Archives de l’auteur : Jacques BRACHET

Six-Fours – Maison du Cygne
Nemanja RADULOVIc et Laure FAVRE-KAHN
ouvrent le bal de la Vague classique

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Physiquement, c’est le yin et le yang.
Nemaja Radulovic, crinière à la Samson petites lunettes qui lui donnent un air romantique, est violoniste. Il est franco-serbe.
Laure Favre-Kahn, blonde Ophélie aux yeux couleur de Provence, est pianiste. Elle est arlésienne.
Ils forment un couple magnifique, un couple musical romantique à souhait et ce sont eux qui ouvrent le bal de la saison musicale « La vague classique » à la Maison du Cygne de Six-Fours.
Doués et talentueux, lui a commencé le violon à 7 ans, elle a débuté le piano à 4 ans.
C’est à la Maison du Cygne, en plein midi, qu’on les rencontre alors qu’ils terminent leur répétition. Ambiance on ne peut plus décontractée, souriante. On sent tout de suite une grande complicité.
Et en toute simplicité, ils rencontrent quelques musiciens en herbe issus du Conservatoire de Musique de Toulon Et Laure aura ce joli geste de demander à l’un d’eux de tourner les pages des partitions lors du concert.
Après quoi, ils me concèdent un moment d’entretien avec une gentillesse infinie.

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« Nemanja, Laure, depuis combien de temps travaillez-vous ensemble ?
Nemanja : Cela fait 18 ans. Nous nous sommes rencontrées au MIDEM à Cannes grâce à Frédéric Lodéon, violoncelliste et chef d’orchestre. On jouait chacun en solo, il nous a fait nous rencontrer, nous nous sommes tout de suite entendus, nous nous sommes dit : pourquoi ne  pas jouer ensemble ?
Nemanja, vous êtes serbe, vous avez commencé le violon à 7 ans. Aviez-vous des parents musiciens ?
Pas du tout même, même si j’ai un oncle chanteur et si mes parents ont toujours aimé la musique. Du coup, mes deux sœurs et moi avons baigné dans la musique, même s’ils ne pratiquaient pas. Pourquoi le violon ? Je ne sais pas trop mais l’instrument m’a plu et j’ai continué.
Et vous Laure ?
C’est un peu la même chose, mes parents n’étant pas musiciens mais aimant beaucoup la musique, ils m’ont toujours encouragée, n’ont jamais mis un frein à ma passion. J’ai découvert le piano à 4 ans sans au départ avoir la pensée d’en faire mon métier et comme Nemanja, je ne l’ai jamais quitté.
L’un vient de Serbie, l’autre de Provence et vous voilà tous deux à Paris !
Semanja : Après le conservatoire de Sarrebruck et la Faculté des Arts de Belgrade, j’ai quitté la Serbie à 15 ans  avec toute ma famille. Car nous sommes très unis et ils m’ont tous suivi ! Je suis entré au Conservatoire National de Musique de Paris avec pour professeur le violoniste Patrice Fontanarosa.
Laure : Je suis entré au conservatoire d’Avignon puis j’ai continué au Conservatoire de Paris, mon professeur étant le pianiste Bruno Rigutto. Mes parents, eux, ne m’ont pas suivie mais m’ont permis de pouvoir suivre mon chemin. C’était en 91, j’ai obtenu le premier prix en 93, j’avais 17  ans. Je suis alors devenue parisienne d’adoption mais je reviens le plus souvent possible chez moi… C’est moins loin que la Serbie !
Et vous, Nemenja ?
Moi aussi je reviens  chez moi quand je peux… Même, comme le dit Laure, si c’est un peu loin ! J’’ai la double nationalité franco-serbe.

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Tous deux vous avez été à bonne école avec deux superbes professeurs !
Laure : Oui, nous avons eu beaucoup de chance. De plus, tous deux sont très amis.
Pour jouer ensemble, il faut avoir les mêmes goûts musicaux… Comment ça se passe ?
Nemanja : Heureusement, nous avons les mêmes goûts communs à 80%, ce qui nous laisse un grand choix, même si nous avons quelques différences.Moi, j’aime jouer Mozart, Beethoven, elle pas spécialement
Laure : Ça ne veut pas dire que je n’aime pas. J’aime et j’écoute mais je n’aime pas les jouer ; Par contre, j’aime beaucoup Brahms. A tous les deux, nous arrivons à trouver des musiques en commun.
Aujourd’hui beaucoup de musiciens dits « classiques » font des incursions dans d’autres musiques. Est-ce que ça vous arrive ? En avez-vous envie ?
Laure : C’est vrai que notre génération peut aujourd’hui aller dans d’autres univers musicaux, ce qui n’aurait pas pu se faire avant. J’aitrès envie d’enregistrer un jour un disque de jazz manouche, musique que j’adore. Ou encore de tango argentin.
Nemanja : Moi, j’adorerais jouer avec le groupe japonais News !
Mais tout cela se fait au hasard de rencontres et nous sommes ouverts à ces échanges, ces différences. La preuve : durant le Covid, je me suis lancé dans l’enregistrement de musiques traditionnelles de 67 pays. Le disque devrait sortir à l’automne chez Warner.
Laure : J’ai sorti un disque chez Naïve, avec des œuvres de Liszt, Haendel, Borodine et quelques autres, intitulé « Vers la flamme » d’après une œuvre de Scriabin que je joue. Je prépare un nouveau disque dont je ne peux pas encore dévoiler grand-chose mais qui sera particulier, avec d’autres musiques interactives.
Vous avez enregistré des disques, chacun de votre côté mais pas encore ensemble !
Nemanja : C’est vrai que nous jouons beaucoup ensemble lors de tournées et de concerts, cela ne s’est pas encore fait mais nous en avons très envie.
Laure : Le problème est pour le moment le manque de temps et aussi que nous ne sommes pas dans la même maison de disques, ce qui complique un peu les choses… Mais ça se fera ! ».

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En ce premier soir de festival donné en la cour d’honneur de la maison du Cygne, Nous avons donc eu droit à un duo plein de charme, de beauté, où leurs deux instruments nous ont offert un joli voyage, débutant avec « Romanian dances » du hongrois Béla Bartok, suivi de « Nigun », une partie de l’œuvre « Baal Shem » du suisse Ernest Bloch, puis nous partîmes sur les traces de l’allemand Johannes Brahms et son magnifique « Scherzo », la « Sonata » du français César Franck fut un beau moment d’émotion, pour se terminer avec « Les scènes de ballet », belles mélodies rythmées du français Charles de Bériot.
Terminé ? Non, car le public nombreux et très à l’écoute en redemanda. Et les voilà tous deux partis pour l’incroyable « Czardas » de l’italien Vittorio Monti qui demande une dextérité incroyable tant le rythme est effréné et qui fit « un tabac ». Et cette fois, pour clore ce magnifique concert, nos deux virtuoses partirent sur le « Clair de lune » de Debussy.
On ne pouvait mieux démarrer une saison, sous le signe de l’émotion et du talent, avec ce duo de charme qui, avec passion et maestria, nous a offert l’aubade sous un superbe clair de lune, où de temps en temps se sont mêlés les piaillement des  oiseaux et les coassements de grenouilles.
Grand moment de charme grâce à ce couple aussi beau que talentueux.

Jacques Brachet






Six-Fours – Six N’Etoiles
Jérôme Commandeur l’irréductible.

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Il est humoriste, imitateur, chroniqueur TV et radio, comédien, réalisateur, scénariste…
Jérôme Commandeur, qui a débuté dans « Graines de stars » en 1997, a magnifiquement évolué, et  excelle dans tout ce qu’il entreprend, au point d’être devenu un artiste que l’on aime et que l’on apprécie.
Le rire est sa façon d’être et grâce à lui, il a joué ou tourné avec les meilleurs, de Dany Boon à Olivier Baroux en passant par  Michaël Youn, Florence Foresti, Benoît Poelvoorde, Josiane Balasko… Et j’en passe.
Roi du one man show, en 2016, il devient réalisateur, tournant « Ma famille t’adore » avec une belle brochette de comédiens : Thierry Lhermitte, Marie-Anne Chazel, Valérie Karsenti, Sabine Azema… Du beau monde.
Et le voici qui récidive avec « Irréductible » qu’il co-scénarise, avec son ami de jeunesse Xavier Maingon, qu’il réalise et dans lequel il joue. Et là encore, un casting en or  puisqu’il est entouré de Laetitia Dosh et Pascale Arbillot mais chaque apparition de quelques minutes ou un peu plus, nous fait découvrir Gérard Darmon, Christian Clavier, Valérie Lemercier, Gérard Depardieu, Anne-Sophie Lapix, Nicole Calfan, Malik Bentala, Evan Darlan, Esteban… Et j’en oublie !
Vincent Peltier (Jérôme Commandeur) est employé aux eaux et forêts. Il est ce qu’on appelle un fonctionnaire, ce qu’on appelait avant « un rond de cuir » et heureux de l’être pour de multiples raisons : la sécurité de l’emploi, le treizième mois, le fait de ne pas en faire une rame, la cantine et surtout, filou sur les bords, il fait un peu de chantage à ses clients qui ont besoin de ses services.
Tout pourrait donc aller le mieux possible jusqu’au jour où une inspectrice (Laetitia Dosh) vient leur annoncer que certains – dont il est – devront démissionner avec une belle enveloppe à la clef pour pouvoir se reconvertir.
Mais que nenni : Vincent reste et restera fonctionnaire. Rapport de force entre les deux : elle qui, pour arriver à ses fins, va l’envoyer dans les pires endroits et jusqu’au Groënland, lui qui dit oui à tout pour garder sa fonction… Ainsi va-t-on suivre cet employé modèle dans ses pérégrinations.
Avec son éternel sourire de « ravi » qui s’adapte à tous les postes, Jérôme Commandeur, s’il est irréductible est aussi irrésistible de drôlerie, d’humour, avec une fin inattendue.
Car entretemps il rencontre une collègue (Pascale Arbillot) qui devient sa compagne, fichée de trois enfants de trois pères différents !
Le film a obtenu le grand prix du festival d’Alpe d’Huez.

