Archives de catégorie : Portraits

Stéphanie GUILLAUME… Une dame de coeur

Elle est médecin généraliste… Mais pas que…
Elle est adjointe à la santé de la ville de Six-Fours… Mais pas que…
Elle est aussi une femme de cœur, de passion, d’humanité, d’empathie, qui ne cesse de s’intéresser aux autres, tant en femme politique, qu’en femme médecin… Qu’en femme tout court.
Grâce à elle « Octobre Rose » est devenu une grande fête pour les femmes soignées du cancer ou en rémission. Grâce à elle, « Le bus du cœur » est devenu un passage incontournable, grâce à elle de nombreux médecins et spécialistes sont venus s’installer à Six-Fours, pour ne citer que ces trois exemples majeurs.
Et elle nous l’a encore prouvé en partant en Inde pour remettre à une gamine de neuf ans qui a perdu une jambe, une prothèse qui va changer la vie de cette gamine prénommée Radika.

L’équipe, reçue par la princesse Stéphanie de Monaco

« Le but n’était pas d’apporter et appareiller la prothèse et ne plus rien faire. Le but était aussi d’apporter un suivi jusqu’au moment  où Radika sera pré-autonome.
Quelle a été sa réaction ?
Ça a été une immense joie pour elle. Elle avait une prothèse très lourde qu’elle était obligée de tenir en permanence, ce qui l’empêchait de jouer. Elle devait rester assise en permanence. Et dès qu’on lui a mis la prothèse, elle a été immédiatement à l’aise, après quelques pas, elle a tenu toute seule et le lendemain elle était à l’école, Deux jours après elle dansait lors d’une grande fête organisée pour nous, elle a fait du toboggan, shooté dans un ballon. Elle avait tellement rêvé de ce moment qu’instinctivement elle a fait tout ça sans rééducation, tout naturellement, avec un sourire lumineux.
Pas besoin de mots, on n’avait qu’à voir son visage, sa joie, son sourire rayonnant.
Raconte-nous la genèse de cette aventure.
J’ai rencontré Martine Ackerman, résidente monégasque, qui a fait le tour du monde avec mari et enfants. Elle est allée en Inde où elle a eu un choc en découvrant la misère. Dans ce village, elle a rencontré le chef qui avait la volonté de créer une école pour les filles alors qu’elles n’étaient pas du tout scolarisées et de plus, dès la naissance, elles étaient promises à des mariages arrangés.
Le chef avait des terres, il a mis à disposition un terrain pour construire cette école, avec des professeurs, des cuisinières, les gens de ménage.

Ta rencontre avec Martine ?
Elle s’est faite par une amie commune. Aussitôt ça a fonctionné entre nous car elle est simple, son truc c’est « action-réaction ». Elle a une personnalité très tournée vers l’autre. Elle a créé cette école voilà quatorze ans, « Child Care Monaco » afin que les filles soient scolarisées, alphabétisées et éduquées, elle vient les voir tous les ans durant deux mois, donc ils la connaissent bien. Depuis quatre ans elle a fait construire un espace où elle loge et nous y avons été logés tous les six.
C’est un village près d’une ville ?
Non, c’est un village complètement perdu. Ils sont à une heure de Jaipur mais il faut avoir les moyens d’y aller. Il y a beaucoup de fermiers qui élèvent chèvres, vaches, qui vivent de la terre, des champs de coton, de maïs, ils se déplacent avec des carrioles tirées par des animaux, les femmes coupent l’herbe à la faucille, ils n’ont pas d’eau courante, pas d’électricité,  vivent pieds nus, c’est vraiment le Moyen Âge. Ils vivent dans des baraques qui ne sont pas fermées, mais ils sont heureux ainsi, ils sont très accueillants. C’est un village d’à peu près deux cents personnes. Et ce qui est anachronique c’est que certains ont des motos, quelques-uns ont des portables qui ont été distribués par le maire.
Pour des européens, est-ce difficile de s’adapter ?
Au début oui car il n’y a pas d’eau chaude et on se lavait avec un broc, à l’ancienne. Mais il ne faisait pas froid. C’est éloigné de tout mais, même s’ils n’ont rien, ils partagent ce qu’ils ont, ils ont toujours le sourire, une grande gentillesse, ils sont heureux de partager avec nous le peu qu’ils ont. Ca remet un peu les pendules à l’heure pour nous qui  voulons toujours plus et n’arrivons plus à voir l’essentiel. Ce genre d’expérience ça te fait une bonne piqûre de rappel  et te dire que l’essentiel n’est pas dans ce que tu peux acquérir mais dans ce que tu peux donner. Ce qui est formidable c’est qu’ils ont une capacité à apprendre incroyable, ils sont assidus et sont aussi très zen. L’association leur donne des trousses avec des kits d’hygiène, des blouses et c’est aussi elle qui rémunère les professeurs qui sont sept ou huit hindous.

A combien êtes-vous partis ?
A six. Que des gens de l’association et un jeune médecin monégasque qui s’appelle Emma, qui vient d’avoir sa thèse et rêvait de faire de l’humanitaire, nous a rejoints. Nous n’étions pas trop de deux médecins pour échanger sur des pathologies inhabituelles.
Comment se passaient les échanges pour la langue ?
On avait toujours une des professeurs qui parlait anglais, sinon, nous utilisions Google traduction, ce qui permettait  sur des choses un peu plus techniques sur le plan médical, de mieux préciser les problématiques. Il n’y a aucun médicament, aucun antibiotique sur place, l’hôpital est lion et onéreux mais ils sont tous plutôt en bonne santé, malgré quelques carences  avec des risques de malformation.
Tu es restée combien de temps ?
Deux semaines dont huit jours dans l’école, on a visité l’orphelinat pour garçons que Martine a créé, ainsi qu’un bibliobus, on a  amené ces enfants, qui n’étaient jamais sortis de l’orphelinat, visiter le Taj Mahal. Ils ont aussi pris le bus pour la première fois, on les a amenés manger dans une sorte de self . Ils étaient heureux de tout ce qu’ils découvraient. Par conte Jaipur est une ville très sale où s’entassent des détritus partout, des animaux morts. Il y a une énorme éducation à faire à ce niveau. C’est l’effervescence, le chaos organisé entre charrettes, vélos, touktouks, camions, scooters, tracteurs… Et des clacksons sans arrêt.
Pour en revenir à Radika, comment ses parents ont-ils réagis à votre venue ?
Ils n’arrêtaient pas de nous remercier, très reconnaissants de ce qu’on leur apportait. Ils ont appris comment mettre la prothèse. Il y avait avec nous le représentant de l’association qui traduisait afin qu’ils comprennent bien. C’est un peu un miracle que Radika soit en vie donc ils étaient heureux.
Qu’a-t-elle eu exactement ?
Une maladie qui s’apparente à un cancer des os des enfants. Elle a dû être amputée et elle a eu la chance de ne pas avoir de complication. Le moignon a bien cicatrisé et on a pu mettre la prothèse sans problème. Elle s’est emboitée comme un gant.


Cette prothèse va devoir évoluer avec la croissance de la gamine ?
Globalement, ce ne sont pas des gens très grands mais le prothésiste a fait une prothèse évolutive. Il l’a faite dans un matériau super léger, en carbone. Au niveau du tibia, il y a plusieurs longueurs de tiges pour pouvoir faire croitre la prothèse. Elle est totalement réglable en fonction de l’angulation du pied et de la croissance du moignon. Elle devrait la garder à peu près deux ans s’il n’y a pas de problème. C’est de la haute technologie et elle a été offerte à l’association par BTC Orthopédie qui s’est engagée à suivre l’évolution de la gamine jusqu’à ce qu’après celle-ci, elle puisse vivre sa vie avec une prothèse définitive.
L’association va aussi la suivre ?
Evidemment, ce n’est pas un « one shot », nous allons l’accompagner le plus qu’on pourra et je me suis engagée à ce qu’elle ait les soins nécessaires.
C’est une belle aventure humaine ?
Ah oui ! Nous nous sommes toutes bien entendues malgré l’exiguïté du local où nous vivions. Nous étions deux médecins, une comptable, une coiffeuse,  une entrepreneuse d’électricité, il n’y avait pas que du médical et chacun apportait sa touche. Il y avait une très belle entraide, un bel état d’esprit, convergeant vers un même projet.
Martine a développé un pôle en Inde, développé un projet en Afrique du Sud et elle a un projet pour le Népal pour lequel j’aimerais être à l’origine avec elle. J’ai toujours voulu faire de l’humanitaire mais je n’avais pas encore pu concrétiser.
C’est une expérience extraordinaire. J’ai adoré ce regard des enfants, cette joie. Et je pense que ça ne peut pas s’arrêter là.

Tu penses créer quelque chose à Six-Fours ?
Pourquoi pas ? J’aimerais créer un relais pour continuer cet élan, en Inde ou dans un autre pays car pour moi, qui soigne journellement les gens, une telle expérience m’apporte énormément. Il y a encore tellement de gens qui ont besoin d’aide et de voir leur regard quand tu leur apportes quelque chose, c’est une grande joie, une grande émotion. On a créé des groupes WhatsApp afin qu’il y ait un suivi sur tout ce qu’il y a à continuer de faire en interagissant avec les gens de là-bas ».


Bravo à cette magnifique équipe qui a eu l’honneur d’être reçue par la princesse Stéphanie de Monaco, et qui a de très beaux projets.
Et l’on est fier qu’aujourd’hui, dans cette équipe, il y ait une six-fournaise qui fait déjà tant pour cette ville, soutenu par son maire Jean-Sébastien Vialatte.
A suivre…
Jacques Brachet




Festival « Femmes ! »… Promis, jurés !

