Archives de catégorie : Portraits

Bernard CASTEL… Marius BAR, mon arrière-grand-père

C’est un homme volubile, passionnant et passionné. Digne successeur de son arrière-grand père, le photographe iconique Marius Bar, Bernard Castel est photographe et a pour mission de sauvegarder l’œuvre du grand photographe, amoureux de la photographie et de sa ville natale qui l’a vu naître en 1862.
Portrait, bateaux, paysages, scènes de rue, chantiers navals… De 1886 à 1930, date de son décès, il a photographié à tour de bras, sans se lasser, pour nous laisser une œuvre colossale de cette région varoise qu’il a toujours aimée.
Bernard Castel, descendant de la fille de Marius Bar, Jacqueline et de  Roger Castel, entrepreneur à Solliès-Pont, a donc tout enfant, été baigné par la photographie et il a suivi le chemin de ses ancêtres pour aujourd’hui conserver l’œuvre de son arrière-grand-père et la faire vivre.
Henri Chich, président de l’association « Phot’Azur », l’a invité pour qu’il nous présente des photos des chantiers de la Seyne  et du sabordage de la flotte à Toulon, parmi tant de reportages qui retracent l’histoire d’une ville et du Var.

« Marius Ba – m’explique-t-il – a créé la société des éditions qui portent son nom en 1886. Il était à l’époque installé au 15 de la place Puget à Toulon. Au bout d’une dizaine d’années, il a dû changer d’adresse parce qu’il n’avait plus suffisamment  de place pour travailler. Il est alors allé s’installer du côté de Notre-Dame, à Saint-Jean-du-Var, a créé un salon de pose, pour travailler de manière un peu plus industrielle car il faisait alors essentiellement des portraits de gens reconnus dans Toulon, comme Marius Escartefigue, Théodore Botrel, Jean Aicard, Paulin Bertrand, beaucoup d’acteurs qui se produisaient au Casino.
Il a donc arrêté de faire des portraits ?
Le fait de changer d’adresse a modifié sa clientèle. Il était au centre-ville et il s’est trouvé « expatrié » à Saint-Jean-du-Var, les gens ne pouvaient pas venir le voir facilement, il fallait prendre le tram. Donc, petit à petit sa clientèle s’est étiolée au point où il ne faisait pratiquement plus rien.
Il a donc changé de tactique ?
Son cousin, qui était médecin dans la Marine Nationale, lui donne l’idée de faire des photos des équipages des navires de guerre. A l’époque, la photo n’était pas très répandue et il lui propose d’aller voir ensemble son ami qui était le préfet maritime. Celui-ci lui donne son accord à condition de ne pas photographier des choses qui sont confidentielles, pensant que les marins seraient contents qu’on les mette en valeur.

Toulon le 27 novembre 1942 – Le sabordage de la Flotte

Et il a accepté ?
Oui, il a commencé à faire des photos des équipages, les installant sur la proue des navires. Petit à petit, les commandants des navires lui ont confié qu’ils n’avaient pas de photos de leurs bateaux et lui ont demandé si ça l’intéressait de les photographier. Il a donc commencé à faire des prises de vues, qui étaient tirées à l’époque au soleil car il n’y avait pas d’agrandisseur. Il prenait la plaque qu’il installait dans un châssis-presse, il laissait dans le noir le papier photographique qui était en contact avec la gélatine de la plaque, il mettait le tout sur un chevalet équipé d’une dizaine de sabliers, car c’étaient eux qui déterminaient le temps de pose en fonction de la lumière du soleil. C’était quelque chose de fou !
Il a donc continué à photographier les bateaux ?
Un jour, les chantiers de la Seyne l’ont contacté, lui demandant de faire des prises de vues des navires qui se construisaient, qui étaient restaurés, réparés, Il a donc créé une nouvelle thématique en faisant des photos des avancements des travaux.
Vous devez avoir une énorme collection ?
Aujourd’hui, Je dois avoir cinq mille négatifs sur des plaques de verre, s’échelonnant de formats 9/14 cm, au 25/60 cm. C’est une collection unique, exceptionnelle, ce qui explique la qualité et la richesse des documents que vous pouvez voir ce soir. On a évolué le poids de la totalité aux alentours : 3,7 tonnes de négatifs ! Il a fallu construire une pièce spéciale dans mon atelier pour pouvoir supporter ce poids, avec des tiroirs spéciaux qui supportent 50kg chacun

Il n’a travaillé que pour les chantiers ?
Oui mais les chantiers traîvaillaient pour d’autres pays comme l’Egypte. A l’occasion de l’exposition faite à la Villa Tamaris, à la demande de Jacqueline Franjou, j’ai eu la chance de rencontrer le Prince Albert de Monaco et de discuter un moment avec lui. Il se trouve que mon arrière-grand-père avait fait des photos à l’intérieur d’un bateau, « L’hirondelle », construit pour le prince Albert 1er.
J’ai des photos représentant le bateau sur cale durant la construction, son intérieur avec le piano du prince, sa bibliothèque, un poêle à bois car à l’époque il n’y avait ni chauffage ni climatisation. Durant le lancement avec le prince, Jacqueline m’a demandé de faire un album de ces photos qu’on lui a remis le jour de sa visite. Et là, il me dit qu’à l’époque la principauté avait amené son photographe et sur quelques-unes de ses photos on voit mon arrière-grand père en train de photographier !
Vous êtes donc la quatrième génération de photographes ?
La troisième car ça a sauté une génération, mon père ayant une entreprise de maçonnerie. Quant à moi j’ai terminé mes courtes études aux Maristes, et comme j’étais trop bon (!!!) on a un jour convoqué mes parents pour leur dire qu’ils n’en pouvaient plus de moi ! J’ai donc commencé à travailler chez mon grand-père qui a mis sa pierre à l’édifice, j’ai suivi tout le cursus, j’ai fait mon service militaire et au retour j’ai un peu transformé l’entreprise qui commençait à vieillir nous avons décidé de faire de la couleur car il n’y avait alors que du noir et blanc. Mon grand-père avait mis de l’argent de côté pour que je fasse ce que j’avais envie de faire.
Et alors ?
Alors, j’ai créé un labo photo couleur qui a tout de suite très bien marché, à tel point qu’au bout de six mois j’ai dû changer le matériel, et puis encore six mois après… Le chiffre d’affaire dans l’année a été multiplié par cinq ! »

Alain Originé et Henri Chich encadrant Bernard Castel

Ainsi se continue la tradition qu’était ce génie de la photographie qu’était Marius Bar.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

Sona KARADELIAN- Denis CUNIN :
L’art de la cristallisation

Ateliers de la Volane.
Elle est volubile, avec un charmant accent. Il l’est moins mais tous deux vivent de cette passion commune pour créer des œuvres originales avec une technique particulière qu’ils vont essayer de nous expliquer car, si elle existe depuis longtemps, elle s’est un peu perdue au fil des années.
Ils travaillent dans un immense atelier avec en fond, le chant des oiseaux et de la Volane qui coule à leurs pieds. Si le magasin n’est pas grand, il regroupe des œuvres uniques. Quant à l’atelier, il est immense, telle une caverne d’Ali Baba, où se mêlent terres, pots de couleur, œuvres inachevées en cours de création. C’est un lieu paisible, frais (froid l’hiver) où dorment leurs œuvres en devenir.
Ils vivent là avec leurs enfants, le lieu à vivre étant entre le magasin et l’atelier.

« Sona, Denis, êtes-vous Ardéchois ?
Sona : Je suis arménienne – dit-elle avec son bel accent qui vient de son pays lointain
Denis : Moi, je viens de la région parisienne… Nous avons commencé à travailler la terre dans une tour à Fontenay au 14ème étage. J’ai commencé par la sculpture, Sona par la poterie. Mais on avait envie d’aller travailler ailleurs
Et ailleurs a été ici ?
Denis : Nous avons d’abord fait un tour de France pour chercher un endroit qui nous conviendrait
Sona : Nous avons fait la Savoie, Perpignan, le Lot, la Dordogne avec les enfants qui étaient tout petits. Nous partions trois jours puis on repartait ailleurs.
Denis : La première fois, nous avons raté l’Ardèche. On cherchait un endroit proche d’une route pour avoir à la fois la maison, l’atelier, la boutique. Et puis on est tombé amoureux de l’Ardèche, de sa nature…
Sona : C’est vrai que la nature est magnifique mais aussi il y avait alors le prix de l’immobilier qui était différent par rapport à la Savoie par exemple.
Denis : Mais moi, j’aimais beaucoup moins la Savoie et je suis vraiment tombé amoureux de l’Ardèche qui a gardé ce côté sauvage
Sona : Et puis, ça me rappelait les paysages d’Arménie. Ce n’est pas pour rien que les Arméniens ont appelé l’Ardèche « La petite Arménie » !
Alors, vous vous vous installez ici et travaillez chacun de votre côté ?
Denis : Pour moi, au départ, ça a été la sculpture mais je me suis vite rendu compte que j’avais un style qui ne se vendait pas. J’avais un certain succès d’estime mais question vente, ce n’était pas ça. Au fur et à mesure des années, il y a quelques sculptures qui partent. Mais c’est tout.

