Il y a quelques années, avec mon livre « Lever de rideau » je vous avais offert un bouquet de portraits d’artistes avec qui j’avais eu des relations amicales, tout au long de ces soixante ans de journalisme que je viens de fêter. J’ai vécu des rencontres magnifiques, éblouissantes, drôles, sympathiques, certains artistes sont devenus des amis qui, pour ceux qui sont encore là, le sont restés, surtout ceux des années 60. Car en ce temps-là, être journaliste, de province, ou pas, s’approcher des artistes était une des choses les plus naturelles. Aujourd’hui, c’est devenu le parcours du combattant. Il faut passer par le producteur, le régisseur, l’attaché de presse, le secrétaire… Et le concierge s’il y en a un. Lorsqu’on arrive à avoir quelqu’un la réponse est : « envoyez un mail »… Auquel personne ne répond.Après ça, la réponse – si réponse il y a – est souvent négative ou alors – et c’est la mode – un phoning de cinq-dix minutes. Tous les prétextes sont bons : le voyage fatigant, le repos avant le concert, ne rencontrer personnes au cas il ne faudrait pas fatiguer sa voix, ou pire : être journaliste de province, ce qui est devenu une tare alors que tous ou presque tous les artistes viennent de province et a débuté grâce à eux. Et il y a les réseaux sociaux qui font qu’on n’a plus besoin de nous. Malgré les belles années de 60 à 80, il y a eu plein de belles rencontres tout au long de ma vie de journaliste mais, il y a aussi eu des rencontres ratées, même si elles étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui. Je vais donc vous emmener derrière ce rideau plein de mystères où se passent plein de choses que vous ne pouvez pas voir. Des rencontres, des anecdotes, des moments magiques, des moments moins magiques mais des moments inoubliables. Passez avec moi derrière des rideaux.
Serge Reggiani et ses enfants
Serge REGGIANI… De Charybde en Sylla ! J’ai 20 ans, je rentre à Var Matin par hasard. Après deux ratages au bac, que faire ? Je ne sais qu’écrire. Et voilà que Var Matin cherche des jeunes pour écrire sur des pages jeunes qui sortiront le jeudi, jour alors où il n’y a pas de cours. Je me présente à une jeune et charmante jeune femme, Laurence-Edwige Andréani, qui se fait appeler Léa. Après discussion, c’est OK, je rentre dans la bande pour aller interviewer les artistes d’alors, les Sylvie, Johnny, CloClo et autres vedettes dites « yéyé » de l’époque que j’écoute à longueurs de journées. Mais il y a un « hic ». Léa me propose, pour ma première interview, d’aller rencontrer Serge Reggiani qui passe à l’Opéra de Toulon avec Jacques Martin… Quoi ? Ce vieux (Il a alors 45 ans !!!) Mais bon, contre mauvaise fortune bon cœur. Je me jette sur tout ce que je peux trouver sur ce « vieux » comédien mais néanmoins « jeune chanteur ». On n’a pas encore les réseaux sociaux ou Wikipédia pour se faire une idée. Me voici à l’opéra avec mes questions et mon petit magnétophone. Je tape timidement à la loge et je suis reçu par un homme charmant qui me prie de m’asseoir et je commence mon interview. Très vite il s’arrête pour me dire que le magnéto ne tourne pas. N’étant pas technique pour un sou, j’appuie sur tous les boutons mais rien ne marche. Reggiani me le prend alors des mains. « Je m’y connais un peu, je regarde » Et il regarde que… je n’ai pas mis de piles, d’où le problème !
Première rencontre
Dernière rencontre
« Ce n’est pas grave, me dit-il alors, prenez des notes puisque c’est pour un journal ». Problème de taille : Je n’ai ni papier ni stylo !!! Il rit car, vu mon âge, il comprend que je ne suis qu’un débutant. Très gentiment, et toujours en riant, il m’offre un bloc et son stylo. « Vous me les rendrez après vos interviewes ». Ca après lui, je devais rencontrer Jacques Martin qui est déjà sur scène. Et là, tout se passe bien. Il voit, par mes questions, que j’ai bien potassé mon Reggiani, il se prépare pour aller chanter et moi je vais voir Jacques Martin qui est sorti de scène. La rencontre est moins perturbante mais moins chaleureuse car l’animateur « se la pête » un peu. Après quoi je descends dans la fosse d’orchestre faire des photos de Serge Reggiani qui, au premier flash, arrête de chanter en me demandant de sortir car il a déjà interdit les flashes. Mortifié je reviens dans les coulisses et rencontre le directeur de l’opéra qui me connaît bien. C’est un ami de mon père. Je ne sais que faire. Il faut que je m’excuse. « Ecoute, si tu veux mon avis, tu poses ses affaires dans sa loge et tu te barres. Il n’a pas pu te voir dans le noir. Je crois que tu en as assez fait pour aujourd’hui » Ce que je fais. Je rencontrerai à nouveau Reggiani lors d’une avant-première de film et je lui rappelle notre rencontre dont il ne se souvient pas mais le fait beaucoup rire. J’avoue que si j’avais commencé avec Jacques Martin j’aurais aussitôt abandonné le métier ! Par la suite, j’ai souvent rencontré l’artiste qui, par sa gentillesse, sa patience, sa simplicité, a permis que je continue ma route.
Le Téléthon est un événement caritatif organisé depuis 1987 par l’Association française contre les myopathies pour financer des projets de recherche sur les maladies génétiques neuromusculaires essentiellement, mais aussi sur d’autres maladies génétiques rares. Et cette année, on fêtera son 40ème anniversaire, sinon dans la joie, du moins dans l’espoir qu’il puisse faire avancer cette maladie qui touche près de trois millions de personnes. La ville de Six-Fours ne déroge pas à cette manifestation annuelle qui se déroulera les 4 et 5 décembre. Durant 20 ans, Dany Cayol a été l’organisatrice et la tête pensante de ce bel événement. Aujourd’hui, elle transmet le bâton à Béatrice Métayer. Lors de cette première réunion de l’année, présidée par son maire, Frédéric Boccaletti, il a voulu rendre hommage à cette femme de l’ombre qui, durant toutes ces années, s’est donné corps et âme à cette juste cause. Elle a su rassembler des dizaines d’associations, autant de bénévoles qui la suivaient les yeux fermés tant elle savait convaincre, rallier, mobiliser toutes les associations, qu’elles soient sportives, culturelles, que ce soient des corps de métiers comme les pompiers. Sa passion était rassembleuse tant elle y mettait du cœur avec sa « force tranquille ». Le maire et Béatrice, qui lui succède, avaient tenu à ce qu’elle soit là en ce soir de passation de pouvoir à la Villa Nuraghes, ainsi que Marc Cédric, le coordinateur départemental du Téléthon et de Marie-Christine Dupont son équipière, relais du secteur d Six-Fours.
« 40 ans – devait dire le maire – est une étape importante de ce mouvement, qui a permis de faire avancer les recherches, mais c’est un combat qui n’est pas terminé. C’est une nouvelle page qui se tourne, dans la continuité car c’est l’affaire de tous et toute initiative est bonne à prendre avec toutes les énergies et les bonnes volontés. Je tiens à remercier Dany Cayol, cette femme généreuse, humaine pour sa passion et son travail sans faille. Béatrice Métayer va lui succéder et sera, j’en suis sûr, à la hauteur de son implication. » Dany était à la fois très émue et confuse car, pour avoir travaillé avec elle, je la sais tout ce qu’il y a plus discrète et elle n’a jamais voulu se mettre en valeur durant tout ce temps où elle était, soit dans son bureau, soit sur le terrain, s’effaçant toujours devant les autres, tous ces autres qui marchaient comme un seul homme derrière elle. Et qui, laissant sa place, sera toujours présente. « Je laisse ma place à Béatrice qui saura prendre la relève mais je vais continuer au sein des associations car c’est une cause qui me tient à cœur. Je serai et resterai anonyme et j’abandonnerai jamais » Béatrice qui fut tout aussi émue du travail gigantesque que Dany a porté sur ses épaules, la remercia, ainsi que le maire, de lui faire confiance pour la suite. « Cet événement et emblématique et je prends la relève en toute humilité, dans le partage, le cœur et l’espoir. Je tiens à garder le lien avec toutes celles et tous ceux qui se joignent à cette cause afin d’aider les chercheurs. Six-Fours est une ville chaleureuse qui avance, qui rassemble et la solidarité, le courage, l’espoir ne sont pas de vains mots. Il faut que nous soyons encore plus nombreux à proposer des manifestations, des spectacles, des challenges ou simplement faire des dons ».
