féminins. Donc je pensais à elles pour terminer le film avec des guitares et des batteries. Un jour, alors qu’on travaillait, on écoutait la radio lorsqu’on a entendu « Douce » qui porte bien son nom tant qu’on n’écoute pas les paroles qui sont très fortes, d’une grande violence et alors on s’est dit que c’était ça qu’on devait mettre. Mais lorsqu’on a décidé de contacter Clara Ysé qui a écrit et chante la chanson, elle obtenait la Victoire de la Musique. On s’est alors dit qu’on ne l’aurait jamais. Et elle a dit oui. C’est une chanteuse très généreuse et la prod a été très sympa. Guillaume : Nous aimons travailler par contraste. Le film est un thriller hyper rythmé et d’un coup il y a cette douceur, agréable musicalement mais au niveau du sens c’est ce dont on avait besoin. Le film a été tourné à quel endroit ? Çağla : A Ankara, dans la maison secondaire de mes parents. Après le décès de mon père, ma mère ne voulait pas y retourner. La maison était vide, j’ai demandé à ma mère de pouvoir l’utiliser. Elle a dit oui à condition de lire le scénario. Vu le sujet on s’est senti un peu mal à l’aise. Mais elle a dit oui. On commence à faire tomber un mur pour agrandir l’espace et la voilà qui arrive. Elle me dit alors : « Je n’avais pas pensé à ça… Alors je veux être là tous les jours ! » Je lui dis que le seul moyen d’être là est de jouer dans le film. Du coup, ma mère, ma tante, leurs meilleures amies, les copines de mon frère sont venues jouer les opératrice du hot line !!!
Elles n’étaient pas choquées de dire ce dialogue ? Guillaume : Au contraire de ce qu’on pensait ! Nous, nous adorons travailler avec des non-comédiens mais là, vu le sujet, on avait un peu peur de leurs réactions. Et pourtant elles ont joué le jeu… Elles ont même inventé des dialogues et elles ont été extrêmement créatives !!! Elles se sont données à fond tout en tricotant ! Même Saadet trouvait que le dialogue « Pouvait mieux faire », elle a trouvé des personnes qui faisaient du sado-maso et elle a chopé leurs dialogues ! Alors que le sujet ne s’y prêtait pas du tout, on a tourné dans une atmosphère familiale. Certaines femmes venaient avec leurs petits enfants qu’on faisait sortir pour le tournage. Vous êtes donc un couple, et donc vous travaillez ensemble. Comment ça se passe ? Çağla, étant un couple dans la vie, notre travail se déroule vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble. On s’engueule beaucoup mais ce qui nous aide, c’est que nous n’avons pas fait d’études de cinéma, nous avons appris ensemble à écrire, tourner, monter et toutes ces capacités, nous les avons développées ensemble. Nous sommes totalement complémentaires et nous ne pouvons rien faire l’un sans l’autre. Guillaume : Et ça fait vingt-trois ans que ça dure ! »
Magnifique couple qui nous offre un film qui nous tient en haleine jusqu’au bout… Et ce n’est pas fini, tant ils cogitent plein de projets, dont trois sont sur la table : le premier est un film d’art martial de genre et d’auteur dont le rôle principal sera tenu par une athlète de Kung Fu qui va essayer de transmettre le calme et la philosophie aux femmes, pour leur permettre de se reconstruire. Le second est une tentative de long métrage à partir du court métrage tourné il y a dix ans sur un ouïghour s’est enfui en France refaire sa vie, aidé par un chinois de Hong Kong. C’est un thriller géopolitique. Le troisième projet se passe en Corée du Sud, une quête historique d’une jeune femme turque qui vient rechercher les traces de son grand-père supposé mort. Trois films, trois voyages, trois histoires très différentes qui vont encore les mener à voyager… Mais qui feront escale à Six-Fours pour chacun, promis ! Alors… A bientôt !
Propos recueillis par Jacques Brachet
Justine, responsable de la communication et Noémie Dumas directrice du Six N’Etoiles, Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti, les réalisateurs, Pascale Parodi, présidente de « Lumière(s) du Sud
Deux pseudos très courts : Zize et Gigi. Zize, c’est Thierry Wilson, garçon discret s’il en est qui, sous sa perruque à la Marilyn Monroe, possède la gouaille et l’accent qui viennent du quartier du Panier à Marseille. Gigi, c’est Ghislaine Lesept, Toulonnaise bon teint qui appelle un chat un chat, qui a fière allure et mène son théâtre de la Porte d’Italie avec sa force tranquille. Toutes deux, malgré leur accent à couper au couteau, ont créé un personnage haut en couleur dans des « seule en scène » plein de drôlerie, d’humour, d’énergie et chacune est devenue comédienne dans des pièces qui ont fait rire des salles pleines à craquer. Les voilà réunie, Gigi recevant Zize pour son nouveau spectacle, dans son théâtre toulonnais. Entre les deux c’est une belle complicité. Zize, en dehors de Marseille, a démarré à Toulon, invitée par Gigi et une amitié est née. Et même, alors qu’elle remplit de grandes salles, elle revient toujours à la Porte d’Italie. La voici donc pour tester son nouveau spectacle de la rentrée, qui sera le quatrième et qui s’intitule « Irrézizetible » ! Et ce nom est on ne peut plus judicieux tant Zize y est à la fois drôle, acerbe, coléreuse, d’autant qu’elle a le mimosa qui s’est déclenche (comprendre : la ménopause !), que son mari, qui a découvert le viagra, la perturbe en pleine nuit, après avoir recommencé à se laver, qu’ayant un oignon au pied elle va voir un médecin qui va s’occuper d’un autre oignon. Normal, elle tombe sur le beau docteur Simon Labitte, qui habite rue Escartefigues et qui est… gynécologue ! Elle va sur un ehpad, au lieu d’un IPad, pour se chercher un mec, voudrait passer à la chirurgie esthétique mais après avoir vu quelques stars défigurées, elle change d’avis. Mais le comble c’est lorsque son fils lui annonce qu’elle va devenir mémé ! Bref, tout le spectacle est de cette veine et l’on sort de là avec les zygomatiques en compote ! Après avoir reçu tous ses fans, qui sont de plus en plus nombreux, nous nous retrouvons dans l’intimité de la loge avec mes deux complices amies (ou amis !) pour une conversation croisée.
« C’est la première fois que je vous rencontre toutes les deux et ça fait pourtant des années que vous vous connaissez ! Zize : Oui, je jouais à Marseille sur le vieux port, c’étaient mes tous débuts, je n’avais jamais joué ailleurs. Gisèle est venue voir mon spectacle et m’a proposé de venir jouer à la Porte d’Italie. C’était pour le réveillon de la Saint-Sylvestre. Gigi : Et elle a joué quatre fois à guichets fermés ! Et aujourd’hui tu joues dans de plus grandes salles ! Tu sais, j’ai commencé dans des cabarets, dans des salles minuscules et je n’ai aucun problème avec ça. Il y a trois mois, j’ai joué au Dôme de Marseille devant 4.000 spectateurs, c’était magique, le lendemain je jouais à côté de Lille devant une salle de 90 personnes. Vous avez plein de points communs. Vous êtes méridionales, vous avez gardé l’accent… Zize : Oui, et ce n’était pas gagné au départ… Gigi : C’est vrai car avec nos accents, sortir de la région ce n’est pas si facile que ça. C’est encore un problème aujourd’hui ? Zize : Oui mais je pense que le rejet ne vient pas du public. Il vient des programmateurs, des organisateurs et surtout ceux de la télé qui pensent toujours que ce n’est pas vendeur, pas commercial. Un exemple : de tous les comédiens de la série « Plus belle la vie », il n’y en a pas un qui ait l’accent… Et ça se passe à Marseille ! D’ailleurs, la production m’a contacté et veut que je gomme mon accent ! C’est hors de question et dans ce cas je ne le ferai jamais. On me prend comme je suis ou on me laisse ! Et toi, Gigi, tu as eu le même problème ? Eh bé, mon plus gros carton, je l’ai fait à Lille !!! Le public était mort de rire et j’ai été surprise. Ce qui veut dire que le public accepte – mieux – aime les accents car tout le monde a un accent. Et puis, il fait partie du spectacle, que ce soit un one woman show ou une pièce de théâtre. Zize : Gigi a raison. L’un des premiers spectacles que j’ai fait c’est la fête du poisson à Boulogne sur mer ! Et ils ont adoré mon accent. Mais partout où on va, on aime notre accent. En plus, ça fait partie de notre personnalité, du personnage qu’on a créé. D’ailleurs, quelquefois, après le spectacle, les gens sont surpris que mon accent ne soit pas le même mais alors je lui parle normalement avec ma voix et mon accent ! Autre point commun… Zize : La fidélité ! Ça c’est sûr, mais du « Seule en scène », vous êtes passée au théâtre. Gigi : C’est très différent, c’est beaucoup plus stressant lorsqu’on est seule sur scène et c’est peut-être plus gratifiant. Mais au théâtre, j’ai la chance d’avoir de bons partenaires, c’est une équipe, une famille qui se forme. Et puis moi, j’ai toujours alterné les genres. Zize : Jouer avec quelqu’un, c’est magique lorsqu’on s’entend formidablement bien. Avec Didier Constant on s’amusait beaucoup, ça a été une très belle expérience mais pourtant, je ne sais pas si je le referais…
Pourquoi ? Parce que je suis très bien seul sur scène, je m’amuse beaucoup, je suis libre de faire ce que je veux, il n’y a pas d’obligations comme la mise en scène, les déplacements, les entrées et les sorties… Le théâtre, c’est la course, sans compter qu’il avait le décor, un escalier, quatre changements de costume, c’était énorme, il y avait deux personnes en coulisses pour nous aider. Et on était suivi par un camion avec le décor à monter. Alors que là, on arrive avec le régisseur et un décor tout simple. Ça coûtait beaucoup d’argent même si tous les soirs c’était magique. On a fait plus de trente représentations à guichets fermés Et toi Gigi ? Moi ça me plait bien d’alterner les deux. Le problème, comme le dit Zize, c’est qu’au théâtre, le décor, les comédiens, ça coûte de l’argent et comme je ne veux pas payer les artistes au rabais, automatiquement ça revient très cher par rapport au one woman show. De plus, j’aime écrire des pièces. Mais c’est financièrement c’est différent ! Zize : Il faut dire que les producteurs cherchent la rentabilité. Soit ils prennent un grand nom comme Josiane Balasko ou un chanteur connu, mais lorsqu’on prend un de ces artistes, on éponge tout le budget et il ne reste plus grand-chose pour les autres. Du coup, le retour sur scène pour les deux, c’est solo ! Zize : Oui, je me sens bien seul. Peut-être qu’un jour je repiquerai au jeu. D’autant qu’on me propose beaucoup de choses. Entre autres on m’a proposé de mettre en scène une pièce avec Chantal Ladesou, et bien sûr, ce projet me plaît mais pour l’instant je préfère me concentrer sur ce quatrième volet des aventures de Zize.
