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Charlotte VALANDREY : La fureur de vivre

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Toulon, fête du livre (Photo Christian Servandier)

Nous étions en 2005.
Je préparais, comme chaque année, le festival du premier film de la Ciotat dont j’étais le directeur artistique.
Comme chaque année, je devais composer un jury et j’avais mon ami Laurent Malet qui avait accepté d’en être président. J’avais aussi demandé à Marie-Dominique Girodet (ex Zidi) avec qui j’étais très ami et qui était productrice (Entre autres de « Pédale douce »). Je cherchais donc d’autres jurés et c’est elle qui me proposa d’inviter Charlotte Valandray. Elle fut l’héroïne de « Rouge Baiser » qui la fit connaîtr puis plus tard, de la série TV « Les Cordier ».
On ne parlait plus beaucoup d’elle mais pourquoi pas l’ajouter au jury ?
J’attendais celui-ci à l’hôte et  la porte d’ascenseur  s’ouvrit sur une fille échevelée qui, sans dire bonjour, me crié que l’hôtel ne lui plaisait pas et qu’elle n’y resterait pas une minute de plus.
C’était alors un hôtel tout neuf que tous les autres jurés trouvèrent très bien. Mais le ton montait, elle menaçait toujours de repartir et comme je ne suis pas particulièrement patient, je lui rétorquai que, n’étant pas Catherine Deneuve, nous nous passerions très bien d’elle.
Voyant que le ton montait, Marie-Do la prit à part et, après un long conciliabule, elle décida de rester.

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Ça commençait bien !
Les premières journées furent un peu houleuses, jouant à cache-cache avec moi, puis avec les photographes et les journalistes dont elle ne voulait pas entendre parler. Il faut dire qu’elle n’y mettait pas beaucoup du sien.
Jusqu’au soir de la remise des prix où nous nous retrouvâmes à table face à face. Et là, premier sourire, excuses et elle me confia qu’elle était désolée d’avoir agi ainsi mais qu’elle était malade et très préoccupée. J’excusais et elle partit le lendemain après qu’elle soit venue me dire au-revoir.
Marie-Do vient me confirmer qu’elle allait mal et que c’était pour ça qu’elle m’avait demandé de l’inviter.
Nous apprîmes par sa voix, à quelque temps de là, qu’elle avait contacté le sida par son compagnon.
Elle lutta comme une lionne, d’autant qu’après ça elle dut subir une greffe dont elle sortit et elle eut même, chose qu’elle n’attendait pas, une fille prénommé Tara. Et cela lui donna une fureur de vivre incroyable.

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A partir de là, sa carrière fut en dent de scie mais elle se mit à écrire, d’abord en racontant tout ce par quoi elle était passée puis, ayant découvert l’écriture, elle sortit plusieurs livres.
Je la retrouvai à  fête du livre de Toulon et ce fut d’heureuses retrouvailles. Chaque fois qu’un de ses livres sortait elle me l’envoyait avec une adorable dédicace.
Nous devions nous retrouver au festival télé d la Rochelle où, avec une partie de l’équipe, elle venait présenter la série qui cartonnait « Demain nous appartient » et nous passâmes une sympathique soirée avec les héros de la série. !
Dernière rencontre, dernières photos : Elle vint, il y a trois ans, jouer avec un autre ami, Christian Vadim « Station Bonne Nouvelle » où tous deux étaient drôles et romantiques à souhait.

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Elle venait de réaliser un vœu, une envie qu’elle avait depuis longtemps : réaliser un disque avec ses propres chansons  intitulé « A tout à l’heure » avec une chanson… Prémonitoire ? « Plus de temps à perdre ». Elle n’aura que le temps de faire un très joli clip avec la reprise de Marie Myriam « L’enfant et l’oiseau ». Une seconde greffe lui aura été fatale.
Aujourd’hui, je n’ai envie de garder que le souvenir de nos jolies rencontres et je garde d’elle quelques derniers mots qu’elle m’a écrits.
Bon voyage, Charlotte

Jacques Brachet
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La seule photo qu’elle accepta à la Ciotat



Alain CHAMFORT, « rockmantic » musicien !

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50 ans…
Non, ce n’est pas son âge ni le mien puisqu’il et de 1949 et moi de 1946.
Mais ça fait 50 ans qu’on se côtoie et ça a commencé avec Claude François et les disques Flèche en 72.
Il était en tournée avec lui et moi je suivais la tournée en tant que journaliste. Et je travaillais avec Claude sur les chanteurs qu’il produisait. Dont Alain.
Durant toutes ces années, nous nous sommes souvent croisés et rencontrés, reprenant à chaque fois notre conversation où elle s’était arrêtée.
De Clo-Clo à Gainsbourg en passant par Véronique Sanson, Lio, Jacques Duvall, Boris Bergman, Dick Rivers, Jacques Dutronc, Michel Pelay, Etienne Roda-Gil, et bien d’autres, Alain a tracé une carrière originale avec des hauts et des bas, comme beaucoup d’artistes mais toujours là avec de belles mélodies aussi différentes que celles enregistrées chez Flèche (Dans les ruisseaux, signe de vie, signe d’amour, l’amour en France) ou que les chansons écrites avec Gainsbourg (Bambou, Manureva)
Plus musicien que chanteur au départ, il fut dans les chœurs de Séverine pour l’Eurovision, Séverine avec qui il chanta sur scène.
Après le Liberté à Toulon où il est venu chanter en piano-voix, le voici qui reviendra le jeudi 21 juillet à Sanary, sous les étoiles, toujours en piano-voix.
Retrouvailles avec Alain.

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« Comment sera composé ton récital, Alain ?
Je suis en train d’y mettre les dernières touches. Ce sera un mélange de mes anciennes et de mes nouvelles chansons, afin que le public toutes générations puisse y prendre plaisir. Des chansons connues, d’autres moins connues mais je pense que tout le monde s’y retrouvera.
Ton dernier album est tout différent puisque fait avec un orchestre symphonique !
Oui, ça s’est passé durant le Covid. La directrice de l’Opéra de Montpellier m’a proposé de faire un concert avec son orchestre symphonique. Ça a été un long travail de préparation, un travail excitant. Et le concert a été déprogrammé car il devait se jouer le premier jour du second confinement !
Il s’est donc quand même fait sans public. Il y a eu une captation dont on a sorti un DVD puis un double album « live » intitulé « Symphonique Dandy ». Ce concert devait être suivi d’une tournée, tout a été annulé mais nous sommes en train de la remonter pour 2023.
Comment ça va se passer ?
Je jouerai avec à chaque fois l’orchestre symphonique des villes où je passerai, avec un chef d’orchestre qui sera le même sur chaque date. Il n’y aura pas de section rythmique mais des arrangements classiques qui seront en cohérence avec les mélodies.

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Tu es compositeur et un magnifique mélodiste, tu as travaillé avec beaucoup d’auteurs de talent et, à part pour Claude, tu as écrit pour nombres de femmes : Lio, Jane Birkin, Viktor Lazlo, Dani, Vanessa Paradis, Line Renaud… Pourquoi pas les hommes ?
Parce que personne d’autre ne m’a demandé de chansons ! Tu sais, je ne vais pas proposer mes chansons, ce sont les chanteuses qui viennent m’en demander. Je compose à la demande. Alors si on ne vient pas vers moi, je ne compose pas ! J’ai travaillé avec le groupe Toxic Advanger qui est un groupe électro. Mais pour l’instant je n’ai pas de demandes !
Surprise : tu as enregistré « La décadanse » de Gainsbourg. Inattendu, non ?
(Il rit) oui, nous avons fait ça au départ pour la télé avec Héléna Nogueira. Puis l’idée m’est venue de l’enregistrer. A ce moment-là Héléna n’était pas libre et je l’ai fait avec une jeune chanteuse Mylène Champenoy.
Tu l’as fait de façon originale, d’abord très suggestive et tu as inversé les rôles : ce que chante Gainsbourg c’est Mylene qui le chante et vice-versa !
Oui, j’ai trouvé ça à la fois drôle et intéressant puisqu’aujourd’hui, avec l’évolution de la femme, elle prend de plus en plus le pouvoir il y a plus d’équité et j’ai voulu participer à cet équilibre.
Tu es apparu dans « The voice » en tant que coach avec Jenifer… C’était nouveau pour toi !
Remettons les choses en place : c’est Jenifer qui était le coach et la production a voulu pimenter l’émission en faisant assister les coaches par des invités. J’ai fait partie de ceux-là. Mais ce n’était pas pour coacher. C’était juste une présence, une idée de la prod, qui a été sans lendemain.
Tout petit, tu as été attiré par la musique…
Oui, j’ai appris le piano dès 4 ans et je devais à 12 ans entrer au Conservatoire. Mais alors, j’ai été attiré par d’autres musiques. Nous étions en 62/63, plein de groupes naissaient tout comme d’autres musiques venues d’Amérique. J’ai été attiré par ce milieu où je me sentais plus à l’aise que dans le milieu plus guindé de la musique classique. C’était une autre forme de musique qui m’a beaucoup excité.

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Et pourtant tu reviens aujourd’hui à la musique symphonique !
Oui, j’ai évolué, tout a évolué et comme je compose des musiques plutôt « classiques » beaucoup se prêtent à cet habillage. Grâce à des harmonies plus riches, elles prennent une autre forme et sont mises en valeur.
Pour en revenir à Claude François, c’est lui qui t’a fait chanter…
Pas vraiment. J’avais fait des essais en 68 grâce à Dick Rivers qui avait produit deux ou trois 45 tours de moi dont on n’a jamais entendu parler. Du coup j’ai renoncé et décidé d’écrire pour les autres. C’est la parolière Vline Buggy qui m’a fait rencontrer Claude et Claude entendant ma voix, a décidé de me produire en tant que chanteur. Et l’ai intégré la maison.
En fait, tu n’as pas beaucoup écrit opur Claude.
Non, j’ai dû lui faire deux ou trois chansons dont une qui a une histoire.
Paul Anka, qui avait fait la version américaine de « Comme d’habitude », (« My way »), passe un jour par Paris et vient faire un tour chez Flèche pour trouver des chansons. Il tombe sur une de mes musiques qui lui plait et en fait « Do I love you ». Claude est content mais aussi vexé car il avait refusé la mélodie… qu’il s’est empressé de faire sous le titre « Plus rien qu’une adresse en commun » !
Ça c’est du Claude pur jus ! Que te reste-t-il ce ces années Flèche ?
Des souvenirs très mêlés. C’est un moment de ma vie très hystérique ! Nous enchaînions les galas et les trajets de 500 bornes, il y avait toujours un musicien à remplacer, un costume à changer, enregistrer un disque tous les six mois, nous vivions dans un tourbillon de folie mais c’était malgré tout une époque chouette, excitante. Tu le sais, avec Claude ce n’était pas toujours facile, il pouvait être très désagréable, très jaloux. Mais j’étais à bonne école au niveau exigence.

