Archives de catégorie : Portraits

Michel MONACO Romantique & nostalgique

Un jour, mon amie Mick Micheyl – chanteuse, auteure, compositrice, meneuse de revues, productrice et animatrice d’émissions de télé mais aussi sculptrice sur acier – m’envoie un CD d’un jeune chanteur qu’elle parraine, nommé Michel Monaco.
Il est jeune, il est beau et, sans sentir le sable chaud il a une voix de velours, une voix de chanteur romantique, teintée de nostalgie, à l’image des Jean-Jacques Lafon, Franck Michaël, Pascal Danel, Frédéric François, Hervé Vilard…
Notre rencontre est aussitôt amicale et depuis quelques décennies, je suis son voyage musical avec intérêt.
Et voilà que je reçois aujourd’hui son nouveau CD « Michel Monaco, ses chansons romantiques », Vingt chansons, dont sept nouvelles et toutes signées, pa lui et son complice Pascal Ritter, les autres par des pointures comme  Jean-Paul Cara, Eric Charden, Guy Mattéoni, Jean-Jacques Lafon justement, Didier Barbelivien, Alain Turban et quelques autres, toutes… plus romantiques, tu meurs !
Empreintes de nostalgie, elles nous font remonter le temps où l’on pouvait serrer sa partenaire dans un slow langoureux… « Où sont passés nos slows d’été » chante-t-il d’ailleurs. Il chante l’amour comme personne, de « Comme un toréador » à « Vieillir ensemble » ou encore « Les couleurs de l’automne ».
Les paroles sont belles, les musiques planantes et sa voix les sert de façon magnifiques.
Un peu de romantisme et de douceur dans ce monde de brutes, ça ne fait pas de mal !
Bien entendu je veux en savoir un peu plus.

Et l’on se retrouve au téléphone (en « phoning » comme on dit aujourd’hui !) et durant une heure on s’est tout raconté comme on le fait à chaque fois.
Michel, une question tout d’abord : Tu avais sorti, il y a quelque temps, un album « Mes plus elles chansons d’amour » sur lequel tu proposais anciennes et nouvelles chansons. Et là, pour « Ses chansons romantiques », en dehors des sept nouvelles chansons on retrouve des anciennes du précédent album. Pourquoi pas « que » de nouvelles chanson ?
Il se trouve qu’un producteur du Nord  m’a proposé de sortir un CD de ces anciennes chansons, pour le distribuer dans le Nord et la Belgique. J’ai été un peu étonné mais je me suis dit « pourquoi pas ? » à condition d’y ajouter de nouvelles chansons pour un public qui connaît toutes les autres. Voilà comment cela s’est fait, alors qu’au départ je n’y pensais pas !
On le sait, tu aimes la chanson française à laquelle tu rends hommage. Il y a bien sûr ta marraine en chanson Mick Micheyl mais il y aussi Piaf, Ferrat, Dassin pour lesquels tu as consacré des chansons. Comment cela te vient-il. ?
Par admiration mais aussi par hasard. Par exemple, j’ai d’abord écrit « Joe » pour rendre hommage à Dassin. J’ai alors l’occasion de rencontrer l’auteur-compositeur Claude Lemesle avec qui Joe a travaillé, qui a aimé cette chanson et qui m’a donné l’idée d’écrire la vie de Joe Dassin à travers ses chansons. J’ai fait un choix en y incorporant trois chansons moins connues de lui. Claude m’a conseillé de ne pas les mettre et de n’enregistrer que des chansons plus connues. Ce que j’ai fait. Sans compter que Claude m’a raconté des anecdotes sur Joe qu’il m’a donné l’autorisation d’incorporer dans mon spectacle.

Pour Ferrat ?
C’est un peu la même chose après que je lui aie rendu hommage à travers une chanson : « Monsieur Jean ». Ça a été pour moi une belle rencontre musicale et j’ai eu envie de faire un disque et un spectacle autour de ses chansons. C’est un spectacle qui a très bien marché.
Puis il y a eu Piaf…
Oui, mais c’est différent. J’avais fait un album pour rendre hommage à Mick, « De Mick à Michel » et Je suis sur le point d’enregistrer une chanson « On n’est pas prêt d’oublier » sous le regard de Mick. J’avais quelques problèmes et je demande à Mick comment elle l’aurait chanté. Elle qui n’avait plus chanté depuis quelques années, se met à la chanter et l’ingénieur du son l’enregistre. A la suite de ça il fait un mix de nos deux voix et le lui fait écouter. Au départ elle n’est pas convaincue mais finalement nous l’enregistrerons pour les 40 ans de la disparition de Piaf ! Et elle viendra la chanter sur scène avec moi !
Puis tu enregistrera son énorme succès « Un gamin d’Paris »… version dance !
(Il rit). C’était totalement déjanté mais drôle à faire !
Après quoi tu vas faire deux tournées des églises avec Michèle Torr et Natasha Saint-Pier.
C’est une idée de Michel Algay, le producteur des tournées « Age Tendre » qui me les a proposées. Pour les dix ans d’Age Tendre, en 2015, il m’incorpore dans le programme mais la tournée va cesser brutalement car il est endetté et on l’oblige à arrêter les spectacles..
Du coup il me propose la tournée dans les églises avec Michèle en 2015 et celle avec Natasha en 2018.
Alors aujourd’hui tu prépares une nouvelle tournée intitulée « On a toujours 20ans ». Raconte…
C’est un spectacle où je chante toutes mes chansons mais où, entre elles, je raconte des anecdotes, mes rencontres avec tous ces artistes avec qui j’ai collaboré, comment sont nées ces chansons…
Tu n’arrêtes jamais ?
Tant qu’on me demande et que le public est là, je n’ai pas envie d’arrêter. Je continuerai tant que je serai en forme et en voix. C’est ma vie. C’est ma passion.


Propos recueillis par Jacques Brachet

Hugues MEISSEL : « J’ai choisi la vie d’artiste »

C’est un beau et grand gaillard à la carrure impressionnante, au regard lumineux, au sourire qui respire la gentillesse.
Hugues Meissel est né à Aups dans le Var et a choisi la vie d’artiste qu’il vit à Paris. Mais à chaque pose, il revient plein d’usage et raison, retrouver ses racines, sa famille. Une famille bien implantée dans ce village varois où son père tenait un camping et où il a fait ses premières armes de comédien car le virus, il l’a attrapé très tôt… Pour le plaisir me dit-il !
Par une chaleur écrasante en cet été qui n’en finit pas, c’est à  l’ombre de la terrasse de l’hôtel-restaurant qui fut aussi la propriété de son père que nous partageons un repas devant un arbre majestueux qui a, parait-il près de 600 ans.

Une soirée événementielle
« Une nuit sans aube » à l’Opéra Comique

Hugues, tu as choisi la vie d’artiste très tôt… Comment cela t’est-il venu ?
Au tout début, c’est une passion qui m’est venue très jeune à l’endroit où j’ai grandi. Mon père tenait un camping et j’ai pris tout le côté social avec les gens, les relations, les fêtes le soir, tout ce qui était l’animation. En fait j’ai baigné là-dedans. C’est là qu’est née l’essence même de ma passion.
Et après ?
J’ai, comme beaucoup, passé le bac puis il a fallu choisir un métier mais déjà, j’étais décidé à faire ce que j’aimais. Hélas, dans le milieu de l’Education Nationale ça n’était pas tellement bien vu. Mais j’ai eu la chance d’avoir des parents incroyables qui m’ont toujours dit « Allez, on te suit » et m’ont aidé car se loger à Paris, je n’aurais pas pu le faire sans leur aide. J’ai pu faire tout ça grâce à leur soutien mental et financier.
Tu t’y es donc très vite installé !
J’ai d’abord pris une petite année sabbatique, je suis parti en Asie puis je suis arrivé à Paris. J’avais 19 ans.
Avant cela, j’ai toujours fait du théâtre petit, en associations, dans les villages, à Lorgues, à Draguignan…
Et à Paris, ça a donc été tout de suite du théâtre ?
Oui, j’ai fait une formation théâtrale au cours de Jean Perimony, qui aujourd’hui n’existe plus. J’ai eu la chance d’avoir Jean comme professeur et j’ai aussi été formé par Christian Bujeau qui nous a quittés en juin. Christian était le fameux dentiste du film « Les visiteurs ». C’était un merveilleux prof qui m’a tout appris. J’ai donc bossé dans ce cours durant trois ans.

Devant sa maison natale
Era

Et après  ces trois ans ?
Je me suis créé des relations, notamment avec une ancienne danseuse qui m’a emmené sur des projets de danse et du coup, j’ai fait plus de danse que de théâtre. J’ai passé des auditions pour le groupe « Era », qui d’ailleurs avait écrit la musique des Visiteurs ! Ça fait six ans maintenant que je travaille avec eux et que nous faisons chaque année les Zénith. Ça a été mon premier gros contrat. Mais j’ai continué à faire des castings, j’ai fait beaucoup de régie à la télé mais ça, c’était pour remplir le frigo car c’est compliqué de vivre à Paris ! J’ai aussi travaillé avec Alex Lutz. C’est un génie dans ce qu’il fait, j’ai beaucoup analysé son travail, ça m’a vraiment nourri.
Tu n’as jamais travaillé ailleurs que dans des lieux de spectacles ?
Jamais !  Etre serveur dans un resto ce n’était pas mon truc. Et il suffit de quitter ce milieu trois ou quatre mois, pour que tu sois vite oublié. Puis je suis devenu intermittent du spectacle.
Et le théâtre dans tout ça ?
Je m’en étais un peu éloigné mais je n’ai jamais lâché. Je n’en faisais pas en théâtres parisiens, j’avais créé ma compagnie à la sortie de l’école de théâtre. Puis je suis entré dans une compagnie « La Divine » où j’ai joué dans un spectacle cabaret-théâtre en février qui s’intitulait « Paradis noir ». Nous étions deux sur scène, avec Hugo Lebigot qui a écrit et mis en scène le spectacle et j’espère qu’on va pouvoir le tourner en France.
Je joue également dans le spectacle « Voltige » qui est l’histoire de Dorine Bourneton qui, suite à un accident, est sur un fauteuil roulant, mis en scène par Eric Métayer.
Eric, c’est une belle rencontre ?
Oui, Eric m’a repéré sur de petits trucs que j’avais joués et il m’a fait avancer d’un grand pas dans le métier. Je viens d’apprendre que nous allions partir jouer la pièce en Martinique une semaine au mois de janvier !
Et puis après la danse, le théâtre, le cabaret donc !
Ça, c’est ma récréation. Depuis tout petit j’adore me grimer, me déguiser et me voici donc dans le spectacle « Mixity » que je joue au théâtre Lepic. Mais je ne tiens pas à m’enfermer dans ce genre de spectacle, que j’adore au demeurant, mais je ne veux pas qu’on me mette une étiquette. Afin de pouvoir m’ouvrir à d’autres choses.
Comment es-tu venu à ce spectacle ?
Très bizarrement. C’était pendant le covid, je marchais dans la rue et j’ai vu un spectacle de rue avec des tableaux incroyables, qui se jouaient aux fenêtres. J’étais obnubilé et Bruno Agati s’en est aperçu. Il m’a repéré, c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés et le lendemain j’entrais dans le spectacle. Je peux dire aujourd’hui qu’il est devenu mon mentor et si je réussis un jour, je le lui devrai.

