Six-Fours – Théâtre Daudet
Benjy DOTTI enflamme la salle !


Bon, d’abord une petite précision : je ne me prénomme pas Michel.
C’est cet enfoiré de Benjy Dotti qui l’a décrété et il a profité que j’étais au premier rang pour que je devienne sa tête de turc !
Ça fait 15 ans  ou plus qu’on se connaît et jamais je ne m’y ferai. Alors mon vieux, tu l’auras cherché et si tu m’as pourri la soirée, je vais te pourrir la vie avec un article dont tu ne remettras pas ! Tu vas voir… Tu vas prendre !
Mais voilà… Il est bon ce c.. mec et difficile d’en dire du mal tant dans la vie que sur scène, où il possède une énergie et un humour fous, il embrase la salle qui sort avec les zygomatiques enflammées !
Devenu un habitué du Théâtre Daudet, le revoici donc dans son « Late show à l’Américaine… sans américains et sans budget »
A la manière d’un « live » il nous parle de l’actualité, nous annonce des stars qui ne viendront pas et qui pourtant « Avec le pognon qu’ils touchent »… Lui peut, « en toute simplicité et pour pas cher » faire la même chose.

Et le voilà qui nous embarque sur la croisière « Âge tendre et jambe de bois » avec toutes les mémés qui hurlent autours des stars qui ont leur âge, avec Dave entre autres qui ne sait pas si le bateau est à voile ou à vapeur, puis il repart sur l’émission « Danse avec l’escarre » pour mieux revenir sur « Star 80 » où le public et les chanteurs ont le même âge ! Un peu de « Starmania » avec le fameux « S.O.S d’un médecin en colère ». Il ne peut pas s’empêcher de nous parler de cette belle émission qu’est « Star Ac et demi » qui reçoit une chanteuse qui nous propose « Le dernier jour de mes kilos »…
En pleine émission en direct il demande au technicien de lancer Mike Brant… que l’on voit s’envoler de la fenêtre et il reçoit un appel « niasqué » de Johnny qui veut revenir dans son show. Et ce sont deux heures d’un spectacle iconoclaste, d’une drôlerie incroyable (Hormis qu’il n’arrête pas de m’envoyer des vannes… Mais qu’est-ce que je lui ai fait ?) où il se donne à 100%.

Et il termine par une note d’émotion où il fait revivre « Nos chers disparus », Brel, Piaf, Cloclo, Johnny, Bashung, Gainsbourg… » Et quel imitateur !
Il sait tout faire le bougre. Alors comment le critiquer si ce n’est pour dire qu’aujourd’hui Benjy fait partie des grands showmen. A preuve, sa tournée qui n’arrête pas de s’allonger, on pourra d’ailleurs le retrouver au City Vox à Avignon du 14 au 17 juillet.
Le retrouver est « malgré tout » un vrai plaisir, à la scène comme à la ville, d’autant que chaque fois il s’améliore, son show s’affine, s’affirme car il sait bouger, chanter, imiter et raconter.
Que demander de plus ?
Salut mon Benjy… Et sans rancune !

Jacques Brachet alias Michel
Photos Alain Lafon

Six-Fours – Six N’Etoiles
Alexandra LAMY : La première salle à son nom !

Nous avions deux hommes : Claude Lelouch et Clovis Cornillac. Le troisième homme… est une femme : Alexandra Lamy !
Venue, avec le réalisateur Edouard Bourgeon présenter en avant-première leur film « La promesse verte », La direction du Six N’Etoiles, Noémie Dumas en tête, a décidé qu’une femme serait la marraine de la troisième salle. Et tout cela s’est fait dans la joie, la bonne humeur et un brin de folie.
Nous avions pu voir le film le matin en projection où Alexandra est d’une force dramatique intense et l’on retrouvait, après une rencontre presse en toute intimité la comédienne, accompagnée de son réalisateur, une femme pétillante, lumineuse et pleine d’humour heureuse qu’on lui ait offert sa première salle de cinéma.
C’est accompagnée de nombre d’élus, d’invités et de Jean-Sébastien Vialatte, maire de Six-Fours que le champagne coula. Le maire dit sa joie qu’elle ait accepté d’être l’une des marraines de ce cinéma, son plaisir aussi de voir le succès non démenti de ces quatre salles, succès qui invite à penser à une… cinquième salle ! L’idée d’installer ce cinéma en cœur de ville et à proximité des spectateurs, fait que son succès va grandissant.


Le film
Quant à Alexandra, qu’on a souvent vue dans des comédies pétillantes, elle porte là sur ses épaules un drame à la fois humain, écologique et politique : la déforestation des forêts d’Indonésie afin d’exploiter l’huile de palme.
Martin (Félix Moati), étudiant qui fait une thèse sur ce sujet, y part pour enregistrer des preuves… Ce qui ne plait pas à beaucoup de gens qui en font fortune. Un complot est monté contre lui, on cache de la drogue dans son sac, il est arrêté et suite à un procès bidon, le voici condamné à mort.
Sa mère, Carole (Alexandra Lamy), qui vit à Paris, va monter au créneau et tout faire pour qu’il sorte de ce cauchemar. La route sera longue car elle va avoir à se battre contre les exploitants d’huile de palme, la police indonésienne, les milices, et les gouvernements, dont la France, qui profitent tous de cette industrie.
Mais ce que femme veut…


Félix Moati, qui a une déjà belle carrière débutée par « LOL » en 2009 y est son fils, beau, émouvant, ne sachant comment il va finir. Quant à Alexandra Lamy, elle est prodigieuse dans ce rôle de femme blessée qui va devenir une lionne pour défendre son « petit ».
Le film est violent, comme ce qui se passe dans ce pays et Edouard Bergeon signe là un film d’une force et d’une intensité inouïes,  qui dénonce ce qui se passe vraiment, non seulement en Indonésie mais partout dans le monde, pour le profit, soutenu hélas par nombre de pays qui y trouvent leur compte au passage. Un drame humain, un drame écologique qui met le doigt sur ce que va devenir l’univers si l’on n’y prend garde.
Un film coup de poing, tout à la fois fiction, docu et thriller mené de main de maître par de superbes comédiens.


La rencontre
C’est encore autour de ces petits bonbons multicolores et ces petites fraises (contiennent-ils de l’huile de palme ??) que nous retrouvons donc ce duo magnifique et volubile.
« D’où est parti ce scénario, Edouard ?
D’une manif d’agriculteurs. Dans mon film « Au nom de la terre », je racontai mon père, l’histoire que j’ai vécu à la ferme car je suis fils et petit-fils d’agriculteurs, très ancré dans ma terre et j’ai déjà produit quelques docs comme « Les fils de la terre », « Ferme à vendre », « Du miel et des hommes » et mon premier film de fiction « Au nom de la terre ». Je suis en train de terminer un doc intitulé « « Les femmes de la terre » qui fera l’objet d’une soirée sur France 2 le 27 février. Le sujet étant le combat des femmes qui sont passées de statut d’invisibilité à, aujourd’hui, actrices de la transition écologique.
Et le sujet du film donc ?
Des gens comme mon père avaient été encouragés à faire dans la culture du colza pour le transformer en diesel. Aujourd’hui on importe de l’huile de palme de Malaisie ou d’Indonésie qu’on retrouve un peu partout. Et pour cela, on tue le poumon de la vie, on déforeste, on brûle des villages. Le film est dans l’actualité et je pense qu’il y est pour un bon moment. Je pars donc de cette histoire qui résonne en moi. Etant journaliste et grand reporter, je suis allé au Brésil, en Argentine et j’avais déjà vu cette déforestation. A partir de là, très vite, je tombe sur un scénario dont l’héroïne est une femme.
Et cette femme…
(Rire d’Alexandra) Elle est là !

Comment y êtes-vous arrivée ?
Ce que j’ai aimé dans ce film est qu’au départ, Carole est madame tout le monde et qu’elle va devenir une héroïne. De plus, le scénario était très documenté et ça, c’est très agréable. C’est un sujet très important que le journaliste qu’est Edouard a réussi à en faire un film de fiction, très riche, très juste car tout est vrai.
J’aime aussi ce personnage pour tout un tas de raisons, entre autres parce qu’elle est l’œil du spectateur.
Le spectateur est comme elle, tout de suite en train de découvrir ce qui se passe là-bas. Pour moi comme nombre d’entre nous, l’huile de palme s’arrête à Nutella. Et en fait, on se rend compte qu’elle est partout.
Le personnage aurait aussi pu être un père à la recherche de son fils…
Alexandra :
Le fait est qu’elle soit une maman, ça veut dire aussi un sentiment d’impuissance. Comment se retrouver face à un lobbying industriel énorme devant lequel elle ne peut se battre qu’avec ses moyens ? C’est une mère avant tout, c’est viscéral et c’est d’autant plus fort car avec un homme il y aurait eu plus de violence. Elle est à la fois naïve, impuissante et cassée par tout ce qui se passe.
Le fils, Martin, a aussi un grand rôle…
Edouard : Il représente la jeunesse militante qui a beaucoup plus conscience de l’écologie aujourd’hui, qui se bat jusqu’au sacrifice.
Y aurait-il un peu de vous, Edouard ?
Bien sûr, ça me raconte un peu quelque part, pour aller témoigner jusqu’au bout du monde. Mais j’avais envie de raconter une femme au quotidien qui va devenir malgré elle une héroïne, prête à déplacer des montagnes pour aller sauver son fils. Je reste toujours à la hauteur de Carole, écrasée sous le poids de la République, dans un monde de diplomatie, du lobbying. Elle se pose plein de questions : Qui est en face  d’elle ? Quel pouvoir a vraiment chacun ? La mène-t-on en bateau ? Peut-elle faire confiance ?
Alexandra : Au milieu de tout ça, elle est bien obligée de faire confiance car elle doit sauver son fils à n’importe quel prix. Une mère est prête à tout, même à l’humiliation totale et à prendre tous les risques. Mais si elle arrive à le sauver elle sait qu’il continuera le combat car on ne peut pas faire taire la jeunesse.

