Archives pour la catégorie Portraits

Florence DAVIS, artiste tous azimuts !

1

Elle est chanteuse, danseuse, auteure, compositrice, coach vocal… Bref l’artiste dans toute sa splendeur, dans toutes ses passions qui la poussent là où on ne l’attend pas.
J’ai connu Florence Davis en 85 grâce à Jean-Claude Brialy et Catherine Lara.
Jean-Claude créait son festival et m’y invitait. Catherine Lara y participait et, l’ayant connue grâce à Denise Glaser qui m’avait offert son premier album, j’étais devenu un vrai fan et par la suite, son ami.
Elle venait accompagnée d’une choriste magnifique, cheveux courts, regard bleu, une pêche pas possible et une voix extraordinaire. Sur scène, malgré Catherine, on ne pouvait pas la rater tant elle avait de charisme.
Elle aurait pu devenir une grande star mais elle préféra prendre, au gré du temps, des chemins de traverse.
Elle est née au Cap d’Antibes. Elle est la fille d’Andrée Davis-Boyer qui fut à l’origine des scopitones, (On l’appelait Mamy Scopitone !) qui était programmatrice de spectacles et vivait au milieu des chanteurs, de Piaf à Pétula Clark en passant par Frehel, Mistinguet, Mouloudji, Trenet Line Renaud, Annie Cordy, Johnny  Hallyday, Sylvie Vartan, Julien Clerc, Dick Rivers … Son père, Roby Davis, était un grand saxophoniste de jazz et chef d’orchestre et évoluait au milieu des plus grands jazzmen, de Django Reinhardt à Kenny Clarke, en passant par Count Basie, Bill Coleman, Eddie Barclay, Salvador, Gillespie… Comment ne pas aimer la musique et ne pas avoir envie d’être de ce milieu ?
Et pourtant…

6 7 8
Son père, sa mère avec Django Reinhardt, ses sœurs  Liliane, Micheline, épouse de Dick Rivers et elle toute pitchoune

Je retrouve Florence chez une amie commune, Chantal, à Toulon. Il y a un moment qu’on ne s’était retrouvés tous les trois, –quatre, devrais-je dire car il y a aussi son compagnon, Olivier Danloup, lui aussi grand et beau musicien aux yeux bleus (auteur, compositeur, guitariste, pianiste,) et ils ne se quittent jamais, à la ville comme à la scène.
« Alors, Florence, la musique, ça n’a pas été pour tout de suite ?
Pas du tout. J’aimais évoluer avec tous ces artistes venus d’horizons différents, c’était mon milieu naturel, mais j’étais loin de ça car je voulais devenir psy, philosophe, bref je voulais comprendre les mécanismes de la psychologie !
Et comment est venue la chanson ?
Je préférais danser que chanter mais je me débrouillais bien et j’aimais chanter aussi. C’est alors que Vangelis (l’un des trois Aphrodit’s Childs, qui a entre autre écrit la musique du film « Chistophe Colomb)) qui devait passer à l’Olympia, m’a proposé de chanter dans son spectacle. C’est ainsi que j’ai fait mes premiers pas de chanteuse… direct Olympia !
A partir de là tu as fait beaucoup de choses… On s’y perd un peu !
Même moi je m’y perds et ne me demande pas une chronologie, je n’ai aucune mémoire des dates !

3 4 5
Avec Catherine Lara à Ramatuelle

Bon alors, tu as accompagné nombre de chanteurs, hormis Catherine Lara.
Oui, Lara, ça a duré dix ans et c’est Joenice Jamison qui m’a remplacée. J’ai fait le tour de France et le tour du monde même avec Charles Aznavour, Michel Sardou, Clo Clo avec qui j’étais choriste avec les Fléchettes, Sylvie Vartan, Berger-Gall, Dick Rivers, qui a épousé ma sœur Micheline, Didier Lockwood et nombre de musiciens de jazz.
Et Guesh Patti !
Nous avons fait beaucoup de choses ensemble. Nous étions toutes deux chanteuses et danseuses, nous avons joué dans des comédies musicales, nous avons créé, avec Lydie Callier, le groupe Dacapo avec lequel nous avons remporté un prix au MIDEM. Notre titre était « Somnifère ». Et puis, j’ai été appelée ailleurs et c’est là que Guesh a décidé de chanter en solo et a fait un carton avec « Etienne ». Si l’on ne s’était pas quittés, peut-être n’aurait-elle chanté ce qui est devenu un tube.
On t’a vu aussi dans nombre de comédies musicales.
Oui, j’étais à la création de « Starmania » au Palais des Congrès, j’étais la doublure de tous les rôles féminins et j’ai eu le bonheur de remplacer » Nanette Workman, puis, 20 ans après Michel Berger m’a rappelée pour la reprise auprès de Maurane.
Il y a eu d’autres comédies musicales !
Oui, « Les misérables » de Robert Hossein. J’y jouais, une fois sur trois, le rôle de Gavroche car j’étais petite et je pouvais jouer le rôle de ce gosse. Je me souviens d’un soir où Il y avait 5000 mômes qui tapaient dans leurs mains comme à un concert de rock et j’arrive sur scène en chantant « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire… » Et d’un coup, troublée… un trou. J’ai balbutié n’importe quoi… et ça a été un triomphe !
Et puis il y a les retrouvailles avec Catherine Lara pour « Revue et corrigée »
Oui, c’est Annie Girardot qui voulait rouvrir le Casino de Paris et qui a demandé les chansons du spectacle à Catherine. J’étais là donc et nous avons souvent joué pour… dix personnes ! Il y avait eu un quiproquo avec le public qui pensait que ce serait un spectacle traditionnel avec plumes et strass, alors qu’on imaginait mal Girardot dans ce rôle. La critique a commencé à… critiquer avant de savoir ce que c’était. Et ça a été un four. Girardot a  vendu tout ce qu’elle avait, Catherine est tombée malade. Reste ce superbe disque avec « Lara torio » qui est un chef d’œuvre.

9 10

As-tu fait d’autres comédies musicales ?
Oui, aux Folies Bergère, j’ai joué dans « Nine » tirée du film de Fellini « 8 1/2» J’y jouais deux rôles : la porca (la cochone !) et la mère de Fellini. A part celui qui jouait Fellini, il n’y avait que des femmes !
Ça a été une expérience extraordinaire mais aussi douloureuse. Je suis tombée à 8 1/2 de tension… J’étais raccord !!!
J’ai retrouvé des photos du MIDEM de la Bande à Basile… Et tu y es !
Oui, j’ai même fait ça à mes débuts. Et ça a marché, J’avais un immense tutu rose et une culotte de french cancan… C’était très seyant !
Autre surprise, on te retrouve sur le concours Eurovision !
Enfin, on ne m’y retrouve justement pas. Une maison de disque a décidé de créer un groupe pour l’Eurovision : deux filles, deux garçons, nous nous appelions « Alphabet ».

12 13 14
Une de ses œuvres, avec son compagnon Olivier Danloup

Autre étape : coach de « Star Academy »
Oui, j’ai été appelée pour la première Star Ac’ comme coach. J’ai donc coaché Jenifer, Mario, Jean-Pascal, Olivia Ruiz… et les autres !
Bon, difficile de te suivre… Qu’as-tu fait et que fais-tu encore ?
Je peins, je dessine, je crée des aquarelles.
Côté chansons, j’ai enregistré et produit un disque « French songs » avec le Paris Jazz Big Band .  J’ai produit le disque moi-même et j’ai pris des grandes chansons françaises avec des orchestrations jazzy comme « Dans la maison vide » de Michel Polnareff, « Requiem pour un con » de Serge Gainsbourg, « La déclaration » de Michel Berger, « Le Cœur Volcan » de Julien Clerc et surtout « Les Marquises » de Jacques Brel.
Pourquoi « surtout » ?
Parce qu’elle a été sélectionnée pour l’album « Tribute to Jacques Brel »
Ah et puis, s’il vous plait, j’ai chanté à l’Elysée devant le président Mitterrand, Charles et Diana… Pas mal non ? Une anecdote, j’ai eu le culot de demander à Mitterrand ce qu’il aurait fait s’il n’avait pas été président. Il m’a répondu d’un seul mot : « Pape » !!!
Et aujourd‘hui ?
Je me produis avec Olivier Danloup en duo et en plus grande formation à travers le monde, nous nous sommes produits entre autre au Cotton Club de Tokyo, au Festival de Jazz de Séoul devant 20.000 personnes, en Chine, au Festival jazz de Juan les Pins.
Nous préparons un album de compositions. Et puis j’ai un autre projet de spectacle intitulé « Ainsi parlait Nostradamus ».

bande

Avec la Bande à Basile

Voilà la vie d’une artiste hors pair, qui est toujours là où on ne l’attend pas, une vie de passionnée de musique qui n’a jamais choisi de devenir « star », terme aujourd’hui galvaudé mais est toujours allée là où sa passion la menait.
Alors qu’elle était toute jeune, Nougaro lui avait prédit : « Toi, tu seras quelqu’un »
Et c’est vraiment quelqu’un de talentueux, d’original qui vit à fond ses passions, ses multiples talents avec une joie et une sérénité qui ne se démentent jamais.

Propos recueillis par Jacques Brachet















Eric FANINO fabrique de la bonne humeur

1

Il a du soleil plein les yeux, l’accent que, comme disait Mireille Mathieu, l’on prend en naissant du côté de Marseille et il transporte avec lui un sourire perpétuel.
Normal, il est né au pays de Pagnol, à Aubagne, sous le Garlaban et il n’est pas parti beaucoup plus loin puisqu’il vit à Trets.
Eric Fanino, comme moi, est un provençal pure souche et un routard de 58 ans qui écume toute notre région, depuis quelques décennies, en faisant des spectacles où il mêle l’humour et la chanson. Et il écrit tout, chansons, sketches, sous le regard sévère de son fils qui le suit, technicien de son spectacle, partout où il va. Un beau et sympathique duo.
Sympathique, on ne peut l’être plus que lui. Dès la rencontre on est conquis par son sourire, sa bonne humeur et sa gentillesse.
Il vit de sa passion depuis près de 35 ans, il n’a jamais ressenti le besoin de « monter à Paris », n’a pas de velléités de devenir une star et il est heureux de vivre.
Heu-reux !
Nous voilà attablés au bar des Sports à Six-Fours, où il a fait étape pour qu’on se rencontre.
Et nous sommes tout étonnés de ne nous être jamais rencontrés alors qu’on fréquente le même milieu et qu’on a des tas d’amis en commun comme Zize, Anthony Joubert, Benjy Dotti, Patrick Cottet-Moine, Yves Pujol d’Aïoli et bien d’autres ! Mais c’est le hasard de la vie et notre rencontre est due à une attachée de presse… de Six-Fours !
Il était donc temps que nous nous rencontrions !