Et toi Gigi ? Je suis en train d’écrire et au départ, je ne savais pas si j’allais écrire une pièce ou un seule en scène car il y a plusieurs personnages qui interviennent. Mais peu à peu, ça s’est imposé à moi, d’abord parce qu’avec tous ces personnages, ce n’était pas viable financièrement. Alors j’ai décidé d’interpréter tous les personnages, ce qui n’est pas si facile car à chaque fois, il faut changer de voix, de ton, afin que le public comprenne quel est le personnage que j’interprète. Donc Zize, toi, tu continues tes aventures… Déjà dans « La famille Mamma mia, Zize en avait un peu marre de son mari et avait tendance à un peu s’oublier. Là, elle n’a plus confiance en elle, elle a vieilli, elle a ce problème de mimosa, la ménopause étant une remise en question pour une femme et le coup de grâce, c’est qu’elle va être « mémé »… Gigi : En fait, toi comme moi, nous parlons de choses qui concernent tout le monde ! Zize : Oui, hier soir une spectatrice m’a avoué : « Ce que vous dites à votre fils, j’ai eu envie de le dire à mes enfants » Et toi, Gigi, ton spectacle ? Il s’intitule « Il n’y a pas quele sapin qui a les boules » ! Je suis la secrétaire du docteur Barbaque qui doit faire patienter les gens car il est parti sur une urgence. Le lendemain il y a un repas de famille à qui je vais raconter l’histoire à ma sœur qui est c.. comme un balais, mon frère qui a l’énergie d’une limace en fin de vie, sa femme qui est une bimbo, qui a un fils gay dont je suis la marraine, la grand-mère avec un accent pied noir, dont le mari qui vient d’avoir un AVC… Bref, une famille Mamma mia à ma façon ! » Voilà. Les deux amis-amies se sont retrouvé(e)s et je suis heureux, alors que je les ai souvent rencontrées seules, d’avoir les deux complices face à moi. Ça a été un vrai grand plaisir. Et on les retrouvera à la rentrée dans leur nouveau spectacle… On s’en délecte d’avance ! Jacques Brachet Photos Alain Lafon
Elle à un regard et un sourire lumineux. Elle est belle et porte en elle une sérénité incroyable. Et pourtant… Pourtant, depuis deux ans, sa vie a totalement changé lorsqu’on a décelé chez elle la maladie de Charcot, maladie ravageuse et dont hélas, encore aujourd’hui, on n’a rien trouvé pour ne serait-ce que ralentir la fatale maladie. Lorène Vivier a alors décidé de se battre jusqu’au bout et de faire des choses qu’elle n’aurait pas faites et qu’elle ne se serait jamais cru faire. Et elle décide de faire des choses hors du commun, d’abord pour elle-même mais aussi pour faire parler de cette maladie aujourd’hui incurable et dévastatrice mais aussi pour faire connaître l’ARSLA, qui lutte contre celle-ci nommée aussi sclérose latérale amyotrophique, qu’un certain Jean-Martin Charcot en découvert… en 1865. Ce n’est pas d’hier mais si la science avance, ce n’est hélas qu’à petits pas et c’est pour cela que Lorène a décidé d’en parler et de faire des choses incroyables pour apporter un soutien financier aux chirurgiens qui ne cessent de chercher une solution pour endiguer cette maladie dégénérative. Et voilà que Lorène se lance dans l’émission « Fort Boyard », qu’elle part faire un trek au Groenland avec Pascal Bataille, l’animateur, avec Laurent Fontaine, de l’émission « Il n’y a que la vérité qui compte » et qui, lui-même a eu un cancer du poumon. Mais on la retrouve aussi à vélo pour un tour du lac d’Annecy et c’est à Six-Fours que nous la découvrons, alors qu’elle participe avec sa sœur Marine, au Défi d’Elles, cet événement invité par le docteur Stéphanie Guillaume, adjointe à la santé de la ville de Six-Fours, dans le cadre de la manifestation annuelle « Octobre Rose » défi qui se déroule à pied, en vélo, en canoé. Lorène, avec sa sœur qui ne la quitte pas, a participé à toutes les épreuves avec un courage exemplaire, sans se départir une seconde de son beau sourire malgré la souffrance. C’est d’ailleurs entre Six-Fours et les Embiez, que Myriam Seurat, réalisatrice à France Télévision, a décidé de lui consacrer un film : « Du côté de la vie », après que Lorène ait sorti son livre « La vie est belle, essaie-la » Retour à Six-Fours où Noémie Dumas, directrice du Six N’Etoiles l’a invitée pour nous faire découvrir ce film et dédicacer ce livre. Depuis ces épreuves, la maladie a encore gagné du terrain mais elle arrive, soutenue par Marine, omniprésente et Myriam et toute son équipe, venus avec elle présenter ce film tourné entre le Groenland, Six-Fours et les Embiez. L’équipe de Myriam étant varoise. Et toujours avec ce magnifique sourire, Lorène nous offre un court – trop court ! – moment d’entretien où elle nous parle avec une infinie douceur et une sérénité qui nous semble irréelle.
« Lorène, je suppose que depuis la sortie du livre et toutes les interviewes que vous avez bien voulu donner à la presse, que l’on va vous poser de sempiternelles questions ! Comment avez-vous découvert cette maladie ? Au départ ce n’était qu’une perte de force dans ma main gauche à laquelle je n’ai pas prêté beaucoup d’attention mais s’en est suivie une atrophie du muscle au niveau de la main. Je m’en suis aperçu en garant ma voiture. Je n’ai pas pu actionner la télécommande. Il s’est passé quelques mois mais peu à peu j’ai eu des difficultés, par exemple en tenant un saladier, en faisant une omelette. Je massais alors des amis et ils se sont rendu compte que j’avais beaucoup moins de force dans la main gauche. C’est ce qui m’a alerté et j’ai consulté mon médecin traitant. Huit mois plus tard seulement car ça ne m’inquiétait pas plus que ça. Et bien sûr, c’est à partir de là qu’il m’a fait faire des tas de contrôles pour enfin découvrir ce que j’avais. J’ai été hospitalisée trois jours Et lorsque vous l’apprenez, quelle a été votre première réaction ? Entre ma consultation et mon diagnostic, il s’est passé deux, trois mois mais, comme vous l’imaginez, c’est rarement plaisant de découvrir qu’on a une maladie neuro-générative mais je n’ai pas réagi tout de suite car je ne savais pas ce que c’était, je n’avais jamais entendu parler de sclérose para-amyotrophique, de la maladie de Charcot, d’autant que le médecin n’a pas évoqué ces noms. Je l’ai su plus tard par des amis. Le médecin ne vous l’a pas dit ?! Non car plus tard, il m’a dit que ça faisait peur aux patients ! C’était reculer pour mieux sauter ! Non car en fait j’ai bien aimé la façon dont il s’est pris avec moi, c’était très doux et c’était très bien comme. J’ai préféré ça. Et y a-t-il eu un traitement qui s’est instauré ? Non, pas du tout, car c’est une maladie incurable. Il n’y a hélas aucun traitement. Il y a seulement un ralentisseur de symptôme qui augmente seulement de quatre mois d’espérance de vie… Ça me fait une belle jambe ! On sait d’où vient cette maladie ? C’est une maladie génétique mais ce n’est pas héréditaire. A partir de là, vous avez décidé d’en parler ? Oui, parce que je trouve qu’on n’en parle pas, personne ne connaît cette maladie, je m’en suis rendu compte dans mon entourage, moi la première et je ne veux plus entendre ça aujourd’hui car elle reste trop dans l’ombre et dans le silence. Il faut parler de l’urgence d’agir car elle se propage très vite et l’espérance de vie est de trois à cinq ans.