« Le Téléthon – devait préciser Marc Cédric – est une aventure collective. L’an dernier nous avons fait exploser les compteurs à Six-Fours, en récoltant plus de 30.000 Euros. Chaque année est un nouveau défi et nous espérons battre encore des records cette année » Après quoi il précisa comment participer à la manifestation en offrant des événements ou des dons, ce que vous pourrez retrouver sur le site benevoles@afm-telethon.fr ou en appelant Béatrice au 06 64 24 46 26. Le maire devait préciser que toutes les salles sont gratuites mais qu’il ne faut surtout pas tarder à les réserver, le premier qui appellera sera servi ! Et d’ajouter que Si Santa était la marraine du Téléthon de l’an dernier, C’est Patrick Fiori qui lui succèdera. ! Voilà. Vous savez tout ce qu’il faut savoir sur cette manifestation qui, comme le dirait Sardou « réunit les cheveux blonds, les cheveux gris » c’est-à-dire les plus jeunes comme les plus vieux, dans un élan d’amour fraternel pour ceux qui en ont besoin.
Jacques Brachet Photos Monique Scaletta
Béatrice Métayer, Frédéric Boccaletti, Dany Cayol… Passation de pouvoir
Un jour, mon amie Mick Micheyl – chanteuse, auteure, compositrice, meneuse de revues, productrice et animatrice d’émissions de télé mais aussi sculptrice sur acier – m’envoie un CD d’un jeune chanteur qu’elle parraine, nommé Michel Monaco. Il est jeune, il est beau et, sans sentir le sable chaud il a une voix de velours, une voix de chanteur romantique, teintée de nostalgie, à l’image des Jean-Jacques Lafon, Franck Michaël, Pascal Danel, Frédéric François, Hervé Vilard… Notre rencontre est aussitôt amicale et depuis quelques décennies, je suis son voyage musical avec intérêt. Et voilà que je reçois aujourd’hui son nouveau CD « Michel Monaco, ses chansons romantiques », Vingt chansons, dont sept nouvelles et toutes signées, pa lui et son complice Pascal Ritter, les autres par des pointures comme Jean-Paul Cara, Eric Charden, Guy Mattéoni, Jean-Jacques Lafon justement, Didier Barbelivien, Alain Turban et quelques autres, toutes… plus romantiques, tu meurs ! Empreintes de nostalgie, elles nous font remonter le temps où l’on pouvait serrer sa partenaire dans un slow langoureux… « Où sont passés nos slows d’été » chante-t-il d’ailleurs. Il chante l’amour comme personne, de « Comme un toréador » à « Vieillir ensemble » ou encore « Les couleurs de l’automne ». Les paroles sont belles, les musiques planantes et sa voix les sert de façon magnifiques. Un peu de romantisme et de douceur dans ce monde de brutes, ça ne fait pas de mal ! Bien entendu je veux en savoir un peu plus.
Et l’on se retrouve au téléphone (en « phoning » comme on dit aujourd’hui !) et durant une heure on s’est tout raconté comme on le fait à chaque fois. Michel, une question tout d’abord : Tu avais sorti, il y a quelque temps, un album « Mes plus elles chansons d’amour » sur lequel tu proposais anciennes et nouvelles chansons. Et là, pour « Ses chansons romantiques », en dehors des sept nouvelles chansons on retrouve des anciennes du précédent album. Pourquoi pas « que » de nouvelles chanson ? Il se trouve qu’un producteur du Nord m’a proposé de sortir un CD de ces anciennes chansons, pour le distribuer dans le Nord et la Belgique. J’ai été un peu étonné mais je me suis dit « pourquoi pas ? » à condition d’y ajouter de nouvelles chansons pour un public qui connaît toutes les autres. Voilà comment cela s’est fait, alors qu’au départ je n’y pensais pas ! On le sait, tu aimes la chanson française à laquelle tu rends hommage. Il y a bien sûr ta marraine en chanson Mick Micheyl mais il y aussi Piaf, Ferrat, Dassin pour lesquels tu as consacré des chansons. Comment cela te vient-il. ? Par admiration mais aussi par hasard. Par exemple, j’ai d’abord écrit « Joe » pour rendre hommage à Dassin. J’ai alors l’occasion de rencontrer l’auteur-compositeur Claude Lemesle avec qui Joe a travaillé, qui a aimé cette chanson et qui m’a donné l’idée d’écrire la vie de Joe Dassin à travers ses chansons. J’ai fait un choix en y incorporant trois chansons moins connues de lui. Claude m’a conseillé de ne pas les mettre et de n’enregistrer que des chansons plus connues. Ce que j’ai fait. Sans compter que Claude m’a raconté des anecdotes sur Joe qu’il m’a donné l’autorisation d’incorporer dans mon spectacle.
Pour Ferrat ? C’est un peu la même chose après que je lui aie rendu hommage à travers une chanson : « Monsieur Jean ». Ça a été pour moi une belle rencontre musicale et j’ai eu envie de faire un disque et un spectacle autour de ses chansons. C’est un spectacle qui a très bien marché. Puis il y a eu Piaf… Oui, mais c’est différent. J’avais fait un album pour rendre hommage à Mick, « De Mick à Michel » et Je suis sur le point d’enregistrer une chanson « On n’est pas prêt d’oublier » sous le regard de Mick. J’avais quelques problèmes et je demande à Mick comment elle l’aurait chanté. Elle qui n’avait plus chanté depuis quelques années, se met à la chanter et l’ingénieur du son l’enregistre. A la suite de ça il fait un mix de nos deux voix et le lui fait écouter. Au départ elle n’est pas convaincue mais finalement nous l’enregistrerons pour les 40 ans de la disparition de Piaf ! Et elle viendra la chanter sur scène avec moi ! Puis tu enregistrera son énorme succès « Un gamin d’Paris »… version dance ! (Il rit). C’était totalement déjanté mais drôle à faire ! Après quoi tu vas faire deux tournées des églises avec Michèle Torr et Natasha Saint-Pier. C’est une idée de Michel Algay, le producteur des tournées « Age Tendre » qui me les a proposées. Pour les dix ans d’Age Tendre, en 2015, il m’incorpore dans le programme mais la tournée va cesser brutalement car il est endetté et on l’oblige à arrêter les spectacles.. Du coup il me propose la tournée dans les églises avec Michèle en 2015 et celle avec Natasha en 2018. Alors aujourd’hui tu prépares une nouvelle tournée intitulée « On a toujours 20ans ». Raconte… C’est un spectacle où je chante toutes mes chansons mais où, entre elles, je raconte des anecdotes, mes rencontres avec tous ces artistes avec qui j’ai collaboré, comment sont nées ces chansons… Tu n’arrêtes jamais ? Tant qu’on me demande et que le public est là, je n’ai pas envie d’arrêter. Je continuerai tant que je serai en forme et en voix. C’est ma vie. C’est ma passion.
Les équipes du Six N’Etoiles et « Lumières du Sud »
En ce 26 août, nous fêtions deux événements au Six N’Etoiles : l’un joyeux puisque c’était les 25 ans de l’association « Lumières du Sud », l’autre moins réjouissant du départ de Noémie Dumas, directrice de celui-ci, qui va rejoindre son compagnon du côté de la Charente Maritime. Ce fut malgré tout une soirée très festive car « Lumières du Sud », présidée par Pascale Parodi a collaboré durant douze ans avec Noémie, pour nous offrir des soirées cinématographiques de qualité. Aujourd’hui Noémie va vivre de nouvelles aventures avec Guillaume, l’homme qu’elle aime… Et qui nous l’enlève ! Départ de la soirée à 18h30 avec un buffet bien garni où tous les amis se retrouvaient autour de l’héroïne de la soirée et chacun trinqua avec elle en lui souhaitant plein de belles choses. Et les cadeaux ont plu autour d’elle.
Bien évidemment, une soirée sans film n’aurait pas été une vraie soirée dans ce lieu. En préambules Noémie fit un discours, suivie de Pascale, accompagnées d’une incroyable grosse souris. Pascale avait choisi, après avoir présenté la veille – hélas sous la pluie – le film préféré de Noémie : « Les demoiselles de Rochefort » de Jacques Demy de prolonger le plaisir, en présentant le film que la compagne que Jacques Demy, Agnès Varda, avait réalisé pour fêter les 25 ans du film. Vous avez dit 25 ans ?! Quel plaisir de retrouver les sœurs Dorléac, Michel Piccoli, Jacques Perrin, Georges Chakiris, Gene Kelly… Le film a un peu vieilli, un tantinet kitch aujourd’hui, mais c’est un film bouillonnant d’énergie, de couleur saupoudré de la magnifique musique de Michel Legrand. Un entracte suivit où l’on termina le buffet sur fond musical avec l’orchestre de Noémie, car cette coquine avait oublié de nous dire qu’elle avait des talents musicaux. Elle, son compagnon et ses amis nous offrirent un bouquet de chansons françaises nouvelles et anciennes et l’on y prit un grand plaisir.
Noémie, Guillaume et les autres
Bizarre cette affiche !