Du coup, vous avez arrêté ?
Oui et en plus, Sona avait du boulot pour deux
Sona : Etant tous deux autodidactes, à Paris, nous avons découvert ensemble les techniques de la poterie. Par exemple, j’ai appris à tourner mais… Je tourne à l’envers ! Je faisais déjà les émaux, c’est ce qui m’intéressait le plus. Mais après, il a fallu trouver un style.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Denis : J’ai fait mon service militaire en Arménie durant deux ans dans la coopération…
Sona : Mais moi, j’habitais déjà en France où je faisais mes études de littérature ! J’étais partie en vacances en Arménie et c’est là que nous nous sommes rencontrés !
Et vous êtes repartis ensemble en France !
A trois ! Car nous sommes restés un an, un an et demi et je suis rentrée en France enceinte
C’est là que vous avez décidé de travailler ensemble ?
Sona . Non, pas tout de suite, je travaillais comme webmaster, lui à l’Education Nationale
Denis : Je suis rentré à l’UFM où j’ai rencontré une prof d’arts plastiques extraordinaire qui a déclenché en moi une crise de créativité. Je me suis ainsi retrouvé à la terre et Sona, alors au chômage, m’a suivi. C’est comme ça que ça a démarré.
Parlons donc de cette technique particulière qui est la cristallisation…
C’est la manufacture de Sèvres, dans les années 1870, qui a découvert cette technique présentée à la première Exposition Universelle. C’est un ingénieur chimiste qui essayait de découvrir les secrets de la porcelaine chinoise dont beaucoup de choses restaient inconnues des occidentaux. En travaillant à percer ces secrets, il a découvert que l’oxyde de zinc, en absence d’alumine formaient des cristaux. Il a envoyé une note à tous ses collègues et tous s’y sont essayés. C’était l’époque de l’Art Nouveau et les couleurs correspondaient tout à fait à l’époque. Durant vingt ans, il y a eu une production énorme. Et puis peu à peu, la céramique est entrée dans l’industrie car si vous cassiez une assiette impossible de reproduire les mêmes teintes. Comme aujourd’hui d’ailleurs.
Elle permet de faire naître des cristaux lors de la cuisson à haute température, jusqu’à 1260°. On utilise divers oxydes métalliques comme le zinc, le lithium, le titane. A la cuisson, ces cristaux forment des couleurs quelquefois inattendues, selon les oxydes et les doses utilisés.
On retrouve les mêmes formes chez les agates.
A l’époque, il y avait très peu de potiers qui utilisaient cette technique

Vous avez donc dû l’apprendre ?
Oui, à partir de livres, de recherches sur les oxydes, sur les paliers de températures, même sur les matières car c’est un art très difficile, très pointu, très précis et où il y a beaucoup de casses »
Et en effet c’est un art, une technique de précision que nos deux artistes, avec passion, nous expliquent, mais c’est quand même assez difficile à suivre, entre les écarts de température, les temps de cuisson qui peuvent varier, les « ingrédients » qu’il faut doser pour arriver à ce qu’ils désirent et espèrent car au bout, il y a toujours la surprise à la sortie du four !
« En fait, vous ne savez jamais ce qui va sortir du four ?
Sona : Exactement. Ce qui en fait des pièces vraiment uniques.
Denis : Ce qui se passe, c’est que l’oxyde de zinc forme les cristaux dans des conditions particulières, avec tous les aléas que cela comporte.
Sona : Sans compter qu’une coupure de courant peut tout changer !
Quelle terre utilisez-vous ?
Le grès et la porcelaine
Comment travaillez-vous tous les deux ?
Denis : Au départ, c’est Sona qui tourne et à partir de son travail je moule la pièce qu’elle a tournée. De plus en plus, je travaille les pièces sur l’ordinateur, en impression 3D, je sors les épreuves à l’imprimante et à partir de ça, je moule les pièces.

Vous n’avez pas envisagé de faire des sculptures sur les pièces ?
Le problème est que les deux se marient très mal,  àchaque fois qu’on essaie des formes à la main, ça ne marche pas. Ce sont deux logiques qui se télescopent, qui ne s’adaptent pas car ce sont des émaux qui coulent énormément. C’est pour cela qu’on met dessous chaque pièce une coupelle qui récupère l’émail qui glisse qu’il faudra par la suite couper.
Comment obtenez-vous les différentes couleurs ?
Sona : On les obtient avec les oxydes métalliques et avec eux, on ne peut pas ajouter de colorants.
Denis : Les colorants chimiques en céramique, ce sont des colorants très particuliers, très complexes et ils empêchent la cristallisation.
Sona : Nous travaillons avec six oxydes : l’oxyde de fer qui est de la rouille, le manganèse, le cobalt, le nickel, le cuivre, le rutile, qui est de l’oxyde de titane. Et puis nous en faisons des mélanges.
Aujourd’hui, vous êtes peu nombreux à utiliser cette méthode ?
A la guerre de 14, elle a été arrêtée, oubliée et ce sont des potiers américains, en 70/80, qui s’y sont remis. Aujourd’hui en France, nous sommes une trentaine. C’est un travail de précision, de très longue haleine, il faut tenir compte des casses, d’où les tarifs assez élevés.
Mais vous avez des pièces uniques ».
Et quelles pièces. Belles, chatoyantes, aux mille nuances de bleus, de verts, de beiges, de jaunes,
C’est un vrai travail d’artistes !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta
L’Atelier de la Volane – 07600 – 4405, route de la Volane
Vallées d’Antraigues-Asperjoc
04 75 89 37 07 – atelier-volane@orange.fr

Frederik HAMEL, entre Aubenas et… Los Angeles !

Ce beau garçon aux yeux bleus est comédien… Et ardéchois !
Il vit de ses passions, le cinéma et le théâtre, qui le font vibrer, l’Ardèche, son pays natal dont il s’éloigne quelquefois pour aller voir du côté de l’Amérique, pour s’y installer quelques années mais revenir vers son Ardèche qui lui manque dès qu’il est aux Etats-Unis, comme les Etats-Unis lui manquent dès qu’il est en Ardèche !
Mais l’Amérique est toujours là et, chaque année le voilà qui s’envole vers Los Angeles.
Etant tous les deux « Ardéchois cœur fidèle  et Gémeaux de surcroit, nous aimons nous retrouver dans notre région de prédilection et nous faisons le point sur sa vie d’artiste qui aime prendre des chemins divers.

Avec Randal Kleiser…
… A Hollywood

« Alors… Les nouvelles ?
Chaque année, fin octobre, début novembre à Los Angeles, se déroule le festival du film français. J’ai un ami, Randal Kleiser, dont l’un des premiers films qu’il a réalisé est « Grease » Il était alors à l’école du cinéma USA, il était le colocataire d’un certain George Lucas avec lequel il était pote à l’université. « Grease » a été son premier gros succès puis il a poursuivi sa carrière avec des films comme « Croc Blanc », « Le lagon bleu ». Il adore le festival du film français et c’est là que nous nous sommes rencontrés. Ça  fait deux ans que, pendant le festival, je loge chez lui, dans une super « barraque » hollywoodienne fantastique et du coup, ça me permet de rencontrer des cinéastes importants.
Et ça a donné quoi ?
(Sourire) De faire de belles rencontres avec des cinéastes français, de prendre leurs contacts, de leur envoyer des infos en espérant que ça débouchera sur d’autres choses. J’ai fait de belles rencontres mais après, ça prend du temps Je pense y retourner l’année prochaine car je dois t’avouer que, après y avoir vécu quelques années, Los Angeles me manque, les amis que je m’y suis fait, la façon de faire les choses à la californienne, à la hollywoodienne.
Bon, je peux en savoir plus où bien tu es superstitieux ?
Ce n’est pas que je sois superstitieux, mais je trouverais bizarre que certains puissent lire l’article qu’ils pensent que je leur force la main ou simplement que je me fasse des illusions.
Hollywood c’est quand même très loin de de l’Ardèche !
Oui, mais si je m’y installais, l’Ardèche me manquerait encore plus !
C’est beau l’Ardèche mais c’est un peu limité pur y faire une carrière, non ?
C’est vrai qu’ici, les contacts, c’est un peu difficile.
Et tu n’as toujours pas envie d’aller au moins à Paris ?
Si… Ça commence… Enfin, je suis prêt à ne plus être basé qu’en Ardèche mais…
Mais ?
Je suis très bien en Ardèche ! J’y donne un cours de théâtre, je retape une maison de famille et je t’assure, je vais très, très bien et ça, c’est le plus important. A partir de là, je développe des projets qui prendront le temps qu’il faut. Au travers de ces projets, en allant à Avignon, de temps en temps à Paris, je rencontre des artistes dans le théâtre et j’aimerais qu’il y ait un débouché qui m’emmène sur Paris… Tout en gardant la moitié de ma base en Ardèche !

