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Bruno SALOMONE, du rire au charme

Il était l’un des cinq mousquetaires du groupe « Nous, C nous », avec entre autres Jean Dujardin, il retrouvait d’ailleurs son copain Dujardin dans « Brice de Nice  il fit partie de la saga familiale « Fais pas ci, fais pas ça », sans compter les films, les séries, les one man shows où il s’illustra avec une énergie débordante et un humour décapant…
Mais n’était pas que ce personnage drôle et agité qu’on connaissait. Souvent, une fois qu’un artiste été taxé « comique », il lui  est difficile de sortir de cette boîte dans laquelle le métier les ranger.
Il nous avait beaucoup émus, par exemple, dans la série « Le secret d’Elise ».
L’an dernier, on le retrouvait avec plaisir dans la série « A priori » et il était venu plusieurs fois dans la région présenter des films il était aussi venu jouer son one man show « Euphorique ». C’était en 2017. Il était également venu présenter « « Ma famille et le loup », tourné dans notre région ou encore » « La clinique de l’amour » et à chacune de nos rencontres, nous passions d’agréables moments tant il était disert, jovial, charmant,« Euphorique », c’était, en 2016, son grand retour sur scène dans un one man show, qu’il était venu présenter à Toulon.

« Ça faisait treize ans, me confiait-il, que j’avais arrêté les one man shows car je commençais à avoir ma dose ! Je voulais faire autre chose et ne pas faire de la scène pour faire de la scène ou pour faire de l’argent, et le stand up, ce n’est pas mon truc. Je voulais qu’il y ait de l’envie, de l’impulsion, avoir des choses à dire et délirer.
Et… ?
Et j’ai retrouvé Gabor Rassov qui avait écrit, avec Artus de Penguerm Le film « La clinique de l’amour » en 2012, que nous étions d’ailleurs venus présenter à Toulon. Nous sommes devenus amis et nous avions envie de retravailler ensemble sur un autre film… Qui s’est en fait transformé en spectacle !
Qui a eu l’idée ?
L’idée première était l’histoire d’un enfant qui était né en riant. Je ne voulais pas que ce soit une suite d’histoires mais une vraie histoire où le rire devient un vrai handicap, où l’on prend le type pour un débile, un démon, qui va du coup être adoré ou détesté. En fait, c’est tout ce que j’avais. C’est Gabor qui m’a aidé à faire la construction et il en a signé la mise en scène, avec un regard extérieur ».

Le départ de la carrière de Bruno s’est fait en 1994, avec cette idée de cinq humoristes qui se regroupent pour créer « La bande du Carré Blanc », nom du café-théâtre dans lequel ils jouaient. Et ils créent une chanson inspirée des boys bands de l’époque « Nous C nous ».
Ça a marché et ils sont devenus les « Nous C nous » !
« Tu sais que, même aujourd’hui on m’en parle alors qu’au départ ce n’était qu’un délire ! Ça  a vraiment marqué les gens et c’est vrai que nous avons vécu un moment magique car ça fait partie de notre jeunesse, de nos débuts à tous, Dujardin-Collado-Joucla-Massot et moi. Je crois que nous avons vécu nos plus belles années. Nous en gardons comme un regard d’enfance. Et puis, on est passé à autre chose ».
Cet autre chose va arriver en 2005, lorsque Jean Dujardin va éclater avec « Brice de Nice » où il entraîne Bruno. Il y a eu un avant et un après et l’après sera ne numéro deux, qui reviendra sur les écrans en 2016… Qui s’intitulera d’ailleurs le numéro 3 !
Ça demande une explication, Bruno !
Le titre trouvé est « Brice 3, je casse le 2 » ! Les trois autres copains sont venus faire un petit rôle et le titre, c’était juste pour rigoler. D’ailleurs, beaucoup de gens nous demandent où est passé le 2 ! C’est dans la droite ligne du personnage complètement déjanté. Le tournage c’est magnifiquement déroulé, on a beaucoup ri avec le plaisir de se retrouver. Le scénario était costaud, surprenant et encore plus fou que le premier… Si c’était possible ! »
Lorsque je lui demandai si un jour il se retrouveraient tous les cinq sur une scène, il me répondait alors :
« Non, je crois qu’on a fait le tour de l’histoire des personnages et on ne voulait pas lasser le public. Alors, avant épuisement total, on a fait une belle et surprenante fin. On s’est bien amusé et on gardera de beaux souvenirs ».
Chacun est donc reparti sur des chemins différents et Bruno a continué le sien avec la série qui a cartonné « Fais pas ci, fais pas ça ».
On lui a alors proposé beaucoup de comédies où il excelle, mais le métier n’ayant pas beaucoup d’imagination, il devra attendre, malgré son succès, pour enfin atteindre des rôles dramatiques comme dans « Le secret d’Elise » ou « Meurtre sur l’île de Ré ». Mais il a aussi fait du doublage d’une web série avec Elie Semoun, avec qui il avait joué  dans « Avalanche sharks, intitulée « Coquille ».

Il était venu présenter à Six-Fours « Ma famille et le loup » d’Adriàn Garcia, un tournage original, d’abord parce qu’il y a toute une horde d’enfants et que le réalisateur est espagnol… et ne parlait alors pas français ! C’est la belle comédienne espagnole Carmen Maura qui servait d’interprète à double titre !
Un film qui s’est tourné dans le Var, où l’un des comédiens, Damien Buner a vécu entre La Cadière d’Azur et Bandol et où Bruno me confiait qu’il venait en vacances à Carqueiranne et Port-Cros. Manque de chance, alors que le tournage se faisait en Juin, la pluie ne cessa de tomber !
Bruno avait adoré ce tournage :
« J’ai adoré la poésie qui se dégageait du scénario, un scénario écrit sur un sujet grave, la mort mais traité de façon très poétique et surtout vu par le regard des enfants dont j’ai aimé la maturité. Plus adultes que nous, qui faisions plus de conneries qu’eux ! J’ai l’habitude des enfants et je suis moi-même resté un enfant. On s’est beaucoup amusé, on a beaucoup ri ensemble. On était vraiment sur la même longueur d’ondes ».

avec toute l’équipe du film « Ma famille et le loup » et celle su Six N’Etoiles

Bruno Salomone avait 55 ans, un peu tôt pour nous quitter et je reprendrai la phrase d’une chanson de Jean Ferrat à la mort de son ami : « Tu aurais pu vivre encore un peu »…
Jacques Brachet

Olga JEGUNOVA :
« En France, j’ai retrouvé mon chemin, ma maison »

Olga Jegunova est une pianiste internationale qui a choisi de poser ses valises dans le Sud de la France, où elle vit avec sa famille entre Hyères et Paris. Ggrâce au maire de Solliès-Pont, André Garon, et son adjointe à la Culture Marie-Aurore Smadja elle a créé un festival  « Les Nocturnes à Solliès-Pont » dont la troisième édition aura lieu cette année
Belle musicienne à l’accent russe et musical, on ne pouvait que la rencontrer !
« Olga, parlez-nous de vos origines…
Je suis lettone, née en Lituanie et donc russophone. Au milieu de tout cela, il a fallu que je me trouver une vraie identité, ce qui n’a pas été facile !
Le piano, c’est venu comment ?
Dès cinq, six ans j’ai commencé à faire des concours, des concerts. J’ai travaillé beaucoup mais c’était une passion. Le piano est devenu ma vie quotidienne et je pensais alors que c’était une vie « normale » ! Je n’ai pas eu le temps de me rendre compte que c’était un vrai travail, d’autant que ma mère était aussi pianiste.

Elle vous a donc poussée dans cet art ?
Pas vraiment mais elle me faisait travailler. Je me souviens avoir travaillé sur une œuvre de Schumann dont je n’arrivais pas à trouver la bonne expression. Avec beaucoup d’attention de sa part, elle m’a expliqué que si l’on n’était pas touchée par la musique, ce n’était pas la peine de continuer. Et elle a vu que j’étais touchée par la musique.
Combien d’heures passez-vous au piano ?
Au moins deux à trois heures par jour mais si j’ai un concert ce peut être cinq à six heures ! Et le reste du temps… Je joue au lego avec mes deux enfants ! Je passe du noir et blanc à la couleur !
Comment-êtes-vous venue à créer ce festival à Solliès-Pont ?
A la suite d’un concert, le maire me l’a proposé. Je trouvais intéressant de me trouver de l’autre côté d’un festival, non plus pour seulement jouer mais pour l’organiser, d’abord pour le public mais aussi pour les musiciens. Nous sommes toujours stressés avant un concert et j’avais envie de les guider, de les accompagner. Ça m’a également beaucoup aidée, beaucoup apporté et je voulais que la musique classique ne soit plus élitiste, qu’elle soit accessible au plus grand public possible.
Déjà, lorsque je donne un concert, entre deux morceaux, j’aime parler au public, raconter, expliquer, être proche de lui.

Vous vivez donc entre Hyères et Paris aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous installe en France ?
Je vivais à Londres puis il y a eu le Covid, qui a été un drame pour tout le monde entre autres pour nous les artistes puisqu’on ne pouvait plus travailler.  Je suis venue dans la région pour y trouver un refuge, de nouvelles racines que je n’avais pas. J’ai découvert la nature, le climat, des gens gentils et j’ai décidé que ce serait parfait pour nous et mes deux petits anges, après avoir travaillé dans le monde entier.
La France est donc devenue votre nouvelle patrie ?
Exactement et le Sud en particulier. J’ai retrouvé, sinon mes racines, du moins mon chemin, ma maison, une famille.
Depuis deux ans, vous avez donc créé ce festival qui, sera, cet été, la troisième mouture…
Oui, les deux premiers ont bien marché dans un cadre de rêve et de plus, j’ai rencontré des gens magnifiques, comme cette chorale « Sur tous les tons » formée de bénévoles, que j’aime, que j’accompagne, avec qui je travaille aujourd’hui et qui fait partie du festival.
Il y a eu également la rencontre avec notre ami Charles Berling…
Ah Charles ! Ça a été une belle rencontre. Je l’ai connu grâce à l’opéra de Toulon et il est venu participer au festival l’an dernier.
Vous avez aussi ajouté du jazz dans votre festival !
Pas de jazz cette année, malheureusement…Néanmoins, en 2026 y aura un pianiste légendaire Christian Zacharias,le mime Benoît Turjman, un concert pour présenter de jeunes talents, les  spectacles musicaux pour les enfants “Le petit prince” et le “Ti-train” et un concert en partenariat avec l’Opéra de Toulon des chanteurs lyriques Kaarin Cecilia Phelps et Emmanuelle Demuyter.  
En dehors du festival, nous aurons le plaisir de découvrir votre nouvel album ?
Oui, ce sera mon sixième et il sera consacré à un compositeur géorgien : Giya Kancheli.
C’est une musique pleine d’espoir et dans cette période très difficile c’était quelque chose de très important pour moi. »