Après cet intermède, l’on eut droit à un karaoké et, comme tout karaoké qui se doit, ce ne sont pas les meilleurs chanteurs qui s’y produisent et l’on eut droit à des couacs géants qui nous firent grincer des dents, mais tout cela dans la bonne humeur, le partage et la liesse générale. Mais à un certain moment il faut que ça se termine (surtout pour préserver nos oreilles !) et l’on se quitta en espérant que Noémie ne nous oubliera pas comme nous, qui ne l’oublieront pas, grâce à toutes ces belles soirées cinématographiques que nous avons partagées, grâce à sa gentillesse aussi et ce bonheur de l’avoir rencontrée. Bon vent Noémie, bonne chance pour la suite de ta vie et sache que tu seras toujours la bienvenue dans ce cinéma où nous t’avons connue et appréciée.
C’est un beau et grand gaillard à la carrure impressionnante, au regard lumineux, au sourire qui respire la gentillesse. Hugues Meissel est né à Aups dans le Var et a choisi la vie d’artiste qu’il vit à Paris. Mais à chaque pose, il revient plein d’usage et raison, retrouver ses racines, sa famille. Une famille bien implantée dans ce village varois où son père tenait un camping et où il a fait ses premières armes de comédien car le virus, il l’a attrapé très tôt… Pour le plaisir me dit-il ! Par une chaleur écrasante en cet été qui n’en finit pas, c’est à l’ombre de la terrasse de l’hôtel-restaurant qui fut aussi la propriété de son père que nous partageons un repas devant un arbre majestueux qui a, parait-il près de 600 ans.
Une soirée événementielle
« Une nuit sans aube » à l’Opéra Comique
Hugues, tu as choisi la vie d’artiste très tôt… Comment cela t’est-il venu ? Au tout début, c’est une passion qui m’est venue très jeune à l’endroit où j’ai grandi. Mon père tenait un camping et j’ai pris tout le côté social avec les gens, les relations, les fêtes le soir, tout ce qui était l’animation. En fait j’ai baigné là-dedans. C’est là qu’est née l’essence même de ma passion. Et après ? J’ai, comme beaucoup, passé le bac puis il a fallu choisir un métier mais déjà, j’étais décidé à faire ce que j’aimais. Hélas, dans le milieu de l’Education Nationale ça n’était pas tellement bien vu. Mais j’ai eu la chance d’avoir des parents incroyables qui m’ont toujours dit « Allez, on te suit » et m’ont aidé car se loger à Paris, je n’aurais pas pu le faire sans leur aide. J’ai pu faire tout ça grâce à leur soutien mental et financier. Tu t’y es donc très vite installé ! J’ai d’abord pris une petite année sabbatique, je suis parti en Asie puis je suis arrivé à Paris. J’avais 19 ans. Avant cela, j’ai toujours fait du théâtre petit, en associations, dans les villages, à Lorgues, à Draguignan… Et à Paris, ça a donc été tout de suite du théâtre ? Oui, j’ai fait une formation théâtrale au cours de Jean Perimony, qui aujourd’hui n’existe plus. J’ai eu la chance d’avoir Jean comme professeur et j’ai aussi été formé par Christian Bujeau qui nous a quittés en juin. Christian était le fameux dentiste du film « Les visiteurs ». C’était un merveilleux prof qui m’a tout appris. J’ai donc bossé dans ce cours durant trois ans.
Devant sa maison natale
Era
Et après ces trois ans ? Je me suis créé des relations, notamment avec une ancienne danseuse qui m’a emmené sur des projets de danse et du coup, j’ai fait plus de danse que de théâtre. J’ai passé des auditions pour le groupe « Era », qui d’ailleurs avait écrit la musique des Visiteurs ! Ça fait six ans maintenant que je travaille avec eux et que nous faisons chaque année les Zénith. Ça a été mon premier gros contrat. Mais j’ai continué à faire des castings, j’ai fait beaucoup de régie à la télé mais ça, c’était pour remplir le frigo car c’est compliqué de vivre à Paris ! J’ai aussi travaillé avec Alex Lutz. C’est un génie dans ce qu’il fait, j’ai beaucoup analysé son travail, ça m’a vraiment nourri. Tu n’as jamais travaillé ailleurs que dans des lieux de spectacles ? Jamais ! Etre serveur dans un resto ce n’était pas mon truc. Et il suffit de quitter ce milieu trois ou quatre mois, pour que tu sois vite oublié. Puis je suis devenu intermittent du spectacle. Et le théâtre dans tout ça ? Je m’en étais un peu éloigné mais je n’ai jamais lâché. Je n’en faisais pas en théâtres parisiens, j’avais créé ma compagnie à la sortie de l’école de théâtre. Puis je suis entré dans une compagnie « La Divine » où j’ai joué dans un spectacle cabaret-théâtre en février qui s’intitulait « Paradis noir ». Nous étions deux sur scène, avec Hugo Lebigot qui a écrit et mis en scène le spectacle et j’espère qu’on va pouvoir le tourner en France. Je joue également dans le spectacle « Voltige » qui est l’histoire de Dorine Bourneton qui, suite à un accident, est sur un fauteuil roulant, mis en scène par Eric Métayer. Eric, c’est une belle rencontre ? Oui, Eric m’a repéré sur de petits trucs que j’avais joués et il m’a fait avancer d’un grand pas dans le métier. Je viens d’apprendre que nous allions partir jouer la pièce en Martinique une semaine au mois de janvier ! Et puis après la danse, le théâtre, le cabaret donc ! Ça, c’est ma récréation. Depuis tout petit j’adore me grimer, me déguiser et me voici donc dans le spectacle « Mixity » que je joue au théâtre Lepic. Mais je ne tiens pas à m’enfermer dans ce genre de spectacle, que j’adore au demeurant, mais je ne veux pas qu’on me mette une étiquette. Afin de pouvoir m’ouvrir à d’autres choses. Comment es-tu venu à ce spectacle ? Très bizarrement. C’était pendant le covid, je marchais dans la rue et j’ai vu un spectacle de rue avec des tableaux incroyables, qui se jouaient aux fenêtres. J’étais obnubilé et Bruno Agati s’en est aperçu. Il m’a repéré, c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés et le lendemain j’entrais dans le spectacle. Je peux dire aujourd’hui qu’il est devenu mon mentor et si je réussis un jour, je le lui devrai.
Tu arrives à vivre de ce métier aujourd’hui ? Oui, car à part ces spectacles, je fais beaucoup d’événementiels. Et je vis des moments irréels. Un soir, je me suis retrouvé dans les studios de Cinecittà en Italie où je jouais Jules César sur un char, pour un mariage où il y avait Paul McCartney, la famille Trump, la famille royale, Cathy Perry et je me suis dit que j’avais une chance incroyable de vivre cette soirée d’un autre monde ! C’est pour ça que je fais ça. Mais c’est vrai que le lendemain, se retrouver dans son studio, c’est assez violent ! En termes d’artiste, je me sentais un peu gonfleur de ballons ! Mais ça te remet à ta place. L’événementiel, ce peut être le paradis comme l’enfer mais ça me permets de vivre de mon métier. Il y a eu d’autres belles rencontres ? Oui J’étais performeur au cabaret « Le bœuf sur le toit » où souvent, les gens ne te calculent pas. Je ne l’ai pas très bien vécu mais ça m’a amené à faire de belles rencontres comme celles du jet setter Massimo Garcia qui m’a proposé de performer à un de ses galas. Il y avait tout Paris. Et là, c’est un des plus beaux moments de ma vie : J’ai interprété « Gigi l’Amoroso » mais je n’aime pas imiter les gens que j’aime et que je ne me sens pas de faire. Je fais 1,90m, je suis carré comme un déménageur et c’aurait été ridicule d’essayer de l’imiter. J’ai donc gardé le côté masculin et j’interprète vraiment la chanson sans faire Dalida. Je n’espérais qu’une chose : Qu’Orlando ne soit pas de la fête… Et il y était ? La première personne que je vois en arrivant sur scène… C’est lui ! Trop tard pour reculer, j’y vais, j’arrive à le chopper et je le vois pleurer. A ce moment-là, je suis seul avec lui. Après le spectacle, il arrive vers moi et me dit : « Vous êtes incroyable, c’est un véritable hommage, à travers vous j’ai vu ma sœur. Bravo ». J’en ai encore la chair de poule. Et il y a eu Arielle Dombasle ? Toujours au Bœuf sur le toit. Je fais mon show, elle vient me voir dans la loge et me dit aussitôt : « Je tourne ici un clip dans trois jours et je ne le ferai pas si tu n’es pas là » Je dis OK avec joie. Le clip s’appelle « Boys in the back room ». Après ça, elle me propose de faire les JO avec elle le 14 juillet à l’arrivée de la flamme à Paris, qui a d’ailleurs fait polémique ! Mais c’est ce qu’elle voulait car elle est incroyable et n’a peur de rien lorsqu’elle est en représentation. Et elle assume. Elle est très attachante. Depuis, nous nous écrivons souvent.
