Archives de l’auteur : Jacques BRACHET

Toulon – Pathé la Valette
Catherine FROT devient un homme heureux !

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Il y en a qui disent, qu’Edith serait un homme… on dit ça !
Et elle-même le dit qui, au bout de 40 ans, un mari, trois enfants, Edith (Catherine Frot) décide de devenir… Eddy !
Au grand dam de Jean (Fabrice Luchini), son mari et maire de sa commune qui voit sa vie d’homme totalement chamboulée et sa vie d’édile menacée. D’autant qu’il n’a rien vu venir, qu’il ne s’est rendu compte de rien lorsqu’elle lui avoue qu’elle a toujours pensé être un homme dans sa tête et dans son corps.
A partir de là, le réalisateur Tristan Séguéla nous offre un film déjanté « Un homme heureux », film à la fois drôle et bouleversant sur un sujet délicat et d’actualité : le transgenre.
Toujours sur le fil entre rire, émotion, tendresse, notre couple est irrésistible, Catherine Frot royale dans sa force tranquille (n’est-ce pas Monsieur Séguéla fils ?) mais aussi combative et résolue, et Fabrice Luchini sur qui le monde tombe sur la tête et qui, pour une fois, n’en fait pas des tonnes pour être à la fois énervant en maire quelque peu réac et attendrissant homme ayant peur de tout perdre.
A leur côté, irrésistibles, Artus et Philippe Katerine, la garde rapprochée du maire.

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Catherine Frot et Tristan Séguéla étaient les invités du Pathé la Valette.
Tristan Séguéla, d’où est venue cette idée ?
Ce n’est pas moi qui l’ai eue, ce sont Isabelle Lazard et Guy Laurent qui ont écrit le scénario et me l’ont proposé. Je l’ai brillant, original mais pas que… car j’ai aussi pensé que ce pouvait être un sujet casse-gueule. J’ai eu un grand plaisir à le lire et j’ai pensé que si le public pouvait éprouver ce plaisir, ça pourrait marcher. J’ai donc eu très envie de le réaliser en voyant tout de suite le couple que pouvaient former Catherine Frot et Fabrice Luchini, sans penser que, grâce à moi, j’allais les réunir à l’écran pour la première fois ! D’autant qu’ils ont tout de suite plongé !
Catherine Frot, on doit vous dire monsieur ou madame ???
(Elle rit de ce rire cristallin qu’on lui connaît et qu’on aime) C’est au choix du client !
C’est vrai que c’est la première fois qu’on me propose un rôle aussi original. Cela m’a plu d’autant plus que je viens du théâtre et que j’ai toujours aimé me transformer en personnage loin de moi. Au théâtre, Shakespeare et Marivaux ont souvent joué sur cette ambigüité homme-femme. Et j’avoue que cette proposition m’a émoustillée ! D’autant que ça a souven été l’homme qui se transformait en femme, au théâtre comme au cinéma.
Ça a été difficile de devenir un homme ?
Non, j’ai trouvé ça très amusant d’autant qu’avec mon visage rond, il fallait malgré tout que je sois crédible, dans la voix, dans la démarche, les poses, dans la façon d’être habillée. On a trouvé cette coiffure qui, je trouve, me va bien et… j’ai laissé pousser la barbe !!!
Je voulais que ce soit le plus vrai possible et surtout ne pas tomber dans la caricature. J’aime jouer ces rôles extrêmes, loin de moi car c’est à chaque fois une aventure.

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Avez-vous rencontré des transgenres ?
J’en ai connu dans ma vie et je sais que c’est pour eux une rupture énorme qui vient du plus profond de soi. C’est un combat difficile. Mais une fois la transformation faite, il y a un homme ou une femme. Point barre. Je voulais qu’on y croit et j’ai pris conscience de plein de choses. Et surtout je ne juge pas. Je trouve que le film est à la fois drôle et bouleversant
Tristan, lorsque vous avez accepté le scénario, qui vous a fait penser à ces deux acteurs ?
Je ne sais pas, une intuition. Leurs deux noms me sont tout de suite venus à l’esprit sans savoir alors que j’allais exaucer leurs désirs, depuis longtemps, de jouer ensemble, ce qu’ils n’avaient jamais fait.
– C’est vrai – reprend Catherine Frot – qu’on se connaît depuis longtemps, qu’on s’est souvent dit que ce serait bien de jouer ensemble, au théâtre ou au cinéma. Mais l’occasion ne s’était pas présentée et Tristan a réalisé cette envie.
C’est aussi un film sur la tolérance…
Tristan : Bien sûr et c’est surtout un sujet qui est resté longtemps tabou. Il y a encore du travail mais aujourd’hui on peut l’aborder, non pas en se moquant mais en faisant passer des choses par la comédie.
Catherine : C’est surtout la jeune génération qui s’ouvre à ce genre de sujets, qui les aborde, qui peuvent le comprendre. C’est vrai que notre génération était plutôt fermée à ces problèmes qui étaient considérés comme honteux, comme une maladie.
Tristan la fin du film est symbolique puisqu’elle se passe durant le carnaval de Dunkerque…
Oui car c’est un festival où les hommes se déguisent en femmes et vice-versa. J’ai beaucoup hésité sur la fin du film, tout au long du tournage car il y avait plusieurs fins possibles. Et sans divulguer comment ça se termine, j’ai choisi cette fin pleine de rires, de couleurs, de musique, de mélange des genres.

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Catherine, à l’âge qu’a Edith, n’est-ce pas un peu tard pour opérer cette transformation ?
Je ne crois pas qu’il y ait un âge pour ça. Dans sa tête, Edith a toujours été un homme mais les conventions d’alors ont fait qu’elle assumé d’être une femme, une épouse, une mère. Et elle ne le regrette pas car ses sentiments pour ses enfants et son mari restent inchangés. Les enfants ont grandi, ont fait leur vie et les deux garçons sont des adultes qui comprennent, même si la fille est un peu réticente. Son mari, elle l’aime toujours et elle a l’intention de continuer à former un couple avec lui, même une fois devenue homme. C’est surtout difficile pour lui et c’est compréhensible pour diverses raisons.
Mais elle est décidée et rien ne la fera dévier de sa décision.
Je vais vous faire un aveu : personnellement, je me préfère en homme !!!