Le Dr Stéphanie Guillaume, Myriam Seurat, la réalisatrice, Marine & Lorène Vivier, Jean-Sébastien Vialatte, maire de Six-Fours
Alors, vous en parlez mais vous l’avez aussi écrit avec ce livre « La vie est belle, essaie-la » Je l’ai co-écrit avec Mélanie Garnier-Potier et l’on a fait quelque chose dont je suis très fière aujourd’hui et je suis toujours très émue lorsque je le vois. Vous pouvez l’être car tout le monde en parle dans la presse, la radio, la télé… C’est super chouette et je suis heureuse que Pascal Bataille m’ait écrit la préface. C’est lui qui m’a présenté les éditions Trédaniel. Et après le livre, le film « Du côté de la vie « ! Qui a été tourné en partie ici, chez vous, par Myriam qui est là ce soir auprès de moi ! Alors, Myriam, comment ce film s’est-il décidé ici, à Six-Fours ? Lorsque Lorène a voulu commencer à parler de la maladie, elle s’est greffée à un événement féminin et solidaire, « Défi d’Elles », qui récolte de l’argent pour la prévention du cancer du sein et Christelle Gozet, qui chapeaute ces raids sportifs, connaissait Pascal Bataille, Ils se sont rencontrés tous les quatre, avec Marine et ont décidé de faire ce raid en Laponie, ce qui a permis de médiatiser l’événement, la parole de Lorène et ils ont récolté plus de cent mille euros pour la recherche. Quelques mois sont passés et Lorène a décidé de défier à nouveau son corps sur le troisième raid « Défi d’Elles » en octobre l’année dernière ici. Moi-même je faisais ces raids en tant que participante et j’ai décidé de raconter l’histoire de Lorène. Lorène, aujourd’hui vous êtes encore capable de réaliser ce genre de défi ? Aujourd’hui c’est devenu compliqué pour moi de marcher, je ne pense pas pouvoir faire un raid mais je continue à faire beaucoup d’autres choses ! J’admire cette force et cette sérénité que vous dégagez ! ‘Elle rit) Vous auriez voulu que je sois comment ?? Je ne veux rien d’autre au contraire mais vous pourriez être dans la peine, dans la rage… Tout le monde me le dit mais il y a des jours où s’est plus compliqué, le quotidien est devenu très dur mais qu’y faire ? Accepter la maladie est peut-être un grand mot mais il faut essayer de mieux vivre avec parce que sinon, c’est double peine si l’on reste dans son coin, si l’on pleure tout le temps, si on est en colère. Il n’y a pas le choix de toutes manières, il vaut mieux aller bien !
Et vous allez partout avec votre livre ? J’ai cette chance, depuis qu’il est sorti au mois d’avril, je parcours la France, dont Annecy puisque j’y habite et où on organise pas mal de choses et ce n’est pas fini. Il y a encore plein de belles choses pour cet automne, dont un événement ici le 18 septembre… On vous en parlera ! A chaque vente du livre il y a une partie de l’argent qui va à l’ARSLA. Et donc, il y a ce film ! Dont je suis très fière, le public est ému et moi-même, j’ai toujours une larme lorsque je le revois. Je le trouve lumineux et ce que j’avais demandais à Myriam de faire quelque chose qui ne soit pas larmoyant mais plein d’espoir. Je n’avais pas envie que les gens se lamentent, aient envie de se pendre à la fin du film mais qu’en sortant de là ils aillent dégommer toutes les entreprises pour demander des dons, je veux qu’à la fin du film il en ressorte quelque chose de positif et d’actif. Aujourd’hui, savez-vous où en sont les recherches ? Il y a quelques trois cents projets de recherches en cours, mais ce n’est jamais assez rapide lorsqu’on est concerné. Pour moi, ça ne va pas assez vite ! »
On aurait pu parler encore longtemps avec cette femme magnifique, cette femme-courage et aussi parler de Marine, la secrète, dans l’ombre de sa sœur, mais tellement indispensable, aussi souriante que sa cadette et qui lui a voué sa vie, indispensable et aimante. Mais l’heure tournant, le film nous attendait. Un film à la fois émouvant et ensoleillé qui, terminé, a vu beaucoup de mouchoirs essuyer une larme. Que j’ai eu moi-même comme le Docteur Guillaume, assise à mes côtés. Un grand moment d’émotion mais aussi d’admiration et d’empathie pour cette frêle jeune femme qui a décidé de se battre contre un Titan. Merci Lorène
C’est un bel ardéchois au sourire lumineux sous un beau regard bleu. Il est comédien et ce franco-hollandais de naissance a pris des chemins de traverse, faisant ses études dans sa région avant de s’expatrier aux Etats-Unis, pour mieux revenir « plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge »… ou peut-être pas ! Aujourd’hui il vit à Aubenas où l’on ne pouvait pas ne pas se rencontrer, étant tous deux ardéchois, et s’il continue son boulot de comédien, il anime un atelier-théâtre à Lanas et vogue entre ses métiers d’artiste. Nous nous retrouvons donc sur le marché d’Aubenas, où il a ses habitudes et son marchand de pain entre autres. Nous l’avons découvert dans la série « Demain nous appartient », où il joue un homme au passé trouble venu rechercher ses enfants et son ex-femme, Louise qui l’a fui. Sombre et barbu, il est le contraire de ce premier rôle qu’on lui a proposé en France. C’est dans l’intimité du café de France qu’il me raconte une vie pour le moins originale.
« Frédérik, expliquez-moi comment un franco-néerlandais vivant en Ardèche, se retrouve aux Etats-Unis pour mieux revenir au fin fond de l’Ardèche ? Je suis né en Ardèche, à Aubenas où nous sommes. J’y suis resté jusqu’à mes 18 ans, donc je suis « Un Ardéchois cœur fidèle » comme vous ! En fait, je dis que je suis franco-hollando-ardéchois, ayant vécu vingt-deux ans aux Etats-Unis ! Explication ! Mes parents sont hollandais, ils sont venus en France fin des années 70. Quand mon père avait 18 ans, il est parti faire une année d’échange saux Etats-Unis. Il y est retourné faire des études supérieures dans une grande université américaine et à part l’Ardèche, mon enfance a été bercée par ce rêve américain qu’il nous racontait en faisant briller mes yeux. Il racontait bien les histoires, mon père ! A 18 ans, je faisais un bac scientifique à Aubenas en, pensant me lancer dans la médecine… On est loin du comédien ! (Il rit) C’est vrai et à ma dernière année de lycée, je ne sais plus trop comment, j’ai eu envie de m’essayer au théâtre. J’imaginais pouvoir aller à Paris pour faire à la fois ma première année de médecine et du théâtre en même temps, ce qui était une idée saugrenue. J’avais même appelé l’Académie pour savoir s’il était possible de faire les deux à Paris. L’on m’a répondu qu’étant en Ardèche, c’était soit Montpellier, soit Grenoble… Et je me suis dit que, puisque c’était comme ça, j’allais faire comme mon père, une année d’échanges au Etats-Unis. Je me suis inscrit dans une université en Californie, en option principale biologie, en option secondaire théâtre et au bout d’un mois j’ai su que je serais acteur ! Et alors ? L’université où j’étais était à une heure au nord de Los Angeles, à partir de là j’ai vécu l’aventure hollywoodienne sans faire marche arrière. J’ai obtenu deux diplômes de théâtre, un master de théâtre, équivalent d’un bac + 6. J’ai déménagé à l’université de Los Angeles. Et ça a duré… 17 ans à Los Angeles, En tout 22 ans aux Etats-Unis !
Gary Lanon et son ex-femme, Louise…
… Avec son fils, Justin
Et alors, pourquoi le retour en France ? C’était juste avant le premier confinement, je suis revenu en France et j’ai eu un problème pour renouveler mon visa. Je me suis alors retrouvé coincé en France pendant trois/quatre mois. Du coup, j’ai eu envie d’aller à Paris pour voir ce qu’était la vie d’acteur. J’ai commencé à démarcher quelques agences. J’avais obtenu quelques touches et lorsque j’ai eu mon visa, je suis reparti aux Etats-Unis avec quand même l’idée de revenir en France. L’Ardèche me manquait tous les jours, ma famille me manquait. Mon vol était le 4 mars et le 7 mars les frontières fermaient pour le premier confinement. Comment avez-vous pu vous en sortir ? Plutôt bien car pour vivre je faisais de la livraison de bouche, les gens ne pouvant plus sortir. J’avais donc beaucoup de travail, c’était extrêmement rémunérateur et en plus, dans cette ville fantôme de Los Angeles c’était d’une poésie incroyable. J’ai vécu une expérience assez remarquable durant un mois et demi et j’ai gagné beaucoup d’argent. A la fin du confinement, je suis revenu en France. Comment s’est fait ce retour ? J’ai démarché les agences et l’une d’elles m’a pris dans son équipe et assez rapidement je me suis retrouvé sur la série « Demain nous appartient ». Après ce tournage je suis revenu m’installer en Ardèche. Et après ? Il ne s’est pas passé grand-chose. Mais comme souvent, dans ce métier, il faut se réinventer Mais faire ce métier en s’installant en Ardèche, ça n’est-il pas risqué ? D’abord il y a eu le second confinement et nombre de corps de métiers de Paris ont voulu aller vers la campagne, entre autre beaucoup d’acteurs. L’idée de m’installer en Ardèche n’était pas si folle car aujourd’hui les castings se font beaucoup par vidéo, ce qui ne m’empêche donc pas de passer des castings. Le plus délicat est que, arrivant des Etats-Unis, je manquais de réseaux en France et la difficulté était de rencontrer des gens avec qui partager des affinités artistiques. Mais… Je suis bien en Ardèche ! Ça me fait du bien. Et voilà que vous prenez un autre chemin ! En 2024 j’ai mis en scène une pièce à Avignon « Noir est une couleur qui a besoin de lumière ». Et puis, j’ai lancé un cours de théâtre. On va essayer de monter une pièce avec certains des élèves. La mise en scène est quelque chose que j’aime énormément. Je pense qu’il est tout à fait possible de monter une pièce qualitative avec peu de moyens.