Boys in the back room
Et le cinéma ? Ça t’attire ? Eh bien, figure-toi que je viens de faire une formation qui m’a été financée grâce à mon intermittence car j’ai de plus en plus envie de me tourner vers le cinéma. J’y ai rencontré plein de gens, entre autre une femme agent, qui m’a contacté voici quinze jours et j’ai rendez-vous avec elle à la rentrée. Elle est venue à moi de la part d’un producteur que je connais, qui était le mari de la fille de Jean Perimony, que j’avais croisé dans le métro avec qui j’avais travaillé… C’est ça la magie de Paris ! Et à part ça ? Je démarre une tournée avec « Voltige », je reprends quelques dates avec « Mixity ». C’est moi qui suis sur l’affiche, même si on ne m’y reconnaît pas ! Dommage ! Mais ça, ça n’est plus un problème. Je ne rêve plus, comme à 18 ans, d’être star, je veux être reconnu pour mon travail et si un jour je monte les marches de Cannes, je veux les monter pour de bonnes raisons. Alors aujourd’hui… heureux ? Quelquefois je pense que je n’ai rien fait mais quand je me retourne, je me dis que ce n’est quand même pas mal ! Je sais que la route est longue, que c’est quelquefois difficile mais je ne veux pas me cantonner dans quelque chose de précis, je veux tout essayer et à moi de choisir ce que je veux faire, ce que je veux devenir, je ne veux pas être catalogué et me fermer des portes. Pour toi c’est quoi le théâtre ? C’est très bizarre, on fait un truc très paradoxal. On cherche à avoir le regard du public, c’est très egocentrique aussi. On se dit : « Je suis plus haut que vous puisque vous êtes assis, vous êtes dans le noir, je suis dans la lumière, vous vous taisez et moi je parle et en plus, vous avez payé pour me voir. C’est culotté mais si on le fait c’est que pas tout le monde peut le faire. Il y a un besoin de le faire et de dire aux gens j’existe, je suis là, ne m’oubliez pas ».
Et on va faire en sorte qu’on n’oublie pas ce beau jeune homme qui ose prendre des chemins de traverse pour pratiquer sa passion ! Propos recueillis par Jacques Brachet
Michel Boujenah, ce sont des dizaines d’amicales rencontres, toujours chaleureuses car cet homme du Sud a su garder gentillesse et simplicité. Théâtre, cinéma, télé, il est partout et surtout au festival de Ramatuelle où il a pris les rênes en 2007 après de départ de Jean-Claude Brialy. Cette année, le directeur artistique a décidé de monter sur ce beau théâtre pour y jouer « Toute la famille que j’aime », une pièce de Sacha Judaszko et Fabrice Donnio, mise en scène par Anne Bouvier, avec à ses côtés Guillaume Bouchède, Anne-Sophie Germanaz et Raphaëline Goupilleau , que je retrouve avec plaisir. C’était un prétexte pour une nouvelle rencontre qui se fait chez la présidente du festival, Jacqueline Franjou, mon amie et complice depuis le premier festival. Un repas fort sympathique réunissant les artistes et quelques sponsors fidèles du festival. A l’ombre de la tonnelle, depuis le temps ce n’est plus une interview mais une amicale conversation qui fait dire à Michel qu’il me confie des choses qu’il ne confierait pas à tout le monde, ce qui me fait un immense plaisir. Un invité s’immisce durant notre entretien : Raphaël Mezrahi qui a tant fait rire, pleurer s’énerve des artistes par ses interviewes surréalistes et qui est là pour avoir signé la veille son livre « La bande à dessiner » une BD tout aussi surréaliste… sans dessins avec uniquement des bulles à illustrer soi-même ! Fallait y penser ! Mais quel homme adorable, simple, gentil et drôle ! C’et lui qui, à la place de Michel (Of course !) présentera la pièce en compagnie de Jacqueline. Un présentation comme il sait faire, avec humour et grincement de dents !
Alors, monsieur le directeur artistique, comment se passe ce festival ? Pour l’instant bien. On a l’impression de quelque chose de fort dans la mesure où les gens sont vraiment contents de venir au festival alors que cette année on ressent une ambiance particulière, je ne sais expliquer pourquoi, mais le sentiment que j’ai, c’est que le festival est plus important que d’habitude pour les gens comme pour nous. J’ai la sensation d’un vrai soulagement de venir au spectacle, comme si on avait besoin de rêver, de voir le monde différent que ce qu’on nous propose. Les incendies n’ont pas touché ce coin ? No, mais on vit dans cette espèce d’atmosphère anxiogène incroyable. On a vu des images abominables, tellement fortes, une atmosphère de fin du monde. Ça m’a beaucoup sensibilisé et j’en parle tous les soirs. On a vécu des trucs de fou et ça fait peur. Dans ce contexte-là, le festival est très importan. Durant la guerre de 40 on avait proposé à Churchill de réduire le budget de la culture et Churchill a répondu : « On va le doubler ». Je pense que dans ces moments-là, l’art dans son ensemble a un rôle à jouer. Bien sûr, les artistes ne vont pas changer le monde mais ils ont montré. Ce sont les peuples qui changent le monde. Et surtout les femmes. C’est-à dire ? Je pense intimement que si les femmes étaient au pouvoir, beaucoup de choses changeraient. En général elles sont plus fortes que les hommes, à condition qu’elles ne veuillent pas ressembler aux hommes. J’aime les femmes qui restent des femmes. De toutes façons, j’ai toujours adoré travailler avec elles. Et ce n’est pas de l’ordre de l’amour ou du sexe, je n’ai jamais eu d’histoires avec les femmes avec qui j’ai travaillé. Ce sont toujours des partenaires de travail extraordinaires. Donc avec tout ça on a besoin d’un tel festival ! Il joue son rôle, je suis contre l’idée du fait que c’est un divertissement. Divertir, c’est détourner l’attention des gens comme s’ils allaient oublier le monde, l’art c’est de montrer le monde autrement, il nous aide à le supporter et à le voir autrement.
Comment est-ce que tu constitues ton programme ? Comme je peux ! Cette année, c’était un peu compliqué parce que j’étais sur scène. Mais c’est un mélange des spectacles qui ont lieu à Paris ou ailleurs et surtout qui sont libres car on est tributaire de ceux qui sont en tournée, ou parce que les artistes arrêtent ou sont sur un autre projet. Et on a surtout besoin d’un éclectisme indispensable. J’essaie d’avoir à la fois quelque chose de qualité, d’exigeant, d’élégant et de populaire à la fois. C’est ce mélange qu’il est difficile à faire. Ce n’est pas un festival élitiste, je n’ai rien contre ça, mais on essaie d’amener aux gens quelque chose qu’ils ne peuvent pas voir ailleurs, qu’ils soient régionaux ou vacanciers. Ramatuelle n’est pas Saint-Tropez. Donc c’est compliqué car ça reste du spectacle vivant. Alors théâtre, cinéma, télé, tu es partout depuis quelque temps. Comment arrives-tu à tout faire et qu’est-ce qui fait courir Michel ? (Il rit) Je n’y arrive pas !. C’est pour ça qu’après le festival j’arrête tout. Mais tu vas bientôt tourner ? Oui, c’est vrai mais à peine car c’est un film où nous sommes nombreux, qui va tourner sur un an, un an et demi, avec des arrêts fréquents. Je vais surtout prendre le temps d’écrire un scénario. Ce sera mon quatrième film en tant que réalisateur mais comme tu le sais, je suis très lent. C’est un film auquel je pense depuis très longtemps et c’est grâce à mon fils que je vais le faire. Je lui ai raconté cette histoire que j’ai dans les tiroirs depuis longtemps. Il m’a dit : « C’est ça que tu dois faire ».
Tu nous en dis plus ? C’est un film comme si je voulais parler à la jeunesse et notamment à mon fils et à ma fille pour leur donner le courage de ne jamais abandonner ses rêves. On peut toujours s’en sortir même en partant de loin. C’est le plus beau cadeau que je puisse faire, d’abord à mes enfants mais aussi à cette génération car je vois tellement de désespoir autour de moi ! Pourquoi as-tu attendu si longtemps à te remettre sur ce scénario ? Parce que je ne peux pas m’arrêter de jouer sur scène. Mon territoire c’est la scène même si j’adore tourner. Le cinéma est le contraire de la solitude. Ça permet de voir ce que tu as dans la tête, amélioré par les acteurs. Travailler avec des acteurs c’est magnifique car les acteurs ne sont pas des robots. Trop de metteurs en scène sont des tortionnaires avec les acteurs. On doit collaborer avec eux. Tu dis souvent que tu es un type lent ! Parce que je suis lent et je ne sais pas pourquoi ! Mais je vieillis aussi lentement ! Ma mère m’a légué un capital génétique incroyable. Elle est parie au Paradis à 99 ans et neuf mois et deux jours avant sa mort elle était nickel-chrome ! J’espère vivre la même chose. J’ai 74 ans et les gens me considèrent toujours comme un enfant ! Je les laisse faire même s’ils croient qu’ils ont un pouvoir sur moi. Ca les rassure. Je n’ai pas d’ego mais je n’ai plus d’angoisse sur le regard des autres.