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta
Sortie dur le écrans le 16 février

Notes de lectures

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Macha MERIL : L’homme de Naples (Ed l’Archipel – 123 pages)
On connait Macha Méril, comédienne, romancière auteure de livre toujours originaux, qu’ils parlent d’amour ou de cuisine ou encore de son pays, femme belle et lumineuse s’il en est, princesse Gagarine issue d’une grande famille russe. Née en France.
Pour être son amie, je connais son humour, sa joie de vivre et de rire mais aussi ses coups de colère, ses coups de gueule…
A plus de 80 ans, elle a toujours cette beauté irradiante et cela se voit sur les photos… Sauf sur ce dernier livre qu’elle nous propose, ni roman, ni autobiographie mais plutôt souvenir d’un épisode de sa vie amoureuse qu’elle connut avec un reporter-photographe en Italie, Luciano d’Alessandro.
Une parenthèse à la fois enchantée et désenchantée du genre « Je t’aime moi non plus ». Une passion autant amoureuse que sexuelle, fougueuse et intense qu’elle va vivre entre France et Italie, qui ne sera pas toujours un long fleuve tranquille. Tous deux épris de liberté mais lorsque l’amour vous tombe dessus, ça a des conséquences. Pour elle, de s’installer en Italie où sa flamboyante carrière française dans le cinéma va devenir une tristounette carrière italienne. Pour lui, qui part sans arrêt sur des lieux de combat et qui tombe amoureux et jaloux de la belle actrice qu’il passe son temps à photographier, loin de ses reportages habituels.
En nous faisant découvrir un petit pan de sa vie, Macha nous conte les aléas d’un amour presque impossible et nous montre des photos jamais publiées mais sur lesquelles, bizarrement, l’on y découvre la nostalgie, la mélancolie auxquelles elle ne nous a pas habitués. Et qu’elle va découvrir à la mort de son photographe dans une boite étiquetée « Amore », longtemps après qu’ils se soient séparés.
Des photos en toute intimité que Macha mêle à des photos de ses reportages car il fut un grand photo-journaliste.
C’est un superbe album où l’on découvre à travers ces photos où elle est d’une beauté époustouflante, une autre Macha intime, amoureuse, malheureuse.
Une histoire d’amour pas aboutie mais qui a laissé des traces.
Patrice PLUYETTE : Film fantôme (Ed Seuil – 235 pages)
Film fantôme, fantasque, foutraque !
Oui, un film sorti de l’imagination débordante de Patrice Pluyette.
Il faut se laisser porter par la plume, la verve d’un cinéaste à qui tous les malheurs arriveront. On peut aimer ou trouver au contraire très pénible la fabrication d’un film avec un scenario tiré du roman de l’Arioste, Rolando furioso ; vous rencontrerez des acteurs à contre-emploi, des ennuis d’argent bien sûr, des décors de pacotille.
Un film fantôme oui, mieux vaut en rire et passer un bon moment de lecture, tout comme on est censé passer un bon moment récréatif au cinéma.
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Yves HARTE : La main sur le cœur (Ed Les Passe-murailles – 156 pages)
Yves Arté a été journaliste et grand reporter à Sud-Ouest. Il a reçu le prix Albert Londres en 1990. Passionné par l’Espagne, il a écrit deux livres sur ce pays.
Dans ce roman, il se révèle intimement, à travers l’art et son amitié avec Pierre Veilletet, écrivain et journaliste à Sud-Ouest comme lui.
« La main sur le cœur », c’est l’attitude du personnage peint par Le Greco vers 1580 dans un tableau intitulé « El caballero de la mano en el pecho » c’est à dire le chevalier à la main sur la poitrine.
Mais qui est ce personnage déclaré dans les expositions tout d’abord en 1980 comme Juan da Silva, marquis de Montemayor, notaire du royaume d’Espagne nommé par Philippe II, puis en 2014 comme Juan da Silva, comte de Portalegre, espion de Philippe II, blessé lors d’une bataille au Maroc ?
Commence alors l’enquête de l’auteur auprès de spécialistes du peintre au cours de laquelle il se remémore les voyages faits en Espagne avec son ami Veilletet.
Porté par une belle écriture, et  dans une ambiance un peu mélancolique, le lecteur plonge dans l’Espagne du siècle d’or mais aussi dans une réflexion sur l’amitié et les besoins de reconnaissance des hommes. Un témoignage original.
Nathalie Rheims :  Au long des jours (Ed Léo Scheer –  172 pages)
L’auteur, en retrouvant  un ancien polaroïd dans un tiroir en fait un roman.
Ce n’est pas une autobiographie. Elle a 18ans et lui 55.  On ne nous dit son nom à aucun moment mais on le voit en photo  sur la couverture du livre et le public le reconnaît, car  à cette époque là, il est très connu, même célèbre. Il s’agit du chanteur Mouloudji.
Elle, comme lui, appartiennent au monde du spectacle.
C’est un roman assez étrange, la fin l’est aussi, il laisse une impression de vide et d’inutilité dans un roman inachevé.

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Sylviane CANNIO :   Le jour où je me suis enfin aimée    (Ed Sylviane Cannio –  281 pages,
dont 25  photos en noir et blanc de sa famille et de ses voyages).
C’est un livre qui nous raconte des histoires vécues qui nous guident  pour avoir et développer la confiance en soi et aimer la personne qu’on est.
Ce livre est fait pour aider les personnes, malades ou non, à trouver leur épanouissement professionnel et personnel  par le coaching.
L’auteur offre des solutions pour s’affranchir du regard des autres, en particulier sur le corps et retrouver une liberté intérieure.
Livre agréable, compréhensible, outil de réflexion  appréciable et sûrement très apprécié.
On aimerait peut être  voir le « coaching  » e développer davantage et être  plus utilisé en France.
Marie LEBEY : La valeur des rêves (Ed Léo Scheer – 170 pages)
Marie Lebey, auteur de ce délicieux roman s’amuse à rêver et à faire rêver son lecteur.
En effet il aura fallu une panne d’essence et la découverte d’un gigantesque mobile de Calder sur lequel sèchent les maillots de bains de jeunes vacanciers en colonie de vacances, pour déclencher cette très amusante et intéressante recherche d’une œuvre à authentifier. C’est un jeu de piste auquel se livre une jeune femme bien décidée à toucher son confortable pourcentage sur la vente de l’œuvre, et le commissaire-priseur très parisien qu,i lui aussi, tient à sa commission mais surtout au fantastique coup d’éclat qui marquera sa carrière.
C’est une occasion merveilleuse pour l’auteur Marie Lebey de nous faire redécouvrir cet étonnant personnage qu’était Alexander Calder. Un américain installé en France, heureux au milieu de ses mobiles de plus en plus importants en volume et en poids puisque faits en métal. Un américain tranquille qu’une petite fille séduit (mais c’est là du roman) et qui en un tournemain lui offre un petit tortillon porte-clefs fabriqué en deux secondes, le Moustipic, et qui resurgira plusieurs dizaines d’années plus tard à sa plus grande surprise.
Il faut lire le rêve de Marie Lebey, se laisser porter par l’enchantement de l’imaginaire et retourner bien vite visiter et regarder les œuvres étonnantes de ce très grand artiste, mathématicien, ingénieur de très haut niveau que fut Alexander Calder.