Revenons aux Etats-Unis où vous aviez une carrière ? Sans être très connu, j’avais mon réseau, je m’étais fait une place qui me permettait de faire mon job mais sans vraiment percer car le métier est difficile. Mais vous avez quand même été nommé pour les Oscars ! Oui… Avec un dessin animé sud-coréen « Blanche Neige, les souliers rouges et les sept nains »! J’y jouais un petit prince français en anglais, avec un accent français et le film a été pré-nominé aux Oscars C’est grâce à mon agent de voix off qui m’a toujours obtenu de très bons jobs. Grâce à lui j’ai aussi fait une voix off pour un jeu vidéo « Medal of honor », avec des budgets faramineux. Mais ce n’est pas parce qu’on travaille sur des projets d’envergure, qu’on a pignon sur rue. J’ai tourné également dans « Mes meilleures amies » de Paul Feig. Qui a été un des plus gros cartons de ces vingt dernières années aux Etats-Unis… Et a fait un flop en France ! Je jouais un serveur français. Après « Demain nous appartient » n’y a-t-il pas eu de retombées ? Oui, il y a eu quelques castings mais qui ne m’intéressaient pas vraiment. Les rôles, il faut les ressentir et avec mon agent, nous n’avons jamais eu cette alchimie. J’en cherche un autre, d’ailleurs ! Du coup, j’ai un agent à Londres, un autre à Los Angeles mais pas en France. Par contre, je viens de faire mon premier job sur un long métrage (sans agent !), le film s’intitule « Les gendarmes », avec Arnaud Ducret, Fred Testot, Alice David, Julien Arruti, basé sur la BD éponyme. Par ailleurs, la télé semble être un circuit dans lequel, je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas entré. Mais en fait, ai-je vraiment envie d’y entrer ? Etre dans une quotidienne, c’est un rythme de travail où on ne peut pas donner le meilleur de soi-même. Je préfère faire du théâtre. Alors, je me pose la question : est-ce que je me bats pour entrer dans ce circuit ou est-ce que je me concentre sur le théâtre ? Même si je gagne moins bien ma vie, au moins je serai épanoui. Et surtout, dans quel circuit vais-je être accueilli ? Mais en fait je ne sais pas si j’ai envie qu’on vienne me chercher.
Tournage au Pont de l’Arc
La grotte Chauvet
Pour travailler, il faut bien qu’on vienne vous chercher ! Mais je continue à frapper aux portes et si l’on monte ici une pièce, j’aimerais aller la jouer à Paris. Mais est-ce que c’est possible avec des acteurs « du coin ». Je ne sais pas mais c’est le but que je me donne et j’essaie de donner tout ce que j’ai à ces amateurs et voir où ça va nous mener. Alors, l’Ardèche, c’est définitif ? Non, c’est une étape qui me permet de faire cette transition de retour en France, qui permet de me ressourcer, humainement, en tant que cadre de vie, de faire ce pas vers la mise en scène, car je viens du théâtre, même si j’aime le cinéma, la télé mais, chaque fois que je vais moins bien, je reviens au théâtre et je ne me soucie pas de savoir qui je dois fréquenter pour « réussir » Le star system ne vous intéresse pas ? Il y a longtemps que j’ai abandonné cette idée. J’ai bossé avec des stars, je les ai côtoyées, j’ai encore les étoiles dans les yeux mais ce sont des étoiles d’épanouissement, pas d’envie. En attendant, que faites-vous en Ardèche ? Je retape une maison ! Mais je viens quand même de tourner un film avec un ami d’enfance que j’ai retrouvé : Laurent Krief. C’est un docu-fiction sur la grotte Chauvet « Préhistoires » qui sera présenté au FID de Marseille qui se déroule du 8 au 3 juillet. Les deux petits ardéchois que nous sommes avons réalisé quelque chose de magnifique et c’est la chose dont je suis le plus fie et le plus heureux d’avoir refait du kayak dans les gorges. Mais théâtre, télé, cinéma, il faut que ça prenne !Et ça peut prendre en restant là ? Pourquoi pas ? Ici, la semaine dernière, j’ai passé un casting pour le prochain film de Martin Scorsese ! Si j’ai le rôle, je vais tourner en Italie. Vous voyez ! Pourquoi les portes me seraient fermées parce que je vis en Ardèche ? Je suis en train de vivre un retour aux sources qui est la chose la plus importante pour moi ». Propos recueillis par Jacques Brachet
Sur le pont d’Aubenas où à côté de son bras droit, l’école où il a étudié, et dans le feuillage, à droite, la maison de ses parents cachée par les arbres
Johnny… Johnny… Johnny ! Le stade Mayol de Toulon et bondé. Et ce n’est pas pour assister à un match mais pour applaudir l’idole des jeunes. Oui mais voilà, il y a une première partie et la chanteuse qui doit passer à la casserole n’en mène pas large dans les coulisses. Elle est dans ses petits souliers car l’animateur vient juste de l’annoncer et, depuis qu’on a dit son nom, les fans de Jojo n’ont pas mis longtemps à scander son nom à lui, chose qu’ils font depuis une heure. Alors, la chanteuse de la première partie, celle qu’on a l’habitude d’appeler la vedette « américaine », est un peu sur les nerfs. D’autant que ce jour-là, tout s’est mal passé : des problèmes de voiture qui l’avaient faite arriver en retard sur les lieux du concert et l’avaient empêchée de répéter. Dès son arrivée, elle était empêtrée avec un problème de contrat et elle n’avait vraiment pas la tête à ça. Enfin, au moment de passer sur scène, voilà que la foule, venue uniquement pour Johnny et se fichant pas mal de quelque première partie que ce soit, scande le nom de celui qu’ils attentent. Tout est donc au top ! Préparée en catastrophe elle est prête à entrer dans l’arène au moment où les cris redoublent. Johnny… Johnny… Johnny… Elle est là, en bas de la scène, morte de trac, à bout de nerfs. Elle respire, ferme les yeux, se raidit et crie, avant de se jeter dans la fosse aux lions : « Les salauds… Je les aurai !. Et la voilà qui se précipite sur scène, toute de noir vêtue, mue par un ressort, sous les cris de cette foule qui n’est pas – ou si peu ! – pour elle. Première chanson : « Les ronds dans l’eau ». C’est une chanson qui, en plus, démarre lentement, qui est sublime mais qu’elle entonne sous les cris. Je la regarde, je tremble pour elle et je me dis qu’elle court à la catastrophe. Mais peu à peu, la chanson démarrée tout en demi-teinte, s’accélère, monte avec cette voix unique qui tout à coup éclate comme un orage et qu’elle va terminer sur un tempo à couper le souffle – sauf le sien ! – et avec une puissance de voix qui, tout à coup, cloue le public sur place. Le souffle, c’est à eux qu’il commence à manquer et il y a tour à tour un effet de surprise, d’ébahissement, de curiosité et enfin d’admiration et de respect. Jamais public toulonnais n’a eu l’occasion d’entendre une telle voix, française de surcroît ! Du coup, ils arrêtent leur chahut pour découvrir une authentique artiste qui, en quelques chansons, leur prouvera son talent, en chantant du rock comme leur idole, mâtiné bluesy et jazzy, en se mouvant sur scène avec un rythme et une grâce uniques. En une demi-heure, elle a retourné une salle hurlante qui est subjuguée et heureuse et lui fait une ovation. A tel point que Johnny, curieux et surpris, vient jeter un œil. Il dira en riant : « Ça va être dur de passer après elle ! » En fait, c’est la première fois que je rencontre cette artiste. Je l’avoue, j’étais aussi venu pour Johnny et je suis totalement subjugué. Je succombe à une admiration qui ne se démentira jamais. Je viens de rencontrer Nicole Croisille !
Première rencontre à Toulon
Un show magnifique et unique avec Jean-Pierre Cassel
Vladimir Cosma & Nicole, mes invités de la Ciotat
Après ce grand coup de poing dans le ventre, je m’empresse à l’entracte, d’aller la saluer, la féliciter et lui demander un moment d’entretien. Elle est KO même si elle est heureuse d’avoir gagné ce rude combat. Elle a besoin de se remettre et je le conçois. Mais comme elle dort à Toulon, elle me donne rendez-vous le lendemain midi à l’hôtel… Et m’invite à déjeuner avec elle au bord de la piscine ! Elle me reçoit en toute simplicité, en maillot de bain. Toute fraîche et remise de ses émotions de la veille. Le soleil brille, on fait des photos dans la piscine et l’on se met à table. Je lui dis toute l’admiration et tous les sentiments qu’elle a provoqués en moi. Elle en est heureuse et rit, de ce beau rire clair que j’apprendrai à connaître car de ce jour, nous ne nous quitterons plus. Je deviendrai son fan et son ami et nous continuerons à nous retrouves pendant des décennies avec le même plaisir et évoquerons souvent, cette première rencontre, cette galère qu’elle a transformée en triomphe : « La plus belle trouille de ma carrière ! J’avais le trac comme jamais je ne l’ai plus eu de ma vie, même avec Claude François avec qui la même chose s’est à peu près passée. Mais le public de Claude était plus jeune, plus malléable que les purs et durs de Johnny ! Ce soir-là, je ne savais plus si je devais monter sur scène ou m’enfuir à toutes jambes. Mais ma réputation était en jeu et je ne pouvais pas reculer. Je ne l’aurais d’ailleurs pas accepté si on me l’avait proposé car je suis quand même une battante et j’aime arriver à convaincre quand je sens de la réticence. Mais là, c’était plus que de la réticence, c’était un rejet total. Donc ça te galvanise et tu te dis qu’il n’y a qu’une solution : gagner et penser très fort : « je les aurai ». Et je crois que ce soir-là je les ai eu au-dessus de toute espérance ! »
Concert à Aix-en-Provence
Au festival de Cannes émission de Drucker avec l’ami Brialy
La Ciotat avec Xavier Deluc
Le temps allait souder une belle amitié et toujours, pour ma part, une grande admiration pour cette artiste multiple, cette femme énergique et belle, au caractère bien trempé, qui appelle un chat un chat – ce qui n’a pas l’heur de plaire à tout le monde mais qui me plaît bien ! – et qui est toujours là où on ne l’attend pas. Car elle est unique dans notre panorama artistique. Et je ne dis pas « musical » car, pour elle, c’est réducteur dans la mesure où elle sait chanter, danser, mimer, jouer… Elle a suivi des voies originales et tout à fait atypiques, a fait du jazz quand le rock débarquait, du mime quand tout le monde parlait, dansé dans les ballets de Plashaert au lieu de ne se consacrer qu’à la chanson, chantant en anglais quand tout le monde traduisait les chansons anglo-saxonnes en français, (-Ca a bien changé !) donnant de la voix à une époque où les chanteuses n’en avaient plus… Bref, elle savait tout faire mais voilà : elle habitait en France et la France alors n’était pas l’Amérique où là-bas, savoir tout faire est un atout. A l’époque, et même encore quelquefois aujourd’hui, il faut cataloguer, étiqueter, mettre des noms et des qualifications sur des petites boites. C’est pour cela qu’on a eu du mal à imposer les comédies musicales en France car il fallait savoir tout faire. Et savoir tout faire, en France, durant longtemps, ça voulait dire s’éparpiller, ne rien faire à fond, survoler des disciplines… Même si elle a fait de belles choses dans les années 60, elle avait déjà dépassé les 16/18 ans pour que, à l’instar d’Isabelle Aubret, de Dalida, de Pétula Clark, elle intéresse «Salut les copains». Même si, en 66 il y avait eu le fameux «Da ba da ba da». Même si en 68 il y avait eu «I’ll never leave you» consacré au MIDEM sous le nom de Tuesday Jackson. Même si, en 69 elle a gagné le prix d’interprétation au festival de la Rose d’Or d’Antibes avec «Quand nous n’aurons que la tendresse» Pourtant, tout ce qu’a fait Nicole, elle ne l’a jamais fait en survolant. Elle y est toujours allée à fond. Elle a, il faut le dire, des dons pour tout. La danse où, très vite remarquée par son sens du rythme et ses dons exceptionnels, elle est engagée dans une troupe américaine. Elle jouera même, comme elle le dit en riant « avec des plumes au cul » ! Donnant de la voix, elle excelle tout autant dans les demi-teintes et sait faire « monter la sauce » comme personne.