Donc, pas de projets pour l’instant à par ce film ? J’ai plein de propositions pour le théâtre depuis que j’ai joué « L’avare » Les gens se sont dits « Il est balèze » ! Comme si le fait de faire des one man shows était facile. Mais « L’avare » a changé les choses. J’en suis ravi car j’adore Molière. C’est un auteur profond qui avait compris l’importance des femmes. Tu en rejoueras ? Ah oui, ça c’est sûr mais c’est compliqué. Il faut trouver le temps et ce sera encore avec Daniel Benoin. On s’entend très bien, j’ai fait pas mal de choses avec lui. Ce Molière était l’aboutissement d’une vraie collaboration. Mais en dehors du fait d’écrire quelques heures par jour, je vais prendre le temps d’aller au théâtre, à la pêche avec mon bateau, de jouer aux cartes comme un dilettante que je suis. Un dilettante qui en fait, travaillebeaucoup ! Je suis un obsédé du boulot mais je fais ça pour ne pas qu’on découvre qu’en fait je n’ai pas envie. J’ai profondément honte d’être un fainéant, que je travaille beaucoup ! C’est pour me masquer, je me déguise ! Mais c’est tellement bien la fainéantise ! Alors, revenons donc à cette pièce… C’est une pièce très drôle qui aborde un sujet grave : l’héritage. Ça m’a fait du bien de jouer cette pièce, d’abord parce que je joue avec des partenaires incroyables… Moi, à côté, je suis un petit comédien de campagne ! Ils sont impressionnants et je me sens handicapé à côté d’eux. On s’amuse beaucoup. Les deux auteurs ont beaucoup de talent. Ils ont l’art du quiproquo, de la phrase qui fait mouche, et ça marche du feu de Dieu. C’est un sujet violent : faire passer son père pour un fou afin de le déshériter avant qu’il ne le fasse lui-même. Ce qui m’a épaté c’est qu’un avocat m’a dit que ce genre de situation se passait sur 60% des successions ! »
Et si c’est souvent un drame, ici ça devient une comédie désopilante ou les quiproquos, les jeux de mots, les coups de théâtre, les situations se succèdent à un rythme endiablé grâce à un texte percutant et quatre comédiens extraordinaires qui se renvoient la balle, non sans quelques fous-rires contenus et qui qui rend le public hilare. Quant à la tradition des coussins qui s’envolent, elle a été bien entretenue ! Quelle merveilleuse soirée nous avons passé. Et quelle belle journée, grâce à l’accueil de Jacqueline Franjou et la gentillesse de l’ami Michel avec qui on a pu s’entretenir plus d’une heure. Merci à eux. Photos Cécile Giol & Jacques Brachet
C’est dans la pinède de l’Argentière à la Londe, les pieds dans l’eau, que le festival « Jazz à la Londe » fêtait sa dix-septième année. Chaleur intense, heureusement la brise marine nous apportait un peu de fraîcheur sous un ciel menaçant. Le camp de base regroupe les artistes, l’équipe du festival et les bénévoles, les journalistes et les photographes, sous le regard du directeur artiste et fondateur du festival, néanmoins flûtiste et trompettiste émérite, Christophe del Sasso. On y rencontre les musiciens de l’Opéra de Toulon, ceux du Big Band « Big Sud » créé par Christophe et Nicolas Folmer, trompettiste, auteur, compositeur et chanteur, tout cela dans une ambiance cordiale que l’on trouve aujourd’hui rarement dans les festivals ou tout le monde fait la gueule ou a des difficultés à porter leur melon ! Ici tout le monde rigole, parle ensemble autour d’un tiramisu « de ouf » comme disent les jeunes.
Nicolas Folmer
Christophe del Sasso
Andréa Caparros
Côté scène ça répète. Côté coulisses ça se retrouve en trinquant avec les vins de Provence. On croise Andréa Caparros et Nicolas Folmer, buvant un verre entre amis et avec la famille. Seul Christophe se démène pour régler tous les problèmes. Ambiance familiale et amicale donc où l’on vientde temps en temps nous demander si tout va bien… Et comment en serait-il autrement ? Le temps de faire quelques photos, de discuter avec les uns et les autres, l’heure est à la préparation et les artistes partent se préparer. Les partitions sont installées sur les pupitres, les musiciens, tout vêtus de noir, s’installent, seul Christophe arrive avec un polo vert ! Tout pourrait aller le mieux du monde quand un contretemps voit s’éparpiller les spectateurs comme une volée de moineaux pour aller s’abriter d’une averse impromptue. Le concert est-il compromis ? Dans l’attente, on se retrouve au catering pour boire un verre.
Mais l’averse n’aura pas duré longtemps et, le temps de sécher les partitions, les artistes reprennent leur place et Christophe revient frapper les trois coups, présenter les deux orchestres et le concert peut alors débuter sous la pinède où les immenses pins se colorent de rouge et de bleu, créant un décor inattendu et féerique. Auparavant, un peu plus loin, des spectateurs avaient pu se régaler d’un « apéro jazz », assis dans l’herbe, sirotant un verre de vin blanc. Revenons au concert. Un concert inhabituel puisque trente-cinq musiciens se mêlent dans une musique classico-jazzy, mélange des musiques venues de Broadway et… de Provence puisque nos amis ont revu et corrigé nos chants traditionnels comme « Le Coupo Sante » couleur jazzy mais en provençal ! Nicolas et Christophe ont écrits des musique qui sonnent aussi bien dans les trois langues, le français, l’anglais, le provençal. Nicols nous charme même avec ses propres compositions qu’il a créée dans le petit village des Alpes Maritimes, Guillaumes à qui il rend hommage à son château chanté par Andréa Caparros, belle sirène venue du Brésil toute de strass vêtue, à la voix ensorcelante, sous le regard de José son guitariste de père qui joue dans le Big Sud.
Ce métissage est une belle réussite et cette soirée restera un grand moment musical de ce sympathique festival fait de passion, d’amitié, de rencontres inattendues. Nougaro chantait « Le jazz et la Java », nos amis chantent « Le jazz et la Provence ». A noter encore le talent multiple de Nicolas Folmer qui, auteur-compositeur doué, les chante avec une voix et une rythmique incroyablement ressemblantes à celles de Michel Legrand dont il est un fervent admirateur. Et ce duo fort émouvant, le traditionnel provençal « Se canto » qu’ont interprété en provençal Andréa et la trompettiste Shekina Rodz qui a également une voix d’ange. On se souvient de cet hommage qu’il nous avait offert l’an dernier à la Villa Simone de Six-Fours. Malgré l’averse qui a failli tout gâcher, ce fut une éblouissante soirée sous les pins de l’Argentière.
Ceux d’entre nous qui, dans les années 60 mythiques avaient entre 17 et 20 ans… Ont aujourd’hui 80 ans. Du moins pour ceux qui ont tenu le coup jusque-là car, durant ces décennies, beaucoup nous ont hélas quittés. Ceux qui restent – comme moi – ont résisté mais nous sommes de moins en moins. Et c’est pour cela qu’il ne faut pas les oublier. Né comme moi en 46, comme Alice Dona, Hervé est donc toujours là et c’est avec joie et quelque nostalgie que l’aime rappeler à quel point ils ont compté pour moi et pour la Chanson Française. Il ne faut pas les oublier J’ai connu quatre de ces chanteurs en même temps : Hervé, Christophe, Michèle Torr qui partageaient le même spectacle et une certaine Nicole, alors habilleuse d’Hervé et qui devait devenir Nicoletta. Avec qui j’ai gardé des liens indéfectibles.
Première tournée
Retrouvailles avec Hervé et Nico
Tournée « Age Tendre »
Hervé a une carrière incroyable et belle dont il peut être fier car, comme quelques artistes de cette époque, il n’a jamais arrêté de chanter, en France et à l’étranger où il a toujours été très demandé. Et ce n’est pas parce qu’on ne voit plus ces artistes sur le petit écran qu’ils n’existent plus… la preuve ! Hervé, lui, a continué son bonhomme de chemin avec, en plus de ses concerts, de ses disques, l’écriture qui a toujours fait partie de sa vie mais qui, de plus l’a remis sur le devant de la scène grâce à son autobiographie qui a fait un carton. Il est loin aujourd’hui, heureusement, le petit garçon malheureux de la DDASS, qui nous émouvait avec son premier succès « Capri, c’est fini » et qui nous a fait monter les larmes en nous racontant admirablement son enfance dans son autobiographie « L’âme seule » (Ed Fayard). L’homme est beau, souriant, chaleureux, heureux de vivre et de chanter. Il a quelquefois des humeurs de diva mais il a toujours été très près de son public… Et de la presse, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec les nouvelles générations. Nous avons toujours gardé des relations amicales durant ces décennies, jusqu’au jour où il a décidé d’arrêter de chanter pour ne pas devenir un vieux chanteur pathétique. Mais remontons le fil du temps.