Edouard, n’avez-vous pas eu des problèmes pour tourner en Indonésie et même en France ?
D’abord nous avons tourné en Thaïlande et on a la chance de vivre en démocratie où l’on a encore la liberté d’expression. Nous avons aussi tourné au Quai d’Orsay où nous avons rencontré des gens qui nous ont aidés.
Alexandra : Nous sommes des artistes et l’art permet de pouvoir débattre autour d’une projection. C’est important car on peut en parler avec le public, on a un vrai échange. L’art permet ça, il permet de gagner du temps, de voir mieux les choses et les comprendre et c’est mieux qu’une leçon qu’on pourrait nous donner. Ça permet une réflexion. Dans les pays où il n’y a pas de culture, c’est catastrophique. Nous sommes tous des « consom’acteurs » ! Si tout le monde prend conscience de ça, on est capable d’aller très loin et de faire changer les choses.
Edouard, le choix des comédiens qui entourent Alexandra est parfait : Félix Moati, Julia Chen, Sofian Khammen, David Chin, Antoine Bertrand, Philippe Torreton…
Alexandra est une actrice populaire, dans le bon sens du terme. Il fallait autour d’elle un casting cohérent, tout en nuances car les personnages sont assez ambivalents car pour la plupart, on ne sait jamais quel jeu ils jouent. Avec eux, ça a été une belle aventure, même si les conditions de chaleur et d’humidité ont été quelquefois difficiles à supporter. En février, il fait très chaud en Thaïlande !
Alexandra, vous avez joué presque sans maquillage. Pour une actrice est-ce difficile ?
Pas du tout car c’est le rôle qui veut ça. Que ce soit dans les forêts ou même à Paris ou aux Sables d’Olonne, ce n’est pas sa priorité d’être bien maquillée, bien coiffée. C’est même très loin de sa priorité car elle vit un drame. J’ai joué un rôle où le personnage avait un cancer et là, on était dans un autre monde. Avec la chimio, la femme essaie d’avoir un visage présentable, par des perruques et des maquillages et c’est compréhensible. Mais là, elle n’a qu’une idée en tête, c’est sauver son fils et lorsqu’elle se lève le matin, elle ne pense pas à son physique. Elle pense à son fils.
Vous avez eu une année chargée : quatre films et une série, comédienne, productrice, réalisatrice
Oui, j’ai fait « Alibi.com 2 », « La chambre des merveilles », « Zoch et Tenu », je termine « Louise Violet » qui se passe en 1889 et je joue une ancienne communarde qui part au fin fond de la France pour enseigner… Nous sommes encore dans le monde rural. J’ai aussi un peu produit « La promesse verte ». Et j’ai tourné une série « Killer Coaster » avec ma fille, Chloé Jouannet et ma sœur, Audrey Lamy. Et j’ai d’autres projets !
Et vous Edouard ?
Je continue dans le cinéma agricole et je voudrais réaliser un grand récit assez positif, une grande fresque sur la vie à la campagne mais pas comme on l’idéalise ou on la fantasme, mais dans la réalité.
Mais je ne lâche pas le documentaire ».


Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

CHATEAUVALLON… 60 ans !


Déjà…
Que de souvenirs pour des gens comme moi qui ont vu naître Chateauvallon. Que de soirées passées à la belle étoile, les fesses endolories par les pierres encore chaude, mais heureux de voir le nec plus ultra du jazz, du théâtre, de la danse… 2025 sera donc la soixantième année de sa création.
Et voilà que nous est annoncée la programmation de cet été. C’est donc Chateauvallon qui tire le premier avec un magnifique programme qui démarrera le 29 juin et ce jusqu’au 23 juillet.

Stéphane de Belleval
Jérôme Brunetière

Il y en aura pour tous les goûts, de la danse à l’opéra, de spectacles musicaux au cirque…
En cette belle soirée, nombre de personnalités de la culture étaient présentes ainsi que les équipes des deux théâtres Chateauvallon-Liberté réunis autour d’une affiche originale signée de Jesus Cisneros en fond d’écran et de Stéphane de Belleval, directeur des relations avec le public.
Le seul absent : Charles Berling, le grand patron de la scène nationale Liberté-Chateauvalln, car il était auprès de la famille Badinter. On se souvient qu’il avait incarné à l’écran Robert Badinter et avait tissé de liens avec lui.
Et c’est par de l’opéra que démarrera la saison, les 29, 30 juin et 2 juillet. On le sait, l’Opéra est fermé pour travaux et les spectacles  ont été disséminés un peu partout. Jérôme Brunetière, son directeur  nous a annoncé deux ouvrages très méditerranéens puisqu’il s’agit de « Cavalleria Rusticana » de Pietro Mascagni et « Pagliacci » de Ruggero Leoncavallo, œuvres courtes souvent données ensemble. C’est l’Italienne Silvia Paoli qui en assurera la mise en scène et Valerio Gall qui dirigera l’orchestre et le chœur de l’Opéra de Toulon.

Exit Above
François Morel

Encore de la danse, du 18 au 20 juillet avec un immense hommage à Maurice Béjart que nous avions eu la chance rencontrer à Chateauvallon avec George Dunn. Le Béjart Ballet Lausanne s’installera donc quatre jours pour nous redonner le merveilleux « Boléro » de Ravel. Béjart en avait fait deux versions : masculine et féminine. On ne sait pas encore quelle sera la version proposée. Au même programme « L’oiseau de feu » de Stravinski et un hommage à Patrick Dupont proposé par Gil Roman « Alors on danse… ! »
Du cirque pour terminer, le 23 juillet avec la compagnie circassienne Cicus Baobab qui nous proposera « Yé ! (L’eau) » autour de treize virtuoses venus de Conakry passant du corps à corps à la pyramide humaine sur fond de musiques africaines.
Que voilà un programme alléchant ! Les réservations sont ouvertes, la billetterie dématérialisée également.
A noter que le réseau Mistral proposera des navettes gratuites Toulon-Chateauvallon durant tout le festival.
Que la fête commence pour fêter 60 ans d’un lieu magique né d’un génie nommé Henri Komatis.

Alors on danse
Circus Baobab

Jacques Brachet
Je voudrais en profiter pour rendre hommage à un grand photographe et ami : Elian Bacchini qui nous a quittés voici quelques mois et qui a photographie tous les immenses danseurs et chorégraphes qui sont passés durant décennies à Chateauvallon. Grâce à lui  tous les articles que j’ai pu écrire étaient illustrés de sublimes photos.
Merci à lui.

Le Boléro de Ravel par la Compagnie Béjart-Lausanne
Benoît, Stéphane & Cynthia présentent le programme d’été de Chateauvallon 2024

Maxime GASTEUIL soigne son burn out !

Benjamin Demay, le producteur, Maxime Gasteuil, le comédien,
Edouard Pluvieux, le réalisateur

Maxime (Maxime Gasteuil) fils d’un couple qui tient une modeste droguerie (Michel Boujenah et Chantal Lauby), a des ambitions telles qu’il est prêt à tout pour arriver, pour satisfaire son patron (David Salle), dont la fille,  Nadège (Anne Serra) est sa fiancée. Il cache ses parents dont il a honte et fait tout et n’importe quoi, jusqu’à en arriver au burn out. Son futur beau-frère Romain (Romain Lancy), lui propose alors de faire un stage de bien être animé par deux animateurs dits « claivoyants » quelque peu déjantés (Zabou Breitman et Lionel Abelansky). Mais ils n’ont pas l’air d’être les seuls dans ce superbe château, les « malades » étant plutôt dans un équilibre instable. Ainsi va-t-il se retrouver dans ce qu’il croit être une maison de cinglés… Et pourtant…. Ce sont peut-être ces cinglés qui vont lui faire retrouver sa « zenitude » perdue.
« 14 jours pour aller mieux » est un film choral signé Edouard Pluvieux et Maxime Gasteuil, d’une grande drôlerie, avec quelques jolis moments d’émotion, des scènes iconoclastes, et dont le scénario a été vécu par Maxime, Benjamin Demay, leur producteur et Edouard lui-même.
Les dialogues sont percutants, les gags se succèdent à vitesse grand V et Maxime, dont c’est le premier film (Et pour un coup d’essai…), percute l’écran. Cet humoriste s’essaie donc pour la première fois au cinéma avec Edouard, plus que son complice mais plutôt son frère, tant ils ont déjà de vécu ensemble, au théâtre, à la télé et aujourd’hui au cinéma.
Et tous les deux nous font la joie de nous rencontrer au Six N’Etoiles entre deux rires et dix fraises Haribo !
Il sont presque chez eux puisqu’ils nous avouent passer tous leurs étés au Brusc !