« Femme » est une chanson que personne, à part peut-être Céline Dion, pourrait arriver à chanter aussi haut qu’elle ! En plus, elle a la voix pour chanter du jazz. Une voix de noire qui d’ailleurs, par un subterfuge, lui donnera l’un de ses plus grands succès. Je vais y revenir. Nous sommes dans les années 60 et la chanteuse existe déjà… dans l’ombre. Car avant d’exploser, elle fut, pour gagner sa vie, choriste d’autres chanteurs qui naissaient alors et allaient surfer sur la vague dite «yéyé». : Claude François (Le Nabout twiste, son premier disque sous le nom de Coco). On y trouve aussi la voix d’Hugues Aufray ! Frank Alamo (Biche ma biche), Pierre Perret, Pierre Vassiliu, Claude Bolling dont elle fut l’une des quatre «Parisiennes» pour le disque seulement. Elle fut aussi des tournées avec Jacques Brel et… Johnny Hallyday débutant. Un premier album en 63 passé inaperçu, un autre de jazz puis le fameux «Da ba da ba da » où l’on ne connaissait alors que sa voix qui fit le tour du monde avec cette chanson du film «Un homme, une femme» A l’époque, elle était très déçue de ne pouvoir monter une comédie musicale en France alors qu’en Angleterre et aux Etats-Unis, ça cartonnait « En France , à cette époque, la comédie musicale est un problème insurmontable, insoluble. C’est presque devenu un sujet tabou. D’abord, les idées manquent, ça c’est un fait, ensuite, peu d’artistes peuvent donner tout ce qu’on attend d’un spectacle. Les comédiens ne savent pas chanter, les chanteurs ne savent pas danser, les danseurs ne savent pas jouer… Il y en a, si l’on cherche bien mais il faut chercher longtemps ! Et puis, si tu es cataloguée dans une discipline, il faut te battre pour en changer. Regarde Marie Laforêt, qui s’est battue pour pouvoir faire accepter qu’elle savait « aussi » chanter ! Mais une fois passée sur scène, on ne lui proposait plus rien au cinéma ! On ne s’en sort pas ! Moi, on me propose encore moins car on ne sait pas où me ranger ! J’ai d’abord été cataloguée comme chanteuse de jazz, puis j’ai fait la doublure de Zizi Jeanmaire, dans « La dame de chez Maxim’s » de Feydeau (Toujours dans l’ombre car en fait je ne l’ai jamais doublée… Elle avait la santé !). Du jour au lendemain on s’est dit : « Mais alors, elle est comédienne ! ». Cela a été renforcé par le fait que j’entrais à la Comédie française… comme danseuse ! Avec Annie Girardot. De ce jour, je ne pouvais plus me permettre de chanter. J’ai tenu bon et suis revenue à la chanson, par le biais d’une supercherie. J’en ai même effaré plus d’un quand on a su que j’avais fait du mime avec Marcel Marceau ! »
A tel point que, malgré son « Da ba da ba da » et son « I never leave you » (Voir plus loin), elle a mis un certain temps pour s’imposer vraiment. Son premier disque date de 61. «Femme avec toi» de… 75 ! Et tout à coup la révélation et deux tubes énormes : « Parlez-moi de lui » et « Femme avec toi ».« Eh oui, le hasard est ainsi fait : lorsque j’ai enregistré « Parlez-moi de lui », je l’ai fait comme à chaque fois que j’ai enregistré : avec conviction et parce que la chanson me plaisait. On espère toujours qu’on fera un succès mais là, on n’est pas maître du jeu. Et ça a marché. Pourquoi ? Dieu seul le sait. La chanson a plu, c’était dans l’air du temps, c’était le bon moment… Du jour au lendemain, je suis devenue une vendeuse de disque que tout le monde s’arrachait : les tourneurs, la presse, la télé. Je n’avais pas changé mais j’étais devenue populaire. On m’a couverte de lauriers, d’honneurs, de compliments et… d’amitié aussi car tout à coup tout le monde me disait qu’on avait toujours cru en moi… Mais bon, tout cela fait partie du jeu. Ça ne m’a ni aigrie, ni étonnée. J’ai pris tout ça avec humour, fatalité et surtout avec joie, lucidité et recul, en étant consciente que tout ça retomberait vite. Je commençais à connaître ce métier et ça ne me tombait pas dessus à 18 ans. Avec mes deux premiers succès, j’étais considérée comme une chanteuse « à coups ». Du jour au lendemain j’ai été considérée comme une chanteuse « à tubes »… Jusqu’à ce que ça passe ! »
C’est vrai que Nicole est toujours restée lucide, consciente de son potentiel, de ses talents mais sachant que ça ne suffit pas pour rester toujours au premier plan, le métier étant cruel, le public versatile même s’il reste toujours des poignées d’inconditionnels. De plus, elle n’a jamais fonctionné en pensant à sa carrière mais sur des coups de cœur, des envies. La preuve : tous les disques à thème qu’elle a pu enregistrer sans se poser de questions mais tout simplement par envie. Tour à tour elle a joué la carte des « coups de cœur » magnifique disque où elle chante Brel, Aznavour, Ferré, Nougaro et quelques autres, puis ce fut ce superbe « Paris-Québec », reprise de chansons de nos amis francophones. Puis « Jazzille » où elle a donné le meilleur d’elle-même dans un style qui lui va comme un gant, Puis elle est passée aux musiques de films… Elle en a tellement chanté, entre autres pour Lelouch. N’oublions pas ce disque « Black et blanche» aux couleurs africaines si magnifique que le même Lelouch a produit et lui a fait un superbe clip… Elle a également rendu hommage à son ami Nougaro avant de revenir au jazz. Nicole n’a jamais vécu dans le stress d’un succès aléatoire. Elle vit simplement son métier à fond, avec passion. Ce qui, souvent a fait vaciller sa carrière… et ses finances ! On la retrouve ainsi avec un spectacle musical sur Victor Hugo Hugo, une pièce de théâtre, reprenant un rôle de Maillan, un film de Lelouch, une télé, un disque particulier, un concert piano-voix. Sa carrière est faite comme ça, toujours avec talent et qualité et même si ça n’est pas toujours un super succès, c’est toujours une magnifique réussite. Le film de son grand ami Lelouch « Un homme, une femme » a été un énorme succès. La fameuse chanson « Da ba da ba da » a fait le tour du monde mais on a mis longtemps à savoir qui la chantait. Quant à l’aventure des « Jeunes loups », film de Marcel Carné, l’histoire est belle et drôle. Elle avait une folle envie d’enregistrer la chanson générique mais on l’a refusée sous prétexte que la production cherchait une voix noire américaine. Elle a donc enregistré le titre sous le nom de Tuesday Jackson et les producteurs n’y ont vu que du feu ! Le pot aux roses a été découvert au MIDEM car la chanson avait superbement marché et l’on remettait un prix à Tuesday Jackson… et c’est Nicole qui est arrivée, chanteuse on ne peut plus blanche, blonde et française ! Sans cela, elle aurait pu rester dans l’ombre. Mais elle l’aurait quand même fait ! Quand on pense qu’après l’énorme succès de « Parlez-moi de lui » qui lui ouvrait alors toutes les portes, elle est partie sur une aventure sans lendemain qui aurait pu arrêter sa carrière. Souvenez-vous : Elle est Numéro 1 partout et au lieu d’en profiter, elle se lance dans une comédie musicale, ce qui, à l’époque, était voué d’avance à l’échec. En plus de ça, pour corser le tout, elle se retrouve dans ce projet intitulé « Comme une neige en hiver » auprès d’artistes dont on n’entend plus parler : Catherine Sauvage, qui a remplacé Régine, Mouloudji. Ce fut un bide dont elle faillit ne pas se relever. Heureusement, on en a parlé si peu que rien n’a empêché le second énorme succès d’arriver. C’était « Femme avec toi ». Lucide, elle savait qu’elle risquait sa carrière, mais elle croyait au projet et avait envie de le faire. Et rien ne l’en aurait empêchée !