Sur le Charles de Gaulle avec Charden
Avec mon parrain JP Foucaut, à Monte Carlo
Nous sommes en 2006 à la Fête du livre de Toulon. « J’en suis à mon vingtième concert de l’été, j’en ai encore une dizaine et j’en ai déjà 30 pour cet hiver… Que demander de plus ? Je suis toujours heureux de retrouver mon public. Je dirais plutôt « le » public car il y a plusieurs générations aujourd’hui, il y a ceux qui prennent le train en marche, le monde bouge et je suis comme un papillon. Je suis content de chanter en place publique devant ce rapprochement familial et de voir ce qui s’en dégage d’humain… Aujourd’hui il y a un autre public qui découvre l’écrivain ! Ecrivain est un grand mot… Il se trouve que j’ai fait un livre qui s’est vendu à 200.000 exemplaires, qui a été salué par la critique et, qui plus, a été donné comme sujet de bac à Montpellier…C’est magnifique, non ?» Recordman des ventes sur cette fête du livre, s’il y avait un stand où l’on ne pouvait plus bouger c’est bien sûr celui de lalibrairie où s’était installé Hervé Vilard. 40 ans d’amour avec un public indéfectible qui n’a pas cessé d’affluer durant deux jours et de patienter car Hervé est attentif à tous, a un mot gentil, un sourire, une bise pour chacun, quand ce n’est pas la photo qu’on veut prendre avec lui. Il est d’une patience angélique et ne se donne le temps que d’aller fumer une cigarette (son vice !) pour revenir signer à tour de bras. D’autant que « L’âme seule « , son premier livre de souvenirs, a été autant signé que son second dont le titre est » Le bal des papillons » (Ed Fayard). C’est dire la fidélité de son public. Il prendra aussi un moment, qu’il me consacrera comme toujours, en souvenir de tous les galas, de toutes les tournées, de nombreux beaux moments que nous avons passé ensemble sur les routes. « Ce virus de l’écriture, tu sais, il y a longtemps que je l’ai puisque, si j’ai pu écrire ce livre, c’est grâce à tous ces cahiers que je n’ai jamais cessé de remplir depuis mon plus jeune âge. Et ça m’a bien servi pour remettre les événements dans leur contexte et avec les dates certifiées ! Mais j’ai mis du temps à sauter le pas en me posant beaucoup de questions.
Lesquelles ? D’abord, il me fallait les années, la maturité car écrire sa vie c’est quelque chose de très singulier, des livres de chanteurs, il y en a des tonnes et tous ne sont souvent qu’anecdotiques avec quelques photos souvenirs au milieu. Tant qu’à faire quelque chose, je voulais que ce soit parfait et je ne voulais pas « que » raconter ma vie. Je voulais qu’il y ait du ressenti, qu’à la limite, ceux qui ne connaissent pas Hervé Vilard puissent le lire comme un roman. Bien sûr, c’est ma propre histoire mais encore faut-il en faire quelque chose de bien, que ce ne soit pas écrit dans la douleur, que ce ne soit pas larmoyant. Il fallait donc un temps d’assimilation et puis d’écriture, de réécriture car je suis perfectionniste… il y a quelques métaphores dont je suis content ! Heureux, donc ? J’avoue que j’ai adoré ça. A tel point que je suis déjà sur mon troisième ! J’ai déjà écrit quelque 250 pages que je travaille et retravaille dès l’aube, en regardant par la fenêtre. C’est un très bel exercice, un travail sur soi et je prends le recul nécessaire pour écrire et relire mes carnets… Alors, pourquoi ces carnets ? C’était pour passer le temps et puis, je pensais sincèrement que cette période serait éphémère, que je n’en ferais pas vraiment un métier parce que le succès était arrivé trop vite. A force, c’est devenu quelque chose d’habituel, de nécessaire. Et je continue aujourd’hui ! Dans ce second volet, il est surtout question de ce succès autour de « Capri c’est fini » et de tes premières tournées… Nicoletta, Michèle Torr, Dalida, tes amies et… Claude François qui en prend un coup ! J’ai voulu montrer les deux côtés de ce métier. Faire un parallèle, par exemple, entre Claude et Dalida, liés par les mêmes déracinements, les mêmes problèmes, heurs et malheurs mais dont le comportement était diamétralement opposé. Entre l’idole inhumaine et la femme de cœur. Entre la revanche et la passion du métier et au milieu, le public que l’un bafouait et l’autre adorait. Dalida était une personne humaine, sensible, qui s’intéressait aux gens, qui donnait une chance aux chanteurs comme moi, Mike Brant, Jean-Luc Lahaye qu’il a hébergés aux temps difficiles. Claude avait un côté inhumain, il traitait les gens avec qui il travaillait comme des esclaves, il ne supportait pas le succès d’autres chanteurs qu’il voyait toujours comme des ennemis. En fait, il ne pensait qu’à lui. Pour Nicoletta et Michèle, c’est la jeunesse qui nous a réunis et puis la tendresse qu’on se porte toujours.
Tant qu’il aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire. Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde. Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ? C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur. Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié. Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet… Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels. Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions. Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ? Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur. J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « . 50 ans après, comment vois-tu ton métier ? Comme on le voit tous. Sans humanité. La passion, l’amour du métier ont laissé la place au marketing. On lance une chanson, un artiste, on l’appelle d’ailleurs « produit », ce qui est significatif… Et après, il ne reste plus grand chose. Les jeunes d’aujourd’hui, pour certains du moins, ont le même désir, les mêmes espoirs que j’avais. Mais moi je me sentais épaulé, j’avais autour de moi des gens qui me considéraient, qui m’aimaient, qui m’aidaient. Alors qu’aujourd’hui on les lâche dès que ça marche moins. On vit une époque où tout est cloisonné. A la nôtre il n’y avait pas cette ségrégation ! Je me souviens d’une rencontre avec Brassens qui me chantait «Capri» avec joie, de Brel lorsque j’ai chanté en première partie de son spectacle, qui était là avec son corps, ses yeux… Nous étions à Rio, il y avait 40.000 personnes et je chantais pour Brel. Il m’écoutait avec sa force, sa vérité. Ferré qui était un ange avec Nicoletta… Pour ceux-là, j’essaierai de m’appliquer toute ma vie Mais aujourd’hui, tout ça est en moi, avec moi et lorsque je fais mon 13ème Olympia au mois de mai, il y a toutes ces mères qui me portent et pour certaines… je pourrais être leur père ! Et puis je pars à Toronto, Chicago, New- York… Et j’ai cinq Carnegie Hall à mon actif !… Pas mal non, après tout ce qu’on a pu dire sur moi !… Tant qu’il y aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire. Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde. Pour toi, qu’est-ce que ça représente, ce livre ? C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur. Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié. Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet… Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels. Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions. Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ? Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur. J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « .
Nous nous sommes donc retrouvés comme il y a cinquante ans, sur ces tournées «Age Tendre», avec Michèle et un ami de toujours, Didier Claudon qui, fan des deux artistes, est devenu au fil des années leur ami, comme il est le mien depuis tout ce temps. Depuis quelque tempi Hervé s’est retiré du métier après un ultime Olympia d’adieu. J’espère qu’il coule des jours sinon heureux, du moins sereins, même si pour lui, aujourd’hui, Capri c’est fini. Mais est-ce vraiment fini ?
Jacques Brachet Photos Christian Servandier & Jacques Brachet
Alice et moi est une grande histoire d’amitié. Nés la même année en 1946 (Eh oui, ce n’est pas hier !) nous avons débuté presque ensemble, elle dans la chanson, moi dans le journalisme. Et comme en ce temps « jadis », on abordait sans problème ces artistes naissants dits « yéyé », on s’est très vite retrouvés sur le chemin des tournées et on a gardé des liens et des souvenirs à la pelle. J’avais envie de parler d’elle et de nos rencontres si nombreuses et si amicales, en vous racontant son histoire et peut-être aussi de ne pas oublier tous ces beaux souvenirs.
A Toulon avec la sœur de Gilbert Bécaud
Il était une fois une petite jeune fille nommée Alice Donadel. Le père ayant une station d’essence à Taverny, tout en chantant, Alice servait donc l’essence aux passants. Puis elle partit sur Paris où elle rencontra celle qui allait devenir son amie : Mireille, qui dirigeait alors le Petit Conservatoire de la chanson où débuta notre jeune chanteuse qui, en cette époque dite “yéyé” enregistra très vite quelques sympathiques succès : “Demain j’ai 17 ans”, “Mon petit train de banlieue”, “C’est pas prudent”, “Les garçons”, “Il suffit d’un rien pour être heureux”…. Et elle était heureuse de ce succès Mais elle se lassa très vite de chanter du twist… “Au départ – me confiait-elle lors d’une de nos nombreuses rencontres – j’étais ce qu’on appelait une “ACI”, c’est-à-dire auteur-compositeur-interprète, ce qui était alors très rare chez les chanteurs encore plus chez les chanteuses, dans ces années où l’on se contentait de traduire les succès anglo-saxons. Après… je n’ai plus été qu’interprète et compositeur… Après… je n’ai plus rien été du tout… Après… je suis redevenue compositeur… Après… je suis aussi redevenue interprète… Après… je suis devenue la mère de Raphie, la coach de la Star Academy !!! Après… je suis devenue la femme de Laurent Boyer ! Voilà comment je pourrais résumer ma carrière !” Grand éclat de rire d’Alice, devenue Dona entre temps, qui aujourd’hui, laisse le soin à des professionnels d’écrire les textes de ses chansons : “Je ne m’en sens plus capable ou alors j’écris des chansons interminables et je ne m’en sors plus. Je fais donc confiance à d’autres” Elle a donc été, durant très peu d’années, “la collégienne de la chanson” avant de se rendre compte qu’elle n’était pas faite pour ce genre de musique. Son mariage et l’arrivée de sa fille (La fameuse “Raphie” si contestée !), lui ont en quelque sorte donné un alibi pour arrêter ce qu’elle n’était pas satisfaite.
