
Elle est médecin généraliste… Mais pas que…
Elle est adjointe à la santé de la ville de Six-Fours… Mais pas que…
Elle est aussi une femme de cœur, de passion, d’humanité, d’empathie, qui ne cesse de s’intéresser aux autres, tant en femme politique, qu’en femme médecin… Qu’en femme tout court.
Grâce à elle « Octobre Rose » est devenu une grande fête pour les femmes soignées du cancer ou en rémission. Grâce à elle, « Le bus du cœur » est devenu un passage incontournable, grâce à elle de nombreux médecins et spécialistes sont venus s’installer à Six-Fours, pour ne citer que ces trois exemples majeurs.
Et elle nous l’a encore prouvé en partant en Inde pour remettre à une gamine de neuf ans qui a perdu une jambe, une prothèse qui va changer la vie de cette gamine prénommée Radika.

« Le but n’était pas d’apporter et appareiller la prothèse et ne plus rien faire. Le but était aussi d’apporter un suivi jusqu’au moment où Radika sera pré-autonome.
Quelle a été sa réaction ?
Ça a été une immense joie pour elle. Elle avait une prothèse très lourde qu’elle était obligée de tenir en permanence, ce qui l’empêchait de jouer. Elle devait rester assise en permanence. Et dès qu’on lui a mis la prothèse, elle a été immédiatement à l’aise, après quelques pas, elle a tenu toute seule et le lendemain elle était à l’école, Deux jours après elle dansait lors d’une grande fête organisée pour nous, elle a fait du toboggan, shooté dans un ballon. Elle avait tellement rêvé de ce moment qu’instinctivement elle a fait tout ça sans rééducation, tout naturellement, avec un sourire lumineux.
Pas besoin de mots, on n’avait qu’à voir son visage, sa joie, son sourire rayonnant.
Raconte-nous la genèse de cette aventure.
J’ai rencontré Martine Ackerman, résidente monégasque, qui a fait le tour du monde avec mari et enfants. Elle est allée en Inde où elle a eu un choc en découvrant la misère. Dans ce village, elle a rencontré le chef qui avait la volonté de créer une école pour les filles alors qu’elles n’étaient pas du tout scolarisées et de plus, dès la naissance, elles étaient promises à des mariages arrangés.
Le chef avait des terres, il a mis à disposition un terrain pour construire cette école, avec des professeurs, des cuisinières, les gens de ménage.
Ta rencontre avec Martine ?
Elle s’est faite par une amie commune. Aussitôt ça a fonctionné entre nous car elle est simple, son truc c’est « action-réaction ». Elle a une personnalité très tournée vers l’autre. Elle a créé cette école voilà quatorze ans, « Child Care Monaco » afin que les filles soient scolarisées, alphabétisées et éduquées, elle vient les voir tous les ans durant deux mois, donc ils la connaissent bien. Depuis quatre ans elle a fait construire un espace où elle loge et nous y avons été logés tous les six.
C’est un village près d’une ville ?
Non, c’est un village complètement perdu. Ils sont à une heure de Jaipur mais il faut avoir les moyens d’y aller. Il y a beaucoup de fermiers qui élèvent chèvres, vaches, qui vivent de la terre, des champs de coton, de maïs, ils se déplacent avec des carrioles tirées par des animaux, les femmes coupent l’herbe à la faucille, ils n’ont pas d’eau courante, pas d’électricité, vivent pieds nus, c’est vraiment le Moyen Âge. Ils vivent dans des baraques qui ne sont pas fermées, mais ils sont heureux ainsi, ils sont très accueillants. C’est un village d’à peu près deux cents personnes. Et ce qui est anachronique c’est que certains ont des motos, quelques-uns ont des portables qui ont été distribués par le maire.
Pour des européens, est-ce difficile de s’adapter ?
Au début oui car il n’y a pas d’eau chaude et on se lavait avec un broc, à l’ancienne. Mais il ne faisait pas froid. C’est éloigné de tout mais, même s’ils n’ont rien, ils partagent ce qu’ils ont, ils ont toujours le sourire, une grande gentillesse, ils sont heureux de partager avec nous le peu qu’ils ont. Ca remet un peu les pendules à l’heure pour nous qui voulons toujours plus et n’arrivons plus à voir l’essentiel. Ce genre d’expérience ça te fait une bonne piqûre de rappel et te dire que l’essentiel n’est pas dans ce que tu peux acquérir mais dans ce que tu peux donner. Ce qui est formidable c’est qu’ils ont une capacité à apprendre incroyable, ils sont assidus et sont aussi très zen. L’association leur donne des trousses avec des kits d’hygiène, des blouses et c’est aussi elle qui rémunère les professeurs qui sont sept ou huit hindous.
A combien êtes-vous partis ?
A six. Que des gens de l’association et un jeune médecin monégasque qui s’appelle Emma, qui vient d’avoir sa thèse et rêvait de faire de l’humanitaire, nous a rejoints. Nous n’étions pas trop de deux médecins pour échanger sur des pathologies inhabituelles.