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C’était plus calme avec Gainsbourg ?
C’était, disons, une autre façon de vivre. Ce qui a été formidable avec lui c’est d’enregistrer en Amérique avec les plus grands musiciens. C’était plein d’énergie, plus affirmé, ça me sortait de la musique de variétés pure et je trouvais des musiciens qui rejoignaient vraiment la musique que je voulais faire. C’était d’une efficacité redoutable. Très rock’n’roll !
D’ailleurs, le premier album que nous avons fait s’intitulait « Rock’rose ». Il n’a hélas pas marché et après ça, Serge s’est fait tirer l’oreille pour retravaille avec moi. Il s’est contenté de m’écrire des textes… Et c’est alors qu’est arrivé le succès de « Manureva ». Du coup on a retravaillé ensemble.
Aujourd’hui, où en es-tu de tes projets ?
On reprend pied après le Covid… enfin, on l’espère. Il y aura donc cette tournée symphonique et là, je suis en train d’enregistrer un nouveau disque avec Jacques Duvall, avec qui je travaille depuis 25 ans et Pierre-Dominique Burgaud.
Avec qui tu avais fait « La vie Saint-Laurent ?
Oui, c’était son idée. C’est un ami qui a un parcours original : il était directeur artistique dans la pub jusqu’au jour où il a tout laissé tomber pour écrire des chansons. Ca a entre autre donné la comédie musicale « Soldat Rose » !
Un jour il me montre quelques textes que lui ont inspirée la vie de St Laurent. Au départ, ce n’était pas un projet forcément évident et « rentable ». Mais en deux ou trois chansons qu’il m’a faites lire, j’ai trouvé qu’il avait réussi à raconter sa vie de manière très poétique avec une possibilité de mettre ces textes en chansons.
Connaissais-tu Yves St Laurent ?

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Pas du tout, je ne l’ai jamais rencontré, je savais bien sûr qui il était mais ça ne me passionnait pas plus que ça. J’ai donc lu des biographies et je me suis rendu compte de ce vrai destin exceptionnel. C’était un personnage emblématique du dernier siècle, de l’après-guerre, qui avait vécu à la même époque que moi, en parallèle, dans des sphères différentes et qu’on aurait pu se croiser. Mais ça ne s’est pas fait.
Je me suis alors rendu compte que son histoire était presque du domaine du roman, son enfance, sa trajectoire, son destin tragique malgré les apparences… Un vrai personnage de roman. Nous l’avons alors traité de la manière qui nous semblait la plus proche de l’idée qu’on s’en faisait ».

Revoilà donc Alain dans « le circuit après covid » comme beaucoup d’artistes, en espérant que « ce mal qui répand la terreur » ne viendra pas, une fois de plus, tout chambouler.
Et que nous nous retrouverons à Sanary pour fêter nos 50 ans d’amitié !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

 




Six-Fours – La Collégiale St Pierre
Jean-Christophe SPINOSI… Le retour, 9ème !

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Pour la neuvième année, l’immense musicien, violoniste et chef d’orchestre de l’Ensemble Matheus, investit la Collégiale St Pierre, pour le bonheur des mélomanes, d’autant qu’il vient avec des artistes prestigieux : Philippe Jaroussky, Brigitte Fossey, Andréas Scholl…
Quatre soirées rythmées par les musiques de Vivaldi, Haendel, Mozart, Haydn, Pergolese, qui ont fait collégiale comble pour apprécier le nec plus ultra de la musique sacrée.
Aujourd’hui Jean-Christophe Spinosi est devenu, comme les frères Capuçon, l’ami incontournable de la ville de Six-Fours. Et comme tous ces musiciens dits « classiques », ils ont une simplicité et une humilité dont toutes ces pseudo-stars nouvelle génération pourraient prendre exemple.
Jean-Philippe, que l’on retrouve avec plaisir au bord de l’eau et qui, malgré quelques problèmes, car sa femme s’est cassé le poignet alors qu’elle devait être dans l’orchestre, vient nous parler du programme qu’il nous a concocté… avant de consommer une magnifique daurade !

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« En voici un que l’on n’attendait pas à la Collégiale, lui qui joue dans le monde entier dans des salles immenses : Philippe Jaroussky
Philippe, je l’ai auditionné alors qu’il débutait. Il avait 19 ans. J’ai tout de suite été admiratif de cette voix unique au monde et ça a très vite collé entre nous. Nous avons presque le même âge, nous avons presque débuté ensemble et des liens indissociables se sont créés entre nous. Nous avons en fait grandi ensemble, c’est un compagnon de jeunesse, nous avons très vite fait de nombreux concerts, de nombreux disques. Mais là, ça faisait à peu près dix ans que nous n’avions rien fait ensemble. Ce concert, composé de « Serse » de Haendel et « Orlando et Olimpiade » de Vivaldi est une avant-première et nous allons faire une tournée.
Jouer avec le plus grand contre-ténor du monde, qui plus est un ami, est un grand honneur et un grand bonheur.
Sa voix est unique mais avec une telle voix, y a-t-il, en dehors du baroque, un répertoire assez large ?
Pas « assez » mais « très » large car c’est une voix qu’il module et il peut chanter de nombreuses choses auxquelles on ne pense pas à priori. Ce n’est pas qu’une voix baroque mais une voix contemporaine. La preuve en est des chanteurs comme Jimmy Sommerville, les Beach Boys, et même M. Ce sont des voix de falcetto, en français « de fausset » , des voix qui font résonner les notes dans la tête et non dans la poitrine et qui peuvent monter très haut dans l’aigu.

Et puis il y a au programme « La messe en ut de Mozart »
C’est une œuvre colossale où l’on découvre tout l’art et le génie de Mozart. C’est une musique qui sonne comme un opéra et Milos Forman, dans son film « Amadeus » en a fait un chef d’œuvre. Bien qu’inachevée, cette messe est le ciel de la musique, c’est fort en émotion. Je ne l’avais encore jamais jouée.

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Et voici encore une artiste inattendue : Brigitte Fossey !
Bigitte Fossey, je connaissais la grande comédienne qui, depuis « Jeux interdits » où elle était une enfant, est devenue la grande artiste que l’on sait. Nous avions failli travailler ensemble  sur « La flûte enchantée » de Mozart mais cela ne s’est pas fait et je ne l’ai pas rencontrée.
Et puis, j’ai appris, en lisant une interview d’elle, qu’elle avait voulu mettre en scène un opéra de Rameau. Cela ne s’était pas fait non plus mais elle disait que, si ç’avait été le cas, c’était avec moi qu’elle aurait voulu le faire !
Lorsqu’on a envisagé de mettre au programme « Les sept dernières paroles de Christ en croix » sur la musique de Joseph Haydn, j’ai pensé à elle. Je l’avais déjà monté avec Michaël Lonsdale, Daniel Mesguish et un certain Mathieu Spinosi comme récitant. Et je me suis dit pourquoi pas une femme ?
Et revoici un contre-ténor : Andréas Scholl
Oui, j’ai fait appel à lui car fut le professeur de Philippe Jaroussky. Andréas Scholl, est une légende, qui fait avec sa voix de falsetto, des choses incroyables, que l’on a du mal à imaginer. Il a interprété avec maestria Bach, Scarlatti, Purcell, Gluck, Haendel et pour cette soirée ce sera Vivaldi et Pergolèse
Voilà comment j’ai construit cette saison.
Côté disques, as-tu des projets ?
J’ai deux projets mais il est difficile d’en parler car ceux-ci peuvent se modifier mais un disque est prévu pour 2023 et je pense qu’il sera au programme de la Collégiale l’année prochaine.
J’ai un autre projet, celui d’un coffret opéra qui, lui, devrait sortir en 2024.
Mais on en reparlera !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Programme
16 juillet : Messe en ut de Mozart par l’ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi
18 juillet : « Le sept dernières paroles du Christ en Croix », musique de Haydn, par l’ensemble Matheus. Récitante : Brigitte Fossey
20 juillet : « Stabet Mater » de Pergolèse – « Cantate Cessate Omai Cessate » de Vivaldi par l’ensemble Matheus et Andréas Scholl, contre-ténor


Salut l’artiste !

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Curieux hasard que celui qui m’a fait connaître Jean-Louis Trintignant en Ardèche et que j’ai appris sa disparition alors que j’étais chez moi… en Ardèche !
J’ai connu deux immenses comédiens le même jour, en mars 74 sur le tournage du film de Robert Enrico « Le secret » qui se tournait en Ardèche. C’étaient Jean-Louis Trintignant et Philippe Noiret.
Il se trouve que, tout en vivant à Toulon, je suis Ardéchois et que tout en vivant à Paris, Robert Enrico était Toulonnais. Je ne le connaissais pas mais avais des relations de travail très amicales avec son frère, Walter, qui était président de l’Office de Tourisme de Toulon. Me sachant très attaché à mon Ardèche, il m’annonce un jour que Robert va tourner son film tout à côté d’Antraigues, fief de Jean Ferrat, au château de Craux. Coïncidence, mon petit village est à mi-chemin entre Craux et Antraigues : quatre kilomètres.
Aussitôt Walter me met en rapport avec son frère qui est tout à fait enchanté de recevoir sur son tournage un Toulonnais qui plus est Ardéchois !