Programme des Nocturnes de Solliès-Pont
Mardi 30 juin 21h, cour du château Forbin : Récital de piano par Christian Zacharias
Mercredi 1er juillet 17h, Médiathèque René Char : « Le petit prince », narration, avec Pierrick Grillet et Olga Jegunova
Mercredi 1er juillet 21h, cour du château Forbin : Musique de chambre avec Christian Zacharias, Benoît Salmon (Violon), François Mereaux (Alto), Delphine Perrone (Violoncelle) Jphanna Sans (Contrebasse)
Jeudi 2 juillet 19h, Médiathèque René Char : Les voix de demain – Concert jeunes talents du conservatoire à rayonnement régional TPM
Vendredi 3 juillet 21h30, cour du château Forbin : « Piano et pantomime » avec Olga Jegunova et Benoît Turjman
Samedi 4 juillet 10h30, Médiathèque René Char : « Abracadabra Musiques » Spectacle musical pour enfants
Samedi 4 juillet 21h30, Cour du château Forbin : En partenariat avec l’Opéra de Toulon, Kaarin Cecilia Phelps (Soprano), Hugeau Philippeau (Piano) et la participation d’Emmanuelle Demuyter (Soprano). Concert de chant lyrique et première mondiale d’une nouvelle composition de Nolan Monnet

Propos recueillis par Jacques Brachet


Isabelle BOUVIER… Une série « Du Sud » !

Isabelle Bouvier a le regard bleu Provence, un sourire lumineux, une vie de passion et de détermination qui, de danseuse, est devenue comédienne avant de devenir scénariste et réalisatrice.
Tous ces arts, elle les pratique chez nous dans le Sud, à Six-Fours car elle a décidé de ne pas faire comme tout le monde : « Monter » à Paris pour réussir. Réussir, pour elle, n’a jamais été de devenir star ni de gagner beaucoup d’argent, mais simplement de vivre de ses passions chez elle.
C’est plus difficile mais elle se voit mal vivre à Paris. Le soleil et la mer lui manqueraient trop !
Elle vient de terminer le tournage d’une série, « Happy reset », qui participe au seizième concours Nikon.
En chemin, elle a connu quelques difficultés et du coup, la série n’est pas exactement ce qu’elle avait écrit.
Elle nous raconte tout cela.

« Isabelle, le cinéma, pour vous, ça représente quoi ?
C’est une passion qui m’a été transmise par mon papa, qui a exprimé beaucoup de choses à travers les films qu’il me proposait de voir. Il a été journaliste, il avait une appétence pour tout ce qui était artistique et,  si par pudeur, il ne se manifestait pas, c’est par les films que nous allions voir qu’il laissait passer des messages.
Vous avez commencé par la danse ?
Oui, j’étais danseuse dans différentes troupes, divers orchestres comme K-Danse qui est à Six-Fours, les orchestres de Claude Girard, André Auzias, je me suis arrêtée lorsque j’ai eu mes filles, j’ai alors donné des cours de danse, puis je me suis tournée vers l’art dramatique et je suis devenue comédienne de théâtre.
Et le cinéma dans tout ça ?
Il y a eu le Covid où l’on ne pouvait plus rien faire et alors, comme j’avais fait une formation de scénariste, j’ai commencé à écrire, pendant le confinement.
Qu’en est-il sorti ?
Beaucoup de choses, j’ai notamment scénarisé une série qui s’appelle « 63 minutes », premier pilote que j’ai réalisé. J’ai d’ailleurs eu un prix. Ça m’a pris beaucoup de temps car c’était en autoproduction et qu’à côté de ça, il faut gagner sa vie.  J’ai aussi écrit deux gros scénarii  qui sont très importants pour moi mais j’ai bien compris que pour avoir des aides, entre autres du CNC, il fallait que  je montre ce que je faisais dans des festivals et recevoir des prix . Entretemps j’ai écrit « Happy reset » que j’ai totalement autoproduit mais les gros autres projets, je ne pourrai pas les financer sans aide ni si le CNC ne m’octroie pas des fonds.
Donc c’est en stand bye ?
Si l’on veut mais en ayant fait « Happy reset », j’ai de l’espoir car la série fait partie des vingt meilleurs projets soutenus par Nikon Festival. Ce festival est de plus en plus prestigieux. Je fais partie des vingt soutenus et j’espère que nous serons dans les huit sélectionnés. Nous le saurons en avril.
C’est par petits pas qu’on avance, avec beaucoup de ténacité et j’espère que des gens seront sensibles à mon univers.

Quel est votre univers ?
Il y a beaucoup de questionnements comme le temps qui  passe, et « Si c’était à refaire » . Il y a aussi la place de la femme de plus de cinquante ans dans la société et aussi l’intelligence artificielle.
C’est-à-dire ?
La place qu’elle prend aujourd’hui. Le modernisme ça a évidemment des avantages mais jusqu’où est-ce que peut aller ce pouvoir ? Tous mes projets sont des dystopies qui se passent dans un futur proche. Et le futur est de plus en plus proche, il nous rattrape vite ! Lorsque j’ai écrit, c’était de la science-fiction et ça l’est de moins en moins.
Bon, alors parlons de « Happy reset » !
La série se passe  en 2035, cinq jours avant la fin de l’année, une intelligence artificielle avertit les gens que le pire parasite de la terre a été identifié : Ce sont les êtres humains !
Dans la nuit du 31 décembre 2036 à 2037, l’humanité sera éradiquée. On va suivre le comportement de quelques personnages qui n’ont plus que cinq jours à vivre.
Il y a à la fois de la science-fiction et quelque chose de philosophique. La série  interroge vraiment sur le sens des priorités lorsqu’on sent qu’on va mourir.
En dehors de la science-fiction, c’est vraiment une fiction ?
Il y a beaucoup de fragments de ma vie et j’ai l’énorme bonheur d’avoir écrit en pensant à des gens que je connais, dont mes filles, mon gendre, des amis. Et ce n’est pas parce que ce sont des gens de ma famille mais tous sont comédiens… Et talentueux ! Mais en écrivant ce scénario, c’est venu tout seul. Après, il fallait qu’ils acceptent.
Et s’ils n’avaient pas accepté ?
Le problème est que lorsqu’on écrit en pensant à quelqu’un, on a du mal à penser à d’autres comédiens ! J’ai eu beaucoup de chance, tous ont dit oui. C’est vraiment mon bébé, si comme j’avais accouché !
Et ça se passe où ?
Tout se passe dans la région car je voulais  que ce soit vraiment une série du Sud.
Nous avons tourné du 2 au 4 janvier, entre Fabrégas, la Verne, Sanary, Six-Fours, la plage de Bonnegrâce, le parc de la Méditerranée, que des sites magnifiques. Nous avons aussi tourné à la Bibliothèque pour tous les Gémeaux à Six-Fours, l’Ehpad  du Verger à Sanary et l’école de danse Team Pôle Addict à la Seyne  qui nous ont ouvert leurs portes et que je remercie. Je remercie également tous les comédiens magnifiques dont l’âge varie entre 4 mois et 90 ans, dont les doyens de la maison de retraite ! C’est toute une représentation de l’humanité.
Et tous sont du Sud ! Je veux le souligner car c’est vrai que beaucoup de parisiens viennent tourner chez nous alors que, si nous avons de beaux paysages, nous avons aussi des comédiens talentueux. Les comédiens-vedettes sont souvent castés à Paris et l’on prend les nôtres pour faire de la figuration !

Parlez-moi de ce concours Nikon…
C’est un concours qui devient de plus en plus important. Il y a aujourd’hui des têtes d’affiche qui viennent avec de gros moyens. Cette série que j’ai autoproduite entièrement, passe sur le site de Nikon festival et les gens doivent voter jusqu’au 26 mars. Le fait d’être sélectionnée en catégorie A, c’est-à-dire sélectionné dans un grand festival comme Lille, Clermont-Ferrand, Nikon en faisant partie et d’avoir un prix implique que le CNC  s’y intéresse et puisse m’aider.
Mais… Il y a un mais …
Oui car aujourd’hui je rencontre un problème. J’ai fait venir un chef opérateur de Paris que connaissait ma fille.. Surpris par le côté qualitatif de la série, il m’a proposé de faire le montage à Paris, faisant en sorte que n’y participe pas au montage et qu’il coupe quelques parties importantes. Et il a inscrit la série à son nom et celui de son assistant avec le nom de sa boîte de production et sur l’affiche je figure en quatrième place ! Alors que tous les droits à l’image sont à mon nom. Il a coupé certains moments poétiques qui font que ça dénature mon histoire. Et avec ça, il donne des interviewes en parlant de « sa » série, sans stipuler que j’en suis l’autrice, alors que jusqu’ici, il n’a fait que des publicités et des clips. Le festival Nikon est au courant.
J’espère qu’il va rectifier et inscrire mon nom pour que je puisse intégrer la sélection « Regard de femmes ».
A propos de projets, puisque cette série va vivre sa vie,  malgré tous ces aléas, je pense que vous n’allez pas en rester là ?
Oui, j’ai plusieurs projets. D’abord les deux dont je vous ai parlé mais là, j’ai besoin de producteurs. Les deux projets se passent encore dans le milieu de l’intelligence artificielle. Le long métrage aura un casting presque exclusivement féminin et la série sera autour de la pédo-criminalité et de l’IA.
Je suis également sur un court-métrage qui va traiter des foyers pour jeunes filles et de la résilience à travers la boxe. Il va se faire dans les trois mois qui viennent. Je lance aussi des ateliers d’écriture qui auront lieu entre Toulon et Six-Fours. Chacun va raconter un bout de sa vie, une anecdote qui sera lue par un autre. Et j’aimerais pouvoir entrer dans des écoles pour parler du harcèlement scolaire.
Et la comédienne de théâtre, où en est-elle ?
Je vais reprendre en avril, une pièce, « Derrière la porte » de Claude Broussouloux… Qui est en voyage de noces sur l’Île Maurice ! C’est l’histoire d’un couple qui rentre chez lui en fin d’après-midi et dont la femme croit avoir vu un homme rôder dans le jardin. Au départ c’est sur le mode de la comédie style « Scènes de ménages »  et peu à peu, il y a une montée en tension. Ca évoque les secrets qu’il peut y avoir dans un couple.
Et puis, j’ai écrit une pièce et je recherche un comédien de 20/25 ans pour jouer mon fils. Une pièce sur les liens familiaux.
Et à part ça ???
(Elle rit) A part ça… Je ne m’ennuie pas !
Mais aujourd’hui, je cherche des producteurs ou des mécènes pour pouvoir continuer à tourner ! »