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Je retrouve en tête à tête, l’irrésistible sourire de Jérôme Commandeur au Six N’Etoiles, où il est venu présenter son film.
« Jérôme, dans ce film, on se pose une question : Vincent est-il sympathique ou pas ?
C’est vrai qu’il est à la fois plan-plan, roublard, tire au flan, accroché à son bureau mais il a décidé une fois pour toutes de rester dans l’administration avec une force et une capacité d’adaptation incroyables. Du coup, afin de s’agripper à son bureau, il ne va pas arrêter à se déplacer ! Jusqu’au jour où…
Moi, en fait, je le trouve bien sympathique.
C’est votre second film, tourné durant le confinement…
Durant les deux confinements et le tournage a été difficile car il a fallu passer de Limoges et Paris à la Suède, du Groenland à l’Equateur, avec des changements de climat incroyables. D’autant que je voulais des décors naturels car je ne voulais pas tourner devant des murs verts. Au Groenland entre autre, on a eu très froid !

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C’est un film un peu déjanté ?
Oui, cet adjectif me convient ! C’est un film un peu illuminé.
Mais je suis heureux du résultat, j’ai fait le film que je voulais, une sorte de jeu de l’oie clipé en accéléré.
Vous avez un générique en or… Comment avez-vous fait pour dissuader tout ce beau monde à venir pour des rôles infimes pour certains ?
Je crois que j’ai eu du pot ! Pourquoi, ont-ils accepté, ça reste encore mystérieux. Car 95% de ceux à qui j’ai demandé m’ont dit oui. Et en plus, ils ont tous pris du plaisir !
Même Christian Clavier ??
Surtout Christian Clavier qui a dit oui tout de suite ! C’est la première fois qu’on lui propose un rôle de syndicaliste pur et dur, alors qu’on lui propose, quatre-vingt-dix fois sur cent les éternels rôles de bourgeois surexcité. Ça l’a beaucoup amusé.
Comment est venue l’idée de ce film ?
C’est en fait un remake d’un film italien que Ceccho Zalone, acteur et chanteur très connu en Italie a tourné il y a dix ans. Le film s’appelle « Quo vado ? ». Un ami m’en a parlé et après l’avoir visionné, avec Xavier Maingon, on a eu envie d’en faire la version française, avec l’assentiment de Ceccho.
Bien sûr, il fallait le franciser car même s’il y a beaucoup de points communs, les deux pays n’ont pas la même façon de voir les choses, pas toujours le même humour car chacun d’eux a, disons, son humour « national » sinon régional. Mais en fait, nous n’avons changé que 30% du film italien. Et je suis à la fois heureux et stressé de savoir qu’à la première du film à Paris le 20 juin, Checco sera présent. Déjà, j’ai eu les félicitations du producteur italien, c’est rassurant !
Comment travaillez-vous avec Xavier Maingon ?
C’est un ami et un complice de toujours, j’avais 26 ans lorsqu’on s’est connus, ça fait vingt ans, il faisait alors les lumières et on s’est retrouvé au Sénégal ! Nous nous complétons, nous avons chacun notre spécialité : Xavier est plus tourné vers la structure et moi je m’attarde plus sur les dialogues.
Il a mis en scène et réalisé mes spectacles.
Trois casquettes dans le film : scénariste, réalisateur, comédien… Pas trop difficile ?
Non, dans la mesure où l’on est bien entouré. Il faut savoir se faire aider et être entièrement à son poste de comédien ou de réalisateur. Ce qui est formidable c’est qu’en étant des deux côtés, le réalisateur comprend mieux les comédiens et le comédien comprend mieux le réalisateur. Il faut que chacun reste à sa place, que chacun reste à l’écoute de l’autre. En tant que réalisateur, je suis très à l’écoute d’une demande, d’une proposition, même si au départ, le scénario est bien ficelé. Etre à l’écoute est pour moi impératif.

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Aujourd’hui, scène, ciné, télé ?
A quelques dates près, je termine ma tournée. « Tout en douceur » et l’on va me retrouver sur Canal + dans la série « La flamme », la suite de « le flambeau, les aventuriers de Chupacabra » », de Jonathan Cohen. J’y retrouverai d’ailleurs Gérard Darmon.
C’est une parodie de télé réalités comme « Kho Lanta »
Puis je serai sur le tournage de « Asterix, l’empire du milieu » réalisé par Guillaume Canet. J’y serai Abraracoucix.
Vous vous êtes en fait spécialisé dans la comédie !
N’oubliez pas que je viens du one man show. J’ai été à l’école du Splendid, de Coluche, de Bedos, des gens que j’admire, qui m’ont donné l’envie de faire ce métier. J’aime cette idée de transmission car j’ai beaucoup appris d’eux, ils m’ont transmis ce que je sais et j’ai envie à mon tour de transmettre. Je trouve que c’est très important.
Aujourd’hui je suis considéré comme un artiste comique, le public m’a connu en tant qu’humoriste et ça ne me gêne pas d’avoir cette étiquette. C’est ma signature. Je suis identifié ainsi.
J’ai fait beaucoup de choses mais toujours tournées vers l’humour. J’ai arrêté la radio depuis cinq ans afin d’être plus clair avec moi-même.
Aujourd’hui je me recentre sur la scène et le cinéma.

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Avec l’équipe du Six N’Etoiles

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Six N’Etoiles : Photoscreations.fr
Photos films : David Koskas


Six-Fours – Collège Reynier
Marie-Paule Martinetti a encore frappé !

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Vendredi 13 a porté bonheur à la troupe de Marie-Paule Martinetti, cette prof de Français énergique, toujours un peu surexcitée ( !) qui a décidé, voici quelques années de créer des cours de théâtre qui se sont transformés en une troupe puis une association nommée « Le théâtre de fortune »
Plusieurs fois par an, elle jette ces ados en pâture au public et d’année en année ces groupes ont vu arriver nombre d’élèves auxquels Marie-Paule a fait aimer l’art de s’exprimer sur de beaux textes et sur des créations théâtrales toujours très réussies, où l’on découvre de jeunes ados talentueux qui, peut-être un jour, embrasseront cette carrière.
Rendez-vous donc ce 13 mai à l’auditorium Reynier pour un nième spectacle où se sont mêlées les deux troupes sous la houlette de la prof qui, bizarrement, était beaucoup plus calme que d’habitude !

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C’est tout vêtus de noirs, bretelles rouges et blanches que tous sont entrés en scène et se sont assis deux par deux pour nous proposer des « Brêves de théâtre signées Jean-Louis Barrault, Topor, Jules Renard, Olivier Py et même Michel Galabru !
Peut-être un peu trop statique, la mise en scène aurait peut-être pu être un peu plus rythmée. Mais c’était un avant-goût de la suite, quelques saynettes signées Marie-Paule Martinetti et Jacques-Henri Maurin où seuls, en duo, en groupe chacun est venu jouer autour du thème du théâtre : le trac l’égo, les spectateurs, la mise en scène….
Chacun y a tiré son épingle du jeu.
La seconde partie fut la reprise d’une courte pièce de Ronan Mancec ( Ed théâtrales) dont l’adaptation a remporté le prix du public au festival du théâtre amateur du Pôle-Le Revest.

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Abel (Loan Don) et Jo (Nolan Solari sont deux frères. Ils se retrouvent à la campagne, Abel sortant d’une année d’internat et retrouvant son frère et les copains chez les grands-parents.
Ils s’aiment mais chacun suit une route différente. Abel, timide et inquiet est tombé amoureux d’un garçon, Jo, ayant une colère rentrée, dessine des croix gammées.
Ils s’aiment peut-être mais l’éloignement en fait des étrangers qui vont se confronter lorsque Jo apprend que son frère est attiré par un garçon.
Une pièce sur l’adolescence qui est un moment transitoire et souvent compliqué pour les ados, superbement interprétée, avec finesse, émotion, délicatesse par ces deux comédiens en herbe très prometteurs.
Encore une jolie réussite  que vous pourrez voir ou revoir le jeudi 19 mai, même lieu, même heure.