Depuis l’an dernier, le festival « Femmes ! » a innové en créant, hormis le prix du public, le prix du jury et le prix de la meilleure actrice.
Ce qui donnait un peu plus de poids à ce festival dédié à la femme.
Le sujet choisi, cette année est le duo, quel qu’il soit et le jury doit voter autour de sept films.
Et le jury choisi est composé de deux femmes, deux hommes, pour la parité et une présidente, ce qui était la moindre des choses dans un tel festival.
Ce sont tous des professionnels et ils ont l’avantage d’être régionaux. J’ai déjà rencontré certains dans le cadre d’une rencontre et tous ont un point commun : la passion du cinéma.
Comme le chantait Christophe, je vais, je vais vous les présenter ! Et bien sûr, nous commençons par la présidente : Michèle JEAN.
« Qui suis-je ? Grand problème philosophique !
Je suis d’abord une femme, je travaille pour un festival de femmes, je défends la cause des femmes et je suis cinéphile. Ça te va, Jacques ?
Oui mais pas que… Le festival dont tu parles est bien sûr celui-ci ?
Oui, j’en suis la vice-présidente,  responsable de tout ce qui est artistique, dont la programmation. Avec Mireille Vercellino et Martine Patentreger, nous visionnons beaucoup de films, nous allons dansquelques festivals, les réalisateurs nous envoient aussi des liens et nous voyons ainsi les films en avant-première.
Combien de films avez-vous vus toutes les trois ?
Pour un choix de 46 on en voit plus d’une centaine. Nous les choisissons en fonction de la thématique qui est cette année les duos. Ce pouvait donc être une sœur, une amie, une fille, un mari… Toujours des couples ou des duos. Des films d’une certaine profondeur car nous voulons faire passer un message. C’est ce que veut dire le cinéma. Le cinéma est là pour quelque chose, comme faire réfléchir les gens.
Je voudrais préciser que nous travaillons avec Noémie Dumas, la directrice du Six N’Etoiles, et qu’elle fait un magnifique travail dans ce cinéma.
Choukri BEN MERIEM
Je suis acteur, réalisateur, producteur. Je viens, avec mon équipe, de présenter un pilote d’une série qui porte sur la légende des deux frères que nous avons tourné sur la plage des Sablettes en septembre dernier. Nous l’avons présenté à Toulon fin novembre,  dans un festival à Londres et nous continuons afin de trouver un financement pour les prochains épisodes.
Tu connais donc la région ?
Oui, puisque j’ai grandi à la Seyne-sur-mer, j’ai travaillé une dizaine d’années sur Paris, deux ans à Londres et je suis revenu à cause du covid. Je ne pensais pas rester mais j’ai trouvé un projet sur cette légende locale. Et je suis resté !
Comment es-tu venu au cinéma ?
Je suis tombé dedans lorsque j’étais petit, j’ai toujours aimé le cinéma, les westerns en noir et blanc et cette passion s’est développée au fur et à mesure. Je me suis intéressé au cinéma indépendant, la technique, la musique qui va avec, les bruitages…
Toujours dans la réalisation ?
J’en suis à ma troisième réalisation. Je suis aussi acteur mais j’ai voulu diversifier mes activités.
En tant qu’acteur où a-t-on pu te voir ?
Dans des courts métrages français et anglais.
Comment te retrouves-tu dans le jury ?
Parce qu’on me l’a proposé ! Dans les années précédentes j’étais festivalier et du coup, cette année, on m’a demandé d’y venir en tant que juré.

Michèle Jean
Template
Justine Foulani

Justine FOULANI
Justine, on se connaît car c’est toi qui nous accueilles au Six N’Etoiles, avec Noémie Dumas. Comment viens-tu au cinéma ?
Je suis originaire d’Occitanie, d’Ales, Nîmes, exactement et il y a un an que je travaille au Six N’Etoiles. Depuis que je suis enfant j’aime voir des films. Ça m’a suivi jusqu’à mon adolescence, puis, dans mes études, je me suis orientée dans le secteur du cinéma, j’ai entre autre découvert la diffusion. Essayer de montrer au public des films qui ne sont pas des blockbusters , souvent des films qui ne sont pas particulièrement grand public, comment les amener justement au public et c’est un vrai travail et c’est ce qui m’a passionnée. Puis j’ai travaillé aussi dans la distribution de documentaires qui ont du mal à trouver leur public, en les programmant justement dans des cinémas. C’est comme ça que je suis entrée en contact avec le Six N’Etoiles en tant qu’animatrice, pour mettre en place des animations pour le jeune public, organiser des débats, trouver des partenariats avec des associations locales pour faire connaître ces films.
Es-tu intéressée de devenir toi-même distributrice ?
Pas vraiment car je me suis rendu compte que j’étais surtout en contact avec les exploitants et pas assez avec le public, ce que je n’ai pas retrouvé dans la distribution. J’aime le contact avec le public. Nous organisons avec Noémie des petites projections que nous recevons, que nous voyons en amont afin de voir ce que nous pouvons faire comme animation à travers ces films. J’essaie d’aller dans quelques festivals, comme Cannes et le festival « Itinérances » d’Alès qui est un chouette festival et je fais aussi en sorte de découvrir les locaux.
Nicolas PABAN
Difficile de te faire « re » parler puisqu’on a eu l’occasion de se rencontrer ! Tu es venu comment au cinéma ?
En voiture ! Pas de loin puisque je suis toulonnais ! Plus sérieusement, c’est un rêve d’enfant mais j’ai mis du temps à passe à l’action. Je n’ai pas fait d’école de cinéma mais un jour j’ai eu la maturité de me dire que si j’avais cette envie, il fallait la réaliser, sans se poser de questions. A partir de là, j’ai fait beaucoup de courts métrages, j’ai appris sur le tas, en faisant des erreurs, j’ai appris de film en film et je n’ai jamais arrêté en restant à Toulon.
Fier d’être toulonnais ?
Non. On n’a pas à être fièr d’être né quelque part, d’être né tout court ! Mais j’aime ma région.
Tu as fait combien de courts métrages ?
Difficile de les compter, car en fait,  j’en faisais déjà tout gamin mais je ne peux pas les compter dans ma filmographie. Disons une quinzaine qui ont été vus dans des festivalss, des salles de cinéma.
N’es-tu pas tenté par un long métrage ?
Peut-être mais je considère que ce n’est pas une fin en soi. Il faut beaucoup d’aides, de financements conséquents. Mais je suis très heureux de faire des courts métrages parce que c’est du cinéma et qu’en priorité j’ai envie de faire du cinéma.
Et peut-on en vivre ?
Oui, j’en vis, sinon je serais malheureux… C’est ce qui fait que je me sens vivant.

Nicolas Paban
Carla Lauzier
Choukri Ben Meriem

Carla LAUZIER
Je suis six-fournaise. J’habite à Six-Fours mais je travaille à Aubagne, je suis monteuse de courts métrages, j’ai fait des études de cinéma et je travaille à l’école de La Satis à Aubagne, qui est une école de cinéma. J’y enseigne le montage et la post production.
Comment es-tu venue à ce métier ?
Tardivement car j’ai d’abord fait des études de langue étrangère (Anglais, Italien, Arabe…) Je voulais devenir interprète.Finalement j’ai changé de voie car pour bien gagner sa vie il faut faire du droit travailler au sein de l’ONU par exemple et ce n’était pas une voie qui me correspondait. J’ai décidé d’arrêter et de me poser la question : Qu’est-ce que tu veux faire ?
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est regarder des films, les analyser. Je me suis alors lancée dans une licence de cinéma sans vraiment savoir dans quelle discipline je voulais aller. J’en ai découvert tous les aspects et en découvrant le montage, c’est une passion qui s’est débloquée. J’ai commencé à faire des montages de films…
Quels films ?
J’ai été en stage sur plusieurs séries comme « Plus belle la vie », sur Amazon avec Jean Dujardin, Charlotte Gainsbourg, ensuite, j’ai commencé à avoir des contacts, des rencontres et monter des courts métrages.
N’as-tu pas essayé d’aller sur Paris ?
Non, c’est un choix, Paris ça n’était pas une vie qui me correspondait pas et je suis très heureuse de pouvoir travailler dans la région et entre autres dans l’école où j’ai été formée.
A côté je travaille en free-lance et ça me convient très bien. L’école m’ouvre beaucoup de contacte car on travaille avec beaucoup de partenaires. Les réseaux marchent bien.
Comment es-tu devenue juré sur ce festival ?
En fait, je connais Mireille Vercellino qui a été présidente de l’association « Lumières du Sud », avant que ma mère, Michèle Attard ne lui succède et je faisais partie de l’association. Du coup, elle m’a proposé d’être juré ».

Le club des cinq réuni, comment vont-ils travailler ?
D’abord, me disent-ile, en se découvrant puisqu’ils ne se connaissaient pas. Et je suis heureux que cette rencontre les fasse se découvrir l’un l’autre. Ensuite bien sûr, il y a les projections, l’analyse du film, les différentes techniques du tournage et surtout et avant tout le ressenti, l’émotion que le film a suscité chez chacun. Puis, il faudra choisir la meilleure actrice et là, ils ont l’embarras du choix !

A suivre donc !
Jacques Brachet

Philippe VAÏSSE, un repéreur heureux.

Qu’est-ce qu’un repéreur, me direz-vous ? C’est quelqu’un qui fait… des repérages !
Mais pas n’importe lesquels puisqu’il s’agit de cinéma.
C’est lui qui, pour les besoins d’un tournage, recherche le site, la maison, le paysage dont a besoin le réalisateur.
C’est ainsi qu’il vadrouille un peu partout dans le Var et ses environs pour trouver le coin de mer ou de montagne, la maison, l’appartement dont a besoin le réalisateur pour y installer ses comédiens.
Seynois d’origine et n’ayant jamais voulu quitter la Seyne d’où il est enraciné, il a fait un parcours sans faute pour trouver enfin le métier qu’il aime et dont le titre n’est pas encore dans le dictionnaire : repéreur.
Et Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud, l’a… repéré et invité à nous parler de ce métier original et, on pourrait dire, ancestral puisqu’il existe depuis qu’est né le cinéma.
Garçon passionné et volubile, c’est un plaisir que de discuter avec lui et de comprendre combien, ce métier est important dans la construction d’un film.