« Max, comment est né ce film ?
Il est né d’un stage que j’ai fait avec Benjamin, le producteur de mes spectacles. C’était un moment de ma vie où j’avais des doutes, où je faisais des choses sans jamais savoir si ça allait plaire au public. Ne connaissant jamais notre avenir dans ce métier, il arrive qu’on doute beaucoup. A tel point  que je me demandais si je ne devais pas changer de boulot et trouver un boulot « normal ».
Benjamin, qui connaissait un couple d’amis très calés dans le bien être, m’a proposé d’organiser un stage, une sorte de retraite. Moi qui suis grande gueule, plein de préjugés, qui déteste ce genre de truc, je finis par lui dire OK.
Je viens d’une famille assez ancrée, épicurienne, pragmatique et là, je me retrouve avec des illuminés. Il me semble être dans un sketch. On se retrouve confronté à des gens qui ont des plaies ouvertes et on se rend compte qu’après avoir vu des médecins, des psys, pris des médocs, ces stages sont leur dernière chance. Je dis alors à Ben qu’il faut en faire un film.
Edouard : Mais l’idée est de faire un film sincère, sans tomber dans la caricature. Ces gens semblent être « normaux », avec des métiers classiques mais ils sont en souffrance et on veut faire un film sans faire de mal à personne.
Max : On s’est rendu compte qu’au fil des jours ils allaient mieux, d’où le titre du film. Moi, je n’allais pas si mal en entrant et à la sortie je ne me suis pas senti mieux ! Mais cette expérience m’a fait grandir et j’ai rencontré des gens superbes.
Edouard : Après ça, moi j’y suis allé en observateur en jouant franc jeu et leur disant pourquoi j’étais là. J’ai énormément ri avec eux car ils ont beaucoup d’autodérision. Le maître-mot était la réalisation de ce projet mais c’était vraiment de ne pas faire une parodie mais une comédie où on allait rire ensemble.

Je crois qu’il y a longtemps que vous travaillez ensemble, justement…
Max : Dans ce métier, je suis pourri-gâté car Ben et Edouard sont vraiment des frères. Nous sommes trois mousquetaires et les deux s’évertuent depuis des années à me mettre en valeur. Nous n’avons qu’une envie : continuer à travailler ensemble, on a des idées plein les valises !
Edouard : Nous adorons notre métier et nous ne le faisons pas pour les paillettes mais pour rendre les gens heureux, et continuer à vivre des choses ensemble. Et dans cette tournée d’avant-premières, voir les gens rires, Aimer le film est un grand bonheur de les rencontrer. Ça nous rend fiers et heureux.
Jusque dans les petits rôles, vous avez des pointures !
Edouard : Lorsque j’ai montré le film au festival d’Alpe d’Huez, à Max, Ben et Zabou et que Zabou m’est tombée dans les bras j’étais le plus heureux. C’est ça mon salaire. Zabou est une immense actrice, Je l’avais vue au théâtre deux ans avant dans « Comment vous raconter la partie » de Yasmina Reza, j’avais pris une claque. Deux ans après, je la mets en scène… Normal, non ???
Et puis Michel, Chantal… C’est une chance hallucinante ! On peut se dire qu’on n’a pas fait ce film pour rien.
Justement, avoir Chantal Loby et Michel Boujenah pour trois scènes… Comment fait-on ?
Max : Michel m’a vu un jour sur scène et de ce jour il a été derrière moi. Nous avons développé une relation père-fils, il m’a invité à Ramatuelle.
Je connaissais la fille de Chantal Loby, Jennifer Ayache, chanteuse du groupe Superbus. Elle est venue avec sa mère voir le spectacle. A quelque temps de là, je reçois un message de Chantal, je n’en croyais pas mes yeux ! Elle avait envie de jouer avec moi ! En réunissant un jour Michel et Chantel, je leur ai dit : « Un jour vous serez mes parents dans un film ». Ils m’ont répondu qu’ils étaient prêts à faire n’importe quoi. Et ils ont tenu leur promesse !
Edouard : C’est vrai qu’ils n’ont que trois scènes mais leur personnage est important. Ils sont de modestes artisans qui aiment leur métier et Leur fils, mais lui a de grandes ambitions, il se détourne un temps car il a honte d’eux alors qu’en fait, son bonheur est là, sous ses yeux.
Le reste de la distribution est magnifique …
Edouard : Ma responsabilité et mon plaisir aussi étaient de me mettre à la hauteur de ces grands comédiens. Tous ont été bienveillants et ils nous ont tous portés.
Max, comment passe-t-on d’humoriste à comédien de cinéma ?
J’ai toujours voulu faire du cinéma mais passer de l’un à l’autre risquait d’être casse-gueule. Est-ce que les gens qui me suivent vont me suivre au cinéma car ils s’attendent peut-être à se taper sur les cuisses durant une heure et demie. Mais nous n’avons pas fait « Les Charlots », on a vraiment fait du cinéma et on embarque les gens quelque part.

Et comment passe-t-on d’un BTS commerce à humoriste ?
J’ai un père qui le plus marrant de la planète. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi instinctif, avec autant d’esprit et moi petit, je prends ça comme une éponge. Mes dons, mon aisance, viennent de là. Du coup il est fier et il fait une projection sur moi car ma mère m’a dit qu’il aurait voulu faire ce que je fais. J’avais donc le choix de devenir, comme mon père et mon grand-père, compagnon du devoir… ou comédien ! J’ai hésité de 16 à 19 ans puis je suis  parti à Paris. Grâce à mon père qui m’a aidé dans mes galères et à tout fait pour que je réalise mon rêve. Pour moi et pour eux, je n’avais pas le droit de me rater.
Edouard : Lorsque j’ai vu Max pour la première fois sur scène, j’ai tout de suite vu un comédien. Je me suis dit qu’il irait tout droit au cinéma, avec son air à la Belmondo ! Et Dany Boon qui l’a fait jouer a dit qu’il lui faisait penser à Philippe Noiret jeune… Nous avons vu la même chose. C’est un grand acteur en devenir. Ma seule peur était de ne pas rater « son » premier film.
Et toi Edouard, comment es-tu arrivé au cinéma ?
A 8 ans, je savais que je voulais écrire et réaliser des films… Mon premier film, je l’ai réalisé à 36 ans ! J’ai toujours écrit, j’ai été journaliste, j’ai été rédacteur en chef et j’ai commencé à écrire des conneries pour la radio, pour les Guignols. Puis j’ai rencontré Kev Adams et depuis on a écrit ensemble tous ses spectacles. J’ai fait mon premier film grâce à lui.

Les 3 mousquetaires face au public
Et avec Noémie Dumas, directrice du Six N’Etoiles

En fait, vous avec tous les deux Kev Adams en commun !
Max : Il faisait un spectacle avec Gad Elmaleh et, me voyant sur scène, il m’a proposé de faire leur première partie. Le public m’a vraiment porté et du coup j’ai décidé de me projeter seul en scène. Et en plus, c’est grâce à lui que j’ai rencontré Edouard. Dix ans plus tard… Nous voilà !
Aujourd’hui, toujours des projets tous les trois ensemble ?
Max : Oui, je termine ma tournée avec mon spectacle « Retour aux sources » et on a des projets.
Edouard : Nous sommes en train de finaliser le prochain tournage qui devrait se tourner en Juin-Juillet. C’est pour ça que Benjamin va arriver en retard pour nous rejoindre car il a des rendez-vous.
On peut en parler ?
Edouard : Oui… et non. Tout ce qu’on peut en dire c’est que ce ne sera pas un film choral, qu’on retrouvera quelques comédiens avec qui on a formé une famille et que ce sera une sorte de… « Maman, j’ai raté l’avion » !
Max : Et puis, on a l’idée d’une pièce de théâtre. Notre rêve ce serait de faire « Un singe en hiver » avec Jean Dujardin. Mais c’est encore un peu loin ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Notes de lectures

Jean-Marie PERIER : « Mes nuits blanches » (Ed Calmann-Levy – 406 pages)
Pour nombre d’entre nous qui avons dépassé la soixante… et plus, Jean-Marie Périer reste le photographe de « Salut les copains » qui emmenait au bout du monde Johnny, Sylvie, Sheila, CloClo, Françoise et les autres pour les photographier dans des lieux superbes, qu’il mettait dans des situations drolatiques. Et qui noud faisait têver.
C’est vrai mais pas que….
Car s’il a eu la chance de rencontrer Daniel Filipacchi alors qu’il n’était pas majeur et qu’il lui a mis un appareil photo dans les mains alors qu’il n’était pas photographe, son talent, son inventivité, sa curiosité ont fait qu’il est aussi devenu le photographe de « Jazz Magazine », de « Télé 7 jours », de » Paris Match » de « Elle »  dont la directrice n’est autre que sa sœur Anne-Marie, épouse de Michel Sardou.
Il nous a déjà offert nombre de livres, souvenirs ou albums photos et voilà qu’il nous offre ce pavé avec une suite de portraits de tous les gens qu’il a rencontrés, et Dieu sait s’il y en a !
Mais comme il le précise, « Ceci n’est pas un livre de photos » même s’il y en a de lui et d’autres mais juste pour illustrer cette série de mini-portraits mais aussi de réflexions qui, quelquefois, n’ont que peu de lien avec la photo qui l’illustre.
Lorsqu’on le connait, on sait qu’il a la parole facile et le lire est l’entendre raconter avec humour, avec nostalgie quelquefois, avec émotion aussi et ces portraits sont électiques, allant de tous ses amis dits « yéyé » à Yves Saint-Laurent en passant par Ella Fitzgerald, Françoise Sagan, Catherine Deneuve, François Périer, son père, Marc Porel, son frères, Jean-Pierre Périer son autre frère Jacqueline Porel, sa mère, Jacques Porel, son grand-père, tous disparus.
Et encore Danielle Darrieux, Pétula Clark, Yvonne Printemps, Barbra Sreisand et des centaines d’autres, rencontrés furtivement, le temps d’une photo, ou ayant fait un bout de route avec eux.
Jean-Marie a fait rêver plusieurs décennies par ses photos, ses aventures qu’il raconte avec intelligence, finesse, tendresse, ses portraits de chanteurs, de musiciens, de comédiens, de gens de la mode, de la danse, de l’écriture, de tous les arts qu’il a côtoyés.
JMP… Un grand témoin du monde artistique d’hier et d’aujourd’hui.