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Jacques Brachet




Notes de lectures

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Janine BOISSARD : « Quand la belle se réveillera » (Ed Fayard – 246 pages)
Alors qu’elle nous a habitués à nous offrir des romans familiaux, avec ce roman, Janine Boissard sort quelque peu des sentiers battus, nous proposant une sorte de thriller original à deux voix : celle d’Alma et Mathis, couple marié et heureux qui va être l’objet d’un enlèvement : celui d’Alma qui, un matin en se réveillant, se retrouve enchaînée dans une étable sans se souvenir de ce qui s’est passé. Elle va attendre qu’un jeune homme lui apporte, sans jamais lui dire un mot, de quoi boire, manger, se changer.
Pendant ce temps, Mathis court vers son ami d’enfance Germain, officier de gendarmerie afin que tout soit fait pour activer les recherches, suite à une vidéo où ils découvrent Alma dans un piètre état mais vivante.
Pendant ce temps, celle-ci tente de faire parler celui qui dit s’appeler Paul, qui ne la maltraite pas, au contraire, qui essaie de lui apporter un certain confort et commence à se confier.
Elle comprend que c’est un ado qui a souffert. Il finit par se rapprocher d’elle ainsi qu’elle de lui, ayant l’habitude des enfants maltraités dont elle s’occupe dans la vie.
Peu à peu quelque chose se passe entre eux, qui frise le syndrome de Stockholm presque inversé puisque c’est Paul « le bourreau », qui développe des sentiments pour celle qu’il tient prisonnière.
Elle aussi s’attache peu à peu à ce garçon en souffrance dont on apprend l’histoire peu à peu et dont on finit par comprendre son geste insensé.
Jusqu’au bout l’on se demande comment cette folle histoire peut se terminer. Une fin d’ailleurs surprenante dont on ne vous dira rien mais qui déborde d’émotion.
Par petites touches, Janine Boissard nous révèle la personnalité de chacun, personnalité attachante de part et d’autre qu’elle nous distille au fur et à mesure avec beaucoup de tendresse, de finesse et, en définitive, d’amour, avec cette belle écriture qui fait qu’on a toujours un extrême plaisir à lire.
Françoise BOURDIN : « Un si bel horizon » (Ed Plon – 261 pages)
Lisandra et Ettore Bartoli ont construit au Cap Corse une auberge qui, en quelques années, s’est agrandie jusqu’à devenir un magnifique hôtel quatre étoiles. Ils ont eu quatre enfants et ont tout managé ensemble jusqu’au décès d’Ettore.
Lisandra a donc continué seule, tenant à bout de bras et d’une main de fer l’hôtel et les enfants. Giulia et Ange aujourd’hui secondent leur mère et sont l’avenir de l’hôtel, Lucca, marié à Pia, a lui, choisi de devenir avocat mais épaule de loin son frère et sa sœur. Quant à Orso Homme de près de 40 ans atteint du syndrome borderline, il est resté un éternel adolescent, sujet à de violentes crises, des pulsions qui perturbent la famille.
Mais tous font front autour de lui et de l’hôtel.
Lisandra, toujours inquiète, pense à l’avenir même si elle n’arrive pas à lâcher la bride à Ange et Giulia, mère célibataire d’un petit Mateo qui est l’avenir de l’hôtel mais dont elle sait qu’il ne pourra  tenir seul un tel établissement, si tant est que ça l’intéresse. Ange, éternel coureur de jupons, est tombé fou amoureux d’Inès qui, d’emblée, n’a plu à personne de la famille car elle ne s’intéresse qu’à faire un grand mariage et s’approprier une part de gâteau.
Heureusement Ange ouvrira les yeux au moment de signer les papiers qui attestent qu’aucun conjoint ne peut prétendre à rien. Entretemps, venu de Paris, Guillaume, fait construire une maison pas loin de l’hôtel et va tomber amoureux de Giulia, ce qui perturbe Lisandra  qui voit d’un mauvais œil cette intrusion d’un « étranger » dans le clan. Ange, lui, va rencontrer Clémence. Quant à Pia et Lucca, ils ont du mal à devenir parents et songent à adopter. Ce qui contrarie aussi Lisandra qui veut garder « le sang pur des Bartoli ».
Toute cette histoire tourne autour de l’hôtel et surtout autour de Lisandra qui se voit vieillir, qui a du mal à lâcher les rênes à ses enfants, qui sent que, petit à petit elle doit pourtant le faire et qui a surtout peur qu’à son départ, Orso, qu’elle couve, se retrouve seul, malgré tout l’amour que ses frères et sœur lui portent mais qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu.
C’est presque un huis clos que nous offre avec tendresse Françoise Bourdin, sous un décor de rêve, la mer et le soleil. Comme toujours, l’on s’attache à tous ces personnages qui ont tous une personnalité bien marquée. On apprend peu à peu à les connaître et à les aimer, sous la plume alerte et bienveillante d’une Françoise Bourdin qui nous raconte toujours de jolies histoires.

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Pierre ASSOULINE : Le paquebot ( Ed Gallimard – 416 pages)
Jacques-Marie Bauer embarque à Marseille sur le Georges Philippar pour la croisière inaugurale de ce tout nouveau paquebot qui va aller jusqu’à Yokohama en passant par la Chine. Un paquebot c’est une mini société de la plus modeste à la plus aisée, c’est un huis clos où le temps se déroule différemment qu’à terre, des relations se nouent, et, éloignés du quotidien terrestre, les passagers se révèlent petit à petit.
C’est avec brio que Pierre Assouline traduit l’atmosphère internationale qui règne sur le bateau en 1932. Les évènements politiques qui remuent les chancelleries européennes et donnent voix à la montée du fascisme en Allemagne, font écho avec les premières petites alarmes électriques dans les chambres des passagers. Inquiétude, malaise, tout semble n’être que de petits incidents anodins, accidentels ou aléatoires. Ils ponctuent cependant les conversations de cette mini société de première classe, les langues se dénouent, les caractères s’affichent, une certaine surenchère de bons mots, de citations excitent ou effraient les habitués de joutes oratoires.
Les passagers profitent de la piscine, occasion rêvée pour observer et entendre en toute discrétion les conversations privées, et Jacques-Marie Bauer nous les fait vivre avec bonheur. Car que fait-il sur ce paquebot ? Simple touriste, espion, enquêteur ? Son aisance, sa perspicacité lui permettent de détecter en chaque interlocuteur la faille dans l’apparence. Il a pourtant fort à faire avec Rebecca la pertinent, voire impertinente petite-fille du propriétaire du paquebot. Ce monsieur Bauer vend des livres, des œuvres uniques pour collectionneurs disséminés dans le monde, il est secret mais curieux, il s’intéresse tout particulièrement à ce très grand reporter Albert Londres qui ramène un papier sur la guerre sino-japonaise. Mais les grésillements électriques évolueront en incendie et la croisière se terminera en tragédie. Un roman foisonnant d’anecdotes, de descriptions, de personnages atypiques, de citations littéraires, une véritable radiographie d’un monde englouti mais passionnant.
Un magnifique roman habilement construit avec une tension qui monte que ce soit dans les relations humaines, la politique ou la mécanique qui vacille.
Irène JOLIOT-CURIE: Ma mère, Marie Curie (Ed. Plon  -100 pages)
Tendre confession d’une fille à sa célèbre mère Marie Curie.
Évocation de la mère à côté de la scientifique, celle qui sait innover dans l’éducation de ses filles, déployer son amour maternel en les éveillant à  la découverte de la  nature, du sport qui les rassemble ou de la politique en les faisant s’engager à œuvrer pour l’armée en temps de guerr,e  sans oublier la poésie.
Tout révèle en cette femme attachante et innovante le personnage exceptionnel à côté du rôle primordial qu’elle  a exercé pour la découverte du radium, du polonium et des applications très basiques comme conduire des ambulances se déplaçant auprès des blessés de la guerre.
C’est une reconnaissance et un amour qui se manifestent dans cet éloge de cette femme, de cette savante qui reste proche des mortels et l’humanise sortie de son cadre de scientifique inaccessible.
Très touchante et humaine, ce qui la rend plus belle encore
Christophe TISON : Le choix de Suzanne (Ed. l’arpenteur – 228 pages)
Suzanne mène une vie ordinaire, amoureuse de son mari avec lequel elle travaille dans leur entreprise de développement personnel. Mais le hasard d’une rencontre, avec Neil nouveau collaborateur, va bouleverser son quotidien bien réglé.
Des sentiments immédiats, irrésistibles vont s’imposer entre ses deux êtres, et Suzanne, qui ne se destinait pas à une double vie ne peut freiner cette passion et va être « déchirée entre l’amour et l’amour ». A l’occasion d’un week-end en montagne avec son mari et Neil elle va devoir choisir lequel sauver : soit couper la corde qui retient son mari suspendu au dessus du vide, soit couper celle de son amant.
Son geste va bouleverser définitivement son destin et s’en suventt des évènements, des bouleversements inattendus qui laisse le lecteur dans un réel suspens et en haleine jusqu’à la fin.
Écriture simple et agréable avec une description des  sentiments amoureux  d’une femme  qui ne peut maitriser sa passion pour cet homme et la dépasser au point  de changer profondément sa vie.

