C’est au domaine de la Gayolle à la Celle que le coup d’envoi a été donné pour la 36ème édition d’Art & Vin C’est une manifestation qu’a créé la Fédération des Vignerons Indépendants englobant la région PACA et Corse, qui, aujourd’hui a une résonnance régionale incroyable. Le but est de lier deux arts : les arts du vin et les arts plastiques. Chaque année, les vignerons, domaines et châteaux de Provence invitent des artistes, peintres, photographes, sculpteurs, à venir présenter leurs œuvres dans des lieux magnifiques, chacun faisant découvrir l’autre et créant des rencontres, des soirées où se mêlent la musique, la danse et autres spectacles en découvrant les artistes et les vins qui sont un art en soi. Durant tout l’été, et jusqu’au mois d’octobre, vous pourrez vous balader de Taradeau à Villecroze, du Muy à Tourves, de Brignoles à Hyères, de Draguignan à Roquebrune sur Argens, découvrir de vignobles en châteaux, ce qui fait l’une des exceptions du Var : ses vins tricolores et en même temps admirer des œuvres d’artistes de notre belle région. Cette année donc, c’est l’énergique, dynamique et sympathique propriétaire du Domaine de la Gayolle, Nicolas Paul, qui nous recevait pour frapper les trois coups de cet événement estival, sous l’égide d’Alain Baccino, propriétaire du domaine des Peirecedes à Cuers, plusieurs fois médaillé, qui fut l’un des créateurs de cette belle idée, avec son épouse Véronique. Aujourd’hui, toute la famille continue la tradition de ce domaine, leurs fille Leslie et Audrey y venant en renfort.
L’an dernier, « Art & vin » avait entamé une trilogie qui avait pour thème « L’art métamorphose, être, renaître et transfigurer », cette année, le thème est « Matière et temporalité » Le tout jeune propriétaire du domaine de la Gayolle, était heureux de recevoir artistes, sponsors de la manifestation et la presse pour lancer la manifestation et présenter son domaine : « C’est un domaine familial et je représente aujourd’hui la septième génération. C’est donc un domaine très ancien, ses fondations datent du deuxième siècle et nous avons cette chance d’être entourées de deux sources, l’une descendant du massif de la Saint-Baume et l’autre sur le domaine même. Ces sources sont chargées énergétiquement, les premiers témoins de cette énergie, ce sont nos platanes de 45 mètres de haut. Ils ont 400 ans et se portent à merveille. Ces arbres transmettent leur énergie à notre vignoble. Ce dont les Romains qui sont venus s’installer ici, un général y a fait construire cette chapelle qui jouxte le domaine. Nous avons même découvert un sarcophage qui est en ce moment au Musée des comtes de Provence à Brignoles. Aujourd’hui, le domaine s’est adapté à l’agrotourisme, nous avons créé de nouvelles activités, dont « Art & Vin » que nous recevons avec joie et une « Aventure dans les vignes » qu’a créé avec succès Caroline Adrian »
Caroline Adrian, qui est la coordinatrice événementielle et qui a inventé un jeu de piste original : « C’est un jeu de piste qui peut se faire en famille ou entre amis, à travers les vignes, en parcourant six kilomètres que l’on peut faire à pied ou à vélo. Durant le trajet, nous organisons des épreuves, des mystères y sont disséminés et à la fin du parcours, une dégustation est proposée avec un goûter pour les enfants. C’est une immersion ludique qui fait découvrir le domaine et que l’on propose du lundi au vendredi de 9h à 17h » Ce sont donc une cinquantaine de domaines qui recevront un ou plusieurs artistes, chacun adapté au lieu et Nicolas Paul nous parle de celle qui a déjà installé ses œuvres très originales dans son domaine. « Il s’agit de Christine Stephanoff , absente aujourd’hui, qui, en miroir à nos arbres, nous propose ses sculptures avec des personnages qui ont cette originalité d’avoir des formes élancées et de très grands pieds qui représentent l’ancrage ce qui est notre identité à la Gayolle, une identité spirituelle aussi que nous avons avec nos arbres et notre chapelle ».
Parmi les artistes présents à cette journée, Jean-Marc Toureille qui exposera ses œuvres au château de Mauvanne aux Salin d’Hyères. Œuvres très originales puisque réalisées au… stylo-bille ! « L’essentiel de mon travail aujourd’hui, nous dit-il, est en noir et blanc ou en bleu mais j’essaie d’évoluer vers la couleur et d’autres matières, ce qui n’est pas facile de les accoupler d’autant que le stylo-bille n’est pas effaçable en cas d’erreur ! Au départ je me suis lancé dans la photographie tout en m’essayant à toutes les matières : huile, pastel, fusain, crayon, art digital. Puis j’ai peu à peu abandonné la photo pour m’essayer au dessin. Je me suis lancé dans le dessin humoristique en créant un petit chien pour des revues. Mais, j’ai vite fait le tour du chien et je me suis lancé dans le stylo-bille en mélangeant l’abstrait et le figuratif » Aujourd’hui ses œuvres sont fortes, même si, faites sur papier, il avoue qu’à force de dessiner… ça prend de la place ! Mais leur place est sur les murs d’exposition que vous pourrez donc découvrir au Château de Mauvanne, du 1Er juillet au 16 août.
C’est au Château Vaudois, à Roquebrune sur Argens, que l’on peut découvrir un trio d’artistes : le photographe François Millo et les plasticiennes Marika Guevellou et Sophie Chiotti. Ils ont décidé de collaborer en symbiose. François Millo nous parle de leur rencontre : « Il s’agissait en fait de créer une synergie qui est née entre nous depuis quelques mois. Nous nous sommes dits : pourquoi ne pas associer trois disciplines, la peinture, le plastique et la photo pour aller plus loin. Lorsqu’on expose seul, au bout d’un moment, on sent un peu de lassitude et là, ça crée une émulation, avec de nouvelles idées et c’est notre façon de nous inscrire dans notre art. En ce qui me concerne, c’est la photographie de l’instant. Une scène d’une demi-seconde est fixée à tout jamais » A ses côtés donc, deux plasticiennes : Sophie Chiotti qui s’amuse entre huile, encre de chine, collages, photographies. Ses œuvres aux couleurs douces, sont empreintes d’un certain mystère entre ombre et lumière qu’elle aime nommer « Présence silencieuse ». Marika Guevelou aime la mise en scène. Artiste peintre, elle dirigea un temps une galerie à Nice où elle aimait mêler les thèmes, les domaine artistiques et les mettre en scène selon le lieu où les œuvres exposées. Elle aime à dire que les obligations permettent la création, l’adaptation du lieu.
Pour les autres artistes, il faudra aller de domaines en caves et en châteaux pour découvrir tout d’abord des lieux magiques, des vignobles qui nous offrent des nectars inventifs et savoureux et des artistes talentueux et originaux. Une trilogie qui chante la Provence !
C’est un homme volubile, passionnant et passionné. Digne successeur de son arrière-grand père, le photographe iconique Marius Bar, Bernard Castel est photographe et a pour mission de sauvegarder l’œuvre du grand photographe, amoureux de la photographie et de sa ville natale qui l’a vu naître en 1862. Portrait, bateaux, paysages, scènes de rue, chantiers navals… De 1886 à 1930, date de son décès, il a photographié à tour de bras, sans se lasser, pour nous laisser une œuvre colossale de cette région varoise qu’il a toujours aimée. Bernard Castel, descendant de la fille de Marius Bar, Jacqueline et de Roger Castel, entrepreneur à Solliès-Pont, a donc tout enfant, été baigné par la photographie et il a suivi le chemin de ses ancêtres pour aujourd’hui conserver l’œuvre de son arrière-grand-père et la faire vivre. Henri Chich, président de l’association « Phot’Azur », l’a invité pour qu’il nous présente des photos des chantiers de la Seyne et du sabordage de la flotte à Toulon, parmi tant de reportages qui retracent l’histoire d’une ville et du Var.