Gaëlle NOHANT : Le bureau d’éclaircissement des destins (Ed Grasset – 411 pages)
Avec beaucoup  de délicatesse et d’habileté, Gaëlle  Nohant propose au lecteur de ce nouveau roman une série d’enquêtes sur des objets rassemblés pour être restitués à leurs propriétaires ou leurs descendants. Ces objets ont appartenu à des hommes, des femmes et des enfants souvent exécutés dans les camps d’extermination d’Allemagne ou de Pologne pendant la seconde guerre mondiale. C’est en 1990 qu’Irène va intégrer l’équipe  de l’ITS, International Tracing Service, un service où s’empilent  des milliers de documents d’archives, un fichier central tenant compte de toutes les variantes possibles, de toutes les langues, des erreurs de prononciation, des diminutifs. La guerre a bouleversé la vie de millions de personnes, celles qui ont fui, celles qui ont été prises, cachées, déplacées ou assassinées, ces personnes ont laissé derrière elles des objets et ces objets devront être restitués à leur propriétaire. Un travail colossal de recherche, de mémoire qui redonnera espoir, bonheur, réconciliation, stupeur ou effroi aux survivants mais aussi à l’équipe de travail.
Irène va prendre à cœur de retrouver les traces d’une enfant, cette quête la mènera en Pologne, lui fera prendre connaissance des milliers d’enfants volés aux parents déportés et adoptés par des familles allemandes. Ce livre est bouleversant car chaque histoire émeut le lecteur et le plonge dans l’horreur, une horreur qui malheureusement ne cesse d’être d’actualité. Les familles décrites par Gaëlle Nohant pourraient bien sûr être de vraies histoires. L’auteur a fait un travail remarquable de recherche, le lecteur suivra page après page comme dans un roman policier les destins de Lazar, Wita et tant d’autres et devra peut-être interrompre sa lecture, trop bouleversé par ces destins broyés par l’histoire.
Certains diront que c’est un roman de plus sur la Shoah. Non, car c’est  un roman où vous trouverez de l’humanité, de l’amour et même de la joie dans cette période de l’histoire très sombre.
Claire BEREST :  L’épaisseur d’un cheveu (Ed Albin Michel – 235 pages)
La romancière a choisi d’écrire sur l’homicide conjugal, en l’occurrence le féminicide.
Dès la première page nous savons qu’Étienne va tuer dans quelques jours Violette, dite Vive, avec qui il est marié depuis dix ans. Sans enfant, ils vivent comme des bobos parisiens alternant expositions, vernissages, concerts hebdomadaires de musique classique, voyage annuel en Italie.
Mais Étienne est un homme angoissé et obsessionnel alors que Vive est plus fantasque et souffre de cette vie réglée. Elle va vouloir s’émanciper ce qui va provoquer la jalousie puis la haine de son époux.
L’auteur décrit avec talent la rage montante de cet homme frustré qui, au fil des heures, va développer une folie meurtrière qui l’amènera à larder son épouse de trente-sept coups de couteaux.
Un roman glaçant qui permet de réfléchir à ce sujet qui fait trop souvent la une des journaux.

 Patrick MODIANO : La danseuse (Ed Gallimard – 96 pages)
Le personnage principal, désœuvré, sans argent, a terminé son premier roman.
Il s’occupe d’un enfant, Pierre dix, ans dont la mère danseuse suit les cours du vrai maître de ballet russe Boris Kniaseff.
Le narrateur se souvient de sa jeunesse et se remémore sa rencontre avec la danseuse dont on ne saura jamais le nom. Le livre dévoile les souvenirs flous d’un passé qui s’efface et qu’il essaie d’arracher à l’oubli.
Les personnages errent de bars en studios dans un Paris que ne reconnait plus beaucoup l’auteur. Certains souvenirs vagues suggèrent un passé tumultueux, voire sulfureux de la danseuse, mais nous n’en saurons pas plus.
Le texte est extrêmement épuré, construit en chapitres très courts et l’écriture simple. A la fois des détails précis mêlés à d’autres, flous, rendent l’atmosphère mystérieuse et aérienne. Le fil conducteur du livre est cette quête d’un passé lointain et nous suivons pas à pas ce travail mental comme un récit policier.
« La danse est une discipline qui vous permet de survivre » dit le maître de ballet et « l’écriture est aussi une discipline » cite l’auteur.
Est-ce à penser que l’on se sauve d’un passé tourmenté grâce à la discipline ?
S’agit-il de l’histoire personnelle de Patrick Modiano ? Est-ce que la danseuse s’apparente à l’écrivain et son travail ?
Un livre touchant et singulier.
Eric REINHARDT :  Sarah, Suzanne et l’écrivain (Edit Gallimard – 417 pages)
Le personnage de ce roman se nomme Sarah, elle se confie à l’écrivain  qu’elle admire pour qu’il fasse un roman de sa vie.
Dans le roman, Sarah devient Suzanne et on assiste à sa métamorphose. Sarah est en rémission d’un cancer ; elle est sculptrice d’œuvres en plein air, elle ne supporte plus que son mari la délaisse, de plus, elle se rend compte qu’il possède 75% de leur domicile conjugal. Elle lui demande de changer tout cela, il promet toujours mais ne fait rien. Sur les conseils d’une amie, elle annonce à son mari qu’elle va aller vivre ailleurs pour quelques temps, cela le fera t-il réagir ? elle spécifie bien que ce n’est que pour quelques temps.
Lui, va lui faire payer très cher cette décision, jusqu’à l’amener vers la folie. Seul, son fils la défendra. La vraie Sarah va reconquérir sa liberté et trouver enfin sa place  mais à quel prix ?
Ce portrait est bien de notre époque,il est très bien écrit, (il a frôlé le prix Goncourt), cette femme nous touche beaucoup dans sa recherche d’elle-même.


Cyril FERAUD : Mission zéro faute ! (Ed Harper Collins – 198 pages)
Cyril Féraud, c’est ce souriant blondinet, mi Tintin, mi-fils de bonne famille, qui sévit sur notre petit écran, bondissant de la carte aux trésors au Grand Slam, du Téléthon au Sidaction, du festival Interceltique au festival de l’Eurovision, des Victoires de la Musique aux duels en familles… Et j’en passe !
C’est un feu follet toujours de bonne humeur et de bon humour qui n’a plus une minute à lui et qui aime ça.
Et le voilà qui écrit ! Oh, un livre pas comme les autres mais, de façon ludique, sur la langue française, mi-cahier de vacances, mi-almanach et nous apprend ou réapprend à conjuguer les verbes, à nous donner les racines de certains mots, à employer les mots justes et les synonymes, les acronymes et les sigles, les solécismes et les barbarismes, les pléonasmes et les antonymes et, entretemps, nous faire jouer en nous apprenant l’origine étrangère des mots, faire des mots croisés.
Ce peut être un livre de vacances, un livre pratique que l’on lit et laisse quand on veut. Cet amoureux des mots et de la langue française nous donne, en toute humilité une mission : que ce soit en parlant ou en écrivant, arriver à faire zéro faute et le faire entre amis, en famille car ce livre concerne tout le monde.
Un joyeux moment de lecture et une belle leçon de Français.
Dominique BARBERIS : Une façon d’aimer (Ed. Gallimard – 202pages)
La narratrice plonge dans ses souvenirs d’enfance.
Une photo s’échappe de vieux papiers qu’elle manipule et la trouble. Il s’agit de Madeleine, la sœur de sa mère, prise en Afrique dans les années cinquante alors qu’elle avait suivi son mari à Douala. Aidée de sa mère et de sa grand-mère elle va faire revivre ces années que la jeune femme a passées dans un monde loin de celui qu’elle avait connu jusque-là à Nantes.
Mariée à un époux qui l’adore, Madeleine, jeune femme effacée et discrète se frotte à l’intelligentzia africaine, plus légère et festive que celle qu’elle a connu en France et qui va l’emmener à se laisser séduire par un homme mi-administrateur, mi-séducteur.
Cèdera, ne cèdera pas ? Nous ne le saurons pas car les choses vont tourner brutalement et Madeleine rentrera à Nantes car l’heure de l’indépendance a sonné.
L’autrice retrace ici l’atmosphère désuète pleine de mélancolie de cette époque  dans un roman nostalgique, belle évocation de cette rencontre en noir et blanc d’une jeune femme effacée, pleine de regrets.
Roman plein de délicatesse sur la fragilité des couples dans une ambiance de souvenirs enfouis.