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Jean Louis BANNALEC: Crime gourmand à Saint Malo – une enquête du commissaire Dupin ( Ed .Presses de la Cité – 394 pages)
Traduit de l’Allemand par Pierre Melherbet)
Ce neuvième roman du Commissaire Dupin toujours fidèle à la Bretagne se situe dans la pittoresque cité de ST Malo où il a été envoyé pour participer à un séminaire des Forces de Police bretonnes.
Au cours d’une déambulation au marché local il assiste soudain à un meurtre par une jeune femme  sur sa propre sœur. Crime en direct qui va interpeler le commissaire et qui va le conduire dans le milieu de la gastronomie régionale, les dîtes-sœurs étant des cheffes étoilées. Bon plan pour notre homme qui s’engage sur le fil conducteur des grands chefs  de cuisine à travers les méandres de la ville close et de ses alentours.
Au fil de ses rencontres nous allons visiter criques et petits ports, estaminets et crêperies.
A ceux qui attendent la découverte du pourquoi et par qui ce crime a été commis, il faudra passer par la découverte touristique de la région égayée de remarques amusantes et de cafés servis à tous les coins de rues.
Agréable à lire car bien écrit et bien traduit, pour les fans de tourisme, c’est bien mais pour les fans de frisson, il vaut mieux passer son chemin.
Michel IZARD : Le mystère de l’île aux cochons (Ed Paulsen – 319 pages)
C’est avec passion et lyrisme, fidèle à se reportages TV, que Michel Izard retrace sa découverte de l’île aux cochons dans les îles subantarctiques.
Il part en novembre 2019 sur le Marion Dufresne, le navire des terres australes et antarctiques françaises, les TAAF, avec une équipe de chercheurs, biologistes, photographe, vétérinaires pour étudier un phénomène inquiétant, la diminution brutale du nombre de manchots royaux sur l’île aux cochons. Et dans des conditions aujourd’hui plus confortables que celles des premiers découvreurs de l’île, les équipes mesurent, prélèvent, posent des balises, répertorient. C’est un travail de professionnels conscients de l’importance de la tâche, du respect dû à ces animaux innocents, et un des derniers lieux encore intacts sur la planète. Bien sûr, c’est dû aux conditions climatiques et géographiques particulièrement difficiles car l’accès à l’île est dangereux et a occasionné de nombreux naufrages.
L’auteur relate les premières expéditions de Marion Dufresne, Crozet, La Pérouse, Cook, tous partis pour planter leur drapeau sur un territoire encore vierge. Des expéditions pour récolter l’huile tirée de la chasse aux éléphants de mer, de véritables carnages qui ont failli amener l’extinction de plusieurs espèces, mais des expéditions qui ont permis aussi de relever des échantillons de plantes, de faire des relevés de carte car le ciel étant toujours gris,  pluvieux ou embrumé, les abords de l’île étaient périlleux.
Michel Izard rapporte, documents à l’appui, les terribles épreuves des hommes abandonnés sur l’île qui ont attendu jusqu’à deux ans le retour d’un bateau. C’est aussi les résultats de l’expédition de 2019 qui fait part de l’hypothèse d’une grippe aviaire et du phénomène d’El Nino qui auraient entrainé le déclin fulgurant des manchots.
L’auteur se veut optimiste grâce au dernier comptage des manchots, des manchots bien protégés sur cette île nimbée de mystère, qui se dérobe à la vue pour échapper aux regards des navigateurs, des explorateurs, des chasseurs, des pêcheurs.
Et pourquoi l’île aux cochons ? A vous de le découvrir en lisant cette découverte d’un monde extrême.
Leïla SLIMANI : Regardez-nous danser (Ed.Gallimard – 368 pages)
2° tome Suite du « Pays des autres »
Dans ce deuxième tome nous retrouvons la famille Belhaj, maintenant bien ancrée dans ce Maroc que Mathilde a adopté suite à son mariage avec Amine qu’elle a connu soldat en garnison en Alsace.
C’est à la famille qu’ils ont créée que nous allons nous retrouver, installée dans ce jeune Maroc indépendant déchiré entre archaïsme et modernité occidentale. Douze années ont passé et ce nouvel  état post continental  qui peine à se trouver une identité, servira de décor à ces personnages Aïcha et Sélim,  les enfants Belhaj.
C’est cette confrontation entre destins individuels et destinée d’un pays qui est la plus convaincante, avec la question passionnante de l’identité. Les tensions entre modernité de la jeunesse et conservatisme des anciens restent le cœur du récit et montrent combien il est difficile de se forger une identité propre.
Ce roman exprime, expose nos joies et nos colères, mosaïque vivante de réussites ou de défaites, d’espérance ou de désespoir.
Belle mise en scène de cette femme qui écrit avec ses tripes, l’atmosphère de douceur perdue d’un pays fracturé et de renouveau qui peine à s’exprimer dans cette nation corrompue et répressive .
Dans l’attente du troisième tome.

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Denis LACHAUD : Le silence d’Ingrid Bergman (Ed. Actes Sud – 294 pages)
C’est l’histoire de Lone, une adolescente danoise enlevée à 14 ans, violée et séquestrée en France pendant 40 ans, sa fille née en captivité, cloitrée pendant 35 ans.
Leur geôlier, Rolland qui idolâtre Ingrid Bergman exige que Lone change de prénom et lui dicte tous ses gestes quotidiens. Ingrid, donc, s ’adapte pour ne pas mourir car survivre c’est s’adapter. Elle ne s’autorise pas à penser à la possibilité d’une libération. Leur fille Rosalie reste un lien primordial de survie. A la suite d’une hospitalisation en urgence du geôlier, les deux femmes vont sortir de leur prison et se libérer de l’emprise du kidnappeur.
Elles vont faire l’expérience de l’autonomie, de la relation aux autres et faire la découverte progressive du monde réel.
Ce livre qui semble inspiré d’un fait divers nous plonge dans la tête et l’évolution mentale de ces deux femmes qui passent des contraintes de la séquestration à l’apprentissage de la vie normale et ainsi « effacer 40 ans d’aliénation à la folie possessive.
Histoire inquiétante, processus de l’emprise et de la reconstruction même si certains points sont à la limite du vraisemblable, le lecteur est captivé par le parcours de ces deux femmes qui passent du monde clos à la lumière et l’espoir d’une vie après un si long traumatisme.Hugo Hugo CAGNON : Ararora trail 1830 km à pied à travers le nord de la Nouvelle Zélande
(Ed .Maïa – 126 pages)
Le recit d’Hugo Cagnon, c’est l’histoire d’une marche à tout prix retranscrite au jour le jour, de façon succincte afin de nous faire partager l’effort déployé, la rage d’avancer, les épreuves surmontées, la mécanique du corps qui lâche, se reprend, se  surpasse dans toutes les conditions.
Peu de sentiments sinon le courage de poursuivre, la survie du corps  dans l’effort absolu, le tout en phrases très brèves, écrites au présent pour rester dans l’action.
Les trailers peuvent y trouver un intérêt, relatif au dépassement de soi, mais pour le commun des mortels, pour le lecteur lambda c’est peut-être un peu trop technique.
Germain LOUVET : Des choses qui se dansent (Ed Fayard – 232 pages)
Ça y est, il est danseur étoile de l’Opéra de Paris !
D’entrée de jeu, Germain Louvet nous fait entrer de plain-pied dans cette soirée unique où le stress, la joie, l’émotion se mêlent, où il perçoit des signes avant-coureurs de ce que sera la fin du spectacle : il se pourrait qu’il soit nommé danseur étoile. C’est donc la peur de faire une faute lors de la représentation, qui pourrait tout remettre en question, la joie d’entendre son nom et l’émotion qui lui fait revivre ces années de danse, de travail acharné, de pression pour arriver au but qu’il donné.
Car, comme il nous l’explique, si, lorsqu’on va voir un ballet, qu’on y trouve du bonheur, de la joie, avec des artistes magnifiques, des ballets et des musiques et des paillettes, on ne peut imaginer ce qu’il y a derrière cette beauté et cette perfection : pleurs, sueurs, doutes, solitude, sacrifices dès l’enfance, discipline, humiliations, déceptions, frustrations, violence…
Car ce n’est pas tout de lever la jambe et de tournoyer, il y a un immense travail de tous les jours , de tension, pour arriver au sommet.
C’est ce que nous explique Germain Louvet, fils de parents agriculteurs qui n’ont rien à voir avec ce métier mais, dès l’enfance, ont soutenu ce fils possédé par la musique et la danse.
« Je ne suis que pulsion et émotion » nous explique-t-il, où tout petit, il passe des heures devant la glace avec déjà cette passion, cette exigence et cet acharnement.
La danse est un univers impitoyable qui peut faire mal, physiquement et moralement et seul le désir d’y arriver est le moteur de cette passion.
Ainsi l’ado est-il devenu très vite adulte et il nous raconte ce parcours solitaire parsemé d’embûches pour atteindre ce nirvana, avec beaucoup d’émotion mais aussi de grande joie car sur cette route qui n’est pas un long fleuve tranquille, il découvre le travail, l’humilité mais aussi l’amitié, les encouragements de ses professeurs et de ces camarades, même si, quelquefois, ils sont concurrents.
Il nous explique aussi que cette passion est une force pour atteindre l’inaccessible étoile, où les plus grandes déceptions balancent avec les plus grandes satisfactions dans un métier qui peut très vite se terminer à cause de l’âge, de la fatigue, des accidents de parcours… Même s’il ne changerait sa place pour rien au monde.
Un livre magnifique, poignant, lumineux, à l’image de ce superbe artiste, l’un des plus beaux de sa génération.
Et en prime, il nous fait visiter l’Opéra Garnier de fond en comble, une belle promenade à travers l’un des plus somptueux  monuments de Paris.
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Orhan PAMUK : Les nuits de la peste (Ed Gallimard – 683 pages)
Traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes
Le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk publie, sans l’avoir prémédité, un roman qui résonne avec notre actualité. Il souhaitait écrire sur les conséquences politiques d’une épidémie. C’est dans une île imaginaire de la Méditerranée, nommée Mingher, qu’il plante le récit se déroulant en août 1901 alors qu’une épidémie de peste ravage cet endroit paradisiaque. Mais attention la narratrice est une historienne du XXIème siècle qui entreprend de raconter les six mois denses qu’à vécu cette île, après avoir étudié les lettres envoyées par la princesse sultane Pahizé, troisième fille du sultan ottoman Mourad V à sa grande sœur Hatidje entre 1901 et 1913.
En effet la princesse récemment mariée au docteur Nuri Bey par son oncle le sultan régnant Abdulhamid II, débarque avec son époux sur cette île. Ils doivent enquêter sur la mort du chimiste Bonkowski, inspecteur général de l’administration sanitaire de l’empire ottoman, chargé d’enrayer l’épidémie de peste et qui est retrouvé assassiné le lendemain de son arrivée sur l’île.
Commence alors une longue fresque détaillant la tragédie sanitaire mettant à mal les relations entre turcs et grecs, musulmans et orthodoxes et provoquant une révolution amenant l’île à l’indépendance, après moult assassinats, complots et coups d’état. On trouve d’intéressantes réflexions sur le difficile respect des mesures sanitaires par les habitants, sur le nationalisme, sur l’obscurantisme religieux, sur les luttes sanglantes de pouvoir.
Mais ce roman pèche par sa longueur et par l’impossibilité de démêler le vrai du faux.
Michel RUFFIN : LAUZUN (Ed LBS – 341 pages)
Dans ce roman retraçant « l’histoire véritable du favori qui fascina puis défia Louis XIV », Michel Ruffin nous emmène à la cour du Roi Soleil avec lequel Lauzun tissa des relations complexes en l’état de sa personnalité étonnante. A 13 ans Antonin Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem (on prononce Peguilin) arrive à Paris chez son cousin le duc Antoine de Gramont qui le fait entrer dans son régiment de cavalerie.
Commence alors l’ascension d’Antonin qui a pour ambition de devenir l’ami du roi.
Pour cela il combat avec bravoure. Il est nommé colonel lieutenant des dragons dit « du bec de corbi »n en raison de la forme de la hallebarde qu’ils portent. Son courage à la limite de l’inconscience sert ses dessins. Son audace lui permet d’entrer dans les bonnes grâces du roi qui apprécie sa fantaisie et même son irrévérence.
Bourreau des cœurs, il saura faciliter son ascension grâce à ses conquêtes notamment Madame de Montespan puis Mademoiselle de Montpensier cousine du roi. Mais l’audace a des limites et Lauzun sera retenu à la Bastille pour avoir déplu au roi puis emprisonné de nombreuses années à la forteresse de Pignerol où se trouvait Nicolas Fouquet.
Libéré il redorera son blason par de nouveaux exploits que vous aurez plaisir à découvrir.
Un livre très documenté sur la vie rocambolesque de Lauzun.