Tu arrives à vivre de ce métier aujourd’hui ?
Oui, car à part ces spectacles, je fais beaucoup d’événementiels. Et je vis des moments irréels. Un soir, je me suis retrouvé dans les studios de Cinecittà en Italie où je jouais Jules César sur un char, pour un mariage où il y avait Paul McCartney,  la famille Trump, la famille royale, Cathy Perry et je me suis dit que j’avais une chance incroyable de vivre cette soirée d’un autre monde ! C’est pour ça que je fais ça. Mais c’est vrai que le lendemain, se retrouver dans son studio, c’est assez violent ! En termes d’artiste, je me sentais un peu gonfleur de ballons ! Mais ça te remet à ta place.
L’événementiel, ce peut être le paradis comme l’enfer mais ça me permets de vivre de mon métier.
Il y a eu d’autres belles rencontres ?
Oui J’étais performeur au cabaret « Le bœuf sur le toit » où souvent, les gens ne te calculent pas. Je ne l’ai pas très bien vécu mais ça m’a amené à faire de belles rencontres comme celles du jet setter  Massimo Garcia qui m’a proposé de performer à un de ses galas. Il y avait tout Paris. Et là, c’est un des plus beaux moments de ma vie : J’ai interprété « Gigi l’Amoroso » mais je n’aime pas imiter les gens que j’aime et que je ne me sens pas de faire. Je fais 1,90m, je suis carré comme un déménageur et c’aurait été ridicule d’essayer de l’imiter. J’ai donc gardé le côté masculin et j’interprète vraiment la chanson sans faire Dalida. Je n’espérais qu’une chose : Qu’Orlando ne soit pas de la fête…
Et il y était ?
La première personne que je vois en arrivant sur scène… C’est lui ! Trop tard pour reculer, j’y vais, j’arrive à le chopper et je le vois pleurer. A ce moment-là, je suis seul avec lui. Après le spectacle, il arrive vers moi et me dit : « Vous êtes incroyable, c’est un véritable hommage, à travers vous j’ai vu ma sœur. Bravo ». J’en ai encore la chair de poule.
Et il y a eu Arielle Dombasle ?
Toujours au Bœuf sur le toit. Je fais mon show, elle vient me voir dans la loge et me dit aussitôt : « Je tourne ici un clip dans trois jours et je ne le ferai pas si tu n’es pas là » Je dis OK avec joie. Le clip s’appelle « Boys in the back room ». Après ça, elle me propose de faire les JO avec elle le 14 juillet à l’arrivée de la flamme à Paris, qui a d’ailleurs fait polémique !
Mais c’est ce qu’elle voulait car elle est incroyable et n’a peur de rien lorsqu’elle est en représentation. Et elle assume. Elle est très attachante. Depuis, nous nous écrivons souvent.

Boys in the back room

Et le cinéma ? Ça t’attire ?
Eh bien, figure-toi que je viens de faire une formation qui m’a été financée grâce à mon intermittence car j’ai de plus en plus envie de me tourner vers le cinéma. J’y ai rencontré plein de gens, entre autre une femme agent, qui m’a contacté voici quinze jours et j’ai rendez-vous avec elle à la rentrée. Elle est venue à moi de la part d’un producteur que je connais, qui était le mari de la fille de Jean Perimony, que j’avais croisé dans le métro avec qui j’avais travaillé… C’est ça la magie de Paris !
Et à part ça ?
Je démarre une tournée avec « Voltige », je reprends quelques dates avec « Mixity ». C’est moi qui suis sur l’affiche, même si on ne m’y reconnaît pas !
Dommage !
Mais ça, ça n’est plus un problème. Je ne rêve plus, comme à 18 ans, d’être star, je veux être reconnu pour mon travail et si un jour je monte les marches de Cannes, je veux les monter pour de bonnes raisons.
Alors aujourd’hui… heureux ?
Quelquefois je pense que je n’ai rien fait mais quand je me retourne, je me dis que ce n’est quand même pas mal ! Je sais que la route est longue, que c’est quelquefois difficile mais je ne veux pas me cantonner dans quelque chose de précis, je veux tout essayer et à moi de choisir ce que je veux faire, ce que je veux devenir, je ne veux pas être catalogué et me fermer des portes.
Pour toi c’est quoi le théâtre ?
C’est très bizarre, on fait un truc très paradoxal. On cherche à avoir le regard du public, c’est très egocentrique aussi. On se dit : « Je suis plus haut que vous puisque vous êtes assis, vous êtes dans le noir, je suis dans la lumière, vous vous taisez et moi je parle et en plus, vous avez payé pour me voir. C’est culotté mais si on le fait c’est que pas tout le monde peut le faire. Il y a un besoin de le faire et de dire aux gens j’existe, je suis là, ne m’oubliez pas ».

Et on va faire en sorte qu’on n’oublie pas ce beau jeune homme qui ose prendre des chemins de traverse pour pratiquer sa passion !
Propos recueillis par Jacques Brachet

Hervé VILARD… Capri n’est jamais fini !

Ceux d’entre nous qui, dans les années 60 mythiques avaient entre 17 et 20 ans… Ont aujourd’hui 80 ans. Du moins pour ceux qui ont tenu le coup jusque-là car, durant ces décennies, beaucoup nous ont hélas quittés. Ceux qui restent – comme moi – ont résisté mais nous sommes de moins en moins.
Et c’est pour cela qu’il ne faut pas les oublier.
Né comme moi en 46, comme Alice Dona, Hervé est donc toujours là et c’est avec joie et quelque nostalgie que l’aime rappeler à quel point ils ont compté pour moi et pour la Chanson Française. Il ne faut pas les oublier
J’ai connu quatre de ces chanteurs en même temps : Hervé, Christophe, Michèle Torr qui partageaient le même spectacle et une certaine Nicole, alors habilleuse d’Hervé et qui devait devenir Nicoletta. Avec qui j’ai gardé des liens indéfectibles.

Première tournée
Retrouvailles avec Hervé et Nico
Tournée « Age Tendre »

Hervé a une carrière incroyable et belle dont il peut être fier car, comme quelques artistes de cette époque, il n’a jamais arrêté de chanter, en France et à l’étranger où il a toujours été très demandé. Et ce n’est pas parce qu’on ne voit plus ces artistes sur le petit écran qu’ils n’existent plus… la preuve !
Hervé, lui, a continué son bonhomme de chemin avec, en plus de ses concerts, de ses disques, l’écriture qui a toujours fait partie de sa vie mais qui, de plus l’a remis sur le devant de la scène grâce à son autobiographie qui a fait un carton.
Il est loin aujourd’hui, heureusement, le petit garçon malheureux de la DDASS, qui nous émouvait avec son premier succès « Capri, c’est fini » et qui nous a fait monter les larmes en nous racontant admirablement son enfance dans son autobiographie « L’âme seule » (Ed Fayard). L’homme est beau, souriant, chaleureux, heureux de vivre et de chanter. Il a quelquefois des humeurs de diva mais il a toujours été très près de son public… Et de la presse, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec les nouvelles générations.
Nous avons toujours gardé des relations amicales durant ces décennies, jusqu’au jour où il a décidé d’arrêter de chanter pour ne pas devenir un vieux chanteur pathétique.
Mais remontons le fil du temps.

Sur le Charles de Gaulle avec Charden
Avec mon parrain JP Foucaut, à Monte Carlo

Nous sommes en 2006 à la Fête du livre de Toulon.
« J’en suis à mon vingtième concert de l’été, j’en ai encore une dizaine et j’en ai déjà 30 pour cet hiver… Que demander de plus ?
Je suis toujours heureux de retrouver mon public. Je dirais plutôt « le » public car il y a plusieurs générations aujourd’hui, il y a ceux qui prennent le train en marche, le monde bouge et je suis comme un papillon. Je suis content de chanter en place publique devant ce rapprochement familial et de voir ce qui s’en dégage d’humain…
Aujourd’hui il y a un autre public qui découvre l’écrivain !
Ecrivain est un grand mot… Il se trouve que j’ai fait un livre qui s’est vendu à 200.000 exemplaires, qui a été salué par la critique et, qui plus, a été donné comme sujet de bac à Montpellier…C’est magnifique, non ?»
Recordman des ventes sur cette fête du livre, s’il y avait un stand où l’on ne pouvait plus bouger c’est bien sûr celui de la librairie où s’était installé Hervé Vilard.
40 ans d’amour avec un public indéfectible qui n’a pas cessé d’affluer durant deux jours et de patienter car Hervé est attentif à tous, a un mot gentil, un sourire, une bise pour chacun, quand ce n’est pas la photo qu’on veut prendre avec lui.
Il est d’une patience angélique et ne se donne le temps que d’aller fumer une cigarette (son vice !) pour revenir signer à tour de bras.
D’autant que « L’âme seule « , son premier livre de souvenirs, a été autant signé que son second dont le titre est  » Le bal des papillons  » (Ed Fayard). C’est dire la fidélité de son public.
Il prendra aussi un moment, qu’il me consacrera comme toujours, en souvenir de tous les galas, de toutes les tournées, de nombreux beaux moments que nous avons passé ensemble sur les routes.
« Ce virus de l’écriture, tu sais, il y a longtemps que je l’ai puisque, si j’ai pu écrire ce livre, c’est grâce à tous ces cahiers que je n’ai jamais cessé de remplir depuis mon plus jeune âge. Et ça m’a bien servi pour remettre les événements dans leur contexte et avec les dates certifiées ! Mais j’ai mis du temps à sauter le pas en me posant beaucoup de questions.

Lesquelles ?
D’abord, il me fallait les années, la maturité car écrire sa vie c’est quelque chose de très singulier, des livres de chanteurs, il y en a des tonnes et tous ne sont souvent qu’anecdotiques avec quelques photos souvenirs au milieu.
Tant qu’à faire quelque chose, je voulais que ce soit parfait et je ne voulais pas « que » raconter ma vie. Je voulais qu’il y ait du ressenti, qu’à la limite, ceux qui ne connaissent pas Hervé Vilard puissent le lire comme un roman. Bien sûr, c’est ma propre histoire mais encore faut-il en faire quelque chose de bien, que ce ne soit pas écrit dans la douleur, que ce ne soit pas larmoyant.
Il fallait donc un temps d’assimilation et puis d’écriture, de réécriture car je suis perfectionniste… il y a quelques métaphores dont je suis content !
Heureux, donc ?
J’avoue que j’ai adoré ça.
A tel point que je suis déjà sur mon troisième ! J’ai déjà écrit quelque 250 pages que je travaille et retravaille dès l’aube, en regardant par la fenêtre. C’est un très bel exercice, un travail sur soi et je prends le recul nécessaire pour écrire et relire mes carnets…
Alors, pourquoi ces carnets ?
C’était pour passer le temps et puis, je pensais sincèrement que cette période serait éphémère, que je n’en ferais pas vraiment un métier parce que le succès était arrivé trop vite. A force, c’est devenu quelque chose d’habituel, de nécessaire. Et je continue aujourd’hui !
Dans ce second volet, il est surtout question de ce succès autour de « Capri c’est fini » et de tes premières tournées… Nicoletta, Michèle Torr, Dalida, tes amies et… Claude François qui en prend un coup !
J’ai voulu montrer les deux côtés de ce métier. Faire un parallèle, par exemple, entre Claude et Dalida, liés par les mêmes déracinements, les mêmes problèmes, heurs et malheurs mais dont le comportement était diamétralement opposé. Entre l’idole inhumaine et la femme de cœur. Entre la revanche et la passion du métier et au milieu, le public que l’un bafouait et l’autre adorait. Dalida était une personne humaine, sensible, qui s’intéressait aux gens, qui donnait une chance aux chanteurs comme moi, Mike Brant, Jean-Luc Lahaye qu’il a hébergés aux temps difficiles. Claude avait un côté inhumain, il traitait  les gens avec qui il travaillait comme des esclaves, il ne supportait pas le succès d’autres chanteurs qu’il voyait toujours comme des ennemis. En fait, il ne pensait qu’à lui. Pour Nicoletta et Michèle, c’est la jeunesse qui nous a réunis et puis la tendresse qu’on se porte toujours.