Avis aux amateurs !
Propos recueillis par Jacques Brachet


Quand Michel DELPECH était chanteur
Il aurait eu 80 ans cette année

On a tous un petit bout de Delpech dans la tête, pour peu qu’on ait plus de 20 ans… ou 30… ou 40 !
J’ai eu la joie de faire quelques tournées avec lui et c’était toujours un plaisir de le retrouver, intact malgré quelques années galère et heureux d’être devant de si grands publics retrouvés pour égrener nos belles années…
Après ma première rencontre sur le fameux  » Inventaire 66  » avec Stone, Charden, Pascal Danel et quelques autres, je devais partir en tournée avec Michel Delpech en 1971 alors qu’il venait d’éclater littéralement avec  » Pour un flirt « .
C’était une tournée de folie car il fallait souvent doubler les concerts tant la demande était grande et je me souviens des hurlements des filles lorsqu’il arrivait sur scène avec son fameux tube «Pour un flirt» et qu’il terminait son concert avec le même titre et dans la même folie.
Et alors qu’il était en plein succès, la première interview fut quelque peu laconique car, je m’en aperçus très vite, il était timide et réservé malgré cette énergie qu’il avait sur scène. Mais peu à peu, au cours de la tournée, nous eûmes de jolis moments ensemble et je vais découvrir un autre aspect de son caractère : il était anxieux et malgré le succès, cette folie qu’il drainait derrière lui, je me souviens qu’il m’avait dit : «Combien de temps est-ce que ça va durer ?»
Cette tournée était un bonheur puisqu’il y avait en première partie Maria de Rossi dont je m’occupais et Sophie Darel. L’ambiance était au beau fixe
Son premier gros succès fut «Wight is Wight».
 » Cette chanson – m’avait-il confié – a été une étape pour moi. Jusqu’ici, j’avais eu quelques petits succès espacés et d’un coup,  » Wight is Whight  » devient un très gros succès, tout simplement parce que c’est un événement marquant de la musique de ces années 60 et que ça concernait toute la jeunesse.

Inventaire 66 avec Pascal Danel
Une virée au MIDEM

« Le public m’a vraiment découvert avec cette chanson et surtout m’a fait sortir de l’étiquette « chanteur de charme » que je trimballais déjà. On s’est alors rendu compte qu’un chanteur de charme, dans le sens désuet qu’on lui donnait, pouvait aussi être « new look»
Après quoi j’ai eu quand même un peu peur que ce ne soit qu’un phénomène de mode… Mais « Pour un flirt » est venu pour renforcer ce succès « 
Avant, il y avait eu la tournée en première partie de Mireille Mathieu.
 » Pour moi, ça a été une grande chance de partir avec Mireille Mathieu car elle avait déjà un public énorme ce qui m’a permis d’élargir le mien qui était loin d’être si important. J’avais un public essentiellement jeune, Mireille avait un public très familial et ces tournées m’ont donc apporté un nouveau public.
Et puis il faut savoir qu’à l’époque, personne ne me voulait en « vedette américaine » car j’avais déjà un certain succès et nombre de chanteurs avaient peur que j’aie trop de succès. Et je le dis sans vouloir me vanter !
Mais Mireille était au-dessus de ça et puis, elle ne craignait rien ni personne ! »
Les années vont donc passer avec nombre de galas, d’Olympia, de succès pour un Michel entraîné dans une course folle. Une course qui le fait aller un peu trop loin, un succès qu’il ne maîtrise plus, pas plus que sa vie d’ailleurs. Il abusera de tout, sexe, drogue, alcool… une vie très rock’n roll qui va lui faire perdre sa femme, ses amis, ses repères, ses fans…Un long tunnel démarre pour lui.

Tournée avec Dalida
Tournée Age tendre avec Jean-Jacques Lafon

Un long tunnel démarre pour lui. Il est au bord du précipice, il a des idées suicidaires mais quelque chose de plus fort que tout va le faire sortir de ce chemin cahotant. Il cherche un sens à sa vie à travers la fumée, les médicaments, les gourous…L’amour le sauvera et ce sera la résurrection dont il nous parlera dans un premier livre « L’homme qui avait bâti sa maison sur le sable » (Eobert Laffont), un livre très émouvant qui est l’histoire de cette quête de la vérité, du sens de la vie.
Je le retrouve à cette occasion en novembre 93 :
 » Il fallait que j’expulse tout cela, que je mette tout noir sur blanc et que je me justifie auprès d’un public qui m’est, malgré tout, resté fidèle, même s’il n’arrivait pas à comprendre mon comportement. J’ai fait le point, je peux aujourd’hui tourner la page. Quelquefois, il me semble même que j’ai écrit l’histoire d’un autre homme… » C’est en effet une chronique poignante de sept années d’enfer où la folie était omniprésente et dont il était sorti vainqueur. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille mais avec de l’amour, de la volonté, de l’acharnement, on arrive à s’en sortir. Sa carrière pouvait repartir de plus belle. Et même mieux.

Et il reprit le chemin du succès, avec un retour au premier plan, à tel point qu’au fil des ans, Michel est devenu une icône que tous les jeunes chanteurs d’aujourd’hui admirent. La preuve, ce beau disque de duos qu’il a partagé avec quelques jolies pointures. Il a ratissé large pour ce « Michel Delpech &… » puisque, toutes générations confondues, on y retrouve Voulzy, Souchon, Clérika, Julien Clerc, Michel Jonasz, Cabrel, Bénabar, Vassiliu, Cali, Barbara Carlotti… tous ont répondu présent… ou presque !
C’est cette belle aventure qu’il me raconta, lors d’une nième rencontre car c’était toujours avec le même plaisir qu’on se retrouvait. Il était décontracté, mal (ou pas ?) rasé mais avec toujours ce charme indéfinissable, cette gentillesse, cette simplicité qu’il a toujours gardé malgré les années-galères.
 » Ce disque c’est d’autant plus beau qu’aucun des artistes n’est un ami intime.
Je connaissais certains, il y en a d’autres que je n’avais jamais rencontrés et lorsque cette idée m’est venue, j’ai foncé car j’avais très envie de le faire. J’étais très excité et je crois que tous ont été aussi curieux que moi de monter dans mon grenier pour retrouver ces chansons qui dormaient dans la naphtaline, qui les ont marqués ados ou enfants…
En 2006, il a été  « Mis à nu » par Pascal Louvrier qui a écrit, avec son aide, cette biographie (Ed Perrin). Pourquoi, alors qu’il avait déjà écrit, voici quelques temps, son autobiographie ?
« D’abord parce qu’il me l’a demandé poliment et aussi parce que c’est un livre très professionnel qui retrace toute ma carrière. Nous avons eu beaucoup d’entretiens mais il a fait des recherches incroyables pour que cette bio soit la plus proche de la vérité. Je n’ai donc eu qu’à répondre à ses questions, quant au reste, je ne m’en suis pas occupé. Il a mené son enquête, est souvent venu me rejoindre en concerts pour prendre la température…Ca a toujours été sans intervention de ma part. Ce n’est pas une bio dirigée ! »

Et puis, il y a eu les tournées « Âge Tendre » et il était heureux de retrouver la scène  avec les copains d’Antan, entre les deux galas de la journée on se retrouvait tous dans les coulisses au catering  et il était considéré comme une icône.
« N’exagérons rien – m’avait-il dit en riant – mais c’est vrai que c’est une grande joie de se retrouver là après un parcours assez mouvementé. Mais c’est aussi avec beaucoup de recul que je vis ça car je connais les aléas d’une vie de chanteur et ça change les donnes.
Aujourd’hui je suis un vieux sage qui prend le bonheur quand il passe et je ne vis pas le succès de la même manière que lorsqu’il est arrivé pour la première fois !
Je sais que ça peut repartir mais je sais que je chanterai tant que l’on voudra de moi car je n’ai aucune intention d’arrêter !!! »
Hélas, c’est la maladie qui lui a fait arrêter cette passion de chanter.
J’avais été heureux de le retrouver sur ces tournées où nous avions le temps de rire, de parler, de manger tous ensemble.. Nous avons ainsi passé de nombreux moments de connivence en nous retrouvant tous avec plaisir.


A le voir sur scène sur les premières années qui aurait pu penser qu’il allait vivre un tel drame ? Lors de sa dernière participation à la tournée on pouvait s’apercevoir qu’il commençait à mal articuler mais jamais on aurait imaginé une telle fin.
Il devra arrêter la tournée, subir une douloureuse première opération en 2013 dont il se remettra peu à peu. Il n’arrêtera pas malgré tout car dès qu’il ira mieux il écrira un livre «J’ai osé Dieu» car il est très croyant et aura le temps d’enregistrer une chanson prémonitoire : «La fin du chemin» car fin 2015 il y a une récidive fatale et il s’éteindra le 2 janvier 2016.
Avec son départ il reste un grand vide dans la chanson française.

Stéphanie GUILLAUME… Une dame de coeur

Elle est médecin généraliste… Mais pas que…
Elle est adjointe à la santé de la ville de Six-Fours… Mais pas que…
Elle est aussi une femme de cœur, de passion, d’humanité, d’empathie, qui ne cesse de s’intéresser aux autres, tant en femme politique, qu’en femme médecin… Qu’en femme tout court.
Grâce à elle « Octobre Rose » est devenu une grande fête pour les femmes soignées du cancer ou en rémission. Grâce à elle, « Le bus du cœur » est devenu un passage incontournable, grâce à elle de nombreux médecins et spécialistes sont venus s’installer à Six-Fours, pour ne citer que ces trois exemples majeurs.
Et elle nous l’a encore prouvé en partant en Inde pour remettre à une gamine de neuf ans qui a perdu une jambe, une prothèse qui va changer la vie de cette gamine prénommée Radika.