« Marius Ba – m’explique-t-il – a créé la société des éditions qui portent son nom en 1886. Il était à l’époque installé au 15 de la place Puget à Toulon. Au bout d’une dizaine d’années, il a dû changer d’adresse parce qu’il n’avait plus suffisamment de place pour travailler. Il est alors allé s’installer du côté de Notre-Dame, à Saint-Jean-du-Var, a créé un salon de pose, pour travailler de manière un peu plus industrielle car il faisait alors essentiellement des portraits de gens reconnus dans Toulon, comme Marius Escartefigue, Théodore Botrel, Jean Aicard, Paulin Bertrand, beaucoup d’acteurs qui se produisaient au Casino. Il a donc arrêté de faire des portraits ? Le fait de changer d’adresse a modifié sa clientèle. Il était au centre-ville et il s’est trouvé « expatrié » à Saint-Jean-du-Var, les gens ne pouvaient pas venir le voir facilement, il fallait prendre le tram. Donc, petit à petit sa clientèle s’est étiolée au point où il ne faisait pratiquement plus rien. Il a donc changé de tactique ? Son cousin, qui était médecin dans la Marine Nationale, lui donne l’idée de faire des photos des équipages des navires de guerre. A l’époque, la photo n’était pas très répandue et il lui propose d’aller voir ensemble son ami qui était le préfet maritime. Celui-ci lui donne son accord à condition de ne pas photographier des choses qui sont confidentielles, pensant que les marins seraient contents qu’on les mette en valeur.
Toulon le 27 novembre 1942 – Le sabordage de la Flotte
Et il a accepté ? Oui, il a commencé à faire des photos des équipages, les installant sur la proue des navires. Petit à petit, les commandants des navires lui ont confié qu’ils n’avaient pas de photos de leurs bateaux et lui ont demandé si ça l’intéressait de les photographier. Il a donc commencé à faire des prises de vues, qui étaient tirées à l’époque au soleil car il n’y avait pas d’agrandisseur. Il prenait la plaque qu’il installait dans un châssis-presse, il laissait dans le noir le papier photographique qui était en contact avec la gélatine de la plaque, il mettait le tout sur un chevalet équipé d’une dizaine de sabliers, car c’étaient eux qui déterminaient le temps de pose en fonction de la lumière du soleil. C’était quelque chose de fou ! Il a donc continué à photographier les bateaux ? Un jour, les chantiers de la Seyne l’ont contacté, lui demandant de faire des prises de vues des navires qui se construisaient, qui étaient restaurés, réparés, Il a donc créé une nouvelle thématique en faisant des photos des avancements des travaux. Vous devez avoir une énorme collection ? Aujourd’hui, Je dois avoir cinq mille négatifs sur des plaques de verre, s’échelonnant de formats 9/14 cm, au 25/60 cm. C’est une collection unique, exceptionnelle, ce qui explique la qualité et la richesse des documents que vous pouvez voir ce soir. On a évolué le poids de la totalité aux alentours : 3,7 tonnes de négatifs ! Il a fallu construire une pièce spéciale dans mon atelier pour pouvoir supporter ce poids, avec des tiroirs spéciaux qui supportent 50kg chacun
Il n’a travaillé que pour les chantiers ? Oui mais les chantiers traîvaillaient pour d’autres pays comme l’Egypte. A l’occasion de l’exposition faite à la Villa Tamaris, à la demande de Jacqueline Franjou, j’ai eu la chance de rencontrer le Prince Albert de Monaco et de discuter un moment avec lui. Il se trouve que mon arrière-grand-père avait fait des photos à l’intérieur d’un bateau, « L’hirondelle », construit pour le prince Albert 1er. J’ai des photos représentant le bateau sur cale durant la construction, son intérieur avec le piano du prince, sa bibliothèque, un poêle à bois car à l’époque il n’y avait ni chauffage ni climatisation. Durant le lancement avec le prince, Jacqueline m’a demandé de faire un album de ces photos qu’on lui a remis le jour de sa visite. Et là, il me dit qu’à l’époque la principauté avait amené son photographe et sur quelques-unes de ses photos on voit mon arrière-grand père en train de photographier ! Vous êtes donc la quatrième génération de photographes ? La troisième car ça a sauté une génération, mon père ayant une entreprise de maçonnerie. Quant à moi j’ai terminé mes courtes études aux Maristes, et comme j’étais trop bon (!!!) on a un jour convoqué mes parents pour leur dire qu’ils n’en pouvaient plus de moi ! J’ai donc commencé à travailler chez mon grand-père qui a mis sa pierre à l’édifice, j’ai suivi tout le cursus, j’ai fait mon service militaire et au retour j’ai un peu transformé l’entreprise qui commençait à vieillir nous avons décidé de faire de la couleur car il n’y avait alors que du noir et blanc. Mon grand-père avait mis de l’argent de côté pour que je fasse ce que j’avais envie de faire. Et alors ? Alors, j’ai créé un labo photo couleur qui a tout de suite très bien marché, à tel point qu’au bout de six mois j’ai dû changer le matériel, et puis encore six mois après… Le chiffre d’affaire dans l’année a été multiplié par cinq ! »
Alain Originé et Henri Chich encadrant Bernard Castel
Ainsi se continue la tradition qu’était ce génie de la photographie qu’était Marius Bar.
Propos recueillis par Jacques Brachet Photos Monique Scaletta
Ateliers de la Volane. Elle est volubile, avec un charmant accent. Il l’est moins mais tous deux vivent de cette passion commune pour créer des œuvres originales avec une technique particulière qu’ils vont essayer de nous expliquer car, si elle existe depuis longtemps, elle s’est un peu perdue au fil des années. Ils travaillent dans un immense atelier avec en fond, le chant des oiseaux et de la Volane qui coule à leurs pieds. Si le magasin n’est pas grand, il regroupe des œuvres uniques. Quant à l’atelier, il est immense, telle une caverne d’Ali Baba, où se mêlent terres, pots de couleur, œuvres inachevées en cours de création. C’est un lieu paisible, frais (froid l’hiver) où dorment leurs œuvres en devenir. Ils vivent là avec leurs enfants, le lieu à vivre étant entre le magasin et l’atelier.
« Sona, Denis, êtes-vous Ardéchois ? Sona : Je suis arménienne – dit-elle avec son bel accent qui vient de son pays lointain Denis : Moi, je viens de la région parisienne… Nous avons commencé à travailler la terre dans une tour à Fontenay au 14ème étage. J’ai commencé par la sculpture, Sona par la poterie. Mais on avait envie d’aller travailler ailleurs Et ailleurs a été ici ? Denis : Nous avons d’abord fait un tour de France pour chercher un endroit qui nous conviendrait Sona : Nous avons fait la Savoie, Perpignan, le Lot, la Dordogne avec les enfants qui étaient tout petits. Nous partions trois jours puis on repartait ailleurs. Denis : La première fois, nous avons raté l’Ardèche. On cherchait un endroit proche d’une route pour avoir à la fois la maison, l’atelier, la boutique. Et puis on est tombé amoureux de l’Ardèche, de sa nature… Sona : C’est vrai que la nature est magnifique mais aussi il y avait alors le prix de l’immobilier qui était différent par rapport à la Savoie par exemple. Denis : Mais moi, j’aimais beaucoup moins la Savoie et je suis vraiment tombé amoureux de l’Ardèche qui a gardé ce côté sauvage Sona : Et puis, ça me rappelait les paysages d’Arménie. Ce n’est pas pour rien que les Arméniens ont appelé l’Ardèche « La petite Arménie » ! Alors, vous vous vous installez ici et travaillez chacun de votre côté ? Denis : Pour moi, au départ, ça a été la sculpture mais je me suis vite rendu compte que j’avais un style qui ne se vendait pas. J’avais un certain succès d’estime mais question vente, ce n’était pas ça. Au fur et à mesure des années, il y a quelques sculptures qui partent. Mais c’est tout.