Explications : “J’ai totalement arrêté la scène durant dix ans. Et j’ai totalement arrêté le métier durant trois ans car après, je me suis remise à composer, au départ, sans but précis puis en ayant de plus en plus envie d’écrire pour les autres. L’envie de chanter m’était passée. Pour que j’évolue, il fallait une cassure car j’avais cette foutue étiquette de “chanteuse yéyé” qui me collait à la peau. C’était infernal ! Au départ ça a été très dur d’aller taper à la porte des éditeurs ou des artistes car dans le métier j’étais une OVNI. Etre une femme et en même temps une vieille chanteuse yéyé… C’était rédhibitoire !” Et il y a eu la première rencontre décisive : Claude François ! Effectivement, il y a eu la rencontre avec Claude François ! D’abord la rencontre avec Pierre Delanoë qui a écrit des paroles sur une de mes musiques de ce qui allait devenir “C’est de l’eau, c’est du vent”, dont Claude a fait un succès. Et du coup, Pierre m’a fait une réputation de compositeur “musclé… Il disait à qui voulait l’entendre : “Dona, elle écrit comme un mec !”. Alors, à force, les portes ont commencé à s’ouvrir : Vartan, Carlos, Vilard, Sheila, Mathieu, Dassin, Macias, Régine, Croisille… Tu sais, c’est très agréable lorsqu’on vient frapper à ta porte ! Mais c’est vrai que ma rencontre avec Claude a été importante, car cette chanson a été mon premier succès et puis, alors que j’étais dans ce fatal appartement du Boulevard Exelmans, en train de lui chanter ma chanson, je me souvenais que, trois ans auparavant, je criais à m’époumoner “CloClo” au poulailler de l’Olympia… Et là, il allait me chanter ! Et puis je lui ai écrit d’autres chansons et il est devenu mon ami. Nous avons souvent travaillé ensemble et, comme je suis restée bon public, je m’émerveillais toujours autant de me retrouver avec lui… même si, quelque part, il était descendu de son socle d’idole. Mais il a toujours été formidable avec moi…”
Mais finalement, Claude, Hervé, Sylvie, Sheila et les autres… ça faisait toujours parti des yéyés ! Et c’est ce qui m’ennuyait un peu, même si j’étais ravie d’écrire pour tous ces artistes mais j’avais quand même en moi des goûts assez traditionnels, très “chanson française” et j’avais envie d’écrire des chansons moins “mode”, plus intemporelles. J’ai toujours eu une grande adoration pour Gilbert Bécaud et je rêvais d’être le Bécaud féminin… rien que ça ! Il y a plein de ses chansons que j’aurais voulu écrire. C’est d’ailleurs pour ça qu’un jour je les ai chantées… Bécaud, je le considère un peu comme mon parrain… Et lorsque je le rencontrerai, ça marquera ma vie d’artiste…. Mais avant ça, il y a la rencontre avec Serge Lama… J’avoue donc que je stagnais un peu avant que je rencontre Serge Lama. Et pourtant, avec lui ça n’aurait pu jamais se faire. Je le considérais comme un chanteur “Rive gauche” alors que je ne le connaissais pas… et n’avais pas envie de le connaître. Mais voilà qu’une de mes chansons “Un jardin sur la terre” est sélectionnée pour représenter la France à l’Eurovision et mon équipe m’annonce que ce sera Serge Lama qui défendra la chanson et qu’il serait bien que j’aille le voir sur scène. C’est donc contrainte et forcée que je vais le voir à la Villa d’Este et là, je l’avoue, ça a été le coup de foudre en quelques minutes. J’étais au premier rang, il chantait “D’aventure en aventure” et il a dû voir la tête que je faisais car il est parti d’un grand éclat de rire en pleine chanson ! C’est ainsi que je suis devenue à la fois inconditionnelle et amie avec Serge. Et c’est grâce à lui que tu vas rencontrer un autre Serge : Reggiani. Reggiani… Je n’arrivais pas à imaginer ! Merveilleuse rencontre… Figure-toi qu’il était une de mes idoles. C’était un comédien hors pair qui, à mon sens, n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir. Lorsqu’il s’est mis à chanter j’ai aussitôt essayé d’entrer en contact avec lui mais, aux yeux de son entourage, la petite chanteuse yéyé n’avait aucune chance… Jusqu’au jour où, après quelques succès avec Lama, ce même entourage est venu frapper à ma porte ! Comme j’aime crever les abcès, je leur ai rappelé mes tentatives… dont bien sûr, ils ne se souvenaient pas… Et c’est ainsi que j’ai pu enfin rencontrer mon deuxième Serge et que ça a superbement collé entre nous. C’était un gros nounours très attendrissant et je crois que je n’ai jamais rencontré une telle osmose entre un chanteur et un comédien…”
Et puis, retour à la scène ! Ça, c’est encore la faute à Lama ! Un jour il m’annonce : “On va faire un disque… -Tu veux que je chante avec toi ? – Oui… accessoirement mais surtout, tu vas faire un album !” Je n’y croyais absolument pas mais il a fini par me convaincre en ressortant des maquettes non abouties, dont personne ne voulait et il m’a dit : “Ce sont des chansons pour toi !” Pourquoi pas au fond… Ça me faisait plaisir de revenir dans des studios, sans plus et surtout sans autre idée que de refaire un disque. C’est ainsi qu’on a fait le 33T nommé “L’antistar”, le titre étant donné par ce fameux duo et qui alors représentait bien ce que je faisais : “Moi j’adore être derrière celui qui est devant”. Coup de bol, ça a marché… Et du coup, retour sur scène ! Toujours la faute à Lama ! J’allais souvent le retrouver en tournée et quelquefois, il disait au public que j’étais là et je montais sur scène faire “l’antistar”… Jusqu’au jour où il m’a annoncé que je ferais la première partie de ses spectacles… Et c’est comme ça que tout a recommencé ! Il y a eu plein d’autres rencontres…. Oui, bien sûr, comme Maurice Genevoix pour qui j’ai fait une chanson d’après un de ses poèmes “La rouquine… Brassens, si charmeur, si simple, aimant tant tous les styles de chansons et qui a accepté de chanter avec moi dans un show Carpentier ma « Chanson hypercalorique», Dalida, grâce à qui “Je suis malade” est devenu un énorme tube, et par elle et par Serge… Ces gens qui me rendent heureuse d’avoir fait ce métier. Rien que pour ces rencontres, ça aura valu le coup que je fasse ce que j’ai fait… Tu aimes les artistes… J’aime les rencontres, j’aime écrire pour les beaux et vrais artistes et pour cela, j’aime entrer dans leur vie et qu’ils entrent dans la mienne. J’ai besoin de connaître, d’échanger, je ne suis pas un compositeur à la mode, je ne peux pas écrire sur commande. J’écris des chansons pour qu’elles durent, qu’elles ne datent pas. La chanson, ça n’est pas toujours fait pour vous faire réfléchir mais aussi pour faire rêver, oublier les soucis quotidiens. La chanson, on la chante en se levant, en se rasant, en allant au boulot. La vie est assez grise pour y mettre un peu de rose et je préfère considérer la bouteille comme à moitié pleine plutôt qu’à moitié vide !»