Encore un exemple de cette passion et de ce coup de cœur. Une chose que très peu de gens ont vue et que j’ai la chance d’avoir vécu : monter pour un soir, à l’occasion d’un gala privé pour le centenaire de l’Ecole de Commerce de Marseille, un spectacle musical avec Jean-Pierre Cassel, tous deux au mieux de leur forme. Un enchantement de les voir évoluer, légers, gracieux, élégants, étourdissants, de faire des claquettes et d’unir leurs voix… Pour le plaisir d’un soir car personne après ça n’a eu le courage de reprendre ce spectacle qui méritait d’être montré au plus large public possible. C’était merveilleux de les voir tous deux se renvoyer la balle avec une belle énergie, sur la même longueur d’onde. Du beau travail. Pour un soir seulement. Je suis heureux d’avoir été témoin de ce moment magique où virevoltaient nos Ginger Rogers-Fred Astaire français ! La mode étant aujourd’hui aux comédies musicales, personne encore n’a pensé à elle… Bizarre, non ? Sans compter qu’à part « Starmania », les sujets n’ont rien d’original, d’ « Ali Baba » aux « Dix commandements » en passant par « Notre-Dame de Paris », « Autant en emporte le vent », « Le petit Prince », « Cindy », « Roméo et Juliette », « Les demoiselles de Rochefort »… N’y aurait-il plus d’auteurs et d’idées nouvelles pour monter une vraie comédie musicale originale Bref, le sujet original aujourd’hui n’est pas de mise mais peut-être est-ce pour cela qu’on ne l’y voit pas. Mais on l’a vue dans un très joli spectacle musical autour de la vie de Victor Hugo, « Ce lion superbe et généreux » monté par Marie-Sylvia Manuel, fille de Robert Manuel et Claudine Coster où elle montrait, une fois de plus, ses talents de comédienne et de chanteuse auprès d’Anne Roumanoff, de Bernard Lavalette, de Claudine Coster et de Patrick Préjean. On l’a tout de même vue aussi dans une très belle reprise de « Hello Dolly » en anglais qui, hélas, n’est pas restée longtemps à l’affiche. Il ne reste en souvenir qu’un joli petit disque. Mais aujourd’hui, si elle ne fait toujours que ce qu’elle aime, elle a quelque peu ralenti pour pouvoir se reposer, vivre pour elle, découvrir des pays. Elle a instauré le système des tournées-vacances où, partant pour plusieurs concerts dans un pays, elle les échelonne pour, entre temps, avoir le temps de visiter le pays en question. « J’ai passé des années à ne connaître des villes ou des pays que je parcourais, que les salles et les loges, les restaurants et les hôtels. Aujourd’hui je prends le temps de visiter, de musarder, d’étirer le temps, de connaître les lieux et leurs habitants ». Elle y retrouve souvent des amis, car elle en a un peu partout, au music-hall, dans le show-biz, même dans des cirques qu’elle aime beaucoup. « C’est au cirque que tu rencontres les gens les plus humbles qui font souvent d’énormes prouesses. C’est un monde qui travaille pour la plupart du temps avec peu de moyens mais qui vit sur l’illusion, la féerie, la performance qui paraît si simple à voir. Ce sont de vrais saltimbanques qui te donnent la banane. Et l’on en a besoin dans cette époque où la merde s’installe partout ! Nous autres artistes, nous devrions planer dans l’inconscience pour voler, créer, imaginer, faire rêver. Il faut arriver à occulter tous les problèmes pour faire passer notre plaisir au public. Ça devient dur aujourd’hui ! Pourtant le public compte sur nous. Ça n’a l’air de rien mais une chanson peut aider à vivre si elle est chargée d’espoir, de gaieté. Ce n’est pas pour rien si aujourd’hui, les comiques tiennent le haut du pavé et sont si nombreux ». Sensation, émotion, échange, partage… Ce sont les maîtres-mots, les mots-clés de la vie de Nicole.
Hugo, Nicole & Anne Roumanoff
Eddy Barclay remet une rose d’or d’honneur à Antibes
Avec Aldo Frank, son musicien de toujours
Je vous le disais : elle sait tout faire ! Voici quelques années, elle est encore arrivée à nous surprendre en jouant une femme des plus moches, des plus rouées, des plus méchantes, des plus calculatrices dans la saga qui a fait un boum sur TF1 : « Dolmen ». Elle y était époustouflante ! Elle était d’ailleurs venue présenter la série en avant-première, avec mon ami Xavier Deluc, au festival de la Ciotat où je l’avais invitée. Et puis elle est passée à un hommage sublimissime à l’ami Nougaro… En sept ans, elle joué quatre comédies musicales : «Follies» en 2013, «Cabaret» en 2014, «Irma la douce» en 2015, «L’Opéra de quat’sous» en 2016, et a enchainé sur trois pièces de théâtre : «Jeanne» en 2017, «Hard» en 2018, «N’écoutez pas mesdames» de Guitry en 2019 ! A 88 ans, elle n’aurait pas fini de nous surprendre si ce n’est la maladie qui l’a surprise. Je perle encore d’elle au présent car c’est une artiste qui a beaucoup compté pour moi. Et je suis fier d’avoir été son ami et de l’avoir toujours suivie, à quelque endroit qu’elle ait été et pour quelque projet que ce soit. Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai toujous
Nicolas Loth est un homme discret, sympathique, qui ne « se la pète pas » parce qu’il est surfeur. Il est tout simplement passionné par ce sport, après avoir été un champion cycliste et être un chroniqueur sportif, ce qui le faisait déjà rêver tout petit. « Surfeur-chroniqueur », c’est original et c’est ce qu’il dit être. Il vient de tourner son premier documentaire sur ce sport de glisse, « Demain, ça rentre ? » qu’il a réalisé, produit et distribué. Et il était l’invité du Six N’Etoiles » de Six-Fours, accompagné de deux charmantes jeunes filles : Mallorie et Mélina, qui ont assuré la présentation du réalisateur et le débat après le film. Toutes deux font partie de l’association « Unis-Cité » dont le but est de donner aux jeunes envie de pouvoir agir, de les rapprocher du monde de l’entreprise, de leur faire vivre une expérience collective et solidaire en étant accompagnés et formés pour apprendre à agir en équipe. Ce qu’elles font dans le domaine du cinéma en allant dans les écoles et de temps en temps venant au cinéma pour animer des soirées. Rencontre amicale entre les deux animatrices et le réalisateur. Et rencontre avec moi pour en apprendre plus de ce surfeur-chroniqueur !
« Nicolas, vous êtes à la fois journaliste et surfeur. Qu’est-ce qui est arrivé en premier ? Le journalisme. Par ailleurs, je viens du monde de la glisse ; étant plus jeune, je faisais du skate, donc j’avais déjà quelque chose avec les sports de glisse. Par contre, j’ai fait du vélo à haut niveau. Après ma petite carrière de cycliste, j’ai commencé à m’intéresser aux sports de la glisse. Et le journalisme ? Je suis plutôt commentateur sportif et j’ai commencé en faisant des chroniques sur le vélo pour une chaîne de télévision… Laquelle ? La chaîne de « L’Equipe ». Au début j’étais pigiste aux sports. J’avais envoyé des CV, on m’a pris et j’ai dû me familiariser avec le micro t me retrouver sur des courses de vélo par chez moi en tant qu’animateur. Et puis… J’ai dû enfoncer des portes pour commenter à la télévision. Je suis resté aux sports quelques années parce qu’il y avait une opportunité. Et le journalisme a toujours été une passion ? Je préfère dire : le commentaire. Ce qui me plaisait, c’était de parler dans un micro et cette envie est arrivée assez tôt dans ma vie, vers cinq/six ans. Sans doute un besoin de m’exprimer ! Je n’étais peut-être pas très sûr de moi au début. Vous êtes varois ? D’adoption, car je suis né à Paris mais j’ai grandi à Saint-Raphaël et aujourd’hui j’habite à Lamartre, un petit village varois
Où pratiquez-vous le surf ? J’ai commencé à le pratiquer – je le pratique toujours – à Antibes, car mes beaux-parents y habitent. Mon beau-frère, que vous voyez faire du paddle dans le film, habite lui aussi à Antibes. Mais je me déplace sur de nombreux spots où il y a de la houle… Vous suivez les vagues ? (Il rit) Exactement. Il y a aussi un spot à Saint-Aygulf. Ca dépend de l’entrée de houle ! Dans le film, vous comparez la Méditerranée à l’Atlantique… Oui, car il y a effectivement des différences. Tout est différent. En fait pour moi, ce n’est pas le même sport, ce n’est pas la même pratique. Il n’y a pas le même rapport au temps. On vient beaucoup plus fréquemment sur l’Atlantique, car il y a souvent de plus grosses vagues qui peuvent atteindre jusqu’à six mètres. Chez nous c’est un hymne à la patience, à l’attente et c’est cette singularité que j’ai voulu filmer car c’est très rare en Méditerranée, même si parfois il y a de grosses houles. C’est aussi beaucoup moins dangereux. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas cet effet de marée, il n’y a pas non plus ce qu’on appelle ces fameuses baïnes, ces courants qui vous emmènent vers le large. Ce sont en fait deux façons différentes de surfer. Et vous préférez surfer chez vous ? Oui, même si j’aimerais que ce soit un peu plus fréquent. Il y a aussi le fait que j’ai grandi sur les bords de la Méditerranée, cette mer qui est très parlante pour moi. L’Atlantique, c’est magnifique, j’y vais assez souvent mais ce n’est pas pareil. Ici, je me sens chez moi. Mais j’ai vécu dans l’Atlantique des cessions incroyables. Pourquoi ce film ? Est-il le premier ? J’en ai fait plusieurs sur le monde du vélo. J’ai créé une association qui s’appelle « La Bordure » parce que j’avais beaucoup de mal avec les documentaires qui étaient faits sur le fait que c’était très manichéen. Il y avait d’un ôté les bons, de l’autre, les méchants. Et moi, je m’intéressais beaucoup aux méchants, ceux qui s’étaient faits prendre pour dopage, qui avaient des histoires singulières. Mais comme je sentais que ces histoires étaient difficiles à présenter en télé, on a créé cette association avec un ami journaliste.