 

 

 

 

Sylvie GAUTIER : « Je viens de nulle part ! »

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Karine (Céline Salette) est femme de ménage le soir tard dans des bureaux. Elle vit seule avec son fils Ziggy (Thomas Gioria) et a formé un quatuor amical et indissociable avec Adèle (Camille Lellouche), Maryse (Souad Amidou) et Djamila (Eye Haidara). Complices, elles s’épaulent  car elles ont toutes des vies compliquées et cabossées.
Lorsque l’entreprise dans laquelle elles travaillent, est reprise, les filles s’insurgent contre le nouveau patron qui veut les obliger à en faire plus, loin de chez elles et pas mieux payées. Elles nomment Karine pour les défendre mais elles ne savent pas qu’elle est illettrée et qu’elle a toujours été aidée par son fils.
C’est pour elle un cataclysme car elle a trop honte de dire qu’elle ne sait pas lire mais elle veut aider ses collègues en allant affronter le patron.
« Brillantes » est le premier film de fiction et le premier long métrage de Sylvie Gauthier, plus habituée à écrire des documentaires. Et c’est une réussite, car il est bouleversant et le choix des comédiennes est épatant. A ajouter au quatuor, Julie Ferrier en cheffe qui est prise entre le patron et les employées, à Bruno Salomone, pêcheur, qui tombe amoureux d’une Karine qui n’ose pas avouer son illettrisme et à Thomas Gioria, très protecteur, plein d’amour et d’affection pour sa mère

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Tous dans leurs rôles, sont magnifiques, émouvants. Le film est tout en tendresse et en même temps, montre la difficulté de certaines femmes, dépendantes d’un patron, à s’en sortir, la pression et le chantage étant les armes de ce dernier.
On sort vraiment bouleversé de ce film et l’on retrouve cette jeune réalisatrice toute en pudeur, un peu effrayée devant affronter pour la première fois le public… et la presse, ce dont elle n’est pas habituée, cachée derrière ses documentaires !

« Ce n’est pas un film sur l’illettrisme, même si c’est un des sujets du film car j’ai été moi-même surprise de me rendre compte du nombre de personnes illettrées, encore aujourd’hui, malgré la scolarité obligatoire. Surtout dans ce genre de métier que l’on ne fait pas par envie ou passion mais par obligation car on ne peut pas faire autre chose.
Comme ce film me sort des documentaires je voulais faire un film positif, montrer que la solidarité des femmes n’est pas un vain mot. Et poser des questions universelles sur ces femmes comme : comment s’en sortir, lutter, se révolter contre la vie et ses inégalités ?
Ce n’est ni un film caricatural, ni misérable, ni désespéré, au contraire mais un film qui montre des clefs pour s’ouvrir aux autres, avoir le courage de résister grâce à l’entraide.

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Le personnage de Karine, malgré ses problèmes, est solaire…
Lorsque je l’ai rencontrée, c’est son regard qui m’a aussitôt attirée, un regard à la fois lumineux et grave. Je ne la connaissais pas mais je me suis très vite rendu compte de ses possibilités car elle n’est jamais tiède, elle m’a beaucoup étonnée par, à la fois sa force et sa fragilité. Elle a de plus un amour fusionnel avec son fils dont le rapport est plus père-fille que mère-fils. Un fils qui est prêt à tout lâcher pour aider sa mère.
Vous avez aussi utilisé Julie Ferrier à contre-emploi !
Et elle a aimé car on la connaît surtout dans des comédies légères et là, elle a un rôle ambivalent car elle est coincée entre ces femmes dont elle voit les problèmes et le courage et le patron à qui elle doit obéir au risque de perdre sa place elle aussi. Et pour sauver sa place elle profite des failles de ces femmes : obéir, accepter ou être virées.

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Vous connaissiez ce milieu ou l’aviez vécu ?
Non, moi je viens de nulle part ! J’ai passé mon bac, puis à 30 ans j’ai choisi de travailler dans l’audio-visuel et faire des documentaires aussi bien culturels que sociétaux. Je me suis intéressée aux femmes et à leur travail car je crois au travail des femmes, quel qu’il soit, qui leur permet d’avoir leur indépendance, même si c’est quelquefois compliqué. Je travaille beaucoup avec les femmes.
Mais j’ai également fait des documentaires culturels, par exemple sur Jules Verne, Victor Hugo, qui sont des personnages importants et populaires dont on ne connaît pas toujours leur vie d’hommes. Je viens de terminer un film un peu particulier, une sorte de comédie musicale autour des migrants qui se révèlent par la musique…
C’est donc votre premier long métrage… Comment l’appréhendez-vous ?
Avec pas mal de stress car c’est la première fois que je vais être confrontée au public. C’est aussi la première fois que je rencontre des journalistes… Tout est nouveau pour moi. Mais déjà je suis très surprise et heureuse du public que je rencontre à ces avant-premières. Un public très fin dans la compréhension des choses.
Je doute beaucoup, tout le temps de tout ce que je fais car je mets toujours beaucoup de moi et là je m’expose, et je sais que ce peut être violent.
Comment choisissez-vous vos sujets ?
J’écris au fil de mes rencontres. Je ne suis jamais sur une enquête, sur un sujet. Le sujet vient du fait que j’aime parler avec les gens et de là, me viennent des idées à creuser

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Ce film vous a-t-il donné envie de continuer dans cette voie ?
Pourquoi pas, si ce film marche assez pour récidiver !
Mais monter un film est très difficile car il faut trouver un sujet assez porteur pour en faire un film de fiction. Puis il faut trouver de l’argent et aussi des comédiens. C’est plus compliqué mais je suis ouverte à toute éventualité. J’ai déjà quelques idées !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Sortie du film le 18 janvier

Notes de musiques

Delphine COUTANT  : 2 systêmes solaires ( LC6 – L’autre Distribution -11 titres)
Delphine Coutant, chanteuse, compositrice, musicienne, se définit comme une Trobairitz (femme troubadour) du XXI°. Que voilà un joli titre ! La voici pour son sixième album, parée des oripeaux de la fonction qu’elle s’octroie. Une voix qui rappelle un peu celle d’Anne Sylvestre, c’est dire un charme certain, avec une diction parfaite.
Elle se promène, relax, entourée de 8 musiciens et chœurs sur des arrangements fleuris qui entourent bien la chanson.
Delphine Coutant s’exprime dans un univers très particulier, et rare dans la chanson. On est dans le minéral, le végétal, l’hiver, la glace, la sculpture, la mythologie (Méduse, Pégase), les plantes rares. Elle sait bousculer la langue et les images assez surréalistes, exemple « …voir la montagne bouger/sur une plage bretonne/l’Himalaya sous les pieds/dans un salon de glace… »
A écouter pour sortir des petites histoires quotidiennes et faire un doux voyage incongru