Du coup, vous avez arrêté ? Oui et en plus, Sona avait du boulot pour deux Sona : Etant tous deux autodidactes, à Paris, nous avons découvert ensemble les techniques de la poterie. Par exemple, j’ai appris à tourner mais… Je tourne à l’envers ! Je faisais déjà les émaux, c’est ce qui m’intéressait le plus. Mais après, il a fallu trouver un style. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Denis : J’ai fait mon service militaire en Arménie durant deux ans dans la coopération… Sona : Mais moi, j’habitais déjà en France où je faisais mes études de littérature ! J’étais partie en vacances en Arménie et c’est là que nous nous sommes rencontrés ! Et vous êtes repartis ensemble en France ! A trois ! Car nous sommes restés un an, un an et demi et je suis rentrée en France enceinte C’est là que vous avez décidé de travailler ensemble ? Sona . Non, pas tout de suite, je travaillais comme webmaster, lui à l’Education Nationale Denis : Je suis rentré à l’UFM où j’ai rencontré une prof d’arts plastiques extraordinaire qui a déclenché en moi une crise de créativité. Je me suis ainsi retrouvé à la terre et Sona, alors au chômage, m’a suivi. C’est comme ça que ça a démarré. Parlons donc de cette technique particulière qui est la cristallisation… C’est la manufacture de Sèvres, dans les années 1870, qui a découvert cette technique présentée à la première Exposition Universelle. C’est un ingénieur chimiste qui essayait de découvrir les secrets de la porcelaine chinoise dont beaucoup de choses restaient inconnues des occidentaux. En travaillant à percer ces secrets, il a découvert que l’oxyde de zinc, en absence d’alumine formaient des cristaux. Il a envoyé une note à tous ses collègues et tous s’y sont essayés. C’était l’époque de l’Art Nouveau et les couleurs correspondaient tout à fait à l’époque. Durant vingt ans, il y a eu une production énorme. Et puis peu à peu, la céramique est entrée dans l’industrie car si vous cassiez une assiette impossible de reproduire les mêmes teintes. Comme aujourd’hui d’ailleurs. Elle permet de faire naître des cristaux lors de la cuisson à haute température, jusqu’à 1260°. On utilise divers oxydes métalliques comme le zinc, le lithium, le titane. A la cuisson, ces cristaux forment des couleurs quelquefois inattendues, selon les oxydes et les doses utilisés. On retrouve les mêmes formes chez les agates. A l’époque, il y avait très peu de potiers qui utilisaient cette technique
Vous avez donc dû l’apprendre ? Oui, à partir de livres, de recherches sur les oxydes, sur les paliers de températures, même sur les matières car c’est un art très difficile, très pointu, très précis et où il y a beaucoup de casses » Et en effet c’est un art, une technique de précision que nos deux artistes, avec passion, nous expliquent, mais c’est quand même assez difficile à suivre, entre les écarts de température, les temps de cuisson qui peuvent varier, les « ingrédients » qu’il faut doser pour arriver à ce qu’ils désirent et espèrent car au bout, il y a toujours la surprise à la sortie du four ! « En fait, vous ne savez jamais ce qui va sortir du four ? Sona : Exactement. Ce qui en fait des pièces vraiment uniques. Denis : Ce qui se passe, c’est que l’oxyde de zinc forme les cristaux dans des conditions particulières, avec tous les aléas que cela comporte. Sona : Sans compter qu’une coupure de courant peut tout changer ! Quelle terre utilisez-vous ? Le grès et la porcelaine Comment travaillez-vous tous les deux ? Denis : Au départ, c’est Sona qui tourne et à partir de son travail je moule la pièce qu’elle a tournée. De plus en plus, je travaille les pièces sur l’ordinateur, en impression 3D, je sors les épreuves à l’imprimante et à partir de ça, je moule les pièces.
Vous n’avez pas envisagé de faire des sculptures sur les pièces ? Le problème est que les deux se marient très mal, àchaque fois qu’on essaie des formes à la main, ça ne marche pas. Ce sont deux logiques qui se télescopent, qui ne s’adaptent pas car ce sont des émaux qui coulent énormément. C’est pour cela qu’on met dessous chaque pièce une coupelle qui récupère l’émail qui glisse qu’il faudra par la suite couper. Comment obtenez-vous les différentes couleurs ? Sona : On les obtient avec les oxydes métalliques et avec eux, on ne peut pas ajouter de colorants. Denis : Les colorants chimiques en céramique, ce sont des colorants très particuliers, très complexes et ils empêchent la cristallisation. Sona : Nous travaillons avec six oxydes : l’oxyde de fer qui est de la rouille, le manganèse, le cobalt, le nickel, le cuivre, le rutile, qui est de l’oxyde de titane. Et puis nous en faisons des mélanges. Aujourd’hui, vous êtes peu nombreux à utiliser cette méthode ? A la guerre de 14, elle a été arrêtée, oubliée et ce sont des potiers américains, en 70/80, qui s’y sont remis. Aujourd’hui en France, nous sommes une trentaine. C’est un travail de précision, de très longue haleine, il faut tenir compte des casses, d’où les tarifs assez élevés. Mais vous avez des pièces uniques ». Et quelles pièces. Belles, chatoyantes, aux mille nuances de bleus, de verts, de beiges, de jaunes, C’est un vrai travail d’artistes !
Propos recueillis par Jacques Brachet Photos Monique Scaletta L’Atelier de la Volane – 07600 – 4405, route de la Volane Vallées d’Antraigues-Asperjoc 04 75 89 37 07 – atelier-volane@orange.fr
Ce beau garçon aux yeux bleus est comédien… Et ardéchois ! Il vit de ses passions, le cinéma et le théâtre, qui le font vibrer, l’Ardèche, son pays natal dont il s’éloigne quelquefois pour aller voir du côté de l’Amérique, pour s’y installer quelques années mais revenir vers son Ardèche qui lui manque dès qu’il est aux Etats-Unis, comme les Etats-Unis lui manquent dès qu’il est en Ardèche ! Mais l’Amérique est toujours là et, chaque année le voilà qui s’envole vers Los Angeles. Etant tous les deux « Ardéchois cœur fidèle et Gémeaux de surcroit, nous aimons nous retrouver dans notre région de prédilection et nous faisons le point sur sa vie d’artiste qui aime prendre des chemins divers.
Avec Randal Kleiser…
… A Hollywood
« Alors… Les nouvelles ? Chaque année, fin octobre, début novembre à Los Angeles, se déroule le festival du film français. J’ai un ami, Randal Kleiser, dont l’un des premiers films qu’il a réalisé est « Grease » Il était alors à l’école du cinéma USA, il était le colocataire d’un certain George Lucas avec lequel il était pote à l’université. « Grease » a été son premier gros succès puis il a poursuivi sa carrière avec des films comme « Croc Blanc », « Le lagon bleu ». Il adore le festival du film français et c’est là que nous nous sommes rencontrés. Ça fait deux ans que, pendant le festival, je loge chez lui, dans une super « barraque » hollywoodienne fantastique et du coup, ça me permet de rencontrer des cinéastes importants. Et ça a donné quoi ? (Sourire) De faire de belles rencontres avec des cinéastes français, de prendre leurs contacts, de leur envoyer des infos en espérant que ça débouchera sur d’autres choses. J’ai fait de belles rencontres mais après, ça prend du temps Je pense y retourner l’année prochaine car je dois t’avouer que, après y avoir vécu quelques années, Los Angeles me manque, les amis que je m’y suis fait, la façon de faire les choses à la californienne, à la hollywoodienne. Bon, je peux en savoir plus où bien tu es superstitieux ? Ce n’est pas que je sois superstitieux, mais je trouverais bizarre que certains puissent lire l’article qu’ils pensent que je leur force la main ou simplement que je me fasse des illusions. Hollywood c’est quand même très loin de de l’Ardèche ! Oui, mais si je m’y installais, l’Ardèche me manquerait encore plus ! C’est beau l’Ardèche mais c’est un peu limité pur y faire une carrière, non ? C’est vrai qu’ici, les contacts, c’est un peu difficile. Et tu n’as toujours pas envie d’aller au moins à Paris ? Si… Ça commence… Enfin, je suis prêt à ne plus être basé qu’en Ardèche mais… Mais ? Je suis très bien en Ardèche ! J’y donne un cours de théâtre, je retape une maison de famille et je t’assure, je vais très, très bien et ça, c’est le plus important. A partir de là, je développe des projets qui prendront le temps qu’il faut. Au travers de ces projets, en allant à Avignon, de temps en temps à Paris, je rencontre des artistes dans le théâtre et j’aimerais qu’il y ait un débouché qui m’emmène sur Paris… Tout en gardant la moitié de ma base en Ardèche !
Ses élèves répètent pour le spectacle de fin d’année
Un petite déjeuner « absolute american » qui, avoue-t-il, lui manque beaucoup
Il y a des choses qui se concrétisent ? Il y a un long métrage qui sort le 7 août, qui s’intitule « Les gendarmes », avec Arnaud Ducret, Alice David et Fred Testot, réalisé par Stéphan Archinard et François Prévos-Leygonie. C’est tiré d’une BD à succès et produit par Bamboo Prod. Et avec ton cours de théâtre ? Nous avons une représentation de fin d’année à Aubenas, le titre en est « Fragments … De Rabelais 0 Brecht en passant par Almodovar ». Ce sont des extraits de scène, On a un bout de « Gargantua » de Rabelais, « La bonne âme de Set chouan » de Brecht, « En attendant Godot », « Qui a peur de Virginia Woolf »… Tu n’as pas choisi les plus faciles ! Du tout, du tout ! Ça a été énormément de travail. Mais lorsque je suis parti aux Etats-Unis, j’ai perdu une grosse partie de mon répertoire de travail… C’est-à-dire ? En cours, en école de théâtre, à Hollywood en général tout acteur continue toujours à prendre des cours avec des profs très « Actor Studio ». J’ai pris quelques cinq, six années de cours là-bas avec des profs qui comptent dans leur répertoire des scènes de travail hyper appropriées sur un mois. Nombre de ces pièces ne sont pas, ou sont mal traduites et pour cinq à dix minutes d’une scène il me semble que j’ai perdu 80% de mon répertoire de travail. Toutes les pièces qu’on fait, sont des pièces sur lesquelles je n’ai jamais bossé, ça a donc été un énorme travail, une espèce de saut dans l’inconnu mais c’est la plus belle chose à faire. Tu y es là en tant que quoi ? Comédien ? metteur en scène ? En tant que metteur en scène. Je ne joue pas. Et le comédien n’est pas frustré ? Non, là je suis prof de théâtre, je les mets en scène, je les coache, je les dirige, je les encourage, je les pousse à aller aussi loin qu’ils peuvent dans la démarche théâtrale et j’aurai d’autres occasions de jouer.