Comment les présentez-vous s’ils ne passent pas à la télé ? Sous forme de soirées-débats, de rencontres où l’on veut bien nous recevoir. Comme ce soir au Six N’Etoiles. C’est pour nous un modèle économique. Nous sommes nos propres producteurs, nos propres distributeurs. Aujourd’hui j’aimerais que ça prenne une autre forme. Je commence un peu à m’épuiser de toute cette énergie que ça implique. Donc c’est le premier film sur le surf ? Oui et c’est le plus personnel parce que là, je parle vraiment de mon addiction, mon rapport au surf par le prisme de ces quatre personnages et c’est vraiment moi… Qui est venu parler de moi ! Ce qui m’a surpris, c’est qu’il y a beaucoup d’interviewes et de portraits pour peu d’images du surf… Ce qui m’intéressait, c’était la psychologie des personnages, ce qu’ils cherchaient dans ce sport. Je voulais emmener les gens avec moi en leur montrant cette attente de la houle, comment on peut être aussi addict, aussi frustré parfois lorsque la vague ne vient pas mais aussi si « jouasse » lorsqu’elle est là, aussi gamin… C’est tout cela que je voulais montrer à travers ces quatre personnages. Cette addiction peut poser des problèmes avec la famille, l’entourage… La femme attend souvent à la maison… (Il rit) Bien sûr mais il se trouve que ma femme surfe aussi, ce qui est encore plus difficile car si elle m’attendait à la maison, il est fort probable qu’on se serait plus ensemble ! Mais comme le dit Yann, dans le film, il faut pouvoir et savoir dompter son égoïsme. C’est un vrai travail d’introspection pour moi. Comment est-on ou veut-on être avec son entourage ? Est-ce qu’on veut laisser sa femme, ses enfants ? Mais quelquefois, on a vraiment envie d’être un gros égoïste car les belles cessions sont tellement rares qu’on a envie d’y aller. C’est le petit garçon qui parle, qui dit « laissez-moi faire ce que je veux ».
Vous avez des enfants ? Oui et du coup c’est quelquefois compliqué de les faire garder ! Aller à l’eau ensemble n’est pas si facile. Quel âge ont-ils ? Ma fille a deux ans, mon fils sept ans et demi. Et ils aiment le surf ? Ma fille est encore trop petite. J’ai emmené mon fils sur une planche mais il n’est pas très téméraire. Il est assez craintif pour l’instant mais je ne le bouscule pas. Il est plutôt dans la création, le dessin. Il a beaucoup moins le besoin de se dépenser que moi. De « kiffer » comme vous aimez dire ? Comme le disent les jeunes ! Mais j’ai 38 ans et je le dis ! Les quatre personnes que vous avez filmées sont des copains ? Ce sont des amis, vraiment. Dont mon beau-frère. Ce sont eux qui m’ont initié au surf en Méditerranée, qui m’ont accueilli, montré comment faire, qui m’ont vraiment fait découvrir la sensation de la vague. A propos : quelle est la signification du titre du film ? » C’est sous-entendu : « Est-ce qu’il y a des vagues ? », « Est-ce que la houle rentre ? » Vous êtes en tournée ? Si l’on veut. J’ai quelques dates à Cassis, à Marseille, à la Ciotat puis je vais aller présenter le film en Bretagne. J’ai quelques dates. Vous faites des compétitions ? Non. Je fais juste ça par plaisir, pour me challenger, pour être meilleur. Mais ça reste avant tout un plaisir ».
Il a tout du romantique : cheveux longs et frisés, regard sombre, tout de noir vêtu. John Gade est cannois, il est pianiste, violoniste et à 27 ans, il a déjà une longue série de prix, de festivals, de concerts. Il vient de publier son premier album « Opium » (Scala Music) consacré à 8 sonates pour piano d’Alexandre Scriabine. Une petite merveille de douceur et d’exubérance, d’énergie et de mystère. J’avoue que ne connaissant pas ses œuvres, j’aurais pu penser à Chopin, par sa fougue et son romantisme qui va très bien à notre pianiste virtuose J’ai voulu en savoir plus sur artiste talentueux.
« John, d’où vient ce nom qui, malgré votre naissance, ne fait pas très « cannois » ? (Il rit) Effectivement, il est américain pour le prénom et hébreux pour le nom. D’où vous vient cet amour de la musique ? Mes parents étaient mélomanes et j’écoutais beaucoup de musique grâce à eux. Mais j’ai eu le coup de foudre pour le Requiem de Mozart à en devenir schizophrène. A tel point que je jouais à être Mozart ! Du coup je suis entré au conservatoire de Nice où, je me suis partagé entre violon et piano durant trois ans et où j’ai eu le prix. J’ai fait mes études de piano au Conservatoire National Supérieur de Paris où j’ai eu mon master J’ai commencé très vite à composer pour un trio avec piano à cordes. D’ailleurs lorsque je compose je suis synesthésique… C’est-à-dire ? Pour moi, chaque note, chaque instrument porte une couleur. La musique de Scriabine est pour moi quelque chose d’obsessionnel et de très coloré. Elle me fait voir beaucoup de couleurs car c’est pour moi elle est mystique, poétique, addictive, explosive… Narcotique et hypnotique ! D’où le titre de l’album « Opium » consacré à 4 sonates des plus emblématiques sous le label Scala Music. C’est vraiment une musique qui me transporte. La découvrir a été un énorme choc, ça a nourri mon imaginaire. Ces sonates, cela commence en douceur, très romantique, comme un rêve contemplatif et peu à peu ça va crescendo, de plus en plus vite, à la huitième ça devient très cosmique, c’est même diabolique !
Ce qui est fou, c’est que votre premier prix, vous l’avez remporté au concours international… Scriabine ! Oui, j’étais très jeune, et j’avais découvert le compositeur vers 18/20 ans. De ce jour j’ai alors délaissé les autres compositeurs que je jouais. Il a cette âme russe romantique dans laquelle je me reconnais. Vous avez eu de beaux professeurs au conservatoire national de Paris et vous avez déjà joué avec les grands. Oui, j’ai eu la chance d’avoir Bruno Rigutto, Misha Katz, Igor Lazko, Denis Pascal, Franck Braley. Et j’ai joué sous la direction de Philippe Bender et Jean-Jacques Kantorov… Vous êtes aussi allé jouer à Rome et au festival de musique de film. En avez-vous composé ? Alors, j’ai joué au Palais Farnèse de Rome où j’ai été invité par l’Ambassadeur d’Italie. Puis en Sacile pour un festival de pianos prestigieux. C’était à la Grande Fabrique Fazioli où j’ai rencontré son créateur Paolo Fazioli qui m’a dit qu’il n’avait jamais entendu un aussi bon pianiste depuis Trifonov. J’ai tes ses pianos devant lui pour en choisir un lors d’un concert. Quant au festival du film en question il s’est déroulé à Lambersart. C’est un festival de musiques de films muets et j’ai joué sur « A film Johnny » de Charlie Chaplin devant son petit-fils Une belle rencontre. Oui mais j’ai aussi rencontré le petit-fils de Rachmaninov… Racontez Etant cannois je suis allé au festival de Cannes, invité par un producteur qui devait faire un film sur ce compositeur. Il était accompagné du petit-fils de Rachmaninov et il m’avait proposé de jouer le compositeur jeune aux côtés d’Adrian Brody qui devait jouer le compositeur adulte. Le film ne s’est jamais fait mais j’ai eu le plaisir de rencontrer son petit-fils. D’ailleurs, je serai le 25 mai à la Scala de Paris pour « Opium » et un concerto de Rachmaninov sur le thème de Paganini, quoique tous deux de la même époque mais de tempéraments très différents. Ce sera une version inédite pour piano et percussions avec Pierre-Olivier Schmitt.
Vous avez été invité dans nombre de festivals. Et obtenu de nombreux prix… Oui, j’ai cette chance et je suis ambassadeur de la Fondation Banque Populaire. Et j’ai été invité dans de nombreux festivals. Mon prochain concert sera le jeudi 3 avril à la Scala Provence d’Avignon. J’y interprèterai des extraits d »Opium » « La pensée des morts » de Liszt, la sonate N°5 de Scriabine et « Alborada del gracioso » de Ravel. Des projets ? Oui, mon second album « Mémento » dédié à Schubert avec David Moreau, toujours chez Scala Music John gade déjà un immense pianiste… Peut-être le verrons-nous un jour au festival « La Vague Classique » de Six-Fours ? Jacques Brachet
Il s’appelait Jean-Pierre Savelli, Puis il s’est appelé Peter et le voici redevenu Savelli. De l’eau a coulé sur les ponts depuis que ce jeune toulonnais est parti conquérir Paris et a rencontré un certain Michel Legrand qui a décidé de le produire. Michel Legrand avec qui il a gardé jusqu’au bout des liens d’amitié et avec qui il a travaillé tout au long de sa vie, épisodiquement. Après avoir eu une vie on ne peut plus remplie, le voici, depuis quelques années, revenu plein d’usages et raison dans sa ville natale. Mais ne croyez pas qu’il y soit revenu prendre sa retraite car il n’a jamais autant travaillé, entre spectacles divers, CD tout aussi divers et même un livre qui sortira à la fin du mois. Il y a presque soixante ans qu’on se connaît, qu’on a sillonné la France en tournées et galas et maintenant qu’il s’est posé chez nous, il était temps qu’on prolonge cette amitié par un portrait d’un artiste à la carrière incroyable. On aurait dû le retrouver au Théâtre Galli de Sanary ce 26 janvier mais un problème de nodules sur les cordes vocales a dû repousser le concert-hommage à Michel Legrand qu’il nous proposait. Ce n’est que partie remise et si pour l’instant il ne peut plus chanter, il peut à nouveau parler… On en profite !