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LOCO CELLO : Tangorom
(Well Done Simone ! Record – Abbaye de Noirlac WDS003 – 11 titres)
Le « Violoncelle en folie » c’est un trio avec François Salque au violoncelle, Samuel Strouk à la guitare et Jérémie Arranger à la contrebasse, auxquels, pour ce disque s’adjoignent des invités de marque : Biréli Lagrène et Adrien Moignard à la guitare. A la tête de plus de 40 disques et de multiples récompenses le trio Tangorom s’empare du tango avec plusieurs titres d’Astor Piazzolla, du jazz avec des morceaux de Django Reinhardt, et même le classique avec Robert Schumann.
Le disque s’ouvre avec « Oblivion », le tango de Piazzolla le plus sensuel, joué bien dans la tradition mais avec un son nouveau. Une « Csardas » (en deux parties)  avec la guitare dans le rôle du  cymbalum et le violoncelle dans un lyrisme à fond tzigane. Une réussite avec toutes les couleurs du genre. « Tears » de Django et Grappelli, et « Clair de Lune » de Django avec Biréli Lagrène et la contrebasse, du grand art. Le Schumann « Auf einer Burg », ou encore « La Prière » d’Ernest Boch, joués façon tango, permettent à François Salque d’extraire toute la force d’âme que peut exprimer le violoncelle dans toutes ses nuances.
Ce violoncelle n’est pas fou, ou alors fou de musique, pour notre plus grand plaisir.
Élodie RAMA : Constellations ( Label 10h10 – 11 titres)
Fille d’Hilaire Rama célèbre bassiste et chanteur de blues et de musique bretonne, voilà qui lui a permis de s’ancrer dans la musique sans frontières. Elle se réclame de la créolisation conceptualisée par Patrick Chamoiseau dont le poème « Frères migrants » est dit par une voix d’homme sur une rythmique, texte qu’on peut résumer par l’un des vers « Le combat de l’un est le combat de tous ». Ce qui fait d’elle une chanteuse engagée.  Vivant à Marseille elle se frotte au Hip Hop et fait sa place dans ce riche milieu multi culturel. Akhenaton vient en duo avec elle sur « Indigo ».
Un voix nasale acidulée, très particulière et assez étrange. Elle chante avec une décontraction à la Lana Del Rey, mais sans la sensualité ni la diction. Son chant repose sur de belles rythmiques parfois très riches. « Ko » est assez emblématique de son style. Elle se montre plus rock lent dans « Home », une autre facette de son style. Elodie Rama a déjà trouvé sa « façon » et a toute sa place dans la chanson d’aujourd’hui.

Serge Baudot

 

 

 

Amaury de CRAYENCOUR… Un comédien heureux

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Photo Philippe Matsas

Théâtre, cinéma, télé… Amaury de Crayencour est un comédien qui enchaîne rôles sur rôles et dont la télé a fait de lui un artiste populaire tant il a joué, en « guest », dans des séries télévisées, de « Julie Lescaut » à « RIS » en passant par « Le bureau des légendes », « Camping Paradis », « Nos chers voisins », « Tandem », « Cassandre », » « César Wagner », ces deux dernières séries tournées en 22, sans compter, cette même année «Le souffle du dragon » avec Julie Gayet et Lola Dewaere et « Et toi, c’est pour quand ? » avec Blandine Bellavoir.
Mais lorsqu’il n’est par sur le petit écran, il est sur le grand ou au théâtre !
Le voilà d’ailleurs en tournée avec la pièce de Benoit Solès » « La maison du loup – A la rencontre de Jack London », mise en scène de Tristan Petitgirard, avec Benoît Solès « in person » et Eléonor Arnaud. Il se posera le vendredi 20 janvier à la Chaudronnerie à la Ciotat puis on le retrouvera le Vendredi 3 mars au Palais des Congrès de St Raphaël.

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Photo Fabienne Rappeneau

« Amaury, parlez-nous de cette pièce que vous emmenez en tournée…
C’est une pièce originale de Benoit Solès qui, suite au succès de « La machine de Turing » (4  Molière 2019) a écrit cette histoire et a réuni à nouveau la même équipe autour de lui… On ne change pas une équipe qui gagne !
C’est tiré d’une histoire vraie ?
C’est une histoire qu’a écrit Benoît Solès à partir d’une partie de la vie de Jack London, que je joue. Il avait alors 40 ans et est mort un an après. Jack London était devenu très riche. Il avait construit un manoir de 25 pièces, ultime rêve de sa vie de riche héroïnomane et alcoolique. Surdoué et écolo, il avait le foie détruit. Il n’arrivait plus à écrire et faisait appel à des journalistes qui pouvaient lui apporter des histoires.
Jusqu’à ce que son manoir soit détruit par un feu.
Il fut emprisonné en 1894 et raconte la vie d’alors d’un prisonnier, Dannell Stanting, dans « Le vagabond des étoiles ». Il faut savoir qu’à cette époque un directeur de prison pouvait, pour faire parler un prisonnier, lui mettre la camisole de force  et le condamner à mort. C’est ce livre qui a fait abolir ces traitements.

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Photo Fabienne Rappeneau

En 2014 vous avez été nominé aux Molière pour « Le porteur de rêve » d’Alexis Michalak, puis vient le succès de « La machine de Turing »… Vous avez le nez pour choisir vos pièces !
(Il rit)… J’ai le pif ! Tristan Petitgirard m’avait vu dans « Le porteur d’histoire », il est venu me dire qu’il voulait travailler avec moi et m’a proposé de jouer dans « La machine de Turing ». Tout est parti de là. A Avignon, nous avons fait une petite lecture avec quelques producteurs qu’on avait invités. Et de là, c’est devenu une grosse production ! Aujourd’hui, on retrouve la pièce dans la série chez Nathan « Les carrés classiques » où l’on trouve tous les plus grands auteurs à faire travailler aux élèves !
Même si l’on vous voit beaucoup à la télé, vous avez commencé par le théâtre…
Oui, à 17 ans et bizarrement ma première pièce a été « Le visiteur » d’Eric-Emmanuel Schmidt… qui produit aujourd’hui « La maison du loup ». La boucle est bouclée !
Pas trop difficile de se partager entre théâtre et tournages ?
Je ne vous dirai pas le contraire ! Quelquefois le planning est compliqué car une pièce de théâtre prend du temps, il y a les répétitions, les tournées et c’est un casse-tête lorsqu’on ajoute un tournage. C’est pour cela que je suis rarement dans un rôle principal d’une série. Il y a quand même eu « Les copains d’abord avec Julien Boisselier, Olivia Cote, Judith Siboni où nous jouions deux couples. Une jolie série
Mais j’arrive à concilier les deux avec aussi ma vie de famille, mon épouse, la comédienne Bahia Rehas et mes deux enfants.