Avec deux des élèves, on songe à monter une pièce mais c’est compliqué à monter, manque de temps, d’argent. Mais on reste sur l’idée de monter cette pièce autour d’un peintre, Rothko, un peintre new-yorkais émigré de Russie. Une pièce magnifique qu’avait jouée Niels Arestrup, que j’avais vue à Paris, j’ai vu aussi vu une version anglaise à Broadway. Je devrais la jouer avec un mec fantastique, David Albrand, qui est bouquiniste au marché d’Aubenas, est passionné de peinture et qui connaît ce peintre. Il est parfait pour le rôle mais c’est un travail de dingue. Ça fait deux ans que nous bossons dessus et l’on n’en est qu’à la moitié. Mais, bon, je ne désespère pas d’y arriver. Et avec tes élèves, tournes-tu le spectacle ? Avec ce spectacle de fin d’année, on va voir comment ça va se passer. Il se jouera au centre Le Bournot à Aubenas.Après, il faudrait monter une pièce. A la rentrée, je vais aussi animer des stages en entreprises. Mais enfin, Paris, ce ne serait pas mieux pour toi ? Rester à Aubenas, ça ne restreint pas ton panorama ? (Il rit) Je sais que tu te fais du soucis pour moi mais Jacques, j’insiste, je t’assure, je vais très, très bien ! Justement, tes projets ? Il y a un gros projet mais je préfère ne pas en parler. Peut-être que d’ici la fin de l’année, j’aurai quelque chose à te dire.
Nous sommes à Aubenas, en Ardeche et nous parcourons l’avenue Gambetta, rue centrale où se côtoient nombre de magasins. Au numéro 22, nous découvrons une grande vitrine qui nous fait admirer des chapeaux de toutes formes, de toutes couleurs, de toutes matières. Nous avons rendez-vous dans cet antre drôlement appelé « Autruche », où nous attend sa propriétaire et créatrice, Stéfanie Wesle. Souriante, discrète elle me reçoit avec un grand sourire. On découvre cette caverne d’Ali Baba, faite de feutres, de pailles, de rubans, de plumes… et on ne peut qu’admirer le talent, l’originalité, l’inventivité de cette véritable artiste qui vit et travaille à Aubenas, ville dont elle est depuis longtemps tombée amoureuse.
« Stéfanie, comment est venue cette passion des chapeaux ? Ça a commencé lorsque j’avais dans les 18 ans, en voyant dans une vitrine un beau chapeau de feutre rouge dont e suis tombée en admiration… Et que j’ai acheté ! J’ai commencé à le porter et je trouvais génial de me promener avec un accessoire aussi singulier, qui suscitait des sourires, des « bonjour », ça créait une interaction avec les autres et ça mettait de la bonne humeur et de la joie. C’était la mode des chapeaux ? On a toujours porté des chapeaux. Il y a eu des périodes où en mettait plus que d’autres. Ça s’est un peu arrêté dans les années 70/80. Déjà, ça avait commencé dans les années 60 avec les queues de cheval mais on portait encore beaucoup de chapeaux, c’est reparti dans les années 80/90. Ceci dit, beaucoup de gens ont toujours porté des chapeaux. Votre atelier s’intitule « Autruche »… Pourquoi ? (Elle rit) Justement pour ne pas faire l’autruche ! C‘est-à-dire ? Sortez la tête du sable, portez des chapeaux ! A partir de quel âge avez-vous commencé à créer ? J’ai commencé vers 18 ans. Mais déjà enfant j’ai toujours été manuelle, créatrice, j’ai tout exploré, le tissage, la broderie, la couture, le modelage, la peinture… J’ai toujours « bricolé ». Petite, vers 10/12 ans, je me posais la question : comment peut-on créer un chapeau sans y faire de coutures ? Plus tard j’ai compris la technique. Mon intérêt pour le textile me vient de mon plus jeune âge. A 4 ans, je manipulais des fils avec le métier à tisser.
Avez-vous fait une école ? Oui, j’ai fait une école de modiste à Paris en 98, j’ai passé un CAP mode et Chapellerie. Justement, on dit modiste ou chapelière ? Ce sont deux métiers différents… Expliquez-moi… Traditionnellement, la modiste est une personne qui fabrique des chapeaux pour dames, avec de jolies garnitures, des chapeaux de mode, d’où le terme de « modiste ». Au début, les modistes étaient des marchandes de mode et à l’époque, c’étaient des rubans, des garnitures que l’on ajoutait au chapeau. Le chapelier, c’est une personne qui fabrique ou vend des chapeaux, ce que je fais aussi, ce sont surtout des chapeaux pour hommes, mais surtout moulés en un morceau, par rapport à la modiste qui assemble à la main. Le chapelier est devant les presses et forme des modèles. Comment se crée un chapeau ? Ça dépend du chapeau que l’on crée. On peut mouler avec une presse en aluminium, qui forme et sèche en même temps, ou à la main avec bords et calotte. A l’époque où on fabriquait beaucoup de chapeaux, il y avait des usines à Chazelles qui fabriquaient et la matière et les chapeaux finis. Vous n’utilisez pas que le feutre ? Evidemment car le feutre est une matière qu’on utilise essentiellement en hiver. Le printemps, l’été, j’utilise la paille et j’utilise pour ça une boule en bois. Ensuite j’assemble les calottes, les finissions du bord et les garnitures. Je fais également une technique que pas toutes les modistes utilisent : c’est la couture de la tresse de paille, dite « la paille cousue ». Ce sont des modèles en spirales dont je donne la forme en cousant. On peut utiliser des tresses de paille naturelle, de raphia, de sisal, de la paille papier aussi, qui donne un joli rendu mais qui est plus fragile et craint la pluie ! Mais c’est une matière solide.
Quels sont vos types de clients ? A Aubenas, c’est une clientèle privée mais j’ai aussi des clients professionnels, des boutiques qui commandent mes collections. J’ai par exemple une boutique à Lille avec qui je travaille. Je fais du sur mesure à distance. Je travaille aussi avec une chapellerie à Bruxelles et quelques autres boutiques en France. J’ai aussi une activité qui est la création en plumes et là ça touche une clientèle qui recherche la décoration, un décorateur, un architecte d’intérieur ou des particuliers qui cherchent des décorations originales. Je crée aussi des tableaux en plumes. Vous êtes d’Aubenas ? Non, je suis de Francfort ! D’où votre accent ! Mais comment êtes-vous arrivée à Aubenas ? Je me suis installée en Ardèche avant de faire ma formation. Je suis partie avec mon frère, nous avons découvert et aimé la région. Puis je suis partie à Paris pour faire ma formation de modiste. Après cela, je cherchais comment et où m’installer, je suis tombée sur le seul magasin de chapeaux à Aubenas. Il était en vente et je l’ai racheté. J’ai continué la partie revente classique hommes/femmes et j’ai rajouté mes créations. Voilà pourquoi Aubenas ! Quand on arrive dans une ville de province comme celle-ci, a-t-on du mal à se faire connaître ? Très honnêtement, le commerce marchait bien et donc ça a été rapide. Puis j’ai travaillé avec un agent commercial, j’ai distribué mes chapeaux dans toute la France, j’ai fait des salons professionnels J’avais alors un très gros réseau professionnel, il y avait une soixantaine de magasins qui vendaient ma marque, j’avais aussi des grossistes à l’étranger au Japon, aux Etats-Unis, en Irlande… C’était une période très florissante dans ces années 2000 ! Et puis il y a eu deux crises, en 2008 et en 2014, les professionnels on commencé à moins vendre des modèles de créateurs, plus de modèles standard, il y a eu aussi les offres de chapeaux du bout du monde, beaucoup moins chers, ce qui ne nous a pas été favorable.