Tant qu’il aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire.
Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde.
Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ?
C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur.
Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié.
Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet…
Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels.
Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions.
Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ?
Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur.
J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « .
50 ans après, comment vois-tu ton métier ?
Comme on le voit tous. Sans humanité. La passion, l’amour du métier ont laissé la place au marketing. On lance une chanson, un artiste, on l’appelle d’ailleurs « produit », ce qui est significatif… Et après, il ne reste plus grand chose.
Les jeunes d’aujourd’hui, pour certains du moins, ont le même désir, les mêmes espoirs que j’avais. Mais moi je me sentais épaulé, j’avais autour de moi des gens qui me considéraient, qui m’aimaient, qui m’aidaient. Alors qu’aujourd’hui on les lâche dès que ça marche moins.
On vit une époque où tout est cloisonné. A la nôtre il n’y avait pas cette ségrégation !
Je me souviens d’une rencontre avec Brassens qui me chantait  «Capri» avec joie, de Brel lorsque j’ai chanté en première partie de son spectacle, qui était là avec son corps, ses yeux… Nous étions à Rio, il y avait 40.000 personnes et je chantais pour Brel. Il m’écoutait avec sa force, sa vérité. Ferré qui était un ange avec Nicoletta… Pour ceux-là, j’essaierai de m’appliquer toute ma vie
Mais aujourd’hui, tout ça est en moi, avec moi et lorsque je fais mon 13ème Olympia au mois de mai, il y a toutes ces mères qui me portent et pour certaines… je pourrais être leur père !
Et puis je pars à Toronto, Chicago, New- York… Et j’ai cinq Carnegie Hall à mon actif !… Pas mal non, après tout ce qu’on a pu dire sur moi !… Tant qu’il y aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire.
Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde.
Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ?
C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur.
Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié.
Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet…
Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels.
Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions.
Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ?
Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur.
J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « .

Nous nous sommes donc retrouvés comme il y a cinquante ans, sur ces tournées «Age Tendre», avec Michèle et un ami de toujours, Didier Claudon qui, fan des deux artistes, est devenu au fil des années leur ami, comme il est le mien depuis tout ce temps.
Depuis quelque tempi Hervé s’est retiré du métier après un ultime Olympia d’adieu.
J’espère qu’il coule des jours sinon heureux, du moins sereins, même si pour lui, aujourd’hui, Capri c’est fini.
Mais est-ce vraiment fini ?

Jacques Brachet
Photos Christian Servandier & Jacques Brachet

Alice DONA… Femme & musique

Alice et moi est une grande histoire d’amitié.
Nés la même année en 1946 (Eh oui, ce n’est pas hier !) nous avons débuté presque ensemble, elle dans la chanson, moi dans le journalisme. Et comme en ce temps « jadis », on abordait sans problème ces artistes naissants dits « yéyé », on s’est très vite retrouvés sur le chemin des tournées et on a gardé des liens et des souvenirs à la pelle.
J’avais envie de parler d’elle et de nos rencontres si nombreuses et si amicales, en vous racontant son histoire et peut-être aussi de ne pas oublier tous ces beaux souvenirs.

A Toulon avec la sœur
de Gilbert Bécaud

Il était une fois une petite jeune fille nommée Alice Donadel. Le père ayant une station d’essence à Taverny, tout en chantant, Alice servait donc l’essence aux passants. Puis elle partit sur Paris où elle rencontra celle qui allait devenir son amie : Mireille, qui dirigeait alors le Petit Conservatoire de la chanson où débuta notre jeune chanteuse qui, en cette époque dite “yéyé” enregistra très vite quelques sympathiques succès : “Demain j’ai 17 ans”, “Mon petit train de banlieue”, “C’est pas prudent”, “Les garçons”, “Il suffit d’un rien pour être heureux”…. Et elle était heureuse de ce succès Mais elle se lassa très vite de chanter du twist…
“Au départ – me confiait-elle lors d’une de nos nombreuses rencontres – j’étais ce qu’on appelait une “ACI”, c’est-à-dire auteur-compositeur-interprète, ce qui était alors très rare chez les chanteurs encore plus chez les chanteuses, dans ces années où l’on se contentait de traduire les succès anglo-saxons.
Après… je n’ai plus été qu’interprète et compositeur…
Après… je n’ai plus rien été du tout…
Après… je suis redevenue compositeur…
Après… je suis aussi redevenue interprète…
Après… je suis devenue la mère de Raphie, la coach de la Star Academy !!!
Après… je suis devenue la femme de Laurent Boyer !
Voilà comment je pourrais résumer ma carrière !”
Grand éclat de rire d’Alice, devenue Dona entre temps, qui aujourd’hui, laisse le soin à des professionnels d’écrire les textes de ses chansons :
“Je ne m’en sens plus capable ou alors j’écris des chansons interminables et je ne m’en sors plus. Je fais donc confiance à d’autres” Elle a donc été, durant très peu d’années, “la collégienne de la chanson” avant de se rendre compte qu’elle n’était pas faite pour ce genre de musique. Son mariage et l’arrivée de sa fille (La fameuse “Raphie” si contestée !), lui ont en quelque sorte donné un alibi pour arrêter ce qu’elle n’était pas satisfaite.

Explications :
“J’ai totalement arrêté la scène durant dix ans. Et j’ai totalement arrêté le métier durant trois ans car après, je me suis remise à composer, au départ, sans but précis puis en ayant de plus en plus envie d’écrire pour les autres. L’envie de chanter m’était passée. Pour que j’évolue, il fallait une cassure car j’avais cette foutue étiquette de “chanteuse yéyé” qui me collait à la peau. C’était infernal !
Au départ ça a été très dur d’aller taper à la porte des éditeurs ou des artistes car dans le métier j’étais une OVNI. Etre une femme et en même temps une vieille chanteuse yéyé… C’était rédhibitoire !”
Et il y a eu la première rencontre décisive : Claude François !
Effectivement, il y a eu la rencontre avec Claude François !
D’abord la rencontre avec Pierre Delanoë qui a écrit des paroles sur une de mes musiques de ce qui allait devenir “C’est de l’eau, c’est du vent”, dont Claude a fait un succès. Et du coup, Pierre m’a fait une réputation de compositeur “musclé… Il disait à qui voulait l’entendre : “Dona, elle écrit comme un mec !”. Alors, à force, les portes ont commencé à s’ouvrir : Vartan, Carlos, Vilard, Sheila, Mathieu, Dassin, Macias, Régine, Croisille… Tu sais, c’est très agréable lorsqu’on vient frapper à ta porte !
Mais c’est vrai que ma rencontre avec Claude a été importante, car cette chanson a été mon premier succès et puis, alors que j’étais dans ce fatal appartement du Boulevard Exelmans, en train de lui chanter ma chanson, je me souvenais que, trois ans auparavant, je criais à m’époumoner “CloClo” au poulailler de l’Olympia…
Et là, il allait me chanter !
Et puis je lui ai écrit d’autres chansons et il est devenu mon ami. Nous avons souvent travaillé ensemble et, comme je suis restée bon public, je m’émerveillais toujours autant de me retrouver avec lui… même si, quelque part, il était descendu de son socle d’idole. Mais il a toujours été formidable avec moi…”

Mais finalement, Claude, Hervé, Sylvie, Sheila et les autres… ça faisait toujours parti des yéyés !
Et c’est ce qui m’ennuyait un peu, même si j’étais ravie d’écrire pour tous ces artistes mais j’avais quand même en moi des goûts assez traditionnels, très “chanson française” et j’avais envie d’écrire des chansons moins “mode”, plus intemporelles. J’ai toujours eu une grande adoration pour Gilbert Bécaud et je rêvais d’être le Bécaud féminin… rien que ça ! Il y a plein de ses chansons que j’aurais voulu écrire. C’est d’ailleurs pour ça qu’un jour je les ai chantées…
Bécaud, je le considère un peu comme mon parrain… Et lorsque je le rencontrerai, ça marquera ma vie d’artiste….
Mais avant ça, il y a la rencontre avec Serge Lama…
J’avoue donc que je stagnais un peu avant que je rencontre Serge Lama. Et pourtant, avec lui ça n’aurait pu jamais se faire. Je le considérais comme un chanteur “Rive gauche” alors que je ne le connaissais pas… et n’avais pas envie de le connaître.
Mais voilà qu’une de mes chansons “Un jardin sur la terre” est sélectionnée pour représenter la France à l’Eurovision et mon équipe m’annonce que ce sera Serge Lama qui défendra la chanson et qu’il serait bien que j’aille le voir sur scène.
C’est donc contrainte et forcée que je vais le voir à la Villa d’Este et là, je l’avoue, ça a été le coup de foudre en quelques minutes. J’étais au premier rang, il chantait “D’aventure en aventure” et il a dû voir la tête que je faisais car il est parti d’un grand éclat de rire en pleine chanson ! C’est ainsi que je suis devenue à la fois inconditionnelle et amie avec Serge.
Et c’est grâce à lui que tu vas rencontrer un autre Serge : Reggiani.
Reggiani… Je n’arrivais pas à imaginer !
Merveilleuse rencontre… Figure-toi qu’il était une de mes idoles. C’était un comédien hors pair qui, à mon sens, n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir. Lorsqu’il s’est mis à chanter j’ai aussitôt essayé d’entrer en contact avec lui mais, aux yeux de son entourage, la petite chanteuse yéyé n’avait aucune chance… Jusqu’au jour où, après quelques succès avec Lama, ce même entourage est venu frapper à ma porte ! Comme j’aime crever les abcès, je leur ai rappelé mes tentatives… dont bien sûr, ils ne se souvenaient pas… Et c’est ainsi que j’ai pu enfin rencontrer mon deuxième Serge et que ça a superbement collé entre nous. C’était un gros nounours très attendrissant et je crois que je n’ai jamais rencontré une telle osmose entre un chanteur et un comédien…”