« Philippe, commençons par le commencement : D’où venez-vous ?
De la Seyne-sur-mer ! Je suis née il y a longtemps… En 77 ! A Ollioules, à la clinique Malartic, j’ai fait mes études au lycée Beaussier à la Seyne, où je vis toujours, puis au collège Paul Eluard…
Et comment êtes-vous venu au cinéma ?
Par une anecdote qui a marqué mon histoire d’amour avec le cinéma. J’avais alors une quinzaine d’années, nous avions eu une petite embrouille avec ma bande de copains, nous étions fâchés et du coup, nous sommes allés au cinéma voir « Star Gate . Ce n’est pas le film du siècle mais je suis transporté, ça m’a emmené ailleurs, tout comme mes copains et à la sortie nous ne sommes plus du tout fâchés ! C’est là que je me suis dit que le cinéma c’était magique et que j’aimerais un jour mettre des étoiles dans les yeux des gens.
Par quoi ça a commencé ?
Par l’écriture. A partir de 19 ans j’ai commencé à écrire des histoires que j’envisageais d’adapter en film.

Le cinéma fait déjà partie de votre ambiance familiale?
Je dois dire qu’au départ mes parents sont un peu inquiets de me voir aller vers ce milieu mais ils m’ont toujours soutenu. Il faut dire qu’ils ont une vision très ouverte sur la culture,  ma mère est à la fois prof de Français et d’arts plastiques, mon père est un fan de littérature et de musique. Je baignais déjà dans ce milieu culturel et artistique. Ils m’ont alors dit, comme nombre de parents : « Le cinéma c’est bien mais… si d’abord tu peux faire quelques études classiques histoire d’avoir un bagage si ça ne marche pas » ! J’ai donc fait des études d’économie-gestion, je suis allé jusqu’à la maîtrise mais je me suis arrêté au milieu de la quatrième année car je savais que ce n’était pas mon truc.
Et alors ?
J’avais déjà écrit plusieurs histoires pour des courts-métrages et il y avait une frustration. J’ai alors commencé des études  cinéma-photo en arts du spectacle à la fac de Lyon. C’est là que j’ai travaillé ma culture cinématographique que je ne connaissais que grâce à mon père à travers les films qu’il aimait comme « Soleil vert », « Little big man », « La horde sauvage ». .. Ces films ont marqué mon enfance. C’est aussi à la fac que j’ai découvert la photographie.. J’ai réalisé des premiers courts-métrages d’études, je me suis spécialisé dans le montage. A la fin  de ma troisième année, je suis revenu chez moi et avec des amis, nous avons monté une télé sur Internet. C’était en 2003, la web TV n’existait pas encore et nous l’avons appelée « Baboite TV ». Nous proposions des reportages sur l’activité culturelle de Toulon et ses environs, pour montrer qu’il se passait beaucoup de choses sur notre région.

Ça a duré longtemps ?
Jusqu’en 2008. Pour moi, c’était une première approche de l’audio-visuel mais j’avais toujours en moi cette envie de créer des films. Un jour, en 2007, mon père me raconte un rêve absurde qu’il a fait et ça a été le déclic qui me fait écrire un court-métrage de cette histoire. Grâce à ce scénario, j’obtiens une bourse du ministère de l’éducation et de la culture dans une sction qui s’appelait « Envie d’agir ». Je tourne ce court-métrage qui s’appellera « De passage », avec des professionnels du cinéma de Marseille. C’est une semaine de rêve et une révélation. La concrétisation de ce que j’ai envie de faire. Ce court-métrage de 13 minutes sort un an après, sans dialogue et en couleur. Il sera suivi  d’un second court-métrage en 16 mm, en une journée, développée à l’ancienne.
Et c’est quoi ?
« Hors champ ». Une toute petite comédie burlesque de 3 minutes car nous n’avions qu’une bobine ! On le tourne avec la même équipe dont Jérôme Carle mon chef opérateur, qui était un professionnel et qui m’a poussé à suivre la route. A partir de là, on est en, 2009, je commence à envoyer des CV. Un mois après on m’appelle et on me propose un renfort sur une publicité pour la Poste qui se tourne à Venelle, au-dessus d’Aix-en-Provence. Il faut être sur le plateau à 5 heures ! Je venais d’avoir un enfant avec, comme souvent, des nuits compliquées mais je ne pouvais pas rater ça ! Ça a été mon premier contrat de régisseur.
Depuis ça ne s’est jamais arrêté.

Et vous avez fait quoi ?
D’abord régisseur sur des renforts puis j’ai fait un film en entier, des choses récurrentes dans la région, j’intègre des équipes avec qui je travaille régulièrement. D’assistant régisseur je passe adjoint. Vers 2O14 je commence à développer des tournages sur le Var et l’aire toulonnaise. Et en 2016, on me propose d’être repéreur sur le film de Gérard Jugnot « C’est beau la vie quand on y pense » dont une parie est tournée à Toulon. C’est donc mon premier film en tant que responsable des repérages. Le travail était de trouver les différents décors qui allaient servir au tournage.
Commencer avec Gérard Jugnot, c’est pas mal !
Oui, l’expérience se passe super bien, Gérard Jugnot est un gars adorable très à l’écoute de ce qu’on peut lui proposer, très conscient du fait qu’un bon film se fait de façon collégiale, chacun ayant quelque chose à amener. Ce n’est pas le mec qui sait tout, qui fait mieux que tout le monde. C’est un type très ouvert.
Du coup, vous arrêtez d’être régisseur ?
Non, car ce sont deux métiers complémentaires et après avoir trouvé les décors du film, j’organise la logistique  autour des décors que j’ai trouvé.
Je deviens d’ailleurs régisseur général sur un film tourné à Cherbourg « Les cadors » avec Jean-Paul Rouve, Michel Blanc, Marie Gillain…. C’était en 2022 et ce sera mon dernier film en tant que régisseur.

Pourquoi arrêter ?
C’est un métier très prenant car on est de la préparation du film jusqu’au tournage, on doit régler tous les problèmes, vingt-quatre sur vingt-quatre, même les week-ends. Pour ce film je suis parti trois mois et-demi de chez moi et pour la vie de famille c’est très compliqué.
Repéreur c’est moins compliqué !
En repérage, on me donne un scénario, la description des décors à trouver et à moi de me débrouiller, contacter, chercher, fouiller, me perdre quelquefois et aussi aller à la découverte de gens que je rencontre, qui m’ouvrent leurs maisons. Ce peuvent être des décors naturels, institutionnels, privés.
Vous n’êtes pas en concurrence de la Commission du Film du Var ?
Pas du tout car elle accompagne les productions de films qui viennent tourner dans la région ou le département, ils ont une base de données de décors très centralisée sur l’Est varois, la région de Saint-Tropez, le bassin de Fréjus, ils sont moins actifs sur la partie toulonnaise. Il y a aussi le bureau des tournages de TPM mais nous travaillons tous main dans la main, chacun fait appel à l’autre, on s’échange des informations. C’est un vrai travail de partage. C’est un métier de réseaux. C’est comme ça que j’ai travaillé sur des séries comme « Cimetière Indien » ou « Tom et Lola »
Pas de frustration de ne plus être scénariste et réalisateur ?
Depuis deux ans et demi, je me suis mis à l’écriture littéraire. J’ai sorti un premier roman « L’arbre et la colline » (Ed Presses du Midi), je suis sur un second roman et j’ai trouvé dans l’écriture littéraire une liberté sans limites. Lorsqu’on écrit un scénario et qu’on veut l’adapter, il y a toujours un moment où se fait un arbitrage entre l’artistique et l’argent et c’est souvent là qu’on est frustré car il faut couper, retailler enlever des trucs qui coûtent trop cher. Mais dans l’écriture littéraire, jamais personne ne va me dire que mon décor est trop cher ! Mon prochain roman se passe en Islande où je suis allé. Je n’aurai pas une production qui me dira « Trop loin, trop cher ». Aujourd’hui, cette liberté compense largement le fait de ne plus être derrière la caméra. Même si ça a été une expérience superbe…. Et il ne faut pas dire jamais mais je n’ai aucune frustration.
Romancier et repéreur sont des métiers de solitaire. Et ça, ça me plait ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Agustin GALIANA :
Un homme debout et tellement attachant

Il a un regard lumineux venu d’Espagne, un sourire carnassier.
Agustin est un être solaire… Et pourtant…
Pourtant il revient de loin et le chemin d’Espagne à la France a été un chemin semé d’embûches, de drames, de blessures, d’angoisse, de frustration.
Dès le départ il est né à l’ombre d’une petite sœur morte à quelques mois et lui arrivant, il a, en quelque sorte, eu le rôle de remplaçant, et il a mis du temps à s’en remettre. Sans compter le départ de la maison de son père dont il n’a su le fin mot que des années plus tard, vivant avec l’idée que celui-ci était « le méchant » qui a abandonné la famille.
Tout cela ne fait pas une enfance heureuse permettant à un gamin de s’éclore et de vivre une adolescence insouciante.
Heureusement, la danse l’a sauvé, dès les premières années où il s’enfermait dans sa chambre pour qu’on ne le voie pas faire « ce qui n’était pas convenable ».
De la danse au théâtre, du théâtre à la musique, il a ainsi pris des chemins de traverse avec des joies, des déceptions, jusqu’à ce qu’il décide de quitter son pays et sa famille, trop lourds de souvenirs et de venir en France.
Le chemin fut long. Et là, après pas mal de déboires, il y a eu « Clem », cette série qui l’a révélé au public, jouant avec une mère de substitution, l’actrice espagnole Victoria Abril. Puis il y a eu « Danse avec les stars » qu’il a gagné haut la main, l’a fait s’épanouir et exploser auprès du public. La danse est revenue en même temps que la musique, ses disques ayant fait des succès. Sans compter la série « Ici tout commence » et puis « Mask Singer » qu’il a remporté !
Aujourd’hui tout lui sourit et il a décidé d’écrire ce chemin qui ne fut pas un long fleuve tranquille, qui a mis du temps à le faire passer de l’ombre à la lumière. Il fut longtemps dans le doute, l’angoisse, les blessures mais aujourd’hui, on peut dire qu’il est devenu un homme. L’homme qu’il voulait être, l’homme heureux qui s’est enfin déshabillé du fardeau qu’il a longtemps porté.
Son histoire est bouleversante et je peux avouer qu’il ne m’était plus arrivé d’avoir la larme à l’œil du début à la fin de sa bio « Un homme debout » (Ed Leduc). Une fin où il parle au petit garçon de six ans qu’il fut et qu’aujourd’hui il a appris à aimer. Fin à la fois originale et très émouvante.
Agustin est un être attachant, radieux, qu’on a envie d’avoir pour frère ou pour ami.
Et envie de parler avec lui de ce long chemin vers la paix et la sérénité.