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Nous voici donc partis, mon copain photographe Jean-Pierre et moi pour une semaine et, sitôt posées nos affaires chez moi, nous nous pointons au château où Robert nous reçoit avec chaleur et gentillesse.
De la chaleur, il en fallait car, étant en mars, l’hiver se prolongeait et la neige, qui n’était pas prévue au programme, s’installait lourdement dans les champs alentours et sur le toit déjà pas mal défoncé du château. Heureusement, dans l’une des salles où l’on pouvait encore aller, une immense cheminée d’Antan, nous permettait de tous nous retrouver autour d’un bon feu, entre deux prises les pieds dans la neige.
Il y a déjà trois semaines qu’ils tournent et on sent une véritable complicité entre les deux comédiens. Jean-Louis, le regard bleu, la discrétion faite homme, la classe malgré un vieil imperméable fripé qui a vécu (rôle oblige !) et qui nous offre un merveilleux sourire dès que l’on discute ensemble à bâtons rompus, entre deux scènes. Deux sujets le passionnent : le cinéma, les voitures. Il est intarissable sur les deux !
Philippe Noiret, le visage bougon sous un feutre qui a aussi ses années de service, a le verbe haut, toujours prêt à lancer un bon mot et déridant l’équipe dès qu’elle est un peu soucieuse. Il faut dire qu’elle peut l’être car le plan varie avec le temps : on est en extérieur : il pleut ou il neige. Le soleil arrive : c’est un plan prévu à l’intérieur : Robert jongle donc avec le temps et… le temps qui passe !
Mais entre les deux comédiens tout se passe bien Ils parlent, ils rient, Noiret envoie des vannes qui font rire Jean-Louis. Il rira moins lors d’une scène où il doit monter, sac à dos, une pente assez raide et arrive en haut suant à grosses gouttes : Noiret lui a tout simplement ajouté quelques pierres dans le sac !
L’ambiance est donc au beau fixe et je mets du temps à me décider à interviewer mes deux artistes tant il est un vrai régal de les voir se renvoyer la balle d’un fauteuil à l’autre, l’un balançant des vannes de sa voix de stentor, l’autre, répondant en demi-teinte avec un humour quelque peu anglais… Sublime !

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Il est vrai qu’alors Noiret et Trintignant sont les stars du cinéma français. Tous deux ont mis du temps à le devenir car à l’époque, Noiret, avec vingt-trois ans de carrière derrière lui, dont une grande partie au théâtre n’était reconnu au cinéma que depuis quatorze ans. A quelque chose près, le cas était le même pour Jean-Louis et chacun le prenait à sa manière :« Aujourd’hui c’est vrai – m’avoue Jean-Louis – je fais partie, avec Delon et Belmondo, des trois comédiens auxquels on pense systématiquement, pour tout ou rien. C’est quelque chose qui m’échappe totalement et je ne veux d’ailleurs pas en tenir compte. Disons que l’intérêt premier est que ça me permets de pouvoir choisir mes rôles et de pouvoir aider de jeunes réalisateurs qui, sans un nom, ne pourraient faire leur film. Mais pourquoi, à un certain moment, ne voit-on plus que par vous alors que d’autres, aussi méritants, sont sur la touche… Peut-être, d’ailleurs, que je le serai à mon tour dans quelque temps !

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« Une affaire intime »

Je suis un vieil acteur qui a déjà derrière lui quelque 60 films. J’ai été assez mauvais durant quelques années, j’ai fait pas mal de films médiocres mais je crois que j’ai fait beaucoup de progrès dans ma façon de jouer…et de choisir mes films avec plus de discernement. Mais j’ai toujours été un lent et je crois qu’il arrive à tout acteur, à un moment, d’avoir une période où il est formidable. A force de se fouiller on y arrive mais ensuite, il faut savoir s’arrêter de fouiller car on devient obsédé par son métier, son image et on redevient mauvais.
A un moment, vous êtes passé à la réalisation. Pourquoi ?
 J’ai d’abord tourné parce que j’avais un sujet dont personne ne voulait et puis ça m’a plu, vraiment. Mais pour l’instant, je ne suis pas une garantie en tant que réalisateur et c’est donc difficile. J’ai des projets et l’intérêt pour moi d’être réalisateur est de pouvoir employer des comédiens que j’aime, même si ce ne sont pas des stars. Malheureusement, les producteurs ne sont pas toujours de mon avis ! »
Et le théâtre, dans tout ça ?
Voilà deux ans, depuis « Hamlet », que je ne suis plus monté sur une scène, le cinéma me prend tout mon temps. Même si le soir je suis libre, je ne peux faire deux choses à la fois. Lorsque je joue au théâtre, je me prépare toute la journée. C’est quelque chose de terrible. Si je ne fais pas ça, je ne peux arriver en forme sur scène… Peut-être parce que je ne suis pas doué ! Mais c’est plus fatigant car au théâtre il faut s’extérioriser alors qu’au cinéma c’est un travail plus intérieur. Cela me plait beaucoup ».

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Marie avec Jean-Luc Battini à la Seyne – L’équipe de « Trois couleurs : rouge » à Cannes

Ainsi passèrent les années et des rencontres avec ces deux superbes personnages émaillèrent ma vie de journaliste. Un moment qui, aujourd’hui est devenu très émouvant : ma rencontre avec Marie Trintignant. Elle n’était pas alors très célèbre et – allez savoir pourquoi ? – elle était venue créer une pièce de théâtre « Les nuits blanches » à la Seyne sur Mer. Ce ne fut pas un succès mais l’occasion de rencontrer cette fille superbe, magique, au regard chavirant. Je l’avais rencontrée une fois au Festival du Jeune Cinéma et là, ayant vu Jean-Louis quelques temps auparavant, il m’avait demandé de m’occuper un peu d’elle, d’essayer de faire parler de cette création dans la presse. Ce que je fis volontiers. Marie était une personne discrète, secrète, qui ne se livrait pas mais qui vous fixait lorsque vous lui parliez et qui avait un sourire à tomber par terre. Des liens se tissèrent, même s’ils étaient silencieux et elle accepta de venir présenter un film de sa mère où elle jouait aux côtés de Vincent, son petit frère, lorsque j’organisais les journées « La femme et le cinéma ». Cela reste aujourd’hui, avec quelques photos, de jolis souvenirs et l’on ne peut qu’être désolé de ce qui est arrivé à cette belle comédienne prometteuse encore de grands moments de cinéma. Mes pensées vont à Jean-Louis bien sûr mais aussi à Nadine, qui était aussi venue à une soirée que j’avais organisée avec Marie et Alain Corneau.
Je rencontrai encore Jean-Louis qui, sur ma demande, avait bien voulu venir présenter, avec l’ami Brialy « Le maître-nageur » qu’il avait réalisé, puis à Marseille où il était venu présenter « La banquière » avec Francis Giraud, à St Maximin où il tourna pour la télé « La controverse de Volaloïd »

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Daniel Mesguish, Jean-Louis Trintignant -Francis Giraud à Marseille pour « La banquière »
« La controverse de Valaloïd

Et puis nous passâmes un mois ensemble à Hyères pour le tournage de « Vivement dimanche » où il était heureux de tourner pour la première fois avec Truffaut. A ce propos, ils avaient des idées divergentes sur leur rencontre :
« Truffaut : Il y avait très longtemps que je voulais tourner avec Jean-Louis mais jamais je n’avais un rôle pour lui dans mes films…
– Trintignant : C’est totalement faux car tous les rôles que vous avez joué dans vos films… j’aurais pu les jouer et certainement mieux que vous !!! »
Tout cela s’était terminé dans les rires.
C’est grâce à Jean-Louis que je pus rester près d’un mois sur le tournage. Ne connaissant ni Truffaut ni Fanny Ardant, je lui avais demandé d’intercéder auprès du réalisateur pour pouvoir assister au tournage. Ce qu’il fit avec une gentillesse extrême.
On notera au passage que les deux compères se vouvoyaient. Ce qui semblait bizarre dans ce monde où l’on s’embrasse et se tutoie si facilement. Il faut dire que Truffaut vouvoyait aussi Fanny Ardant et que Jean-Louis s’était plié à ce rite. Je précise également que, malgré nos liens amicaux, nous nous sommes toujours vouvoyés, Jean-Louis et moi.
« J’ai eu une éducation bourgeoise, je suis donc ce qu’on appelle un homme bien élevé et le vouvoiement m’est familier. Je suis calme, réservé, j’attends souvent que les gens viennent vers moi. Mais je puis être aussi têtu et très persuasif si quelque chose me tient à cœur. Et lorsqu’on est poli, on obtient souvent ce qu’on veut ! »
Trintignant, c’était l’antistar personnifiée. Il n’aimait d’ailleurs pas ce mot et préférait à celui-ci les mots comédien, artiste, acteur ainsi que deux mots clé : talent, chance. Il avait, par contre, horreur de se voir, ne serait-ce que dans une glace :

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« Je ne me supporte pas à l’écran, je suis prévenu contre moi-même. Je me méfie des miroirs qui sont souvent trompeurs et d’ailleurs, je ne me regarde même plus dans une glace. Dans ce métier, l’on peut devenir très vite exhibitionniste et mégalomane… lorsqu’on ne l’est pas déjà au départ ! Un acteur passe son temps à se chercher, c’est un besoin. Le danger de trop se regarder est que ça fausse souvent le problème… Ce qui ne m’empêche pas de me trouver formidable dans certains films. Je le dis en toute simplicité parce que je pense que ce n’est pas que grâce à moi ! »
Il me tenait ces propos au Festival de Cannes 94 alors qu’il était venu présenter « Trois couleurs : rouge » de Krzyztof Kieslowski.
Puis il se calma côté cinéma, le théâtre reprit ses droit et nous nous revîmes donc beaucoup moins, sauf lorsqu’il était de passage en tournée et qu’il se plaisait à dire qu’il était un artiste provincial. Je ratais hélas, son passage à Marseille avec Marie et je le regrette. Nous nous revîmes encore au festival de Ramatuelle puis au Théâtre Liberté à Toulon.