Et puis, retour à la scène !
Ça, c’est encore la faute à Lama !
Un jour il m’annonce : “On va faire un disque…
-Tu veux que je chante avec toi ?
– Oui… accessoirement mais surtout, tu vas faire un album !”
Je n’y croyais absolument pas mais il a fini par me convaincre en ressortant des maquettes non abouties, dont personne ne voulait et il m’a dit : “Ce sont des chansons pour toi !”
Pourquoi pas au fond… Ça me faisait plaisir de revenir dans des studios, sans plus et surtout sans autre idée que de refaire un disque. C’est ainsi qu’on a fait le 33T nommé “L’antistar”, le titre étant donné par ce fameux duo et qui alors représentait bien ce que je faisais : “Moi j’adore être derrière celui qui est devant”. Coup de bol, ça a marché…
Et du coup, retour sur scène !
Toujours la faute à Lama ! J’allais souvent le retrouver en tournée et quelquefois, il disait au public que j’étais là et je montais sur scène faire “l’antistar”… Jusqu’au jour où il m’a annoncé que je ferais la première partie de ses spectacles…
Et c’est comme ça que tout a recommencé !
Il y a eu plein d’autres rencontres….
Oui, bien sûr, comme Maurice Genevoix pour qui j’ai fait une chanson d’après un de ses poèmes “La rouquine… Brassens, si charmeur, si simple, aimant tant tous les styles de chansons et qui a accepté de chanter avec moi dans un show Carpentier ma « Chanson hypercalorique», Dalida, grâce à qui “Je suis malade” est devenu un énorme tube, et par elle et par Serge… Ces gens qui me rendent heureuse d’avoir fait ce métier. Rien que pour ces rencontres, ça aura valu le coup que je fasse ce que j’ai fait…
Tu aimes les artistes…
J’aime les rencontres, j’aime écrire pour les beaux et vrais artistes et pour cela, j’aime entrer dans leur vie et qu’ils entrent dans la mienne. J’ai besoin de connaître, d’échanger, je ne suis pas un compositeur à la mode, je ne peux pas écrire sur commande. J’écris des chansons pour qu’elles durent, qu’elles ne datent pas. La chanson, ça n’est pas toujours fait pour vous faire réfléchir mais aussi pour faire rêver, oublier les soucis quotidiens.
La chanson, on la chante en se levant, en se rasant, en allant au boulot. La vie est assez grise pour y mettre un peu de rose et je préfère considérer la bouteille comme à moitié pleine plutôt qu’à moitié vide !»

Avec Claude Lemesle & Jean-Claude Petit
Avec Catherine Lara sur les tournées « Age Tendre »

La petite fille de Taverny n’a pas oublié qu’elle a fait un peu ce métier grâce à Gilbert Bécaud.
En 2003, c’est la Ville de Toulon qui l’appelle pour venir lui rendre hommage. Elle a déjà dans la tête l’envie de rendre hommage à celui qui a si bien chanté “Les marchés de Provence” et, en attendant le spectacle qu’elle lui consacrera, elle réalise enfin son rêve : faire un disque “Merci Monsieur Bécaud”, regroupant ses chansons préférées du poète-chanteur toulonnais et voilà qu’on lui demande si elle veut bien être la marraine, aux côtés de Mme Lavieille, sœur de Gilbert, de la plaque que l’on va inaugurer sur la maison natale de Gilbert Silly.
Elle dit oui sans hésiter et en ce printemps 2003, la voici à Toulon, devant la maison de son idole, chantant avec Les Coureurs d’Océans, les succès immortels du chanteur, avec la sœur de celui-ci et le maire de Toulon M Falco…
“Ce disque – m’explique-t-elle au cours d’un ultime et charmant repas – est celui que je veux faire depuis le temps où, toute jeune, je déclarais, je te l’ai déjà dit, “Je serai Bécaud un jour” Je ne le suis pas devenue mais le disque est là…
Le choix a-t-il été difficile ?
Oui, bien sûr, j’avais envie de tout chanter car chez Bécaud, il n’y a rien à jeter ! Mais bon, il y avait d’abord les intouchables, tellement marquées de sa personnalité, qu’il n’y avait plus à y revenir. Il y avait celles qu’on ne pouvait pas mettre au féminin. Et enfin, il y avait les incontournable comme – eh oui ! – “Age Tendre et Tête de bois”, “Croquemitoufle”, qui ont bercé mon enfance, “Le mur”, “L’important c’est la rose” et celles pour s’amuser sur scène : “Alors, raconte”, “Les Tantes Jeanne”. Et puis, celle que j’aime par-dessus tout : “L’indifférence”
Cela donne un magnifique disque en hommage à l’homme à la cravate à pois, cravate qu’elle portait sur scène et qu’elle emmenait en tournée.
Elle compose, elle chante, elle joue la comédie et elle écrit. En fait, elle fait tout bien. Et la voici donc à l’écriture… de livres !
Pourquoi, tout à coup cette furieuse envie d’écrire ?
En rigolant, elle me rétorque :
 » Parce que j’étais une frustrée des mots ! J’écris de la musique et je m’y complais mais j’ai peu écrit de textes et de plus, cela ne me suffisait pas.
Quelquefois j’avais envie d’en écrire plus mais dans une chanson, on est vite limité, on ne peut pas développer. Alors, j’ai commencé comme tout le monde, c’était facile et c’était la mode, par une autobiographie  » La vie à l’envers  » (Ed Michel Lafon). Voilà, ça c’était fait. Et puis, j’ai eu envie de rendre hommage à ma petite sœur  trisomique en écrivant  » Cricri  » (Ed Anne Carrière) et je crois que c’est à partir de là que j’ai eu vraiment le pied à l’étrier. De plus, j’avais trouvé en Anne Carrière une éditrice heureuse, fidèle, affectueuse. Nous sommes vraiment sur la même longueur d’onde et elle m’a suggéré d’écrire un roman. Vivre avec ma petite fille de 15 ans m’a donné l’idée de ce premier roman « Mamie a eu 15 ans ». Enfin ce dernier  » Chanteuses ou coiffeuses  » (Ed Anne Carrière), c’est une fille qui avait le même accent que toi qui m’a donné l’idée de parler de cette expérience magnifique que j’ai vécue avec mon école. D’autant que cette question a fait tilt chez moi : Comment peut-on poser une question pareille si l’on a vraiment le feu sacré, l’envie de faire ce métier ?
Moi, très jeune, je ne me suis pas posé la question, j’ai foncé et j’ai toujours su que je ne pourrais pas faire autre chose que de la musique. Sous quelle forme, je ne savais pas mais ce serait la musique ou rien ! « 
Et la maman de  » Raphie de la Star’Ac  » et la compagne de Laurent Boyer a bien fait et ça ne lui a pas trop mal réussi puisque ses chansons, chantées par elle ou par les autres, sont aujourd’hui dans la mémoire collective.

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 » Alors aujourd’hui : Romancière ou chanteuse ?

Les deux mon capitaine, j’aime toujours autant composer et ne peux vivre sans ça, j’aime chanter et je referai disques et scène, j’aime écrire et je vais continuer et si, de temps en temps, on me propose à nouveau une pièce de théâtre, j’y replongerai avec grand plaisir. (Elle a joué en 2006  » Ce soir ou jamais  » avec Chevallier (sans Laspalès !) pièce mise en scène de Francis Perrin).
Depuis, elle a continué en alternant, concerts, écriture de toutes sortes et voilà qu’après des dizaines de rencontres, je la retrouve sur les tournées «Age Tendre» où elle a rencontré ou retrouvé des artistes amis, comme Catherine Lara avec qui elle travaille ou avec Michèle Torr pour qui elle a écrit une superbe chanson : «Diva».
Je la retrouverai aussi à la Seyne sur Mer où je fais partie d’une association qui défend la chanson française. Chaque année on trouve un thème et je propose qu’on rende hommage à Gilbert Bécaud, qui est toulonnais et à Jean Ferrat que j’ai eu la chance de rencontrer en Ardèche où nous sommes presque voisins. Du côté de mon père, je suis ardéchois et j’y ai une maison à quatre kilomètres d’Antraigues où vivait Ferrat. Et pour cela, j’appelle mes amis : Alice Dona pour Bécaud, Isabelle Aubret pour Ferrat et le mari de celle-ci, Gérard Meys, qui fut le producteur de Ferrat. Et pour lier le tout, j’invite Claude Lemesle, qui a écrit des chansons pour et avec Alice et pour Isabelle. Ce fut un week-end de rêve, fait de souvenirs, de nostalgie et de beaucoup de rires. Chacune chanta à son tour, accompagnée par Claude Lemesle et le musicien et compositeur qui a orchestré les deux artistes, Jean-Claude Petit, venu nous rejoindre.
Alice reste l’une de mes plus belles rencontres, on se retrouve toujours avec un grand plaisir et j’attends avec impatience ma prochaine fois où nos routes se croiseront.

Jacques Brachet
Photos Christian Servandier & Jacques Brachet

Villa Tamaris. Alice, Isabelle, Gérard… Et moi !



Cinéma en liberté
Natacha REGNIER, une présidente de rêve

Le Festival en Liberté fêtait cette année ses 15 ans d’existence dans ce lieu magique qu’est la Tour Royale à Toulon.
Toujours une chaleur implacable l’après-midi et le froid la nuit tombante. Mais bon, c’est le lieu qui veut ça et qui fait aussi que l’on doit attendre que tombe la nuit pour que les projections se fassent. Mais ça fait partie du jeu et le public le sait.
Cette année 37 courts-métrages puisque c’est le but du jeu, même si parfois les courts-métrages se transforment en moyens métrages !
Quatorze pays en concurrence, avec des sujets très divers même si l’on y retrouve les grands classiques d’aujourd’hui : la guerre, le handicap, l’homophobie, la liberté de la femme et d’autres sujets d’actualités, quelquefois très sombres, émouvants, glauques, dérangeants, rarement drôles… Bref un panorama de ce que nous vivons aujourd’hui et qui n’est pas très réjouissant.
Nous avons découvert de beaux films, de beaux réalisateurs qui, peut-être, deviendront les réalisateurs de demain, ce qui et un peu le but du jeu de la programmation de ce festival.
Belle ambiance festive mais un seul point à revoir : la communication avec la presse inexistante. Personne pour s’en occuper, pour rencontrer le jury et les réalisateurs venus présenter le film. Même pas un point presse pour faire quelques photos avec eux.
Et si l’on veut faire des interviewes, aucun lieu loin du bruit, même pas une chaise.
Cette année, la présidente était la comédienne Natacha Régnier mais pour la rencontrer, ce fut le parcours du combattant et l’interview près des toilettes, seul lieu un peu au calme !
Heureusement que Natacha est un amour, qui vient vers nous avec une belle simplicité, une gentillesse extrême et qui, avec son beau sourire et son visage de madone, se prête au jeu malgré le lieu et le brouhaha.