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La machine de Turing – Le souffle du dragon

Vous avez joué avec elle ?
Dans « Tandem ». Sinon nous avons des projets différents mais nous essayons de tout concilier. Par exemple, elle va venir tourner une série à Marseille et je vais aller m’y installer un moment avec les enfants. Puis ce sera à son tour de me rejoindre sur un tournage près de Toulouse.
Nous nous nous sommes rencontrés sur « Le porteur d’histoire » d’Alexis Michalak puis retrouvés sur la série « Paris un jour de… (d’anniversaire, de transition, d’incruste…)
Votre nom est en fait Amaury Cleenewerk de Crayencour… Difficile à porter !
Surtout à dire et retenir lorsqu’on est comédien ! J’en ai donc enlevé une partie que j’avais déjà enlevée à l’école, sur les conseils de ma mère. C’est un nom qui remonte à quatre ou cinq générations. J’avoue qu’il faudrait demander à mon frère, il s’y intéresse plus que moi, d’où il vient et depuis quand il existe. Je sais qu’il vient du nord de la France et qu’il est devenu belge grâce à mon grand-père qui a épousé une femme belge !
C’est aussi l’anagramme de Yourcenar, la romancière Marguerite Yourcenar était votre grand-tante !
Ne s’entendant pas avec la famille elle a alors transformé son nom et est partie vivre aux États-Unis car elle tenait à sa liberté. Elle s’entendait bien avec mon grand-père avec qui elle a échangé une correspondance. Ça n’était pas toujours très littéraire mais il y a des lettres magnifiques. Elle avait une grande ouverture d’esprit.

LES COPAINS D ABORD 8
Les copains d’abord – César Wagner

Alors, vos projets ? Aussi importants que cette année 22 ?
On peut le dire ! J’ai d’ailleurs cette tournée qui va se continuer jusque vers avril. Puis en avril-mai je tournerai deux épisodes de « César Wagner «  avec Gil Alma et Olivia Cote que je retrouve. Je vais aussi enregistrer un livre audio : « Une belle matinée » de… Marguerite Yourcenar, l’histoire d’un enfant de 12 ans qui se lie d’amitié avec un vieil acteur anglais, qui lui communique sa passion du théâtre. Il y a des rapprochements avec ma vie.
Ensuite je vais retrouver Tristan Petitgirard qui va adapter sa pièce « Des plans sur la comète » pour en faire un film auquel il m’a demandé de participer.
Le chômage… Vous ne connaissez pas ?!
J’ai cette chance de pouvoir choisir mes projets au théâtre, au cinéma, à la télé.
Je vis une belle aventure ! Je suis heureux»

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Souvenir du Festival de la Rochelle 2022

Propos recueillis par Jacques Brachet

Notes de lectures

Antoine franceschi

Amélie ANTOINE : Aux quatre vents (Ed. XO)
1985 : la vie dans un petit village du Nord de la France où les gens sont installés depuis longtemps, où d’autres arrivent apportant leurs histoires, c’est le tableau que nous brosse l’auteure. A la suite du décès des propriétaires, le petit château est repris par un étrange personnage que nul ne connait et qui, non seulement achète l’édifice  mais aussi toutes celles qui se libèrent en faisant enlever portes et fenêtres. Un étrange climat s’instaure, Pourquoi ces mutilations ? Qui est ce curieux acheteur ? Pourquoi  ce comportement ? mystère!
L’angoisse s’installe.
Non, pas tout à fait car retour en arrière : 1942 : c’est la guerre. L’auteure réveille alors les souvenirs enfouis, les drames familiaux quotidiens. Qui est qui ? Que s’est-il-passé alors ? Elle va tirer le fil et détricoter l’histoire qu’elle pressent, entretenant le suspense et dévoilant les petits secrets enfouis au fond des mémoires. Bien sûr à travers la reconstitution du passé du village, l’énigme sera résolue.
Le roman se termine sans réelle fin laissant au lecteur le soin de continuer l’histoire.
Bien écrit, bien reconstitué quant à l’époque. Tout y est. Le suspense est maintenu. Un bon moment de lecture
Patrice FRANCESCHI : Patrouille au Grand Nord (Ed.Grasset)
L’auteur, écrivain de marine aux nombreux récits d’exploration, reprend du service en nous conviant à un merveilleux voyage à bord d’un patrouilleur de la Marine pour une mission au Groenland. il y retrouve un jeune officier qui a naguère fait ses débuts avec lui à bord d’un vieux gréement. On découvre tout au long de ce périple, le rude quotidien de ces hommes, tout petits devant l’océan déchainé.
Nous assistons aux manœuvres, aux prises de quarts comme à la découverte de la vie de ces peuplades du grand Nord, prises entre coutumes ancestrales et ravages de la modernité. Il nous dépeint les paysages majestueux et grandioses, les fjords gigantesques et les tempêtes effrayantes, le tout dans un univers d’hommes vivant dans un espace réduit, où la solitude laisse le temps à la réflexion et l’observation de ces paysages somptueux ;
Très bien rendu par une sobriété de mots, de phrases courtes. Un récit vibrant et poétique  à la fois

legardinier vadon

Gilles le GARDINIER : le secret de la Cité sans soleil  (Ed. Flammarion)
Ce livre est-il un roman d’aventures, un livre historique ou un thriller ? Un peu des trois.
L’auteur avait écrit ce roman il y a trente ans, il a fait aujourd’hui un gros travail de réécriture, en réactualisant l’histoire.
Tout se passe dans les sous- sols du château cathare de Montségur,
L’intrigue est la recherche du trésor des Templiers protégé par une société secrète, religieuse  prête à donner sa vie pour le conserver. Les frères vivent dans des cavernes, des grottes sombres (d’où le titre du livre), sous le château de  Montségur. On y rencontre des rivières souterraines qui tombent dans des gouffres sans fond. Il faut résoudre des énigmes concernant ces rivières. Où vont-elles ? De tous ces chemins qui se croisent, lequel choisir ?
Ils sont deux amis qui vont ne jamais se quitter  tout le long de l’histoire et nous les suivrons jusqu’au bout. L’inconnu fait peur, il faut construire des murs, en casser d’autres, se « camoufler » sans cesse, car leurs ennemis sont tout proches.
Dans le groupe des érudits, règne une véritable amitié, une vraie fraternité ; le roman est un peu moraliste, les bons gagneront  in extrémis, mais nous savons bien que rien n’est ni complètement noir, ni complètement blanc.
Catherine VADON : Les rusés des récifs (Ed Quae)
Un livre fascinant que l’auteure Catherine Vadon, océanographe de formation offre au lecteur curieux et très vite passionné par ce monde sous-marin extraordinaire.
Des photos à couper le souffle qui interceptent l’œil du lecteur et l’incitent à lire le texte qui complète la vie de tous ces animaux ou végétaux marins. Pour la plupart, ils vivent dans l’Océan Pacifique et se fondent avec les algues ou les coraux pour mieux se cacher des prédateurs ou au contraire pour mieux saisir leur proie. Il faudrait citer chaque animal car ils sont tous merveilleux, leur couleur, leur forme leur permet de se fondre dans cet univers aquatique, c’est une féérie sans fin au gré du mouvement des plantes sous-marines.
Vous découvrirez l’oursin fleur, le poisson scorpion, le crabe arlequin, le poisson crocodile pour n’en citer que quelques-uns. Feuilleter ce livre ne suffit pas, il faut le lire avec attention et remercier le travail de Catherine Vadon  qui offre en couverture ces fameux rusés des récifs que sont ces deux minuscules hippocampes du détroit de Lembeh en Indonésie.
Un pur enchantement.