Ses élèves répètent pour le spectacle de fin d’année
Un petite déjeuner « absolute american » qui, avoue-t-il, lui manque beaucoup

Il y a des choses qui se concrétisent ?
Il y a un long métrage qui sort le 7 août, qui s’intitule « Les gendarmes », avec Arnaud Ducret, Alice David et Fred Testot, réalisé par Stéphan Archinard et François Prévos-Leygonie. C’est tiré d’une BD à succès et produit par Bamboo Prod.
Et avec ton cours de théâtre ?
Nous avons une représentation de fin d’année à Aubenas, le titre en est « Fragments … De Rabelais 0 Brecht en passant par Almodovar ». Ce sont des extraits de scène, On a un bout de « Gargantua » de Rabelais, « La bonne âme de Set chouan » de Brecht, « En attendant Godot », « Qui a peur de Virginia Woolf »…
Tu n’as pas choisi les plus faciles !
Du tout, du tout ! Ça a été énormément de travail.
Mais lorsque je suis parti aux Etats-Unis, j’ai perdu une grosse partie de mon répertoire de travail…
C’est-à-dire ?
En cours, en école de théâtre, à Hollywood en général tout acteur continue toujours à prendre des cours avec des profs très « Actor Studio ». J’ai pris quelques cinq, six années de cours là-bas avec des profs qui comptent dans leur répertoire des scènes de travail hyper appropriées sur un mois. Nombre de ces pièces ne sont pas, ou sont mal traduites et pour cinq à dix minutes d’une scène il me semble que j’ai perdu 80% de mon répertoire de travail. Toutes les pièces qu’on fait, sont des pièces sur lesquelles je n’ai jamais bossé, ça a donc été un énorme travail, une espèce de saut dans l’inconnu mais c’est la plus belle chose à faire.
Tu y es là en tant que quoi ? Comédien ? metteur en scène ?
En tant que metteur en scène. Je ne joue pas.
Et le comédien n’est pas frustré ?
Non, là je suis prof de théâtre, je les mets en scène, je les coache, je les dirige, je les encourage, je les pousse à aller aussi loin qu’ils peuvent dans la démarche théâtrale et j’aurai d’autres occasions de jouer.

Avec deux des élèves, on songe à monter une pièce mais c’est compliqué à monter, manque de temps, d’argent. Mais on reste sur l’idée de monter cette pièce autour d’un peintre, Rothko, un peintre new-yorkais émigré de Russie. Une pièce magnifique qu’avait jouée Niels Arestrup, que j’avais vue à Paris, j’ai vu aussi vu une version anglaise à Broadway. Je devrais la jouer avec un mec fantastique, David Albrand, qui est bouquiniste au marché d’Aubenas, est passionné de peinture et qui connaît ce peintre.
Il est parfait pour le rôle mais c’est un travail de dingue. Ça fait deux ans que nous bossons dessus et l’on n’en est qu’à la moitié. Mais, bon, je ne désespère pas d’y arriver.
Et avec tes élèves, tournes-tu le spectacle ?
Avec ce spectacle de fin d’année, on va voir comment ça va se passer. Il se jouera au centre Le Bournot à Aubenas.Après, il faudrait monter une pièce. A la rentrée, je vais aussi animer des stages en entreprises.
Mais enfin, Paris, ce ne serait pas mieux pour toi ? Rester à Aubenas, ça ne restreint pas ton panorama ?
(Il rit) Je sais que tu te fais du soucis pour moi mais  Jacques, j’insiste, je t’assure, je vais très, très bien !
Justement, tes projets ?
Il y a un gros projet mais je préfère ne pas en parler. Peut-être que d’ici la fin de l’année, j’aurai quelque chose à te dire.

Propos recueillis par Jacques Brachet




Stéfanie WESLE… Chapeau Madame !

Nous sommes à Aubenas, en Ardeche et nous parcourons l’avenue Gambetta, rue centrale où se côtoient nombre de magasins.
Au numéro 22, nous découvrons une grande vitrine qui nous fait admirer des chapeaux de toutes formes, de toutes couleurs, de toutes matières.
Nous avons rendez-vous dans cet antre drôlement appelé « Autruche », où nous attend sa propriétaire et créatrice, Stéfanie Wesle.
Souriante, discrète elle me reçoit avec un grand sourire. On découvre cette caverne d’Ali Baba, faite de feutres, de pailles, de rubans, de plumes… et on ne peut qu’admirer le talent, l’originalité, l’inventivité de cette véritable artiste qui vit et travaille à Aubenas, ville dont elle est depuis longtemps tombée amoureuse.

« Stéfanie, comment est venue cette passion des chapeaux ?
Ça a commencé lorsque j’avais dans les 18 ans, en voyant dans une vitrine un beau chapeau de feutre rouge dont e suis tombée en admiration… Et que j’ai acheté ! J’ai commencé à le porter et je trouvais génial de me promener avec un accessoire aussi singulier, qui suscitait des sourires, des « bonjour », ça créait une interaction avec les autres et ça mettait de la bonne humeur et de la joie.
C’était la mode des chapeaux ?
On a toujours porté des chapeaux. Il y a eu des périodes où en mettait plus que d’autres. Ça s’est un peu arrêté dans les années 70/80. Déjà, ça avait commencé dans les années 60 avec les queues de cheval mais on portait encore beaucoup de chapeaux, c’est reparti dans les années 80/90. Ceci dit, beaucoup de gens ont toujours porté des chapeaux.
Votre atelier s’intitule « Autruche »… Pourquoi ?
(Elle rit) Justement pour ne pas faire l’autruche !
C‘est-à-dire ?
Sortez la tête du sable, portez des chapeaux !
A partir de quel âge avez-vous commencé à créer ?
J’ai commencé vers 18 ans. Mais déjà enfant j’ai toujours été manuelle, créatrice, j’ai tout exploré, le tissage, la broderie, la couture, le modelage, la peinture… J’ai toujours « bricolé ».
Petite, vers 10/12 ans, je me posais la question : comment peut-on créer un chapeau sans y faire de coutures ? Plus tard j’ai compris la technique. Mon intérêt pour le textile me vient de mon plus jeune âge. A 4 ans, je manipulais des fils avec le métier à tisser.

Avez-vous fait une école ?
Oui, j’ai fait une école de modiste à Paris en 98, j’ai passé un CAP mode et Chapellerie.
Justement, on dit modiste ou chapelière ?
Ce sont deux métiers différents…
Expliquez-moi…
Traditionnellement, la modiste est une personne qui fabrique des chapeaux pour dames, avec de jolies garnitures, des chapeaux de mode, d’où le terme de « modiste ». Au début, les modistes étaient des marchandes de mode et à l’époque, c’étaient des rubans, des garnitures que l’on ajoutait au chapeau.
Le chapelier, c’est une personne qui fabrique ou vend des chapeaux, ce que je fais aussi, ce sont surtout des chapeaux pour hommes, mais surtout moulés en un morceau, par rapport à la modiste qui assemble à la main. Le chapelier est devant les presses et forme des modèles.
Comment se crée un chapeau ?
Ça dépend du chapeau que l’on crée. On peut mouler avec une presse en aluminium, qui forme et sèche en même temps, ou à la main avec bords et calotte. A l’époque où on fabriquait beaucoup de chapeaux, il y avait des usines à Chazelles qui fabriquaient et la matière et les chapeaux finis.
Vous n’utilisez pas que le feutre ?
Evidemment car le feutre est une matière qu’on utilise essentiellement en hiver. Le printemps, l’été, j’utilise la paille et j’utilise pour ça une boule en bois. Ensuite j’assemble les calottes, les finissions du bord et les garnitures. Je fais également une technique que pas toutes les modistes utilisent : c’est la couture de la tresse de paille, dite « la paille cousue ». Ce sont des modèles en spirales dont je donne la forme en cousant. On peut utiliser des tresses de paille naturelle, de raphia, de sisal, de la paille papier aussi, qui donne un joli rendu mais qui est plus fragile et craint la pluie ! Mais c’est une matière solide.

Quels sont vos types de clients ?
A Aubenas, c’est une clientèle privée mais j’ai aussi des clients professionnels, des boutiques qui commandent mes collections. J’ai par exemple une boutique à Lille avec qui je travaille. Je fais du sur mesure à distance. Je travaille aussi avec une chapellerie à Bruxelles et quelques autres boutiques en France. J’ai aussi une activité qui est la création en plumes et là ça touche une clientèle qui recherche la décoration, un décorateur, un architecte d’intérieur ou des particuliers qui cherchent des décorations originales. Je crée aussi des tableaux en plumes.
Vous êtes d’Aubenas ?
Non, je suis de Francfort !
D’où votre accent ! Mais comment êtes-vous arrivée à Aubenas ?
Je me suis installée en Ardèche avant de faire ma formation. Je suis partie avec mon frère, nous avons découvert et aimé la région. Puis je suis partie à Paris pour faire ma formation de modiste. Après cela, je cherchais comment et où m’installer, je suis tombée sur le seul magasin de chapeaux à Aubenas. Il était en vente et je l’ai racheté. J’ai continué la partie revente classique hommes/femmes et j’ai rajouté mes créations. Voilà pourquoi Aubenas !
Quand on arrive dans une ville de province comme celle-ci, a-t-on du mal à se faire connaître ?
Très honnêtement, le commerce marchait bien et donc ça a été rapide. Puis j’ai travaillé avec un agent commercial, j’ai distribué mes chapeaux dans toute la France, j’ai fait des salons professionnels
J’avais alors un très gros réseau professionnel, il y avait une soixantaine de magasins qui vendaient ma marque, j’avais aussi des grossistes à  l’étranger au Japon, aux Etats-Unis, en Irlande… C’était une période très florissante dans ces années 2000 !
Et puis il y a eu deux crises, en 2008 et en 2014, les professionnels on commencé à moins vendre des modèles de créateurs, plus de modèles standard, il y a eu aussi les offres de chapeaux du bout du monde, beaucoup moins chers, ce qui ne nous a pas été favorable.