Comment se passaient les échanges pour la langue ?
On avait toujours une des professeurs qui parlait anglais, sinon, nous utilisions Google traduction, ce qui permettait sur des choses un peu plus techniques sur le plan médical, de mieux préciser les problématiques. Il n’y a aucun médicament, aucun antibiotique sur place, l’hôpital est lion et onéreux mais ils sont tous plutôt en bonne santé, malgré quelques carences avec des risques de malformation.
Tu es restée combien de temps ?
Deux semaines dont huit jours dans l’école, on a visité l’orphelinat pour garçons que Martine a créé, ainsi qu’un bibliobus, on a amené ces enfants, qui n’étaient jamais sortis de l’orphelinat, visiter le Taj Mahal. Ils ont aussi pris le bus pour la première fois, on les a amenés manger dans une sorte de self . Ils étaient heureux de tout ce qu’ils découvraient. Par conte Jaipur est une ville très sale où s’entassent des détritus partout, des animaux morts. Il y a une énorme éducation à faire à ce niveau. C’est l’effervescence, le chaos organisé entre charrettes, vélos, touktouks, camions, scooters, tracteurs… Et des clacksons sans arrêt.
Pour en revenir à Radika, comment ses parents ont-ils réagis à votre venue ?
Ils n’arrêtaient pas de nous remercier, très reconnaissants de ce qu’on leur apportait. Ils ont appris comment mettre la prothèse. Il y avait avec nous le représentant de l’association qui traduisait afin qu’ils comprennent bien. C’est un peu un miracle que Radika soit en vie donc ils étaient heureux.
Qu’a-t-elle eu exactement ?
Une maladie qui s’apparente à un cancer des os des enfants. Elle a dû être amputée et elle a eu la chance de ne pas avoir de complication. Le moignon a bien cicatrisé et on a pu mettre la prothèse sans problème. Elle s’est emboitée comme un gant.

Cette prothèse va devoir évoluer avec la croissance de la gamine ?
Globalement, ce ne sont pas des gens très grands mais le prothésiste a fait une prothèse évolutive. Il l’a faite dans un matériau super léger, en carbone. Au niveau du tibia, il y a plusieurs longueurs de tiges pour pouvoir faire croitre la prothèse. Elle est totalement réglable en fonction de l’angulation du pied et de la croissance du moignon. Elle devrait la garder à peu près deux ans s’il n’y a pas de problème. C’est de la haute technologie et elle a été offerte à l’association par BTC Orthopédie qui s’est engagée à suivre l’évolution de la gamine jusqu’à ce qu’après celle-ci, elle puisse vivre sa vie avec une prothèse définitive.
L’association va aussi la suivre ?
Evidemment, ce n’est pas un « one shot », nous allons l’accompagner le plus qu’on pourra et je me suis engagée à ce qu’elle ait les soins nécessaires.
C’est une belle aventure humaine ?
Ah oui ! Nous nous sommes toutes bien entendues malgré l’exiguïté du local où nous vivions. Nous étions deux médecins, une comptable, une coiffeuse, une entrepreneuse d’électricité, il n’y avait pas que du médical et chacun apportait sa touche. Il y avait une très belle entraide, un bel état d’esprit, convergeant vers un même projet.
Martine a développé un pôle en Inde, développé un projet en Afrique du Sud et elle a un projet pour le Népal pour lequel j’aimerais être à l’origine avec elle. J’ai toujours voulu faire de l’humanitaire mais je n’avais pas encore pu concrétiser.
C’est une expérience extraordinaire. J’ai adoré ce regard des enfants, cette joie. Et je pense que ça ne peut pas s’arrêter là.
Tu penses créer quelque chose à Six-Fours ?
Pourquoi pas ? J’aimerais créer un relais pour continuer cet élan, en Inde ou dans un autre pays car pour moi, qui soigne journellement les gens, une telle expérience m’apporte énormément. Il y a encore tellement de gens qui ont besoin d’aide et de voir leur regard quand tu leur apportes quelque chose, c’est une grande joie, une grande émotion. On a créé des groupes WhatsApp afin qu’il y ait un suivi sur tout ce qu’il y a à continuer de faire en interagissant avec les gens de là-bas ».
Bravo à cette magnifique équipe qui a eu l’honneur d’être reçue par la princesse Stéphanie de Monaco, et qui a de très beaux projets.
Et l’on est fier qu’aujourd’hui, dans cette équipe, il y ait une six-fournaise qui fait déjà tant pour cette ville, soutenu par son maire Jean-Sébastien Vialatte.
A suivre…
Jacques Brachet




















































