jobic zeitoun

Yves JOBIC (avec la collaboration de Frédéric Ploquin) :
Les secrets de l’antigang, flics, indics et coups tordus (Ed Plon)
Yves JOBIC, sorti major de sa promotion de l’École Nationale de la Police, a pris sa retraite en mars 2022 après quarante et un ans de bons et loyaux services dans la police nationale. Quelques mois plus tard, il publie ce livre de souvenirs dans lequel il raconte son parcours au sein du 36, quai des orfèvres. Il a été un des derniers commissaires de la police judiciaire parisienne à avoir pratiqué le renseignement opérationnel impliquant de recourir à des informateurs.
Une pratique délicate mais qui aura permis de résoudre de nombreuses affaires. Jobic nous raconte le grand banditisme parisien, le proxénétisme, les braqueurs de banque et de transports de fonds, les saucissonneurs de milliardaires. Il relate également son incarcération pendant 17 jours en 1988 puis le procès qui a suivi alors qu’il était accusé faussement de proxénétisme et de corruption par des prostituées et leurs souteneurs, assoiffés de vengeance après les coups que Jobic avait portés à leur business. Il ne manque pas de critiquer les diverses réformes intervenues qui scotchent les policiers dans leurs bureaux à faire de la procédure judiciaire au lieu d’enquêter efficacement grâce à leurs sources.
Frédéric ZEITOUN : Fauteuil d’artiste (Ed L’Archipel)
Pour Frédéric Zeitoun… Ça roule !
Et pourtant, il avait tout pour que… ça ne marche pas puisque qu’il nait avec les forceps et dès le départ on savait qu’il ne marcherait pas. Comme il le dit avec humour, pour les claquettes, c’était raté ! Mais ce « petit juif à roulettes », comme il se surnomme, n’avait rien pour réussir : un physique ingrat caché derrière des hublots et ce maudit fauteuil.
Et pourtant… Pourtant, il a en a dû en franchir des obstacles ! Mais il l’a fait avec l’amour de sa mère, avec son humour et son autodérision, véritables boucliers pour ne pas sombrer. Et puis, l’amour des mots, l’amour de la musique, l’amour de la chanson… Tout cela a été salvateur.
« La chanson est la colonne vertébrale de ma vie » avoue-t-il. Ce parcours du combattant, il l’a vécu, il le vit encore quelquefois car même aujourd’hui, monter sur un trottoir ou des escaliers, franchir une porte très étroite, c’est toujours hélas d’actualité. Et Dieu sait s’il s’insurge encore et n’a pas peur d’aller frapper aux portes de qui veut bien l’écouter.
Cette « situation de handicap », comme il l’appelle, il la vit toujours, même si, devenu célèbre, il est peut-être plus aidé que d’autres… Et encore.
Sa vie, c’est aimée et défendue. Et puis, cette envie d’écrire et de chanter qui lui tient au corps et au coeur et qui a fait qu’à force de persévérance, de talent bien sûr, de passion, il est le seul chanteur à chanter sur une scène avec son fauteuil ! Il a su et sait se faire entendre et comme il le dit « Chanter c’est ma vie ».
Une vie qui l’a sauvé de tout avec, à ses côtés, Sabrina, la femme de sa vie et Simon ce petit garçon venu de loin, qui est devenu leur fils.
Frédéric Zeitoun, c’est un fonceur, un optimiste né, un battant et un amoureux de la vie, partagé entre amour et humour.
Je me souviens de deux jours passés à ses côtés à la fête du livre de Toulon où, attendant « le client », nous avons parlé chanson, amour que je partage avec lui, nous avons ri car il a l’humour à fleur de lèvres. Et je l’ai retrouvé sur la tournée « Age Tendre » qu’partageait avec ces artistes qu’il aime et qu’il aimait.
Tout au long de sa vie il a fait de belles rencontres comme Gérard Davoust, fidèle ami de plus de tente ans, Charles Aznavour avec qui il a écrit et chanté,, Michel Drucker, Jacques Martin qui lui ont offert ses premières chances, et bien d’autre.
Personnage attachant, émouvant et drôle Frédéric Zeitoun est vrai, il détonne presque dans ce milieu du show biz qui n’est ni vrai, ni tendre.
« Un honnête homme » comme on disait au XVIIIème siècle !

Six-Fours : CCFF… Des hommes oranges indispensables

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Si vous ne les connaissez pas, vous ne pouvez pourtant pas ne pas les reconnaître avec leurs combinaisons orange fluo, si vous vous promenez dans nos forêts…
C’est l’équipe des CCFF (Comité Communal des Feux de Forêts) de Six-Fours, qui parcourt chaque été les sentiers de notre commune en prévention des feux de forêts, hélas si nombreux dans notre région varoise.
Tous les étés, de l’aube à 22 heures, ces quelques 70 bénévoles sont aux aguets d’une simple fumée, se relayant et communicant avec les pompiers de Six-Fours et de la Seyne, surveillant les lieux stratégiques et tous les promeneurs qui, souvent, malgré les recommandations bravent les interdictions et fument ou sont prêts à faire des barbecues, se jouant des dangers qu’ils peuvent causer.
Heureusement, tous ne sont pas comme ça mais nos hommes en orange ont quelquefois fort à faire.
Sur le pied de guerre durant tout l’été, ils sont toujours présents, solidaires lorsqu’il y a des inondations ou lorsqu’on a besoin d’eux, pour une campagne de vaccination par exemple.