Avec Eddy Barclay, Rose d’Or d’Antibes
Avec Nicoletta & Patrick Juvet au MIDEM
Avec Sloane… Envie de rien, besoin de toi
Avec Michel Hidalgo… Les rois du sport !
Avec Michel Orso, deux toulonnais en vadrouille
France-Italie : Avec Bobby Solo
« J’avais trois semaines de répétitions avec les musiciens, du coup, tout est remis en question. Mais ce n’est que repoussé ? Oui, j’espère pouvoir jouer avant la fin de la saison. En attendant, on peut parler d’une activité débordante, Oui, il y a un coffret de trois CD qui retrace tout ce que j’ai pu faire. Il est sorti chez Marianne Melody grâce à Mathieu Moulin qui a fait des recherches et qui a dû surtout jongler avec les maisons de disques sur lesquelles j’ai enregistré pour avoir les droits. C’est un travail de Titan car il a dû se battre avec certaines et fouiner pour retrouver certains enregistrements que les maisons de disques ne voulaient pas donner au départ. Il m’a même retrouvé des versions italiennes, espagnoles, japonaises et des chansons chez Barclay qui n’étaient jamais sorties. Et puis il a même sorti un album de 18 chansons de mon père, Carlo Cotti. Comment est née cette idée ? C’est une idée de Mathieu que j’ai rencontré il y a deux ans sur un concert de chansons françaises des années 60 à 80 auquel je participais et il m’a proposé ce projet auquel évidemment j’ai tout de suite adhéré et à la fin c’est un bel objet qui retrace toute ma carrière. A côté de ça, tu travailles comme un fou, même depuis que tu as définitivement quitté Paris depuis quelques années ! Je suis revenu définitivement à Toulon en juillet 2017. J’ai ma maison de productions Minuit 10, je fais pas mal de concerts, un peu partout, en solo avec différents spectacles que j’ai montés, il y a aussi, les spectacles que fait ma femme, Sandry, sur les comédies musicales, les spectacles Cabaret, auxquels je collabore, le dernier étant étant « Les décennies » un spectacle qui commence des années 1950 jusqu’aux années 2000, avec des chanteurs, des danseurs, des musiciens, un transformiste, des sosies… Quatorze personnes sur scène. On fera une tournée cet été. On a monté ensemble les ateliers de comédies musicales pour les enfants, les ados, les adultes, Sandry a monté des cours de zumba et un nouveau cours « Ladies Style », des femmes qui viennent danser en talons et qui a un succès incroyable. Les cours se font pour certains à la Valette, d’autres à Solliès-Pont. Et le samedi, lorsqu’on n’est pas en concert, on est en studio, où on fait travailler nos élèves avec du vrai matériel, où ils découvrent leurs voix.
Tournée « Âge Tendre » avec Sloane et Jean-Jacques Lafon
Avec tout ça un CD de seize chansons et un spectacle-hommage à Michel Legrand. Michel, comme tu le sais, a été au départ de ma carrière dans les années 70, c’est lui qui m’a écrit et produit deux disques : « Peau d’Âne » et « Un goût de soleil, de pomme et de miel ». L’an dernier je suis contacté par le réalisateur David Herzog-Dessites qui me propose de participer à son film-hommage avec une petite interview et une chanson de Michel que je chante. Il a choisi « Il était une fois l’espace ». Il me dit « s’il y a quelqu’un de crédible pour chanter Legrand, c’est toi ». Pourquoi pas ? Du coup j’ai monté un spectacle autour de chansons de Michel, celle que j’ai chantées, d’autres que j’aime, j’ai pris des musiciens du conservatoire de Toulon, une choriste et j’ai enregistré 14 chansons dont « Un parfum de fin du monde » du film de Lelouch « Les uns et les autres », « Mon amour sans concession, sans mensonges » que m’avait écrit Michel pour le festival de Tokyo, les musiques des « Demoiselles de Rochefort, « Les parapluies de Cherbourg » et des succès comme « Les moulins de mon cœur », « L’été 42 », « La valse des lilas » et quelques autres. De nombreuses dates commencent à arriver. Pourquoi n’a-t-il pas continué à te produire ? D’abord parce que je suis parti 16 mois au service militaire et lorsque je suis revenu, il commençait à travailler aux Etats-Unis. Comme sa maison de production était un petit label, il a arrêté. Mais nous avons toujours gardé le contact et il a souvent fait appel à moi. Il avait sorti cinq 45 tours de moi quand même. Il m’a recommandé chez Barclay et mon premier disque « Ciel » a gagné la Rose d’Or ! Mais beaucoup, soit ne connaissent pas Michel Legrand soit ne savent pas que c’est moi qui ai chanté certaines de ses chansons. On me dit alors : « Ah, c’était vous ? ». Je l’ai tellement entendu que ça failli être le titre de mon livre. Finalement on a choisi « Regarde, le jour se lève » car c’est plus sur cette intro de « Besoin de rien, envie de toi » qu’on me connaît.
Alors, justement, ce livre… … Il sortira le 15 mars, distribution sur Amazon ; j’y parle de ma vie, de Toulon, du stade Mayol, des sportifs avec qui j’ai joué comme Ginola, Olmetta… Bref, je parle de toutes les aventures que j’ai vécu tout au long de ces nombreuses années, mes rencontres avec Michel, ma belle aventure avec Claude-Michel Schonberg avec qui j’ai fait la comédie musicale « La révolution française », Barclay et la Rose d’Or d’Antibes que j’ai gagnée avec « Ciel », les tournées Renzulli où nous nous sommes rencontrés, toutes mes rencontres qui ont semé ma carrière, ma famille bien sûr et mon père Carlo Cotti qui était chanteur. Il y a donc eu aussi « La Révolution Française » Un jour en 73, je terminais une tournée avec Serge Lama, Claude-Michel Schonberg et Alain Boublil me contactent, me proposant de faire un casting. Ils cherchaient des voix pour la comédie musicale orchestrée par Jean-Claude Petit. Ils m’ont joué au piano « Charles Gauthier », « Les droits de l’Homme », j’ai fait ma voix… Ils m’ont choisi et on a enregistré le double album. C’est un magnifique souvenir et c’est dommage que ça n’ait pas pris autant que « Les misérables » du même Schonberg, car il y a de merveilleuses chansons. Et puis on retrouvait Bashung, Chamfort, les Martin Circus, les Charlots, Antoine, Daniel Balavoine, Jean-François Michaël, Jean Schulteis, Claude-Michel Schonberg… Il y avait du beau monde dans cette aventure ! Après ça, il y a eu la série des mangas ! Figure-toi que je suis dans un bureau de la maison d’édition Intersong qui me fait signer un contrat d’édition, il produisait Noam, qui avait alors 13 ans, m’invite dans son bureau où tu croisais alors Patrick Bruel pas encore connu, Alain Prescurvic qui allait travailler avec lui, Renaud entre autres. Il m’appelle pour me faire enregistrer la suite de « Goldorak » dont le premier avait été chanté par Noam. C’était la version japonaise… Une catastrophe. Je refuse. Du coup il va chercher Pascal Auriat pour refaire les titres avec Pierre Delanoé. Là, ça prend tout de suite une autre tournure et j’accepte pour les deux et trois. Mais ma productrice, Carla, refuse que je les chante. Du coup, je le ferai quand même sous le pseudonyme des Goldies.
Pourquoi ce nom ? Tout simplement parce que je vais boire un café en bas des bureaux et qu’il y a une bijouterie qui s’appelle Goldies. Voilà… J’avais trouvé le nom ! Après on a quand même su que c’était moi qui chantait. On a vendu 1 million 800.000 45 tours ! Tu viens aussi de ressortie un CD des dessins animés ! J’ai repris tous les génériques que j’avais enregistrés et des reprises d’autres mangas. Je suis invité dans tous les salons mangas et j’en vends à chaque fois des centaines ! Il y a quatre/cinq ans, jérémy Cerrone, le fils de Marc me dit qu’il veut produire un spectacle sur Goldorak et me demande venir chanter mes génériques. Il a rempli le grand Rex. 2500 personnes l’après-midi, 2000 le soir ! Il a récidivé avec le même succès. Les gens viennent avec les costumes de Goldorak et ils achètent tous l’album ! Bon, difficile de ne pas parler de Peter et Sloane ! Déjà, lorsque le 45 tour sort vous êtes tous les deux de dos ! Toujours pareil : Carla ne veut pas entendre parler de ça, du coup, on le fait quand même en se servant du pseudonyme : Peter pour Pierre et Slow, sur un titre que j’avais écrit et Anne. Il y a alors eu l’avènement de Canal + et la création du Top 50 où nous avons été les premiers durant quatorze semaines, puis troisièmes et encore premiers durant neuf semaines. Aujourd’hui on donne un disque d’or pour 50.000 ventes, nous c’était un million et platine deux millions ! Ce sont des scores qui ne se font plus sauf chez les stars américaines. Du coup, après déjà 3.000 45 tours, la prod a tourné la pochette !
Et ça a duré combien de temps ? Le disque est sorti en 84, tournée en 85 avec Michel Leeb on a fait un album de six titres mais ça n’a rien donné. En 2011 On a fait la tournée « Âge Tendre » puis « Stars 80 », accompagnée par les deux films. Mais j’avais envie de reprendre mon nom et de redevenir soliste. Je n’étais pas heureux, on ne se parlait plus et se retrouver à deux, main dans la main, j’en ai eu marre et j’ai repris ma liberté. C’était en 2016. Terminé. Depuis, avec ma femme on est revenu ici, on fait plein de choses, on est très heureux dans notre vie. Travailler sous le ciel bleu, que demander de mieux ? »
Propos recueillis par Jacques Brachet Photos Alain Lafon & Jacques Brachet