Lorsqu’on voit vos créations, on se dit que ça peut intéresser les artistes, les compagnies théâtrales, les cabarets, le cinéma…
Oui mais ce sont des réseaux spécialisés, il faut y avoir des contacts, ce sont des milieux très fermés et ce n’est pas évident si l’on ne travaille pas sur Paris. J’ai toujours travaillé ici. Le monde du spectacle n’est pas si proche. Il y a beaucoup de compagnies de spectacles dans la région mais elles n’ont pas de très gros moyens.
De temps en temps, je travaille avec une femme à Francfort qui fait des costumes pour le cinéma et là, je peux faire des créations très originales. Mais être modiste « de ville » ce n’est pas le même milieu que celui du spectacle.
Par contre, je vais prochainement être exposée dans une galerie à Paris avec mes créations en plumes, à partir de septembre, c’est l’Atelier d’Art de France « Empreintes », 3 rue de Picardie dans le troisième arrondissement. Il y aura aussi mes œuvres murales, avec des plumes et des tresses de paille. Et puis j’ai un autre projet à Aubenas avec trente autres artistes. Nous exposerons dans une très belle maison au Pont d’Aubenas en juillet
Il faut aussi beaucoup d’imagination, on le voit avec ce que vous faites… Et il faut du temps !
C’est très variable,  ça peut aller de deux heures à vingt-trente heures, jusqu’à plusieurs semaines, tout dépend de ce que j’ai décidé de faire, si c’est un canoter ou une oeuvre murale !
Mais c’est vrai que je suis en éternelle recherche, ça se passe beaucoup dans ma tête… Je travaille tout le temps du chapeau !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet

Atelier Autruche – 22, Bd Gambetta – Aubenas – 04 75 93 89 10.
www.atelier-autruche-chapeaux.com


Chloé HENRY-BIABAUD, globe-trotter de l’humain

Elle est réalisatrice et s’est spécialisée dans le documentaire.
Chloé Henry-Biabaud se balade dans le monde entier, du Rwanda au Brésil, de l’Argentine a l’Egypte, du Kenya à l’Amazonie en revenant, pleine d’usage et raison vivre… à Ollioules !
Ses sujets sont divers, le handicap, la boxe, les pêcheurs mais aussi des sujets moins lointains comme les calanques ou la Bonne Mère.
Invitée par Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud », elle nous proposait ce soir-là un film très émouvant : « La réparation », réalisé avec sa complice Isabelle Vayron, sur la justice restaurative
C’est un dispositif de justice qui met face à face des auteurs de crimes divers et des victimes d’autres crimes. Encadrés par deux animatrices qui les laissent parler, chacun peut s’épancher, dialoguer, parler de leurs peines et de leur colère pour les victimes, de leur question, de leurs regrets sur le fait que les auteurs sont passés à l’acte.
Chacun a besoin de réponse, chacun a eu sa vie détruite, sans compter les victimes collatérales, beaucoup sont dans la douleur, l’incompréhension, le déni quelquefois mais tous ont des vécus traumatisants qu’ils porteront toute leur vie.
Les dialogues sont sans jugement, chacun étant à l’écoute de l’autre et leurs témoignages sont poignants et perturbants.
Evidemment, cette justice restaurative ne règle pas tous les problèmes mais aide à la compréhension de chacun.
Ce film a été tourné dans une prison d’Auxerre, encadré par Béatrice et Catherine et ne peut laisser personne indifférent. Il met en lumière les responsabilités des agresseurs comme la peine et parfois la colère et la vengeance de ceux ou celles qui ont perdu quelqu’un de cher.
Un film poignant plein d’humanité et nécessaire afin de permettre à tous d’avancer sans jamais pouvoir tourner la page.

J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Chloé Henry-Babaud, femme pleine d’humanité, chacun de ses documentaires (et ils sont nombreux) étant empreint d’empathie, d’humanité.
« Chloé, vous avez parcouru le monde mais d’où venez-vous ?
Je suis parisienne, j’habite depuis dix ans à Ollioules, j’ai vécu neuf ans à Marseille mais c’est vrai que je voyage beaucoup.
Comment choisissez-vous vos sujets ?
J’ai bien sûr des sujets de prédilection mais j’ai vécu au début en Polynésie où j’ai commencé ma carrière et en rentrant en métropole, j’ai travaillé avec Yann Arthus-Bertrand  avec qui nous avons interviewé partout sur la planète. Il est resté l’un de mes meilleurs amis, tout comme Isabelle Vayron avec qui je coréalise beaucoup de films. On est resté un noyau soudé.
Et puis j’ai développé des contacts, des thématiques qui m’intéressaient, comme la résilience, mot que je n’aime plus du tout, tant il est aujourd’hui galvaudé. J’ai aussi vécu au Brésil avec mes parents d’où cette appétence aux voyages.
Et vos sujets de prédilection ?
Souvent, les sujets qui m’intéressent tournent autour de gens qui ont vécu des choses difficiles et les ont surmontés d’une manière ou d’une autre. Et puis, il y a des sujets environnementaux parce que, forcément, lorsqu’on voyage beaucoup, on y est sensibilisé. Mais je m’intéresse aussi à la culture et tout se fait  au gré des voyages, des rencontres…
Est-ce que vous partez pour trouver des sujets ou parce que vous avez un sujet en tête ?
J’ai beaucoup de relations dans beaucoup d’endroits mais pour faire un documentaire j’ai des idées « avant » puis il y a tout un chemin car il faut trouver la production en amont du tournage, qui va nous accompagner, il y a tout un dossier pour pouvoir le pré-vendre à des diffuseurs et là alors, on peut partir en tournage. Mais si un documentariste veut gagner sa vie, on ne peut pas aller faire les repérages « avant » et tout payer de sa poche en pensant qu’on vendra l’idée, le film.

Qui sont les diffuseurs ?
Pour l’instant, je ne travaille qu’avec les télés, France Télévision ou Arte. On leur apporte l’idée, on va écrire tout un dossier en amont même si l’on ne sait pas ce qui peut se passer sur place car ce n’est pas un scénario de fiction. On sait qu’on va filmer un dispositif qui est cadré, après, ce qui peut se passer, on ne peut pas le deviner. On écrit une note d’intention, de réalisation, les raisons de faire ce documentaire.
Est-ce que sur le tournage, ça dévie quelquefois ?
Les gens qu’on filme ne sont pas des comédiens et heureusement, on ne peut pas leur demander de faire ce qu’on a écrit, parfois nous avons de belles surprises, parfois c’est plus compliqué mais généralement, lorsqu’on va filmer quelque chose, on a une intention précise et le but est d’aller filmer cette intention du départ. Mais il faut aussi laisser place à la surprise, à l’improvisation et lorsque c’est un documentaire en immersion comme celui-ci, on ne peut pas décider à l’avance.
En dehors de grands voyages, vous faites aussides documentaires en France comme celui consacré à la Bonne Mère de Marseille !
Lorsque j’ai fait ce film, je venais d’arriver à Marseille, il y a 15 ans, et c’est une boîte de production marseillaise qui me l’a  proposé car, n’étant pas marseillaise, j’aurais un regard neuf. J’ai donc vraiment découvert la Bonne Mère et j’ai adoré car j’ai filmé carrément sur un an. Comme j’avais un regard extérieur neuf et admiratif, je découvrais.
De tous les pays que vous avez traversés quel a été celui qui vous a le plus marqué à ce jour ?
J’ai beaucoup de pays de cœur, comme le Brésil où j’ai vécu .Je parle le portugais et j’y suis allé souvent en tournage. J’y ai passé une partie de mon enfance, et j’y ai beaucoup de souvenirs. C’est sentimental. Une partie de mes souvenirs, de mes amis, sont encore là-bas.
Mais je crois que celui qui m’a le plus marqué et où je retourne souvent, c’est le Rwanda. De par son histoire terrifiante, il est resté beaucoup figé dans les médias. Pendant longtemps, il a été connu par le génocide alors qu’il a beaucoup d’autres choses. Il y a quand même un pays qui s’est relevé et il y a tellement à y découvrir. Il y a un futur très riche, une lumière incroyable.

Alors ce film présenté ce soir ?
Ce film est donc sur la justice restaurative. Ce sont des dispositifs cadrés par des associations mandatées par le Ministère de la Justice. Ça fait partie du code pénal. Auteurs ou victimes peuvent en être informés et y participer, ils sont préparés pour se rencontrer mais ce ne sont pas les auteurs et victime directs. Avec Athus Bertrand, nous avions déjà filmé des participants pour son film « Human » en Floride, qui avaient besoin d’en parler et de se parler. Ce sont des gens qui ont décidé d’eux-mêmes d’y participer. On a trouvé ça tellement
incroyable qu’on a décidé d’en faire un film.
C’est arrivé en France dans le cadre du code pénal en 2014 et nous avons eu envie de faire ce film, avec Isabelle, en faisant le mouvement inverse, c’est-à-dire qu’on a filmé le dispositif avec les animateurs, les médiateurs et les participants que nous ne connaissions pas, en immersion.
Comment réagissent les gens lorsque vous allez les voir pour leur proposer ce concept ?
Nous sommes allés en repérage dans des groupes avec des encadrants à Auxerre, on a beaucoup discuté avec Amélie et Séverine, les encadrantes qui ont été nos alliées car en fait, ce sont des travailleuses de l’ombre qui prennent beaucoup sur leur temps, qui se donnent corps et âme. A partir de ce moment-là, nous avons fait une lettre pour expliquer le but du film, qu’elles ont donnée  à ceux et celles qui étaient prêts à jouer le jeu. Ne pouvant les rencontrer en amont, elles ont été nos intermédiaires en leur précisant bien aux participants qu’ils pouvaient arrêter lors du tournage, que ceux qui ne voulaient pas qu’on les voit, peuvent être filmés de dos ou floutés. Nous avions deux ou trois caméras que nous ne bougions pas, pour ne gêner personne. Le tournage s’est fait sur un an avec trois rencontres.