2 présidente : Natacha Régnier présidente du jury, Lisa-Dora Fardelli, présidente du festival
Lisa-Dora avec l’équipe de l’association
« Lumières du Sud »

« Natacha, connaissez-vous ce festival ?
Non, j’avoue que je ne le connaissais pas. J’ai découvert, et Toulon et ce festival qui se tient dans un lieu magique. Voir des courts-métrages dans un fort et à ciel ouvert,, c’était une expérience formidable.
Et le festival par lui-même ?
La qualité était de très haut niveau, on y trouvait des films très cinéphiles comme des films plus fédérateurs et du coup, tout le monde pouvait s’y retrouver.
Et le jury ?
En fait, il y avait plusieurs jurys, les films d’animation, les films émergeants, le collectif d’acteurs qui donnait les prix d’interprétation et le grand jury. J’ai essayé de proposer que les jurys se mettent ensemble pour n’en faire qu’un afin de pouvoir tous échanger sur tous les films.
Les échanges ont été très intéressants, chacun pouvait apporter sa lumière sur les films qu’ils aimaient.
En tant que présidente, vous aviez votre mot à dire. Y a-t-il eu des sujets difficiles à aborder ?
Le problème a surtout été qu’il y avait beaucoup de films quo avait envie de primer mais le fait qu’on ait réuni tous les jurys, chacun a pu s’exprimer, ce à quoi je tenais énormément, a privilégié chaque jury dans sa catégorie mais comme on a pu débattre de tous les films, on a pu donner des prix sur des coups de cœur que pouvait avoir l’un des jurys. On a beaucoup échangé joyeusement et avec beaucoup de bienveillance !
Vous avez fait vous-même des courts-métrages ?
J’ai réalisé un court-métrage récemment, qui s’intitule « Les gens qui s’aiment » et c’est le premier. Au début de ma carrière j’ai joué dans quelques courts-métrages mais très peu car j’ai très vite était happée dans le milieu.
Pourquoi ne l’avez-vous pas présenté au festival ?
Je l’ai fait dans le cadre des talents Adami et il n’était pas encore prêt. Ça me permettra de revenir le présenter ! On ne l’a montré qu’à Cannes cette année mais il y a tout un processus, un protocole pour pouvoir le présenter ailleurs.
De réaliser ce film est-ce que ça vous a donné envie de passer au long métrage ?
Enormément. Mais je viens faire un court et maintenant il faut écrire, trouver la boîte de prod’ qui pourra soutenir le projet.
J’ai appris qu’au départ de votre carrière, on vous avait dissuadé de devenir comédienne. C’est vrai ?
(Elle rit) Effectivement, j’étais dans une école nationale en Belgique… Et j’y ai été renvoyée !
Ce que j’ai appris après  c’est qu’il y a comme ça de professeurs un peu gourous. J’étais en train de creuser mon sillon et je n’étais pas au courant de ça. J’ai rencontré une actrice qui a fait la même école et qui a eu la même histoire que moi ! Evidemment, lorsqu’on est jeune, ça marque un peu mais comme j’ai été accueillie dans le métier de manière magnifique, à un moment cette histoire devient anecdotique.

Dans ce cas, ça ne donne pas envie de laisser tomber, car c’est quand même violent ?
Pas du tout même si ça m’a rendue fragile durant un certain temps  car au début, on ne sait pas très bien si c’est votre place et ça perturbe, ça déstabilise. Et puis, lorsque tout a démarré, j’avais peur que ce soit un feu de paille car c’est arrivé très vite en 98 avec « La vie rêvée des anges » d’Erick Zonca. D’un coup sont arrivés beaucoup de projets différents.
D’un coup, le négatif est devenu positif !
Oui, je suis très reconnaissante de l’accueil du métier, des propositions que j’ai eues, Ça m’ rendue autonome en tant que femme,  ça m’a donné une colonne vertébrale psychiquement, ça m’a donné un endroit pour m’exprimer, j’ai eu toutes les couleurs en l’arc en ciel et c’est ça que je veux retenir, cet accueil extraordinaire que j’ai eu et la chance extraordinaire.
Alors vous arrivez à Cannes, et vous avez le prix de la meilleure comédienne !
C’est pour ça que je vous dis que le reste est devenu anecdotique ! Cannes est arrivé très vite derrière et ç a été flamboyant et ça m’a donné une légitimité. Du coup  je me suis dit : « Tu as été accueillie, tu es une jeune femme, tu ne sais pas encore qui tu es, tu ne connais pas le métier… Apprends, apprends, apprends… J’ai travaillé sur mon métier psychiquement, pour être solide, à la hauteur de ce qui m’a été offert.
Vous avez eu une carrière cinématographique riche et puis, la télé arrive… avec entre autres Anne Fontaine, François Ozon, Alexandre Arcady, Lucs Belvaux, Costa Gavras et bien d’autres…
J’avais déjà fait un peu de télé, avec Benoît Jacquot, Laurent Heyneman,  et puis le cinéma, et puis des propositions venues de la télé comme la série « Marseille » « Carmen », « Cassandre », « Mongeville », « Léo Mattei » Meurtres à Laguiole » récemment qui vient de se terminer… J’aime bien être curieuse, élargir ma façon de faire, je suis toujours aussi passionnée par le cinéma d’auteur mais j’aime la joie, je suis heureuse qu’on m’ait proposé des choses intéressantes à la télé, au théâtre, entre autres récitante sur des œuvres classiques…
Et vous chantez aussi !
Oui, j’ai participé à la bande du film de Yann Tiersen « L’absente », « Les oiseaux de passage » aussi, « Tu m’apprends » sur l’album d’Andrei « La femme épanouie »… Lorsque je peux le faire, je fais avec joie car c’est un autre endroit d’expression et j’aime profondément la musique lorsque j’y suis accueillie élégamment, j’y vais avec plaisir.
Alors, en dehors de ce « Meurtre à Laguiole » qu’est-ce qui va être votre choix ?
Il y a « Rockeur », un film de Fabrice Sebille. Il s’agit d’un garagiste, Laurent Almédo, fan de Johnny Hallyday,  qui chante dans des baloches. Son ex-femme a ras le bol de Johnny ! A la rentrée, je commence les répétitions d’une pièce intitulée « Nos pères, nos frères, nos amis » tiré du roman de Mathieu Palain, sur la justice restauratrice des hommes violents. Nous serons huit sur scène, c’est Philippe Chameaux qui signe la mise en scène sur une compagnie qui s’appelle « Les aventuriers.e.s » Il y aura des hommes violents, des victimes et des soignants. Ce sera en tournée qui commence en novembre puis on la jouera en avril au théâtre de la Concorde
Dernière question : Heureuse du palmarès de ce festival ?
Très heureuse, et, très important pour moi, que tout le jury soit heureux. On est très fier de le présenter ».

Jacques Brachet
Un grand merci à Sandrine et à Pascale Parodi de l’association « Lumières du Sud » pour leur aide et leur gentillesse

Reem Ali
Tawfeek Barhom

Le palmarès
Prix du film émergeant : « L’homme de merde » de Sorel França (France-Brésil)
Prix d’interprétation féminine :  Reem Ali « Nul homme n’est une île » de Khalil Cherti (France)
Prix d’interprétation masculine : Tawfeek Barhom « I‘m glade you’re dead now » de Tawfeek Barhoom (Palestine-Grèce-France)
Mention spéciale : « Diego » de Mélissa Silveira (France)
Prix de la musique de film : Lucas Vernon « 2h14 » de Luciano Lepinay (France)
Prix décerné par le parrain du film Sam Bobino : Benjamin Chevalieet Tristan Lhommer « Pentest » (France)
Plume d’or du public : « Diego » de Mélissa Silveira (France)
Mention spéciale du jury : « Fort comme un lion » de Nathan Vilanneau (France)
Grand prix du jury : « La barrière » de Christophe Dera (France)

Bernard CASTEL… Marius BAR, mon arrière-grand-père

C’est un homme volubile, passionnant et passionné. Digne successeur de son arrière-grand père, le photographe iconique Marius Bar, Bernard Castel est photographe et a pour mission de sauvegarder l’œuvre du grand photographe, amoureux de la photographie et de sa ville natale qui l’a vu naître en 1862.
Portrait, bateaux, paysages, scènes de rue, chantiers navals… De 1886 à 1930, date de son décès, il a photographié à tour de bras, sans se lasser, pour nous laisser une œuvre colossale de cette région varoise qu’il a toujours aimée.
Bernard Castel, descendant de la fille de Marius Bar, Jacqueline et de  Roger Castel, entrepreneur à Solliès-Pont, a donc tout enfant, été baigné par la photographie et il a suivi le chemin de ses ancêtres pour aujourd’hui conserver l’œuvre de son arrière-grand-père et la faire vivre.
Henri Chich, président de l’association « Phot’Azur », l’a invité pour qu’il nous présente des photos des chantiers de la Seyne  et du sabordage de la flotte à Toulon, parmi tant de reportages qui retracent l’histoire d’une ville et du Var.

« Marius Ba – m’explique-t-il – a créé la société des éditions qui portent son nom en 1886. Il était à l’époque installé au 15 de la place Puget à Toulon. Au bout d’une dizaine d’années, il a dû changer d’adresse parce qu’il n’avait plus suffisamment  de place pour travailler. Il est alors allé s’installer du côté de Notre-Dame, à Saint-Jean-du-Var, a créé un salon de pose, pour travailler de manière un peu plus industrielle car il faisait alors essentiellement des portraits de gens reconnus dans Toulon, comme Marius Escartefigue, Théodore Botrel, Jean Aicard, Paulin Bertrand, beaucoup d’acteurs qui se produisaient au Casino.
Il a donc arrêté de faire des portraits ?
Le fait de changer d’adresse a modifié sa clientèle. Il était au centre-ville et il s’est trouvé « expatrié » à Saint-Jean-du-Var, les gens ne pouvaient pas venir le voir facilement, il fallait prendre le tram. Donc, petit à petit sa clientèle s’est étiolée au point où il ne faisait pratiquement plus rien.
Il a donc changé de tactique ?
Son cousin, qui était médecin dans la Marine Nationale, lui donne l’idée de faire des photos des équipages des navires de guerre. A l’époque, la photo n’était pas très répandue et il lui propose d’aller voir ensemble son ami qui était le préfet maritime. Celui-ci lui donne son accord à condition de ne pas photographier des choses qui sont confidentielles, pensant que les marins seraient contents qu’on les mette en valeur.

Toulon le 27 novembre 1942 – Le sabordage de la Flotte

Et il a accepté ?
Oui, il a commencé à faire des photos des équipages, les installant sur la proue des navires. Petit à petit, les commandants des navires lui ont confié qu’ils n’avaient pas de photos de leurs bateaux et lui ont demandé si ça l’intéressait de les photographier. Il a donc commencé à faire des prises de vues, qui étaient tirées à l’époque au soleil car il n’y avait pas d’agrandisseur. Il prenait la plaque qu’il installait dans un châssis-presse, il laissait dans le noir le papier photographique qui était en contact avec la gélatine de la plaque, il mettait le tout sur un chevalet équipé d’une dizaine de sabliers, car c’étaient eux qui déterminaient le temps de pose en fonction de la lumière du soleil. C’était quelque chose de fou !
Il a donc continué à photographier les bateaux ?
Un jour, les chantiers de la Seyne l’ont contacté, lui demandant de faire des prises de vues des navires qui se construisaient, qui étaient restaurés, réparés, Il a donc créé une nouvelle thématique en faisant des photos des avancements des travaux.
Vous devez avoir une énorme collection ?
Aujourd’hui, Je dois avoir cinq mille négatifs sur des plaques de verre, s’échelonnant de formats 9/14 cm, au 25/60 cm. C’est une collection unique, exceptionnelle, ce qui explique la qualité et la richesse des documents que vous pouvez voir ce soir. On a évolué le poids de la totalité aux alentours : 3,7 tonnes de négatifs ! Il a fallu construire une pièce spéciale dans mon atelier pour pouvoir supporter ce poids, avec des tiroirs spéciaux qui supportent 50kg chacun