Lorsqu’on voit vos créations, on se dit que ça peut intéresser les artistes, les compagnies théâtrales, les cabarets, le cinéma… Oui mais ce sont des réseaux spécialisés, il faut y avoir des contacts, ce sont des milieux très fermés et ce n’est pas évident si l’on ne travaille pas sur Paris. J’ai toujours travaillé ici. Le monde du spectacle n’est pas si proche. Il y a beaucoup de compagnies de spectacles dans la région mais elles n’ont pas de très gros moyens. De temps en temps, je travaille avec une femme à Francfort qui fait des costumes pour le cinéma et là, je peux faire des créations très originales. Mais être modiste « de ville » ce n’est pas le même milieu que celui du spectacle. Par contre, je vais prochainement être exposée dans une galerie à Paris avec mes créations en plumes, à partir de septembre, c’est l’Atelier d’Art de France « Empreintes », 3 rue de Picardie dans le troisième arrondissement. Il y aura aussi mes œuvres murales, avec des plumes et des tresses de paille. Et puis j’ai un autre projet à Aubenas avec trente autres artistes. Nous exposerons dans une très belle maison au Pont d’Aubenas en juillet Il faut aussi beaucoup d’imagination, on le voit avec ce que vous faites… Et il faut du temps ! C’est très variable, ça peut aller de deux heures à vingt-trente heures, jusqu’à plusieurs semaines, tout dépend de ce que j’ai décidé de faire, si c’est un canoter ou une oeuvre murale ! Mais c’est vrai que je suis en éternelle recherche, ça se passe beaucoup dans ma tête… Je travaille tout le temps du chapeau !!!
Février 1944 Gleb Sivirine, alias Le Lieutenant Vallier, prend le commandement d’une troupe de jeunes maquisards dans le Haut-Var. Sa mission : en faire des soldats prêts à soutenir les alliés lors du débarquement attendu en Méditerranée. Février 2024 Le metteur en scène Philippe Chuyen prend la direction d’un groupe de jeunes, recruté auprès des missions locales du Var. Sa mission : en faire des comédiens dans une adaptation théâtrale du journal de bord du Lieutenant Vallier. (Entretemps, Philippe est devenu maire de Monfort ! ) Voilà le making off du nouveau film de notre ami Christian Philibert, ce réalisateur brignolais dont la carrière a explosé en 1999 avec son succès « Les quatre saisons d’Espigoule » un film tourné dans sa région, qui raconte à la manière de Pagnol, une année dans ce petit village du Haut Var, qui a ému et fait rire un nombreux public. Réalisateur inventif, original, il passe du film de fiction au documentaire en restant dans « son pays », nous offrant un docu musical sur le groupe « Massilia Sound System », passant de « L’affaire Yann Piat » à « Gaspard de Besse », l’inénarrable « Travail d’Arabe » ou encore « Germain Nouveau, le poète illuminé » Couvert de prix, le revoici, pour nous présenter son dernier film « Les maquisards », un film curieux et original, mi fiction, mi documentaire, mi pièce de théâtre… écrit avec Philippe Chuyen, mi comédien, mi metteur en scène, aujourd’hui maire à part entière de ce beau village varois qu’est Monfort ! C’est avec plaisir que je retrouve à Toulon mon ami Christian que je suis depuis ses fameuses « Quatre saisons d’Espigoule » A ce propos, je remercie Christian d’être venu au rendez-vous car quelques instants avant notre rencontre, il apprenait que son ami Jean-Marc Ravera, le fameux patron du bar d’Espigoule venait de décéder
Le livre de Vallier
Morgan Defendente, alias Vallier, allias Sirivine
Philippe Chuyen
« Explique-moi ce film qui mêle à la fois docu, théâtre, ballade varoise, Histoire… On s’y perd ! (Rires). C’est un film tout en miroir, qui est parti parce que je voyais arriver le quatre-vingtième anniversaire du débarquement en Provence. Je m’y été inscrit dans le soixante-dixième anniversaire « Provence, août 1944 », qui avait été largement diffusé. C’était le premier film sur le débarquement, qui a permis de populariser cet événement relativement méconnu et en partie oublié. J’avais donc créé un lien avec ça. Je me sentais une responsabilité et je voulais faire quelque chose autour du quatre-vingtième. Et donc tu choisis un autre angle… Oui, je ne voulais pas que ce soit le fil conducteur de l’histoire. Je voulais trouver un autre point de vue pour en parler et celui des maquisards me semblait intéressant en évoquant cette armée de l’intérieur, cette armée de l’ombre, cette armée secrète, formée pour attendre les alliés, les épauler. C’est une histoire relativement méconnue, ces maquisards ont été complètement négligés par le cinéma français. On parle toujours du Vercors alors que dans le Var, il y a eu énormément de maquis. J’ai donc eu envie de parler de cette histoire. L’idée, le scénario, sont nés comment ? Des amis m’avaient parlé du fameux « Cahier rouge » du maquis, qui est le journal de bord de Gleb Sevirine, alias lieutenant Vallier, un chef de maquis exceptionnel qui a tenu un journal de bord au jour le jour. Ce cahier a été édité en 2007 mais j’étais passé à côté. En le lisant, j’ai vu immédiatement le lien avec mon film et je me suis dit qu’il fallait que je l’adapte.
Les maquisards
Les comédiens
D’autant que tout se passe dans le Var ! Oui, le livre se situe dans le haut Var, Mons, Fayence, les gorges du Verdon, Canjuers, la Verdière, on descend en diagonale à travers le Var pour aller libérer Collobrières et aller jusqu’à Hyères pour libérer la presqu’île de Giens. Qu’est-ce qui t’a touché dans ce document ? Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est la présence des jeunes, ce que je n’avais pas conceptisé à quel point c’étaient des gamins, d’autant que nous, lorsque nous les avons connus, ils étaient déjà âgés, et on ne se rendait pas compte que la majorité étaient des jeunes qui fuyaient le STO, qui ne voulaient pas aller travailler en Allemagne. Gleb Sevirine a donc été sollicité, fin 43 pour le commandement de ces maquisards. Il restera à Mons jusqu’au mois d’août 44. L’idée d’associer des jeunes dans le projet était de passer par la fiction. Je voulais trouver des jeunes varois, les transformant en maquisards dans les collines. Mais le projet a en fait bifurqué ? Oui car en quelques mois il me fallait trouver un million d’Euros que je ne trouverais jamais dans les délais prévus. J’ai donc décidé de faire un documentaire sans archives ni photos ni témoins car ils sont tous morts. J’ai décidé de chercher des jeunes passionnés d’Histoire et les entraîner dans une enquête historique, pour marcher sur les traces de ce maquis. Mais je me suis posé la question : Quelle est la finalité du projet ? Et c’est là que tu rencontres Philippe Chuyen ! (Rires) I « Monsieur le Maire » passait par là et il avait déjà participé à plusieurs de mes documentaires historiques. Il se trouve que, depuis longtemps, ayant lu le livre, il voulait en faire un spectacle sans trop savoir comment l’aborder. Je lui propose d’entrer dans le jeu, au lieu de prendre des passionnés d’Histoire, de prendre des passionnés de théâtre et les entraîner dans une enquête historique parallèle. A quatre-vingts ans d’intervalle, comme Vallier a fait de ces jeunes des soldats, toi tu prends ces jeunes et tu en fais des comédiens. Et tu en fais un spectacle. Mais comme il ne veut pas d’amateur, on cherche des apprentis comédiens dans les conservatoires malheureusement tous ont leurs cours et leurs examens. On est donc allé chercher des jeunes dans les missions locales. On a fait des castings, trouvé sept jeunes sur qui s’appuyer, un n’a pas suivi, on a continué avec les six.
Et le spectacle a été joué ? Philippe a relevé le défi, lui qui ne veut jamais d’amateurs, et ça a marché. Miracle ! Le fait aussi que ce soit des jeunes des missions locales, c’est une belle idée car ça amène une fragilité. Il y a eu vingt représentations à guichets fermés. J’ai donc utilisé la pièce pour faire le film, La pièce est devenu un élément du film. Et les jeunes ? Ils ont été vaillants, sérieux, ils savaient que c’était d’eux que dépendait le film. Quant à Philippe, ça l’a obligé de sortir de sa zone de confort. Ce film s’est donc fait avec une palette d’émotions diverses, on pleure, on rit on sent la cohésion entre tous. Et cinéma et spectacle se renvoient la balle, l’un jouant avec l’autre. Tu retrouves aussi Massilia Sound System qui signe la musique du film ! Par le biais de Gilbert Kayalik, le DJ du groupe avec qui nous sommes devenus amis sur le tournage de leur film qui a un talent, une rapidité pour trouver les sons qu’il faut. Il m’avait déjà fait la musique du documentaire sur Yann Piat et je lui ai proposé de faire la musique du film. Il a vu le film je lui ai expliqué mes intentions musicales. Il a été très efficace, comme toujours.