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Cet été l’alerte était à son maximum et on peut les remercier de leur aide et de leur travail.
Remerciements que le maire de Six-Fours, Jean-Sébastien Vialatte a tenu à leur faire en leur souhaitant la bonne année et en leur offrant quelques gâteries, entouré de quelques élus.
Quelques hommes de l’équipe, dont Guy Berjot, qui œuvre depuis vingt ans au CCFF et en est président depuis 2009, ont donc trinqué avec eux, le maire précisant les excellente relations que la municipalité partage avec ces hommes qui, s’ils sont voyants tout d’orange vêtus, restent des hommes de l’ombre rassurants, efficaces, enjoués et formant une équipe soudée toujours disponible.
Des hommes magnifiques et indispensables dans une région où souvent l’été est meurtrier.
Bravo à eux
Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

France 3 – inédit « Crime à Ramatuelle »
avec Florence Pernel et Lola Dewaere

samedi 7 janvier à 21h10

CRIME À RAMATUELLE

Élisabeth Richard, fraîchement nommée procureure, est de retour pour une nouvelle enquête dans la région de Ramatuelle. Elle sera, de nouveau, entourée par Caroline Martinez et Jérôme Leclerc.
Résumé de ce nouvel opus
À Ramatuelle, on retrouve, assassiné chez lui, Sébastien Lacassagne, un jeune patron qui dirigeait une plage et un domaine viticole. La procureure Élisabeth Richard accompagnée de la capitaine Caroline Martinez se retrouvent sur place pour résoudre cette enquête où la liste des suspects s’allonge à mesure de leurs avancées. Elles recroisent sur les lieux le journaliste Grégoire Spaletta. Ce dernier joue double jeu avec nos enquêtrices, qui vont rapidement relier le meurtre de Lacassagne à la disparition deux ans plus tôt d’une jeune Suédoise qui n’était autre que la petite amie du journaliste…

CRIME À RAMATUELLE CRIME À RAMATUELLE
Mathieu Burnel – Arièle Semenoff – Alexandre Labarthe

Avec Florence Pernel (Élisabeth Richard), Lola Dewaere (Caroline Martinez), Matthieu Burnel (Jérôme Leclerc), Florent Peyre (Grégoire Spaletta), Arièle Sémenoff (Christine Lacassagne), Chloé Chaudoye (Ambre Lacombe), Cécilia Cara (Louise Garnier), Pierre Hancisse (Jules Andreotti)…
90 min
Auteurs : Jean Falculète, Frédéric Faurt
Réalisation : Nicolas Picard-Dreyfuss

CRIME À RAMATUELLE CRIME À RAMATUELLE CRIME À RAMATUELLE
Lola Dewaere – Chloé Chaudoye – Florence Pernel

Vincent FERNANDEL
« Ma famille est mon ADN et mon héritage »

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Je me souviens d’un petit garçon de sept-huit ans qui m’avait rabroué parce que je ne lui avais pas demandé de me signer le livre de son père, « Fernandel de pères en fils ». Ce gamin était Vincent, fil de mon ami Franck Fernandel, que j’avais invité à Toulon pour signer son livre.
Le minot a aujourd’hui 40 ans (Eh oui !), son père nous a quittés depuis dix ans et quand je regarde Vincent, je vois son père, tant il lui ressemble.
Le troisième Fernandel a depuis, taillé sa route mais, un chien ne faisant pas un chat, il écrit des chansons, des pièces de théâtre, des livres, il a été journaliste et il rigole lorsque j’évoque notre première et seule rencontre ;

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« Oui, ça me fait rire car j’ai eu une éducation entre des parents très présents, un père qui avait une idée simple de ce métier. Il n’a jamais voulu être une star et avait beaucoup de recul face au show biz. Il relativisait le fait d’être le fils d’une vedette et artiste lui-même. Et il a toujours été vigilant face à mon éducation.
Il ne m’a jamais rien imposé, m’a toujours dit de faire ce que je voulais, à condition d’être sérieux dans mon travail, honnête et digne du nom que je portais.
Je ne me suis jamais senti investi de quoi que ce soit. Avec lui, on parlait de tout et rarement de son métier. Je suis heureux et fier du père que j’ai eu et ce que tu me racontes aujourd’hui me fait rire car c’est tellement loin de moi ! Mais petit, être fils et petit-fils de personnages comme eux n’est pas toujours évident, surtout vis-à-vis des gens qui imaginent mal que nous sommes des personnes comme les autres. Et je remercie mes parents de m’avoir donné ce sens des réalités.
Justement, comment se construit-on entre deux célébrités ?
Comme un garçon ordinaire. Au départ, j’ai eu envie de faire des études audiovisuelles. Je n’avais aucune velléité d’être chanteur ou comédien. Je préférais être dans l’ombre pour mettre les autres en valeur. Je pensais que ma place était derrière. Le hasard a fait qu le producteur de Frédéric Lopez m’a proposé d’être chroniqueur sur Match TV, qui n’existe plus d’ailleurs. J’ai été happé par les médias, puis je suis devenu animateur, journaliste spécialisé dans le cinéma sur M6.
Mais j’ai toujours gardé cette envie d’aider les gens.
J’aimais le théâtre, non pour être comédien mais pour aider des jeunes comédiens. J’ai donc pris des cours de théâtre et j’ai créé les Ateliers Vincent Fernandel.

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Et tu t’es pris au jeu ?
C’est grâce à Fanny Tempesti, fille de Gérard Tempesti, le producteur de mon père, qui a pris le relais de son père. Un jour, me voyant raconter des histoires à des enfants et voyant leurs yeux briller, elle me dit : «Pourquoi n’enregistrerais-tu pas des contes ? Si ça te dit, je m’occupe de toi»
C’est  ainsi que ça a commencé. J’ai enregistré les fables de la Fontaine puis, j’ai pensé à mon idole : Alphonse Daudet. Je pense que s’il n’avait pas existé, nous n’aurions pas eu Giono ou Pagnol. J’ai donc enregistré « Les lettres de mon moulin »,
(Sortie le 16 décembre sur toutes les plateformes.Le volume 2 sortira le 27 janvier et le volume 3 le 24 février)
C’est un nouveau tournant pour toi ?
Tu sais, je vais avoir 40 ans, j’ai toujours aimé dire les mots de Daudet et je pense que c’est arrivé en temps et en heure. Il me fallait du temps. J’ai toujours eu besoin de temps pour faire quoi que ce soit. Le temps est donc arrivé. Du coup, j’ai créé les productions Vincent Fernandel aidé par Fanny. Sans elle, je ne l’aurais pas fait car elle a toujours été auprès de moi comme elle l’était auprès de mon père. Je lui dois beaucoup.
Tu as écrit un livre sur ton grand-père mais pas sur ton père…
Tu sais que tu es le premier qui me pose cette question et ça me fait plaisir que ça vienne toi qui as été l’ami de Franck.
Lorsqu’on m’a proposé d’écrire ce livre sur Fernandel, j’ai plusieurs fois refusé. Ce qui m’a décidé c’est qu’alors il allait avoir cent ans et j’ai eu peur qu’a l’occasion, il sorte tout et n’importe quoi sur lui, comme ça a déjà été le cas. J’ai donc décidé de le faire car moi, je savais de quoi je parlais !