 

 

 







Six-Fours – Six N’Etoiles
David ABOUCAYA revient de guerre

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Il est réalisateur, producteur, scénariste, monteur, compositeur et… Six-Fournais !
A chacun de ses films, David Aboucaya vient en avant-première les présenter au Six-N’Etoiles et n’a donc pas failli à la règle pour venir présenter «Piège de guerre», son troisième long métrage qui traite encore de son sujet de prédilection : la guerre.
Un film impressionnant, haletant, émouvant qui démarre dans un huis clos inattendu et angoissant puisqu’un jeune soldat, se retrouve enseveli dans des décombres d’où il essaye de se sortir en creusant à la lumière de sa torche électrique. Il ne va alors cesser de creuser, passant de la rage à l’espoir, de la peur au manque d’air avec pour tout soutient, la photo de ses parents. Son destin va se jouer en parallèle de celui d’un autre soldat tout aussi prisonnier dans les décombres et blessé.
Dans un huis clos insoutenable et angoissant, ils vont se battre pour tenter de sortir de cet enfer.
Mais A l’air libre, tout autour tout explose, l’ennemi est partout et c’est un tout autre enfer qui va les attendre.
L’ami David réalise là un film remarquable avec des images à la fois superbes pour la course à travers près et bois et des images souterraines impressionnantes.
Claustrophobes… vous tenir au siège !

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David et son équipe. A gauche Laurent Guiot, à droite Pascal Putet

C’est un film digne des grandes productions qui ont traité ce sujet et digne d’un Hitchcock car jusqu’à la dernière image il nous tient en haleine.
Les deux comédiens, Laurent Guiot et Pascal Putet sont extraordinaires de vérité et d’émotion.
Petit clin d’œil de David : dans le film précédent « Winter war » apparaissaient Laurent, son frère  et son fils aîné Samuel, et dans ce dernier, c’est son fils Adam qui y paraît !
Toute l’équipe était là, dans cette nouvelle salle, pour soutenir le film… Dommage qu’aucune personne de la mairie ne soit venue soutenir ce réalisateur six-fournais qui nous offre là un film  qu’on ne pourra voir qu’en DVD et en blue ray, alors qu’il mériterait un grand écran.

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Avec Noémie Dumas, directrice du Six N’Etoiles

« David, comment peut-on réaliser un film aussi réaliste sous des gravats et arriver à filmer des plans aussi impressionnants ?
C’est vrai que c’était assez compliqué, d’autant plus que je suis claustrophobe ! Il faut trouver des terrains, des trous et après, pouvoir trouver l’axe d’éclairage dans un milieu étroit et confiné. Les trous sont des décors que j’ai élaborés, puis nous avons tourné dans les sous-sols de l’ancienne prison de Brignoles. Les décors deviennent « naturels » dans les galeries.
Le plus difficile a été de s’habituer à vivre dans noir, dans cet environnement clos et de s’adapter à respirer, mais aussi à pouvoir se protéger et protéger le matériel de la terre et des gravats qui tombaient.
Les deux comédiens ont dû s’adapter à toutes ces contraintes et à la situation…
– Nous avons souffert – nous disent-ils en riant – mais en même temps c’était excitant et nous avons mis un point d’honneur à réussir cette performance. Il y avait aussi un certain plaisir à y arriver. L’un des problèmes est que sous terre on perd ses repères et il y avait aussi cette espèce de claustrophobie  qui devait se faire sentir à l’image.
– J’ai essayé de leur faire passer mon ressenti  de claustrophobe à ce propos !, ajoute David.
Pour les scènes de guerre, les explosions étaient-elles réelles ?
Oui mais… chut ! Évidemment les tirs sont des tirs à blanc et les explosions des effets spéciaux pour soulever des débris de terre et de pierre.
Est-ce que l’histoire est tirée d’un fait véritable ou de ton imagination ?
C’est une histoire que j’ai écrite, on peut imaginer que de tels faits se soient passés mais j’ai tout pensé et écrit. D’ailleurs, je ne cite jamais la nationalité d’un régiment, c’est juste côté allié, on peut donc supposer qu’il français ou américain. Par contre, il n’y a aucun doute que ce soit l’armée allemande. Ce sont deux armées en guerre.
Je suppose qu’un tel film prend beaucoup de temps à voir le jour…
J’ai eu deux mois d’écriture, puis une année pour tout monter et il y a eu en tout et pour tout 19 jours de tournage. Ça a été très court mais chacun tenait son rôle, même si c’est une équipe réduite. Quant aux figurants, ils n’ont pas été maltraités !