« Agustin, votre bio est bouleversante…
Je suis ravi de ce que vous me dites. Mon but était de toucher les gens et je crois que j’ai été entendu. Mais vous savez, c’est l’histoire  d’un homme lambda, d’un homme ordinaire en fait car il y a beaucoup de gens qui ont dû vivre une histoire similaire. Ce n’est pas vraiment une biographie, c’est un bilan  et, si l’on va un peu plus loin, c’est l’histoire d’un homme qui a tout fait pour s’en sortir, avec des peines, des joies. Une histoire qui n’est pas simple mais qui m’a fait devenir l’homme que je suis aujourd’hui.
Comment avez-vous écrit ce livre ?
Avec l’aide de Ruthy Avayou qui, durant deux mois et demi m’a écouté, m’a fait parler.
Par moments ça n’a pas été facile car ça a fait remonter beaucoup de choses, beaucoup de souvenirs pénibles. Ça a été quelquefois compliqué. Et même ensuite, une fois écrit, de le relire a été par moments difficile. J’ai enlevé certaines choses, j’en ai rajouté d’autres mais finalement, ça m’a fait du bien.
Il semble qu’après tout ce vous est arrivé, tout ce soit arrangé une fois à Paris…
Durant quatre ans, je n’ai pas travaillé mais il fallait que je me reconstruise ailleurs que dans mon pays que je sorte de ce que j’y ai vécu.
Et pourquoi Paris ?
D’abord parce que ce n’était pas loin de chez moi et que j’avais un ami qui pouvait m’y loger.

Vous ne parliez pas français, malgré un père qui était professeur de Français…
C’est vrai, mais je dois dire que, coupé de mon père, il n’a jamais eu l’occasion de m’apprendre le français. Et, puis, vu les circonstances, je n’avais jamais été demandeur. Le rapprochement avec mon père a été lorsque j’ai appris la véritable histoire de son départ de la maison. Mais auparavant, je refusais tout de lui et je ne serais jamais allé lui demander quoi que ce soit. Donc j’ai appris le français en France !
Et voilà qu’on vous propose un rôle dans la série « Clem » où vous vous retrouvez avec Victoria Abril, qui joue votre mère !
Oui, ça a été un beau cadeau de la vie. Me retrouver avec l’une des plus grandes actrices espagnoles, qui a joué avec Pedro Almodovar, c’était tout simplement merveilleux. Ella a été une mère magnifique et grâce à elle, j’ai beaucoup appris.
Il se trouve qu’en Espagne vous aviez joué avec une autre actrice d’Almodovar : Carmen Maura… Il vous les faut toutes !
(Il rit). C’est vrai, j’ai eu cette chance en 2006 de jouer avec elle dans une série… J’y jouais le copain de sa nièce. C’est déjà loin mais c’est un beau souvenir. Il faut dire qu’Almodovar sait choisir ses comédiennes !
Le succès commence à arriver car grâce à « Clem » la série devient très populaire et vous fait connaître… Et depuis ce succès, vous n’avez pas arrêté…
C’est vrai que tout s’est enchaîné. Grâce à « Danse avec les stars », je suis revenu à mon premier amour, la danse… Et j’ai eu la chance de gagner. Durant cette émission, je préparais un disque (J’en avais sorti deux en Espagne) « Enamorado » et lorsqu’il est sorti ça a été un succès. L’émission a bien aidé le disque à marcher. On est passé près du disque d’or ! Du coup, j’ai pu faire une tournée qui a bien marché. Puis il y a eu mon passage dans la série

Puis « Mask Singer »… Encore un succès !
C’est vrai puisque j’ai gagné sous le costume de l’hippopotame !
Pour en revenir à la chanson… en français, comptez-vous le sortir en Espagne ?
Je ne crois pas, justement parce qu’il est en français et qu’en Espagne, je ne serais qu’un espagnol de plus qui chante, qui plus est, chante en français. De toute façon, depuis mes succès en France, personne n’est venu me chercher en Espagne. Bizarrement, c’est la Belgique qui m’a appelé.
Alors, chanteur, comédien danseur… Où vous sentez-vous le mieux ?
Partout où je peux faire quelque chose que j’aime. Aujourd’hui je suis libre de choisir de bons projets, où qu’ils soient, quels qu’ils soient et j’en profite. Je peux dire non si ça ne me dis rien. J’ai envie de m’épanouir dans des choses que j’aime.
Que sera donc 2026 ?
J’ai des projets de tournage, des projets de chansons. Pour les tournages, je ne peux pas en parler, pour la chanson, il y aura certainement un disque et une tournée. Mais je ne sais pas encore dans quel ordre. Mais tout viendra en temps utile. » 

A suivre donc. En tout cas, ce fut un joli moment de conversation avec ce garçon qui est d’une grande gentillesse, d’une belle simplicité qui se raconte avec ce bel accent ensoleillé et qu’on espère retrouver très vite.
Jacques Brachet

Rendez-vous avec GOTLIB

C’est une histoire de génie, d’amour, de déconnade, de folie douce et de modestie : comment Marcel est-il devenu Gotlib ?
C’est l’histoire de l’homme caché derrière l’artiste, à moins que ce ne soit l’inverse. Un homme avec ses fêlures, son énergie, sa résilience, son talent et la découverte du superpouvoir de l’humour. De son destin d’enfant caché pendant la guerre à la création de « Fluide Glacial », de ses premières amours à la « Rubrique-à-Brac », des années « Pilote »et de sa rencontre avec Goscinny à l’aventure de «  l’Echo des Savanes », la vie du maestro de la bande dessinée comme si vous y étiez ou presque, discrètement posé sur son épaule façon coccinelle.
Marcel Nordekhaï Gottlieb est né en 1934 et nous a quittés en 2016. Anecdote croustillante, il est né le 14 juillet ! Du coup on fête ses anniversaires en fanfare et en bleu, blanc, rouge !
Pour ce projet grandiose d’une biographie en BD, ce sont deux « tueurs » qui ont été choisis : Arnaud de Gouëffe, romancier, scénariste de BD, auteur de pièces de théâtre, compositeur. Et Julien Solé, fils de Jean, dessinateur, Qui est illustrateur, de BD, auteur de dessins animés, infographe, auteur de fresques. Deux pointures qui nous racontent comment ils en sont venus là.

« Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé, racontez-nous la genèse de ce projet.

Arnaud: Le premier souvenir que j’ai de Gotlib, c’est au CDI du collège de Saint-Hilaire du Harcouët, au détour d’une pile de BD. Le livre s’appelait « Trucs-en-Vrac », et j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de quelque chose d’absolument spécial, qui ne correspondait à riende ce que je connaissais, qui ne ressemblait ni à « Pif, » ni à « Tintin », ni à « Astérix ».
Une sorte de BD tombée de l’espace, porteuse d’un message émancipateur et révolutionnaire. Même si c’était drôle, très drôle, à se tordre vraiment, c’était aussi d’un sérieux implacable, c’était la notice de la mécanique du rire en même temps qu’un précis qu’on aurait pu renommer “Comment faire une bande dessinée”, “Comment créer des personnages”, “Comment construire une histoire”, “Qu’est-ce qu’une ellipse et comment s’en servir comme d’une clef universelle pour boulonner des récits”, etc. Un rire à la fois oulipien et punk qui est celui de Gotlib.
Bref, LE livre avec tout dedans : la notice, et le rire pour se moquer de la notice, le briquet, l’étincelle, le bâton de dynamite et carrément le tonneau de poudre. C’est comme ça que je suis devenu scénariste, d’un coup sur la tête, comme le Newton de Gotlib avec sa pomme.
Quand « Fluide Glacial » nous a proposé, à Julien et moi, de raconter sa vie en bande dessinée, je me suis senti évidemment plus qu’intimidé. Et je crois que ça a été pareil pour Julien, d’autant que ça se conjugue pour lui avec sa propre histoire familiale, même si je trouve que Julien est vraiment le fils spirituel de Gotlib, dans sa capacité à dessiner avec une virtuosité et une drôlerie conjuguées.
Julien : Quand la rédaction de « Fluide Glacial » nous propose le projet, je sens assez vite quel genre de montagne à gravir cela va être !
Pas le droit de se planter, trop d’enjeux personnels, trop de liens tissés avec cette histoire. Et en même temps une excitation à l’idée de se voir confier la mission. Bref, un cocktail assez détonant de peur et de joie. Une des premières choses à faire pour moi était de décider où placer le curseur, ce qui est important puisqu’il faut assumer ce choix jusqu’au bout. Format, technique, niveau de réalisme, intention graphique. Ce que je n’avais pas prévu alors, c’est le temps que prendraient certaines phases, notamment le nettoyage des sca d’originaux au lavis, il m’a fallu de l’aide ! J’ai reçu les premières pages scénarisées par Arnaud, et le niveau était si haut que le curseur ne pouvait être que sur une seule position : tout à fond !