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Avec Clémentine Célarié à Ramatuelle – Avec… re-moi !

Dernière rencontre
En ce dimanche 11 octobre 2020, Jean-Louis  passait au Liberté de Toulon où, avec Charles Berling et deux musiciens, il nous offrait un grand moment de poésie.
On retrouvait cette voix, reconnaissable entre toutes, toujours si posée, si feutrée, si apaisée, malgré le choc de le retrouver sur un fauteuil roulant et sachant qu’il perdait la vue.
Mais aussitôt qu’il parlait, la magie opérait, nous faisait un bien fou, nous emportait par sa douceur, son humour aussi, curieux contraste avec la fougue, la grandiloquence de Charles Berling.
Cela me rappelait le tournage du film «Le secret» où j’ai eu la chance de partager de sublimes moments avec lui, toujours très détaché, souriant, serein et balançant un trait d’humour très anglais avec un petit sourire narquois vers Noiret qui, gros ogre à la voix puissante, en faisait des tonnes pour raconter des histoires. Moments de charme, de plaisir que je garde précieusement en tête.
Et là, je retrouvais la même situation avec les deux personnages si diamétralement opposés que sont Jean-Louis et Charles

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D’abord, Jean-Louis qui, vue la situation, ne pouvait lire les textes qu’il disait, de la Fontaine à Baudelaire en passant par Prévert. C’était toujours juste, intime, malicieux, que ce soit dans la poésie pure ou dans l’humour, en passant par le tragique et l’absurde. A ses côtés, Charles crie, vociférait, se démenait sur de longs textes qu’il lisait, qu’il criait, trop peut-être, surtout en comparaison avec cette sérénité qui se dégageait de son compère.
Entre le calme de l’un et l’excitation de l’autre, il y avait une sacrée différence.
Un grand  moment d’émotion lorsque, le rideau se fermant, Trintignant nous dit les beaux mots de Ferré «Que sont mes amis devenus» et qu’il entama une longue litanie des êtres chers qu’il avait perdus, Marie bien sûr, Marcello, Serge Marquand et tant d’autres qui sont hélas la triste réalité des personnes qui atteignent ces âges et voient un à un partir ceux qu’ils aiment.
Mais le revoilà disant «Le déserteur» de Boris Vian si magnifiquement chanté entre autres par Mouloudji et qu’après avoir dit :
« Prévenez les gendarmes, que je serai sans arme et qu’il pourront tirer», un silence et il ajoute : «Prévenez les gendarmes que je serai en arme… et que je sais tirer»
Ovation d’un public totalement sous le charme et l’émotion d’un comédien exceptionnel, qui nous a offert un moment suspendu, hors du temps. Un moment rare qui restera dans nos souvenirs.
Souvenirs, pour moi, de rencontres magiques, pleines de courtoisie, d’intelligence, de simplicité, d’humour…
Salut l’artiste !

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Jacques Brachet

 





Six-Fours – Nuits du Cygne
Renaud CAPUCON : Passion, émotion, transmission

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Et revoilà Renaud Capuçon, de retour à la Maison du Cygne où, comme l’an dernier, il nous offrait un magnifique concert accompagné par le jeune virtuose Guillaume Bellom au piano.
Un concert différent de l’an dernier puisqu’il nous proposait trois sonates pour violon et piano, de Robert Schumann, de Johannes Brahms et de César Franck.
Un concert très intime devant un public attentif. Mais peut-être un concert un peu linéaire dans lequel il manquait un zeste de fantaisie, un peu de punch, d’énergie, même si, comme à chaque fois, ces sonates étaient magistralement interprétées.
Par contre, le final fut très émouvant avec la sublime « Méditation de Thaïs » de Massenet et retour avec le « Clair de Lune » de Debussy, qui fut aussi, coïncidence, le final de Nemanja Radulovic et Laure Favre-Kahn.
Un Renaud Capuçon toujours inspiré, concentré, les yeux fermés…
Du grand art.

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Je devais les retrouver le lendemain où ils recevaient des élèves du conservatoire puis Renaud m’offrit un joli moment d’entretien.
Souriant, réservé, il sait partager sa passion, qui fait partie de son crédo : Passion, émotion, transmission.
Avec Guillaume Bellom, tous deux répondirent aux nombreuses questions de ces élèves, musiciens en herbe, avec gentillesse, patience et joie de pouvoir partager avec eux ce moment de connivence. Moment qui se termina par un extrait d’une œuvre de Bach très enlevée, comme on aurait aimé en entendre lors de leur récital. Des écoliers leur offrirent une chanson que Renaud filma.

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Puis c’est avec une extrême gentillesse que nous bavardâmes sur un banc de ce magnifique jardin.
« C’est un bonheur – m’avoue-t-il – que de jouer dans ce lieu où l’on se sent bien, où la musique peut s’exprimer de façon naturelle et d’être accueilli par des gens qui aiment l’art. On le ressent et on a envie d’y revenir.
Ce qui sera le cas ? Puisque vous et votre frère semblent être devenus des membres honoraires, vous deux fois, lui, trois fois dans quelques jours !
(Il rit) Non, nous ne sommes que des invités qui ont du plaisir à retrouver ce lieu. Et bien sûr que si l’on m’invite, je reviendrai avec plaisir !
Vous êtres déjà responsable de deux festivals !
Oui, celui du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence et celui de Lausanne dont je suis chef de l’orchestre de chambre.
Vous en aviez créé un près de chez vous…
Oui, à Ravoire, près de Chambéry où je suis né. Mais c’est terminé.
Vous avez écrit, juste avant le Covid, un livre de souvenirs et vous avez sorti un double CD « Un violon à Paris » (Erato). Parlons-en !
Le livre, intitulé « Mouvement perpétuel » (Flammarion) est à la fois un livre de souvenirs car j’ai vécu beaucoup de beaux événements et de rencontres de gens à qui je voulais rendre hommage. C’est un livre qui retrace mon parcours de mes débuts jusqu’à mes 45 ans et qui s’adresse entre autre aux gens qui ont envie de faire ce métier. Pour leur dire que lorsqu’on a du talent ce  n’est pas tout, il faut un travail acharné pour en arriver là, beaucoup de passion et de chance. C’est ce que j’ai dit à tous ces gosses qui rêvent de faire ce métier mais qui ne se fait pas avec facilité.
J’ai adoré ce moment de rencontre avec ces enfants et je me dis que, parmi eux, s’il y en a deux ou trois qui continueront, c’est gagné. Je suis très épris de transmission.

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C’est d’ailleurs l’un des mots de votre crédo : Passion, émotion, transmission…
Oui, on ne peut faire ce métier sans passion, il faut qu’elle soit omniprésente. L’émotion c’est ce qui rythme notre vie d’artiste et pas seulement mais c’et la musique qui me procure cette émotion. La transmission, c’est ce que nous avons fait ce matin et ce que je fais dès que cela est possible.
Vous leur disiez d’ailleurs, que jeune, vous n’étiez pas bon. Mais quand même, un 1er prix de musique et un premier prix de violon à 17 ans et très vite vous avez joué avec des pointures comme Nicolas Angelich, Hélène Grimaud…
Oui, mais c’est grâce à beaucoup de travail et de persévérance. On n’arrive pas à une carrière sans cela. Et c’est tous les jours une remise en question pour devenir meilleur.
Pour en revenir à votre livre qui s’intitule « Mouvement perpétuel », avez-vous joué ce morceau dingue à jouer de Paganini ?
Oui, lorsque j’étais jeune. Mais ça me fait penser que depuis je n’y ai plus touché. Peut-être faudrait-il un jour que j’y repense.
Par contre, ce n’est pas qu’à lui que j’ai pensé mais aussi au poème éponyme d’Aragon, mais encore au mouvement perpétuel d’une montre.
Et chose drôle, un mois après la sortie du livre, il y a eu le Covid qui a tout arrêté ; en terme de mouvement perpétuel c’était un peu raté !
Pareil pour le disque ?
Alors là, non. Il s’est fait durant le Covid. Ne pouvant jouer sur scène, tous les soirs je jouais un morceau en direct sur les réseaux sociaux, durant 56 jours. Ce double album est ainsi  formé de titres que je jouais soir après soir avec Guillaume Bellom.

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Vous dites ne pas simplement aimer la musique classique mais LA musique en général. On s’en aperçoit avec ce dernier disque où se côtoient Haendel et Chaplin, Chopin et Morricone, Tchaïkovski et Grapelli…
Oui, bien sûr, il y a plein de musique que j’écoute et que j’aime. Je les traite de façon classique car les mélodies sont belles et intemporelles, sans tomber dans le populisme, en restant naturel, en restant soi-même. Je ne veux pas être un musicien qui regarde de haut parce qu’il joue de la musique classique. Si la musique est bonne, on peut naturellement la jouer.
Justement, c’est pour cela qu’on vous retrouve sur le concert des Enfoirés ?
Justement, c’est parce que Jean-Jacques Goldman me l’a demandé et qu’étant amis, je ne peux pas dire non. D’autant que cette année j’ai joué en duo avec Catherine Lara et c’était très symbolique d’une rencontre de deux générations.
De plus, Catherine a du talent et est une femme très sympathique.
Mais là, comme pour Johnny, je fais que jouer ce que j’aime, ce que je ressens. Je suis toujours guidé par l’émotion, par le partage.
Vous aimez nombre de compositeurs. Auxquels vont vos préférences ? Et comment les choisissez-vous lorsque vous créez un nouvel album ?
A part Bach, qui est peut-être mon préféré, j’aime aussi Schubert, Mozart, Beethoven… Tout dépend des moments, ça se fait de façon naturelle, suivant mes états d’âme, mes rencontres. Un disque se fait sur une rencontre, une envie…. Par exemple, je travaille avec l’orchestre de Lausanne et mon inspiration s’est cristallisée sur « Les quatre saisons » de Vivaldi qui sera mon prochain album. J’y ajouterai deux concertos que j’ai découverts, signés du Chevalier de St Georges.
Par contre, il y a des compositeurs que j’aime mais que je laisse à d’autres qui les jouent mieux que moi.
Vous êtes issu d’une famille de musiciens, il y a vous et Gautier…
Ma sœur qui est pianiste non professionnelle et orthophoniste !
A quand une rencontre à Six-Fours avec Gautier ?
Pourquoi pas ? Nous avons beaucoup joué ensemble. Pour le moment chacun fait sa route mais tout reste ouvert. On ne joue pas par opportunisme, pour faire un coup, même avec lui, il faut une rencontre, une envie de partager une œuvre… Le temps nous le dira ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet


Alexandre BRASSEUR troisième génération !