Il n’a travaillé que pour les chantiers ?
Oui mais les chantiers traîvaillaient pour d’autres pays comme l’Egypte. A l’occasion de l’exposition faite à la Villa Tamaris, à la demande de Jacqueline Franjou, j’ai eu la chance de rencontrer le Prince Albert de Monaco et de discuter un moment avec lui. Il se trouve que mon arrière-grand-père avait fait des photos à l’intérieur d’un bateau, « L’hirondelle », construit pour le prince Albert 1er.
J’ai des photos représentant le bateau sur cale durant la construction, son intérieur avec le piano du prince, sa bibliothèque, un poêle à bois car à l’époque il n’y avait ni chauffage ni climatisation. Durant le lancement avec le prince, Jacqueline m’a demandé de faire un album de ces photos qu’on lui a remis le jour de sa visite. Et là, il me dit qu’à l’époque la principauté avait amené son photographe et sur quelques-unes de ses photos on voit mon arrière-grand père en train de photographier !
Vous êtes donc la quatrième génération de photographes ?
La troisième car ça a sauté une génération, mon père ayant une entreprise de maçonnerie. Quant à moi j’ai terminé mes courtes études aux Maristes, et comme j’étais trop bon (!!!) on a un jour convoqué mes parents pour leur dire qu’ils n’en pouvaient plus de moi ! J’ai donc commencé à travailler chez mon grand-père qui a mis sa pierre à l’édifice, j’ai suivi tout le cursus, j’ai fait mon service militaire et au retour j’ai un peu transformé l’entreprise qui commençait à vieillir nous avons décidé de faire de la couleur car il n’y avait alors que du noir et blanc. Mon grand-père avait mis de l’argent de côté pour que je fasse ce que j’avais envie de faire.
Et alors ?
Alors, j’ai créé un labo photo couleur qui a tout de suite très bien marché, à tel point qu’au bout de six mois j’ai dû changer le matériel, et puis encore six mois après… Le chiffre d’affaire dans l’année a été multiplié par cinq ! »

Alain Originé et Henri Chich encadrant Bernard Castel

Ainsi se continue la tradition qu’était ce génie de la photographie qu’était Marius Bar.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

Sona KARADELIAN- Denis CUNIN :
L’art de la cristallisation

Ateliers de la Volane.
Elle est volubile, avec un charmant accent. Il l’est moins mais tous deux vivent de cette passion commune pour créer des œuvres originales avec une technique particulière qu’ils vont essayer de nous expliquer car, si elle existe depuis longtemps, elle s’est un peu perdue au fil des années.
Ils travaillent dans un immense atelier avec en fond, le chant des oiseaux et de la Volane qui coule à leurs pieds. Si le magasin n’est pas grand, il regroupe des œuvres uniques. Quant à l’atelier, il est immense, telle une caverne d’Ali Baba, où se mêlent terres, pots de couleur, œuvres inachevées en cours de création. C’est un lieu paisible, frais (froid l’hiver) où dorment leurs œuvres en devenir.
Ils vivent là avec leurs enfants, le lieu à vivre étant entre le magasin et l’atelier.

« Sona, Denis, êtes-vous Ardéchois ?
Sona : Je suis arménienne – dit-elle avec son bel accent qui vient de son pays lointain
Denis : Moi, je viens de la région parisienne… Nous avons commencé à travailler la terre dans une tour à Fontenay au 14ème étage. J’ai commencé par la sculpture, Sona par la poterie. Mais on avait envie d’aller travailler ailleurs
Et ailleurs a été ici ?
Denis : Nous avons d’abord fait un tour de France pour chercher un endroit qui nous conviendrait
Sona : Nous avons fait la Savoie, Perpignan, le Lot, la Dordogne avec les enfants qui étaient tout petits. Nous partions trois jours puis on repartait ailleurs.
Denis : La première fois, nous avons raté l’Ardèche. On cherchait un endroit proche d’une route pour avoir à la fois la maison, l’atelier, la boutique. Et puis on est tombé amoureux de l’Ardèche, de sa nature…
Sona : C’est vrai que la nature est magnifique mais aussi il y avait alors le prix de l’immobilier qui était différent par rapport à la Savoie par exemple.
Denis : Mais moi, j’aimais beaucoup moins la Savoie et je suis vraiment tombé amoureux de l’Ardèche qui a gardé ce côté sauvage
Sona : Et puis, ça me rappelait les paysages d’Arménie. Ce n’est pas pour rien que les Arméniens ont appelé l’Ardèche « La petite Arménie » !
Alors, vous vous vous installez ici et travaillez chacun de votre côté ?
Denis : Pour moi, au départ, ça a été la sculpture mais je me suis vite rendu compte que j’avais un style qui ne se vendait pas. J’avais un certain succès d’estime mais question vente, ce n’était pas ça. Au fur et à mesure des années, il y a quelques sculptures qui partent. Mais c’est tout.

Du coup, vous avez arrêté ?
Oui et en plus, Sona avait du boulot pour deux
Sona : Etant tous deux autodidactes, à Paris, nous avons découvert ensemble les techniques de la poterie. Par exemple, j’ai appris à tourner mais… Je tourne à l’envers ! Je faisais déjà les émaux, c’est ce qui m’intéressait le plus. Mais après, il a fallu trouver un style.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Denis : J’ai fait mon service militaire en Arménie durant deux ans dans la coopération…
Sona : Mais moi, j’habitais déjà en France où je faisais mes études de littérature ! J’étais partie en vacances en Arménie et c’est là que nous nous sommes rencontrés !
Et vous êtes repartis ensemble en France !
A trois ! Car nous sommes restés un an, un an et demi et je suis rentrée en France enceinte
C’est là que vous avez décidé de travailler ensemble ?
Sona . Non, pas tout de suite, je travaillais comme webmaster, lui à l’Education Nationale
Denis : Je suis rentré à l’UFM où j’ai rencontré une prof d’arts plastiques extraordinaire qui a déclenché en moi une crise de créativité. Je me suis ainsi retrouvé à la terre et Sona, alors au chômage, m’a suivi. C’est comme ça que ça a démarré.
Parlons donc de cette technique particulière qui est la cristallisation…
C’est la manufacture de Sèvres, dans les années 1870, qui a découvert cette technique présentée à la première Exposition Universelle. C’est un ingénieur chimiste qui essayait de découvrir les secrets de la porcelaine chinoise dont beaucoup de choses restaient inconnues des occidentaux. En travaillant à percer ces secrets, il a découvert que l’oxyde de zinc, en absence d’alumine formaient des cristaux. Il a envoyé une note à tous ses collègues et tous s’y sont essayés. C’était l’époque de l’Art Nouveau et les couleurs correspondaient tout à fait à l’époque. Durant vingt ans, il y a eu une production énorme. Et puis peu à peu, la céramique est entrée dans l’industrie car si vous cassiez une assiette impossible de reproduire les mêmes teintes. Comme aujourd’hui d’ailleurs.
Elle permet de faire naître des cristaux lors de la cuisson à haute température, jusqu’à 1260°. On utilise divers oxydes métalliques comme le zinc, le lithium, le titane. A la cuisson, ces cristaux forment des couleurs quelquefois inattendues, selon les oxydes et les doses utilisés.
On retrouve les mêmes formes chez les agates.
A l’époque, il y avait très peu de potiers qui utilisaient cette technique

Vous avez donc dû l’apprendre ?
Oui, à partir de livres, de recherches sur les oxydes, sur les paliers de températures, même sur les matières car c’est un art très difficile, très pointu, très précis et où il y a beaucoup de casses »
Et en effet c’est un art, une technique de précision que nos deux artistes, avec passion, nous expliquent, mais c’est quand même assez difficile à suivre, entre les écarts de température, les temps de cuisson qui peuvent varier, les « ingrédients » qu’il faut doser pour arriver à ce qu’ils désirent et espèrent car au bout, il y a toujours la surprise à la sortie du four !
« En fait, vous ne savez jamais ce qui va sortir du four ?
Sona : Exactement. Ce qui en fait des pièces vraiment uniques.
Denis : Ce qui se passe, c’est que l’oxyde de zinc forme les cristaux dans des conditions particulières, avec tous les aléas que cela comporte.
Sona : Sans compter qu’une coupure de courant peut tout changer !
Quelle terre utilisez-vous ?
Le grès et la porcelaine
Comment travaillez-vous tous les deux ?
Denis : Au départ, c’est Sona qui tourne et à partir de son travail je moule la pièce qu’elle a tournée. De plus en plus, je travaille les pièces sur l’ordinateur, en impression 3D, je sors les épreuves à l’imprimante et à partir de ça, je moule les pièces.

Vous n’avez pas envisagé de faire des sculptures sur les pièces ?
Le problème est que les deux se marient très mal,  àchaque fois qu’on essaie des formes à la main, ça ne marche pas. Ce sont deux logiques qui se télescopent, qui ne s’adaptent pas car ce sont des émaux qui coulent énormément. C’est pour cela qu’on met dessous chaque pièce une coupelle qui récupère l’émail qui glisse qu’il faudra par la suite couper.
Comment obtenez-vous les différentes couleurs ?
Sona : On les obtient avec les oxydes métalliques et avec eux, on ne peut pas ajouter de colorants.
Denis : Les colorants chimiques en céramique, ce sont des colorants très particuliers, très complexes et ils empêchent la cristallisation.
Sona : Nous travaillons avec six oxydes : l’oxyde de fer qui est de la rouille, le manganèse, le cobalt, le nickel, le cuivre, le rutile, qui est de l’oxyde de titane. Et puis nous en faisons des mélanges.
Aujourd’hui, vous êtes peu nombreux à utiliser cette méthode ?
A la guerre de 14, elle a été arrêtée, oubliée et ce sont des potiers américains, en 70/80, qui s’y sont remis. Aujourd’hui en France, nous sommes une trentaine. C’est un travail de précision, de très longue haleine, il faut tenir compte des casses, d’où les tarifs assez élevés.
Mais vous avez des pièces uniques ».
Et quelles pièces. Belles, chatoyantes, aux mille nuances de bleus, de verts, de beiges, de jaunes,
C’est un vrai travail d’artistes !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta
L’Atelier de la Volane – 07600 – 4405, route de la Volane
Vallées d’Antraigues-Asperjoc
04 75 89 37 07 – atelier-volane@orange.fr

Frederik HAMEL, entre Aubenas et… Los Angeles !

Ce beau garçon aux yeux bleus est comédien… Et ardéchois !
Il vit de ses passions, le cinéma et le théâtre, qui le font vibrer, l’Ardèche, son pays natal dont il s’éloigne quelquefois pour aller voir du côté de l’Amérique, pour s’y installer quelques années mais revenir vers son Ardèche qui lui manque dès qu’il est aux Etats-Unis, comme les Etats-Unis lui manquent dès qu’il est en Ardèche !
Mais l’Amérique est toujours là et, chaque année le voilà qui s’envole vers Los Angeles.
Etant tous les deux « Ardéchois cœur fidèle  et Gémeaux de surcroit, nous aimons nous retrouver dans notre région de prédilection et nous faisons le point sur sa vie d’artiste qui aime prendre des chemins divers.