Tu aussi rencontré la fille de Gleb Sirivine ? J’étais en train de lire le livre et j’ai aussitôt appelé sa fille. Elle connaissait mon travail, nous nous sommes rencontrés et elle a té une alliée précieuse. Elle nous a toujours suivis et aidés, elle est venue plusieurs fois au spectacle. Elle connaissait aussi Philippe depuis la sortie du livre, car il voulait déjà l’adapter et elle nous a fait confiance. Aujourd’hui, le livre est épuisé mais nous allons le rééditer. Comment avez-vous écrit le scénario ? A tous les deux ? L’écriture du spectacle devait se faire à deux, j’avais beaucoup travaillé en amont, nous avons validé les situations qu’on trouvait intéressantes mais sur l’écriture même, on a vu qu’à deux c’était compliqué, nous n’avons pas la même façon d’aborder les choses. Chacun avait sa vision. Du coup, j’ai respecté la sienne et en fait la pièce n’impactait pas sur le film, j’ai pris ce que j’ai voulu. Le film sort quand ? La sortie nationale se fera en septembre. Mais j’ai voulu où il est né. Nous faisons une vingtaine d’avant-premières dont au Six N’Etoiles le 20 mai. Des projets en cours ? Toujours mais cette année j’ai ce film, qui sort donc à la rentrée. Après… On en reparlera !
Jacques Brachet Christian Philibert sera l’invité de Noémie Dumas, directrice du cinéma Six N’Etoiles de Six-Fours et de Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud
Matthieu DELORMEAU : Addictions (Ed Leduc – 189 pages) Voici une autobiographie poignante, écrite par ce garçon qui avait tout pour réussir et dire merci à la vie : Il était jeune, il était beau, il était dynamique et entreprenant, devenant animateur télé, chroniqueur puis producteur d’émissions diverses où son franc parler faisait mouche. S’il n’était pas une star du petit écran, il était connu, avait son public et tout aurait pu continuer dans le meilleur des mondes. Si ce n’est que, mal dans sa peau, gay assumé, il allait d’aventures d’un soir en recherche de plaisirs sexuels de plus en plus addictifs. Jusqu’au jour où, après une soirée à trois, ses deux compagnons d’un soir lui font connaître un autre plaisir : la drogue. Et voilà qu’il découvre l’euphorie de devenir tout puissant, choisissant la facilité de la cocaïne mêlée à l’alcool, mélange dont on ne sort pas indemne… Si l’on s’en sort un jour. Et le voilà tombé au plus bas de ce que peut vivre un addict aux deux poisons mélangés. Il devient sinistre, mauvais colérique, imbu de sa personne, fait le vide autour de lui, et descend de plus en plus bas, de plus en plus loin, devenant une épave qui ne tient debout (quand il le peut) que par ce qu’il ingurgite de plus en plus. Il perd tout repère, famille et amis, boulot. Il s’en rend compte lors de rares moments de lucidité, il chute, se fait soigner, rechute jusqu’au jour où il décide, au bout de deux ans de cette impasse, de reprendre sa vie en main. Même aujourd’hui, c’est toujours difficile mais il essaie de garder la tête hors de l’eau, de se reconstruire avec patience mais aussi une énergie folle pour sortir de son enfer, aidée de sa sœur omniprésente et d’un des rares animateurs qui ne lui pas tourné le dos et a eu le courage de le prendre dans son émission comme chroniqueur : Cyril Hanouna. Un long chemin, semé d’embûches, un témoignage qu’il nous raconte avec honnêteté avec sincérité, un combat de tous les jours qu’il a écrit comme une délivrance et pour l’exemple de ce qu’une addiction peut devenir destructrice. Un livre sincère empreint d’émotion, qui, en sous-titre est écrit « Il a suffi d’une fois ». Une fois qui est fatale et il veut que son parcours cahotant serve d’exemple et alerte ceux qui pensent qu’une seule fois est anodine. Il aura fallu beaucoup de courage à Matthieu pour écrire cette confession et on lui en souhaite encore beaucoup pour continuer sa route qui est loin d’être un long fleuve tranquille.
Frédérick D’ONAGLIA : La demoiselle du moulin (Ed Presses de la Cité – Terres de France (357 pages) Depuis plus de vingt ans l’ami d’Onaglia, ce Lyonnais amoureux de la Provence, nous offre, au fil des années, dans le village de Fontvieille, une saga où se mêlent le romantisme, le thriller, intrigues amoureuses et politiques, destins croisés dont le socle est le château dirigé de main de main de maître par Victoire de Montauban, femme implacable, prête à tout pour garder son rang, face à Armand, son fils totalement sous l’emprise de sa mère, homme aussi veule que volage, que Béatrice, son épouse, accepte pour garder un semblant de lien familial avec leurs deux enfants. Béatrice a une amie : Cathy, fille de Phonse le primeur. Cathy à qui va arriver une histoire singulière : Un soir de grand orage, elle se réfugie dans un moulin vétuste pour le laisser passer. Là, dans le noir, elle se retrouve auprès d’un homme qui est, lui aussi, venu se mettre à l’abri. Sans peur, ils se parlent dans le noir total pour se séparer au lever du jour. Intriguée, elle veut savoir qui est cet homme qui, malgré cette rencontre inopinée, lui a fait un certain effet. Elle le retrouvera. Il s’agit de Selim, un magnifique kabyle qui s’est enfui de Marseille où il est recherché. Quelle est son histoire ? On la découvrira au fil des événements qui vont se dérouler en, cascade, « ce genre d’homme » n’étant pas du goût de nombre de villageois, d’autant qu’entre lui et Cathy, une histoire d’amour se profile. Son père, Victoire vont s’en mêler mais aussi l’institutrice, Viviane Plancoulène, tombée amoureuse de Selim et d’une folle jalousie envers Cathy. Plein d’autres événements vont faire trembler ce village et Frédérick ajoute une grande histoire dans cette histoire qui contient déjà dix épisode, toujours écrite avec sa plume alerte, faite de personnages hors du commun dans une Provence qu’il dépeint de belle manière, avec amour, comme le faisait Cézanne avec ses tableaux. Une belle grande histoire qui pourrait clore cette saga… Mais avec Frédérick, sait-on jamais ?
Elle est réalisatrice et s’est spécialisée dans le documentaire. Chloé Henry-Biabaud se balade dans le monde entier, du Rwanda au Brésil, de l’Argentine a l’Egypte, du Kenya à l’Amazonie en revenant, pleine d’usage et raison vivre… à Ollioules ! Ses sujets sont divers, le handicap, la boxe, les pêcheurs mais aussi des sujets moins lointains comme les calanques ou la Bonne Mère. Invitée par Pascale Parodi, présidente de l’association « Lumière(s) du Sud », elle nous proposait ce soir-là un film très émouvant : « La réparation », réalisé avec sa complice Isabelle Vayron, sur la justice restaurative C’est un dispositif de justice qui met face à face des auteurs de crimes divers et des victimes d’autres crimes. Encadrés par deux animatrices qui les laissent parler, chacun peut s’épancher, dialoguer, parler de leurs peines et de leur colère pour les victimes, de leur question, de leurs regrets sur le fait que les auteurs sont passés à l’acte. Chacun a besoin de réponse, chacun a eu sa vie détruite, sans compter les victimes collatérales, beaucoup sont dans la douleur, l’incompréhension, le déni quelquefois mais tous ont des vécus traumatisants qu’ils porteront toute leur vie. Les dialogues sont sans jugement, chacun étant à l’écoute de l’autre et leurs témoignages sont poignants et perturbants. Evidemment, cette justice restaurative ne règle pas tous les problèmes mais aide à la compréhension de chacun. Ce film a été tourné dans une prison d’Auxerre, encadré par Béatrice et Catherine et ne peut laisser personne indifférent. Il met en lumière les responsabilités des agresseurs comme la peine et parfois la colère et la vengeance de ceux ou celles qui ont perdu quelqu’un de cher. Un film poignant plein d’humanité et nécessaire afin de permettre à tous d’avancer sans jamais pouvoir tourner la page.