Cécile LIMIER… Karateka Woman !


C’est une femme lumineuse qui porte en elle une grande sérénité.
Cécile Limier enseigne les arts martiaux à Six-Fours, ville dans laquelle elle vit et voici cinquante ans qu’elle les pratique, son professeur ayant été dès le début Louis Wan Der Heyoten. Elle a démarré à l’âge de six ans et n’a jamais arrêté, devenant professeur et montant les marches d’année en année tout en gardant les pieds sur terre dans une vie équilibrée entre son mari et ses deux enfants.
Elle vient – c’est exceptionnel ! – d’obtenir son septième dan, le presque plus haut grade puisqu’il y en a huit et elle est la seule femme en région PACA à l’avoir obtenu.
Elle est donc professeur de karaté mais aussi de Taï Chi, milite pour aider les femmes en difficulté, celles aussi qui ont le cancer, a créé des ateliers d’auto-défense, on la retrouve dans nombre de commissions sportives, des maisons d’enfants, bref elle fait un travail exceptionnel avec une passion magnifique, une grande humanité.
Elle respire la joie de vivre et l’on ne peut que tomber sous son charme, son énergie, son besoin de tendre la main vers les autres.
Elle est aussi partie au Burkina Fasso créer une école pour les femmes africaines « Un dojo pour réo ». Elle est même allée faire un tour dans les prisons de femmes de Grasse, Draguignan, Aix-Luynes et se dépense sans compter pour semer le bonheur autour d’elle.
Un septième dan, donc, bien mérité, qu’elle a fêté avec ses élèves et quelques amis dont Gérard Delcroix qui vient aussi d’obtenir son septième Dan, Louis bien sûr, son mentor et ami depuis tant d’années et André Mercheyer, adjoint aux sports de Six-Fours, qui la suit depuis des années.

Cécile, y aura-t-il un huitième ou un neuvième dan ?
D’abord, ça s’arrête à huit, les autres étant honorifiques, et puis je ne pratique pas dans ce but car pour moi, c’est le chemin que l’on fait qui compte, pas le résultat, même si celui-ci est important mais je trouve que c’est déjà beau d’en arriver là, surtout pour une femme.
Y a-t-il beaucoup de femmes qui en arrivent là, justement ?
Qui arrivent au haut niveau il n’y en a qu’une dizaine en France et je suis la seule en région PACA. Une commission a été créée pour promouvoir le karaté-femme pour aller vers le haut niveau ».
Louis, toujours bon pied bon œil a le sourire de celui qui est fièr de son élève :
« Je suis très heureux de sa réussite, elle est ma fierté. Elle a commencé vers 6 ans, elle en a 56 et malgré sa vie familiale, elle n’a jamais rien lâché, elle tout mené de front et arriver à ce niveau est rare et magnifique. Car il y a très peu de femmes qui atteignent ce niveau-là.
Sais-tu pourquoi ?
Oui, je crois, beaucoup démarrent jeunes mais il y a les études qui les éloignent des salles mais aussi des villes où elles ont commencé. Et puis… elles tombent amoureuses et quand elles rencontrent l’amour, elles choisissent !

Gérard Delcroix, Louis Wan Der Heyoten, André Mercheyer, Cécile Limier

Tu as toujours mêlé le karaté au Taï Chi… La raison ?
Le Taï Chi est au cœur de tout ça. Le karaté est plus fort, plus sec, donne la force physique le Taï Chi est  plus doux mais nous donne la force intérieure, adoucit les mouvements. Ils sont complémentaires et c’est ce qu’a compris Cécile.
André Mercheyer est arrivé à la mairie de Six-Fours en 2008 et dès ce moment, il s’est intéressé au travail de Cécile.
« Lorsque je suis arrivé à la mairie, en 2008, Cécile préparait son projet en Afrique, pour construire une maison pour que les femmes puissent pratiquer le karaté. Et bien entendu, nous avons décidé de l’aider.
Mais je la connais depuis plus longtemps et même avant mon mandat, je la suivais car j’aime les arts martiaux. Jeune, j’ai pratiqué le judo même si je n’y excellais pas !
Pour toi, quelles sont les qualités de Cécile ?
Elle est opiniâtre et d’une grande humanité. Sa qualité première est le partage, ce qui n’est pas étonnant car je crois que c’est le propre de ces sports.
Si elle en est à ce stade aujourd’hui, ce n’est pas dû au hasard mais parce qu’elle est volontaire, passionnée. Ce sport est basé sur la maîtrise, le contrôle de soi et sur l’intériorité. C’est une ambiance qui vient de l’Orient.
Aujourd’hui, ce septième dan nous rend très fiers d’autant qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui atteignent ce niveau ».


Félicitée par le Docteur Stéphanie Guillaume, adjointe à la santé à Six-Fours

Je laisserai le dernier mot à la reine du jour :
« Mon parcours en karaté est un chemin de vie tourné vers les autres. On ne peut donner du bonheur que lorsqu’on est heureux soi-même ».
Dont acte.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta




Jean-Baptiste SHELMERDINE
Cinéma, théâtre, télé, chanson… et bientôt un roman !


Lorsqu’à la télé j’ai vu débouler ce blondinet dégingandé, habillé à l’emporte-pièce, décoiffé et rieur, au regard d’ado prêt à faire une bêtise, j’ai pensé qu’il sortait de l’ordinaire. Ce qu’il faisait déjà dans la série télévisée «Nos chers voisins» qui nous a permis de le découvrir. Et depuis, il n’a pas cessé d’évoluer de la télé au théâtre, de la chanson au cinéma, de l’écriture à la mise en scène.
Il tourne en ce moment dans toute la France avec une pièce désopilante de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière «Un dîner d’adieu» auprès de Laetitia Milot et de Catman où chaque soir il joue devant des salles combles et où il est totalement déjanté.
Je l’avais rencontré au Festival de la fiction TV à la Rochelle et il n’a pas changé : toujours volubile et sympathique, dont on a envie de faire un ami.Un plaisir de le rencontrer à nouveau.

« Tout d’abord une mise au point : ton nom un peu compliqué. Alors, on dit Shelmerdine ou Shelmerdaïne ?
(Il rit) « Dine ». C’est déjà assez difficile. Il vient de mon arrière arrière grand-père qui était Gallois. Mais le Gallois n’est pas l’Anglais et je garde la version française !
Ceci expliqué, au départ tu te tournes vers la photographie et les arts plastiques. Comment as-tu bifurqué vers la comédie ?
C’est vrai que j’ai démarré par des études d’arts plastiques mais je me suis dit assez tôt que j’aimerais être comédien. C’est peut-être un peu too much de dire ça mais je me suis très vite aperçu que j’avais «une plasticité» pour faire ce métier. Ça a commencé très tôt à 15 ans au collège et tout en continuant mes études, vers 18 ans j’ai commencé à passer des castings. Entre autre pour la pub où je considérais que c’était plus facile. Puis j’ai pris des cours de théâtre et j’ai commencé à tourner. Le théâtre a commencé plus tard.
Pourquoi ?
Au cinéma, à la télé, on est un peu entre nous, dans une bulle, on peut recommence si on se trompe. Sur scène il faut y aller et j’avoue que ça me faisait un peu peur. Après le Covid, j’ai fait des essais et très vite j’y ai  pris goût. Aujourd’hui, lorsqu’on me propose un sujet qui m’intéresse, j’y vais !
Alors, débuts, s’il vous plaît, avec Alain Delon !
Oui, c’était pour un téléfilm «Un train de trop» avec aussi Lorie Pester.
J’avais peu de scènes dont une avec Lorie et trois avec Alain Delon. C’était très court mais c’était marrant et surtout formidable de voir travailler un monument.
Comment était-il ?
Ce n’était pas Alain Delon « hors » plateau mais « sur » un plateau de tournage. C’est incroyable ce qu’il  dégageait. C’est vrai qu’on a dit – et ça continue ! – beaucoup de choses sur lui mais avec moi il a été très sympa. Tout de suite je lui ai dit que j’avais peur de tourner avec lui et je crois qu’il a senti que j’étais sincère car j’avais joué cartes sur table. Après chaque pause il venait me voir et même, à un moment, il s’est trompé. J’ai pensé qu’il l’avait peut-être fait exprès pour me mettre à l’aise ! Il m’a beaucoup rassuré.