L’équipe, reçue par la princesse Stéphanie de Monaco

« Le but n’était pas d’apporter et appareiller la prothèse et ne plus rien faire. Le but était aussi d’apporter un suivi jusqu’au moment  où Radika sera pré-autonome.
Quelle a été sa réaction ?
Ça a été une immense joie pour elle. Elle avait une prothèse très lourde qu’elle était obligée de tenir en permanence, ce qui l’empêchait de jouer. Elle devait rester assise en permanence. Et dès qu’on lui a mis la prothèse, elle a été immédiatement à l’aise, après quelques pas, elle a tenu toute seule et le lendemain elle était à l’école, Deux jours après elle dansait lors d’une grande fête organisée pour nous, elle a fait du toboggan, shooté dans un ballon. Elle avait tellement rêvé de ce moment qu’instinctivement elle a fait tout ça sans rééducation, tout naturellement, avec un sourire lumineux.
Pas besoin de mots, on n’avait qu’à voir son visage, sa joie, son sourire rayonnant.
Raconte-nous la genèse de cette aventure.
J’ai rencontré Martine Ackerman, résidente monégasque, qui a fait le tour du monde avec mari et enfants. Elle est allée en Inde où elle a eu un choc en découvrant la misère. Dans ce village, elle a rencontré le chef qui avait la volonté de créer une école pour les filles alors qu’elles n’étaient pas du tout scolarisées et de plus, dès la naissance, elles étaient promises à des mariages arrangés.
Le chef avait des terres, il a mis à disposition un terrain pour construire cette école, avec des professeurs, des cuisinières, les gens de ménage.

Ta rencontre avec Martine ?
Elle s’est faite par une amie commune. Aussitôt ça a fonctionné entre nous car elle est simple, son truc c’est « action-réaction ». Elle a une personnalité très tournée vers l’autre. Elle a créé cette école voilà quatorze ans, « Child Care Monaco » afin que les filles soient scolarisées, alphabétisées et éduquées, elle vient les voir tous les ans durant deux mois, donc ils la connaissent bien. Depuis quatre ans elle a fait construire un espace où elle loge et nous y avons été logés tous les six.
C’est un village près d’une ville ?
Non, c’est un village complètement perdu. Ils sont à une heure de Jaipur mais il faut avoir les moyens d’y aller. Il y a beaucoup de fermiers qui élèvent chèvres, vaches, qui vivent de la terre, des champs de coton, de maïs, ils se déplacent avec des carrioles tirées par des animaux, les femmes coupent l’herbe à la faucille, ils n’ont pas d’eau courante, pas d’électricité,  vivent pieds nus, c’est vraiment le Moyen Âge. Ils vivent dans des baraques qui ne sont pas fermées, mais ils sont heureux ainsi, ils sont très accueillants. C’est un village d’à peu près deux cents personnes. Et ce qui est anachronique c’est que certains ont des motos, quelques-uns ont des portables qui ont été distribués par le maire.
Pour des européens, est-ce difficile de s’adapter ?
Au début oui car il n’y a pas d’eau chaude et on se lavait avec un broc, à l’ancienne. Mais il ne faisait pas froid. C’est éloigné de tout mais, même s’ils n’ont rien, ils partagent ce qu’ils ont, ils ont toujours le sourire, une grande gentillesse, ils sont heureux de partager avec nous le peu qu’ils ont. Ca remet un peu les pendules à l’heure pour nous qui  voulons toujours plus et n’arrivons plus à voir l’essentiel. Ce genre d’expérience ça te fait une bonne piqûre de rappel  et te dire que l’essentiel n’est pas dans ce que tu peux acquérir mais dans ce que tu peux donner. Ce qui est formidable c’est qu’ils ont une capacité à apprendre incroyable, ils sont assidus et sont aussi très zen. L’association leur donne des trousses avec des kits d’hygiène, des blouses et c’est aussi elle qui rémunère les professeurs qui sont sept ou huit hindous.

A combien êtes-vous partis ?
A six. Que des gens de l’association et un jeune médecin monégasque qui s’appelle Emma, qui vient d’avoir sa thèse et rêvait de faire de l’humanitaire, nous a rejoints. Nous n’étions pas trop de deux médecins pour échanger sur des pathologies inhabituelles.
Comment se passaient les échanges pour la langue ?
On avait toujours une des professeurs qui parlait anglais, sinon, nous utilisions Google traduction, ce qui permettait  sur des choses un peu plus techniques sur le plan médical, de mieux préciser les problématiques. Il n’y a aucun médicament, aucun antibiotique sur place, l’hôpital est lion et onéreux mais ils sont tous plutôt en bonne santé, malgré quelques carences  avec des risques de malformation.
Tu es restée combien de temps ?
Deux semaines dont huit jours dans l’école, on a visité l’orphelinat pour garçons que Martine a créé, ainsi qu’un bibliobus, on a  amené ces enfants, qui n’étaient jamais sortis de l’orphelinat, visiter le Taj Mahal. Ils ont aussi pris le bus pour la première fois, on les a amenés manger dans une sorte de self . Ils étaient heureux de tout ce qu’ils découvraient. Par conte Jaipur est une ville très sale où s’entassent des détritus partout, des animaux morts. Il y a une énorme éducation à faire à ce niveau. C’est l’effervescence, le chaos organisé entre charrettes, vélos, touktouks, camions, scooters, tracteurs… Et des clacksons sans arrêt.
Pour en revenir à Radika, comment ses parents ont-ils réagis à votre venue ?
Ils n’arrêtaient pas de nous remercier, très reconnaissants de ce qu’on leur apportait. Ils ont appris comment mettre la prothèse. Il y avait avec nous le représentant de l’association qui traduisait afin qu’ils comprennent bien. C’est un peu un miracle que Radika soit en vie donc ils étaient heureux.
Qu’a-t-elle eu exactement ?
Une maladie qui s’apparente à un cancer des os des enfants. Elle a dû être amputée et elle a eu la chance de ne pas avoir de complication. Le moignon a bien cicatrisé et on a pu mettre la prothèse sans problème. Elle s’est emboitée comme un gant.


Cette prothèse va devoir évoluer avec la croissance de la gamine ?
Globalement, ce ne sont pas des gens très grands mais le prothésiste a fait une prothèse évolutive. Il l’a faite dans un matériau super léger, en carbone. Au niveau du tibia, il y a plusieurs longueurs de tiges pour pouvoir faire croitre la prothèse. Elle est totalement réglable en fonction de l’angulation du pied et de la croissance du moignon. Elle devrait la garder à peu près deux ans s’il n’y a pas de problème. C’est de la haute technologie et elle a été offerte à l’association par BTC Orthopédie qui s’est engagée à suivre l’évolution de la gamine jusqu’à ce qu’après celle-ci, elle puisse vivre sa vie avec une prothèse définitive.
L’association va aussi la suivre ?
Evidemment, ce n’est pas un « one shot », nous allons l’accompagner le plus qu’on pourra et je me suis engagée à ce qu’elle ait les soins nécessaires.
C’est une belle aventure humaine ?
Ah oui ! Nous nous sommes toutes bien entendues malgré l’exiguïté du local où nous vivions. Nous étions deux médecins, une comptable, une coiffeuse,  une entrepreneuse d’électricité, il n’y avait pas que du médical et chacun apportait sa touche. Il y avait une très belle entraide, un bel état d’esprit, convergeant vers un même projet.
Martine a développé un pôle en Inde, développé un projet en Afrique du Sud et elle a un projet pour le Népal pour lequel j’aimerais être à l’origine avec elle. J’ai toujours voulu faire de l’humanitaire mais je n’avais pas encore pu concrétiser.
C’est une expérience extraordinaire. J’ai adoré ce regard des enfants, cette joie. Et je pense que ça ne peut pas s’arrêter là.

Tu penses créer quelque chose à Six-Fours ?
Pourquoi pas ? J’aimerais créer un relais pour continuer cet élan, en Inde ou dans un autre pays car pour moi, qui soigne journellement les gens, une telle expérience m’apporte énormément. Il y a encore tellement de gens qui ont besoin d’aide et de voir leur regard quand tu leur apportes quelque chose, c’est une grande joie, une grande émotion. On a créé des groupes WhatsApp afin qu’il y ait un suivi sur tout ce qu’il y a à continuer de faire en interagissant avec les gens de là-bas ».


Bravo à cette magnifique équipe qui a eu l’honneur d’être reçue par la princesse Stéphanie de Monaco, et qui a de très beaux projets.
Et l’on est fier qu’aujourd’hui, dans cette équipe, il y ait une six-fournaise qui fait déjà tant pour cette ville, soutenu par son maire Jean-Sébastien Vialatte.
A suivre…
Jacques Brachet




Festival « Femmes ! »… Promis, jurés !

Depuis l’an dernier, le festival « Femmes ! » a innové en créant, hormis le prix du public, le prix du jury et le prix de la meilleure actrice.
Ce qui donnait un peu plus de poids à ce festival dédié à la femme.
Le sujet choisi, cette année est le duo, quel qu’il soit et le jury doit voter autour de sept films.
Et le jury choisi est composé de deux femmes, deux hommes, pour la parité et une présidente, ce qui était la moindre des choses dans un tel festival.
Ce sont tous des professionnels et ils ont l’avantage d’être régionaux. J’ai déjà rencontré certains dans le cadre d’une rencontre et tous ont un point commun : la passion du cinéma.
Comme le chantait Christophe, je vais, je vais vous les présenter ! Et bien sûr, nous commençons par la présidente : Michèle JEAN.
« Qui suis-je ? Grand problème philosophique !
Je suis d’abord une femme, je travaille pour un festival de femmes, je défends la cause des femmes et je suis cinéphile. Ça te va, Jacques ?
Oui mais pas que… Le festival dont tu parles est bien sûr celui-ci ?
Oui, j’en suis la vice-présidente,  responsable de tout ce qui est artistique, dont la programmation. Avec Mireille Vercellino et Martine Patentreger, nous visionnons beaucoup de films, nous allons dansquelques festivals, les réalisateurs nous envoient aussi des liens et nous voyons ainsi les films en avant-première.
Combien de films avez-vous vus toutes les trois ?
Pour un choix de 46 on en voit plus d’une centaine. Nous les choisissons en fonction de la thématique qui est cette année les duos. Ce pouvait donc être une sœur, une amie, une fille, un mari… Toujours des couples ou des duos. Des films d’une certaine profondeur car nous voulons faire passer un message. C’est ce que veut dire le cinéma. Le cinéma est là pour quelque chose, comme faire réfléchir les gens.
Je voudrais préciser que nous travaillons avec Noémie Dumas, la directrice du Six N’Etoiles, et qu’elle fait un magnifique travail dans ce cinéma.
Choukri BEN MERIEM
Je suis acteur, réalisateur, producteur. Je viens, avec mon équipe, de présenter un pilote d’une série qui porte sur la légende des deux frères que nous avons tourné sur la plage des Sablettes en septembre dernier. Nous l’avons présenté à Toulon fin novembre,  dans un festival à Londres et nous continuons afin de trouver un financement pour les prochains épisodes.
Tu connais donc la région ?
Oui, puisque j’ai grandi à la Seyne-sur-mer, j’ai travaillé une dizaine d’années sur Paris, deux ans à Londres et je suis revenu à cause du covid. Je ne pensais pas rester mais j’ai trouvé un projet sur cette légende locale. Et je suis resté !
Comment es-tu venu au cinéma ?
Je suis tombé dedans lorsque j’étais petit, j’ai toujours aimé le cinéma, les westerns en noir et blanc et cette passion s’est développée au fur et à mesure. Je me suis intéressé au cinéma indépendant, la technique, la musique qui va avec, les bruitages…
Toujours dans la réalisation ?
J’en suis à ma troisième réalisation. Je suis aussi acteur mais j’ai voulu diversifier mes activités.
En tant qu’acteur où a-t-on pu te voir ?
Dans des courts métrages français et anglais.
Comment te retrouves-tu dans le jury ?
Parce qu’on me l’a proposé ! Dans les années précédentes j’étais festivalier et du coup, cette année, on m’a demandé d’y venir en tant que juré.