J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Chloé Henry-Babaud, femme pleine d’humanité, chacun de ses documentaires (et ils sont nombreux) étant empreint d’empathie, d’humanité. « Chloé, vous avez parcouru le monde mais d’où venez-vous ? Je suis parisienne, j’habite depuis dix ans à Ollioules, j’ai vécu neuf ans à Marseille mais c’est vrai que je voyage beaucoup. Comment choisissez-vous vos sujets ? J’ai bien sûr des sujets de prédilection mais j’ai vécu au début en Polynésie où j’ai commencé ma carrière et en rentrant en métropole, j’ai travaillé avec Yann Arthus-Bertrand avec qui nous avons interviewé partout sur la planète. Il est resté l’un de mes meilleurs amis, tout comme Isabelle Vayron avec qui je coréalise beaucoup de films. On est resté un noyau soudé. Et puis j’ai développé des contacts, des thématiques qui m’intéressaient, comme la résilience, mot que je n’aime plus du tout, tant il est aujourd’hui galvaudé. J’ai aussi vécu au Brésil avec mes parents d’où cette appétence aux voyages. Et vos sujets de prédilection ? Souvent, les sujets qui m’intéressent tournent autour de gens qui ont vécu des choses difficiles et les ont surmontés d’une manière ou d’une autre. Et puis, il y a des sujets environnementaux parce que, forcément, lorsqu’on voyage beaucoup, on y est sensibilisé. Mais je m’intéresse aussi à la culture et tout se fait au gré des voyages, des rencontres… Est-ce que vous partez pour trouver des sujets ou parce que vous avez un sujet en tête ? J’ai beaucoup de relations dans beaucoup d’endroits mais pour faire un documentaire j’ai des idées « avant » puis il y a tout un chemin car il faut trouver la production en amont du tournage, qui va nous accompagner, il y a tout un dossier pour pouvoir le pré-vendre à des diffuseurs et là alors, on peut partir en tournage. Mais si un documentariste veut gagner sa vie, on ne peut pas aller faire les repérages « avant » et tout payer de sa poche en pensant qu’on vendra l’idée, le film.
Qui sont les diffuseurs ? Pour l’instant, je ne travaille qu’avec les télés, France Télévision ou Arte. On leur apporte l’idée, on va écrire tout un dossier en amont même si l’on ne sait pas ce qui peut se passer sur place car ce n’est pas un scénario de fiction. On sait qu’on va filmer un dispositif qui est cadré, après, ce qui peut se passer, on ne peut pas le deviner. On écrit une note d’intention, de réalisation, les raisons de faire ce documentaire. Est-ce que sur le tournage, ça dévie quelquefois ? Les gens qu’on filme ne sont pas des comédiens et heureusement, on ne peut pas leur demander de faire ce qu’on a écrit, parfois nous avons de belles surprises, parfois c’est plus compliqué mais généralement, lorsqu’on va filmer quelque chose, on a une intention précise et le but est d’aller filmer cette intention du départ. Mais il faut aussi laisser place à la surprise, à l’improvisation et lorsque c’est un documentaire en immersion comme celui-ci, on ne peut pas décider à l’avance. En dehors de grands voyages, vous faites aussides documentaires en France comme celui consacré à la Bonne Mère de Marseille ! Lorsque j’ai fait ce film, je venais d’arriver à Marseille, il y a 15 ans, et c’est une boîte de production marseillaise qui me l’a proposé car, n’étant pas marseillaise, j’aurais un regard neuf. J’ai donc vraiment découvert la Bonne Mère et j’ai adoré car j’ai filmé carrément sur un an. Comme j’avais un regard extérieur neuf et admiratif, je découvrais. De tous les pays que vous avez traversés quel a été celui qui vous a le plus marqué à ce jour ? J’ai beaucoup de pays de cœur, comme le Brésil où j’ai vécu .Je parle le portugais et j’y suis allé souvent en tournage. J’y ai passé une partie de mon enfance, et j’y ai beaucoup de souvenirs. C’est sentimental. Une partie de mes souvenirs, de mes amis, sont encore là-bas. Mais je crois que celui qui m’a le plus marqué et où je retourne souvent, c’est le Rwanda. De par son histoire terrifiante, il est resté beaucoup figé dans les médias. Pendant longtemps, il a été connu par le génocide alors qu’il a beaucoup d’autres choses. Il y a quand même un pays qui s’est relevé et il y a tellement à y découvrir. Il y a un futur très riche, une lumière incroyable.
Alors ce film présenté ce soir ? Ce film est donc sur la justice restaurative. Ce sont des dispositifs cadrés par des associations mandatées par le Ministère de la Justice. Ça fait partie du code pénal. Auteurs ou victimes peuvent en être informés et y participer, ils sont préparés pour se rencontrer mais ce ne sont pas les auteurs et victime directs. Avec Athus Bertrand, nous avions déjà filmé des participants pour son film « Human » en Floride, qui avaient besoin d’en parler et de se parler. Ce sont des gens qui ont décidé d’eux-mêmes d’y participer. On a trouvé ça tellement incroyable qu’on a décidé d’en faire un film. C’est arrivé en France dans le cadre du code pénal en 2014 et nous avons eu envie de faire ce film, avec Isabelle, en faisant le mouvement inverse, c’est-à-dire qu’on a filmé le dispositif avec les animateurs, les médiateurs et les participants que nous ne connaissions pas, en immersion. Comment réagissent les gens lorsque vous allez les voir pour leur proposer ce concept ? Nous sommes allés en repérage dans des groupes avec des encadrants à Auxerre, on a beaucoup discuté avec Amélie et Séverine, les encadrantes qui ont été nos alliées car en fait, ce sont des travailleuses de l’ombre qui prennent beaucoup sur leur temps, qui se donnent corps et âme. A partir de ce moment-là, nous avons fait une lettre pour expliquer le but du film, qu’elles ont donnée à ceux et celles qui étaient prêts à jouer le jeu. Ne pouvant les rencontrer en amont, elles ont été nos intermédiaires en leur précisant bien aux participants qu’ils pouvaient arrêter lors du tournage, que ceux qui ne voulaient pas qu’on les voit, peuvent être filmés de dos ou floutés. Nous avions deux ou trois caméras que nous ne bougions pas, pour ne gêner personne. Le tournage s’est fait sur un an avec trois rencontres.
C’est votre dernier film ? C’est l’un des dernier Sybille d’Orgeval (J’adore les coréalisations !), nous avons tourné un film sur la pêche contemporaine et les problématiques liées à la pêche sur les océans, qui s’appelle « Vents contraires ». J’en termine un avec une autre amie, Coraline Molinié, pour Arte, autour des castors et tout ce qui lié aux écosystèmes autour de cet animal ». Avec tous ces films, espérons que nous aurons encore l’occasion de revoir notre belle réalisatrice chez notre amie Pascale !
Après une première édition réussie, la Ville de Six-Fours-les-Plages confirme son engagement culturel avec la deuxième édition de son Festival de Théâtre, installé dans le cadre naturel du Jardin de la Villa Simone. Un théâtre de verdure en cœur de ville Installé dans le Jardin de la Villa Simone (8 000 m²), le festival propose une jauge intimiste de 250 spectateurs, en placement libre, dans une ambiance estivale unique. Une nouvelle scène pour l’émotion La culture est une aventure collective, un espace d’échange et de découverte. Avec cette deuxième édition des Nuits Théâtrales de Simone, la Ville de Six-Fours-les-Plages confirme son ambition : inscrire durablement le théâtre dans son paysage culturel estival. Pensé comme un rendez-vous populaire et exigeant, le festival propose cinq grandes œuvres issues du Festival Off d’Avignon, reconnues pour leur qualité artistique et leur capacité à toucher tous les publics. Comédie classique, fresque romanesque, théâtre contemporain, seul-en-scène biographique ou grande comédie provençale : chaque spectacle a été sélectionné pour son audace, son énergie et sa résonance universelle.