C’est votre dernier film ?
C’est l’un des dernier Sybille d’Orgeval (J’adore les coréalisations !), nous avons tourné un film sur la pêche contemporaine et les problématiques liées à la pêche sur les océans, qui s’appelle « Vents contraires ». J’en termine un avec une autre amie, Coraline Molinié, pour Arte, autour des castors et tout ce qui lié aux écosystèmes autour de cet animal ».
Avec tous ces films, espérons que nous aurons encore l’occasion de revoir notre belle réalisatrice chez notre amie Pascale !

Jacques Brachet

Jolokia, odyssée des bras cassés
Kenya, alors on danse
Malawi, les enfants du tabac

Catherine LARA :
« Le violon est le prolongement de ma main, de mon âme »

C’est grâce à une animatrice géniale, Denise Glaser, avec qui j’avais beaucoup de complicité qui, un jour au MIDEM 72, m’offre le premier disque de Catherine Lara « Ad Libitum ». Connaissant mes goûts, elle sait qu’il me plaira. Alors inconnue, va lui consacrer toute une émission de son fameux « Discorama »
J’écoute et je tombe en amour de cette musique qui semble venir de très loin, avec sa voix d’ange (que la cigarette a beaucoup changée !) et son violon déjà magique.
Si je lui consacre à mon tour un papier, beaucoup de temps va passer avant que je ne la rencontre. Ce sera en 81, alors qu’elle éclate enfin en changeant, physiquement de style de musique et de voix. C’est le disque « Yohann ».
Enfin elle vient chez nous, à la Seyne, où elle chante pour la fête de l’Humanité dans les pires circonstance que peut avoir la chanteuse : les discours politiques enfiévrés, au milieu des odeurs de frites, de la poussière, de la chaleur et l’on s’assoit pour manger un bout au milieu d’un brouhaha incroyable, un chien qui aboie et une serveuse qui, toutes les minutes vient demander si « ça va Madame Lara ? » et si elle ne veut pas un peu plus de frites ! Je précise que j’enregistre l’interview ! Jusqu’à un coq sorti d’on ne sait où, qui  n’en finit pas de coqueriquer !
Il nous prend tout à coup un fou-rire inextinguible et c’est là que je découvre l’humour de Catherine. Une histoire d’amour qui tourne à l’amitié jusqu’à aujourd’hui jamais démentie.
Les tournées, dont les « Age Tendre », les galas, les émissions de télé (Dont une avec Maurane où tous trois nous somme shootés au champagne, mes deux copines aimant rigoler, avec des blagues quelquefois salaces, des contrepèteries). Bref on ne s’est jamais longtemps quittés et les retrouvailles sont toujours pleines de rires et d’amitié.
Alors, lorsque j’apprends qu’elle passe au Pasino d’Aix-en-Provence avec son dernier spectacle « Identités », je ne pouvais pas ne pas y être.
Et je l’aurais regretté car c’est l’un des plus beaux spectacle de danse et musiques mêlées auquel j’ai pu assister, avec la compagnie Kumo, quatre magnifiques danseurs venus de tous horizons, Jamson, Chichi, Corey, Viny Colby, qui nous font vibrer autour de la musique de Catherine omniprésente avec son violon jaune que je connais bien.

Difficile de définir ce spectacle de musique tribale, où tous les styles se mêlent, yiddish, tzigane, slave, classique, arabisant, hip hop… De la musique universelle où tout tourne autour de thèmes différents, la femme, la guerre et la paix, le racisme, les différences et les ressemblances, musique quelquefois planante, quelquefois sauvage, sur laquelle, nos quatre danseurs donnent tout avec une incroyable énergie. Le spectacle en noir, blanc, rouge est d’un esthétisme et d’une beauté à couper le souffle.
Catherine nous offre des fulgurance, faisant pleurer son violon, le faisant chanter sur fond de percussions et d’images en fond d’écran, virevoltant avec les danseurs, jouant avec eux sur des chorégraphies de folie sur ces musiques venue du fond des peuples, du fond des âmes.
Un spectacle fait d’humanité auquel Catherine, faute de chanter, nous dit des mots chargés d’émotion. A 80 ans, elle est plus forte, plus belle que jamais et ce spectacle nous enchante, nous ravit, nous émeut, nous prend aux tripes. Il faut voir le public se lever, applaudir, crier et en redemander.
Et  après le spectacle, on la retrouve heureuse du travail accompli et de l’amour que lui porte le public.

« Le violon – me dit-elle -, c’est le prolongement de ma main, de mon âme et  je ne pourrais pas m’en passer même si, aujourd’hui, ma musique est différente. Durant 15 ans je suis allée au fond de quelque chose, j’ai eu le temps de faire le tour de la musique classique, j’ai même monté un quatuor de musique de chambre jusqu’au jour où j’ai eu envie de passer à autre chose. Il y a eu une cassure mais elle m’a permis de prendre une autre route. Jouer Brahms, Beethoven, Schubert ne me suffisait plus, il fallait que j’exploite d’autres contrées, que je découvre d’autres formes de musiques, une autre façon de m’exprimer. Lorsqu’on découvre Léo Ferré, Stevie Wonder, Jacques Brel, Aretha Franklin, le jazz, les musiques du monde, on se dit qu’il y a d’autres musiques que le classique et que c’est toujours de la musique.

Je composais déjà pour le plaisir, le plaisir est toujours là et je suis toujours à fond.
De puis ton « Laratorio » écrit pour le spectacle d’Annie Girardot « Revue et corrigée », tu as su mêler différentes musiques…
Tu sais, écrire une belle chanson c’est aussi très difficile, mais c’est formidable de mêler les mots aux sons. Il faut un esprit de synthèse et l’on a si peu de temps pour raconter une histoire. Et puis, cette nouvelle route m’a permis de faire de très jolies rencontres, de travailler avec des gens formidables et comme je ne suis pas une fana de solitude, tout ça me va très bien. J’aime avoir des compagnons de voyage, avoir une complicité comme j’ai eu, durant longtemps avec Alain Boublil. Les rencontres, les gens, c’est aussi tout l’intérêt de ce métier. C’est pourquoi j’aime travailler avec d’autres artistes, soit pour créer des chansons, un spectacle, soit pour collaborer avec  « Les enfoirés » ou « Age Tendre » par exemple… Grâce à ce métier, ma vie est semée de merveilleuses rencontres, de moments forts, inoubliables. Celle de Barbara, c’est ma jeunesse… J’étais groupie et la rencontrer et d’avoir travaillé avec elle, ce fut un grand bonheur. Lorsque Barbara te dis :  » J’adore ce que vous faites, pouvons-nous travailler ensemble ?  » tu tombes à la renverse ! Ce furent deux mois entre parenthèses, de pur bonheur.

Il y a eu aussi Johnny Hallyday, Les musiques de films ou de télé, William Sheller et bien d’autres…
« Françoise Hardy, ce fut un coup de foudre. Lorsqu’elle a découvert ce que j’écrivais elle a même voulu me produire mais elle a pensé que, pour moi, il valait mieux que j’aille dans une grande maison de disques. Mais j’ai écrit pour elle et j’en suis fière».
Et ainsi il y a eu « Sand et les Romantiques » « Aral » dont certaines fulgurances se retrouvent dans ce nouveau spectacle, il y a eu les arrangements de « L’Arlésienne » de Bizet avec Jean Marais, le spectacle « Au-delà des murs » avec Franco Dragone, le directeur et chorégraphe du Cirque du Soleil et tellement d’autres choses…
Une autre qualité chez Catherine : la franchise !
« Je ne sais pas trop si c’est une qualité ou un défaut mais j’ai une belle ( ?) réputation de franchise et tant pis si ça me joue des tours. De toute façon, je n’ai pas envie de plaire à tout le monde. Par contre, avec l’âge, je fais peut-être plus attention aux autres, j’essaie de ne pas les blesser pour rien. J’ai envie de devenir tolérante !»

Voilà comment fonctionne Catherine Lara.
Lara, c’est un regard bleu, derrière des lunettes bleues, un regard franc, net, direct, qui vous vise droit dans les yeux, droit au cœur.
Lara, c’est la douceur cachée derrière une incroyable énergie.
Lara, c’est un caractère fort qu’il vaut mieux éviter les jours de colère.
Lara, c’est une surdose d’humour au premier, second, troisième degré.
Lara, c’est un amour inconditionnel pour la musique.
Car elle aime la musique de toutes ses forces, toutes les musiques venues d’ici et d’ailleurs. Et surtout, elle aime son public. Par contre, jamais une fois je ne l’ai entendue dire qu’elle s’était trouvée bien. C’est plutôt le genre : « Ils ont été merveilleux, ils m’ont aimée, je le leur ai rendu… Ils le méritaient ».
Et c’est ce qu’elle a fait en cette belle soirée aixoise.

Jacques Brachet
Photos Eric Bongrand, Cécile Giol, Jacques Brachet

souvenir de rigolades champagnisées !