2 3

Eric a toujours voulu être artiste, déjà tout petit et peu à peu il s’est affirmé dans des pianos-bars, de petites salles marseillaises et alentour, puis des scènes plus grandes et aujourd’hui il travaille à l’année avec les comités des fêtes, les mairies, les associations.
« Je n’ai jamais eu la prétention d’aller conquérir Paris, d’abord parce que être « vedette » ne m’a jamais fait envie. J’ai juste fait un plateau à la Cigale à Paris avec des artistes du sud. Et puis parce que j’aime trop ma région que je peux parcourir dans tous les sens en vivant de ce que j’aime : chanter, raconter des histoires, monter des spectacles. Mon accent je j’ai et je me le garde !
Comment sont conçus tes spectacles ?
Je mêle les chansons à mes sketches, je crée des parsonnages, j’écris tout, je fais tout moi-même aidé de mon fils et de mon ami Daniel. C’est une entreprise artisanale et familiale et l’on tourne beaucoup dans la région.
J’ai fait plusieurs disques. Plus jeune j’ai fait un disque de rock, puis un disque de chansons populaires italiennes et là je viens de sortir un nouveau CD « J’veux du soleil » .
Un disque, il est vrai, plein de bonne humeur qui donne envie de danser sur des rythmes méditerranéens, brésiliens comme « Pâtes, boulettes, parmesan », « La banane » et la reprise d’une chanson de l’ami Carlos « La bamboula ». C’est plein d’énergie, de bonne humeur… de soleil évidemment !
« J’aime les choses simples, j’ai envie de créer une complicité avec le public, de les faire rire, de les faire danser, de leur faire oublier les soucis du quotidien. La finalité est de fabriquer de la bonne humeur (Le titre de son spectacle étant « La fabrique de la bonne humeur ») et de faire plaisir aux gens tout en me faisant plaisir et si c’est gagné ça suffit à mon bonheur. J’ai tourné quelques clips dont un au lac de Ste Croix, à Esparon.
On vit dans une belle région car le Midi ce n’est pas que Marseille.
Tu t’autoproduis ?
Oui, nous faisons tout ensemble comme des grands, nous travaillons avec un studio d’enregistrement (Pirris Editions), nous tournons nos clips et nous démarchons comme beaucoup. Depuis le temps nous commençons à être connus. Malgré cela, le covid nous a coupés dans notre élan. Il a fallu faire repartir la machine et… ça repart ! »

6 7 5

Eric est un homme cordial, optimiste, avenant, même s’il se dit timide (mais il se soigne m’avoue-t-il !) qui aime aller vers les gens et le public se rend très vite compte de ce qu’il est : un homme simple, un artiste vrai, heureux de vivre et de donner du bonheur aux gens. Avec lui, c’est la fête tous les jours.
« J’essaie de rester le plus vrai possible, j’aime faire partager mes histoires, mes chansons et je suis toujours disponible pour ce public avec qui j’ai des relations particulières, simples, joyeuses. Mon humour n’est jamais au-dessous de la ceinture, ce qui fait que tous les publics y trouvent leur compte »
Qu’est-ce que ça fait du bien de rencontrer un artiste qui ne se prend pas la tête et qui n’a qu’un but : donner du plaisir aux gens.
A découvrir sur youtube

4

Jacques Brachet

VANILLE & ENZO ENZO
Une soirée sous le signe de la femme et de la poésie

6

Deux magnifiques femmes. Deux chanteuses, auteurs, compositrices : vanille et Enzo Enzo.
Toutes deux dans le même programme à Sanary, nous ont offert un spectacle intimiste, fait de belles mélodies et de mots simples et beaux.
Vanille est la fille de Julien Clerc qui a suivi les traces de son père avec bonheur. Elle s’est éveillée à la chanson en composant des textes qui racontent les histoires des  gens de tous les jours, les préoccupations des femmes d’aujourd’hui.
Enzo Enzo est celle qui, grâce à une chanson « Juste quelqu’un de bien » a démarré une carrière qui n’a jamais arrêté et elle a suivi son chemin avec douceur, avec tendresse, sans esbroufe, toujours avec cette force tranquille qui est la sienne.
C’est la première fois qu’elles se rencontraient, ça a fait tout de suite « tilt » entre elles et elles nous ont toutes deux offert une soirée faite de jolies ballades et de poésie.
On a eu la joie de rencontrer deux femmes simples, joyeuses, passionnées. Ce fut un grand moment de charme.

1

VANILLE : La pêche et l’énergie
Elle est grande, belle, souriante et volubile. Un vrai bonheur que de parler avec elle, chanson ou littérature. Malgré les moustiques, ce fut un vrai moment de plaisir !

« Vanille… Vous avez failli ne pas vous appeler Vanille !
Et malgré tout on m’a toujours appelée Vanille ! Lorsque je suis née et que mon père a voulu déclarer ce prénom, il lui a été refusé. Du coup il est inscrit en second après Elisa ! Mais jamais personne ne m’a appelée ainsi. Plus tard, j’ai pu récupérer mon vrai prénom… Je suis bien Vanille !
Grâce à votre père, vous avez été baignée de musique et puis il y a eu la découverte de la littérature…
C’est arrivé un peu plus tard, vers mes 22/23 ans, lorsque j’ai découvert Françoise Sagan. C’est elle qui m’a donné envie, d’abord de lire puis d’écrire des textes. J’ai ainsi découvert la littérature française, anglaise, russe (pas dans leur langue, je précise !), Tolstoï, Alberto Moravia, Steinbeck… et j’ai commencé à lire tous les classiques. Puis je me suis mise à la littérature contemporaine en découvrant Nicolas Mathieu et d’autres auteurs.
Dans un autre genre, il y a eu Marguerite Duras !
Oui, c’est vrai que c’est plus ardu que Sagan et que je comprends qu’on puisse s’ennuyer mais je crois que toutes deux se rejoignent par la voix, la manière de s’exprimer. Lorsque j’ai lu « Barrage contre le Pacifique », j’ai totalement été habitée par cet aller-retour de la mer à la mère. J’ai eu des sensations extrêmes en  lisant aussi « Les petits chevaux de Taquinia », cette ambiance étouffante, mystérieuse…
Du coup, la lecture devenu une passion ?
Totalement et un entraînement dont je ne me lasse pas. Je suis capable de « m’envoyer » un roman en un seul jet !
Et la chanson alors ?
J’ai commencé à m’entraîner dans mon coin sur ma guitare, à écrire des mots et surtout à rencontrer des gens comme le rappeur Lomepal. Mes textes viennent de ma vie de tous les jours, de mes émotions vécues, de mon ressenti, des faits dont je suis témoin.

4 3

Beaucoup de textes parlent de la femme aussi…
Je vis à Bordeaux avec ma mère et je suis entourée de femmes. Je connais leurs joies, leurs problèmes, j’ai été soutenu par elles, elles me font du bien, je suis devenue naturellement féministe et il y a entre toutes ces femmes qui m’entourent, un naturel, une sororité. Mais, vivant à la campagne, je suis aussi très concernée par l’écologie. C’est un choix que de m’installer au bord de la Dordogne. Je suis entourée de potagers, d’arbres fruitiers, de poules. La manière de consommer est différente qu’à Paris !
Comment composez-vous vos chansons ?
Il y a d’abord la musique. Partout où je vais, il y a ma guitare et je compose souvent, un peu partout. Pour les paroles, c’est différent car c’est un travail de solitaire. Il me faut absolument m’isoler. Mon inspiration me vient de l’humanité sentimentale ! J’ai envie de toucher les gens, être avec eux la plus honnête possible. A la source, il y a un travail d’introspection, sur mes propres failles que j’essaie d’expliquer. Et puis, pour finaliser mes chansons, j’ai besoin d’un endroit.
Comment votre père a-t-il pris le fait que vous vouliez chanter ?
Il a d’abord été très inquiet ! Il a débuté dans les années 68, c’était une période où il y avait beaucoup moins de chanteurs qu’aujourd’hui. Il m’a mise en garde mais il a très vite compris qu’il n’y avait plus rien à faire… sinon que d’accepter ce fait !
Vous avez même chanté en duo avec lui !
Oui, ça s’est passé durant le confinement. Il avait décidé de faire un disque de duos et il m’a proposé d’en faire un. On a choisi « Fais-moi une place », en hommage à ma grand-mère maternelle. De plus j’étais enceinte de mon fils… C’était une histoire de transmission.

2

Pourriez-vous composer avec lui ?
Rien n’est impossible mais jusqu’ici ça ne s’est pas fait. Mais j’aime beaucoup co-composer avec d’autres artistes, comparer et mêler nos univers car beaucoup de choses passent par les mots et par les rencontres.
Comme avec Gaël Faye que vous aimez beaucoup ?
Oui c’est vrai, j’adore ce qu’il écrit et j’aimerais travailler avec des gens comme lui. Il suffirait peut-être d’une rencontre car à ce jour ça ne s’est pas fait. Et je ne vais pas spontanément vers ces gens.
Alors, aujourd’hui, heureuse ?
Oui, très heureuse car j’aime ce que je fais. Et vivre de son art, même modestement, c’est une bénédiction ! »

2

ENZO ENZO : Juste une femme bien !
Elle est toute menue derrière ses lunettes rondes qui fait penser à une institutrice qu’on aimait bien et avec qui on a envie de faire un bout de chemin.