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Alexandre BRASSEUR : Additionne (Ed Plon – 217 pages)
Dans la famille Brasseur, donnez-moi le grand-père, Pierre, le père, Claude, le fils, Alexandre. Alias Espinasse.
Et y ajoutez-y la grand-mère, la comédienne et écrivaine Odette Joyeux.
Une famille de comédien donc, dont chacun, à part Pierre, sera dans le métier « le fils de… ». Il fallait donc pour les deux derniers se faire un prénom à l’ombre immense d’un monstre sacré.
Et ils l’ont fait !
C’est ce que nous raconte Alexandre Brasseur dans ce livre co-signé par Mathieu Souquière « Additionne ». Le titre vient d’un conseil que Georges Wilson a donné à Claude à ses débuts, pour lui faire comprendre que dans ce métier, comme dans tant d’autres, il faut additionner les expériences, les rencontres, les rôles, même s’ils ne sont pas de premier plan ou qu’ils ne sont les meilleurs, les joies, les déceptions, et ne jamais baisser les bras.
Etre « le fils de… » n’est pas toujours facile, peut être un fardeau ou un handicap mais volonté, talent, envie… s’additionnant, on y arrive. La preuve.
Claude voulait devenir journaliste. C’est la grande comédienne Elvire Popesco qui l’en a dissuadé. Et comme l’envie n’était pas loin, il a suivi son père en tant que « spectateur clandestin » dans les coulisses des théâtres, sur les plateaux de tournage. C’est là, dit-il, qu’il a appris son métier.
Enfance ballotée, comme le fut son père, par une famille qui ne pensait plus qu’à son métier que d’élever un enfant. Ce qu’il réussira à faire lui-même avec ses enfants.
Le pensionnat, le handicap d’être, comme il dit « 1/3 dyslexique, 2/3 cancre, 100% déconneur »,  plus des situations familiales quelquefois compliquées, auraient pu le faire mal tourner mais la passion du théâtre, du cinéma, puis de la télé et le goût du travail apporté par son père, ont fait qu’il peut porter haut le nom des Brasseur. Nom qu’il a partagé sur scène dans un Guitry « Mon père avait raison », si justement nommé. Ce qui, alors que son père n’était pas avide de compliments et de mots de tendresse, fit dire à celui-ci lors de la dernière à Ramatuelle, au lieu de « Regarde-moi, Maurice, je te jure que je suis heureux », changeant le prénom de Maurice à celui d’Alexandre.
Un très beau et très émouvant livre de souvenirs, mais pas que, mais le témoignage d’une saga hors du commun qui a traversé trois décennies car s’entremêlent trois époques, chacune marquée par un Brasseur, riche en anecdotes, un livre, comme le dit très justement Alexandre, de « passeur de mémoire ».

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Rencontres
J’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Claude Brasseur, sa maman Odette Joyeux, comédienne, réalisatrice, écrivaine, femmes infiniment charmante, talentueuse, remarquablement intelligente, pleine d’humour. Ce fut à presque la fin de sa vie dans sa maison de Grimaud. Enfin, avec Alexandre, on se retrouve presque chaque année au festival TV de la Rochelle, où avec quelques comparses de « Demain nous appartient » nous avons toujours un moment d’entretien.
Bien sûr, je ne pouvais attendre septembre pour évoquer ce beau livre.
Je le surprends au téléphone en train de faire du footing sur des chemins de Bretagne où il tourne un « Meurtres à… Pont aven » avec Stéphane Freiss.
« Alexandre, lorsqu’il y a déjà deux Brasseur célèbres, est-ce qu’on hésite à être le troisième ?
Je n’ai pas vraiment hésité, je ne me suis pas vraiment posé la question. J’ai vécu dans un monde d’art et j’aime l’art sous toutes ses formes et pourquoi ne pas être comédien. Mon éducation silencieuse m’a fait découvrir, l’art, le Français et la philo, m’a ouvert le champ de la littérature et m’a très vite rattrapé. Et puis, suivre mon père sur des tournages ou dans les coulisses de théâtre ne pouvait pas me déplaire. Tout cela je le dois à mon entourage puisque tout le monde exerçait des métiers artistiques.
Ne leur en avez pas voulu de penser plus à leur métier qu’au petit garçon que vous étiez, qu’on vous mette en pension…
Mais pas un seul instant ! D’abord parce que mes parents m’ont aimé et même s’il y avait des histoires entre eux, ça ne me regardait pas. Sans compter que le pensionnat, même si ce n’est pas toujours drôle, c’est une école de la vie. Et j’ai toujours considéré le verre à moitié plein que le verre à moitié vide ! Je ne me suis jamais plaint, je ne me suis jamais senti blessé, triste et je suis heureux d’avoir vécu tout ça. Ca a construit l’homme que je suis aujourd’hui. Ma vie est une addition mais une addition joyeuse de ce que j’ai vécu. Grâce à ce cheminement, je me suis forgé mon autonomie. Je n’ai pas eu besoin de psychothérapie. Et je précise que ce livre n’en est pas un règlement de compte, loin de là !. C’est juste l’envie de parler de gens formidables, qui ont vécu des choses formidables et avec qui j’ai vécu des choses formidables. Et je pense que mon bouquin est un livre lumineux.

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Claude Brasseur, magnifique Clemenceau

Vous parlez superbement de votre grand-mère qui a beaucoup participé à votre vie artistique et culturelle…
C’était une femme magnifique, une femme moderne qui avait une incroyable culture. Mon premier choc, je le lui dois, lorsqu’elle m’a amené à la fondation Maeght. Elle adorait l’art sous toutes ses formes et m’en a fait beaucoup profité. Aujourd’hui c’est grâce à elle que j’aime l’art.
C’est pour cela qu’aux photos souvenirs, vous avez préféré illustrer chaque chapitre de dessins ?
Exactement. Tous les livres de souvenirs d’artistes sont illustrés de photos que tout le monde connaît. J’ai trouvé intéressant de présenter ces belles œuvres couleur indigo, signées Cécile Pagès, que nous avons choisies ensemble.
Comment s’est passée cette collaboration ?
J’aimais ses dessins, ses couleurs, je lui ai proposé de collaborer à mon livre, ce qu’elle a accepté. Après quoi, je lui proposais de lire chacun des chapitres et l’on discutait de ce que à quoi je pensais, à ce qu’elle imaginait et ça c’est fait au fur et à mesure. Nous avons même changé des chapitres de place et choisi cette couleur bleue, qui était la couleur préférée de ma grand’mère et la mienne, avec le jaune.
Du coup, pour la couverture du livre, j’ai voulu qu’elle soit dans le même esprit… bleu !
Je crois que ce qu’elle a fait me ressemble. Nous avons une même interprétation de l’art.
Je voulais surtout que le livre soit aussi original, qu’il puisse durer sur la longueur, qu’on ait envie de le reprendre, qu’on puisse en retrouver une trace plus tard.
J’ai lu avec émotion cette dernière de votre spectacle à Ramatuelle où vous jouiez avec votre père « Mon père avait raison ». Et je pourrais dire : j’y étais !
Ah bon, vous étiez là ?
Oui, c’était très émouvant, même si alors, je ne savais pas ce qu’il vous avait dit. Mais on sentait la connivence, la complicité… l’amour.
Ça me fait plaisir que vous disiez cela car c’est l’un des plus moments de ma vie avec mon père. Il y aussi celui où nous nous sommes retrouvés tous les deux sur un bateau à Fréjus. Là, sur l’eau, j’avais mon père rien que pour moi.

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A propos de mer, votre grand’mère vivant à Grimaud, c’est un endroit que vous connaissiez bien… Et vous êtes parti à Sète !
Oui, j’ai beaucoup aimé Saint Tropez à cette époque. Moins maintenant. Sète, j’y étais allé quelquefois car mes parents y allaient. Le hasard a fait que je suis venu y jouer pour la série « Demain nous appartient ». Depuis le temps, j’ai appris à la connaître, à l’aimer et, ayant un peu marre de Paris, j’ai décidé d’y installe ma famille. Je garde un pied à Paris car, quoiqu’on dise, le métier se fait toujours là.
« Demain nous appartient a fait que vous êtes devenu un héros populaire…
Un héros est un bien grand mot car en fait je joue le rôle d’un homme ordinaire, que je ne considère pas très marquant. Mais l’on me fait jouer tellement de choses différentes que ça a un peu rudoyé mon imagination !
Avez-vous votre mot à dire ?
Non, je laisse travailler les scénaristes, je ne suis qu’interprète, je ne participe pas aux scénarios. Mais comme l’équipe s’entend bien, de temps en temps, je propose quelque chose, que les scénaristes prennent ou pas. Mais ils écoutent.
Allons-nous vous retrouver en septembre au festival de la Rochelle ?
Pourquoi pas, si l’on m’y invite ! C’est toujours un plaisir d’y passer et de retrouver le public et plein de connaissances. »

 1M - Copie
Avec Cécile Bois à la Rochelle

Alors rendez-vous est pris… On se retrouve à la Rochelle !
Propos recueillis par Jacques Brachet