Jean-François MUTZIG…
La passion des animaux et des hommes

Frédéric Massé, Henri Chich, Jean-François Mutzig

Jean-François Mutzig est journaliste, reporter, photographe.
Homme passionné s’il en est, après avoir travaillé sur plusieurs journaux, il passe aujourd’hui sa vie à courir le monde, afin de l’appréhender et surtout de suivre la vie des animaux car c’est aussi sa grande passion, comme les éléphants d’Asie ou les chevaux sauvages de Galice entre autres, face aux humains.
Auteur de plusieurs livres, aujourd’hui il expose un peu partout ses photos, dont certaines ont obtenu des prix, après avoir tiré longtemps les photos des autres. Photos qui furent longtemps en noir et blanc, avant qu’il ne vienne à la couleur. Ses photos ont été connues grâce à de nombreux magazine et jeudi soir, Henri Chich, président de l’association « Phot’Azur » l’avait invité pour nous présenter plusieurs diaporamas édifiants comme « Les éléphants d’Asie », en Birmanie, qui servent au débardage et sont souvent maltraités par des cornacs violents mais il faut savoir que le dicton « Avoir une mémoire d’éléphant » est véridique, un éléphant se souvenant, plus de vingt ans après et le fait quelquefois payer au cornac qu’il reconnait. Heureusement aujourd’hui des gardiens les récupèrent dans des sanctuaires pour les soigner jusqu’à leur mort.

Le second diaporama, « Pêcheurs d’Asie » nous montre comment les plus pauvres pêchent artisanalement le poisson pour leur survie alors que des chaluts raclent les fonds marins pour en faire un juteux commerce. Ils sont transformés en farines pour nourrir les bovins de nombreux pays.
Puis il nous fait voyager, avec son compère Frédéric Massé, avec qui il travaille depuis des années, en Galice pour découvrir « Des chevaux et des hommes » lors du « A rapa das bestas » qui réunit tous les ans quelques vingt-mille personne autour d’une tradition qui date du Moyen Âge et qui rassemble près de deux-cents chevaux sauvages dans l’arène afin de les soigner, de les recenser, leur couper les crinières. Plus de mille cinq cents inscrits sont rassemblés.
Retour sur l’éléphant, avec un reportage, en couleurs cette fois, « L’éléphant en fête », fête printanière au Rajasthan, où sont peints cinq cents éléphants qui promènent le public venu nombreux. Musique, processions, ballades, concours de beauté, près de mille deux cents figurants venus du Sri Lanka, de Thaïlande, du Laos, et des milliers de spectateurs venus se joindre aux fêtes. Après ces superbes images, je voulais en savoir sur ce reporter sans frontières, avec qui j’ai retrouvé des points communs, même si je suis loin d’avoir fait, ne serait-ce que la moitié de ses voyages !

Pêcheurs d’Asie
Des éléphants et des hommes

Jean-François, comment est venu cet amour mêlé de la photographie, du reportage, des animaux ?
Juste après la terminale, j’ai arrêté mes études, je n’avais pas envie d’aller en fac et j’avais déjà le désir de devenir journaliste-reporter. J’ai donc fait une école de photographie à Lille où je suis né. Puis j’ai émigré  dans le sud de la France où j’ai commencé à « piger » pour le Provençal, la Marseillaise, Nice-Matin… En 90 j’ai été professionnalisé au Dauphiné où j’ai fait toute ma carrière en tant que journaliste sur les Alpes de Haute Provence.
Vous étiez alors journaliste ou photographe ?
Je faisais les deux. Mais en parallèle, j’ai toujours voulu aller plus loin car je ne suis jamais satisfait de ce que je fais. Je voulais monter de gros projets. Donc, j’ai commencé à voyager, beaucoup en Asie, où je me suis spécialisé. Dans les années 2000, j’ai découvert l’éléphant d’Asie et c’est ce qui m’a lancé dans ma carrière. J’ai fait un gros travail sur la relation entre les hommes et les éléphants en Asie. Une relation qui se pérennise depuis plus de cinq-mille ans que l’éléphant est domestiqué en Asie.
Vous faisiez ces reportages pour le journal ou pour un magazine ?
Au départ, je le faisais pour moi et petit à petit, en 2010, on a lancé ce projet en réalisant une exposition, j’ai eu la chance d’avoir plusieurs portfolio, tout c’est alors enchaîné, entre autre les voyages. J’ai eu la chance de voir mon travail sur les éléphants, présenté au Japon où j’ai eu un prix sur le travail projeté ce soir, puis j’ai travaillé sur les chevaux de Galice en Espagne où j’ai eu aussi la chance d’être primé. Cette thématique entre les animaux et les hommes me plaît  car elle est exceptionnelle dans le sens large du terme. Les animaux, on les aime, on les chérit mais on les tue également. C’est un peu ce paradoxe que l’on peut découvrir dans mon travail et dans tout ce que j’ai pu faire ces vingt dernières années.

Au départ, ce sont les éléphants… Pourquoi ?
C’est un peu par hasard. Comme tout journaliste qui se respecte, je me documente toujours beaucoup et je me suis rendu compte qu’il y avait assez peu de travaux réalisés par des photographes, sur l’éléphant d’Asie et sur la relation homme-éléphant. J’ai donc essayé d’écrire cette histoire et d’en faire un livre, voici dix ans et de faire dans le même temps, une exposition à Monaco qui a été inaugurée par le prince Albert. Moi, l’éléphant m’a tout donné, je lui dois tout ! C’est lui qui a lancé ma carrière… C’est mon imprésario !
En dehors des éléphants et des chevaux, il y a d’autres animaux qui vous intéressent ?
Depuis une vingtaine d’années, je travaille sur cette relation homme-animal. Je me suis intéressé aux serpents, aux cochons, aux singes. Je les choisis par thématiques et par la relation qu’ils peuvent avoir avec les hommes. J’ai par exemple travaillé sur les relations entre les hommes et les singes en Thaïlande et en Inde où les singes ont carrément accaparé un quartier jusqu’à en faire partir les humains. C’est la relation ambigüe  d’un animal sauvage qui reprend le terrain.
Alors, comment l’humain que vous êtes se retrouve face à l’animal ?
J’ai une relation privilégiée avec les gens, j’ai fait ce métier pour le contact, pour rencontrer, essayer de comprendre comment ça se passe. C’est ça, je crois, le métier de journaliste, on ne comprend pas toujours mais on essaie ensuite de retracer le mieux possible au public. C’est pareil pour les animaux.
Vous avez longtemps travaillé sur le noir et blanc
Mais là, j’ai lancé un nouveau projet sur les éléphants en couleur mais c’est l’éléphant dans la fête et il était difficile de le faire en noir et blanc !
Et d’autres projets ?
Oui, en 2027… Mais on n’en parle pas encore

Jacques Brachet

Des chevaux et des hommes
Jean-François Mutzig & Henri Chich

Bruno SALOMONE, du rire au charme

Il était l’un des cinq mousquetaires du groupe « Nous, C nous », avec entre autres Jean Dujardin, il retrouvait d’ailleurs son copain Dujardin dans « Brice de Nice  il fit partie de la saga familiale « Fais pas ci, fais pas ça », sans compter les films, les séries, les one man shows où il s’illustra avec une énergie débordante et un humour décapant…
Mais n’était pas que ce personnage drôle et agité qu’on connaissait. Souvent, une fois qu’un artiste été taxé « comique », il lui  est difficile de sortir de cette boîte dans laquelle le métier les ranger.
Il nous avait beaucoup émus, par exemple, dans la série « Le secret d’Elise ».
L’an dernier, on le retrouvait avec plaisir dans la série « A priori » et il était venu plusieurs fois dans la région présenter des films il était aussi venu jouer son one man show « Euphorique ». C’était en 2017. Il était également venu présenter « « Ma famille et le loup », tourné dans notre région ou encore » « La clinique de l’amour » et à chacune de nos rencontres, nous passions d’agréables moments tant il était disert, jovial, charmant,« Euphorique », c’était, en 2016, son grand retour sur scène dans un one man show, qu’il était venu présenter à Toulon.

« Ça faisait treize ans, me confiait-il, que j’avais arrêté les one man shows car je commençais à avoir ma dose ! Je voulais faire autre chose et ne pas faire de la scène pour faire de la scène ou pour faire de l’argent, et le stand up, ce n’est pas mon truc. Je voulais qu’il y ait de l’envie, de l’impulsion, avoir des choses à dire et délirer.
Et… ?
Et j’ai retrouvé Gabor Rassov qui avait écrit, avec Artus de Penguerm Le film « La clinique de l’amour » en 2012, que nous étions d’ailleurs venus présenter à Toulon. Nous sommes devenus amis et nous avions envie de retravailler ensemble sur un autre film… Qui s’est en fait transformé en spectacle !
Qui a eu l’idée ?
L’idée première était l’histoire d’un enfant qui était né en riant. Je ne voulais pas que ce soit une suite d’histoires mais une vraie histoire où le rire devient un vrai handicap, où l’on prend le type pour un débile, un démon, qui va du coup être adoré ou détesté. En fait, c’est tout ce que j’avais. C’est Gabor qui m’a aidé à faire la construction et il en a signé la mise en scène, avec un regard extérieur ».