Question incontournable, Enzo Enzo… Pourquoi ce pseudo ?
Evidemment, je ne peux y couper ! D’abord, je trouve que c’est joli, et puis, je ne me voyais pas chanter avec mon nom (Körin Ternovtzell) difficile à prononcer. Enfin, ce nom englobe tous les gens avec qui je vis, auteurs, compositeurs, musiciens, techniciens. C’est pour leur rendre hommage et leur dire qu’ils sont indispensables à ma vie.
Vous avez démarré avec « Juste quelqu’un de bien » tiré d’une œuvre de Brahms (Le 3ème mouvement de la symphonie N°3)*
C’est vrai mais avant tout, cette chanson faite avec Kent a plu aux gens plus par les paroles que par la musique. C’est un hommage à tous ces gens inconnus, simples, qui ne sont pas des héros mais des gens comme tout le monde. Des gens bien et qui le sont sans tapage. J’avoue qu’au départ c’est le texte que j’ai entendu. Et puis il y a eu ces arrangements un peu jazzy, intimistes, qui ont plus aux gens. Savez-vous que pas tout le monde connaît Brahms et qu’on m’a beaucoup dit que la chanson faisait penser à celle de Montand « A bicyclette ». C’est du même ordre d’intimité. Le public s’est retrouvé dans ces propos et chacun peut s’y voir. D’ailleurs, cette chanson, qui date de 94, traverse le temps. C’est pour cela que je l’ai reprise dans mon dernier album « Eau calme », qui est sorti il y a quelques mois.
Elle vous colle à la peau ?
Oui, c’est vrai, depuis le départ je la chante toujours, elle colle à mon atmosphère musicale, c’est net, sobre, simple, elle a pris plu de profondeur car aujourd’hui je la chante avec la voix d’une femme de 60 ans, qui a vécu des joies et des tempêtes. Dans un climat plus lent, plus latin. Dans un cheminement plus personnel, j’ai appris à mieux me comporter. J’ai aujourd’hui une aptitude à la joie. A force d’avancer, il n’y a plus de temps à perdre. Je me sens plus joyeuse, plus calme, plus sereine.

3

Il y a quelque temps, vous avez fait un spectacle musical autour de Marie Nimier. Pourquoi elle ?
Tout d’abord parce qu’on me l’a demandé et que j’ai adoré découvrir à la fois ses chansons et la femme. J’ai pu la rencontrer et si j’aime ce qu’elle écrit, que ce soient ses romans ou ses chansons, d’une manière tellement simple, j’ai pu aussi apprécier la femme formidable qu’elle est. Art Mengo s’est rapproché de moi  puis des gens comme Alain Lantier et Daniel Lavoie avec qui j’ai collaboré.
Ce sont des gens dont je me sens proche, comme Allain Leprest, Romain Didier, Kent..
Kent avec qui vous collaborez toujours ?
Nous nous sommes perdus de vue mais nous retrouvons toujours avec plaisir, comme avec toutes ces personnes que je vous ai citées.
Qu’on retrouve sur « Eau calme »
« Eau calme » est un disque qui m’a donné envie de me poser. C’est un disque enveloppant, doux, rassurant, porté à ce sentiment de sérénité et on y retrouve plusieurs chansons justes portées par ma voix et deux guitares. C’étaient des chansons que je n’avais pas osé enregistrer. Et j’ai sauté le pas. On peut penser que c’est osé ou courageux que d’arriver sur scène avec juste deux guitaristes mais je voulais des textes poétiques porteurs de sens, sans une grande orchestration. Je trouve qu’aujourd’hui on a besoin de choses qui reposent, de choses limpides, logiques.

20210201-DigisleeveEnzo-D37-3Volets 5

Et il se trouve que, que ce soit dans un théâtre ou en plein air, ça marche. Les gens apprécient cette simplicité, cette intimité que l’on a tendance à perdre et qui est propice à l’écoute
L’été, il y a beaucoup de musiques festives, au demeurant très honorables mais ce n’est pas si mal que l’on puisse aussi entendre des musiques propices à être écoutées. Et chaque soir je sens le public captif de ces mots, de ces petites musiques, de cette légèreté, de cette joie qu’ils ont à écouter et pas seulement entendre.
C’est une musique qui rend apte au bonheur ».

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photoscreations.fr
1


Mister MAT : Bien dans ses bottes

2

C’est un grand costaud au regard bleu et brillant, au sourire carnassier, le bob vissé sur la tête. Un grand ogre à la gentillesse extrême avec lequel, aussitôt, passe un sentiment de sympathie. Sa voix éraillée pour vous dire bonjour ajoute au charme de ce chanteur issu de l’émission « The Voice », qui, malgré « son grand âge » (40 ans !) est arrivé en finale, juste poussé par une gamine de 16 ans, Nour, qui lui a ravi la place de justesse.
En tout état de cause, c’est lui qui, contre toute attente, a fait le buzz, grâce à son charisme, sa personnalité et cette voix qui oscille entre Garou et Joe Cocker. Il a d’ailleurs, pour un concert, chanté avec Garou… « Enchain my heart » !
C’est à Cultura, à la Valette, qu’il est venu nous offrir un show case où il était tout à fait en harmonie avec un public qui l’a découvert dans cette émission et l’on se rend aussitôt compte de son charme, de son talent et de la proximité qu’il a avec ce public.
Une belle rencontre avec celui dont le grand-père était toulonnais  et qui arrivait du Québec, via St Pierre et Miquelon, un peu déphasé par le décalage horaire.

4 3

« Mat, est-ce qu’on peut dire… enfin et salut l’artiste !
Il rit : Je ne suis pas un artiste, je suis un musicien ! Et je ne suis pas une star non plus, je ne le serai jamais. Depuis des années, j’ai baroudé partout, j’ai fait des centaines de concerts avec mon groupe, Mountain Men, nous avons fait des disques qui se sont bien vendus, et puis j’ai eu envie de me lancer en solo. Bien m’en a pris puisqu’on était en 2019, j’ai fait un disque « Freedom », suivi de « Du bonheur en retard »  je suis passé chez Ruquier, puis le 13 mars 2020 à « Taratata » et le 14… tout s’arrêtait avec le covid !
Ce qui a beaucoup compliqué les choses durant deux ans jusqu’à ce qu’on me propose de faire « The Voice ». Je dois dire qu’au départ je n’y croyais pas, je ne voulais pas le faire. Qu’allais-je faire dans ce genre d’émissions où seuls des jeunes se présentent ? Ce n’était pas mon truc. Et puis ce covid m’a fait dire : pourquoi pas ? Je n’avais rien à perdre et en attendant que ça se passe, j’avais quelque chose à faire. Et montrer que j’existais.
Lorsqu’on entre dans une telle émission a-t-on la liberté de faire ce que l’on souhaite ?
La production a bien vu que j’étais un cas à part, que je ne venais pas pour me dandiner et prouver que j’avais une voix. Je suis comme je suis, je viens du blues, j’adore la chanson française, Brassens et Dylan, et j’avais envie de me montrer tel que j’étais, avec mon âge, ma voix, ma personnalité et la prod m’a laissé faire mes choix. Je n’ai eu aucun problème à ce sujet. Même les interviewes que j’ai faites au cours des émissions sont restées telles quelles.
Au fur et à mesure que l’émission avançait, Ils se sont rendus compte qu’il se passait quelque chose… et qu’ils n’allaient pas pouvoir se débarrasser de moi ! (Rire)
Et pas frustré d’être coiffé au poteau par une gamine de 16 ans ?
Pas du tout ! Je ne venais pas pour gagner, devenir une star mais pour me montrer tel que j’étais et faire savoir que j’étais là. Ce genre d’émission peut aussi bien te faire découvrir sans que, du jour au lendemain, tu deviennes une star. C’est une vitrine qui te donne un coup de projecteur. Et puis, avec un type comme moi, ça a un peu bousculé l’émission car je n’avais rien du petit gendre idéal. J’arrivais avec mon vécu, avec mon expérience et je n’avais pas le stress de continuer ou d’être éliminé. Les gens ne s’y sont pas trompés puisque de semaine en semaine j’étais plébiscité.
Je crois qu’aujourd’hui les gens ont besoin d’authenticité.

Du-bonheur-en-retard Nouvel-album

Pourquoi dis-tu ça ?
Parce que c’est une réalité. Aujourd’hui je trouve que la chanson française n’est plus ce qu’elle était. On s’extasie sur tout et rien, la médiocrité s’installe, on est nivelé vers le bas, et ça devient hélas une habitude. C’est comme tout d’ailleurs, comme la bouffe. On mange de plus en plus mal mais on finit par s’y habituer. On est aujourd’hui dans un monde d’images , le contenu on s’en balance. On vit à l’heure des smartphones, des influenceurs qui gagnent des fortunes avec du vent. Des artistes qui n’en sont pas et deviennent stars avant d’être artistes.
Alors que faire ?
Pas grand-chose, hélas. La culture des mots se perd, on voit comment s’expriment les jeunes… sans parler de l’écriture. Moi j’essaie de défendre ce qui est défendable, dont la vraie chanson française. Je suis mon chemin, même s’il est quelquefois compliqué. Mais c’est mon chemin.
Alors, comment ça s’est passé avec Vianney, qui était ton coach ?
C’est un garçon sympathique avec qui j’ai eu une jolie relation, même si ce qu’il chante n’est pas ce que j’aime. Mais il y a eu une belle approche, on a bossé dans son studio, on continue à s’envoyer des SMS, nous avons une chouette relation.
D’habitude, lorsqu’un artiste sort d « The Voice » il met souvent plus d’un an à sortir un disque. Toi, tu en as déjà deux à ton actif !*
Oui, parce qu’ils ont été faits chez Decca avant le covid. Le premier « Du bonheur en retard » était prêt, se second « L’aventure continue » est un mélange de mes chansons et de chansons que j’ai chantées sur « The Voice ». Donc tout était déjà là et ça a facilité les choses.
Tu as toujours vécu de ta musique ?
Depuis pas mal d’années déjà, avec mon groupe.
Ce qui n’empêche que j’ai pratiqué plein de petits métiers, j’ai travaillé à l’assainissement, j’ai été représentant en soutien gorge !!! »

5

Et le voilà reparti avec ce rire tonitruant d’ogre sympathique qui fait partie de son personnage non, de sa personne, car c’est un artiste… et musicien aussi vrai que talentueux, un homme d’une belle simplicité qui suit sa route bien dans ses bottes, guitare en bandoulière (sa plus ancienne date de 1933 !), sans concession, désespérément optimiste et qui ne regrette rien.