Marseille – La Criée
Macha MAKEÏEFF – Robin RENUCCI : Passation de pouvoirs

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Voici 11 ans que Macha Makeïeff œuvre avec talent au Théâtre de la Criée.
Comédienne, metteuse en scène, elle a dirigé ce théâtre avec une sérénité apparente, son sourire et son beau regard bleu. Et elle y a fait du beau travail en créant des spectacles, en recevant artistes et compagnies, en faisant rayonner le lieu mais aussi le spectacle vivant tout autour de Marseille. Entre autre au Liberté, souvent, où elle a travaillé de connivence avec Charles Berling.
L’heure a sonné pour elle de dire au revoir à ce théâtre qu’elle a aimé et qu’elle aimera toujours.
Et voici qu’arrive pour lui succéder, un magnifique homme de théâtre, de cinéma, de télévision, un beau comédien nommé Robin Renucci.
Passionné dès son plus jeune âge par le théâtre, curieusement, c’est le cinéma qui l’appelle d’abord et pas n’importe qui : Deville, Tachella, Corneau, Hossein…
Mais s’il continue sa trajectoire au cinéma et à la télévision où on le verra dans des séries comme « Chefs », « Léonardo » cette année, « Un village français » qui fut un énorme succès et où il réalisera deux films : « La femme d’un seul homme » en 97 et « Sempre vivi » en 2007, le théâtre va très vite l’accaparer, de Planchon à Vitez, de Claudel à Bluwal, de Schiaretti à Lipszy avec qui il a des liens fidèles.
Et alors que c’est Marcel Maréchal qui a ouvert la Criée en 1981 durant 14 ans, aujourd’hui Robin il y devient le cinquième directeur, après avoir dirigé les Tréteaux de France de 2011 à aujourd’hui, ayant succédé à… Marcel Maréchal ! La boucle est bouclée.
Avec Robin, c’est une longue amitié puisque nous nous sommes rencontrés pour la première fois au Festival du film italien de Nice… Il y a plus de trente ans ! Aussi c’est avec plaisir que je le vois se poser à la Criée, où nous continuerons nos rendez-vous.
Premier rendez-vous marseillais ce 31 mai où il est en train de prendre ses marques.

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« Robin, comment et pourquoi te retrouves-tu directeur de ce grand vaisseau ?
C’est une trajectoire. Je ne sais pas si c’est le hasard ou pas mais durant 12 ans j’ai été directeur du Centre Dramatique des Tréteaux de France où j’avais pris la suite de Marcel Maréchal. Je finis mon histoire avec les Tréteaux le 30 juin où j’étais dans une itinérance, où j’allais vers le public. Ça a été une belle mission car le fait d’aller vers les gens m’a beaucoup plu. Aujourd’hui j’aspire peut-être à me poser tout en continuant d’aller vers le public. C’est une nouvelle histoire qui demande à s’accomplir.
Pour répondre à ta question, j’ai été choisi sur une lettre candidatée. Ça a été un long chemin car 26 personnes se présentaient. Puis il en est resté six, trois hommes, trois femmes et après décision de la ville, du département, de la région, de l’état. J’ai été choisi.
Tu arrives donc ici mais la prochaine programmation n’est pas la tienne.
Non, c’est celle de Macha qui m’offrira quelques fenêtres durant la saison. Du 3 au 8 janvier je présenterai « Oblomov » d’Ivan Gontcharov que j’ai mis en scène et que tu as pu voir au Liberté à Toulon », en mars je proposerai « La tendresse », pièce  que j’ai coproduite avec la metteuse en scène Julie Béres et « Phèdre » de Racine que j’ai mis en scène. En juin, je présenterai un spectacle que j’avais monté à Avignon « Enfance à l’œuvre » avec des textes de Romain Gary, Henri Michaux, Marcel Proust, Arthur Rimbaud.
Alors aujourd’hui tu t’installes à Marseille ?
(Il rit) Oui, je vais y habiter, c’est pour moi un accomplissement, un aboutissement. A l’inverse d’artistes, je quitte Paris. Tu sais, aujourd’hui ma carrière est faite et à la Criée, à Marseille, mon but est de travailler à la transmission avec de jeunes comédiens et Dieu sait s’il y en a dans la région, des jeunes compagnies et les troupes locales, les acteurs locaux, les écoles, les universités, les théâtres de la région… Mon leit motiv : création, transmission, formation, éducation populaire. Proposer la pratique à la jeunesse qui est notre avenir. Le but n’est pas de faire des artistes de tout le monde mais de les aider à s’épanouir.
Je vais aussi beaucoup m’entourer de jeunes à tous les postes : les auteurs avec Alice Zeniter, François Cervantes, les metteurs en scène Corine Vignaux et Simon Abkarian… la parité ! Je vais aussi travailler avec deux collectifs : le NTP (Nouveau Théâtre Populaire) et le collectif 49701.
Je serai également entouré de cinq penseurs : Barbara Cassin, philosophe et académicienne,
Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, Laurent Gori, professeur de psychologie, Grégoire Ingold, comédien et metteur en scène, Marie-Christine Bordeaux, maître de conférence .

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Toulon : Macha au Conservatoire TPM, Tobin au festival de Musique

C’est du lourd !
Oui, ce sont de gros projets, un énorme travail avec le recteur en direction des jeunes, de l’enfance à l’université. Un grand volet éducatif et populaire qui me tient à cœur. L’art du théâtre apprend à vivre et cela s’adresse aux élèves mais aussi aux enseignants. L’éducation artistique est un outil de citoyenneté qui nous force à regarder, à penser, à débattre et j’ai envie de travailler avec différents corps : le théâtre bien sûr mais aussi l’Education Nationale, la santé, le corps enseignant étant essentiel. Travailler, donc, avec les écoles mais aussi les hôpitaux, le monde du travail, les maisons de quartiers (il y en a 111 à Marseille !), les centres sociaux, les médiathèques. Œuvre, pratique, pensée, ce sont les trois expériences fondamentales.
Pour mener tout cela à bien, il te faut du temps !
J’en aurai. J’ai été nommé pour quatre ans renouvelables et j’espère bien aller le plus loin possible, si je donne satisfaction !
Tu as eu quelques mots sur le président Macron…
(Il rit) je te rassure, je n’ai pas de conflit avec lui ! Mais de temps en temps, il faut aiguillonner les politiques, rester vigilants, les forcer à regarder et leur rappeler justement que le théâtre est un outil de citoyenneté et la nécessité que l’Etat révise sa politique culturelle, ce qu’il a l’air aujourd’hui de vouloir faire. C’est je crois, ce que nous attendons de lui et lui de nous ».

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Macha Makeïeff nous rejoins, toujours très discrète, préparant l’un de ses derniers spectacles.
« Alors Macha, que dire de ces « Années Criée » ?
Que dire sinon que je n’aime pas regarder en arrière mais que les événements font que je ne peux pas penser à ces onze ans qui viennent de passer.
Je peux dire que cette expérience m’a transformee, indiscutablement. C’est une grande expérience, qui était nouvelle pour moi, que d’accompagner des artistes, de vivre l’effervescence d’une telle maison, d’avoir une préoccupation du public, de chaque instant, de travailler dans une totale collégialité. Ça a été pour moi une émancipation artistique.
Vous êtes née à Marseille ?
Oui et j’ai quitté ma ville alors que j’avais 18 ans. Y revenir et la retrouver furent un grand choc à la fois d’exaltation et d’arrachement car j’avais entretemps fait ma vie ailleurs. D’ailleurs, cette exaltation et cet arrachement sont revenus, au moment du départ. Tel est mon destin.
Et votre destin aujourd’hui ?
Il est multiple puisque j’ai créé une compagnie « Mademoiselle » à Aix-en Provence depuis 2010 et je vais continuer à m’en occuper, je vais avoir plus de temps à consacrer aux arts plastiques, à la lecture et l’écriture, je vais me partager entre ici et Paris où je vis avec ma famille, en décembre je présenterai mon « Tartuffe » et si « Dieu le veut » comme on dit, je monterai en 2024 un « Don Juan ».
Que vous présenterez à la Criée ?
Pourquoi pas ?
Que voulez-vous dire à Robin ?
Tout d’abord je lui souhaite bonne chance et surtout d’être aussi heureux que moi.
Vous savez, j’ai quand même mis deux ans à me faire à ce théâtre. Au début ça a été assez violent mais peu à peu j’ai pris mes marques. Il a seulement fallu un peu de temps.
Le 13 juin, jour de la présentation de la prochaine saison et de la passation de pouvoir, ce sera certainement un moment étrange. J’essayerai de rester stoïque mais onze années ne s’effacent pas. Et ne s’effaceront pas ».

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photocréations.fr


Cécile LIMIER : du Taï Chichuan aux lamas !

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Le 17 juillet 2020 exactement, Cécile Limier, professeure de karaté do et de Taï Chichuan créait l’association «Sport Adapté Santé 83»* dans le but de promouvoir la pratique d’activité physique préventive et thérapeutique, en proposant des programmes personnalisés qui aident à améliorer l’autonomie des personnes et restaurer leur capacité énergétique.
Aujourd’hui l’association regroupe 90 adhérents, 29 hommes et 61 femmes , la majorité étant des personnes atteintes de maladies chroniques, cardio-vasculaires, diabétiques, ou atteinte de cancer, mais aussi des personnes en bonne santé, qui ont besoin de garder une forme physique, retraités, salariés sans emploi ou en situation d’invalidité, des personnes en rupture de liens sociaux, isolées, en précarité… L’éventail est large et on le voit, l’association est ouverte au plus grand nombre.