Le départ de la carrière de Bruno s’est fait en 1994, avec cette idée de cinq humoristes qui se regroupent pour créer « La bande du Carré Blanc », nom du café-théâtre dans lequel ils jouaient. Et ils créent une chanson inspirée des boys bands de l’époque « Nous C nous ».
Ça a marché et ils sont devenus les « Nous C nous » !
« Tu sais que, même aujourd’hui on m’en parle alors qu’au départ ce n’était qu’un délire ! Ça  a vraiment marqué les gens et c’est vrai que nous avons vécu un moment magique car ça fait partie de notre jeunesse, de nos débuts à tous, Dujardin-Collado-Joucla-Massot et moi. Je crois que nous avons vécu nos plus belles années. Nous en gardons comme un regard d’enfance. Et puis, on est passé à autre chose ».
Cet autre chose va arriver en 2005, lorsque Jean Dujardin va éclater avec « Brice de Nice » où il entraîne Bruno. Il y a eu un avant et un après et l’après sera ne numéro deux, qui reviendra sur les écrans en 2016… Qui s’intitulera d’ailleurs le numéro 3 !
Ça demande une explication, Bruno !
Le titre trouvé est « Brice 3, je casse le 2 » ! Les trois autres copains sont venus faire un petit rôle et le titre, c’était juste pour rigoler. D’ailleurs, beaucoup de gens nous demandent où est passé le 2 ! C’est dans la droite ligne du personnage complètement déjanté. Le tournage c’est magnifiquement déroulé, on a beaucoup ri avec le plaisir de se retrouver. Le scénario était costaud, surprenant et encore plus fou que le premier… Si c’était possible ! »
Lorsque je lui demandai si un jour il se retrouveraient tous les cinq sur une scène, il me répondait alors :
« Non, je crois qu’on a fait le tour de l’histoire des personnages et on ne voulait pas lasser le public. Alors, avant épuisement total, on a fait une belle et surprenante fin. On s’est bien amusé et on gardera de beaux souvenirs ».
Chacun est donc reparti sur des chemins différents et Bruno a continué le sien avec la série qui a cartonné « Fais pas ci, fais pas ça ».
On lui a alors proposé beaucoup de comédies où il excelle, mais le métier n’ayant pas beaucoup d’imagination, il devra attendre, malgré son succès, pour enfin atteindre des rôles dramatiques comme dans « Le secret d’Elise » ou « Meurtre sur l’île de Ré ». Mais il a aussi fait du doublage d’une web série avec Elie Semoun, avec qui il avait joué  dans « Avalanche sharks, intitulée « Coquille ».

Il était venu présenter à Six-Fours « Ma famille et le loup » d’Adriàn Garcia, un tournage original, d’abord parce qu’il y a toute une horde d’enfants et que le réalisateur est espagnol… et ne parlait alors pas français ! C’est la belle comédienne espagnole Carmen Maura qui servait d’interprète à double titre !
Un film qui s’est tourné dans le Var, où l’un des comédiens, Damien Buner a vécu entre La Cadière d’Azur et Bandol et où Bruno me confiait qu’il venait en vacances à Carqueiranne et Port-Cros. Manque de chance, alors que le tournage se faisait en Juin, la pluie ne cessa de tomber !
Bruno avait adoré ce tournage :
« J’ai adoré la poésie qui se dégageait du scénario, un scénario écrit sur un sujet grave, la mort mais traité de façon très poétique et surtout vu par le regard des enfants dont j’ai aimé la maturité. Plus adultes que nous, qui faisions plus de conneries qu’eux ! J’ai l’habitude des enfants et je suis moi-même resté un enfant. On s’est beaucoup amusé, on a beaucoup ri ensemble. On était vraiment sur la même longueur d’ondes ».

avec toute l’équipe du film « Ma famille et le loup » et celle su Six N’Etoiles

Bruno Salomone avait 55 ans, un peu tôt pour nous quitter et je reprendrai la phrase d’une chanson de Jean Ferrat à la mort de son ami : « Tu aurais pu vivre encore un peu »…
Jacques Brachet

Olga JEGUNOVA :
« En France, j’ai retrouvé mon chemin, ma maison »

Olga Jegunova est une pianiste internationale qui a choisi de poser ses valises dans le Sud de la France, où elle vit avec sa famille entre Hyères et Paris. Ggrâce au maire de Solliès-Pont, André Garon, et son adjointe à la Culture Marie-Aurore Smadja elle a créé un festival  « Les Nocturnes à Solliès-Pont » dont la troisième édition aura lieu cette année
Belle musicienne à l’accent russe et musical, on ne pouvait que la rencontrer !
« Olga, parlez-nous de vos origines…
Je suis lettone, née en Lituanie et donc russophone. Au milieu de tout cela, il a fallu que je me trouver une vraie identité, ce qui n’a pas été facile !
Le piano, c’est venu comment ?
Dès cinq, six ans j’ai commencé à faire des concours, des concerts. J’ai travaillé beaucoup mais c’était une passion. Le piano est devenu ma vie quotidienne et je pensais alors que c’était une vie « normale » ! Je n’ai pas eu le temps de me rendre compte que c’était un vrai travail, d’autant que ma mère était aussi pianiste.

Elle vous a donc poussée dans cet art ?
Pas vraiment mais elle me faisait travailler. Je me souviens avoir travaillé sur une œuvre de Schumann dont je n’arrivais pas à trouver la bonne expression. Avec beaucoup d’attention de sa part, elle m’a expliqué que si l’on n’était pas touchée par la musique, ce n’était pas la peine de continuer. Et elle a vu que j’étais touchée par la musique.
Combien d’heures passez-vous au piano ?
Au moins deux à trois heures par jour mais si j’ai un concert ce peut être cinq à six heures ! Et le reste du temps… Je joue au lego avec mes deux enfants ! Je passe du noir et blanc à la couleur !
Comment-êtes-vous venue à créer ce festival à Solliès-Pont ?
A la suite d’un concert, le maire me l’a proposé. Je trouvais intéressant de me trouver de l’autre côté d’un festival, non plus pour seulement jouer mais pour l’organiser, d’abord pour le public mais aussi pour les musiciens. Nous sommes toujours stressés avant un concert et j’avais envie de les guider, de les accompagner. Ça m’a également beaucoup aidée, beaucoup apporté et je voulais que la musique classique ne soit plus élitiste, qu’elle soit accessible au plus grand public possible.
Déjà, lorsque je donne un concert, entre deux morceaux, j’aime parler au public, raconter, expliquer, être proche de lui.

Vous vivez donc entre Hyères et Paris aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous installe en France ?
Je vivais à Londres puis il y a eu le Covid, qui a été un drame pour tout le monde entre autres pour nous les artistes puisqu’on ne pouvait plus travailler.  Je suis venue dans la région pour y trouver un refuge, de nouvelles racines que je n’avais pas. J’ai découvert la nature, le climat, des gens gentils et j’ai décidé que ce serait parfait pour nous et mes deux petits anges, après avoir travaillé dans le monde entier.
La France est donc devenue votre nouvelle patrie ?
Exactement et le Sud en particulier. J’ai retrouvé, sinon mes racines, du moins mon chemin, ma maison, une famille.
Depuis deux ans, vous avez donc créé ce festival qui, sera, cet été, la troisième mouture…
Oui, les deux premiers ont bien marché dans un cadre de rêve et de plus, j’ai rencontré des gens magnifiques, comme cette chorale « Sur tous les tons » formée de bénévoles, que j’aime, que j’accompagne, avec qui je travaille aujourd’hui et qui fait partie du festival.
Il y a eu également la rencontre avec notre ami Charles Berling…
Ah Charles ! Ça a été une belle rencontre. Je l’ai connu grâce à l’opéra de Toulon et il est venu participer au festival l’an dernier.
Vous avez aussi ajouté du jazz dans votre festival !
Pas de jazz cette année, malheureusement…Néanmoins, en 2026 y aura un pianiste légendaire Christian Zacharias,le mime Benoît Turjman, un concert pour présenter de jeunes talents, les  spectacles musicaux pour les enfants “Le petit prince” et le “Ti-train” et un concert en partenariat avec l’Opéra de Toulon des chanteurs lyriques Kaarin Cecilia Phelps et Emmanuelle Demuyter.  
En dehors du festival, nous aurons le plaisir de découvrir votre nouvel album ?
Oui, ce sera mon sixième et il sera consacré à un compositeur géorgien : Giya Kancheli.
C’est une musique pleine d’espoir et dans cette période très difficile c’était quelque chose de très important pour moi. »

Programme des Nocturnes de Solliès-Pont
Mardi 30 juin 21h, cour du château Forbin : Récital de piano par Christian Zacharias
Mercredi 1er juillet 17h, Médiathèque René Char : « Le petit prince », narration, avec Pierrick Grillet et Olga Jegunova
Mercredi 1er juillet 21h, cour du château Forbin : Musique de chambre avec Christian Zacharias, Benoît Salmon (Violon), François Mereaux (Alto), Delphine Perrone (Violoncelle) Jphanna Sans (Contrebasse)
Jeudi 2 juillet 19h, Médiathèque René Char : Les voix de demain – Concert jeunes talents du conservatoire à rayonnement régional TPM
Vendredi 3 juillet 21h30, cour du château Forbin : « Piano et pantomime » avec Olga Jegunova et Benoît Turjman
Samedi 4 juillet 10h30, Médiathèque René Char : « Abracadabra Musiques » Spectacle musical pour enfants
Samedi 4 juillet 21h30, Cour du château Forbin : En partenariat avec l’Opéra de Toulon, Kaarin Cecilia Phelps (Soprano), Hugeau Philippeau (Piano) et la participation d’Emmanuelle Demuyter (Soprano). Concert de chant lyrique et première mondiale d’une nouvelle composition de Nolan Monnet

Propos recueillis par Jacques Brachet


Isabelle BOUVIER… Une série « Du Sud » !