Jacques Brachet
Photoscreations.fr
* « Du bonheur en retard (Je m’envolerai – Désespérément optimiste – Jours dans le vent…)
« Laventure continue (Non, je ne regrette rien, Marie, Georgia on my mind, Je l’aime à mourir…)


Charlotte VALANDREY : La fureur de vivre

1
Toulon, fête du livre (Photo Christian Servandier)

Nous étions en 2005.
Je préparais, comme chaque année, le festival du premier film de la Ciotat dont j’étais le directeur artistique.
Comme chaque année, je devais composer un jury et j’avais mon ami Laurent Malet qui avait accepté d’en être président. J’avais aussi demandé à Marie-Dominique Girodet (ex Zidi) avec qui j’étais très ami et qui était productrice (Entre autres de « Pédale douce »). Je cherchais donc d’autres jurés et c’est elle qui me proposa d’inviter Charlotte Valandray. Elle fut l’héroïne de « Rouge Baiser » qui la fit connaîtr puis plus tard, de la série TV « Les Cordier ».
On ne parlait plus beaucoup d’elle mais pourquoi pas l’ajouter au jury ?
J’attendais celui-ci à l’hôte et  la porte d’ascenseur  s’ouvrit sur une fille échevelée qui, sans dire bonjour, me crié que l’hôtel ne lui plaisait pas et qu’elle n’y resterait pas une minute de plus.
C’était alors un hôtel tout neuf que tous les autres jurés trouvèrent très bien. Mais le ton montait, elle menaçait toujours de repartir et comme je ne suis pas particulièrement patient, je lui rétorquai que, n’étant pas Catherine Deneuve, nous nous passerions très bien d’elle.
Voyant que le ton montait, Marie-Do la prit à part et, après un long conciliabule, elle décida de rester.

2 3

Ça commençait bien !
Les premières journées furent un peu houleuses, jouant à cache-cache avec moi, puis avec les photographes et les journalistes dont elle ne voulait pas entendre parler. Il faut dire qu’elle n’y mettait pas beaucoup du sien.
Jusqu’au soir de la remise des prix où nous nous retrouvâmes à table face à face. Et là, premier sourire, excuses et elle me confia qu’elle était désolée d’avoir agi ainsi mais qu’elle était malade et très préoccupée. J’excusais et elle partit le lendemain après qu’elle soit venue me dire au-revoir.
Marie-Do vient me confirmer qu’elle allait mal et que c’était pour ça qu’elle m’avait demandé de l’inviter.
Nous apprîmes par sa voix, à quelque temps de là, qu’elle avait contacté le sida par son compagnon.
Elle lutta comme une lionne, d’autant qu’après ça elle dut subir une greffe dont elle sortit et elle eut même, chose qu’elle n’attendait pas, une fille prénommé Tara. Et cela lui donna une fureur de vivre incroyable.

6 8

A partir de là, sa carrière fut en dent de scie mais elle se mit à écrire, d’abord en racontant tout ce par quoi elle était passée puis, ayant découvert l’écriture, elle sortit plusieurs livres.
Je la retrouvai à  fête du livre de Toulon et ce fut d’heureuses retrouvailles. Chaque fois qu’un de ses livres sortait elle me l’envoyait avec une adorable dédicace.
Nous devions nous retrouver au festival télé d la Rochelle où, avec une partie de l’équipe, elle venait présenter la série qui cartonnait « Demain nous appartient » et nous passâmes une sympathique soirée avec les héros de la série. !
Dernière rencontre, dernières photos : Elle vint, il y a trois ans, jouer avec un autre ami, Christian Vadim « Station Bonne Nouvelle » où tous deux étaient drôles et romantiques à souhait.

4 5

Elle venait de réaliser un vœu, une envie qu’elle avait depuis longtemps : réaliser un disque avec ses propres chansons  intitulé « A tout à l’heure » avec une chanson… Prémonitoire ? « Plus de temps à perdre ». Elle n’aura que le temps de faire un très joli clip avec la reprise de Marie Myriam « L’enfant et l’oiseau ». Une seconde greffe lui aura été fatale.
Aujourd’hui, je n’ai envie de garder que le souvenir de nos jolies rencontres et je garde d’elle quelques derniers mots qu’elle m’a écrits.
Bon voyage, Charlotte

Jacques Brachet
IMG
La seule photo qu’elle accepta à la Ciotat



Alain CHAMFORT, « rockmantic » musicien !

1

50 ans…
Non, ce n’est pas son âge ni le mien puisqu’il et de 1949 et moi de 1946.
Mais ça fait 50 ans qu’on se côtoie et ça a commencé avec Claude François et les disques Flèche en 72.
Il était en tournée avec lui et moi je suivais la tournée en tant que journaliste. Et je travaillais avec Claude sur les chanteurs qu’il produisait. Dont Alain.
Durant toutes ces années, nous nous sommes souvent croisés et rencontrés, reprenant à chaque fois notre conversation où elle s’était arrêtée.
De Clo-Clo à Gainsbourg en passant par Véronique Sanson, Lio, Jacques Duvall, Boris Bergman, Dick Rivers, Jacques Dutronc, Michel Pelay, Etienne Roda-Gil, et bien d’autres, Alain a tracé une carrière originale avec des hauts et des bas, comme beaucoup d’artistes mais toujours là avec de belles mélodies aussi différentes que celles enregistrées chez Flèche (Dans les ruisseaux, signe de vie, signe d’amour, l’amour en France) ou que les chansons écrites avec Gainsbourg (Bambou, Manureva)
Plus musicien que chanteur au départ, il fut dans les chœurs de Séverine pour l’Eurovision, Séverine avec qui il chanta sur scène.
Après le Liberté à Toulon où il est venu chanter en piano-voix, le voici qui reviendra le jeudi 21 juillet à Sanary, sous les étoiles, toujours en piano-voix.
Retrouvailles avec Alain.

2 3

« Comment sera composé ton récital, Alain ?
Je suis en train d’y mettre les dernières touches. Ce sera un mélange de mes anciennes et de mes nouvelles chansons, afin que le public toutes générations puisse y prendre plaisir. Des chansons connues, d’autres moins connues mais je pense que tout le monde s’y retrouvera.
Ton dernier album est tout différent puisque fait avec un orchestre symphonique !
Oui, ça s’est passé durant le Covid. La directrice de l’Opéra de Montpellier m’a proposé de faire un concert avec son orchestre symphonique. Ça a été un long travail de préparation, un travail excitant. Et le concert a été déprogrammé car il devait se jouer le premier jour du second confinement !
Il s’est donc quand même fait sans public. Il y a eu une captation dont on a sorti un DVD puis un double album « live » intitulé « Symphonique Dandy ». Ce concert devait être suivi d’une tournée, tout a été annulé mais nous sommes en train de la remonter pour 2023.
Comment ça va se passer ?
Je jouerai avec à chaque fois l’orchestre symphonique des villes où je passerai, avec un chef d’orchestre qui sera le même sur chaque date. Il n’y aura pas de section rythmique mais des arrangements classiques qui seront en cohérence avec les mélodies.

6

Tu es compositeur et un magnifique mélodiste, tu as travaillé avec beaucoup d’auteurs de talent et, à part pour Claude, tu as écrit pour nombres de femmes : Lio, Jane Birkin, Viktor Lazlo, Dani, Vanessa Paradis, Line Renaud… Pourquoi pas les hommes ?
Parce que personne d’autre ne m’a demandé de chansons ! Tu sais, je ne vais pas proposer mes chansons, ce sont les chanteuses qui viennent m’en demander. Je compose à la demande. Alors si on ne vient pas vers moi, je ne compose pas ! J’ai travaillé avec le groupe Toxic Advanger qui est un groupe électro. Mais pour l’instant je n’ai pas de demandes !
Surprise : tu as enregistré « La décadanse » de Gainsbourg. Inattendu, non ?
(Il rit) oui, nous avons fait ça au départ pour la télé avec Héléna Nogueira. Puis l’idée m’est venue de l’enregistrer. A ce moment-là Héléna n’était pas libre et je l’ai fait avec une jeune chanteuse Mylène Champenoy.
Tu l’as fait de façon originale, d’abord très suggestive et tu as inversé les rôles : ce que chante Gainsbourg c’est Mylene qui le chante et vice-versa !
Oui, j’ai trouvé ça à la fois drôle et intéressant puisqu’aujourd’hui, avec l’évolution de la femme, elle prend de plus en plus le pouvoir il y a plus d’équité et j’ai voulu participer à cet équilibre.
Tu es apparu dans « The voice » en tant que coach avec Jenifer… C’était nouveau pour toi !
Remettons les choses en place : c’est Jenifer qui était le coach et la production a voulu pimenter l’émission en faisant assister les coaches par des invités. J’ai fait partie de ceux-là. Mais ce n’était pas pour coacher. C’était juste une présence, une idée de la prod, qui a été sans lendemain.
Tout petit, tu as été attiré par la musique…
Oui, j’ai appris le piano dès 4 ans et je devais à 12 ans entrer au Conservatoire. Mais alors, j’ai été attiré par d’autres musiques. Nous étions en 62/63, plein de groupes naissaient tout comme d’autres musiques venues d’Amérique. J’ai été attiré par ce milieu où je me sentais plus à l’aise que dans le milieu plus guindé de la musique classique. C’était une autre forme de musique qui m’a beaucoup excité.