Michèle Jean
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Justine Foulani

Justine FOULANI
Justine, on se connaît car c’est toi qui nous accueilles au Six N’Etoiles, avec Noémie Dumas. Comment viens-tu au cinéma ?
Je suis originaire d’Occitanie, d’Ales, Nîmes, exactement et il y a un an que je travaille au Six N’Etoiles. Depuis que je suis enfant j’aime voir des films. Ça m’a suivi jusqu’à mon adolescence, puis, dans mes études, je me suis orientée dans le secteur du cinéma, j’ai entre autre découvert la diffusion. Essayer de montrer au public des films qui ne sont pas des blockbusters , souvent des films qui ne sont pas particulièrement grand public, comment les amener justement au public et c’est un vrai travail et c’est ce qui m’a passionnée. Puis j’ai travaillé aussi dans la distribution de documentaires qui ont du mal à trouver leur public, en les programmant justement dans des cinémas. C’est comme ça que je suis entrée en contact avec le Six N’Etoiles en tant qu’animatrice, pour mettre en place des animations pour le jeune public, organiser des débats, trouver des partenariats avec des associations locales pour faire connaître ces films.
Es-tu intéressée de devenir toi-même distributrice ?
Pas vraiment car je me suis rendu compte que j’étais surtout en contact avec les exploitants et pas assez avec le public, ce que je n’ai pas retrouvé dans la distribution. J’aime le contact avec le public. Nous organisons avec Noémie des petites projections que nous recevons, que nous voyons en amont afin de voir ce que nous pouvons faire comme animation à travers ces films. J’essaie d’aller dans quelques festivals, comme Cannes et le festival « Itinérances » d’Alès qui est un chouette festival et je fais aussi en sorte de découvrir les locaux.
Nicolas PABAN
Difficile de te faire « re » parler puisqu’on a eu l’occasion de se rencontrer ! Tu es venu comment au cinéma ?
En voiture ! Pas de loin puisque je suis toulonnais ! Plus sérieusement, c’est un rêve d’enfant mais j’ai mis du temps à passe à l’action. Je n’ai pas fait d’école de cinéma mais un jour j’ai eu la maturité de me dire que si j’avais cette envie, il fallait la réaliser, sans se poser de questions. A partir de là, j’ai fait beaucoup de courts métrages, j’ai appris sur le tas, en faisant des erreurs, j’ai appris de film en film et je n’ai jamais arrêté en restant à Toulon.
Fier d’être toulonnais ?
Non. On n’a pas à être fièr d’être né quelque part, d’être né tout court ! Mais j’aime ma région.
Tu as fait combien de courts métrages ?
Difficile de les compter, car en fait,  j’en faisais déjà tout gamin mais je ne peux pas les compter dans ma filmographie. Disons une quinzaine qui ont été vus dans des festivalss, des salles de cinéma.
N’es-tu pas tenté par un long métrage ?
Peut-être mais je considère que ce n’est pas une fin en soi. Il faut beaucoup d’aides, de financements conséquents. Mais je suis très heureux de faire des courts métrages parce que c’est du cinéma et qu’en priorité j’ai envie de faire du cinéma.
Et peut-on en vivre ?
Oui, j’en vis, sinon je serais malheureux… C’est ce qui fait que je me sens vivant.

Nicolas Paban
Carla Lauzier
Choukri Ben Meriem

Carla LAUZIER
Je suis six-fournaise. J’habite à Six-Fours mais je travaille à Aubagne, je suis monteuse de courts métrages, j’ai fait des études de cinéma et je travaille à l’école de La Satis à Aubagne, qui est une école de cinéma. J’y enseigne le montage et la post production.
Comment es-tu venue à ce métier ?
Tardivement car j’ai d’abord fait des études de langue étrangère (Anglais, Italien, Arabe…) Je voulais devenir interprète.Finalement j’ai changé de voie car pour bien gagner sa vie il faut faire du droit travailler au sein de l’ONU par exemple et ce n’était pas une voie qui me correspondait. J’ai décidé d’arrêter et de me poser la question : Qu’est-ce que tu veux faire ?
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est regarder des films, les analyser. Je me suis alors lancée dans une licence de cinéma sans vraiment savoir dans quelle discipline je voulais aller. J’en ai découvert tous les aspects et en découvrant le montage, c’est une passion qui s’est débloquée. J’ai commencé à faire des montages de films…
Quels films ?
J’ai été en stage sur plusieurs séries comme « Plus belle la vie », sur Amazon avec Jean Dujardin, Charlotte Gainsbourg, ensuite, j’ai commencé à avoir des contacts, des rencontres et monter des courts métrages.
N’as-tu pas essayé d’aller sur Paris ?
Non, c’est un choix, Paris ça n’était pas une vie qui me correspondait pas et je suis très heureuse de pouvoir travailler dans la région et entre autres dans l’école où j’ai été formée.
A côté je travaille en free-lance et ça me convient très bien. L’école m’ouvre beaucoup de contacte car on travaille avec beaucoup de partenaires. Les réseaux marchent bien.
Comment es-tu devenue juré sur ce festival ?
En fait, je connais Mireille Vercellino qui a été présidente de l’association « Lumières du Sud », avant que ma mère, Michèle Attard ne lui succède et je faisais partie de l’association. Du coup, elle m’a proposé d’être juré ».

Le club des cinq réuni, comment vont-ils travailler ?
D’abord, me disent-ile, en se découvrant puisqu’ils ne se connaissaient pas. Et je suis heureux que cette rencontre les fasse se découvrir l’un l’autre. Ensuite bien sûr, il y a les projections, l’analyse du film, les différentes techniques du tournage et surtout et avant tout le ressenti, l’émotion que le film a suscité chez chacun. Puis, il faudra choisir la meilleure actrice et là, ils ont l’embarras du choix !

A suivre donc !
Jacques Brachet

Philippe VAÏSSE, un repéreur heureux.

Qu’est-ce qu’un repéreur, me direz-vous ? C’est quelqu’un qui fait… des repérages !
Mais pas n’importe lesquels puisqu’il s’agit de cinéma.
C’est lui qui, pour les besoins d’un tournage, recherche le site, la maison, le paysage dont a besoin le réalisateur.
C’est ainsi qu’il vadrouille un peu partout dans le Var et ses environs pour trouver le coin de mer ou de montagne, la maison, l’appartement dont a besoin le réalisateur pour y installer ses comédiens.
Seynois d’origine et n’ayant jamais voulu quitter la Seyne d’où il est enraciné, il a fait un parcours sans faute pour trouver enfin le métier qu’il aime et dont le titre n’est pas encore dans le dictionnaire : repéreur.
Et Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud, l’a… repéré et invité à nous parler de ce métier original et, on pourrait dire, ancestral puisqu’il existe depuis qu’est né le cinéma.
Garçon passionné et volubile, c’est un plaisir que de discuter avec lui et de comprendre combien, ce métier est important dans la construction d’un film.

« Philippe, commençons par le commencement : D’où venez-vous ?
De la Seyne-sur-mer ! Je suis née il y a longtemps… En 77 ! A Ollioules, à la clinique Malartic, j’ai fait mes études au lycée Beaussier à la Seyne, où je vis toujours, puis au collège Paul Eluard…
Et comment êtes-vous venu au cinéma ?
Par une anecdote qui a marqué mon histoire d’amour avec le cinéma. J’avais alors une quinzaine d’années, nous avions eu une petite embrouille avec ma bande de copains, nous étions fâchés et du coup, nous sommes allés au cinéma voir « Star Gate . Ce n’est pas le film du siècle mais je suis transporté, ça m’a emmené ailleurs, tout comme mes copains et à la sortie nous ne sommes plus du tout fâchés ! C’est là que je me suis dit que le cinéma c’était magique et que j’aimerais un jour mettre des étoiles dans les yeux des gens.
Par quoi ça a commencé ?
Par l’écriture. A partir de 19 ans j’ai commencé à écrire des histoires que j’envisageais d’adapter en film.

Le cinéma fait déjà partie de votre ambiance familiale?
Je dois dire qu’au départ mes parents sont un peu inquiets de me voir aller vers ce milieu mais ils m’ont toujours soutenu. Il faut dire qu’ils ont une vision très ouverte sur la culture,  ma mère est à la fois prof de Français et d’arts plastiques, mon père est un fan de littérature et de musique. Je baignais déjà dans ce milieu culturel et artistique. Ils m’ont alors dit, comme nombre de parents : « Le cinéma c’est bien mais… si d’abord tu peux faire quelques études classiques histoire d’avoir un bagage si ça ne marche pas » ! J’ai donc fait des études d’économie-gestion, je suis allé jusqu’à la maîtrise mais je me suis arrêté au milieu de la quatrième année car je savais que ce n’était pas mon truc.
Et alors ?
J’avais déjà écrit plusieurs histoires pour des courts-métrages et il y avait une frustration. J’ai alors commencé des études  cinéma-photo en arts du spectacle à la fac de Lyon. C’est là que j’ai travaillé ma culture cinématographique que je ne connaissais que grâce à mon père à travers les films qu’il aimait comme « Soleil vert », « Little big man », « La horde sauvage ». .. Ces films ont marqué mon enfance. C’est aussi à la fac que j’ai découvert la photographie.. J’ai réalisé des premiers courts-métrages d’études, je me suis spécialisé dans le montage. A la fin  de ma troisième année, je suis revenu chez moi et avec des amis, nous avons monté une télé sur Internet. C’était en 2003, la web TV n’existait pas encore et nous l’avons appelée « Baboite TV ». Nous proposions des reportages sur l’activité culturelle de Toulon et ses environs, pour montrer qu’il se passait beaucoup de choses sur notre région.