Tu exploses avec « Nos chers voisins ». Comment ça s’est fait ?
Au départ, la production avait fait un pilote avec des comédiens dont Gil Alma. Ils ont filmé quelques épisodes après quoi ils ont décidé de changer certains comédiens. Il s’est passé six, huit mois et j’ai été du dernier casting. Au départ ils pensaient que j’étais trop vieux pour le rôle. Ils cherchaient un garçon de 18 ans. Mais j’ai fait des essais avec Issa Doumbia et ça a matché. Après quoi est venue Joy Esther et ça a aussi collé. On a vu que ça passait bien entre nous.
Pourquoi cela s’est-il arrêté ?
Ça marchait très fort, on n’a pas compris, on n’a pas eu d’explication. Peut-être est-ce la personne au pouvoir à ce moment-là, qui l’a décidé. Nous avons été très surpris et déçus et puis chacun est parti vers autre chose. Mais on nous en parle toujours et ça a été un beau tremplin.
Et là on te retrouve aux «Grosses têtes» !
Laurent Ruquier m’a remarqué, je suppose dans la série. Il a parlé de moi à Christophe Beaugrand qui était venu faire un «guest» sur la série et qui lui a dit : «Il est très drôle, tu devrais l’essayer». J’ai reçu un texto, il m’a pris et j’ai fait sept émissions.
C’était inattendu !
Oui, d’autant que je n’y étais pas à l’aise. D’abord c’est de l’impro et l’important est de dire des conneries, des vacheries sur les gens qui sont là. Et je suis trop bien élevé pour balancer des trucs à des gens plus âgés que moi, qui ont tous de belles carrières et que je ne connaissais pas. Je suis comédien avant tout et fait pour créer des personnages et dire des textes, pour jouer des rôles. Je n’avais pas envie de me créer un faux personnage. Et puis je suis timide et j’étais très mal pour balancer.
Théâtre, cinéma, télé, écriture, chanson, mise en scène, auteur… Et puis quoi encore ???
(Il rit) Eh bien… Je viens d’écrire un roman !
J’ai été metteur en scène d’une jeune humoriste, Mélodie Fontaine et je suis co-auteur de son spectacle qui a eu de très bonnes critiques à Avignon.
J’ai beaucoup tourné cette année pour la télé : «Enquête parallèle» avec Florence Pernel, «Tropiques criminels» avec Sonia Rolland et Béatrice de la Boulaye et «Mère indigne» de et avec Anne-Elizabeth Blateau et Eva Darlan entre autres.
Aujourd’hui, je suis plus tourné vers l’écriture. J’ai aussi écrit un scénario, une comédie qui sera réalisée par Stéphanie Pilonca, qui est de la région. J’écris aussi une pièce de théâtre.

Avec Florence Pernel « Enquête parallèle« 
Avec Gil Alma, Joy Esther,Isabelle Vitari
à la Rochelle

Et pas de seul en scène ?
Alors là… Jamais ! Surtout pas !
Pourquoi ?
Pour avoir mis en scène Mélodie, je me suis rendu compte de la difficulté d’être seul en scène. Ça demande trop d’égo que de réussir à faire face seul au public… Je pense qu’il faut avoir besoin de revanche pour affronter le public face à face. Ce n’est pas pour moi, c’est trop vertigineux. Je préfère jouer avec des comédiens… Ou alors me cacher pour écrire.
Pour toi ?
Non, pour les autres, je n’écris en principe pas pour moi, ça ne m’intéresse pas. Il faut que je sois obligé. Je préfère découvrir un rôle et l’interpréter à ma sauce !
Parlons donc de ces tournages… «Tropiques criminels»
Ça sortira au printemps et j’ai un rôle particulier de chef d’un camp de naturistes un peu sectaire. Et je joue à poil, avec un pagne !
Difficile de jouer à poil ?
Je l’avais déjà fait dans « Nos chers voisins » Il suffit de lâcher prise et on y va.
«Enquête parallèle» ?
Là je me retrouve un peu en photographe un peu timbré. Avec Florence Pernel ça s’est très bien passé, ça a de plus très bien marché et du coup on va faire deux autres épisodes réalisés par Stéphanie Pilonca.
Quant à «Mère indigne», c’est Anne-Elizabeth Blateau qui m’a appelé sans me faire faire de casting. Elle me voulait et j’ai trouvé drôle qu’on travaille ensemble, moi issu de la série «Nos chers voisins», elle issue de «Scènes de ménages».

Comme on le voit, le jeune ado débraillé et échevelé a bien évolué. C’est un touche à tout qui varie les plaisirs. Et notre plaisir a été de le rencontrer. Et de nous retrouver bientôt avec Stéphanie Pilonca qu’on a déjà rencontrée au Six N’Etoiles.
A bientôt donc !

Jacques brachet
Photos Alain Lafon & Christian Servandier
La pièce se jouera le vendredi 1er mars au Forum du Casino d’Hyères

Fabienne THIBEAULT
La serveuse automate venue du grand froid


Fabienne Thibeault, malgré sa belle carrière franco-québécoise, reste et restera pour toujours la première serveuse automate travaillant à l’Underground Café de « Starmania ».
Et elle reste, depuis ce temps, mon amie, rencontrée juste après le succès de ce rock opéra qui a fait changer les mentalités du show biz français qui pensait qu’en France une comédie musicale ne marcherait jamais.
Ma rencontre avec Fabienne, donc, remonte quelques mois après « Starmania » alors qu’elle venait chanter à Chateauvallon.
Timide alors, derrière ses lunettes de vue et le visage mangé par de longs cheveux, tout de suite ça a collé entre nous et de ce jour, nous nous sommes souvent vus ou appelés, du Midem, ou elle présentait les contes musicaux « Martin de Touraine » écrits avec Jean-Pierre Debarbat, son compagnon d’alors, aux tournées « Age tendre », où elle rencontra son mari Christian Montagnac, alors régisseur de la Cie Créole, en passant par le théâtre, où elle vint jouer à Sanary  « Tout feu, tout femme » avec Pascale Petit et Claudine Coster, l’invitant sur « Stars en cuisine » la manifestation créée à St Raphaël par l’ami Gui Gedda, pour justement cuisiner avec moi, ce qu’elle ne fit pas car elle trouva plus sympa d’aller chanter avec Stone ou encore Julie Piétri que j’avais aussi invitées ! Elle y mit une ambiance de folie.
Je la retrouvai chez moi, à Vals les Bains, en Ardèche, où elle était invitée dans le jury de « Super Mamie » avec d’autres amis comme Alain Turban, Zize, Gilles Dreu…
Bref, avec Fabienne, c’est une longue amitié pleine de rires et d’un grain de folie car la timide Marie-Jeanne a depuis longtemps changé de look et de caractère !
« Starmania » a déjà près de 40 ans et reste une œuvre unique traduite et jouée dans le monde entier Et il y a eu pléthore de Marie-Jeanne. Mais Fabienne reste la première.
Et aujourd’hui elle nous raconte « son Starmania » (Ed Pigmalion) plein d’anecdotes, de souvenirs et nous replonge dans le monde de Monopolis avec délectation.

« Fabienne, qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’écrire ce livre ?
Il y a eu beaucoup de livres parus sur « Starmania » mais la plupart, écrits par des journalistes qui parlaient de notre aventure de l’extérieur, avec quelques interviews. Mais personne ne l’a écrite de l’intérieur, personne n’a vécu ce que nous avons vécu de l’intérieur, l’envers du décor, nos rapports entre artistes, danseurs, techniciens, toutes les anecdotes, les problèmes, les joies que nous avons vécus « Les uns avec les autres » !
Aujourd’hui, alors que nombre d’entre nous ont quittés, que d’autres, comme Diane Dufresne ou Nanette Workman sont reparties au Québec, j’ai eu envie de retrouver quelques compagnons et évoquer notre vie durant ces semaines qui n’ont pas toujours été faciles mais que nous avons vécu intensément. J’ai voulu témoigner.
L’aventure, je pense, a été exceptionnelle ?
Evidemment, d’autant que, pour moi, tout a démarré avec « Starmania », grâce à Michel  Berger et Luc Plamondon. Nous avons vécu une aventure unique où se mêlaient Français, Québécois, Américains. Nous nous côtoyons sans toujours parler la langue de l’autre. Nous avons vécu des moments de joie, de stress, de doutes, de colères, de fous-rires  dans une ambiance souvent électrique car nous n’avions alors pas la technologie d’aujourd’hui, certaines choses étaient compliquées. Le système débrouille était journalier, par moments on ne savait pas où on allait ni si l’on pourrait aller jusqu’au bout.


Donc ce rôle de Marie-Jeanne a été important pour toi !
Je lui dois tout. Rends-toi compte que je chantais quatre chans qui sont devenus des tubes et que l’on chante encore aujourd’hui : « Le monde est stone, « « Les uns contre les autres », « La complainte de la serveuse automate », « Un garçon pas comme les autres (Ziggy)
Dans ton livre, il y a un flou avec ta rencontre avec Luc…
On est d’accord sur la première rencontre : elle a eu lieu à Montréal lors du festival «  chantAoût » en 75. Luc était là et est venu me voir avec Gilles Talbot qui allait être le producteur de « Starmania ». Et alors je suis sûre qu’il m’a proposé d’être de l’aventure alors que lui affirme qu’il n’était pas encore sur le projet. Cela me paraît illogique car en 77 « Starmania était prêt ». Ça n’aurait pas pu se faire si vite s’il n’en avait pas déjà été question !
Par contre avec Michel, pas de flou !
Michel est venu à Montréal en plein hiver, nous nous sommes retrouvés chez Luc et il m’a joué au piano « Le monde est stone ». Je l’ai écoutée deux ou trois fois, je l’ai chantée et tout de suite il a dit que ça allait.
Comment cela s’est passé avec les deux acolytes ?
Sans problème. Quoique stressé, Luc était toujours charmant, nous sommes devenus très proches. D’ailleurs, après « Starmania », il m’a écrit d’autres chansons dont « Ma mère chantait » qui a été un gros succès au Québec. Michel, lui, était un garçon très organisé, toujours dans sa bulle, partout à la fois mais très agréable et pudique. Il était tout autant compétant musicalement et en tant qu’organisateur.