9 10

Et pourtant tu reviens aujourd’hui à la musique symphonique !
Oui, j’ai évolué, tout a évolué et comme je compose des musiques plutôt « classiques » beaucoup se prêtent à cet habillage. Grâce à des harmonies plus riches, elles prennent une autre forme et sont mises en valeur.
Pour en revenir à Claude François, c’est lui qui t’a fait chanter…
Pas vraiment. J’avais fait des essais en 68 grâce à Dick Rivers qui avait produit deux ou trois 45 tours de moi dont on n’a jamais entendu parler. Du coup j’ai renoncé et décidé d’écrire pour les autres. C’est la parolière Vline Buggy qui m’a fait rencontrer Claude et Claude entendant ma voix, a décidé de me produire en tant que chanteur. Et l’ai intégré la maison.
En fait, tu n’as pas beaucoup écrit opur Claude.
Non, j’ai dû lui faire deux ou trois chansons dont une qui a une histoire.
Paul Anka, qui avait fait la version américaine de « Comme d’habitude », (« My way »), passe un jour par Paris et vient faire un tour chez Flèche pour trouver des chansons. Il tombe sur une de mes musiques qui lui plait et en fait « Do I love you ». Claude est content mais aussi vexé car il avait refusé la mélodie… qu’il s’est empressé de faire sous le titre « Plus rien qu’une adresse en commun » !
Ça c’est du Claude pur jus ! Que te reste-t-il ce ces années Flèche ?
Des souvenirs très mêlés. C’est un moment de ma vie très hystérique ! Nous enchaînions les galas et les trajets de 500 bornes, il y avait toujours un musicien à remplacer, un costume à changer, enregistrer un disque tous les six mois, nous vivions dans un tourbillon de folie mais c’était malgré tout une époque chouette, excitante. Tu le sais, avec Claude ce n’était pas toujours facile, il pouvait être très désagréable, très jaloux. Mais j’étais à bonne école au niveau exigence.

7 8

C’était plus calme avec Gainsbourg ?
C’était, disons, une autre façon de vivre. Ce qui a été formidable avec lui c’est d’enregistrer en Amérique avec les plus grands musiciens. C’était plein d’énergie, plus affirmé, ça me sortait de la musique de variétés pure et je trouvais des musiciens qui rejoignaient vraiment la musique que je voulais faire. C’était d’une efficacité redoutable. Très rock’n’roll !
D’ailleurs, le premier album que nous avons fait s’intitulait « Rock’rose ». Il n’a hélas pas marché et après ça, Serge s’est fait tirer l’oreille pour retravaille avec moi. Il s’est contenté de m’écrire des textes… Et c’est alors qu’est arrivé le succès de « Manureva ». Du coup on a retravaillé ensemble.
Aujourd’hui, où en es-tu de tes projets ?
On reprend pied après le Covid… enfin, on l’espère. Il y aura donc cette tournée symphonique et là, je suis en train d’enregistrer un nouveau disque avec Jacques Duvall, avec qui je travaille depuis 25 ans et Pierre-Dominique Burgaud.
Avec qui tu avais fait « La vie Saint-Laurent ?
Oui, c’était son idée. C’est un ami qui a un parcours original : il était directeur artistique dans la pub jusqu’au jour où il a tout laissé tomber pour écrire des chansons. Ca a entre autre donné la comédie musicale « Soldat Rose » !
Un jour il me montre quelques textes que lui ont inspirée la vie de St Laurent. Au départ, ce n’était pas un projet forcément évident et « rentable ». Mais en deux ou trois chansons qu’il m’a faites lire, j’ai trouvé qu’il avait réussi à raconter sa vie de manière très poétique avec une possibilité de mettre ces textes en chansons.
Connaissais-tu Yves St Laurent ?

5 4

Pas du tout, je ne l’ai jamais rencontré, je savais bien sûr qui il était mais ça ne me passionnait pas plus que ça. J’ai donc lu des biographies et je me suis rendu compte de ce vrai destin exceptionnel. C’était un personnage emblématique du dernier siècle, de l’après-guerre, qui avait vécu à la même époque que moi, en parallèle, dans des sphères différentes et qu’on aurait pu se croiser. Mais ça ne s’est pas fait.
Je me suis alors rendu compte que son histoire était presque du domaine du roman, son enfance, sa trajectoire, son destin tragique malgré les apparences… Un vrai personnage de roman. Nous l’avons alors traité de la manière qui nous semblait la plus proche de l’idée qu’on s’en faisait ».

Revoilà donc Alain dans « le circuit après covid » comme beaucoup d’artistes, en espérant que « ce mal qui répand la terreur » ne viendra pas, une fois de plus, tout chambouler.
Et que nous nous retrouverons à Sanary pour fêter nos 50 ans d’amitié !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

 




Six-Fours – La Collégiale St Pierre
Jean-Christophe SPINOSI… Le retour, 9ème !

DSC_0069 - Copie

Pour la neuvième année, l’immense musicien, violoniste et chef d’orchestre de l’Ensemble Matheus, investit la Collégiale St Pierre, pour le bonheur des mélomanes, d’autant qu’il vient avec des artistes prestigieux : Philippe Jaroussky, Brigitte Fossey, Andréas Scholl…
Quatre soirées rythmées par les musiques de Vivaldi, Haendel, Mozart, Haydn, Pergolese, qui ont fait collégiale comble pour apprécier le nec plus ultra de la musique sacrée.
Aujourd’hui Jean-Christophe Spinosi est devenu, comme les frères Capuçon, l’ami incontournable de la ville de Six-Fours. Et comme tous ces musiciens dits « classiques », ils ont une simplicité et une humilité dont toutes ces pseudo-stars nouvelle génération pourraient prendre exemple.
Jean-Philippe, que l’on retrouve avec plaisir au bord de l’eau et qui, malgré quelques problèmes, car sa femme s’est cassé le poignet alors qu’elle devait être dans l’orchestre, vient nous parler du programme qu’il nous a concocté… avant de consommer une magnifique daurade !

DSC_0035 DSC_0005

« En voici un que l’on n’attendait pas à la Collégiale, lui qui joue dans le monde entier dans des salles immenses : Philippe Jaroussky
Philippe, je l’ai auditionné alors qu’il débutait. Il avait 19 ans. J’ai tout de suite été admiratif de cette voix unique au monde et ça a très vite collé entre nous. Nous avons presque le même âge, nous avons presque débuté ensemble et des liens indissociables se sont créés entre nous. Nous avons en fait grandi ensemble, c’est un compagnon de jeunesse, nous avons très vite fait de nombreux concerts, de nombreux disques. Mais là, ça faisait à peu près dix ans que nous n’avions rien fait ensemble. Ce concert, composé de « Serse » de Haendel et « Orlando et Olimpiade » de Vivaldi est une avant-première et nous allons faire une tournée.
Jouer avec le plus grand contre-ténor du monde, qui plus est un ami, est un grand honneur et un grand bonheur.
Sa voix est unique mais avec une telle voix, y a-t-il, en dehors du baroque, un répertoire assez large ?
Pas « assez » mais « très » large car c’est une voix qu’il module et il peut chanter de nombreuses choses auxquelles on ne pense pas à priori. Ce n’est pas qu’une voix baroque mais une voix contemporaine. La preuve en est des chanteurs comme Jimmy Sommerville, les Beach Boys, et même M. Ce sont des voix de falcetto, en français « de fausset » , des voix qui font résonner les notes dans la tête et non dans la poitrine et qui peuvent monter très haut dans l’aigu.

Et puis il y a au programme « La messe en ut de Mozart »
C’est une œuvre colossale où l’on découvre tout l’art et le génie de Mozart. C’est une musique qui sonne comme un opéra et Milos Forman, dans son film « Amadeus » en a fait un chef d’œuvre. Bien qu’inachevée, cette messe est le ciel de la musique, c’est fort en émotion. Je ne l’avais encore jamais jouée.

DSC_0018 DSC_0075

Et voici encore une artiste inattendue : Brigitte Fossey !
Bigitte Fossey, je connaissais la grande comédienne qui, depuis « Jeux interdits » où elle était une enfant, est devenue la grande artiste que l’on sait. Nous avions failli travailler ensemble  sur « La flûte enchantée » de Mozart mais cela ne s’est pas fait et je ne l’ai pas rencontrée.
Et puis, j’ai appris, en lisant une interview d’elle, qu’elle avait voulu mettre en scène un opéra de Rameau. Cela ne s’était pas fait non plus mais elle disait que, si ç’avait été le cas, c’était avec moi qu’elle aurait voulu le faire !
Lorsqu’on a envisagé de mettre au programme « Les sept dernières paroles de Christ en croix » sur la musique de Joseph Haydn, j’ai pensé à elle. Je l’avais déjà monté avec Michaël Lonsdale, Daniel Mesguish et un certain Mathieu Spinosi comme récitant. Et je me suis dit pourquoi pas une femme ?
Et revoici un contre-ténor : Andréas Scholl
Oui, j’ai fait appel à lui car fut le professeur de Philippe Jaroussky. Andréas Scholl, est une légende, qui fait avec sa voix de falsetto, des choses incroyables, que l’on a du mal à imaginer. Il a interprété avec maestria Bach, Scarlatti, Purcell, Gluck, Haendel et pour cette soirée ce sera Vivaldi et Pergolèse
Voilà comment j’ai construit cette saison.
Côté disques, as-tu des projets ?
J’ai deux projets mais il est difficile d’en parler car ceux-ci peuvent se modifier mais un disque est prévu pour 2023 et je pense qu’il sera au programme de la Collégiale l’année prochaine.
J’ai un autre projet, celui d’un coffret opéra qui, lui, devrait sortir en 2024.
Mais on en reparlera !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Programme
16 juillet : Messe en ut de Mozart par l’ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi
18 juillet : « Le sept dernières paroles du Christ en Croix », musique de Haydn, par l’ensemble Matheus. Récitante : Brigitte Fossey
20 juillet : « Stabet Mater » de Pergolèse – « Cantate Cessate Omai Cessate » de Vivaldi par l’ensemble Matheus et Andréas Scholl, contre-ténor


Salut l’artiste !