Ça a duré longtemps ?
Jusqu’en 2008. Pour moi, c’était une première approche de l’audio-visuel mais j’avais toujours en moi cette envie de créer des films. Un jour, en 2007, mon père me raconte un rêve absurde qu’il a fait et ça a été le déclic qui me fait écrire un court-métrage de cette histoire. Grâce à ce scénario, j’obtiens une bourse du ministère de l’éducation et de la culture dans une sction qui s’appelait « Envie d’agir ». Je tourne ce court-métrage qui s’appellera « De passage », avec des professionnels du cinéma de Marseille. C’est une semaine de rêve et une révélation. La concrétisation de ce que j’ai envie de faire. Ce court-métrage de 13 minutes sort un an après, sans dialogue et en couleur. Il sera suivi  d’un second court-métrage en 16 mm, en une journée, développée à l’ancienne.
Et c’est quoi ?
« Hors champ ». Une toute petite comédie burlesque de 3 minutes car nous n’avions qu’une bobine ! On le tourne avec la même équipe dont Jérôme Carle mon chef opérateur, qui était un professionnel et qui m’a poussé à suivre la route. A partir de là, on est en, 2009, je commence à envoyer des CV. Un mois après on m’appelle et on me propose un renfort sur une publicité pour la Poste qui se tourne à Venelle, au-dessus d’Aix-en-Provence. Il faut être sur le plateau à 5 heures ! Je venais d’avoir un enfant avec, comme souvent, des nuits compliquées mais je ne pouvais pas rater ça ! Ça a été mon premier contrat de régisseur.
Depuis ça ne s’est jamais arrêté.

Et vous avez fait quoi ?
D’abord régisseur sur des renforts puis j’ai fait un film en entier, des choses récurrentes dans la région, j’intègre des équipes avec qui je travaille régulièrement. D’assistant régisseur je passe adjoint. Vers 2O14 je commence à développer des tournages sur le Var et l’aire toulonnaise. Et en 2016, on me propose d’être repéreur sur le film de Gérard Jugnot « C’est beau la vie quand on y pense » dont une parie est tournée à Toulon. C’est donc mon premier film en tant que responsable des repérages. Le travail était de trouver les différents décors qui allaient servir au tournage.
Commencer avec Gérard Jugnot, c’est pas mal !
Oui, l’expérience se passe super bien, Gérard Jugnot est un gars adorable très à l’écoute de ce qu’on peut lui proposer, très conscient du fait qu’un bon film se fait de façon collégiale, chacun ayant quelque chose à amener. Ce n’est pas le mec qui sait tout, qui fait mieux que tout le monde. C’est un type très ouvert.
Du coup, vous arrêtez d’être régisseur ?
Non, car ce sont deux métiers complémentaires et après avoir trouvé les décors du film, j’organise la logistique  autour des décors que j’ai trouvé.
Je deviens d’ailleurs régisseur général sur un film tourné à Cherbourg « Les cadors » avec Jean-Paul Rouve, Michel Blanc, Marie Gillain…. C’était en 2022 et ce sera mon dernier film en tant que régisseur.

Pourquoi arrêter ?
C’est un métier très prenant car on est de la préparation du film jusqu’au tournage, on doit régler tous les problèmes, vingt-quatre sur vingt-quatre, même les week-ends. Pour ce film je suis parti trois mois et-demi de chez moi et pour la vie de famille c’est très compliqué.
Repéreur c’est moins compliqué !
En repérage, on me donne un scénario, la description des décors à trouver et à moi de me débrouiller, contacter, chercher, fouiller, me perdre quelquefois et aussi aller à la découverte de gens que je rencontre, qui m’ouvrent leurs maisons. Ce peuvent être des décors naturels, institutionnels, privés.
Vous n’êtes pas en concurrence de la Commission du Film du Var ?
Pas du tout car elle accompagne les productions de films qui viennent tourner dans la région ou le département, ils ont une base de données de décors très centralisée sur l’Est varois, la région de Saint-Tropez, le bassin de Fréjus, ils sont moins actifs sur la partie toulonnaise. Il y a aussi le bureau des tournages de TPM mais nous travaillons tous main dans la main, chacun fait appel à l’autre, on s’échange des informations. C’est un vrai travail de partage. C’est un métier de réseaux. C’est comme ça que j’ai travaillé sur des séries comme « Cimetière Indien » ou « Tom et Lola »
Pas de frustration de ne plus être scénariste et réalisateur ?
Depuis deux ans et demi, je me suis mis à l’écriture littéraire. J’ai sorti un premier roman « L’arbre et la colline » (Ed Presses du Midi), je suis sur un second roman et j’ai trouvé dans l’écriture littéraire une liberté sans limites. Lorsqu’on écrit un scénario et qu’on veut l’adapter, il y a toujours un moment où se fait un arbitrage entre l’artistique et l’argent et c’est souvent là qu’on est frustré car il faut couper, retailler enlever des trucs qui coûtent trop cher. Mais dans l’écriture littéraire, jamais personne ne va me dire que mon décor est trop cher ! Mon prochain roman se passe en Islande où je suis allé. Je n’aurai pas une production qui me dira « Trop loin, trop cher ». Aujourd’hui, cette liberté compense largement le fait de ne plus être derrière la caméra. Même si ça a été une expérience superbe…. Et il ne faut pas dire jamais mais je n’ai aucune frustration.
Romancier et repéreur sont des métiers de solitaire. Et ça, ça me plait ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Agustin GALIANA :
Un homme debout et tellement attachant

Il a un regard lumineux venu d’Espagne, un sourire carnassier.
Agustin est un être solaire… Et pourtant…
Pourtant il revient de loin et le chemin d’Espagne à la France a été un chemin semé d’embûches, de drames, de blessures, d’angoisse, de frustration.
Dès le départ il est né à l’ombre d’une petite sœur morte à quelques mois et lui arrivant, il a, en quelque sorte, eu le rôle de remplaçant, et il a mis du temps à s’en remettre. Sans compter le départ de la maison de son père dont il n’a su le fin mot que des années plus tard, vivant avec l’idée que celui-ci était « le méchant » qui a abandonné la famille.
Tout cela ne fait pas une enfance heureuse permettant à un gamin de s’éclore et de vivre une adolescence insouciante.
Heureusement, la danse l’a sauvé, dès les premières années où il s’enfermait dans sa chambre pour qu’on ne le voie pas faire « ce qui n’était pas convenable ».
De la danse au théâtre, du théâtre à la musique, il a ainsi pris des chemins de traverse avec des joies, des déceptions, jusqu’à ce qu’il décide de quitter son pays et sa famille, trop lourds de souvenirs et de venir en France.
Le chemin fut long. Et là, après pas mal de déboires, il y a eu « Clem », cette série qui l’a révélé au public, jouant avec une mère de substitution, l’actrice espagnole Victoria Abril. Puis il y a eu « Danse avec les stars » qu’il a gagné haut la main, l’a fait s’épanouir et exploser auprès du public. La danse est revenue en même temps que la musique, ses disques ayant fait des succès. Sans compter la série « Ici tout commence » et puis « Mask Singer » qu’il a remporté !
Aujourd’hui tout lui sourit et il a décidé d’écrire ce chemin qui ne fut pas un long fleuve tranquille, qui a mis du temps à le faire passer de l’ombre à la lumière. Il fut longtemps dans le doute, l’angoisse, les blessures mais aujourd’hui, on peut dire qu’il est devenu un homme. L’homme qu’il voulait être, l’homme heureux qui s’est enfin déshabillé du fardeau qu’il a longtemps porté.
Son histoire est bouleversante et je peux avouer qu’il ne m’était plus arrivé d’avoir la larme à l’œil du début à la fin de sa bio « Un homme debout » (Ed Leduc). Une fin où il parle au petit garçon de six ans qu’il fut et qu’aujourd’hui il a appris à aimer. Fin à la fois originale et très émouvante.
Agustin est un être attachant, radieux, qu’on a envie d’avoir pour frère ou pour ami.
Et envie de parler avec lui de ce long chemin vers la paix et la sérénité.

« Agustin, votre bio est bouleversante…
Je suis ravi de ce que vous me dites. Mon but était de toucher les gens et je crois que j’ai été entendu. Mais vous savez, c’est l’histoire  d’un homme lambda, d’un homme ordinaire en fait car il y a beaucoup de gens qui ont dû vivre une histoire similaire. Ce n’est pas vraiment une biographie, c’est un bilan  et, si l’on va un peu plus loin, c’est l’histoire d’un homme qui a tout fait pour s’en sortir, avec des peines, des joies. Une histoire qui n’est pas simple mais qui m’a fait devenir l’homme que je suis aujourd’hui.
Comment avez-vous écrit ce livre ?
Avec l’aide de Ruthy Avayou qui, durant deux mois et demi m’a écouté, m’a fait parler.
Par moments ça n’a pas été facile car ça a fait remonter beaucoup de choses, beaucoup de souvenirs pénibles. Ça a été quelquefois compliqué. Et même ensuite, une fois écrit, de le relire a été par moments difficile. J’ai enlevé certaines choses, j’en ai rajouté d’autres mais finalement, ça m’a fait du bien.
Il semble qu’après tout ce vous est arrivé, tout ce soit arrangé une fois à Paris…
Durant quatre ans, je n’ai pas travaillé mais il fallait que je me reconstruise ailleurs que dans mon pays que je sorte de ce que j’y ai vécu.
Et pourquoi Paris ?
D’abord parce que ce n’était pas loin de chez moi et que j’avais un ami qui pouvait m’y loger.