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«Nous travaillons – nos explique-t-elle – avec de nombreuses associations comme le réseau CapSein, avec lequel nous avons déjà proposé huit ateliers thérapeutiques avec un programme adapté, aux chimiothérapies, radiothérapies, hormonothérapie. Déjà 28 femmes y ont participé, avec ce collectif de professionnels de la pathologie du cancer du sein. Avec aussi de nombreuses collaborations comme le Comité départemental Olympique et sportif,  le Pôle Santé de Six-Fours,et nombre d’associations, avec aussi la mairie de Six-Fours, la Fédération du Sport Adapté, l’association Asalee (Association de Médecins Généralistes et d’Infirmières Déléguées à la Santé Publique) qui regroupe une coopération pluri-professionnelle entre médecins généralistes et infirmiers intégrée au cabinet des praticiens et bien d’autres associations».
Malgré tous les problèmes de Covid, l’année 21/22 a été une année fructueuse et riche en animations et manifestations :
«Tous les premiers jeudis du mois, nous proposons une animation bien-être et découverte, gratuite aux adhérents. Nous organisons également des stages de self-défense pour les femmes, des vrais programmes personnalisés en activité physique santé (APAS) pour des personnes à minimas sociaux ou sans emploi, avec aide au financement, car nous ne voulons laisser personne sur le bord du chemin.
Nous intervenons dans des centres de gériatrie ou hors les murs, en proposant des cours de Taï Chichuan, d’accomplissement corporel, de travail sur l’équilibre et le souffle.
Tout cela afin de rendre courage, force, vigueur aussi bien physiques que psychologiques et aussi d’améliorer la qualité de vie au quotidien et de faire prendre conscience au gens de leur énorme potentiel physique qui est souvent sous-estimé, de leur donner l’envie du dépassement de soi… Et nous obtenons des résultats spectaculaires».

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Mais là ne s’arrête pas la fougue et l’énergie de Cécile Limier qui organise également des ateliers d’écriture avec des intervenants, basés sur une technique de libération émotionnelle. Bien évidemment, des cours de gymnastique taoïste sont aussi proposés afin d’apprendre à bien respirer et conserver sa vitalité. En novembre, des ateliers ont été proposés sur le son, le corps et le regard. Un atelier d’éveil qui a permis aux participants de découvrir le reiki, qui est basé sur la mise ou la remise en contact de l’énergie universelle et la force vitale dans le but d’éveiller un processus dynamique de guérison. En octobre, l’association a participé activement à la Journée Internationale des personnes Âgées.
Et puis, grand moment pour Cécile qui, se trouvant en vacances à Fort de France en décembre/janvier : Se baladant, elle a été attirée comme un aimant par la Maison Sport et Santé… Comme c’est bizarre ! Elle a aussitôt été adoptée par le comité organisateur qui lui a proposé d’animer… quatre ateliers pour 40 patients ! C’est ce que Cécile appelle «ses vacances» ! Elle a été tellement efficace qu’aujourd’hui un pont s’est établi entre Six-Fours où elle habite et Fort de France et que cette collaboration débutée par hasard( mais y a-t-il un hasard ?) va continuer et qu’en plus de tout ce qu’elle fait dans sa région, elle va aller de temps en temps animer des atelier à l’autre bout de la France !
Cette passion pour son travail qui, avoue-t-elle, n’est vraiment pas un travail mais une passion de vie, elle l’a dans ses veines, dans son cœur et chaque fois, elle rencontre des gens formidables qui vont dans la même direction qu’elle, avec qui la communion est magique.
La preuve, il n’y pas plus tard qu’une semaine, elle a emmené 30 personnes, à une rencontre originale… avec des lamas !
Pour ceux qui ne le sauraient pas Benjamin Leroy-Blanc et sa femme Aurélie ont créé, voici quelques années, une ferme pédagogique, un élevage de lamas à Six-Fours**. Ces animaux sont à la fois magnifiques, doux, patients et les rencontrer est un véritable plaisir qui nous apporte un effet apaisant. Tous ont pu les approcher, les caresser, leur faire des câlins. La rencontre fut belle puisque doublée d’une découverte du Qi gong par le maître Louis Wan der Heyoten… Des liens, comme les aime Cécile, ont été immédiats et une collaboration dans le futur a été envisagée.

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C’est le genre d’opportunité qui la rend heureuse :
«J’aime apporter une contribution à l’éveil d’un monde meilleur basé sur la construction d’un chemin de conscience permanent  où l’on avance pas à pas, où l’on se connecte à la pleine confiance de soi pour mener un projet de vie et s’épanouir totalement.
M’entourer des «bonnes personnes», constituer un partenariat avec des qualités humaines, où il y a une même vibration élevante, c’est une  réelle mission de vie. C’est également mettre en avant le talent de chacun et le partager. Pour moi, nous devenons ainsi le terreau d’un changement de société à venir, ouvrant pour le bien commun ».
Si ce ne sont pas paroles d’évangile, ça n’en est pas loin et Cécile, au sourire lumineux et à la sérénité enveloppante, qui vous donne envie de la suivre, n’a pas fini de nous surprendre.
La preuve : durant 4 jeudis (du 24 février au 22 mars de 9h à 12h, Gymnase de la Coudoulière), nous propose quatre ateliers sur le thème : « Le sommeil parlons-en !», avec l’intervention du CODES, de Mireille Etienne, diététicienne, l’activité physique et les impacts sur le sommeil ***
Rien n’arrête notre belle combattante du bienêtre et du rapprochement des hommes et des femmes.

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Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta
*sportadaptesante83.fr – sportadaptésante83@gmail.com
**Var Lamas, 270, Chemin de Courrens – 83140 – Six-Fours
*** Inscription obligatoire pour la thématique «Le sommeil, parlons-en !» ! 30€ pour l’ensemble du programme.

STONE… Vive la chanson !

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Stone, je l’ai évidemment rencontrée… avec Charden !
C’était sur la tournée «Inventaire 66», qui réunissait quelques jeunes chanteurs prometteurs. Il y avait Michel Delpech, Pascal Danel, Stone et Charden, Noël Deschamps et quelques autres artistes qui n’ont fait que passer comme Pussy Cat ou Karine…
On devait se retrouver avec Claude François et Topaloff puis sur une tournée de folie où tous deux partageaient la vedette avec d’autres amis, C.Jérôme, Michel Jonasz… et Charlotte Jullian !
Quelques années passent avant qu’on se retrouve sur les tournées «Âge Tendre»
Embrassades et rires avec Stone, Charden restant un peu en retrait et lorsque je propose à Stone une interview, Charden, qui n’avait pas encore dit un mot, a une réaction étonnante : «Si c’est pour parler de moi, OK si c’est pour parler de Stone et Charden, la page est tournée»
J’ai d’abord cru qu’il plaisantait car alors, que faisait-il sur cette tournée ?
Mais il était sérieux et c’est donc en tête à tête avec Stone, vite rejoint par son sympathique second mari, Mario d’Alba, que je me retrouve et qu’on se retrouve comme si on ne s’était jamais quitté.
Du coup, organisant à St Raphaël «Stars en cuisine», j’invite Annie (son prénom) et Mario à y participer. Et là encore, on s’est bien marré.

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Avec Charden – Avec mario

Il y eut beaucoup d’autres rencontres, avec Michèle Torr, à Partuis sur des fêtes du livre lorsqu’elle a sorti sa bio, en tournée théâtrale avec «Les trois Jeanne» et une autre pièce où l’on retrouvait aussi Sophie Darel «Le clan des veuves»….
Le succès du couple Stone & Charden a été tellement fort durant quelques années, qu’on oublie qu’elle a quand même fait un grand nombre de disques en solo. D’ailleurs, sur «Inventaire 66», elle était déjà avec Charden mais ne chantait pas encore avec lui.
Il était donc nécessaire que Marianne Melody regroupe toutes ses chansons pour nous les offrir sur un double CD où sont regroupées… 50 chansons !
Des chansons que pour certaines, on avait oublié et qu’en écoutant, on se dit : «Ah, mais c’est vrai qu’elle a chanté ça !».
C’est ainsi que nous reviennent en tête «Le jour, la nuit», «Fille ou garçon», «Baby Stone»,
«Vive la France» qu’elle a d’ailleurs reprise ave Charden par la suite, et bien d’autres encore qui d’ailleurs ne sont pas toutes signées Charden., mais Monty, Jean-Michel Rivat, Serge Gainsbourg (Un drôle de «Buffalo Bill !»), Billy Nencioli, Ralph Bernet,  Frédéric Botton,, l’incontournable Didier Barbelivien, Billy Bridge, Jean-Marc Rivière et bien d’autres faiseurs de tubes qui ont fait les beaux jours de nos années sixties.
Même si Stone & Charden, ce sont les années 70 qui en ont fait des machines à tubes !
Et si, après leur séparation, Stone a continué en solo  jusqu’en 86 et où son mari, Mario d’Alba, lui a écrit quelques chansons.
On est donc heureux, pour les plus de…50 ans que nous sommes devenus, de retrouver notre Stone qui ne vieillit pas, qui est toujours aussi rayonnante, même si elle nous annonce sa mort prochaine en riant ! En effet, un médium l’avait prévue en 2017 !!!
Mais elle est heureusement toujours là et c’est toujours un plaisir que de la retrouver.

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«Annie, n’est-ce pas un peu pesant d’âtre toujours considérée comme une entité, une sorte d’aigle à deux têtes ?
Tu sais, ça n’a duré que quatre ans, de 71 à 75, mais quatre années intenses sans un jour de relâche et de respiration où la vie d’artistes et la vie de couple était si liée qu’à un moment on a vraiment eu besoin de respirer chacun de son côté.
Le principal est que, grâce aux enfants, on se soit quitté sans haine et qu’on ait pu, par la suite, se retrouver sereinement et sans bagarre. Moi j’ai varié les plaisirs en chantant, en jouant au théâtre, en écrivant une pièce pour Charlotte Julian. Je voulais me diversifier et surtout prendre le temps de vivre pendant qu’Éric vivait l’œuvre de sa vie avec «Mayflower». Et puis, lorsqu’un producteur nous a parlé d’une compil’ et d’un retour sur scène, au départ on n’y a pas cru. On a donc commencé à faire des télés promo puis, ponctuellement, des spectacles et l’on s’est rendu compte que ça marchait bien. Du coup, Mario a pris les choses en main et c’est reparti… comme en 74 !
Drucker, Sevran, tout le monde nous a rappelés, les disques se sont vendus à une vitesse vertigineuse On était bien entourés par Charles Talar, Jean-Pierre Pasqualini, le patron du magazine «Platine».