1

Curieux hasard que celui qui m’a fait connaître Jean-Louis Trintignant en Ardèche et que j’ai appris sa disparition alors que j’étais chez moi… en Ardèche !
J’ai connu deux immenses comédiens le même jour, en mars 74 sur le tournage du film de Robert Enrico « Le secret » qui se tournait en Ardèche. C’étaient Jean-Louis Trintignant et Philippe Noiret.
Il se trouve que, tout en vivant à Toulon, je suis Ardéchois et que tout en vivant à Paris, Robert Enrico était Toulonnais. Je ne le connaissais pas mais avais des relations de travail très amicales avec son frère, Walter, qui était président de l’Office de Tourisme de Toulon. Me sachant très attaché à mon Ardèche, il m’annonce un jour que Robert va tourner son film tout à côté d’Antraigues, fief de Jean Ferrat, au château de Craux. Coïncidence, mon petit village est à mi-chemin entre Craux et Antraigues : quatre kilomètres.
Aussitôt Walter me met en rapport avec son frère qui est tout à fait enchanté de recevoir sur son tournage un Toulonnais qui plus est Ardéchois !

3 2
Nous voici donc partis, mon copain photographe Jean-Pierre et moi pour une semaine et, sitôt posées nos affaires chez moi, nous nous pointons au château où Robert nous reçoit avec chaleur et gentillesse.
De la chaleur, il en fallait car, étant en mars, l’hiver se prolongeait et la neige, qui n’était pas prévue au programme, s’installait lourdement dans les champs alentours et sur le toit déjà pas mal défoncé du château. Heureusement, dans l’une des salles où l’on pouvait encore aller, une immense cheminée d’Antan, nous permettait de tous nous retrouver autour d’un bon feu, entre deux prises les pieds dans la neige.
Il y a déjà trois semaines qu’ils tournent et on sent une véritable complicité entre les deux comédiens. Jean-Louis, le regard bleu, la discrétion faite homme, la classe malgré un vieil imperméable fripé qui a vécu (rôle oblige !) et qui nous offre un merveilleux sourire dès que l’on discute ensemble à bâtons rompus, entre deux scènes. Deux sujets le passionnent : le cinéma, les voitures. Il est intarissable sur les deux !
Philippe Noiret, le visage bougon sous un feutre qui a aussi ses années de service, a le verbe haut, toujours prêt à lancer un bon mot et déridant l’équipe dès qu’elle est un peu soucieuse. Il faut dire qu’elle peut l’être car le plan varie avec le temps : on est en extérieur : il pleut ou il neige. Le soleil arrive : c’est un plan prévu à l’intérieur : Robert jongle donc avec le temps et… le temps qui passe !
Mais entre les deux comédiens tout se passe bien Ils parlent, ils rient, Noiret envoie des vannes qui font rire Jean-Louis. Il rira moins lors d’une scène où il doit monter, sac à dos, une pente assez raide et arrive en haut suant à grosses gouttes : Noiret lui a tout simplement ajouté quelques pierres dans le sac !
L’ambiance est donc au beau fixe et je mets du temps à me décider à interviewer mes deux artistes tant il est un vrai régal de les voir se renvoyer la balle d’un fauteuil à l’autre, l’un balançant des vannes de sa voix de stentor, l’autre, répondant en demi-teinte avec un humour quelque peu anglais… Sublime !

4 5

Il est vrai qu’alors Noiret et Trintignant sont les stars du cinéma français. Tous deux ont mis du temps à le devenir car à l’époque, Noiret, avec vingt-trois ans de carrière derrière lui, dont une grande partie au théâtre n’était reconnu au cinéma que depuis quatorze ans. A quelque chose près, le cas était le même pour Jean-Louis et chacun le prenait à sa manière :« Aujourd’hui c’est vrai – m’avoue Jean-Louis – je fais partie, avec Delon et Belmondo, des trois comédiens auxquels on pense systématiquement, pour tout ou rien. C’est quelque chose qui m’échappe totalement et je ne veux d’ailleurs pas en tenir compte. Disons que l’intérêt premier est que ça me permets de pouvoir choisir mes rôles et de pouvoir aider de jeunes réalisateurs qui, sans un nom, ne pourraient faire leur film. Mais pourquoi, à un certain moment, ne voit-on plus que par vous alors que d’autres, aussi méritants, sont sur la touche… Peut-être, d’ailleurs, que je le serai à mon tour dans quelque temps !

10 11
« Une affaire intime »

Je suis un vieil acteur qui a déjà derrière lui quelque 60 films. J’ai été assez mauvais durant quelques années, j’ai fait pas mal de films médiocres mais je crois que j’ai fait beaucoup de progrès dans ma façon de jouer…et de choisir mes films avec plus de discernement. Mais j’ai toujours été un lent et je crois qu’il arrive à tout acteur, à un moment, d’avoir une période où il est formidable. A force de se fouiller on y arrive mais ensuite, il faut savoir s’arrêter de fouiller car on devient obsédé par son métier, son image et on redevient mauvais.
A un moment, vous êtes passé à la réalisation. Pourquoi ?
 J’ai d’abord tourné parce que j’avais un sujet dont personne ne voulait et puis ça m’a plu, vraiment. Mais pour l’instant, je ne suis pas une garantie en tant que réalisateur et c’est donc difficile. J’ai des projets et l’intérêt pour moi d’être réalisateur est de pouvoir employer des comédiens que j’aime, même si ce ne sont pas des stars. Malheureusement, les producteurs ne sont pas toujours de mon avis ! »
Et le théâtre, dans tout ça ?
Voilà deux ans, depuis « Hamlet », que je ne suis plus monté sur une scène, le cinéma me prend tout mon temps. Même si le soir je suis libre, je ne peux faire deux choses à la fois. Lorsque je joue au théâtre, je me prépare toute la journée. C’est quelque chose de terrible. Si je ne fais pas ça, je ne peux arriver en forme sur scène… Peut-être parce que je ne suis pas doué ! Mais c’est plus fatigant car au théâtre il faut s’extérioriser alors qu’au cinéma c’est un travail plus intérieur. Cela me plait beaucoup ».

13 14
Marie avec Jean-Luc Battini à la Seyne – L’équipe de « Trois couleurs : rouge » à Cannes

Ainsi passèrent les années et des rencontres avec ces deux superbes personnages émaillèrent ma vie de journaliste. Un moment qui, aujourd’hui est devenu très émouvant : ma rencontre avec Marie Trintignant. Elle n’était pas alors très célèbre et – allez savoir pourquoi ? – elle était venue créer une pièce de théâtre « Les nuits blanches » à la Seyne sur Mer. Ce ne fut pas un succès mais l’occasion de rencontrer cette fille superbe, magique, au regard chavirant. Je l’avais rencontrée une fois au Festival du Jeune Cinéma et là, ayant vu Jean-Louis quelques temps auparavant, il m’avait demandé de m’occuper un peu d’elle, d’essayer de faire parler de cette création dans la presse. Ce que je fis volontiers. Marie était une personne discrète, secrète, qui ne se livrait pas mais qui vous fixait lorsque vous lui parliez et qui avait un sourire à tomber par terre. Des liens se tissèrent, même s’ils étaient silencieux et elle accepta de venir présenter un film de sa mère où elle jouait aux côtés de Vincent, son petit frère, lorsque j’organisais les journées « La femme et le cinéma ». Cela reste aujourd’hui, avec quelques photos, de jolis souvenirs et l’on ne peut qu’être désolé de ce qui est arrivé à cette belle comédienne prometteuse encore de grands moments de cinéma. Mes pensées vont à Jean-Louis bien sûr mais aussi à Nadine, qui était aussi venue à une soirée que j’avais organisée avec Marie et Alain Corneau.
Je rencontrai encore Jean-Louis qui, sur ma demande, avait bien voulu venir présenter, avec l’ami Brialy « Le maître-nageur » qu’il avait réalisé, puis à Marseille où il était venu présenter « La banquière » avec Francis Giraud, à St Maximin où il tourna pour la télé « La controverse de Volaloïd »

12 20
Daniel Mesguish, Jean-Louis Trintignant -Francis Giraud à Marseille pour « La banquière »
« La controverse de Valaloïd

Et puis nous passâmes un mois ensemble à Hyères pour le tournage de « Vivement dimanche » où il était heureux de tourner pour la première fois avec Truffaut. A ce propos, ils avaient des idées divergentes sur leur rencontre :
« Truffaut : Il y avait très longtemps que je voulais tourner avec Jean-Louis mais jamais je n’avais un rôle pour lui dans mes films…
– Trintignant : C’est totalement faux car tous les rôles que vous avez joué dans vos films… j’aurais pu les jouer et certainement mieux que vous !!! »
Tout cela s’était terminé dans les rires.
C’est grâce à Jean-Louis que je pus rester près d’un mois sur le tournage. Ne connaissant ni Truffaut ni Fanny Ardant, je lui avais demandé d’intercéder auprès du réalisateur pour pouvoir assister au tournage. Ce qu’il fit avec une gentillesse extrême.
On notera au passage que les deux compères se vouvoyaient. Ce qui semblait bizarre dans ce monde où l’on s’embrasse et se tutoie si facilement. Il faut dire que Truffaut vouvoyait aussi Fanny Ardant et que Jean-Louis s’était plié à ce rite. Je précise également que, malgré nos liens amicaux, nous nous sommes toujours vouvoyés, Jean-Louis et moi.
« J’ai eu une éducation bourgeoise, je suis donc ce qu’on appelle un homme bien élevé et le vouvoiement m’est familier. Je suis calme, réservé, j’attends souvent que les gens viennent vers moi. Mais je puis être aussi têtu et très persuasif si quelque chose me tient à cœur. Et lorsqu’on est poli, on obtient souvent ce qu’on veut ! »
Trintignant, c’était l’antistar personnifiée. Il n’aimait d’ailleurs pas ce mot et préférait à celui-ci les mots comédien, artiste, acteur ainsi que deux mots clé : talent, chance. Il avait, par contre, horreur de se voir, ne serait-ce que dans une glace :

7 8
6 9

« Je ne me supporte pas à l’écran, je suis prévenu contre moi-même. Je me méfie des miroirs qui sont souvent trompeurs et d’ailleurs, je ne me regarde même plus dans une glace. Dans ce métier, l’on peut devenir très vite exhibitionniste et mégalomane… lorsqu’on ne l’est pas déjà au départ ! Un acteur passe son temps à se chercher, c’est un besoin. Le danger de trop se regarder est que ça fausse souvent le problème… Ce qui ne m’empêche pas de me trouver formidable dans certains films. Je le dis en toute simplicité parce que je pense que ce n’est pas que grâce à moi ! »
Il me tenait ces propos au Festival de Cannes 94 alors qu’il était venu présenter « Trois couleurs : rouge » de Krzyztof Kieslowski.
Puis il se calma côté cinéma, le théâtre reprit ses droit et nous nous revîmes donc beaucoup moins, sauf lorsqu’il était de passage en tournée et qu’il se plaisait à dire qu’il était un artiste provincial. Je ratais hélas, son passage à Marseille avec Marie et je le regrette. Nous nous revîmes encore au festival de Ramatuelle puis au Théâtre Liberté à Toulon.