Vous ne parliez pas français, malgré un père qui était professeur de Français…
C’est vrai, mais je dois dire que, coupé de mon père, il n’a jamais eu l’occasion de m’apprendre le français. Et, puis, vu les circonstances, je n’avais jamais été demandeur. Le rapprochement avec mon père a été lorsque j’ai appris la véritable histoire de son départ de la maison. Mais auparavant, je refusais tout de lui et je ne serais jamais allé lui demander quoi que ce soit. Donc j’ai appris le français en France !
Et voilà qu’on vous propose un rôle dans la série « Clem » où vous vous retrouvez avec Victoria Abril, qui joue votre mère !
Oui, ça a été un beau cadeau de la vie. Me retrouver avec l’une des plus grandes actrices espagnoles, qui a joué avec Pedro Almodovar, c’était tout simplement merveilleux. Ella a été une mère magnifique et grâce à elle, j’ai beaucoup appris.
Il se trouve qu’en Espagne vous aviez joué avec une autre actrice d’Almodovar : Carmen Maura… Il vous les faut toutes !
(Il rit). C’est vrai, j’ai eu cette chance en 2006 de jouer avec elle dans une série… J’y jouais le copain de sa nièce. C’est déjà loin mais c’est un beau souvenir. Il faut dire qu’Almodovar sait choisir ses comédiennes !
Le succès commence à arriver car grâce à « Clem » la série devient très populaire et vous fait connaître… Et depuis ce succès, vous n’avez pas arrêté…
C’est vrai que tout s’est enchaîné. Grâce à « Danse avec les stars », je suis revenu à mon premier amour, la danse… Et j’ai eu la chance de gagner. Durant cette émission, je préparais un disque (J’en avais sorti deux en Espagne) « Enamorado » et lorsqu’il est sorti ça a été un succès. L’émission a bien aidé le disque à marcher. On est passé près du disque d’or ! Du coup, j’ai pu faire une tournée qui a bien marché. Puis il y a eu mon passage dans la série

Puis « Mask Singer »… Encore un succès !
C’est vrai puisque j’ai gagné sous le costume de l’hippopotame !
Pour en revenir à la chanson… en français, comptez-vous le sortir en Espagne ?
Je ne crois pas, justement parce qu’il est en français et qu’en Espagne, je ne serais qu’un espagnol de plus qui chante, qui plus est, chante en français. De toute façon, depuis mes succès en France, personne n’est venu me chercher en Espagne. Bizarrement, c’est la Belgique qui m’a appelé.
Alors, chanteur, comédien danseur… Où vous sentez-vous le mieux ?
Partout où je peux faire quelque chose que j’aime. Aujourd’hui je suis libre de choisir de bons projets, où qu’ils soient, quels qu’ils soient et j’en profite. Je peux dire non si ça ne me dis rien. J’ai envie de m’épanouir dans des choses que j’aime.
Que sera donc 2026 ?
J’ai des projets de tournage, des projets de chansons. Pour les tournages, je ne peux pas en parler, pour la chanson, il y aura certainement un disque et une tournée. Mais je ne sais pas encore dans quel ordre. Mais tout viendra en temps utile. » 

A suivre donc. En tout cas, ce fut un joli moment de conversation avec ce garçon qui est d’une grande gentillesse, d’une belle simplicité qui se raconte avec ce bel accent ensoleillé et qu’on espère retrouver très vite.
Jacques Brachet

Rendez-vous avec GOTLIB

C’est une histoire de génie, d’amour, de déconnade, de folie douce et de modestie : comment Marcel est-il devenu Gotlib ?
C’est l’histoire de l’homme caché derrière l’artiste, à moins que ce ne soit l’inverse. Un homme avec ses fêlures, son énergie, sa résilience, son talent et la découverte du superpouvoir de l’humour. De son destin d’enfant caché pendant la guerre à la création de « Fluide Glacial », de ses premières amours à la « Rubrique-à-Brac », des années « Pilote »et de sa rencontre avec Goscinny à l’aventure de «  l’Echo des Savanes », la vie du maestro de la bande dessinée comme si vous y étiez ou presque, discrètement posé sur son épaule façon coccinelle.
Marcel Nordekhaï Gottlieb est né en 1934 et nous a quittés en 2016. Anecdote croustillante, il est né le 14 juillet ! Du coup on fête ses anniversaires en fanfare et en bleu, blanc, rouge !
Pour ce projet grandiose d’une biographie en BD, ce sont deux « tueurs » qui ont été choisis : Arnaud de Gouëffe, romancier, scénariste de BD, auteur de pièces de théâtre, compositeur. Et Julien Solé, fils de Jean, dessinateur, Qui est illustrateur, de BD, auteur de dessins animés, infographe, auteur de fresques. Deux pointures qui nous racontent comment ils en sont venus là.

« Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé, racontez-nous la genèse de ce projet.

Arnaud: Le premier souvenir que j’ai de Gotlib, c’est au CDI du collège de Saint-Hilaire du Harcouët, au détour d’une pile de BD. Le livre s’appelait « Trucs-en-Vrac », et j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de quelque chose d’absolument spécial, qui ne correspondait à riende ce que je connaissais, qui ne ressemblait ni à « Pif, » ni à « Tintin », ni à « Astérix ».
Une sorte de BD tombée de l’espace, porteuse d’un message émancipateur et révolutionnaire. Même si c’était drôle, très drôle, à se tordre vraiment, c’était aussi d’un sérieux implacable, c’était la notice de la mécanique du rire en même temps qu’un précis qu’on aurait pu renommer “Comment faire une bande dessinée”, “Comment créer des personnages”, “Comment construire une histoire”, “Qu’est-ce qu’une ellipse et comment s’en servir comme d’une clef universelle pour boulonner des récits”, etc. Un rire à la fois oulipien et punk qui est celui de Gotlib.
Bref, LE livre avec tout dedans : la notice, et le rire pour se moquer de la notice, le briquet, l’étincelle, le bâton de dynamite et carrément le tonneau de poudre. C’est comme ça que je suis devenu scénariste, d’un coup sur la tête, comme le Newton de Gotlib avec sa pomme.
Quand « Fluide Glacial » nous a proposé, à Julien et moi, de raconter sa vie en bande dessinée, je me suis senti évidemment plus qu’intimidé. Et je crois que ça a été pareil pour Julien, d’autant que ça se conjugue pour lui avec sa propre histoire familiale, même si je trouve que Julien est vraiment le fils spirituel de Gotlib, dans sa capacité à dessiner avec une virtuosité et une drôlerie conjuguées.
Julien : Quand la rédaction de « Fluide Glacial » nous propose le projet, je sens assez vite quel genre de montagne à gravir cela va être !
Pas le droit de se planter, trop d’enjeux personnels, trop de liens tissés avec cette histoire. Et en même temps une excitation à l’idée de se voir confier la mission. Bref, un cocktail assez détonant de peur et de joie. Une des premières choses à faire pour moi était de décider où placer le curseur, ce qui est important puisqu’il faut assumer ce choix jusqu’au bout. Format, technique, niveau de réalisme, intention graphique. Ce que je n’avais pas prévu alors, c’est le temps que prendraient certaines phases, notamment le nettoyage des sca d’originaux au lavis, il m’a fallu de l’aide ! J’ai reçu les premières pages scénarisées par Arnaud, et le niveau était si haut que le curseur ne pouvait être que sur une seule position : tout à fond !

Quels ont été les moments marquants dans la création de cet album ?
Arnaud : Julien et moi sommes allés chez Ariane, la fille de Marcel, nous avons rencontré
Claudie, son épouse, et nous avons eu accès aux archives personnelles du maestro. Ariane nous a ouvert toutes les portes. Un cabinet de curiosités vertigineux, notamment ces cahiers d’écoliers où Gotlib notait ses idées, griffonnait des esquisses, ébauchait ses scénarios, et rédigeait même le brouillon de ses courriers. C’est la notice de la notice, le brouillon de l’œuvre. Je ne m’en suis pas totalement remis.
Pour le reste, chaque épisode a été marquant à sa manière, parce qu’il a fallu choisir, découper, résumer, écarter. Une vie est impossible à résumer : c’est un labyrinthe. Il faut trouver un fil et le suivre. À chaque épisode, un choix et une bifurcation. On a suivi le fil du rire et de la tendresse. La difficulté principale a été d’évoquer des sujets qui n’ont rien de drôle, et qui sont du registre de la tragédie, notamment la déportation du père de Gotlib, et plus tard la perte de son fils. Finalement, toute l’œuvre de Gotlib est unrempart contre la tragédie. Comme Franquin, il a ses idées noires, mais elles sont disséminées un peu partout dans ses histoires, sous un masque de clown, sous le délire. Il nous fournit la notice. Le rire décape tout, soigne tout. C’est le remède.

Julien : L’aspect émotionnel m’a totalement cueilli, je ne m’y attendais pas. J’ai finiplus d’une fois des pages les larmes aux yeux, ça ne m’était jamais arrivé. Évidemment, les épisodes tragiques de la vie de Marcel, mais aussi le fait de décrire ce qu’est la vie d’une autrice ou d’un auteur, d’expliquer ce qu’est réellement ce métier de fou.
Dessiner un Marcel qui répond sans cesse à Claudie qu’il ne peut pas, qu’il a trop d boulot, c’est un peu se dessiner soi-même (toutes proportions gardées !) quand on a l’impression de ne plus avoir de vie sociale. Dessiner un Marcel qui doute, qui perd le « mojo », c’est se demander quand ça va nous arriver. Je n’ai cessé, en bossant ces pages, de faire des allers-retours entre ce que je vivais et ce que je dessinais.
Et puis dessiner Goscinny, Jacques Lob, Claire Bretécher, Alexis, Mandryka, mon propre père Jean Solé, et tous les autres que j’ai connus…ça m’a remué.
L’aspect émotionnel m’a totalement cueilli, je ne m’y attendais pas. J’ai fini plus d’une fois des pages les larmes aux yeux, ça ne m’était jamais arrivé.