Avec Claude Lemesle & Jean-Claude Petit
Avec Catherine Lara sur les tournées « Age Tendre »
La petite fille de Taverny n’a pas oublié qu’elle a fait un peu ce métier grâce à Gilbert Bécaud. En 2003, c’est la Ville de Toulon qui l’appelle pour venir lui rendre hommage. Elle a déjà dans la tête l’envie de rendre hommage à celui qui a si bien chanté “Les marchés de Provence” et, en attendant le spectacle qu’elle lui consacrera, elle réalise enfin son rêve : faire un disque “Merci Monsieur Bécaud”, regroupant ses chansons préférées du poète-chanteur toulonnais et voilà qu’on lui demande si elle veut bien être la marraine, aux côtés de Mme Lavieille, sœur de Gilbert, de la plaque que l’on va inaugurer sur la maison natale de Gilbert Silly. Elle dit oui sans hésiter et en ce printemps 2003, la voici à Toulon, devant la maison de son idole, chantant avec Les Coureurs d’Océans, les succès immortels du chanteur, avec la sœur de celui-ci et le maire de Toulon M Falco… “Ce disque – m’explique-t-elle au cours d’un ultime et charmant repas – est celui que je veux faire depuis le temps où, toute jeune, je déclarais, je te l’ai déjà dit, “Je serai Bécaud un jour” Je ne le suis pas devenue mais le disque est là… Le choix a-t-il été difficile ? Oui, bien sûr, j’avais envie de tout chanter car chez Bécaud, il n’y a rien à jeter ! Mais bon, il y avait d’abord les intouchables, tellement marquées de sa personnalité, qu’il n’y avait plus à y revenir. Il y avait celles qu’on ne pouvait pas mettre au féminin. Et enfin, il y avait les incontournable comme – eh oui ! – “Age Tendre et Tête de bois”, “Croquemitoufle”, qui ont bercé mon enfance, “Le mur”, “L’important c’est la rose” et celles pour s’amuser sur scène : “Alors, raconte”, “Les Tantes Jeanne”. Et puis, celle que j’aime par-dessus tout : “L’indifférence” Cela donne un magnifique disque en hommage à l’homme à la cravate à pois, cravate qu’elle portait sur scène et qu’elle emmenait en tournée. Elle compose, elle chante, elle joue la comédie et elle écrit. En fait, elle fait tout bien. Et la voici donc à l’écriture… de livres ! Pourquoi, tout à coup cette furieuse envie d’écrire ? En rigolant, elle me rétorque : » Parce que j’étais une frustrée des mots ! J’écris de la musique et je m’y complais mais j’ai peu écrit de textes et de plus, cela ne me suffisait pas. Quelquefois j’avais envie d’en écrire plus mais dans une chanson, on est vite limité, on ne peut pas développer. Alors, j’ai commencé comme tout le monde, c’était facile et c’était la mode, par une autobiographie » La vie à l’envers » (Ed Michel Lafon). Voilà, ça c’était fait. Et puis, j’ai eu envie de rendre hommage à ma petite sœur trisomique en écrivant » Cricri » (Ed Anne Carrière) et je crois que c’est à partir de là que j’ai eu vraiment le pied à l’étrier. De plus, j’avais trouvé en Anne Carrière une éditrice heureuse, fidèle, affectueuse. Nous sommes vraiment sur la même longueur d’onde et elle m’a suggéré d’écrire un roman. Vivre avec ma petite fille de 15 ans m’a donné l’idée de ce premier roman « Mamie a eu 15 ans ». Enfin ce dernier » Chanteuses ou coiffeuses » (Ed Anne Carrière), c’est une fille qui avait le même accent que toi qui m’a donné l’idée de parler de cette expérience magnifique que j’ai vécue avec mon école. D’autant que cette question a fait tilt chez moi : Comment peut-on poser une question pareille si l’on a vraiment le feu sacré, l’envie de faire ce métier ? Moi, très jeune, je ne me suis pas posé la question, j’ai foncé et j’ai toujours su que je ne pourrais pas faire autre chose que de la musique. Sous quelle forme, je ne savais pas mais ce serait la musique ou rien ! « Et la maman de » Raphie de la Star’Ac » et la compagne de Laurent Boyer a bien fait et ça ne lui a pas trop mal réussi puisque ses chansons, chantées par elle ou par les autres, sont aujourd’hui dans la mémoire collective.
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» Alors aujourd’hui : Romancière ou chanteuse ?
Les deux mon capitaine, j’aime toujours autant composer et ne peux vivre sans ça, j’aime chanter et je referai disques et scène, j’aime écrire et je vais continuer et si, de temps en temps, on me propose à nouveau une pièce de théâtre, j’y replongerai avec grand plaisir. (Elle a joué en 2006 » Ce soir ou jamais » avec Chevallier (sans Laspalès !) pièce mise en scène de Francis Perrin). Depuis, elle a continué en alternant, concerts, écriture de toutes sortes et voilà qu’après des dizaines de rencontres, je la retrouve sur les tournées «Age Tendre» où elle a rencontré ou retrouvé des artistes amis, comme Catherine Lara avec qui elle travaille ou avec Michèle Torr pour qui elle a écrit une superbe chanson : «Diva». Je la retrouverai aussi à la Seyne sur Mer où je fais partie d’une association qui défend la chanson française. Chaque année on trouve un thème et je propose qu’on rende hommage à Gilbert Bécaud, qui est toulonnais et à Jean Ferrat que j’ai eu la chance de rencontrer en Ardèche où nous sommes presque voisins. Du côté de mon père, je suis ardéchois et j’y ai une maison à quatre kilomètres d’Antraigues où vivait Ferrat. Et pour cela, j’appelle mes amis : Alice Dona pour Bécaud, Isabelle Aubret pour Ferrat et le mari de celle-ci, Gérard Meys, qui fut le producteur de Ferrat. Et pour lier le tout, j’invite Claude Lemesle, qui a écrit des chansons pour et avec Alice et pour Isabelle. Ce fut un week-end de rêve, fait de souvenirs, de nostalgie et de beaucoup de rires. Chacune chanta à son tour, accompagnée par Claude Lemesle et le musicien et compositeur qui a orchestré les deux artistes, Jean-Claude Petit, venu nous rejoindre. Alice reste l’une de mes plus belles rencontres, on se retrouve toujours avec un grand plaisir et j’attends avec impatience ma prochaine fois où nos routes se croiseront.
Jacques Brachet Photos Christian Servandier & Jacques Brachet
C’est vrai que je ne m’attendais pas à ce que j’ai vu et entendu durant ces deux concerts au Festival du Château de Solliès-Pont ! En effet, pour avoir suivi « Star Academy », j’avais découvert une belle jeune femme au regard infiniment bleus, un peu tristes, un peu timides mais avec une voix forte et nuancée à la fois, qui vous donnait les frissons. Sortie de l’émission, même si elle ne fut que seconde, son destin était là et très vite, les prix, des NRJ Music Awards aux Victoires de la Musique, ont plu sur la chanteuse. Bien sûr, comme dans tout concours, de la « Star Ac’ » à « The Voice », on fait très vite partir les apprentis en titre en tournée, malgré le peu de chansons à leur actif et de présence sur scène. Certains ne s’en sont pas relevés mais business is business, aujourd’hui le métier exige un rapport qualité-prix immédiat. Avant… Mais je vous parle d’un temps !… l’artiste passait en lever de rideau puis en vedette dite « anglaise » avec trois chansons, puis en vedette dite « américaine », faisant la première partie d’un artiste confirmé, puis en vedette avant d’atteindre, quelques années plus tard, le récital.
Aujourd’hui, grâce à ces émissions et aux réseaux sociaux, l’artiste est propulsée en star en quelques semaines et c’est la folie. Quelquefois, hélas, épuisés car sans métier bien solide, c’est en trois ans la fin de l’histoire. Mais bon, ne soyons pas pessimistes et lorsqu’on voit Héléna sur scène, pleine de joie et d’énergie, sans compter une voix sublime, on se dit qu’elle est faite pour durer. Contrairement à la fille timide de l‘émission, on découvre une femme belle, qui tient la scène avec quatre musiciens d’enfer et huit danseurs qui l’accompagnent. Elle a un contact immédiat avec un public acquis, en majorité de filles, qui connaissent toutes ses chansons par chœur. Je dois dire que je n’en connaissais que deux ou trois de son répertoire mais toutes ses chansons sont efficaces, que ce soient des mélodies romantiques ou des chansons très énergiques. Les mélodies sont belles, les textes sont intéressants, abordant des sujets d’aujourd’hui et de sa génération… Et ça marche du feu de Dieu ! Le lendemain, autre style, autre ambiance mais un public tout aussi volcanique, pour accueillir Kenji Girac. Là aussi, je l’avoue humblement, je m’attendais à des espagnolades et pourtant… Pourtant, déjà il a pour lui un capital sympathie énorme. Il est beau, il est chaleureux et sa voix est superbe.
Il a évidemment plus de métier qu’Héléna et l’on ne compte plus les succès qu’il a accumulés au fil des ans. Depuis sa découverte dans « The Voice » qu’il gagna haut la main, il n’a cessé de nous surprendre avec des tubes plein de punch ou des chansons plus intimistes que reprend en chœur tout le public avec lui. On sent le plaisir qu’il a à chanter, à communiquer avec son public, sans compter qu’il a un talent fou de guitariste et que sa voix et pleine de chaleur. Un bel orchestre de cinq musiciens l’accompagne, à noter un superbe trompettiste complètement en osmose avec lui. J’avais peur que toutes les chansons se ressemblent un peu mais elles n’ont en commun que l’énergie d’un chanteur-guitariste accompagné d’un chœur de fans qui ne cessera, d’un bout à l’autre du concert, de chanter avec lui, de crier, de lever les bras, de danser. Bref, ce fut une véritable fête. Dommage qu’aujourd’hui tous ses artistes très encadrés refusent toute rencontre, toute interview. La presse régionale, l’entourage ne connait pas ! Certains ne savent même pas qu’on leur a demandé une interview ! Mais les interviewes, c’était une autre époque, ma bonne dame !