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Tes deux comédiens sont magistraux. Comment les as-tu trouvés ?
Laurent, je l’ai connu sur « Winter war » et c’est lui qui m’a parlé de Pascal. Nous avons dont été très vite dans un climat de confiance. Quant à mon fils, j’ai tout de suite pensé à lui et il a accepté avec enthousiasme. Dans tous mes films la famille tient toujours une place dans mes scénarios.
On sait que tu es loin d’avoir des moyens d’une superproduction. Comment fais-tu pour arriver à faire des films aussi aboutis, mieux quelquefois que certains films qui ont l’avantage de passer en salle et qui ne le méritent pas ?
Je travaille beaucoup avec des associations et des collectionneurs qui nous fournissent costumes, objets, matériel militaire, qui sont aussi passionnés que nous. Ce sont des partenariats avec des gens qui connaissent l’Histoire, qui font des recherches historiques et les reconstituent. Quant à mon équipe, tu le sais, elle est réduite.
Étant donné que tu es à tous les postes, quel réalisateur es-tu ?
Je suis à l’écoute des comédiens. Je leur donne un scénario très écrit mais je suis ouvert à toute proposition, suggestion de leur part. Si c’est dans le droit fil de l’idée de départ, je suis prêt à la tourner. Après bien sûr, la finalité reste au monteur… que je suis aussi !
Je leur laisse tout de même une certaine liberté, une certaine spontanéité.
Tu as aussi écrit la musique ?
En fait, je ne sais pas écrire la musique mais je la compose et je l’enregistre sans l’écrire.
Dans ce film il y a en fait deux parties : celle qui se passe sous terre et celle qui se poursuit sur le terrain.
Oui, c’est un pari que je me suis fait, de faire dans le film se côtoyer deux genres bien distincts : ce huis clos souterrain pendant que la guerre continue au-dessus des deux soldats puis le retour à l’air libre qui est à la fois une délivrance mais qui les replonge dans l’horreur de la guerre.
Tu en es à ton troisième film de guerre… Qu’est-ce qui te fascine autant ?
J’aime l’Histoire en général et ce que j’aime aussi c’est que dans la guerre, il y a un condensé de la condition humaine qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Ce n’est donc pas une fascination pour la guerre elle-même mais pour tout ce que cela représente d’humanité ».

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Humanité que l’on ressent dans ce très beau film que David maitrise d’un bout à l’autre, film à la fois d’action et d’atmosphère superbement réussi et qui vous tient jusqu’à la dernière image.

Jacques Brachet









Wilkommen, bienvenue, welcome at cabaret of Six N’Etoiles !

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Et la fête continue !
Samedi soir le Six N’Etoiles nous avait prévu, pour inaugurer la salle 4, une soirée cabaret…
Et nous l’avons eue !
Reçu par une belle girl emplumée nommée Margot Gibelin qui nous offrait pop-corn et rafraichissement, le public pouvait alors découvrir la nouvelle salle en rouge et noir, sur des musiques de films interprétées par Sébastien Arcos.
Bien enfoncés dans les confortables fauteuils, dont les méridiennes qui furent prises d’assaut, il découvrait alors ce fantastique son Dolby Atmos et en prit plein les yeux et les oreilles. Sébastien Arcos nous offrit alors un mini ciné-concert en improvisant sur son piano, une musique collant à un film muet de Charlot, émouvant moment de retrouver ce bel artiste. Et puis, notre belle Margot vint nous offrir une prestation de haut vol qui fut très applaudie.

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Sébastien Arcos, Margot Gibelin et l’équipe du Six N’Etoiles

Et c’est sur grand écran que se poursuivit cette soirée cabaret avec, en avant-première, le film de Jean-Pierre Améris « Les folies fermières » avec une belle brochette de comédiens : Alban Ivanov, Sabrina Ouazani, Michèle Bernier, Bérengère Krieff, Guy Marchand, Moussa Maaskri et une trop brève apparition de l’ami Patrick Cottet-Moine, l’homme caoutchouc.
Après la mort de son père, David (Alban Ivanov), jeune paysan, se retrouve criblé de dettes et est à deux mois de voir son exploitation vendue. Il lui faut très vite trouver de l’argent et une idée.
Une idée folle : créer un cabaret dans une grange dans un endroit perdu au milieu du Cantal. L’idée lui est venue en voyant la sculpturale Bonnie (Sabrina Ouazani) qui fait un numéro d’acrobate dans un club minable où, elle claque la porte.

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Il lui demande alors de monter un spectacle, ce qu’elle trouve totalement improbable. Mais sans travail et sans le sou, elle accepte, va essayer de recruter des artistes du cru pour pouvoir monter un spectacle.
Jean-Pierre Améris a le don de nous offrir des films pleins d’humanité, où se côtoient l’humour et l’émotion, ce qui, une fois de plus, est le cas.
Alban Ivanov, hors de son one man show, devient ce paysan timide, timoré, perdu, que son épouse a quitté et qui va perdre son bien. Il y est étonnant de sobriété et de vérité. Sabrina Ouazani crève l’écran par sa beauté, son énergie et cette façon de tout prendre en main contre mauvaise fortune bon cœur. Guy Marchand, en papy bourru qui ne veut pas que sa ferme soit envahie de « putes et de travelos », y est génial, comme tous ces pseudo-artistes qui voient là une chance de devenir célèbres.
C’est un film choral plein de drôlerie et de tendresse.
Un joli film pour terminer en beauté cette soirée cabaret concoctée par le Six N’Etoiles.
Mais la fête continue !

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Jacques Brachet



Six-Fours – Six N’Etoiles… Que la fête commence !

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On en parlait depuis longtemps… Voilà qui est fait !
La quatrième salle de cinéma promise ouvre ses portes au Six N’Etoiles.
Créé en 2014, ce cinéma était une volonté du maire, Jean-Sébastien Vialatte, de l’installer au centre-ville de Six-Fours afin que le maximum de la population et les écoles entre autres, puissent en profiter.
Dirigé par Jérôme Quattiéri, Paul Bertin et Noémie Dumas, ce fut très vite un franc succès. 3 salles, une programmation éclectique, il devint très vite « Le cinéma de tous les cinémas », passant par tous les styles, invitant des artistes à présenter leurs films en avant-première, organisant diverses manifestations avec nombre d’association de la ville et des alentours, le tout avec aussi la complicité du restaurant l’Avant-Première, géré par Cyrli Bellet partie prenante de toutes ces activités.

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Jean-Sébastien Vialatte, Jérôme Quattieri, Noémie Dumas

Mais il y manquait quelque chose : une salle de prestige, confortable et intimiste, où pourraient avoir lieu des rencontres, des rencontres avec la presse, des cocktails, des animations scolaires, des conférences, de la formation, des ciné-goûters, des événements divers, en fait, un lieu de convivialité ouvert à tous, entre autres les associations.
Voilà donc qui est… fait à nouveau !
En ce 6 mai, nous étions conviés à découvrir ce petit bijou en rouge et noir, de 200m2, entouré d’un espace de convivialité de 51m2, une terrasse de 25m2 et surtout un écran de 12m/5m.
Une salle qui possède des technologies de pointe, un son exceptionnel (Dolby Atmos) avec des enceintes qui nous enserrent et nous font voyager au cœur des films, une image conçue avec un système de projecteurs dernière génération qui devrait relancer la 3D. Nous en avons d’ailleurs eu un aperçu avec quelques images du nouvel « Avatar » qui sortira en fin d’année.
La salle se dote de 118 places, ce qui monte  à 568 places, les quatre salles réunies.

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Mais attention : ce ne sont pas n’importe quels fauteuils car ils sont larges, possèdent des appuie-têtes, des méridiennes où vous pourrez visionner les films sur toute votre longueur, qu’ont vite inauguré Delphine Quin, adjointe et Fabiola Casagrande, ajointe à la culture  et des « love seats » qui sont deux fauteuils accolés pour les amoureux !
C’est du sur mesure !
Nous savons que deux des salles portent un nom prestigieux : Claude Lelouch et Clovis Cornillac… La direction cogite sur le parrainages des deux autres salles, c’est en projet, il y a quelques idées mais elle ne veut pas en dire plus sinon que Noémie espère, pour la parité, deux parrainages de femmes, réalisatrices ou comédiennes !
Une inauguration officielle aura lieu le 28 mai à 18heures.
En attendant, deux jours de fête non-stop auront lieu ce week-end (voir agenda) avec la projection de films tout récents comme « Downton Abbey », « Ténor », « C’est magnifique » (Voir rubrique ciné), « Piège de guerre », « Le roi cerf » pour les enfants) et « Les folies fermières qui sera précédé par un show cabaret.
Que la fête commence !

Jacques Brachet

Six-Fours : Edwy PLENEL, invité du Six N’Etoiles

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Avant de frapper les trois coups des festivités des 7 et 8 mai célébrant l’inauguration de la 4ème salle, le Six n’Etoiles démarrait avec un invité d’honneur : Edwy Plenel, journaliste d’investigation et créateur en 2008 du journal Médiapart, qui, depuis sa création, a soulevé bien d’affaires comme les affaires Sarkozi-Khadafi, Bolloré-Hanouna, Havas, détenu par Bolloré père et fils, Bolloré, encore lui, et Zemmour, Bernard Arnaud, Cahuzac et bien d’autres.
Bien entendu, ça n’a pas fait l’affaire des intéressés dont certains se sont retrouvés rattrapés par la justice. Le journal et entre autre Edwy Plenel, ont subi des procès, des menaces, des chantages, ont été traités de « fouille m…e » et j’en passe.
Mais contre vents et marées, le bateau suit sa route, ne coule pas et continue de soulever des lièvres.
« On nous cache tout, on nous dit rien » chante Dutronc mais le fait est avéré et lorsqu’on ne cache pas, on énonce ce qu’on appelle aujourd’hui « des fakes » d’autant que la presse écrite est relayée par les réseaux sociaux… Le choix du roi.
La liberté de la presse est durement malmenée et menacée. Et la résistance est rude.
Produit par Edwy Plenel, le film « Média crash – Qui a tué le débat public ? » a été monté par deux journalistes, Luc Harmann et Valentine Oberti,  qui ont pris le risque de mettre ces affaire au grand jour, preuves à l’appui et l’on est effaré de voir ce qui se trame et se fait dans les couloirs de la politique.