Julien, comment prépares-tu ton travail sur chacune des planches ?
Je n’ai pas de zone de confort dans le boulot. Si je ne suis pas, au choix : insatisfait/en retard/ fatigué/bloqué du dos /coincé parce que j’ai dit oui à un autre boulot, autrement je n’avance pas, c’est comme ça. Donc je prépare peu, je zappe le storyboard car je considère qu’Arnaud a déjà réfléchi à son découpage et à sa répartition des scènes et des séquences.
J’attaque donc directement les crayonnés et les personnages naissent là, avec plus ou moins de réussite. J’annote les pages de scénario et distribue les cases sur les 3 strips de base, je place les textes en premier. C’est très bricolé en fait, c’est le dessin qui fait tenir l’ensemble, plus tard. Mes crayonnés, en deux couleurs, sont très précis, c’est là que tout prend forme. Ensuite, l’encrage au trait seul, et enfin, les lavis. Tout ça à l’ancienne, à la main. C’est super long, les lettrages, tout. À la Gotlib, quoi ! »


Je voudrais ajouter une anecdote personnelle : Nous sommes en 2013 et je suis invité à un festival de films et BD à Hyères, je crois. Thierry Lhermitte y est invité pour présenter le film « Quai d’Orsay », de Bertrand Tavernier, tiré d’une BD de Christophe Blain et Abel Lanzac.
Lors d’un repas, je me retrouve avec lui et d’autres personnes dont Gotlib.
Curieux bonhomme qui n’arrête pas de balancer des vannes qui nous font mourir de rire. A un moment du repas il nous dit : « On va faire un jeu : Chaque fois que quelqu’un viendra nous parler, on dira : dit-il ou dit-elle en baissant sa culotte ! »
Bien évidemment, la première à se présenter qui nous pose la question essentielle : « Avez-vous choisi ? » et nous de répondre « Dit-elle en baissant la culotte ». Explosion de rire sauf pour la serveuse qui n’a pas compris ce qui se passe et s’en va vexée. Durant le déjeuner, des amis, des fans, des artistes passent en disant bien sûr « Comment ça va ? » Et nous de dite très bêtement « Dit-elle… ou Dit-il » sans qu’on ait à finir la phrase et en se marrant comme des imbéciles ! Ce que nous avons fait durant tout le repas.
Essayez, vous verrez, à tous les coups ça marche !

Jacques Brachet

Hommage à Paris
Roger CORBEAU, un photographe hors du commun

Tous les ans au festival de Cannes, Jean-Claude Brialy organisait l’exposition d’un photographe de plateau. Cette année-là, en 1986, il rendait hommage à Roger Corbeau. Je ne le connaissais pas, ses photos étaient plus connues que lui, sauf dans le milieu du cinéma où les réalisateurs se l’arrachaient.
Jean-Claude avait organisé un repas après l’exposition qu’il lui dédiait et je me retrouvai à sa table.
C’était un homme au physique impressionnant dont le nom lui allait à merveille !
C’est au cours du repas que Jean-Claude me suggéra de faire un papier sur lui. Ce qu’il accepta en me donnant rendez-vous le lendemain à son hôtel.
Là, je découvrais un homme souriant, d’une grande simplicité, plein d’humour et j’allais passer deux heures sous le charme de cet homme volubile, en découvrant une carrière incroyable.
Voici 30 ans qu’il nous a quitté.

Arletty
Brigitte Bardot
« La femme et le pantin »

Roger Corbeau, comment vous est venue cette vocation de photographe ?
Je n’ai pas eu la vocation de photographe, jamais. En fait, ce devait être en 23 ou en 24, mon père m’avait offert un petit Kodak. Je l’utilisais pour photographier la famille le dimanche, tous ces dimanches où l’on allait en voiture du côté de Lembach et où, je m’en souviens, on mangeait tout le temps la même chose. Non. Ce que je voulais, c’était faire du cinéma. Une idée qui m’était venue tout jeune. Il faut vous dire que j’allais très souvent au ciné, la semaine à Haguenau – il y avait deux salles – et, les jours de vacances, à Strasbourg.
Et que pensaient vos parents d’une telle carrière ?
Mon père voulait me transformer en homme d’affaires. C’est d’autant plus curieux que lui-même était un intellectuel, bibliophile avisé, collectionneur d’objets d’art. Mais il ne voulait pas, mais alors pas du tout, que je devienne artiste. Par contre, je dois dire que je bénéficiais du soutien inconditionnel de ma mère qui, elle, trouvait cela très bien. Il faut vous dire qu’elle était une vraie fan de cinéma. Elle y allait beaucoup et voyait surtout des films allemands. C’était l’époque de la gloire d’Henny Porten. C’était au temps du cinéma muet…
Une enfance heureuse en somme ?
Une enfance très, très heureuse. J’avais la chance d’avoir pour père un homme généreux. Je me souviens que tous les samedis, nous recevions, ma sœur et moi, notre argent de poche. Le mien – et le sien, parce que je le lui empruntais à fonds perdus – passait dans les magazines de cinéma et ces merveilleuses cartes postales d’acteurs que je faisais venir d’Angleterre. En secret de mon père, bien entendu, qui ne mit quand même pas longtemps à découvrir le pot aux roses…

Rencontre à Cannes
Romy Schneider « Le procès »

Mais le cinéma, le vrai, c’est Paris. Donc, vous partez ?
Oui. En 32. J’avais 24 ans et me voilà décidé à « monter » – si l’on peut dire, vu la position géographique de Haguenau –  à Paris. J’avais obtenu l’accord passif de mon père et ma sœur m’avait donné ses économies. Je partais pour faire du cinéma. Mais attention : pas comme acteur. Cela, je n’y ai jamais pensé. Ce que je voulais, c’était entrer dans le rêve, y participer, le faire. Parce que c’était cela, le cinéma autrefois. Aujourd’hui, tout est dit. Il y a trop de sang, de sexe, de violence… Mais à l’époque, quelle merveille.
Mais comment avez-vous fait pour pénétrer ce monde du cinéma? Vous aviez des relations  ?
Ah ! Mais non, pas du tout. J’ai tout bonnement acheté la Cinématographie française : il y avait toutes les adresses pour les films qui étaient en train de se tourner. Et j’y suis allé, tout bonnement. J’avais repéré un remake de « Violettes impériales » Oh ! J’adorais… Je me suis présenté rue Anatole-de-la-Forge, près de la Grande-Armée, où ce film était annoncé.
Et là, vous trouvez du, travail ?
Eh là ! Doucement ! Je suis tombé sur une jeune fille, une secrétaire. Elle était absolument charmante, moi aussi je présume. Nous sommes devenus copains. Comme elle était amie avec le costumier, qui était un homme très gentil, je me suis retrouvé aide-costumier. Et voilà ! J’avais fait mon entrée, ma toute petite entrée, dans le cinéma : je passais mon temps à ranger.
Un temps qui n’a pas été très long…
Non. Grâce à ma rencontre avec Marcel Pagnol. Il était aux studios de Billancourt pour terminer « Fanny », qui était mis en scène par Marc Allégret. C’était juste avant qu’il ne décide de tourner ses films lui-même pour ne pas être trahi. Un beau jour, voilà qu’il me remarque. J’ai toujours eu le goût d’être soigné, je m’habillais le mieux possible. Cela l’a frappé. Et hop ! Me voilà bombardé accessoiriste. Je n’en revenais pas moi-même. Je rentrais dans le rêve… Vous savez, au fond, à Haguenau, je me demandais quand même si les acteurs existaient vraiment ou non…

Marcel Pagnol…
« Angèle »

Et ce fut le rêve d’une vie ?
Il a duré en tout cas, longtemps, et il dure encore. Mais, depuis un an environ, il s’est fendillé. Tout est vraiment devenu trop brutal. Et puis, cette manie du nu. Vous savez, les actrices étaient bien plus désirables quand elles étaient habillées. Maintenant, il n’y a même plus de distance. Les acteurs ressemblent aux gens de la rue, à tout le monde. Oh ! Je ne suis pas contre : c’est l’évolution.
Comment fut votre rencontre avec Pagnol ?
Extraordinaire. C’était au moment du tournage du « Gendre de M. Poirier ». Pour mon plaisir, en souvenir de mes dimanches à Haguenau, j’avais fait des photos. Je m’en souviens très exactement : cent onze négatifs 6×9… Je les donne à un photographe et le jour où je reçois le paquet en retour, pour une raison ou pour une autre, le frère de Marcel Pagnol, René, était près de moi. Il avise les photos, les prend, les regarde et explose : « Formidable, tu viens de sauver la publicité du film ». Deux ou trois jours plus tard, je rencontre Marcel Pagnol qui n’y va pas par quatre chemins : « Vas acheter un appareil, me dit-il, tu es le photographe de mon prochain film. » J’étais sidéré: je n’avais jamais suivi un seul cours de photo. Mais Marcel Pagnol parlait si souvent de « don de Dieu ». Allez savoir, je l’avais peut-être…
Quel accueil vous ont réservé les acteurs ?
Il vous faut essayer d’imaginer ce qu’était le climat de Pagnol. Lui, c’était le soleil. Il ne faut pas oublier le mot d’Orson Welles : « La femme du boulanger », a-t-il dit, c’est LE chef-d’œuvre. » Pagnol, c’était Pagnol. Tenez. Il aimait les travellings, eh bien, il aidait à poser les rails. Il adorait ça, même. Les scènes d’Angèle, il les écrivait au coup par coup et les comédiens apprenaient leurs rôles en mangeant. Et puis on tournait. Parfois jusqu’à quatre, cinq heures du matin. Les jeunes à qui j’ai raconté cela m’ont dit : « Comment ! Mais ce n’est pas syndical. » Pas syndical ! Mais on n’avait rien ! Pas de contrat, pas de syndicat. On était payé à la semaine. Mais c’était merveilleux, fantastique. Et puis, il y avait Pagnol, ce conteur extraordinaire. Tout ce qu’il racontait ! C’était tellement plus beau que la réalité.
Quant aux acteurs, qui ne voyaient que les photos du tournage, souvent ils me demandaient de leur faire des portraits.

Mylène Demongeot
« Les sorcières de Salem
Festival de Cannes avec
Jean-Claude Brialy

Vous avez travaillé longtemps avec Pagnol ?
Oui, mais pas exclusivement. A l’époque, je travaillais en même temps pour Sacha Guitry et Abel Gance. Pagnol n’était pas content, mais moi j’avais aussi mon idée : aller à Paris. C’était cela qui me plaisait et j’ai toujours eu pour habitude de faire ce qui me plaisait.
En somme, vous faisiez la promotion des films.
C’est simple : les photos étaient la vente du film. Parce que ces photos exaltaient la prise de vue. Il fallait toute l’interprétation du thème du film dans la photo. C’était un sacré travail et croyez-moi, on n’y faisait pas fortune ! Mais aussi, que de bonheur !

Cannes avec Pierre Tchernia

Propos recueillis par Jacques Brachet
Exposition 23 octobre 2025 au 31 janvier 2026
Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
73 avenue des Gobelins, 75013 Paris
http://www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/