5soirées– 5 univers Mardi 23 juin / 21h : Saint-Exupery, « le commandeur des oiseaux ». Seul en scène biographique Mercredi 24 juin / 21h : « Bel Ami ». Fresque romanesque. Adaptation du roman de Guy de Maupassant, sur l’ambition et le pouvoir Jeudi 25 juin / 21h : « Le barbier de Séville » Comédie classique. La comédie de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais revisitée avec énergie. Vendredi 26 juin / 21h T.I.N : « A There is no alternative ». Théâtre contemporain Une création audacieuse et politique . Samedi 27 juin / 21h : « Le Schpoutz », Grande comédie provençale. Œuvre culte de Marcel Pagnol
Accessibilité · Tarifs attractifs · Gratuité pour les plus jeunes · Billetterie en ligne et points de vente physiques Les Nuits Théâtrales de Simone s’inscrivent dans la volonté municipale de développer une offre culturelle qualitative et populaire. .Renseignements et billetterie en ligne sur : www.ville-six-fours.fr Points de vente : Espace Malraux / Six-Fours ou FNAC
C’est grâce à une animatrice géniale, Denise Glaser, avec qui j’avais beaucoup de complicité qui, un jour au MIDEM 72, m’offre le premier disque de Catherine Lara « Ad Libitum ». Connaissant mes goûts, elle sait qu’il me plaira. Alors inconnue, va lui consacrer toute une émission de son fameux « Discorama » J’écoute et je tombe en amour de cette musique qui semble venir de très loin, avec sa voix d’ange (que la cigarette a beaucoup changée !) et son violon déjà magique. Si je lui consacre à mon tour un papier, beaucoup de temps va passer avant que je ne la rencontre. Ce sera en 81, alors qu’elle éclate enfin en changeant, physiquement de style de musique et de voix. C’est le disque « Yohann ». Enfin elle vient chez nous, à la Seyne, où elle chante pour la fête de l’Humanité dans les pires circonstance que peut avoir la chanteuse : les discours politiques enfiévrés, au milieu des odeurs de frites, de la poussière, de la chaleur et l’on s’assoit pour manger un bout au milieu d’un brouhaha incroyable, un chien qui aboie et une serveuse qui, toutes les minutes vient demander si « ça va Madame Lara ? » et si elle ne veut pas un peu plus de frites ! Je précise que j’enregistre l’interview ! Jusqu’à un coq sorti d’on ne sait où, qui n’en finit pas de coqueriquer ! Il nous prend tout à coup un fou-rire inextinguible et c’est là que je découvre l’humour de Catherine. Une histoire d’amour qui tourne à l’amitié jusqu’à aujourd’hui jamais démentie. Les tournées, dont les « Age Tendre », les galas, les émissions de télé (Dont une avec Maurane où tous trois nous somme shootés au champagne, mes deux copines aimant rigoler, avec des blagues quelquefois salaces, des contrepèteries). Bref on ne s’est jamais longtemps quittés et les retrouvailles sont toujours pleines de rires et d’amitié. Alors, lorsque j’apprends qu’elle passe au Pasino d’Aix-en-Provence avec son dernier spectacle « Identités », je ne pouvais pas ne pas y être. Et je l’aurais regretté car c’est l’un des plus beaux spectacle de danse et musiques mêlées auquel j’ai pu assister, avec la compagnie Kumo, quatre magnifiques danseurs venus de tous horizons, Jamson, Chichi, Corey, Viny Colby, qui nous font vibrer autour de la musique de Catherine omniprésente avec son violon jaune que je connais bien.
Difficile de définir ce spectacle de musique tribale, où tous les styles se mêlent, yiddish, tzigane, slave, classique, arabisant, hip hop… De la musique universelle où tout tourne autour de thèmes différents, la femme, la guerre et la paix, le racisme, les différences et les ressemblances, musique quelquefois planante, quelquefois sauvage, sur laquelle, nos quatre danseurs donnent tout avec une incroyable énergie. Le spectacle en noir, blanc, rouge est d’un esthétisme et d’une beauté à couper le souffle. Catherine nous offre des fulgurance, faisant pleurer son violon, le faisant chanter sur fond de percussions et d’images en fond d’écran, virevoltant avec les danseurs, jouant avec eux sur des chorégraphies de folie sur ces musiques venue du fond des peuples, du fond des âmes. Un spectacle fait d’humanité auquel Catherine, faute de chanter, nous dit des mots chargés d’émotion. A 80 ans, elle est plus forte, plus belle que jamais et ce spectacle nous enchante, nous ravit, nous émeut, nous prend aux tripes. Il faut voir le public se lever, applaudir, crier et en redemander. Et après le spectacle, on la retrouve heureuse du travail accompli et de l’amour que lui porte le public.
« Le violon – me dit-elle -, c’est le prolongement de ma main, de mon âme et je ne pourrais pas m’en passer même si, aujourd’hui, ma musique est différente. Durant 15 ans je suis allée au fond de quelque chose, j’ai eu le temps de faire le tour de la musique classique, j’ai même monté un quatuor de musique de chambre jusqu’au jour où j’ai eu envie de passer à autre chose. Il y a eu une cassure mais elle m’a permis de prendre une autre route. Jouer Brahms, Beethoven, Schubert ne me suffisait plus, il fallait que j’exploite d’autres contrées, que je découvre d’autres formes de musiques, une autre façon de m’exprimer. Lorsqu’on découvre Léo Ferré, Stevie Wonder, Jacques Brel, Aretha Franklin, le jazz, les musiques du monde, on se dit qu’il y a d’autres musiques que le classique et que c’est toujours de la musique.
Je composais déjà pour le plaisir, le plaisir est toujours là et je suis toujours à fond. De puis ton « Laratorio » écrit pour le spectacle d’Annie Girardot « Revue et corrigée », tu as su mêler différentes musiques… Tu sais, écrire une belle chanson c’est aussi très difficile, mais c’est formidable de mêler les mots aux sons. Il faut un esprit de synthèse et l’on a si peu de temps pour raconter une histoire. Et puis, cette nouvelle route m’a permis de faire de très jolies rencontres, de travailler avec des gens formidables et comme je ne suis pas une fana de solitude, tout ça me va très bien. J’aime avoir des compagnons de voyage, avoir une complicité comme j’ai eu, durant longtemps avec Alain Boublil. Les rencontres, les gens, c’est aussi tout l’intérêt de ce métier. C’est pourquoi j’aime travailler avec d’autres artistes, soit pour créer des chansons, un spectacle, soit pour collaborer avec « Les enfoirés » ou « Age Tendre » par exemple… Grâce à ce métier, ma vie est semée de merveilleuses rencontres, de moments forts, inoubliables. Celle de Barbara, c’est ma jeunesse… J’étais groupie et la rencontrer et d’avoir travaillé avec elle, ce fut un grand bonheur. Lorsque Barbara te dis : » J’adore ce que vous faites, pouvons-nous travailler ensemble ? » tu tombes à la renverse ! Ce furent deux mois entre parenthèses, de pur bonheur.
Il y a eu aussi Johnny Hallyday, Les musiques de films ou de télé, William Sheller et bien d’autres… « Françoise Hardy, ce fut un coup de foudre. Lorsqu’elle a découvert ce que j’écrivais elle a même voulu me produire mais elle a pensé que, pour moi, il valait mieux que j’aille dans une grande maison de disques. Mais j’ai écrit pour elle et j’en suis fière». Et ainsi il y a eu « Sand et les Romantiques » « Aral » dont certaines fulgurances se retrouvent dans ce nouveau spectacle, il y a eu les arrangements de « L’Arlésienne » de Bizet avec Jean Marais, le spectacle « Au-delà des murs » avec Franco Dragone, le directeur et chorégraphe du Cirque du Soleil et tellement d’autres choses… Une autre qualité chez Catherine : la franchise ! « Je ne sais pas trop si c’est une qualité ou un défaut mais j’ai une belle ( ?) réputation de franchise et tant pis si ça me joue des tours. De toute façon, je n’ai pas envie de plaire à tout le monde. Par contre, avec l’âge, je fais peut-être plus attention aux autres, j’essaie de ne pas les blesser pour rien. J’ai envie de devenir tolérante !»
Voilà comment fonctionne Catherine Lara. Lara, c’est un regard bleu, derrière des lunettes bleues, un regard franc, net, direct, qui vous vise droit dans les yeux, droit au cœur. Lara, c’est la douceur cachée derrière une incroyable énergie. Lara, c’est un caractère fort qu’il vaut mieux éviter les jours de colère. Lara, c’est une surdose d’humour au premier, second, troisième degré. Lara, c’est un amour inconditionnel pour la musique. Car elle aime la musique de toutes ses forces, toutes les musiques venues d’ici et d’ailleurs. Et surtout, elle aime son public. Par contre, jamais une fois je ne l’ai entendue dire qu’elle s’était trouvée bien. C’est plutôt le genre : « Ils ont été merveilleux, ils m’ont aimée, je le leur ai rendu… Ils le méritaient ». Et c’est ce qu’elle a fait en cette belle soirée aixoise.
Jacques Brachet Photos Eric Bongrand, Cécile Giol, Jacques Brachet