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Hervé Féchino, responsable de la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon, Michel Gairaud, créateur du journal « Le Ravi », Noémie Dumas, directrice du Six N’Etoiles, Edwy Plenel.

De quoi ne plus avoir envie de voter, ce que l’on constate aujourd’hui. Et pourtant, des gens comme Médiapart mènent avec force et courage un combat qui paraît sans issue.
Encadré par Jean-François Popelin et Michel Gairaud, créateurs depuis 18 ans du magazine régional « Le ravi » et Hervé Fechino, représentant la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon, Edwy Plenel est venu présenter le film.
« La liberté de la presse – nous dit Edwy Plenel – est sans cesse bafouée, les régimes contrôlent et musèlent la presse ou la font tout simplement disparaître alors qu’elle est indispensable à la démocratie. Ce film est un film d’enquête et d’observation qui vise à animer le débat d’intérêt public. Chaque affaire est en fait un polar dans lequel nous nous plongeons pour faire sortir la vérité.
Nous abordons des affaires graves de corruption, des scandales qui méritent d’être connus, Bolloré en étant un symbole. Le pouvoir politique est aujourd’hui tenu par quelques milliardaires et nous en arrivons à des situations anti démocratiques, anti républicaines, des méthodes maffieuses détestables. C’est d’une grande violence, c’est monstrueux et encore ce n’est qu’un petit bout de l’iceberg. »
Michel Gairaud confirme : « Ce qui se fait dans les hautes sphères se retrouve aussi en province.

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Un journal, pour exister, a besoin d’argent et nous ne vivons que des abonnements et des dons. Mais les plus grands journaux et magazines sont assujettis à la publicité détenue par quelques grandes marques, distributeurs, entreprises milliardaires qui tiennent le marché et font pression sur les médias. Ce sont ce qu’on appelle des procédures bâillon car ils ont les moyens de faire des procès que nous n’avons pas. Les frais de justice sont très lourds et se battre contre eux est difficile. On le ressent d’autant plus fort à l’échelle régionale ».
« Nous sommes aujourd’hui – reprend Edwy Plenel – une démocratie de basse intensité. Les médias sont des biens publics, il y a des conventions, une déontologie, un pluralisme que nous devons garder et défendre.  Il ne faut pas qu’on dépende du gouvernement et se battre contre ça. A Médiapart on a toujours refusé le mécénat qui, pour la plupart du temps, n’est là que pour se remplir les poches. Du coup, on ne vit que par le lectorat, les abonnements ».
Un film édifiant sur les façons de faire des grands de ce monde qui en tiennent et tirent les ficelles.

Jacques Brachet


Notes de musiques

Marcia HIGELIN – Prince de Plomb – Blue Line 2022 – (6 titres)
Foin de ces chanteuses à voix de gamine incolore, voici une vraie chanteuse qui chante avec une voix de femme, de la puissance, du grain, une large tessiture et une diction impeccable. Elle a du mordant, de la pêche, de la tendresse aussi, de la sensualité, et un engagement total. Elle puise son inspiration dans sa vie, elle dit qu’elle « veut proposer quelque chose d’unique ». Certes il y a encore quelques tics d’inflexions de nombre de chanteuses d’aujourd’hui dont il faudra se débarrasser. D’ailleurs il y en a moins qu’à ses débuts. Pas de blablabla amoureux avec elle, elle se révolte et crie sa vérité comme dans le morceau culte « Prince de plomb ».
Marcia Higelin est sur les traces d’Arthur H, son père, et de Jacques Higelin, son grand père. Comme quoi il y des familles génétiquement artistes. A star is born.
Regrettons que les musiciens qui l’accompagnent ne soient pas mentionnés.
Sortie du EP le 13 mai 2022, suivi d’une tournée dans quelques villes de France jusqu’en septembre.
SANS PRÉTENTION – le vent des jours heureux  (Bio label 2021 & Tms productions)
Voilà un groupe de joyeux drilles qui affiche 3 millions de vues sur YouTube et des passages télé pour leur premier titre éponyme « Sans prétention ». Leur premier disque était une nécessité !
Six copains exerçant différents métiers : agriculteur, vendeur de légumes sur les marchés, carreleur, commercial et qui sont aussi chanteurs musiciens amateurs (qui aiment) se sont réunis « Sans Prétention » pour faire partager leur joie. Dans leur chansons il y a « d’la joie », de l’amour, de l’optimisme, comme chez Charles Trénet, sans toutefois le sens du tragique, mais tout de même des injonctions graves comme dans « Le vent des jours heureux » : Relève un peu la tête/Ouvre grand les yeux/Et laisse venir le vent. Il y a du punch, du peps. Les paroles sont amusantes, bien articulées, les airs sont sans prétentions avec des arrangements simples et bien enlevés.  On trouve aussi une tonalité Renaud comme avec « Alors valsons ». Le disque se termine par une chanson peu connue du Gainsbourg 1965 « Un violon, un jambon » qu’il interprétait façon western. Nos lascars en font une autre approche très dynamique.
Ils reprennent une tradition très française de chansons gaies et dansantes. Un disque parfait pour les fêtes collectives, les rencontres champêtres.

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CANNONBALL ADDERLY – Live In Paris : 1960 / 1961 – Coffret de 3 CD
Frémeaux & Associés (FA5809).

Frémeaux & Associés ont édité, avec une qualité exceptionnelle, ce qu’on pourrait appeler la bibliothèque sonore du monde. Pour ce qui est du jazz leur catalogue est époustouflant, c’est toute l’histoire de cette musique.
Le saxophoniste alto Cannonball Adderley et son frère Nat le trompettiste-cornettiste ont porté le Hard Bop au sommet, ce mouvement majoritairement l’œuvre des Afro-Américains pour  revitaliser  le jazz qui avait tendance à s’affadir avec la récupération commerciale. La base en est le blues, le gospel, le bebop, et un retour à l’expressionnisme lyrique avec une chauffe et un swing déments. Les frères Adderley en seront l’un des plus prodigieux phares, et ce disque est un sommet.
Michel Brillé, directeur de la collection Live in Paris, a fait un travail remarquable pour nous offrir ce chef d’œuvre d’une qualité sonore irréprochable, l’un des grands moments du jazz.
Les Frères Adderley étaient en compagnie de Victor Feldman au piano, Louis Hayes à la batterie et Sam Jones à la contrebasse pour les CD 1 et 2. Même personnel sur le CD 3 avec en invités Ron Carter (b), ou Sam Jones (b, cello).
Si j’avais un conseil à donner aux élèves qui forment des groupes à la sortie du conservatoire, ce serait d’écouter ce disque jour et nuit, au lieu de se perdre dans des complexités et des mélanges trop souvent ennuyeux.

 