Lors de notre dernière rencontre à Pertuis, avec Michèle Torr, elle me disait curieusement : «Je n’ai pas de répertoire seule et ce n’est pas aujourd’hui que je vais m’en faire un, et chanter de nouvelles chansons, de faire un disque… Je me vois mal reprendre toutes ces chansons qui datent de ma jeunesse. Ca n’intéresse plus personne car déjà, plus personne n’achète de disques et on vit dans la nostalgie. Vois le nombre de chanteurs qui font des compilations, des remix, des duos avec d’anciens succès. Nous l’avons d’ailleurs fait avec Charden.
Et ça a marché !
C’est vrai mais Stone et Charden, ça fait partie de l’inconscient collectif, ça représente une époque, des chansons qui ne meurent pas, qui sont dans la nostalgie des gens de notre génération.

Christian SERVANDIER 8 10

Aujourd’hui, avec cet album, on se rend compte de toutes les chansons que tu a enregistrées seule !
Tu sais, ça a duré cinq ans et à l’époque, on faisait quatre 45 tours de quatre chansons par an. Du coup ça en fait beaucoup…
C’est toi qui en as eu l’idée ?
Pas du tout ! C’est Marianne Melody qui l’a eu et j’ai dit OK… à condition de ne rien faire ! Ils ont fait un travail de fou, recherchant toutes les chansons dont je ne me rappelle pas du quart, ils ont traité les contrats… Je n’ai rien fait. D’ailleurs, tu sais à l’époque, quand on sortait quatre chansons par saison, c’était une chance que d’avoir un tube dessus. Et puis du coup, beaucoup ne sont pas intéressantes car il fallait les trouver, ces chansons ! A te dire vrai, j’ai dit oui parce je sais que ce côté collector plaît aux fans.
Tu avais quand même de beaux auteurs et compositeurs !
C’est vrai mais c’était souvent aux même qu’on faisait appel. A cette époque, toute une génération est née. Beaucoup de chansons  étaient des adaptations mais ça ne plaisait pas beaucoup à Éric. Il disait que les français étaient aussi capables d’écrire des chansons. Il y en a donc beaucoup signées de lui.
Du coup, tu vas les rechanter ?
Tu sais, aujourd’hui, on continue à faire des petits galas parce qu’on nous demande. Sinon, je ne suis pas moi-même demandeuse, Je vis à la campagne et je ne refuse pas d’aller chanter lorsqu’on m’appelle. J’y retrouve souvent des copains Alors je chante surtout les succès qu’on a eu avec Éric. Sa voix est enregistrée sur bande et je chante en direct ma partition. Puis je chante quelques chansons, accompagné par Mario à la guitare.
Les dernières fois que nous avons chanté ensemble avec Éric c’était sur les Tournées Âge Tendre. Puis il a voulu tout arrêter et on a juste fait ce dernier disque en duo avant qu’il ne disparaisse.
Mais j’ai continué à avoir des demandes. Après, j’ai aussi varié les plaisirs. Jusqu’à ce que tout s’arrête presque deux ans avec le Covid. Aujourd’hui ça reprend un peu.
Et le théâtre ?
Pour le moment, ce qu’on me propose n’est pas très intéressant. Et puis je dois dire que le théâtre, c’est du boulot et du stress et comme je suis un peu fainéante… je ne cherche pas vraiment !
Je suppose que, même à la campagne, tu as quelques projets ?
Oui, j’ai rencontré Christian Lebon qui organisait des concours de jeunes chanteurs francophones et qui a repris le Chorus Café qui fut à Guy Mardel puis à Pascal Danel. Il reprend donc la formuler et organise des soirées «guests» où il fait venir tous les copains… Dont moi !
Dimanche dernier, c’était blindé !
Ca va faire dix ans qu’Éric nous a quitté… y a-t-il des choses qui vont se passer ?
C’est mon fils qui va s’occuper de ça. Il a un site face book et il a eu l’idée de me faire enregistrer avec lui «L’aventura». En deux jours on a eu 7.000 vues ! Du coup, on va en faire d’autres. Tu te rends compte, il a déjà 50 ans ! Il organisera aussi dans une salle à Paris, une soirée hommage avec quelques amis qui viendront chanter. Je le laisse faire !
Alors te voilà à la campagne ?
Oui, par la force des choses. Tu sais que nous habitons tous ensemble et les enfants ont voulu rénover et agrandir la maison. Du coup, ils nous ont envoyé à la campagne ! Mais on y est très bien.»

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier et Jacques Brachet

ATEF, « The Voice » dix ans après

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Atef, c’est ce Toulonnais à la voix d’ange qui nous avait sidéré et mis le frisson lors de la première saison de l’émission «The Voice». Les quatre fauteuils s’étaient retournés et il avait choisi Garou comme coach. Il était arrivé en demi-finale.
Puis, durant dix ans, il n’a pas arrêté de chanter, a fait des galas, des tournées, un disque en anglais «Perfect stranger», enregistré à Londres où il est un peu chez lui et puis… comme tous les artistes, le Covid l’a confiné et la musique a disparu.
Et quelle surprise de le retrouver dans «The Voice», pour les dix ans de l’émission intitulée pour l’événement «The Voice all stars».
Devant cinq coaches, sont revenus tous ceux qui ont marqué l’émission durant ces dix années. Certains coaches n’ont pas reconnu quelques artistes mais la voix unique d’Atef  les a fait se retourner et c’est Patrick Fiori qui l’a remporté.
Un marseillais, un toulonnais, ça ne pouvait que s’entendre.
Ne l’ayant jamais perdu de vue, sauf durant ces mois interminables, je retrouvais cet air d’adolescent timide (malgré son grand âge !) et c’est donc avec plaisir que je le retrouve inchangé, toujours aussi gentil et volubile. On revient sur son parcours original, loin des rumeurs de la ville dans le petit village varois du Revest où il a choisi de se poser, entre montagnes (enfin, les nôtres !), nature et barrage… un peu à secs en ce moment.
Un havre de paix qu’il a arrangé avec goût, où il vit avec sa famille et où il s’est installé un studio.

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Dix ans séparent ces 2 photos

Alors Atef, comment as-tu vécu ces mois d’enfermement ?
Très mal ! Presque deux ans sans concerts… Un drame !
Depuis dix-sept ans que je chante, c’est la première fois que je m’arrête aussi longtemps. Mais de chez moi, j’ai sévi sur les réseaux sociaux !
On va y revenir mais parlons de l’actualité : comment t’es-tu retrouvé sur «The Voice» ?
Tout simplement parce que la production m’a appelé pour me parler de cet anniversaire qui, au départ, ne devaire l’objet que d’une seule soirée. J’ai été appelé l’un des premiers et j’ai dit oui tout de suite. Après, ça s’est un peu compliqué pour la prod’.
C’est-à-dire ?
Ils ont appelé un nombre incroyable de candidats qui avaient été sélectionnés… qui ont tous dit oui ! Du coup, ils se sont retrouvés à sélectionner 60 candidats qui, évidemment, ne pouvaient pas tous passer dans la même soirée. Du coup, ils ont fait une saison spéciale avec cinq coaches et ça s’est transformé en trois étapes d’auditions à l’aveugle ou chaque coach a choisi dix candidats.
Pour moi, les auditions à l’aveugle se sont bien passées puisque quatre coaches se sont retournés.

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Alors, la question : Et si personne ne s’était retourné, comment l’aurais-tu vécu ?
Assez mal et crois-moi, j’avais un stress pas possible, plus que pour la première audition ! C’était comme si je sautais en parachute sans savoir s’il allait s’ouvrir ! Et puis, je me suis dit qu’on prend tous les jours des risques pour des choses plus graves. Sans compter que j’avais la possibilité de ne pas faire diffuser ma prestation. Donc…
Tu as donc recommencé le même circuit ?
Non, car cette fois, nous faisons simplement partie d’une équipe et chaque chanteur d’une équipe s’est affronté avec le chanteur d’une autre équipe lors de la cross battle .j’étais dans l’équipe de Patrick Fiori. Le truc un peu stressant c’est qu’on ne savait pas avec qui on allait chanter par contre, cette fois, on pouvait choisir la chanson. Souvent les coaches te donnaient des titres que tu ne sentais pas, qui n’allaient ni avec ta voix, ni avec ton style. Là, on a pu choisir.
On l’a su deux jours avant, afin de pouvoir répéter.
Et alors ?
Alors… Tu ne sauras rien ! Je n’ai pas le droit d’en parler, j’ai signé un contrat et si je divulgue quelque chose, j’ai une amende de 30.000€ ! Donc… tu attendras !
Bon, alors parlons d’autre chose : tes projets ?
Ca… je peux en parler !
Je prépare mon second album, cette fois en français. Il devrait s’intituler «Le soleil se lève». Le single est sorti, accompagné d’un clip signé Jill Coulon. C’est l’histoire d’un couple qui tente de traverser la Méditerranée. C’est à la fois humaniste et poétique et tout l’album sera de la même veine, parlant de sujets actuels et d’humanité, sur des musiques des pays du monde  comme l’Afrique, l’Amérique du Sud, des rythmes que j’aime. J’ai écrit textes et musiques.

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Tout à l’heure tu nous parlais des réseaux sociaux… Qu’y as-tu fait ?
J’ai enregistré des chansons en anglais et en français que je mettais en ligne au fur et à mesure. Ça a beaucoup plu à mes abonnés, du coup j’ai eu envie de leur faire un cadeau. J’en ai fait un double album que je leur offre s’ils le veulent. J’ai trouvé ça sympa, ça renforce les liens. J’en ai aussi tiré un single avec la chanson de Daniel Lavoie : «Ils s’aiment», que j’adore.
Et puis, à côté de ça, j’ai écrit une musique pour une pièce de théâtre de Cyril Lecomte qu’il joue aussi, mise en scène par Simon Abkarian, qui travaillent sur l’événement régional «Marseillons».
Du coup, j’ai créé ma propre maison de production ».
Comme on le voit, «The Voice» mène à tout lorsqu’on a du talent, c’est juste un super éclairage, accélérateur de celui-ci et notre Atef n’en manque pas !
Mais comme il n’a rien voulu divulguer, rendez-vous très vite sur l’émission pour voir comment l’aventure a continué pour lui.

Jacques Brachet
Photocreations.fr