Quels ont été les moments marquants dans la création de cet album ?
Arnaud : Julien et moi sommes allés chez Ariane, la fille de Marcel, nous avons rencontré
Claudie, son épouse, et nous avons eu accès aux archives personnelles du maestro. Ariane nous a ouvert toutes les portes. Un cabinet de curiosités vertigineux, notamment ces cahiers d’écoliers où Gotlib notait ses idées, griffonnait des esquisses, ébauchait ses scénarios, et rédigeait même le brouillon de ses courriers. C’est la notice de la notice, le brouillon de l’œuvre. Je ne m’en suis pas totalement remis.
Pour le reste, chaque épisode a été marquant à sa manière, parce qu’il a fallu choisir, découper, résumer, écarter. Une vie est impossible à résumer : c’est un labyrinthe. Il faut trouver un fil et le suivre. À chaque épisode, un choix et une bifurcation. On a suivi le fil du rire et de la tendresse. La difficulté principale a été d’évoquer des sujets qui n’ont rien de drôle, et qui sont du registre de la tragédie, notamment la déportation du père de Gotlib, et plus tard la perte de son fils. Finalement, toute l’œuvre de Gotlib est unrempart contre la tragédie. Comme Franquin, il a ses idées noires, mais elles sont disséminées un peu partout dans ses histoires, sous un masque de clown, sous le délire. Il nous fournit la notice. Le rire décape tout, soigne tout. C’est le remède.

Julien : L’aspect émotionnel m’a totalement cueilli, je ne m’y attendais pas. J’ai finiplus d’une fois des pages les larmes aux yeux, ça ne m’était jamais arrivé. Évidemment, les épisodes tragiques de la vie de Marcel, mais aussi le fait de décrire ce qu’est la vie d’une autrice ou d’un auteur, d’expliquer ce qu’est réellement ce métier de fou.
Dessiner un Marcel qui répond sans cesse à Claudie qu’il ne peut pas, qu’il a trop d boulot, c’est un peu se dessiner soi-même (toutes proportions gardées !) quand on a l’impression de ne plus avoir de vie sociale. Dessiner un Marcel qui doute, qui perd le « mojo », c’est se demander quand ça va nous arriver. Je n’ai cessé, en bossant ces pages, de faire des allers-retours entre ce que je vivais et ce que je dessinais.
Et puis dessiner Goscinny, Jacques Lob, Claire Bretécher, Alexis, Mandryka, mon propre père Jean Solé, et tous les autres que j’ai connus…ça m’a remué.
L’aspect émotionnel m’a totalement cueilli, je ne m’y attendais pas. J’ai fini plus d’une fois des pages les larmes aux yeux, ça ne m’était jamais arrivé.

Julien, comment prépares-tu ton travail sur chacune des planches ?
Je n’ai pas de zone de confort dans le boulot. Si je ne suis pas, au choix : insatisfait/en retard/ fatigué/bloqué du dos /coincé parce que j’ai dit oui à un autre boulot, autrement je n’avance pas, c’est comme ça. Donc je prépare peu, je zappe le storyboard car je considère qu’Arnaud a déjà réfléchi à son découpage et à sa répartition des scènes et des séquences.
J’attaque donc directement les crayonnés et les personnages naissent là, avec plus ou moins de réussite. J’annote les pages de scénario et distribue les cases sur les 3 strips de base, je place les textes en premier. C’est très bricolé en fait, c’est le dessin qui fait tenir l’ensemble, plus tard. Mes crayonnés, en deux couleurs, sont très précis, c’est là que tout prend forme. Ensuite, l’encrage au trait seul, et enfin, les lavis. Tout ça à l’ancienne, à la main. C’est super long, les lettrages, tout. À la Gotlib, quoi ! »


Je voudrais ajouter une anecdote personnelle : Nous sommes en 2013 et je suis invité à un festival de films et BD à Hyères, je crois. Thierry Lhermitte y est invité pour présenter le film « Quai d’Orsay », de Bertrand Tavernier, tiré d’une BD de Christophe Blain et Abel Lanzac.
Lors d’un repas, je me retrouve avec lui et d’autres personnes dont Gotlib.
Curieux bonhomme qui n’arrête pas de balancer des vannes qui nous font mourir de rire. A un moment du repas il nous dit : « On va faire un jeu : Chaque fois que quelqu’un viendra nous parler, on dira : dit-il ou dit-elle en baissant sa culotte ! »
Bien évidemment, la première à se présenter qui nous pose la question essentielle : « Avez-vous choisi ? » et nous de répondre « Dit-elle en baissant la culotte ». Explosion de rire sauf pour la serveuse qui n’a pas compris ce qui se passe et s’en va vexée. Durant le déjeuner, des amis, des fans, des artistes passent en disant bien sûr « Comment ça va ? » Et nous de dite très bêtement « Dit-elle… ou Dit-il » sans qu’on ait à finir la phrase et en se marrant comme des imbéciles ! Ce que nous avons fait durant tout le repas.
Essayez, vous verrez, à tous les coups ça marche !

Jacques Brachet

Hommage à Paris
Roger CORBEAU, un photographe hors du commun

Tous les ans au festival de Cannes, Jean-Claude Brialy organisait l’exposition d’un photographe de plateau. Cette année-là, en 1986, il rendait hommage à Roger Corbeau. Je ne le connaissais pas, ses photos étaient plus connues que lui, sauf dans le milieu du cinéma où les réalisateurs se l’arrachaient.
Jean-Claude avait organisé un repas après l’exposition qu’il lui dédiait et je me retrouvai à sa table.
C’était un homme au physique impressionnant dont le nom lui allait à merveille !
C’est au cours du repas que Jean-Claude me suggéra de faire un papier sur lui. Ce qu’il accepta en me donnant rendez-vous le lendemain à son hôtel.
Là, je découvrais un homme souriant, d’une grande simplicité, plein d’humour et j’allais passer deux heures sous le charme de cet homme volubile, en découvrant une carrière incroyable.
Voici 30 ans qu’il nous a quitté.

Arletty
Brigitte Bardot
« La femme et le pantin »

Roger Corbeau, comment vous est venue cette vocation de photographe ?
Je n’ai pas eu la vocation de photographe, jamais. En fait, ce devait être en 23 ou en 24, mon père m’avait offert un petit Kodak. Je l’utilisais pour photographier la famille le dimanche, tous ces dimanches où l’on allait en voiture du côté de Lembach et où, je m’en souviens, on mangeait tout le temps la même chose. Non. Ce que je voulais, c’était faire du cinéma. Une idée qui m’était venue tout jeune. Il faut vous dire que j’allais très souvent au ciné, la semaine à Haguenau – il y avait deux salles – et, les jours de vacances, à Strasbourg.
Et que pensaient vos parents d’une telle carrière ?
Mon père voulait me transformer en homme d’affaires. C’est d’autant plus curieux que lui-même était un intellectuel, bibliophile avisé, collectionneur d’objets d’art. Mais il ne voulait pas, mais alors pas du tout, que je devienne artiste. Par contre, je dois dire que je bénéficiais du soutien inconditionnel de ma mère qui, elle, trouvait cela très bien. Il faut vous dire qu’elle était une vraie fan de cinéma. Elle y allait beaucoup et voyait surtout des films allemands. C’était l’époque de la gloire d’Henny Porten. C’était au temps du cinéma muet…
Une enfance heureuse en somme ?
Une enfance très, très heureuse. J’avais la chance d’avoir pour père un homme généreux. Je me souviens que tous les samedis, nous recevions, ma sœur et moi, notre argent de poche. Le mien – et le sien, parce que je le lui empruntais à fonds perdus – passait dans les magazines de cinéma et ces merveilleuses cartes postales d’acteurs que je faisais venir d’Angleterre. En secret de mon père, bien entendu, qui ne mit quand même pas longtemps à découvrir le pot aux roses…

Rencontre à Cannes
Romy Schneider « Le procès »

Mais le cinéma, le vrai, c’est Paris. Donc, vous partez ?
Oui. En 32. J’avais 24 ans et me voilà décidé à « monter » – si l’on peut dire, vu la position géographique de Haguenau –  à Paris. J’avais obtenu l’accord passif de mon père et ma sœur m’avait donné ses économies. Je partais pour faire du cinéma. Mais attention : pas comme acteur. Cela, je n’y ai jamais pensé. Ce que je voulais, c’était entrer dans le rêve, y participer, le faire. Parce que c’était cela, le cinéma autrefois. Aujourd’hui, tout est dit. Il y a trop de sang, de sexe, de violence… Mais à l’époque, quelle merveille.
Mais comment avez-vous fait pour pénétrer ce monde du cinéma? Vous aviez des relations  ?
Ah ! Mais non, pas du tout. J’ai tout bonnement acheté la Cinématographie française : il y avait toutes les adresses pour les films qui étaient en train de se tourner. Et j’y suis allé, tout bonnement. J’avais repéré un remake de « Violettes impériales » Oh ! J’adorais… Je me suis présenté rue Anatole-de-la-Forge, près de la Grande-Armée, où ce film était annoncé.
Et là, vous trouvez du, travail ?
Eh là ! Doucement ! Je suis tombé sur une jeune fille, une secrétaire. Elle était absolument charmante, moi aussi je présume. Nous sommes devenus copains. Comme elle était amie avec le costumier, qui était un homme très gentil, je me suis retrouvé aide-costumier. Et voilà ! J’avais fait mon entrée, ma toute petite entrée, dans le cinéma : je passais mon temps à ranger.
Un temps qui n’a pas été très long…
Non. Grâce à ma rencontre avec Marcel Pagnol. Il était aux studios de Billancourt pour terminer « Fanny », qui était mis en scène par Marc Allégret. C’était juste avant qu’il ne décide de tourner ses films lui-même pour ne pas être trahi. Un beau jour, voilà qu’il me remarque. J’ai toujours eu le goût d’être soigné, je m’habillais le mieux possible. Cela l’a frappé. Et hop ! Me voilà bombardé accessoiriste. Je n’en revenais pas moi-même. Je rentrais dans le rêve… Vous savez, au fond, à Haguenau, je me demandais quand même si les acteurs existaient vraiment ou non…