Serge Baudot


France 3 – Samedi 7 mai 21h10
Meurtres à Porquerolles

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Porquerolles pendant les vacances de la Toussaint.
Il fait un temps radieux et l’on se croirait en plein été : Soleil à gogo, mer d’huile… et une longue file d’estivants pour prendre le bateau. Entre les embouteillages pour entrer dans les parkings et la file discontinue sur des dizaines de mètres pour embarquer malgré le nombre de navette qui a triplé il faut une patience extrême et une réelle envie de mettre les pieds sur l’île. Arrivés sur l’île c’est la fiesta : les rues encombrées de gens, les vélos qui vous frôlent de tous les côtés, les effluves de frites, de gaufres, de churros, les bars pris d’assaut, les files d’attente au marchand de glace… Ce n’est pas ce que l’on pourrait imaginer comme vacances idylliques.
Alors, pourquoi me direz-vous, deux toulonnais y viennent précisément à cette époque de vacances ?
Tout simplement parce qu’il y a eu des meurtres !
Rassurez-vous «c’est pour de faux», c’est tout simplement parce que dans sa série «Meurtres à…», une équipe de France 3  s’est installé depuis le 4 octobre pour le tournage d’un tout nouvel épisode judicieusement intitulé «Meurtres à Porqueroles»
Une fois de plus, c’est la réalisatrice Delphine Lemoine, qui a déjà réalisé «Meurtres à Albi, à Mulhouse et à Sarlat». C’est dire si elle s’y connait en tournages de polars.
Une superbe distribution devant son objectif : le beau et charismatique François Vincentelli qu’on ne présente plus tant il passe du théâtre à la télévision avec arrêts au cinéma avec un réel bonheur, la toute jolie Charlie Bruneau, vue dans le Palmashow, dans les séries «En famille», «R.I.S», «Philharmonia».  Tous deux forment le nouveau duo de choc de cet épisode. Ils sont entourés de la belle Nicole Calfan, de l’énigmatique Didier Flamand et de Chrystelle Labaude, héroïne de «Sections de recherches» et en ce moment de «Un si grand soleil».
Une belle équipe donc, qu’on retrouve dans une villa, loin de la foule déchaînée et où entre deux scènes tournées dans une pièce exigüe, ils viennent nous retrouver sur la terrasse au soleil.
Reçus par le grand sourire de la directrice de production Erika Wicke que j’avais rencontrée sur le tournage à Marseille de «Meurtres sur les îles du Frioul» avec l’ami Francis Huster, nous avons très vite été adoptés par l’équipe, dans une ambiance souriante, tous heureux d’être loin des brumes parisiennes, chacun étant tout disposé à passer devant l’objectif d’Alain, mon photographe.
Pour les interviewes, ce sera plus difficile, chacun ayant des obligations de tournage ou familiales comme Charlie Bruneau qui doit s’occuper de son fils malade. Quant à François Vincentelli, malgré des problèmes d’hébergement, car il est si bien à Porquerolles avec son épouse qui attend un heureux événement (Déjà 7 mois !), il prendra le temps de déjeuner avec nous au soleil, devant la mer, rejoint par la réalisatrice Delphine Lemoine, avec qui nous aurons le temps de discuter devant un délicieux repas.
Si le tournage de la matinée s’est passé au calme de la villa, l’après-midi toute l’équipe se retrouvait sur la place de l’île, devant le commissariat, la place ayant été envahie en quelques minutes et l’assistant ayant un mal fou à leur faire garder le silence durant les prises.
Mais en fait, tout se passe dans la sérénité, le sourire, la gentillesse, la patience… Bref, un tournage idyllique !

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Vous êtes curieux de connaître l’histoire ?
Le corps sans vie d’une femme de 60 ans est découvert sur la plage de l’Alycastre à Porquerolles. Elisabeth Carlson était une artiste peintre et une figure admirée de l’île. Son corps gisant au pied de la falaise évoque la Lycastre, le fameux dragon de la légende qui a donné son nom à la baie.
Arnaud Taillard (François Vincentelli), le très sérieux substitut du procureur, lui-même enfant du pays, va devoir mener l’enquête avec Charlie Landowski (Charlie Bruneau), une fantasque commandante de police fraîchement mutée de Seine Saint-Denis.
Voilà, vous n’en saurez pas plus, sinon qu’on assistera à un événement : Diane (Nicole Calfan) est emmenée prisonnière sur le continent… Pourquoi ? à suivre !
Un regret, ne pas avoir rencontré Chrystelle Labaude, déjà repartie, avec qui j’ai de jolis souvenirs de tournages sue la série «Section de recherches» et une tournée théâtrale avec un autre ami : Francis Perrin.

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Retournons donc au déjeuner où nous nous retrouvons à table avec Delphine Lemoine et François Vincentelli à qui je rappelle notre rencontre au festival télé de la Rochelle.
«Delphine, vous voici donc l’auteur d’un quatrième meurtre !
(Elle rit)  C’est vrai et j’en suis heureuse car à chaque fois je découvre un lieu, une région et je tourne à chaque fois avec un binôme qui apporte sa personnalité car le but de cette série est à chaque fois de former un duo,( et non un couple), différent. Et je trouve ça très chouette.
Vous avez commencé comme assistante de réalisateurs et non les moindres : Léos Carax, Cédric Klapish, Nicole Garcia…
Oui, c’est loin tout ça ! Après avoir fait la FEMIS, j’ai fait dix ans d’assistanat, j’ai réalisé entretemps des documentaires, des courts métrages…
Et pourtant vous êtes devenue réalisatrice à la télévision !
Oui parce que c’est là que j’ai reçu des propositions intéressantes, j’ai réalisé des épisodes de «Plus belle la vie», de la série «Tandem», «Crimes parfaits» et cette série de «Meurtres à…» et ça me convient bien.
Il y a encore une cloison entre le cinéma et la télévision ?
Ca à l’air d’un peu changer mais c’est vrai que nous mettre dans des tiroirs, c’est typiquement français. Moi, ça ne me gêne pas car je cherche surtout des sujets de qualité et ce qu’on me propose à là télé est ce que je cherche. Bon, c’est vrai qu’avec la série des meurtres, on m’a encore un peu mise dans le tiroir de «la réalisatrice qui est douée pour tourner des polars», ou encore des unitaires de 90’. Mais ça ne me gêne pas, ça me permets de faire des choses que j’aime.

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Et vous François, qu’en pensez-vous ?
Je pense quand même que ce fossé ciné-télé est en train de s’estomper. On voit de plus en plus d’acteurs dits «de cinéma» passer à la télé parce qu’on leur propose de belles choses.
Mais le contraire n’est pas évident, non ?  Que vous prose-t-on au cinéma ?
(Il rit) Oui, c’est vrai qu’à la télé j’ai tourné des rôles de premier plan, dans des séries et qu’au cinéma, ce sont des rôles de «guest» où je ne tourne que deux ou trois jours. Mais j’ai cette chance d’être avant tout un acteur de théâtre. Donc je joue sur plusieurs tableaux et je ne vais au cinéma que lorsque le rôle, si petit soit-il, m’intéresse. Je n’ai aucune frustration à ce sujet et je vais là où on me propose et où ça me convient. C’est une chance.
J’aime particulièrement les séries qui permettent de prolonger un rôle récurrent, de l’installer dans une histoire, chose qu’on ne peut pas faire en 90’ et même une heure et demi.
Est-ce que le Covid vous a impactés ?
Delphine : Comme tout le monde mais on a eu cette chance de pouvoir continuer à tourner en prenant toutes les précautions d’usage. Tout le monde, même aujourd’hui, porte le masque et seuls les comédiens l’enlèvent pour tourner. J’ai eu quand même une angoisse lors du premier confinement car il fallait se tester tout le temps et on avait pas mal de difficultés pour tourner des scènes de rapprochement. Mais on a pris les mesures nécessaires et on a modifié la façon de travailler.
François: J’ai eu bien sûr les mêmes difficultés que tout le monde mais ce qui a été le plus dérangeant c’est que l’homme de théâtre que je suis n’a plus pu jouer. Et ça, c’était vraiment difficile. Heureusement que le vaccin est arrivé !
Cette année a quand même été fructueuse : deux films, deux téléfilms…
Le premier « Villa Caprice» de Bernard Stora, c’est un second rôle, les stars étant Michel Bouquet, Niels Arestrup, Patrick Bruel. Quant à «Vagabondes» c’est mon pote qui me l’a proposé au dernier moment, ça a été un plaisir de tourner avec Sergi Lopez et il y a une scène d’ouverture qui est très drôle.

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Côté télé…
Il y a eu «Faites des gosses» une série de six fois 52’  avec un rôle récurrent comme je les aime  Avec entre autres Fred Testot, Jonathan Lambert… que des tristes ! On a bien rigolé.
Puis i y a eu «Liés pour la vie» avec Laeticia Milo, Christiana Réali, Antoine Dulery. Une histoire plus grave où une championne d’équitation a un grave accident qui l’empêchera de remonter à cheval. Elle se lie avec un homme dont elle ne sait pas que c’est par lui qu’est arrivé l’accident. C’est une très jolie comédie romantique.
Delphine, avec ces «Meutres à…», vous changez chaque fois de région…
Et c’est ce qui m’intéresse et je travaille beaucoup en amont.
C’est-à-dire ?
Je viens bien longtemps à l’avance découvrir le lieu, la région pour m’en imprégner mais aussi m’imprégner des gens, ce qui pour moi est essentiel. Il faut que je ressente l’ambiance. Par exemple, je suis venue cet été passer ce que j’appelle des vacances-travail à Porquerolles. Nous sommes venus avec la productrice Lola Gans, j’ai repéré tous les lieux qui pouvaient s’adapter à l’histoire mais j’ai aussi rencontré les gens qui vivent sur cette île, qui la font vivre et que j’insère dans l’histoire. Il y a par exemple Carmella, cette marchande de légumes que tout le monde connaît sur l’île, il y a Georges Paul, le seul taxi de l’île, ce sont des gens incontournables qui sont heureux de tourner et c’est pour moi un clin d’œil . Comme il y avait une peintre dans l’histoire, j’ai choisi une peintre qui vit là et j’ai fait avec elle un travail sur la peinture. Ce sont des rôles rajoutés qui donne une complicité entre eux et moi, même si le spectateur ne s’en rendra pas compte».

Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

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Meurtres à Porquerolles
Réalisation : Delphine Lemoine – Scénario : Anne-Charlotte Kassab & Pierre Lacan
Avec Charlie Bruneau (Charlie Landowski), François Vincentelli (Arnaud Taillard), Nicole Calfan (Diane), Didier Flamand (Hubert), Chrystelle Labaude (Mireille Canovas), Damien Jouillerot (Romain), Maël Cordier (Nevil), Erza Muqoli (Alice), Nancy Tate (Lilibeth), Flora Chereau (Mélanie)