Avec Randal Kleiser…
… A Hollywood

« Alors… Les nouvelles ?
Chaque année, fin octobre, début novembre à Los Angeles, se déroule le festival du film français. J’ai un ami, Randal Kleiser, dont l’un des premiers films qu’il a réalisé est « Grease » Il était alors à l’école du cinéma USA, il était le colocataire d’un certain George Lucas avec lequel il était pote à l’université. « Grease » a été son premier gros succès puis il a poursuivi sa carrière avec des films comme « Croc Blanc », « Le lagon bleu ». Il adore le festival du film français et c’est là que nous nous sommes rencontrés. Ça  fait deux ans que, pendant le festival, je loge chez lui, dans une super « barraque » hollywoodienne fantastique et du coup, ça me permet de rencontrer des cinéastes importants.
Et ça a donné quoi ?
(Sourire) De faire de belles rencontres avec des cinéastes français, de prendre leurs contacts, de leur envoyer des infos en espérant que ça débouchera sur d’autres choses. J’ai fait de belles rencontres mais après, ça prend du temps Je pense y retourner l’année prochaine car je dois t’avouer que, après y avoir vécu quelques années, Los Angeles me manque, les amis que je m’y suis fait, la façon de faire les choses à la californienne, à la hollywoodienne.
Bon, je peux en savoir plus où bien tu es superstitieux ?
Ce n’est pas que je sois superstitieux, mais je trouverais bizarre que certains puissent lire l’article qu’ils pensent que je leur force la main ou simplement que je me fasse des illusions.
Hollywood c’est quand même très loin de de l’Ardèche !
Oui, mais si je m’y installais, l’Ardèche me manquerait encore plus !
C’est beau l’Ardèche mais c’est un peu limité pur y faire une carrière, non ?
C’est vrai qu’ici, les contacts, c’est un peu difficile.
Et tu n’as toujours pas envie d’aller au moins à Paris ?
Si… Ça commence… Enfin, je suis prêt à ne plus être basé qu’en Ardèche mais…
Mais ?
Je suis très bien en Ardèche ! J’y donne un cours de théâtre, je retape une maison de famille et je t’assure, je vais très, très bien et ça, c’est le plus important. A partir de là, je développe des projets qui prendront le temps qu’il faut. Au travers de ces projets, en allant à Avignon, de temps en temps à Paris, je rencontre des artistes dans le théâtre et j’aimerais qu’il y ait un débouché qui m’emmène sur Paris… Tout en gardant la moitié de ma base en Ardèche !

Ses élèves répètent pour le spectacle de fin d’année
Un petite déjeuner « absolute american » qui, avoue-t-il, lui manque beaucoup

Il y a des choses qui se concrétisent ?
Il y a un long métrage qui sort le 7 août, qui s’intitule « Les gendarmes », avec Arnaud Ducret, Alice David et Fred Testot, réalisé par Stéphan Archinard et François Prévos-Leygonie. C’est tiré d’une BD à succès et produit par Bamboo Prod.
Et avec ton cours de théâtre ?
Nous avons une représentation de fin d’année à Aubenas, le titre en est « Fragments … De Rabelais 0 Brecht en passant par Almodovar ». Ce sont des extraits de scène, On a un bout de « Gargantua » de Rabelais, « La bonne âme de Set chouan » de Brecht, « En attendant Godot », « Qui a peur de Virginia Woolf »…
Tu n’as pas choisi les plus faciles !
Du tout, du tout ! Ça a été énormément de travail.
Mais lorsque je suis parti aux Etats-Unis, j’ai perdu une grosse partie de mon répertoire de travail…
C’est-à-dire ?
En cours, en école de théâtre, à Hollywood en général tout acteur continue toujours à prendre des cours avec des profs très « Actor Studio ». J’ai pris quelques cinq, six années de cours là-bas avec des profs qui comptent dans leur répertoire des scènes de travail hyper appropriées sur un mois. Nombre de ces pièces ne sont pas, ou sont mal traduites et pour cinq à dix minutes d’une scène il me semble que j’ai perdu 80% de mon répertoire de travail. Toutes les pièces qu’on fait, sont des pièces sur lesquelles je n’ai jamais bossé, ça a donc été un énorme travail, une espèce de saut dans l’inconnu mais c’est la plus belle chose à faire.
Tu y es là en tant que quoi ? Comédien ? metteur en scène ?
En tant que metteur en scène. Je ne joue pas.
Et le comédien n’est pas frustré ?
Non, là je suis prof de théâtre, je les mets en scène, je les coache, je les dirige, je les encourage, je les pousse à aller aussi loin qu’ils peuvent dans la démarche théâtrale et j’aurai d’autres occasions de jouer.

Avec deux des élèves, on songe à monter une pièce mais c’est compliqué à monter, manque de temps, d’argent. Mais on reste sur l’idée de monter cette pièce autour d’un peintre, Rothko, un peintre new-yorkais émigré de Russie. Une pièce magnifique qu’avait jouée Niels Arestrup, que j’avais vue à Paris, j’ai vu aussi vu une version anglaise à Broadway. Je devrais la jouer avec un mec fantastique, David Albrand, qui est bouquiniste au marché d’Aubenas, est passionné de peinture et qui connaît ce peintre.
Il est parfait pour le rôle mais c’est un travail de dingue. Ça fait deux ans que nous bossons dessus et l’on n’en est qu’à la moitié. Mais, bon, je ne désespère pas d’y arriver.
Et avec tes élèves, tournes-tu le spectacle ?
Avec ce spectacle de fin d’année, on va voir comment ça va se passer. Il se jouera au centre Le Bournot à Aubenas.Après, il faudrait monter une pièce. A la rentrée, je vais aussi animer des stages en entreprises.
Mais enfin, Paris, ce ne serait pas mieux pour toi ? Rester à Aubenas, ça ne restreint pas ton panorama ?
(Il rit) Je sais que tu te fais du soucis pour moi mais  Jacques, j’insiste, je t’assure, je vais très, très bien !
Justement, tes projets ?
Il y a un gros projet mais je préfère ne pas en parler. Peut-être que d’ici la fin de l’année, j’aurai quelque chose à te dire.

Propos recueillis par Jacques Brachet




Stéfanie WESLE… Chapeau Madame !

Nous sommes à Aubenas, en Ardeche et nous parcourons l’avenue Gambetta, rue centrale où se côtoient nombre de magasins.
Au numéro 22, nous découvrons une grande vitrine qui nous fait admirer des chapeaux de toutes formes, de toutes couleurs, de toutes matières.
Nous avons rendez-vous dans cet antre drôlement appelé « Autruche », où nous attend sa propriétaire et créatrice, Stéfanie Wesle.
Souriante, discrète elle me reçoit avec un grand sourire. On découvre cette caverne d’Ali Baba, faite de feutres, de pailles, de rubans, de plumes… et on ne peut qu’admirer le talent, l’originalité, l’inventivité de cette véritable artiste qui vit et travaille à Aubenas, ville dont elle est depuis longtemps tombée amoureuse.

« Stéfanie, comment est venue cette passion des chapeaux ?
Ça a commencé lorsque j’avais dans les 18 ans, en voyant dans une vitrine un beau chapeau de feutre rouge dont e suis tombée en admiration… Et que j’ai acheté ! J’ai commencé à le porter et je trouvais génial de me promener avec un accessoire aussi singulier, qui suscitait des sourires, des « bonjour », ça créait une interaction avec les autres et ça mettait de la bonne humeur et de la joie.
C’était la mode des chapeaux ?
On a toujours porté des chapeaux. Il y a eu des périodes où en mettait plus que d’autres. Ça s’est un peu arrêté dans les années 70/80. Déjà, ça avait commencé dans les années 60 avec les queues de cheval mais on portait encore beaucoup de chapeaux, c’est reparti dans les années 80/90. Ceci dit, beaucoup de gens ont toujours porté des chapeaux.
Votre atelier s’intitule « Autruche »… Pourquoi ?
(Elle rit) Justement pour ne pas faire l’autruche !
C‘est-à-dire ?
Sortez la tête du sable, portez des chapeaux !
A partir de quel âge avez-vous commencé à créer ?
J’ai commencé vers 18 ans. Mais déjà enfant j’ai toujours été manuelle, créatrice, j’ai tout exploré, le tissage, la broderie, la couture, le modelage, la peinture… J’ai toujours « bricolé ».
Petite, vers 10/12 ans, je me posais la question : comment peut-on créer un chapeau sans y faire de coutures ? Plus tard j’ai compris la technique. Mon intérêt pour le textile me vient de mon plus jeune âge. A 4 ans, je manipulais des fils avec le métier à tisser.

Avez-vous fait une école ?
Oui, j’ai fait une école de modiste à Paris en 98, j’ai passé un CAP mode et Chapellerie.
Justement, on dit modiste ou chapelière ?
Ce sont deux métiers différents…
Expliquez-moi…
Traditionnellement, la modiste est une personne qui fabrique des chapeaux pour dames, avec de jolies garnitures, des chapeaux de mode, d’où le terme de « modiste ». Au début, les modistes étaient des marchandes de mode et à l’époque, c’étaient des rubans, des garnitures que l’on ajoutait au chapeau.
Le chapelier, c’est une personne qui fabrique ou vend des chapeaux, ce que je fais aussi, ce sont surtout des chapeaux pour hommes, mais surtout moulés en un morceau, par rapport à la modiste qui assemble à la main. Le chapelier est devant les presses et forme des modèles.
Comment se crée un chapeau ?
Ça dépend du chapeau que l’on crée. On peut mouler avec une presse en aluminium, qui forme et sèche en même temps, ou à la main avec bords et calotte. A l’époque où on fabriquait beaucoup de chapeaux, il y avait des usines à Chazelles qui fabriquaient et la matière et les chapeaux finis.
Vous n’utilisez pas que le feutre ?
Evidemment car le feutre est une matière qu’on utilise essentiellement en hiver. Le printemps, l’été, j’utilise la paille et j’utilise pour ça une boule en bois. Ensuite j’assemble les calottes, les finissions du bord et les garnitures. Je fais également une technique que pas toutes les modistes utilisent : c’est la couture de la tresse de paille, dite « la paille cousue ». Ce sont des modèles en spirales dont je donne la forme en cousant. On peut utiliser des tresses de paille naturelle, de raphia, de sisal, de la paille papier aussi, qui donne un joli rendu mais qui est plus fragile et craint la pluie ! Mais c’est une matière solide.

Quels sont vos types de clients ?
A Aubenas, c’est une clientèle privée mais j’ai aussi des clients professionnels, des boutiques qui commandent mes collections. J’ai par exemple une boutique à Lille avec qui je travaille. Je fais du sur mesure à distance. Je travaille aussi avec une chapellerie à Bruxelles et quelques autres boutiques en France. J’ai aussi une activité qui est la création en plumes et là ça touche une clientèle qui recherche la décoration, un décorateur, un architecte d’intérieur ou des particuliers qui cherchent des décorations originales. Je crée aussi des tableaux en plumes.
Vous êtes d’Aubenas ?
Non, je suis de Francfort !
D’où votre accent ! Mais comment êtes-vous arrivée à Aubenas ?
Je me suis installée en Ardèche avant de faire ma formation. Je suis partie avec mon frère, nous avons découvert et aimé la région. Puis je suis partie à Paris pour faire ma formation de modiste. Après cela, je cherchais comment et où m’installer, je suis tombée sur le seul magasin de chapeaux à Aubenas. Il était en vente et je l’ai racheté. J’ai continué la partie revente classique hommes/femmes et j’ai rajouté mes créations. Voilà pourquoi Aubenas !
Quand on arrive dans une ville de province comme celle-ci, a-t-on du mal à se faire connaître ?
Très honnêtement, le commerce marchait bien et donc ça a été rapide. Puis j’ai travaillé avec un agent commercial, j’ai distribué mes chapeaux dans toute la France, j’ai fait des salons professionnels
J’avais alors un très gros réseau professionnel, il y avait une soixantaine de magasins qui vendaient ma marque, j’avais aussi des grossistes à  l’étranger au Japon, aux Etats-Unis, en Irlande… C’était une période très florissante dans ces années 2000 !
Et puis il y a eu deux crises, en 2008 et en 2014, les professionnels on commencé à moins vendre des modèles de créateurs, plus de modèles standard, il y a eu aussi les offres de chapeaux du bout du monde, beaucoup moins chers, ce qui ne nous a pas été favorable.