15 16
Avec Clémentine Célarié à Ramatuelle – Avec… re-moi !

Dernière rencontre
En ce dimanche 11 octobre 2020, Jean-Louis  passait au Liberté de Toulon où, avec Charles Berling et deux musiciens, il nous offrait un grand moment de poésie.
On retrouvait cette voix, reconnaissable entre toutes, toujours si posée, si feutrée, si apaisée, malgré le choc de le retrouver sur un fauteuil roulant et sachant qu’il perdait la vue.
Mais aussitôt qu’il parlait, la magie opérait, nous faisait un bien fou, nous emportait par sa douceur, son humour aussi, curieux contraste avec la fougue, la grandiloquence de Charles Berling.
Cela me rappelait le tournage du film «Le secret» où j’ai eu la chance de partager de sublimes moments avec lui, toujours très détaché, souriant, serein et balançant un trait d’humour très anglais avec un petit sourire narquois vers Noiret qui, gros ogre à la voix puissante, en faisait des tonnes pour raconter des histoires. Moments de charme, de plaisir que je garde précieusement en tête.
Et là, je retrouvais la même situation avec les deux personnages si diamétralement opposés que sont Jean-Louis et Charles

18 17

D’abord, Jean-Louis qui, vue la situation, ne pouvait lire les textes qu’il disait, de la Fontaine à Baudelaire en passant par Prévert. C’était toujours juste, intime, malicieux, que ce soit dans la poésie pure ou dans l’humour, en passant par le tragique et l’absurde. A ses côtés, Charles crie, vociférait, se démenait sur de longs textes qu’il lisait, qu’il criait, trop peut-être, surtout en comparaison avec cette sérénité qui se dégageait de son compère.
Entre le calme de l’un et l’excitation de l’autre, il y avait une sacrée différence.
Un grand  moment d’émotion lorsque, le rideau se fermant, Trintignant nous dit les beaux mots de Ferré «Que sont mes amis devenus» et qu’il entama une longue litanie des êtres chers qu’il avait perdus, Marie bien sûr, Marcello, Serge Marquand et tant d’autres qui sont hélas la triste réalité des personnes qui atteignent ces âges et voient un à un partir ceux qu’ils aiment.
Mais le revoilà disant «Le déserteur» de Boris Vian si magnifiquement chanté entre autres par Mouloudji et qu’après avoir dit :
« Prévenez les gendarmes, que je serai sans arme et qu’il pourront tirer», un silence et il ajoute : «Prévenez les gendarmes que je serai en arme… et que je sais tirer»
Ovation d’un public totalement sous le charme et l’émotion d’un comédien exceptionnel, qui nous a offert un moment suspendu, hors du temps. Un moment rare qui restera dans nos souvenirs.
Souvenirs, pour moi, de rencontres magiques, pleines de courtoisie, d’intelligence, de simplicité, d’humour…
Salut l’artiste !

19

Jacques Brachet

 





Six-Fours – Nuits du Cygne
Renaud CAPUCON : Passion, émotion, transmission

10

Et revoilà Renaud Capuçon, de retour à la Maison du Cygne où, comme l’an dernier, il nous offrait un magnifique concert accompagné par le jeune virtuose Guillaume Bellom au piano.
Un concert différent de l’an dernier puisqu’il nous proposait trois sonates pour violon et piano, de Robert Schumann, de Johannes Brahms et de César Franck.
Un concert très intime devant un public attentif. Mais peut-être un concert un peu linéaire dans lequel il manquait un zeste de fantaisie, un peu de punch, d’énergie, même si, comme à chaque fois, ces sonates étaient magistralement interprétées.
Par contre, le final fut très émouvant avec la sublime « Méditation de Thaïs » de Massenet et retour avec le « Clair de Lune » de Debussy, qui fut aussi, coïncidence, le final de Nemanja Radulovic et Laure Favre-Kahn.
Un Renaud Capuçon toujours inspiré, concentré, les yeux fermés…
Du grand art.

7 8
9

Je devais les retrouver le lendemain où ils recevaient des élèves du conservatoire puis Renaud m’offrit un joli moment d’entretien.
Souriant, réservé, il sait partager sa passion, qui fait partie de son crédo : Passion, émotion, transmission.
Avec Guillaume Bellom, tous deux répondirent aux nombreuses questions de ces élèves, musiciens en herbe, avec gentillesse, patience et joie de pouvoir partager avec eux ce moment de connivence. Moment qui se termina par un extrait d’une œuvre de Bach très enlevée, comme on aurait aimé en entendre lors de leur récital. Des écoliers leur offrirent une chanson que Renaud filma.

1

Puis c’est avec une extrême gentillesse que nous bavardâmes sur un banc de ce magnifique jardin.
« C’est un bonheur – m’avoue-t-il – que de jouer dans ce lieu où l’on se sent bien, où la musique peut s’exprimer de façon naturelle et d’être accueilli par des gens qui aiment l’art. On le ressent et on a envie d’y revenir.
Ce qui sera le cas ? Puisque vous et votre frère semblent être devenus des membres honoraires, vous deux fois, lui, trois fois dans quelques jours !
(Il rit) Non, nous ne sommes que des invités qui ont du plaisir à retrouver ce lieu. Et bien sûr que si l’on m’invite, je reviendrai avec plaisir !
Vous êtres déjà responsable de deux festivals !
Oui, celui du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence et celui de Lausanne dont je suis chef de l’orchestre de chambre.
Vous en aviez créé un près de chez vous…
Oui, à Ravoire, près de Chambéry où je suis né. Mais c’est terminé.
Vous avez écrit, juste avant le Covid, un livre de souvenirs et vous avez sorti un double CD « Un violon à Paris » (Erato). Parlons-en !
Le livre, intitulé « Mouvement perpétuel » (Flammarion) est à la fois un livre de souvenirs car j’ai vécu beaucoup de beaux événements et de rencontres de gens à qui je voulais rendre hommage. C’est un livre qui retrace mon parcours de mes débuts jusqu’à mes 45 ans et qui s’adresse entre autre aux gens qui ont envie de faire ce métier. Pour leur dire que lorsqu’on a du talent ce  n’est pas tout, il faut un travail acharné pour en arriver là, beaucoup de passion et de chance. C’est ce que j’ai dit à tous ces gosses qui rêvent de faire ce métier mais qui ne se fait pas avec facilité.
J’ai adoré ce moment de rencontre avec ces enfants et je me dis que, parmi eux, s’il y en a deux ou trois qui continueront, c’est gagné. Je suis très épris de transmission.

3 4

C’est d’ailleurs l’un des mots de votre crédo : Passion, émotion, transmission…
Oui, on ne peut faire ce métier sans passion, il faut qu’elle soit omniprésente. L’émotion c’est ce qui rythme notre vie d’artiste et pas seulement mais c’et la musique qui me procure cette émotion. La transmission, c’est ce que nous avons fait ce matin et ce que je fais dès que cela est possible.
Vous leur disiez d’ailleurs, que jeune, vous n’étiez pas bon. Mais quand même, un 1er prix de musique et un premier prix de violon à 17 ans et très vite vous avez joué avec des pointures comme Nicolas Angelich, Hélène Grimaud…
Oui, mais c’est grâce à beaucoup de travail et de persévérance. On n’arrive pas à une carrière sans cela. Et c’est tous les jours une remise en question pour devenir meilleur.
Pour en revenir à votre livre qui s’intitule « Mouvement perpétuel », avez-vous joué ce morceau dingue à jouer de Paganini ?
Oui, lorsque j’étais jeune. Mais ça me fait penser que depuis je n’y ai plus touché. Peut-être faudrait-il un jour que j’y repense.
Par contre, ce n’est pas qu’à lui que j’ai pensé mais aussi au poème éponyme d’Aragon, mais encore au mouvement perpétuel d’une montre.
Et chose drôle, un mois après la sortie du livre, il y a eu le Covid qui a tout arrêté ; en terme de mouvement perpétuel c’était un peu raté !
Pareil pour le disque ?
Alors là, non. Il s’est fait durant le Covid. Ne pouvant jouer sur scène, tous les soirs je jouais un morceau en direct sur les réseaux sociaux, durant 56 jours. Ce double album est ainsi  formé de titres que je jouais soir après soir avec Guillaume Bellom.

5 6

Vous dites ne pas simplement aimer la musique classique mais LA musique en général. On s’en aperçoit avec ce dernier disque où se côtoient Haendel et Chaplin, Chopin et Morricone, Tchaïkovski et Grapelli…
Oui, bien sûr, il y a plein de musique que j’écoute et que j’aime. Je les traite de façon classique car les mélodies sont belles et intemporelles, sans tomber dans le populisme, en restant naturel, en restant soi-même. Je ne veux pas être un musicien qui regarde de haut parce qu’il joue de la musique classique. Si la musique est bonne, on peut naturellement la jouer.
Justement, c’est pour cela qu’on vous retrouve sur le concert des Enfoirés ?
Justement, c’est parce que Jean-Jacques Goldman me l’a demandé et qu’étant amis, je ne peux pas dire non. D’autant que cette année j’ai joué en duo avec Catherine Lara et c’était très symbolique d’une rencontre de deux générations.
De plus, Catherine a du talent et est une femme très sympathique.
Mais là, comme pour Johnny, je fais que jouer ce que j’aime, ce que je ressens. Je suis toujours guidé par l’émotion, par le partage.
Vous aimez nombre de compositeurs. Auxquels vont vos préférences ? Et comment les choisissez-vous lorsque vous créez un nouvel album ?
A part Bach, qui est peut-être mon préféré, j’aime aussi Schubert, Mozart, Beethoven… Tout dépend des moments, ça se fait de façon naturelle, suivant mes états d’âme, mes rencontres. Un disque se fait sur une rencontre, une envie…. Par exemple, je travaille avec l’orchestre de Lausanne et mon inspiration s’est cristallisée sur « Les quatre saisons » de Vivaldi qui sera mon prochain album. J’y ajouterai deux concertos que j’ai découverts, signés du Chevalier de St Georges.
Par contre, il y a des compositeurs que j’aime mais que je laisse à d’autres qui les jouent mieux que moi.
Vous êtes issu d’une famille de musiciens, il y a vous et Gautier…
Ma sœur qui est pianiste non professionnelle et orthophoniste !
A quand une rencontre à Six-Fours avec Gautier ?
Pourquoi pas ? Nous avons beaucoup joué ensemble. Pour le moment chacun fait sa route mais tout reste ouvert. On ne joue pas par opportunisme, pour faire un coup, même avec lui, il faut une rencontre, une envie de partager une œuvre… Le temps nous le dira ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet


Alexandre BRASSEUR troisième génération !