Marcel Pagnol…
« Angèle »

Et ce fut le rêve d’une vie ?
Il a duré en tout cas, longtemps, et il dure encore. Mais, depuis un an environ, il s’est fendillé. Tout est vraiment devenu trop brutal. Et puis, cette manie du nu. Vous savez, les actrices étaient bien plus désirables quand elles étaient habillées. Maintenant, il n’y a même plus de distance. Les acteurs ressemblent aux gens de la rue, à tout le monde. Oh ! Je ne suis pas contre : c’est l’évolution.
Comment fut votre rencontre avec Pagnol ?
Extraordinaire. C’était au moment du tournage du « Gendre de M. Poirier ». Pour mon plaisir, en souvenir de mes dimanches à Haguenau, j’avais fait des photos. Je m’en souviens très exactement : cent onze négatifs 6×9… Je les donne à un photographe et le jour où je reçois le paquet en retour, pour une raison ou pour une autre, le frère de Marcel Pagnol, René, était près de moi. Il avise les photos, les prend, les regarde et explose : « Formidable, tu viens de sauver la publicité du film ». Deux ou trois jours plus tard, je rencontre Marcel Pagnol qui n’y va pas par quatre chemins : « Vas acheter un appareil, me dit-il, tu es le photographe de mon prochain film. » J’étais sidéré: je n’avais jamais suivi un seul cours de photo. Mais Marcel Pagnol parlait si souvent de « don de Dieu ». Allez savoir, je l’avais peut-être…
Quel accueil vous ont réservé les acteurs ?
Il vous faut essayer d’imaginer ce qu’était le climat de Pagnol. Lui, c’était le soleil. Il ne faut pas oublier le mot d’Orson Welles : « La femme du boulanger », a-t-il dit, c’est LE chef-d’œuvre. » Pagnol, c’était Pagnol. Tenez. Il aimait les travellings, eh bien, il aidait à poser les rails. Il adorait ça, même. Les scènes d’Angèle, il les écrivait au coup par coup et les comédiens apprenaient leurs rôles en mangeant. Et puis on tournait. Parfois jusqu’à quatre, cinq heures du matin. Les jeunes à qui j’ai raconté cela m’ont dit : « Comment ! Mais ce n’est pas syndical. » Pas syndical ! Mais on n’avait rien ! Pas de contrat, pas de syndicat. On était payé à la semaine. Mais c’était merveilleux, fantastique. Et puis, il y avait Pagnol, ce conteur extraordinaire. Tout ce qu’il racontait ! C’était tellement plus beau que la réalité.
Quant aux acteurs, qui ne voyaient que les photos du tournage, souvent ils me demandaient de leur faire des portraits.

Mylène Demongeot
« Les sorcières de Salem
Festival de Cannes avec
Jean-Claude Brialy

Vous avez travaillé longtemps avec Pagnol ?
Oui, mais pas exclusivement. A l’époque, je travaillais en même temps pour Sacha Guitry et Abel Gance. Pagnol n’était pas content, mais moi j’avais aussi mon idée : aller à Paris. C’était cela qui me plaisait et j’ai toujours eu pour habitude de faire ce qui me plaisait.
En somme, vous faisiez la promotion des films.
C’est simple : les photos étaient la vente du film. Parce que ces photos exaltaient la prise de vue. Il fallait toute l’interprétation du thème du film dans la photo. C’était un sacré travail et croyez-moi, on n’y faisait pas fortune ! Mais aussi, que de bonheur !

Cannes avec Pierre Tchernia

Propos recueillis par Jacques Brachet
Exposition 23 octobre 2025 au 31 janvier 2026
Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
73 avenue des Gobelins, 75013 Paris
http://www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/

Marc GURUNG nous fait découvrir le Népal

Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud » nous offre à chaque soirée des films et des réalisateurs qu’elle va chercher un peu partout, entre autre au Festival de Cannes. Mais en ce lundi, elle n’est pas allée très loin puisque c’est à Toulon qu’elle a ramené deux courts-métrages et un réalisateur : Marc Gurung.
Quand une femme rencontre une autre femme, en l’occurrence Lisa Dora-Fardelli, ça donne une soirée originale avec ce réalisateur qui parle des femmes.
Pour la petite histoire, l’association « Au cœur des Arts » a créé le festival « Cinéma en liberté » que gère Lisa avec maestria depuis 2011. Elle et son équipe nous proposent, le temps d’un week-end, des courts métrages venus du monde entier, sous la houlette d’un jury. Cette année, pour la 14ème édition, ce sont Mathilda May et Sam Bobino qui s’y sont collés. Et c’est ce dernier qui a accordé une mention spéciale au film « Maitighar » de notre invité Marc Gurung, qui est donc venu présenter ce film  ainsi que « La symphonie des marteaux ».
Né à Paris d’un père français et d’une mère népalaise, Marc a donc grandi entre deux cultures très différentes mais qui lui ont permis de s’enrichir entre deux pays car il va souvent se ressourcer dans la famille de sa mère.
Si ses deux premiers courts-métrages étaient axés sur la France, son quatrième est entièrement népalais et son troisième est… corso-népalais !

Maithighar
La symphonie des marteaux

Il nous raconte ce cheminement.
Marc, comment est venu cet amour du cinéma ?
A la base, je suis monteur vidéo, cela fait vingt ans que j’exerce ce métier. J’ai commencé dans le vidéo-clip et la publicité mais j’ai toujours eu une passion pour l’écriture. J’avais envie de raconter des histoires me concernant, le passé de mes parents, l’arrivée en France de ma mère, son pays, c’est une inspiration pour moi. J’avais envie de développer, artistiquement parlant, concrétiser ces écrits-là en passant par l’image. J’ai toujours eu la passion pour l’audio-visuel.
Vos deux premiers films n’avaient pas de rapport à ce que vous me dites…
Non, ce n’étaient pas des films qui avaient sens mais ça me permettait de m’exprimer. Les choses sont venues au fur et à mesure et cette envie de raconter, de garder des traces artistiques de ce que mes parents m’avaient eux-mêmes raconté, des choses qui vraiment me ressemblent.
Vous êtes d’origine népalaise par votre mère et française par votre père…
Oui, mais je suis né en France. Mes parents sont arrivés en France lorsqu’ils avaient une vingtaine d’année et ont passé la majeure partie de leur vie en France mais j’ai toujours baigné dans les deux cultures. J’ai été élevé dans la culture française mais grâce à ma mère, j’ai été imprégné de la culture népalaise.
Vos parents se sont connus au Népal. Pourquoi sont-ils venus en France ?
Mon père avait des contacts en France avec la diaspora népalaise. Pour lui, il n’y avait pas beaucoup d’avenir au Népal à par l’agriculture, le riz. Du coup on lui a dit qu’il pourrait avoir une plus belle vie en France et subvenir aux besoins familiaux. Il est donc arrivé à 15/16 ans en France. Il a d’abord travaillé au noir dans la restauration. Puis il revenu au Népal pour se marier. Un mariage forcé, comme le veut la tradition. Mais quelques mois après, ils sont venus habiter en France.
L’histoire est assez incroyable car, revenu au Népal en 80 pour voir ma famille, on lui a dit de ne pas repartir car son mariage était déjà  programmé. Ma mère venait de passer l’équivalent du bac et on les a mis devant le fait accompli alors qu’ils ne se connaissaient pas.

D’où ce film « Maitighar » qui raconte un peu cette histoire mais la fille se rebiffe malgré tout ce que ça peut supposer de honte pour la famille…
Oui car beaucoup de filles et de garçons comme mes parents se sont retrouvés mariés très jeunes sans qu’ils l’aient décidé car les traditions font que ce sont deux familles qui décident de s’allier.
Bon, du coup vous avez échappé à ça et votre amour du cinéma est venu comment ?
A la base, je voulais devenir comédien. Dès huit ans j’ai fait du théâtre, je passais des castings, j’ai fait de la figuration mais j’avais du mal car à l’époque un asiatique de 10/15 ans était souvent cantonné à des mêmes rôles d’asiatique ! Du coup je me suis dit que mes rêves de comédien, c’était fini.
Et alors ?
Alors, un jour j’ai pris la caméra de mon oncle et je me suis dit que j’allais créer moi-même mes propres histoires. La passion pour l’écriture et la réalisation s’est développée. Etre comédien, pour moi c’était trop difficile et je me suis rendu compte que ma joie était d’être derrière la caméra. Je suis donc devenu technicien. La réalisation, ça se prépare en amont et avec une bonne préparation le tournage se passe bien. Et c’est moi qui fais travailler les comédiens !
On voit que les thèmes de vos deux courts-métrages sont reliés au Népal, même si « La symphonie » des marteaux se passe en Corse avec cette amitié qui se noue entre une népalaise et une corse…
Passé la vingtaine, puis la trentaine, il y a des questionnements qui se posent autour de ses racines. Chez moi, c’est venu tout naturellement. Je me rends compte que, plus je vieillis, plus j’ai envie de me rapprocher de la culture de mes origines, de mes racines. Il y a quelque chose qui m’attire. J’en parle beaucoup avec mes parents et j’ai envie de mêler mes deux cultures.
D’ailleurs « La symphonie des marteaux » raconte l’histoire d’une adolescent népalaise qui se retrouve avec son père en Corse. Sa fille n’ayant pas demandé à venir en France, elle vit mal ce déracinement, ce changement de vie. Comment va-t-elle réussir à s’émanciper dans un pays et une culture qu’elle ne connaît pas ? Elle rencontre une jeune femme corse et par le regard, elles vont se comprendre.