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Et Franck alors ?
Il y a dix ans qu’il a disparu, il a enregistré beaucoup de chansons et quelques succès. Je me suis dit qu’on ne les entendait plus et, plutôt que d’écrire un livre, pourquoi ne pas rééditer toutes ces chansons ? Et pourquoi ne pas devenir le producteur de mon père ?  Le problème était que je n’étais ni propriétaire ni producteur de ses chansons. J’ai décidé de le devenir. Ce qui a été un très long travail car je voulais qu’il soit fier de moi. Autre hasard : un jour le directeur artistique de Marianne Mélodie, Matthieu Moulin, m’appelle pour me dire qu’il voulait sortir une compilation de ses chansons, ce qui m’a fait énormément plaisir. Je me suis dit qu’il était temps de faire ce que je voulais faire. J’ai mis deux ans pour récupérer quelque vingt masters, dont le disque de « L’amour interdit » qui date de 83. Je compte sortir tout ça en 23.
Tu produis d’autres choses ?
Je suis en train de travailler avec un jeune chanteur, Florent Richard et son premier album devrait aussi sortir l’année prochaine. Là encore, j’ai pris le temps car je préfère faire une chose à fond plutôt que de faire n’importe quoi à la va vite. Une bonne daube ne se fait pas en deux heures !
J’ai toujours pris le temps de faire chaque chose et installer des échanges humains.
Dans tout ce que tu as fait, il est une chose qui est un peu originale : la sortie d’un livre intitulé « Au cœur de la fougère », un livre parlant… rugby !
(Il rit) Là encore le hasard car je ne connais strictement rien en rugby !
Un jour, un un producteur me convie à rencontrer le journaliste, Ian Borthowick, car il veut me rencontrer pour un documentaire qu’il veut faire sur les All Black. Curieux, je le rencontre et je lui dis que je ne suis pas l’homme de la situation. Au bout de six heures d’entretien, il me propose quand même de partir avec lui en Nouvelle Zélande.
Nous y avons passé 45 jours mais en revenant,le producteur a été lâché par un investisseur. Que faire de tout ce travail ? Heureusement, je prenais des notes jour après jour et lui faisait les photos. On a donc décidé d’en faire un livre… Voilà l’histoire. Ça n’a pas été un bestseller mais une belle expérience qui m’a appris beaucoup de choses.
En fait, tu es un artiste multiple et un homme heureux !
On peut dire ça. J’ai la chance, le luxe d’avoir une famille qui m’a donné de belles bases d’amour, de simplicité, de joie de vivre. En plus, lorsque je rencontre des gens qui me parlent avec toujours autant d’émotion et d’admiration de mon père et de mon grand-père, ça ne peut que me rendre heureux.
Ma famille est mon ADN et mon héritage.
J’en suis fier.

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Sophie di Malta

Notes de musiques

BAIJU BHATT & RED SUN. – PEOPLE OF TOMORROW (Neuklang NCD4269 – 15 titres)
Le violoniste Baiju Bhatt est né de père Indien (Rajasthan) et sitariste, et de mère Suisse. La vie s’ouvrait pour lui sur les mélanges. Ce qu’on retrouve dans sa musique qui repose sur un fond de musiques indiennes qui se mêlent à différents styles musicaux : musiques classiques, traditionnelles, rocks, orientales, vaguement jazz. C’est un arc en ciel de tours du monde, de tourbillons chatoyants, partagés par son groupe habituel : Valentin Conus (ss, ts), Mark Priore (p, clav), Blaise Hommag (eb), Paul Berne (dm), plus quelques invités de marque : Nguyên Lê (g), Raphëlle Brochet (voc) , Robinson Khoury (tb), Prabhu Edouard (tablas) et d’autres.
Baiju Bhatt  a étudié au Conservatoire de Lausanne et à l’École des hautes études de musique. Il découvre le jazz au piano, mais swingue au violon dans les bars. Il a également étudié avec Didier Lockwood et Jean-Luc Ponty ; le jeu de violon de celui-ci, et la sonorité de celui-là, sans parler, et surtout, des inflexions indiennes.
On a affaire ici avec une musique brillante, vibrante, reposant sur 15 nouvelles compositions du leader qui emportent aussi bien le groupe Red Sun en osmose totale qu’un joli nombre d’invités. A noter un morceau duo piano-violon pizzicato « Postlude » très réussi. Et encore le morceau titre, qui décale « The People of Tomorrow » dans lequel le violon marie l’indien au celtique.
Un disque pour amateur de mélanges savants. Mais à mélanger les cultures que restera-t-il à mélanger pour les prochaines générations ?

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LEHMANNS BROTHERS – THE YOUNGLING (vol 2
(Alhambra Studios Live session (10H36) – 5 titres)
Revoici le quintette de base des Lehmanns Brothers avec une kyrielle d’invités. Eux aussi sont des adeptes (air du temps oblige) du mélange des cultures musicales et des influences multiples. Ceci posé ils s’en sortent bien.
Un début à la Beatles. En 2012, cinq Lycéens d’Angoulême se réunissent dans un garage pour créer leur propre son en partant de  leur passion du funk et du hip-hop. Ce sont Clément Jourdan à la basse, Alvin Amaïzo à la guitare, Dorris Biayenda à la batterie, Jordan Soivin au trombone, Julien Anglade au chant et aux claviers.
Ils ont un son de groupe qui fait plaisir à entendre. Julien Anglade est à la charnière du funk, de la soul, du gospel et de Sting, dont il a hérité du timbre de velours et du charme, avec un excellent groove ; écouter par exemple « Rain ». Les Brothers ont su s’accaparer avec maestria des courants actuels, par exemple le Hip-Hop complètement renouvelé dans « Picture Perfect », ou le jazz avec « Far Into The Jungle’s Depth » où domine un beau solo de sax.
Les cuivres des invités, les chanteurs du chœur, tout ce beau monde se lance en background façon big band sur des tenues à l’unisson. Effets garantis, avec une rythmique défonce.
KIMYA ENSEMBLE – BETWEEN MIST AND SKY
(Urborigène Records 005 – Inouïe Distribution – 7 titres)
Amir Amiri (santour) et Olivier Marin (alto et viole d’amour) viennent de la scène montréalaise. A Paris ils fondent le groupe  Kimya en accueillant Roméo Monteiro (perçus indiennes) et Andrew Briggs (violoncelle). Ce quatuor de chambre mêle musiques classique et contemporaine européenne, du Moyen-Orient et de l’Inde. La pochette nous indique que Kimya signifie alchimie en Arabe. Reste à savoir si ces musiciens réussissent l’alliage des musiques pour obtenir de l’or ? Rien n’est moins sûr.  Entre « La brume et le ciel » je reste dans la brume.
Certes ce sont d’excellents musiciens, munis d’une technique sans failles et d’une culture musicale sans reproches. Mais je préfère l’original aux triturations Musiques du monde. Je ne suis pas compétent pour juger du rapport aux musiques indiennes, bien que je les aime beaucoup, ici ça manque de vie, c’est très, trop, appliqué. Seule l’interprétation de « Les folies d’Espagne » de Marin Marais, et « Habib » (parce que j’adore le santour) me titillent l’oreille.

Serge Baudot