1

Alexandre BRASSEUR : Additionne (Ed Plon – 217 pages)
Dans la famille Brasseur, donnez-moi le grand-père, Pierre, le père, Claude, le fils, Alexandre. Alias Espinasse.
Et y ajoutez-y la grand-mère, la comédienne et écrivaine Odette Joyeux.
Une famille de comédien donc, dont chacun, à part Pierre, sera dans le métier « le fils de… ». Il fallait donc pour les deux derniers se faire un prénom à l’ombre immense d’un monstre sacré.
Et ils l’ont fait !
C’est ce que nous raconte Alexandre Brasseur dans ce livre co-signé par Mathieu Souquière « Additionne ». Le titre vient d’un conseil que Georges Wilson a donné à Claude à ses débuts, pour lui faire comprendre que dans ce métier, comme dans tant d’autres, il faut additionner les expériences, les rencontres, les rôles, même s’ils ne sont pas de premier plan ou qu’ils ne sont les meilleurs, les joies, les déceptions, et ne jamais baisser les bras.
Etre « le fils de… » n’est pas toujours facile, peut être un fardeau ou un handicap mais volonté, talent, envie… s’additionnant, on y arrive. La preuve.
Claude voulait devenir journaliste. C’est la grande comédienne Elvire Popesco qui l’en a dissuadé. Et comme l’envie n’était pas loin, il a suivi son père en tant que « spectateur clandestin » dans les coulisses des théâtres, sur les plateaux de tournage. C’est là, dit-il, qu’il a appris son métier.
Enfance ballotée, comme le fut son père, par une famille qui ne pensait plus qu’à son métier que d’élever un enfant. Ce qu’il réussira à faire lui-même avec ses enfants.
Le pensionnat, le handicap d’être, comme il dit « 1/3 dyslexique, 2/3 cancre, 100% déconneur »,  plus des situations familiales quelquefois compliquées, auraient pu le faire mal tourner mais la passion du théâtre, du cinéma, puis de la télé et le goût du travail apporté par son père, ont fait qu’il peut porter haut le nom des Brasseur. Nom qu’il a partagé sur scène dans un Guitry « Mon père avait raison », si justement nommé. Ce qui, alors que son père n’était pas avide de compliments et de mots de tendresse, fit dire à celui-ci lors de la dernière à Ramatuelle, au lieu de « Regarde-moi, Maurice, je te jure que je suis heureux », changeant le prénom de Maurice à celui d’Alexandre.
Un très beau et très émouvant livre de souvenirs, mais pas que, mais le témoignage d’une saga hors du commun qui a traversé trois décennies car s’entremêlent trois époques, chacune marquée par un Brasseur, riche en anecdotes, un livre, comme le dit très justement Alexandre, de « passeur de mémoire ».

2 3

Rencontres
J’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Claude Brasseur, sa maman Odette Joyeux, comédienne, réalisatrice, écrivaine, femmes infiniment charmante, talentueuse, remarquablement intelligente, pleine d’humour. Ce fut à presque la fin de sa vie dans sa maison de Grimaud. Enfin, avec Alexandre, on se retrouve presque chaque année au festival TV de la Rochelle, où avec quelques comparses de « Demain nous appartient » nous avons toujours un moment d’entretien.
Bien sûr, je ne pouvais attendre septembre pour évoquer ce beau livre.
Je le surprends au téléphone en train de faire du footing sur des chemins de Bretagne où il tourne un « Meurtres à… Pont aven » avec Stéphane Freiss.
« Alexandre, lorsqu’il y a déjà deux Brasseur célèbres, est-ce qu’on hésite à être le troisième ?
Je n’ai pas vraiment hésité, je ne me suis pas vraiment posé la question. J’ai vécu dans un monde d’art et j’aime l’art sous toutes ses formes et pourquoi ne pas être comédien. Mon éducation silencieuse m’a fait découvrir, l’art, le Français et la philo, m’a ouvert le champ de la littérature et m’a très vite rattrapé. Et puis, suivre mon père sur des tournages ou dans les coulisses de théâtre ne pouvait pas me déplaire. Tout cela je le dois à mon entourage puisque tout le monde exerçait des métiers artistiques.
Ne leur en avez pas voulu de penser plus à leur métier qu’au petit garçon que vous étiez, qu’on vous mette en pension…
Mais pas un seul instant ! D’abord parce que mes parents m’ont aimé et même s’il y avait des histoires entre eux, ça ne me regardait pas. Sans compter que le pensionnat, même si ce n’est pas toujours drôle, c’est une école de la vie. Et j’ai toujours considéré le verre à moitié plein que le verre à moitié vide ! Je ne me suis jamais plaint, je ne me suis jamais senti blessé, triste et je suis heureux d’avoir vécu tout ça. Ca a construit l’homme que je suis aujourd’hui. Ma vie est une addition mais une addition joyeuse de ce que j’ai vécu. Grâce à ce cheminement, je me suis forgé mon autonomie. Je n’ai pas eu besoin de psychothérapie. Et je précise que ce livre n’en est pas un règlement de compte, loin de là !. C’est juste l’envie de parler de gens formidables, qui ont vécu des choses formidables et avec qui j’ai vécu des choses formidables. Et je pense que mon bouquin est un livre lumineux.

4 5
Claude Brasseur, magnifique Clemenceau

Vous parlez superbement de votre grand-mère qui a beaucoup participé à votre vie artistique et culturelle…
C’était une femme magnifique, une femme moderne qui avait une incroyable culture. Mon premier choc, je le lui dois, lorsqu’elle m’a amené à la fondation Maeght. Elle adorait l’art sous toutes ses formes et m’en a fait beaucoup profité. Aujourd’hui c’est grâce à elle que j’aime l’art.
C’est pour cela qu’aux photos souvenirs, vous avez préféré illustrer chaque chapitre de dessins ?
Exactement. Tous les livres de souvenirs d’artistes sont illustrés de photos que tout le monde connaît. J’ai trouvé intéressant de présenter ces belles œuvres couleur indigo, signées Cécile Pagès, que nous avons choisies ensemble.
Comment s’est passée cette collaboration ?
J’aimais ses dessins, ses couleurs, je lui ai proposé de collaborer à mon livre, ce qu’elle a accepté. Après quoi, je lui proposais de lire chacun des chapitres et l’on discutait de ce que à quoi je pensais, à ce qu’elle imaginait et ça c’est fait au fur et à mesure. Nous avons même changé des chapitres de place et choisi cette couleur bleue, qui était la couleur préférée de ma grand’mère et la mienne, avec le jaune.
Du coup, pour la couverture du livre, j’ai voulu qu’elle soit dans le même esprit… bleu !
Je crois que ce qu’elle a fait me ressemble. Nous avons une même interprétation de l’art.
Je voulais surtout que le livre soit aussi original, qu’il puisse durer sur la longueur, qu’on ait envie de le reprendre, qu’on puisse en retrouver une trace plus tard.
J’ai lu avec émotion cette dernière de votre spectacle à Ramatuelle où vous jouiez avec votre père « Mon père avait raison ». Et je pourrais dire : j’y étais !
Ah bon, vous étiez là ?
Oui, c’était très émouvant, même si alors, je ne savais pas ce qu’il vous avait dit. Mais on sentait la connivence, la complicité… l’amour.
Ça me fait plaisir que vous disiez cela car c’est l’un des plus moments de ma vie avec mon père. Il y aussi celui où nous nous sommes retrouvés tous les deux sur un bateau à Fréjus. Là, sur l’eau, j’avais mon père rien que pour moi.

7 6

A propos de mer, votre grand’mère vivant à Grimaud, c’est un endroit que vous connaissiez bien… Et vous êtes parti à Sète !
Oui, j’ai beaucoup aimé Saint Tropez à cette époque. Moins maintenant. Sète, j’y étais allé quelquefois car mes parents y allaient. Le hasard a fait que je suis venu y jouer pour la série « Demain nous appartient ». Depuis le temps, j’ai appris à la connaître, à l’aimer et, ayant un peu marre de Paris, j’ai décidé d’y installe ma famille. Je garde un pied à Paris car, quoiqu’on dise, le métier se fait toujours là.
« Demain nous appartient a fait que vous êtes devenu un héros populaire…
Un héros est un bien grand mot car en fait je joue le rôle d’un homme ordinaire, que je ne considère pas très marquant. Mais l’on me fait jouer tellement de choses différentes que ça a un peu rudoyé mon imagination !
Avez-vous votre mot à dire ?
Non, je laisse travailler les scénaristes, je ne suis qu’interprète, je ne participe pas aux scénarios. Mais comme l’équipe s’entend bien, de temps en temps, je propose quelque chose, que les scénaristes prennent ou pas. Mais ils écoutent.
Allons-nous vous retrouver en septembre au festival de la Rochelle ?
Pourquoi pas, si l’on m’y invite ! C’est toujours un plaisir d’y passer et de retrouver le public et plein de connaissances. »

 1M - Copie
Avec Cécile Bois à la Rochelle

Alors rendez-vous est pris… On se retrouve à la Rochelle !
Propos recueillis par Jacques Brachet