Avec Stone à « Stars en cuisine »
Avec Julie Piétri à « Stars en cuisine »

Et avec France Gall ?
Elle était très particulière, très dirigiste avec tout le monde, remettait tout en question on l’appelait « Le petit caporal »
Tu dis dans ton livre ne pas avoir pleuré lorsqu’elle a disparu…
On perdait une belle chanteuse, ses fans étaient éplorés mais ce n’était pas une amie proche, nous n’avons pas eu vraiment d’atomes crochus. Elle pouvait être drôle et charmante mais elle était imprévisible et voulait s’occuper de tout. Mais tu sais, dans une telle aventure, on ne peut pas être proche de tout le monde même si l’on s’entendait bien.
A part toi qui a été tout de suite Marie-Jeanne, on a cherché des artistes entre autres pour Stella Spotlight et pour Cristal.
Pour Stella, il a été question d’Anna Prucnal mais on lui a trouvé un accent trop polonais. Puis il y a eu Armande Altaï mais elle avait une personnalité trop marquée.  Et pourtant elle était surprenante dans « Les adieux d’un sex-symbol ». Pour Cristal, on a pensé à Sabrina Lory mais sa maison de disques a refusé car elle venait de faire un tube et son producteur a voulu continuer sur ce succès Puis ils ont pensé à Patsy Gallant. C’est alors que j’ai suggéré que Diane et France étaient tout indiquées pour ces rôles.

Avec Chritian Montagnac, son mari

Pourquoi, malgré le succès, vous n’avez joué que 33 jours exactement, pas de tournée, pas de « live » ?
Parce que le Palais des Congrès n’était libre qu’un mois et que le décor monumental ne pouvait entrer nulle part ailleurs. Aujourd’hui c’aurait été sans problème. Du coup on n’a pu jouer qu’un mois, impossible de transporter les décors de ville en ville, donc pas de tournée et, à l’époque, on n’enregistrait pas les spectacles comme aujourd’hui. Voilà le fin mot de l’histoire.
Si France Gall, Diane Dufresne et Nanette Workman ont fait faire leurs costumes par leur couturier, rien n’était prévu pour toi !
A trois jours de la première, la production s’est rendu compte que rien n’était prévu pour m’habiller. On m’a proposé un carton où je devais sortir les bras, un tablier de plastique sous lequel l’air s’engouffre et l’on ne voyait plus ma tête… En fait, on trouvera une robe et un tablier chez Laura Ashley… Mon costume a coûté beaucoup moins cher que pour les autres !
Il y a également le problème de la chanson « Les uns contre les autres » que personne ne voulait chanter…
Et que j’ai finalement proposé de chanter sans savoir que c’étaient les radios qui allaient la choisir en premier !

Age Tendre
Avec les Charlots sur « Age Tendre »

Que penses-tu de la nouvelle version qui se joue en ce moment ?
Donne-moi 16 millions d’Euros et je te fais un spectacle ! Ceci dit, le spectacle est très impressionnant par la technique, les lumières, les effets spéciaux… Trop peut-être. Quant aux chanteurs, même s’ils ont de très belles voix, ils font du karaoké. A la note près, ils font exactement ce que nous faisions, même ce que nous avions inventé autour des chansons. Du coup, ils n’impriment pas leurs personnalités comme avait pu le faire la sublime Maurane et d’autres interprètes. Je devrais demande des droits d’auteur !!!
En dehors de ce livre, Fabienne, que nous réserves-tu ?
Je me remets d’un quadruple pontage mais rassure-toi, tout va bien. J’ai été opérée à Clermont Ferrand. Aujourd’hui je prépare un album de chansons qui sortira le 1er mars. Ce sont des chansons que j’ai écrite et j’ai fait appel à des amis : Zize, Alain Turban, Richard Bonnot et quelques autres. Je prépare le spectacle musical avec ces chansons et je pense qu’il tournera en France… Histoire qu’on se retrouve quelque part sur la route ! »

« Tout feu, tout femme » avec entre autre Pascale Petit et Claudine Coster
Stars en cuisine… Moi je cuisine… Elle chante

Propos recueillis par Jacques Brachet

SHEILA… 60 ans d’amour


Sheila est un cas dans ce métier…
Elle est l’une des recordwomans de ventes de disques de ces artistes nés dans les années 60. Le public l’a adulée et l’adule toujours autant, même si la presse n’a pas toujours été sympa – c’est un euphémisme ! – avec elle.
A une époque et durant des années elle fut la reine des hit-parades, du petit écran sans jamais faire une tournée.
Elle en fit une seule à ses débuts, en compagnie des Surfs et de Frank Alamo et ne la termina pas.
Après quoi, il fallut attendre quelques décennies pour qu’enfin elle monte sur scène, toujours avec le même succès et avec des fans toujours fidèles. Elle prit ainsi goût à cette scène dont elle fut privée durant des années et alors que tout lui souriait, la voici qui arrête tout… pour mieux repartir quelques années après.
Allers-retours chaque fois surprenants, entrecoupés de quelques livres qu’elle a écrits et de moments de solitude pour se consacrer à la sculpture…
Je ne la rencontrai donc que très tard par rapport à tous les autres artistes qui, tous, passaient leur temps sur des tournées qui duraient des mois.

Ma vraie première rencontre donc, fut en 95 à la sortie de son livre  » Et si c’était vrai ?  » (Ed Ramsay) où, sous couvert d’un nom d’emprunt, Annette Choubignac, petite fille de Français moyens devenue idole des jeunes, elle réglait ses comptes avec le show biz et quelques personnages qui gravitaient autour d’elle…Chacun y reconnaîtra les siens !
“J’ai trouvé marrant – me confiait-elle – de raconter les dessous du show biz dans les années 60 et de romancer le tout plutôt que de faire la fameuse bio que tout le monde fait. Je voulais parler de cette folie ambiante, cette joie de vivre dont on n’avait pas toujours conscience, du fric que l’on brassait… ou que d’autres brassaient pour nous ! Nous avions 16/18 ans, on voulait chanter, on vous prenait en main, on signait des contrats débiles… Aujourd’hui, les jeunes ont évolué et leurs avocats ne sont jamais très loin
Quelles étaient tes relations avec les autres artistes ?
Johnny, Sylvie, Françoise m’intimidaient un peu cars ils étaient déjà des vedettes. Avec Claude François, on a démarré ensemble donc c’était plus facile. Et on s’est très vite trouvé sur un pied d’égalité. C’est vrai qu’avec Claude il y avait en plus de la tendresse et de la complicité. Il était fidèle et sincère. J’étais aussi très amie avec Dalida qui était une femme intelligente, simple, sentimentale et sensible. Ce qui nous rapprochait c’est qu’elle en avait, comme moi, pris plein la tête. Françoise a été près de moi lorsqu’il y a eu mon « affaire » du Zénith. Sylvie Vartan est aussi restée quelqu’un que j’aime infiniment. Elle est très loin, très souvent mais je crois que lorsqu’on se voit, on a chacune du plaisir à se retrouver. Le problème est que notre entourage essayait souvent de nous monter les unes contre les autres. On nous voulait concurrentes alors que nous, nous n’en avions rien à faire. La preuve : On se retrouvait toujours avec plaisir chez les Carpentier.

As-tu connu la solitude des artistes ?
La vie d’artiste et une chose que, même très entourés par les gens du métier, la presse, les fans, nous vivons seuls. Nous sommes très exposés car nous vivons une histoire d’amour avec des milliers de gens et lorsque les lumières s’éteignent (Claude François l’a très bien chanté) nous nous retrouvons seuls.
Être entouré ne veut pas dire être aimé. Mais la solitude croise tout le monde un jour… « 
Malgré cela à l’époque, elle venait d’avoir 50 ans, avait une pèche d’enfer, plein d’envie et m’avait envoyé en boutade :
«J’ai 50 ans derrière moi et encore 50 ans à vivre»…
Lorsque tu as décidé d’arrêter la scène, le public ne t’a-t-il pas manqué ?
Bien sûr, terriblement mais la décision de m’arrêter, je l’avais prise toute seule et en toute connaissance de cause. J’avais décidé de prendre du recul, de faire autre chose et c’est ce que j’ai fait puisque je me suis mise à la sculpture et à l’écriture.
Donc, si le public me manquait, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même ! Mais un jour ça a été plus fort que tout, il fallait que je revienne. Le manque était trop grand.
Et ce 28 septembre 1998 à l’Olympia ça a été des retrouvailles d’une force, d’une intensité inouïes… C’était au-delà de tout ce que j’avais pu rêver. Ce fut un grand moment d’amour et la tournée suivit, aussi intense. Tout ça restera l’un des plus grands moments de ma vie. En trente ans de carrière je n’avais jamais vécu ça…
Et je crois qu’il y avait trente ans que j’attendais ça !
Etais-tu inquiète ?
Pas vraiment car j’avais fait de la scène en 88 et je savais que le public serait là, comme il l’a toujours été. Mais je me disais que j’avais peut-être été imprudente de m’être arrêtée. Et je me rendais compte surtout que je m’étais privée de beaucoup de choses. Le public me manquait vraiment et c’est pour cela que je fais la fête avec lui tous les soirs ! La presse, les critiques, ça a été le bonus !
Des regrets ?
Non, pas vraiment puisque la décision venait de moi et de mon plein gré. De plus, j’ai également pris beaucoup de plaisir à sculpter et à écrire, même si c’étaient des plaisirs solitaires ! Mes livres se sont bien vendus, certains sont sortis à l’étranger et je suis très fière de cela».
Après avoir été tellement décriée, « la chanteuse populaire » chante à Ramatuelle et reçoit la légion d’honneur…Quel effet cela fait-il ?
Quelle fierté ! Quelle joie !
Être choisie par Jean-Claude Brialy pour passer sur cette scène mythique et faire partie des privilégiés qui pourront dire « J’y ai chanté », quel bonheur, quel honneur !…
Être décorée par Chirac, quelle reconnaissance ! On a beau se dire au départ qu’on s’en fout et que d’autres le méritent plus que toi, ça fait un drôle d’effet. Et surtout, après tant d’années, être enfin reconnue dans son pays, ça fait chaud au cœur.