Pourquoi la Corse ?
Je trouvais qu’en Corse ce village s’opposait au village népalais. L’idée était, au départ, de laisser transparaître cette double identité qui a pour point commun ce temps qui passe un peu au ralenti.
Pour « Maitighar », vous avez tourné au Népal. Comment s’est préparé le film ?
J’ai fait toute ma préparation à distance, durant deux/trois mois avec une équipe là-bas puis je suis allé tourner durant deux semaines et demie.
C’était la première fois que vous retrouviez le Népal ?
Non, j’y suis déjà allé une dizaine de fois mais, tourner dans le village de mes parents avec  beaucoup de membres de ma famille que j’ai impliqués, (même ma mère !) c’était quelque chose d’assez dingue, d’émouvant aussi car c’est allé au-delà de ce que j’espérais. Surtout lorsqu’ils ont découvert le film plus tard
Que pensent-ils de ce qu’est devenu ce franco-népalais ?
Ils sont assez fiers et lorsqu’ils se rendent compte que le film fait le tour du monde et que partout on parle de leur village, ils sont très fiers !
Que sera ce premier long-métrage ?
En gros, je déconstruis un peu la culture népalaise à travers le regard d’une jeune adolescente. Le film se passera exclusivement au Népal et j’aimerais aussi impliquer un aspect européen par rapport à un personnage secondaire qui est français. Je ne peux pas encore en dire plus.
Mais j’aimerais mêler la France et le Népal.

Propos recueillis par Jacques Brachet



Mes belles rencontres avec Claudia CARDINALE

Nous sommes en janvier 77 et je suis au MIDEM à Cannes.
J’apprends que Claudia Cardinale et Michel Piccoli tournent à la Victorine, à Nice, « La petite fille de velours bleu » d’Alan Bridges.
Tout à mon festival je me renseigne quand même et je finis par avoir, par les studios, l’adresse de son hôtel… à Cannes.
On est à la fin du MIDEM, je rentre chez moi et j’appelle aussitôt l’hôtel en demandant le secrétariat de la star. Quelques secondes plus tard j’entends un « allo », je me présente et demande si je peux lui parler. Et la réponse me coupe la respiration : « C’est moi ! ».
Je n’osais croire avoir si vite et en direct, une artiste internationale alors qu’avec les Français c’est difficile !
Et la réponse est encore plus incroyable : « Vous savez, je tourne toute la journée et le soir je suis fatiguée. Mais j’ai un jour de relâche et si vous êtes libre, pourquoi pas ? »
Et comment, je suis libre !
Le rendez-vous est pris et nous partons, ma femme et moi, à la rencontre d’une des plus grandes actrices du monde. Arrivés à l’hôtel, je me présente à l’accueil et on me répond aussitôt qu’on est au courant et qu’on l’avertit.

deuxième rencontre à Nice
quatrième rencontre à Cannes

Cinq minutes plus tard, la voici qui sort de l’ascenseur, sourire éblouissant, chevelure toute frisée, lunettes de soleil et on s’installe dans un coin discret du bar, à l’abri des regards.
Je lui présente ma femme, lui précise que sa famille est italienne et que, comme elle, elle vient d’avoir un enfant. Julien pour le nôtre, Claudia pour la sienne.
Et voilà qu’elle commence à parler, mi-français, mi-italien , couches, biberons et autres… Et moi qui suis là pour interviewer ma première grande star !
Nous passons deux heures avec la plus simple et la plus sympathique des femmes qui nous avoue, que je suis étonné d’avoir pu la contacter aussi facilement alors qu’il faut souvent passer par plein de gens afin d’atteindre une artiste loin de son envergure !
Elle rit et me dit qu’elle en a eu asse d’être traitée comme un objet avec cinquante personnes autour d’elle et la mettre dans une bulle où elle ne peut rien faire d’elle-même. Elle a donc tout envoyé balader et c’est elle qui décide de tout.
Bref, deux belles heures exceptionnelles… Mais qui ne le seront pas tant, même si ce ne sera que vingt ans après. Un jour, l’attachée de presse du Palais des Festival de Cannes avec qui je travaille, m’invite à une grande exposition en hommage à Claudia. Des photos signées Chiara Samugheo, une italienne qui vit à Nice et qui fut photographe de plateau à Hollywood, à Cinecitta et est devenue la photographe officielle et amie de Claudia.
Me revoici donc à Cannes où tout le gratin cannois est de sortie. Chiara est déjà là et l’on attend Claudia qui arrive de Paris… Et qui a raté l’avion.
En attendant, on visite l’expo qui est absolument magnifique et je peux bavarder avec Chiara qui m’invite à venir un jour voir ses photos entassées chez elle. Ce que je ferai. Plus tard.

première rencontre à Nice
deuxième rencontre à Nice

Le cocktail est près de se terminer, sans Claudia et tout ce beau monde s’éparpille.
Au moment où les derniers invités partent, Claudia arrive, belle comme toujours et on a la chance de pouvoir revisiter l’expo en buvant du champagne. Tous les journalistes sont partis, sauf un italien et moi et nous sommes invités au repas intime qui suit. La soirée est belle, pleine de charme et de rires et je lui rappelle notre première rencontre. Elle se souvient de nos bébés et me dit : « Vous auriez dû venir avec votre femme, on aurait pu parler de nos enfants qui ont bien grandi ! »
A quelques temps de là, Chiara nous invite chez elle et là… C’est la caverne d’Ali Baba car, si Claudia est en bonne place, on retrouve Fellini et Hitchcock, Gary Cooper et Anna Magnani, Cary Grant et Grâce Kelly… Il y en a des centaines !
Nous occupant du festival du premier film de la Ciotat, je lui propose de faire partie de notre jury  de 2006 et d’organiser une exposition. Elle est d’accord pour l’expo de Claudia qui, hélas ne pourra venir à cause d’un tournage.
C’est à cette époque que l’Eden, premier cinéma du monde, rénové, va rouvrir ses portes et on cherche une marraine. Je propose Claudia, qui m’a donné ses coordonnées et qui accepte. Mais il lui est difficile de se déplacer, toujours entre deux films, et nous propose que toute l’équipe du festival vienne la voir au Festival de Cannes.
Et nous voilà tous partis à Cannes où elle nous reçoit en toute simplicité autour d’un cocktail fort sympathique.
Nous ne nous sommes, hélas, plus revus mais de temps en temps je l’appelais et elle m’avait donné le téléphone de sa fille Claudia, au cas où nous aurions besoin de quelque chose, si elle n’était pas joignable.
Aujourd’hui elle a disparu et je garde le souvenir d’une étoile lumineuse et sublime de simplicité, malgré le statut de star dont elle ne voulait plus entendre parler.

Jacques Brachet

Jocelyn RAMIREZ… L’obsession cinéma

Quentin est un jeune garçon de 18 ans dont la passion est le cinéma. Il est amoureux de Marie et lorsqu’en option du bac, il décide de tourner un court métrage, « Le scénario de l’amour » il lui propose de jouer le rôle féminin.
C’est le scénario du film de Jocelyn Ramirez qui, comme son héros, a tourné ce court métrage dans le cadre de son bac. Les ressemblances entre Quentin et Jocelyn s’arrêtent là mais ce film permet au jeune réalisateur de 18 ans, d’obtenir un prix à son propre bac.
Et sa belle histoire commence !
Du coup, Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumières du Sud » décide de l’inviter à l’ouverture de la saison, lundi soir au Six-N ’Etoiles.
Un court métrage déjà bien maîtrisé malgré le jeune âge du réalisateur, un grand gaillard discret, encore un peu timide mais déjà très déterminé et qui est loin d’en rester là.
J’avoue que j’ai aimé son film plein de tendresse et d’émotion, dont on ressent déjà cet amour du 7ème Art. Et j’avoue aussi aimer rencontrer ce jeune sanaryen attendrissant, dont, dit-il, le cinéma est une obsession.

« Jocelyn, raconte-moi ta jeune histoire d’amour avec le cinéma
J’ai 18 ans mais j’ai fait ce film alors que j’avais 17 ans. Et depuis l’âge de 11 ans, j’ai toujours été passionné par le cinéma, sans vraiment savoir pourquoi…
Il n’y a personne dans ta famille qui te l’ait fait aimer ?
Non, personne dans mon entourage n’est cinéphile, de près ou de loin et je ne sais toujours pas pourquoi j’ai décidé d’aller voir tous les films que je pourrais voir. Je suis passé de 5 films en 2018 à 200 films en 2019 ! A partir de là je me suis dit que je serais réalisateur et scénariste. C’est une vraie passion et je ne sais pas pourquoi !
Ce premier film est donc biographique ?
Il a des aspects biographiques même si ça ne l’est pas vraiment car l’histoire d’amour n’est pas la mienne. Dans ce film, je voulais surtout montrer l’importance du cinéma, de la passion en général. Il montre à quel point ça peut nous aider à aller plus loin. Quentin à quelque chose de moi mais je pense que chaque film nous ressemble quelque part. Dans tout ce que j’ai fait à partir de ce moment, depuis mes 11 ans, toutes mes sorties, toutes mes rencontres, je les ai faites dans l’optique de pouvoir un jour vivre de ce métier.