Isabelle Bouvier a le regard bleu Provence, un sourire lumineux, une vie de passion et de détermination qui, de danseuse, est devenue comédienne avant de devenir scénariste et réalisatrice.
Tous ces arts, elle les pratique chez nous dans le Sud, à Six-Fours car elle a décidé de ne pas faire comme tout le monde : « Monter » à Paris pour réussir. Réussir, pour elle, n’a jamais été de devenir star ni de gagner beaucoup d’argent, mais simplement de vivre de ses passions chez elle.
C’est plus difficile mais elle se voit mal vivre à Paris. Le soleil et la mer lui manqueraient trop !
Elle vient de terminer le tournage d’une série, « Happy reset », qui participe au seizième concours Nikon.
En chemin, elle a connu quelques difficultés et du coup, la série n’est pas exactement ce qu’elle avait écrit.
Elle nous raconte tout cela.

« Isabelle, le cinéma, pour vous, ça représente quoi ?
C’est une passion qui m’a été transmise par mon papa, qui a exprimé beaucoup de choses à travers les films qu’il me proposait de voir. Il a été journaliste, il avait une appétence pour tout ce qui était artistique et,  si par pudeur, il ne se manifestait pas, c’est par les films que nous allions voir qu’il laissait passer des messages.
Vous avez commencé par la danse ?
Oui, j’étais danseuse dans différentes troupes, divers orchestres comme K-Danse qui est à Six-Fours, les orchestres de Claude Girard, André Auzias, je me suis arrêtée lorsque j’ai eu mes filles, j’ai alors donné des cours de danse, puis je me suis tournée vers l’art dramatique et je suis devenue comédienne de théâtre.
Et le cinéma dans tout ça ?
Il y a eu le Covid où l’on ne pouvait plus rien faire et alors, comme j’avais fait une formation de scénariste, j’ai commencé à écrire, pendant le confinement.
Qu’en est-il sorti ?
Beaucoup de choses, j’ai notamment scénarisé une série qui s’appelle « 63 minutes », premier pilote que j’ai réalisé. J’ai d’ailleurs eu un prix. Ça m’a pris beaucoup de temps car c’était en autoproduction et qu’à côté de ça, il faut gagner sa vie.  J’ai aussi écrit deux gros scénarii  qui sont très importants pour moi mais j’ai bien compris que pour avoir des aides, entre autres du CNC, il fallait que  je montre ce que je faisais dans des festivals et recevoir des prix . Entretemps j’ai écrit « Happy reset » que j’ai totalement autoproduit mais les gros autres projets, je ne pourrai pas les financer sans aide ni si le CNC ne m’octroie pas des fonds.
Donc c’est en stand bye ?
Si l’on veut mais en ayant fait « Happy reset », j’ai de l’espoir car la série fait partie des vingt meilleurs projets soutenus par Nikon Festival. Ce festival est de plus en plus prestigieux. Je fais partie des vingt soutenus et j’espère que nous serons dans les huit sélectionnés. Nous le saurons en avril.
C’est par petits pas qu’on avance, avec beaucoup de ténacité et j’espère que des gens seront sensibles à mon univers.

Quel est votre univers ?
Il y a beaucoup de questionnements comme le temps qui  passe, et « Si c’était à refaire » . Il y a aussi la place de la femme de plus de cinquante ans dans la société et aussi l’intelligence artificielle.
C’est-à-dire ?
La place qu’elle prend aujourd’hui. Le modernisme ça a évidemment des avantages mais jusqu’où est-ce que peut aller ce pouvoir ? Tous mes projets sont des dystopies qui se passent dans un futur proche. Et le futur est de plus en plus proche, il nous rattrape vite ! Lorsque j’ai écrit, c’était de la science-fiction et ça l’est de moins en moins.
Bon, alors parlons de « Happy reset » !
La série se passe  en 2035, cinq jours avant la fin de l’année, une intelligence artificielle avertit les gens que le pire parasite de la terre a été identifié : Ce sont les êtres humains !
Dans la nuit du 31 décembre 2036 à 2037, l’humanité sera éradiquée. On va suivre le comportement de quelques personnages qui n’ont plus que cinq jours à vivre.
Il y a à la fois de la science-fiction et quelque chose de philosophique. La série  interroge vraiment sur le sens des priorités lorsqu’on sent qu’on va mourir.
En dehors de la science-fiction, c’est vraiment une fiction ?
Il y a beaucoup de fragments de ma vie et j’ai l’énorme bonheur d’avoir écrit en pensant à des gens que je connais, dont mes filles, mon gendre, des amis. Et ce n’est pas parce que ce sont des gens de ma famille mais tous sont comédiens… Et talentueux ! Mais en écrivant ce scénario, c’est venu tout seul. Après, il fallait qu’ils acceptent.
Et s’ils n’avaient pas accepté ?
Le problème est que lorsqu’on écrit en pensant à quelqu’un, on a du mal à penser à d’autres comédiens ! J’ai eu beaucoup de chance, tous ont dit oui. C’est vraiment mon bébé, si comme j’avais accouché !
Et ça se passe où ?
Tout se passe dans la région car je voulais  que ce soit vraiment une série du Sud.
Nous avons tourné du 2 au 4 janvier, entre Fabrégas, la Verne, Sanary, Six-Fours, la plage de Bonnegrâce, le parc de la Méditerranée, que des sites magnifiques. Nous avons aussi tourné à la Bibliothèque pour tous les Gémeaux à Six-Fours, l’Ehpad  du Verger à Sanary et l’école de danse Team Pôle Addict à la Seyne  qui nous ont ouvert leurs portes et que je remercie. Je remercie également tous les comédiens magnifiques dont l’âge varie entre 4 mois et 90 ans, dont les doyens de la maison de retraite ! C’est toute une représentation de l’humanité.
Et tous sont du Sud ! Je veux le souligner car c’est vrai que beaucoup de parisiens viennent tourner chez nous alors que, si nous avons de beaux paysages, nous avons aussi des comédiens talentueux. Les comédiens-vedettes sont souvent castés à Paris et l’on prend les nôtres pour faire de la figuration !

Parlez-moi de ce concours Nikon…
C’est un concours qui devient de plus en plus important. Il y a aujourd’hui des têtes d’affiche qui viennent avec de gros moyens. Cette série que j’ai autoproduite entièrement, passe sur le site de Nikon festival et les gens doivent voter jusqu’au 26 mars. Le fait d’être sélectionnée en catégorie A, c’est-à-dire sélectionné dans un grand festival comme Lille, Clermont-Ferrand, Nikon en faisant partie et d’avoir un prix implique que le CNC  s’y intéresse et puisse m’aider.
Mais… Il y a un mais …
Oui car aujourd’hui je rencontre un problème. J’ai fait venir un chef opérateur de Paris que connaissait ma fille.. Surpris par le côté qualitatif de la série, il m’a proposé de faire le montage à Paris, faisant en sorte que n’y participe pas au montage et qu’il coupe quelques parties importantes. Et il a inscrit la série à son nom et celui de son assistant avec le nom de sa boîte de production et sur l’affiche je figure en quatrième place ! Alors que tous les droits à l’image sont à mon nom. Il a coupé certains moments poétiques qui font que ça dénature mon histoire. Et avec ça, il donne des interviewes en parlant de « sa » série, sans stipuler que j’en suis l’autrice, alors que jusqu’ici, il n’a fait que des publicités et des clips. Le festival Nikon est au courant.
J’espère qu’il va rectifier et inscrire mon nom pour que je puisse intégrer la sélection « Regard de femmes ».
A propos de projets, puisque cette série va vivre sa vie,  malgré tous ces aléas, je pense que vous n’allez pas en rester là ?
Oui, j’ai plusieurs projets. D’abord les deux dont je vous ai parlé mais là, j’ai besoin de producteurs. Les deux projets se passent encore dans le milieu de l’intelligence artificielle. Le long métrage aura un casting presque exclusivement féminin et la série sera autour de la pédo-criminalité et de l’IA.
Je suis également sur un court-métrage qui va traiter des foyers pour jeunes filles et de la résilience à travers la boxe. Il va se faire dans les trois mois qui viennent. Je lance aussi des ateliers d’écriture qui auront lieu entre Toulon et Six-Fours. Chacun va raconter un bout de sa vie, une anecdote qui sera lue par un autre. Et j’aimerais pouvoir entrer dans des écoles pour parler du harcèlement scolaire.
Et la comédienne de théâtre, où en est-elle ?
Je vais reprendre en avril, une pièce, « Derrière la porte » de Claude Broussouloux… Qui est en voyage de noces sur l’Île Maurice ! C’est l’histoire d’un couple qui rentre chez lui en fin d’après-midi et dont la femme croit avoir vu un homme rôder dans le jardin. Au départ c’est sur le mode de la comédie style « Scènes de ménages »  et peu à peu, il y a une montée en tension. Ca évoque les secrets qu’il peut y avoir dans un couple.
Et puis, j’ai écrit une pièce et je recherche un comédien de 20/25 ans pour jouer mon fils. Une pièce sur les liens familiaux.
Et à part ça ???
(Elle rit) A part ça… Je ne m’ennuie pas !
Mais aujourd’hui, je cherche des producteurs ou des mécènes pour pouvoir continuer à tourner ! »

Avis aux amateurs !
Propos recueillis par Jacques Brachet