C’est une belle revanche ?
Non, je ne prends pas ça pour une revanche. Je le prends tout simplement comme un grand bonheur.
Aujourd’hui, Sheila, c’est qui ?
Une personne qui a beaucoup d’amour à partager, à donner, à recevoir…
C’est une femme qui a une pêche d’enfer et énormément d’énergie…
Et de projets ! ! !
Qu’est-ce qui te gène encore aujourd’hui ?
Plus grand chose à vrai dire sinon, peut-être, certaines personnes qui continuent à me voir avec des couettes… Couettes que je n’ai gardées qu’une année même si aujourd’hui je ne les renie pas !
Quel est le secret de Sheila pour avoir une telle pêche ?
La plus belle machine qui existe, c’est le corps humain. Il faut savoir l’entretenir, avoir de la volonté, et l’énergie nécessaire pour l’entretenir, le faire travailler, pour qu’il réagisse à plein rendement. Il faut savoir souffrir, aimer avoir des courbatures.
La forme du corps est essentielle. Avec lui, le reste suit.
Penses-tu qu’aujourd’hui de jeunes chanteuses peuvent faire la carrière que tu as faite et que tu fais toujours ?
Pourquoi pas ? La chose essentielle est d’y croire très fort, d’avoir des dents qui rayent le parterre, une volonté de fer, une passion à toute épreuve car il faut vraiment y croire de l’intérieur et être vraiment persuadée qu’on est faite pour ça. On ne fait pas ce métier quand on ne sait pas trop quoi faire, qu’on veut tout simplement devenir célèbre ou qu’on veut « essayer ça »… Les producteurs et les maisons de disques vous considèrent avant tout comme un produit. Tous les salamalecs qu’ils font devant vous, ils le font tant que vous rapportez quelque chose. Mais ils partent aussi vite que ce qu’ils viennent. Il faut donc – et ça c’est essentiel – être entouré de gens sincères, qui croient en vous, qui ne vous lâcheront pas dès que ça va moins bien. Car nous, nous parlons musique et eux, ils parlent business. I
Il faut donc un bon entourage et avoir la foi.
Nombre de tes chansons sont  » relookées  » aujourd’hui !
Évidemment !
Je ne pourrais pas offrir aujourd’hui les chansons telles que je les chantais à l’époque ! « Les rois mages », je l’interprète en salsa, sinon, je ne pourrais plus la faire ! Les orchestrations ont été revisitées, les rythmes aussi et ce n’est pas pour rien que CloClo, Dalida ou moi faisons encore les beaux jours des boîtes de nuit. Ça marche toujours !

La remise en question, tu connais ?
Je crois que je l’ai prouvé ! Je fais le plus beau métier du monde, j’en vis et je n’ai pas le droit de m’asseoir en me disant, satisfaite : « Bon Dieu que tu es bonne ! ».
Mis à part ça, si j’existe encore après 60 ans de carrière, ce n’est pas anodin.
Après ça, je ne passe pas ma vie à regarder ce que j’ai fait et ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais faire.
Tes espoirs, tes envies ?
Que certains me voient autrement… Sheila a évolué et j’aimerais qu’on me voie telle que je suis aujourd’hui et qu’on prenne cela en considération. Après ça, que veux-tu…. Je ne peux obliger personne à aimer Sheila et ceux qui m’aiment savent pourquoi. Et c’est pour eux que je continue.Je devais la retrouver sur les tournées «Age Tendre» mais là, fini la complicité. Pourquoi ? Je ne sais pas. Qu’elle ne me reconnaisse pas, je le conçois, elle en a vu des journalistes et je ne fais pas partie des intimes. Mais là, elle resta lointaine, froide, refusa plusieurs fois un entretien évoquant le manque de temps… et allant jouer aux cartes avec son équipe ! Pourtant, entre les deux spectacles, Dieu sait si les artistes avaient un quart d’heure à donner aux journalistes qui d’ailleurs n’étaient pas nombreux… Il fallut que j’insiste lourdement pour pouvoir faire une photo d’elle avec ses danseurs.
Mais bon, ce n’est pas grave. On se retrouvera peut-être un jour…

Jacques Brachet

Notes de musiques :
Trois musiciens dans les cordes

Paul Zientara, Stéphanie Huang, Renaud Capuçon, Guillaume Bellom

Ils sont trois musiciens hors normes. Ils ont choisi de faire vibrer les cordes… Excellent choix  puisque cela leur a permis de faire partie des meilleurs instrumentistes dans le monde.
Et nous avons eu la joie de les rencontrer à Six-Fours, lors du festival de musique qui, tous les ans, nous permet de découvrir ou retrouver le nec plus ultra de la musique dite « classique », même s’ils se promènent dans d’autres musiques, que ce soit la variété ou la musique du monde.
Les deux frères Capuçon, Gautier et Renaud, y sont venus maintes fois, chaque année étant un rendez-vous qu’on ne manquerait pas. Quant à Nemanja Radulovic, nous l’avons découvert avec joie l’an dernier.
Les voilà tous les trois qui, chacun, nous offrent un disque en cette fin d’année 2023.

Renaud CAPUCON : « Cycle Mozart – The violin concertos » (Deutsche Grammophon)
Renaud a décidé de dédier cette année à Mozart.
Il nous avait déjà proposé en juin « Sonatas for piano & violin » avec le pianiste Kit Amstrong.
Il nous propose aujourd’hui « The violin concertos avec l’orchestre de chambre de Lausanne.
Il nous propose en même temps un troisième album – un e-album – où il met en valeur trois artistes montants : l’altiste Paul Zentaria, la violoncelliste Stéphanie Huang, le pianiste Guillaume Bellom, trois artistes qu’il nous avait fait découvrir l’été dernier lors de son concert à Six-Fours et qui interprètent des extraits de « Don Giovanni » et des « Noces de Figaro »
Pour en revenir à l’album, Renaud y interprètes les concertos 1-3, 4 & 5, le Rondo K 373 et l’adagio K 261. Les concertos, il les avait déjà interprétés avec l’orchestre de chambre de Lausanne et avait depuis longtemps envie de les enregistrer avec celui-ci.
Voilà qui est fait… Et bien fait !

Gautier CAPUCON : « Destination Paris » (Erato)
Alors que son frère Renaud nous avait offert « Un violon à Paris », voici que Gautier nous emmène « Destination Paris ». Un CD très particulier puisque, lui aussi, mêle des styles, passant de Rameau à Legrand, d’Aznavour à Debussy, de Morricone à Offenbach, De Brassens à Gounod, de Goldman à Fauré et j’en oublie !
A Six-Fours, il nous avait déjà proposé de mélange des genres qui avait électrisé une foule qui avait envahi le Parc de la Méditerranée. 
Sur ce CD, où il est accompagné de son fidèle pianiste Jérôme Ducros, avec qui il a réalisé arrangements et transcription, il s’est entouré de la Maîtrise de Radio France, de l’Orchestre à l’Ecole et de l’orchestre de chambre de Paris dirigé par Lionel Bringuier. Même Vladimir Cosma est venu en renfort pour « Reality », le fameux tube de « La boum ».
22 morceaux superbes qui nous font balader dans des genres très différents, avec son violoncelle magique.
A noter que Gautier se produira à l’Olympia le 26 février.

Nemanja RADULOVIC : Beethoven ((Warner Classics)
Il nous vient de Serbie où il a commencé le violon à 7 ans. A 15 ans il entrait au Conservatoire de Paris où son professeur était Patrice Fontanarosa. Il a aujourd’hui la double nationalité. Ses goûts vont vers Mozart et Beethoven, ce qui ne l’a pas empêché de nous offrir l’an passé un disque magnifiques de musiques traditionnelles « Roots », où il nous avait fait faire un beau voyage, du Brésil à la Chine en passant par tous les pays nordiques, l’Inde, le Japon… Et la France. Ce CD, pensé et enregistré durant le Covid. On retrouve l’ensemble « Double sens » qui l’accompagnait dans « Roots » dans ce nouvel opus consacré à Beethoven, avec le concerto in D op 61 et la sonate N°9 in A op47, la fameuse « Sonate à Kreutzer ».
Ce concerto lui tient à cœur depuis longtemps et s’il l’a beaucoup joué, il ne l’avait non plus jamais enregistré. Quant à « La sonate à Kreutze », elle fait aussi partie depuis longtemps de son répertoire. Il a joué la carte de la différence avec cet ensemble sans chef d’orchestre, en apportant une nouvelle approche à ces deux œuvres qu’il nous offre aujourd’hui.

Jacques Brachet