Lorsqu’on voit vos créations, on se dit que ça peut intéresser les artistes, les compagnies théâtrales, les cabarets, le cinéma…
Oui mais ce sont des réseaux spécialisés, il faut y avoir des contacts, ce sont des milieux très fermés et ce n’est pas évident si l’on ne travaille pas sur Paris. J’ai toujours travaillé ici. Le monde du spectacle n’est pas si proche. Il y a beaucoup de compagnies de spectacles dans la région mais elles n’ont pas de très gros moyens.
De temps en temps, je travaille avec une femme à Francfort qui fait des costumes pour le cinéma et là, je peux faire des créations très originales. Mais être modiste « de ville » ce n’est pas le même milieu que celui du spectacle.
Par contre, je vais prochainement être exposée dans une galerie à Paris avec mes créations en plumes, à partir de septembre, c’est l’Atelier d’Art de France « Empreintes », 3 rue de Picardie dans le troisième arrondissement. Il y aura aussi mes œuvres murales, avec des plumes et des tresses de paille. Et puis j’ai un autre projet à Aubenas avec trente autres artistes. Nous exposerons dans une très belle maison au Pont d’Aubenas en juillet
Il faut aussi beaucoup d’imagination, on le voit avec ce que vous faites… Et il faut du temps !
C’est très variable,  ça peut aller de deux heures à vingt-trente heures, jusqu’à plusieurs semaines, tout dépend de ce que j’ai décidé de faire, si c’est un canoter ou une oeuvre murale !
Mais c’est vrai que je suis en éternelle recherche, ça se passe beaucoup dans ma tête… Je travaille tout le temps du chapeau !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet

Atelier Autruche – 22, Bd Gambetta – Aubenas – 04 75 93 89 10.
www.atelier-autruche-chapeaux.com


Chloé HENRY-BIABAUD, globe-trotter de l’humain

Elle est réalisatrice et s’est spécialisée dans le documentaire.
Chloé Henry-Biabaud se balade dans le monde entier, du Rwanda au Brésil, de l’Argentine a l’Egypte, du Kenya à l’Amazonie en revenant, pleine d’usage et raison vivre… à Ollioules !
Ses sujets sont divers, le handicap, la boxe, les pêcheurs mais aussi des sujets moins lointains comme les calanques ou la Bonne Mère.
Invitée par Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud », elle nous proposait ce soir-là un film très émouvant : « La réparation », réalisé avec sa complice Isabelle Vayron, sur la justice restaurative
C’est un dispositif de justice qui met face à face des auteurs de crimes divers et des victimes d’autres crimes. Encadrés par deux animatrices qui les laissent parler, chacun peut s’épancher, dialoguer, parler de leurs peines et de leur colère pour les victimes, de leur question, de leurs regrets sur le fait que les auteurs sont passés à l’acte.
Chacun a besoin de réponse, chacun a eu sa vie détruite, sans compter les victimes collatérales, beaucoup sont dans la douleur, l’incompréhension, le déni quelquefois mais tous ont des vécus traumatisants qu’ils porteront toute leur vie.
Les dialogues sont sans jugement, chacun étant à l’écoute de l’autre et leurs témoignages sont poignants et perturbants.
Evidemment, cette justice restaurative ne règle pas tous les problèmes mais aide à la compréhension de chacun.
Ce film a été tourné dans une prison d’Auxerre, encadré par Béatrice et Catherine et ne peut laisser personne indifférent. Il met en lumière les responsabilités des agresseurs comme la peine et parfois la colère et la vengeance de ceux ou celles qui ont perdu quelqu’un de cher.
Un film poignant plein d’humanité et nécessaire afin de permettre à tous d’avancer sans jamais pouvoir tourner la page.

J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Chloé Henry-Babaud, femme pleine d’humanité, chacun de ses documentaires (et ils sont nombreux) étant empreint d’empathie, d’humanité.
« Chloé, vous avez parcouru le monde mais d’où venez-vous ?
Je suis parisienne, j’habite depuis dix ans à Ollioules, j’ai vécu neuf ans à Marseille mais c’est vrai que je voyage beaucoup.
Comment choisissez-vous vos sujets ?
J’ai bien sûr des sujets de prédilection mais j’ai vécu au début en Polynésie où j’ai commencé ma carrière et en rentrant en métropole, j’ai travaillé avec Yann Arthus-Bertrand  avec qui nous avons interviewé partout sur la planète. Il est resté l’un de mes meilleurs amis, tout comme Isabelle Vayron avec qui je coréalise beaucoup de films. On est resté un noyau soudé.
Et puis j’ai développé des contacts, des thématiques qui m’intéressaient, comme la résilience, mot que je n’aime plus du tout, tant il est aujourd’hui galvaudé. J’ai aussi vécu au Brésil avec mes parents d’où cette appétence aux voyages.
Et vos sujets de prédilection ?
Souvent, les sujets qui m’intéressent tournent autour de gens qui ont vécu des choses difficiles et les ont surmontés d’une manière ou d’une autre. Et puis, il y a des sujets environnementaux parce que, forcément, lorsqu’on voyage beaucoup, on y est sensibilisé. Mais je m’intéresse aussi à la culture et tout se fait  au gré des voyages, des rencontres…
Est-ce que vous partez pour trouver des sujets ou parce que vous avez un sujet en tête ?
J’ai beaucoup de relations dans beaucoup d’endroits mais pour faire un documentaire j’ai des idées « avant » puis il y a tout un chemin car il faut trouver la production en amont du tournage, qui va nous accompagner, il y a tout un dossier pour pouvoir le pré-vendre à des diffuseurs et là alors, on peut partir en tournage. Mais si un documentariste veut gagner sa vie, on ne peut pas aller faire les repérages « avant » et tout payer de sa poche en pensant qu’on vendra l’idée, le film.

Qui sont les diffuseurs ?
Pour l’instant, je ne travaille qu’avec les télés, France Télévision ou Arte. On leur apporte l’idée, on va écrire tout un dossier en amont même si l’on ne sait pas ce qui peut se passer sur place car ce n’est pas un scénario de fiction. On sait qu’on va filmer un dispositif qui est cadré, après, ce qui peut se passer, on ne peut pas le deviner. On écrit une note d’intention, de réalisation, les raisons de faire ce documentaire.
Est-ce que sur le tournage, ça dévie quelquefois ?
Les gens qu’on filme ne sont pas des comédiens et heureusement, on ne peut pas leur demander de faire ce qu’on a écrit, parfois nous avons de belles surprises, parfois c’est plus compliqué mais généralement, lorsqu’on va filmer quelque chose, on a une intention précise et le but est d’aller filmer cette intention du départ. Mais il faut aussi laisser place à la surprise, à l’improvisation et lorsque c’est un documentaire en immersion comme celui-ci, on ne peut pas décider à l’avance.
En dehors de grands voyages, vous faites aussides documentaires en France comme celui consacré à la Bonne Mère de Marseille !
Lorsque j’ai fait ce film, je venais d’arriver à Marseille, il y a 15 ans, et c’est une boîte de production marseillaise qui me l’a  proposé car, n’étant pas marseillaise, j’aurais un regard neuf. J’ai donc vraiment découvert la Bonne Mère et j’ai adoré car j’ai filmé carrément sur un an. Comme j’avais un regard extérieur neuf et admiratif, je découvrais.
De tous les pays que vous avez traversés quel a été celui qui vous a le plus marqué à ce jour ?
J’ai beaucoup de pays de cœur, comme le Brésil où j’ai vécu .Je parle le portugais et j’y suis allé souvent en tournage. J’y ai passé une partie de mon enfance, et j’y ai beaucoup de souvenirs. C’est sentimental. Une partie de mes souvenirs, de mes amis, sont encore là-bas.
Mais je crois que celui qui m’a le plus marqué et où je retourne souvent, c’est le Rwanda. De par son histoire terrifiante, il est resté beaucoup figé dans les médias. Pendant longtemps, il a été connu par le génocide alors qu’il a beaucoup d’autres choses. Il y a quand même un pays qui s’est relevé et il y a tellement à y découvrir. Il y a un futur très riche, une lumière incroyable.

Alors ce film présenté ce soir ?
Ce film est donc sur la justice restaurative. Ce sont des dispositifs cadrés par des associations mandatées par le Ministère de la Justice. Ça fait partie du code pénal. Auteurs ou victimes peuvent en être informés et y participer, ils sont préparés pour se rencontrer mais ce ne sont pas les auteurs et victime directs. Avec Athus Bertrand, nous avions déjà filmé des participants pour son film « Human » en Floride, qui avaient besoin d’en parler et de se parler. Ce sont des gens qui ont décidé d’eux-mêmes d’y participer. On a trouvé ça tellement
incroyable qu’on a décidé d’en faire un film.
C’est arrivé en France dans le cadre du code pénal en 2014 et nous avons eu envie de faire ce film, avec Isabelle, en faisant le mouvement inverse, c’est-à-dire qu’on a filmé le dispositif avec les animateurs, les médiateurs et les participants que nous ne connaissions pas, en immersion.
Comment réagissent les gens lorsque vous allez les voir pour leur proposer ce concept ?
Nous sommes allés en repérage dans des groupes avec des encadrants à Auxerre, on a beaucoup discuté avec Amélie et Séverine, les encadrantes qui ont été nos alliées car en fait, ce sont des travailleuses de l’ombre qui prennent beaucoup sur leur temps, qui se donnent corps et âme. A partir de ce moment-là, nous avons fait une lettre pour expliquer le but du film, qu’elles ont donnée  à ceux et celles qui étaient prêts à jouer le jeu. Ne pouvant les rencontrer en amont, elles ont été nos intermédiaires en leur précisant bien aux participants qu’ils pouvaient arrêter lors du tournage, que ceux qui ne voulaient pas qu’on les voit, peuvent être filmés de dos ou floutés. Nous avions deux ou trois caméras que nous ne bougions pas, pour ne gêner personne. Le tournage s’est fait sur un an avec trois rencontres.

C’est votre dernier film ?
C’est l’un des dernier Sybille d’Orgeval (J’adore les coréalisations !), nous avons tourné un film sur la pêche contemporaine et les problématiques liées à la pêche sur les océans, qui s’appelle « Vents contraires ». J’en termine un avec une autre amie, Coraline Molinié, pour Arte, autour des castors et tout ce qui lié aux écosystèmes autour de cet animal ».
Avec tous ces films, espérons que nous aurons encore l’occasion de revoir notre belle réalisatrice chez notre amie Pascale !

Jacques Brachet

Jolokia, odyssée des bras cassés
Kenya, alors on danse
Malawi, les enfants du tabac