Ce premier court métrage est venu comment ?
J’ai écrit ce scénario pour le bac, comme dans le film. Puis, j’ai essayé de le professionnaliser  en lançant une campagne Ulul, sorte de cagnotte en ligne, en échange d’une contrepartie. J’ai récolté 3.000 Euros, ce qui m’a permis de payer mes acteurs, des chefs de postes et de faire un film qui soit mieux techniquement et artistiquement. C’est très peu pour un court métrage.
Ça coûte combien en général ?
En France, en moyenne, ça coûte 140.000 Euros… On en est loin !
Mais bien sûr, je l’ai fait pour mon bac mais surtout pour qu’il devienne en quelque sorte une carte de visite pour le présenter dans des festivals. Depuis, j’en ai fait un deuxième, un petit film de trois minutes  , (« Le scénario de l’amour » fait un peu plus de dix minutes) que j’ai présenté au Fort Balaguier à la Seyne et qui a gagné un prix…
Mais c’est la gloire !
(Il rit) Le premier a été sélectionné au festival « Jeunesse en court », à Villeneuve les Maguelones dans l’Hérault , sur 1.200 films reçus, j’ai été sélectionné et j’ai reçu le grand prix !
Dis-donc, ça démarre fort pour toi !
Je me suis donné les moyens, c’est une vraie passion, c’est même une obsession. Le but est de pouvoir faire connaître ce film et de pouvoir continuer à faire ce que j’aime et peut-être aussi trouver un producteur. Ce film est en autoproduction grâce à cette cagnotte, mais je ne peux pas continuer comme ça si je veux en vivre.

Parle-moi de ces deux comédiens qui sont formidables
Ce sont Gaspar Zabela-Guyot et Emilie-Rose Paoli.
J’avais fait plusieurs castings sur deux semaines, avec une agence, j’avais aussi repéré des profils en ligne. Il y avait quelques profils assez intéressants mais on n’a pas eu vraiment de coup de cœur. Jusqu’à ce que je me retrouve à une conférence au festival « Tout court » d’Aix-en-Provence. Je remarque alors plusieurs profils qui pourraient ressembler à Quentin. Puis je tombe sur Gaspar et Emilie qui sont un véritable couple. Ils avaient déjà joué dans un court métrage. Coïncidence de fou car ils avaient le look que je cherchais, cette alchimie qu’il y avait entre eux dans la vraie vie. Elle est plus à l’aise que lui qui est plus timide et c’était exactement ce que je cherchais.
En plus, pour eux c’était naturel. Ils ont été d’accord pour faire un casting et d’ailleurs, ils ont même improvisé quelques dialogues qui correspondaient tout à fait au film. Ils avaient vraiment compris les personnages. Par contre, ils n’ont pas encore vu le film !
Et ce « petit » film de trois minutes sans dialogues…
Que je viendrai présenter à « Lumières du Sud » avec mon comédien. Il s’intitule « Sous tes yeux ». Il a gagné le coup de cœur du jury présidé par Chantal Fisher. Je l’ai réalisé pour le concours de l’école de la Ciné-Fabrique, en reprenant la même équipe dont mon chef opérateur Yohanan Robberechts.
Nous avons tourné cachés dans le métro car c’est interdit. Nous l’avons réalisé et terminé en moins de deux semaines !
Où  « Le scénario de l’amour a-t-il été tourné ?
Sur trois lieux : Sanary, la Ciotat et Ollioules. Pour l’équipe j’ai rencontré le collectif Radio Sardines que j’ai rencontré à l’Eden à la Ciotat et au festival d’Angoulême. Ils m’ont vraiment accompagné sur la préparation du film. C’est en quelque sorte une coproduction. Nous avons tourné sur trois jours pour quatorze minutes… C’est pas mal non ? Mais ça a été intensif. »

Jocelyn entouré de sa mère et de Pascale Parodi

Intensif mais on voit le résultat !
Aujourd’hui, le voici qui s’en va à Paris faire ses études à la Sorbonne Nouvelle en licence de cinéma, et en parallèle, il bûche sur un nouveau scénario sur le milieu des humoristes, un milieu qui l’intéresse et qu’ii veut traiter de manière plus dramatique, sur leur solitude et cet attachement qu’ils ont à leur personnage. Il veut développer cette idée de clown triste.
Voilà où en est ce très jeune  réalisateur  qui nous promet de beaux moments cinématographiques, je n’en doute pas. Quand talent et passion font bon ménage, ça ne peut que lui donner un bel avenir !
Propos recueillis par Jacques Brachet

ALTIERA… Tant pis ?… Non, tant mieux !

C’est une jolie jeune femme du nom d’Altiera.
De ses origines corso-polonaises, elle a le regard à la fois ensoleillé et nostalgique et sa première chanson, écrite et composée par elle-même « Tant pis », possède ce que l’on trouve dans les chansons brésiliennes, à la fois musicales et rythmées, saupoudrées de mélancolie, de « sausade ».
Mais dans la vie, elle garde ce soleil qu’on attrape de côté de la Méditerranée.« Altiera… D’où vient ce prénom ?
C’est en fait mon nom de scène qui m’a été suggéré par un tableau que j’avais fait, où j’avais écrit ce mot. Altiera en corse c’est tout simplement l’adjectif « Altière » c’est-à-dire « fière » et pour moi, ça a été une évidence.
Du Nord au Sud, vous avez donc deux origines très différentes. Qu’avez-vous de chacune ?
De Pologne, pas grand ’chose car, justement, ne n’en connais pas grand-chose. Peut-être l’âme slave qui m’apporte un peu de nostalgie. Et mon amour pour Chopin !
De la Corse j’ai la culture, j’ai grandi avec cette langue, j’ai donc ce côté insulaire.
Chantez-vous en corse ?
Oui, beaucoup. J’ai même eu un projet qu’un jour certainement je réaliserai.
Alors au départ, vous avez appris le piano classique puis vous vous êtes tournée vers l’histoire de l’art. La chanson dans tout ça ?
La chanson est venue bien avant tout ça, et même la composition. Dès l’âge de dix ans j’écrivais des chansons. J’avais même écrit une chanson pour ma jument ! Mais j’étais bien trop trouillarde pour chanter devant les gens. Donc je me suis tournée vers l’histoire de l’art et le piano avec lequel j’ai été professeur. Même si ça ne se dit pas, j’avais des préférences pour certains élèves avec lesquels j’ai gardé des liens !
J’ai eu aussi des projets de peinture mais le Covid a beaucoup changé de choses. Et la musique était une évidence. Depuis 23/24, avec le recul, j’ai compris que ce serait la musique.

Et voilà donc la première chanson qu’on peut entendre. Pourquoi une seule chanson ?
Au départ c’était l’écriture J’adore écrire, j’ai énormément de textes, de poésie que j’adorerais recueillir un jour dans un livre.
Vous pourriez en faire des slams !
C’est drôle que vous disiez cela car j’adore le slam et même le rap… Pas le rap « gangsta » mais il y a de merveilleux rappeurs qui sont des poètes magnifiques, dont les textes sont très écrits, comme le groupe I Am. Ce sont de vrais poètes. J’ai d’ailleurs une nouvelle chanson qui est plus dans ce style-là, avec un côté sociologique que j’aime bien.
J’ai aussi participé à une rencontre de rap dans laquelle j’étais la seule fille et j’ai beaucoup aimé.
Dans votre première chanson, pas de slam , pas de rap…
(Elle rit) Non, pour la première, j’ai pensé à deux chansons mais celle-ci me semblait plus logique, plus été, plus espoir.
Elle est pourtant plutôt triste…Le titre déjà est un peu fataliste…
Vous trouvez ? Je la trouve plutôt optimiste. Elle a un côté positif. Elle décortique l’amour, les sentiments. Elle a peut-être quelque chose qui ressemble à mon côté slave.
Pour en revenir à cette chanson, c’est un peu difficile de se faire une idée de votre personnalité, ce que vous êtes vraiment en une seule chanson, de votre univers.
C’est vrai mais à la rentrée, sortira un EP avec quatre ou cinq chansons. Il faut dire que j’avais un peu abandonné les réseaux sociaux et qu’il faut que je relance un peu tout ça et j’ai préféré commencer par une chanson pour qu’elle puisse être entendue et pas être perdue au milieu d’autres chansons.
A propos, quelles sont vos influences ?
Oh, il y en a beaucoup… Sade, Barbara, Lana del Rey, Billy Ellish… Et beaucoup d’autres chanteuses…
Comment définiriez-vous votre musique ?
Justement avec toutes ces influences, pop, électro, RnB. C’est ce qu’on trouvera dans mon EP.

N’avez-vous pas pensé tenter une émission comme «  The voice » ?
J’ai failli ! J’y ai pensé un temps mais rien que d’imaginer qu’aucun fauteuil ne se retourne, c’était très angoissant pour moi. Mais en fait, c’aurait été aussi angoissant si quelqu’un se retournait !
Ah bon, pourquoi ???
Parce qu’alors il aurait fallu que je me dévoile, que je parle de moi et ça aussi ça m’aurait beaucoup angoissée. C’est quelque chose qui m’aurait dérangée, de me dévoiler devant des milliers de téléspectateurs.
Dans ce cas, c’est vrai, ça devient impossible pour vous !
(Elle rit) Vous voyez, je suis un peu compliquée ! Je suis une grande traqueuse et travailler dans mon coin me désangoisse. Peut-être aujourd’hui, ayant pris confiance en moi, ce serait plus facile. Finalement, je préfère travailler à l’ancienne.
Alors, après ça, quels sont les projets ?
Un premier EP. Peut-être un second et aussi penser à la scène car je pense déjà au printemps prochain et tenter de faire de la scène, peut-être des festivals. Et pour cela il faut que j’aie d’autres chansons à faire entendre. Mais déjà, après près de deux mois de promo je vais m’octroyer quelques semaines de vacances en famille en Corse et retrouver mon piano et mon studio ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet