Françoise HARDY… Même sous la pluie…


Paris, hiver, fin des années 60.
Il fait froid.
On peut même dire qu’il gèle.
Une petite brise glaciale vient s’insinuer au travers de mon manteau.
Pour comble de bonheur, il pleut. Une de ces petites bruines parisiennes qui vous transperce jusqu’aux os. Le ciel, uniformément gris et bas, vient se confondre avec la Seine qui coule doucement, frileusement. Seule Notre- Dame a l’air de résister au temps maussade et hivernal, la tête dans les nuages. Elle en a vu d’autres. (Elle est encore loin du drame).
Et, si j’avais encore quelques doutes, je comprends pourquoi je n’ai pas tenu longtemps à Paris, pourquoi j’ai refusé d’y rester pour travailler !
Je traverse un pont. Lequel ? Je n’en sais rien.
Je suis fidèlement le plan que m’a donné Françoise Hardy.
Eh oui, je vais chez Françoise Hardy. Profitant de quelques journées parisiennes, j’ai pris contact avec la plus discrète de nos chanteuses afin de la rencontrer.
Très tôt, elle s’est éloignée de la scène et de ce fait, je n’ai jamais pu la rencontrer en province, sinon lors d’une folle journée au magasin Prisunic où elle est venue faire une animation. Pourquoi ? Elle ne veut plus s’en souvenir tant elle fut traumatisée par la folie des fans.
Alors, j’avais décidé que, si Françoise ne venait pas à moi, j’irais à elle.
Par l’intermédiaire d’une attachée de presse amie qui a fait l’entremetteuse, j’ai reçu une réponse positive.
Ça me réchauffe le cœur… et le corps qui commence à être transi !
Je prends une petite rue de l’île St Louis, calme, grise – mais en fait ici, tout est gris ! – longée d’anciennes et très belles maisons, très souvent transformées en hôtels particuliers. J’entre dans une cour pavée où l’on s’attendrait à voir se ruer une calèche. Je monte trois étages en colimaçon qui me font remonter le temps. Une porte sans nom : juste la tête d’un petit bonhomme dessiné en trois coups de crayon, sur un petit carton. C’est charmant.

1ère rencontre chez elle
2ème rencontre à Toulon en tournée

Je sonne.
Temps mort puis des pas. La porte s’ouvre sur une silhouette longiligne, reconnaissable entre toutes. Pantalon et pull noir, chemisier rosé. Je me présente :
« Vous êtes en avance d’un quart d’heure !« 
La phrase est jetée sans bonjour, sans méchanceté mais elle a tapé au but. C’est vrai que j’ai l’habitude, la qualité – le défaut, me dit ma femme ! – d’avoir tellement peur d’être en retard que je suis sempiternellement en avance. Après, selon les rendez-vous, j’attends l’heure. Mais j’ai une sainte horreur du retard, pour moi et pour les autres !
Là, vu le temps, j’avais pensé qu’à un quart d’heure près et m’attendant chez elle, Françoise n’y verrait pas d’inconvénient… Visiblement elle en voyait un !
Mais, le temps d’avoir grommelé cette phrase d’un air boudeur, un sourire – oh, très fugitif ! – s’esquisse sur ses lèvres pour me faire comprendre que, malgré tout, ça n’est pas un drame.
Tout de même, elle l’a dit et j’apprendrai très vite qu’elle est très directe et qu’elle peut être assassine !
Encore un escalier en colimaçon, tout moquetté.
Une douce chaleur m’envahit, qui fait du bien. Une musique, douce également, en sourdine, des lumières tamisées. Moquette noire, murs blancs immaculés, lampes oranges, meubles design en acier et cuir noir.
Une immense cheminée dans laquelle trône une chaîne hifi entourée de plein de disques.
Me voilà donc dans l’univers de Françoise. Un univers qui lui ressemble étrangement, à la fois sobre, mystérieux, racé, un peu froid mais plein de douceur. Tout y est si feutré qu’on a presque envie de parler bas.
Je découvre. Je me réchauffe.
Je me sens à la fois bien et un peu gêné de déranger la Belle au Bois Dormant.
Françoise, qui n’a plus parlé depuis sa petite phrase lapidaire, me demande, d’une voix aussi feutrée si j’aime.
J’aime. Je le luis dis. Oubliés le vent glacé, la pluie, le brouillard.
Elle me fait installer dans l’un des grands fauteuils noirs et, avant que je lui aie dit quoi que ce soit, elle pose un disque sur la platine. Dans un murmure elle m’invite à écouter des chansons qui feront partie de son prochain album.
Je suis quelque peu surpris car elle vient tout juste d’en sortir un :
« Dès qu’un disque est sorti, pour moi c’est terminé. Je pense au prochain même s’il ne sortira que dans un an ou plus. Je prends le temps de choisir les chansons, de les essayer, j’écris, je réécris, je cherche le style, la couleur que je vais lui donner.
Une année, ça passe vite. Il me faut encore chercher les orchestrations et donc, l’orchestrateur qui donnera la dernière touche et la couleur à l’album.
Je veux avoir tout mon temps pour ne pas me presser ni me tromper. Je sais en principe exactement où je veux aller… »
J’avoue que je découvre une Françoise Hardy différente de l’image que je m’en suis faite. Je la voyais quelque peu nonchalante et passive, faisant ce métier sans vraie passion, presque avec ennui. Je me rends compte alors que, ce qui l’ennuie c’est la promo, les télés, la scène et ce qui lui plaît, c’est d’écrire, de composer, de faire naître des chansons.

Troisième rencontre au Midem à Cannes

Et puis, je la croyais lointaine, inaccessible et la voilà qui me propose de m’installer à même la moquette avec elle et qui me confie ses idées, sa façon de voir le métier, d’y être sans vraiment y entrer, occupant une place à part dans ce show biz avec lequel elle prend beaucoup de recul.
Elle m’explique son horreur et son trac à se rendre malade chaque fois qu’il fallait monter sur scène dans des conditions quelquefois épouvantables : extérieurs, chaleur ou mauvais temps, chapiteaux pourris, sonos défectueuses, toilettes inexistantes et les kilomètres à avaler.
C’est vrai qu’à cette époque, rien n’est fait pour le confort de l’artiste. Aucun d’eux aujourd’hui n’accepterait de faire une tournée dans de telles situations. Les exigences sont loin d’être les mêmes… Très, très, très loin de là !
De tout cet inconfort elle a voulu se débarrasser pour avoir l’esprit libre, du temps devant elle.
Elle continue à faire des disques car c’est un besoin, une envie. La scène ? Terminé. La horde de fans ? Plus jamais.
Le « service après-vente », comme elle dit, elle le fait pour les besoins de la cause : faire connaître ses chansons, vendre son album pour pouvoir continuer à en faire d’autres. Mais c’est vrai que, même à la télé, elle ne fait que le strict nécessaire.
« Quand on m’invite, c’est afin de parler de l’album, je ne vois rien d’autre à raconter.
Je n’aime pas parler de moi. Donc, en dehors de la promo, on ne me voit pas et c’est très bien comme ça. Tant pis si ça ne plaît pas à certains esprits chagrins.
Je suis comme ça. Je suis moi, je ne cherche pas à plaire à tout prix« 
Ce qui ne l’empêche pas de se passionner pour la musique.
Elle écoute beaucoup de choses, se tient au courant des nouvelles tendances, des nouveaux artistes et surtout des auteurs et compositeurs qui pourraient travailler avec elle, faire un bout de chemin sur un disque.
Ainsi me parle-t-elle de Catherine Lara qu’elle a découverte très tôt et dont elle aurait même eu envie de produire son premier disque.
Mais elle sait que la production est quelque chose d’onéreux, d’aléatoire et, avec sa lucidité et sa rigueur, elle a préféré conseiller à Catherine d’entrer dans une maison de disques où elle aurait plus de soutien et de moyens que ce qu’elle aurait pu lui apporter.
Ce qui ne l’a pas empêchée d’enregistrer elle-même des chansons que Lara a écrites pour elle.

De plus, dans sa vie, il y a un sentiment qu’elle cultive particulièrement : l’amitié, dont elle a d’ailleurs fait une jolie chanson. C’est essentiel à sa façon de vivre
Elle a quelques amis, peu mais fiables, qui font partie de sa bulle de vie.
Tout en bavardant, nous avons rejoint les fauteuils.
Le thé qu’elle m’a offert a refroidi mais qu’importe. La musique a cessé sans qu’on s’en rende compte et l’on continue à parler.
Jusqu’au moment où sa voix se tait aussi.
Elle se lève, regarde par la fenêtre la pluie qui continue à ruisseler, se serre les bras en frissonnant rétrospectivement.
Sa longue silhouette est en ombre chinoise ou presque. La nuit est tombée et je sens qu’il est temps pour moi de partir.
Le temps de lui demander de poser pour une photo. Même si ça ne l’enchante pas elle dit oui mais me propose de très jolies photos de presse au cas où mes photos ne seraient pas réussies, et dans la mesure où elle ne peut pas les voir. Elle m’en signe d’ailleurs une avec ce curieux petit bonhomme vu sur la porte.
Je ne ferai que deux photos
Elle ne sourira pas.
Le sourire arrive enfin lorsqu’elle me dit au revoir et qu’elle redescend le petit escalier pour m’ouvrir la porte.
Me revoilà affrontant pluie, nuit, froid mais le cœur encore tout chaud de ces quelques heures passées aux côtés de cette artiste unique entre toutes.
Sauvage ? Peut-être, mais simple et directe.
Timide ? Certainement mais surtout secrète, pudique, jalouse de sa vie privée dont je me serai garder de parler tout au long de notre rencontre.
Je la rencontrerai quelque temps plus tard et par deux fois au MIDEM à Cannes et, se souvenant de moi, elle acceptera une petite séance photo sur la croisette et un court moment d’entretien pour évoquer les derniers événements de sa vie d’artiste.
Bien évidemment, il n’y aura plus cette magie que j’ai vécue un après-midi d’hiver dans cette jolie maison de l’île St Louis qu’elle a quitté depuis mais qui me rappelle une rencontre exceptionnelle que j’aurais aimé renouveler…
La sortie de son autobiographie m’a vraiment surpris car elle n’était pas habituée à des confidences et là, tout à coup, elle déballait tout. Sans compter que sa façon de raconter m’a laissé une drôle d’impression.

4ème rencontre, encore au MIDEM à Cannes où elle est devenue productrice

Revenue de beaucoup de choses, très souvent insatisfaite de son travail, perturbée par son enfance, pas faite pour un métier qu’elle a pourtant choisi, très critique sur son talent, sans beaucoup de compassion pour les chanteurs qui la chantent, elle paraît ainsi très abrupte et si elle ne se ménage pas, elle ne ménage personne.
Elle a pourtant tout eu : la beauté, le talent, la reconnaissance, elle fut une icône avant l’heure et a su le rester avec classe et beaucoup de mystère…
Malgré les énormes ennuis de santé qu’elle trimballait depuis des années et qu’elle vivait au jour le jour.
En fait, elle fut un OVNI dans ces années 60, elle, la romantique-pessimiste, débarquant dans un monde de rythme, de folie, de joie et d’optimisme… C’est peut-être ce total contrecourant qui en a fait ce qu’elle était : un être et une chanteuse à part qui, durant plus de 50 ans, a continué à passionner les gens.
Et malgré tout ça, j’avais gardé une furieuse envie de la rencontrer à nouveau !
Une pierre précieuse, une perle rare dans ce monde féroce de la chanson.

Jacques Brachet

Les lumières du Sud se sont éteintes…
Jusqu’en septembre !

Lundi soir au Théâtre Daudet, on aurait pu se croire à Cannes !
En effet, Pascale Parodi et son équipe de « Lumières du Sud » organisaient le palmarès de toute la saison cinématographique de l’association. Une saison riche en découvertes et en émotions, de films venus de tous les coins du monde.
Une présélection avait été faite de douze films dont le jury, c’est-à-dire, les adhérents et le public devaient choisir pour trois sections : le scénario, la réalisation et le prix d’interprétation masculine et féminine.
Pour se remémorer les films sélectionnés, nous eûmes droit à la bande annonce de chaque film et… la discussion pouvait alors démarrer, animée par la présidente ainsi qu’Isabel et Frédéric Mouttet.
Chacun pouvait avoir son mot à dire et ne s’en priva pas !
Dès le départ, deux films étaient jugés hors compétition : le film de Delphine Seyrig « Sois belle et tais-toi » qui est un documentaire sur la situation des comédiennes dans le cinéma, Delphine Seyrig en ayant beaucoup interrogé.
Le second, « Italie, le feu, la cendre », de Céline Gailleurd et Olivier Bohler, autre documentaire sur le cinéma muet italien qui fut prolifique mais dont beaucoup de films furent détruits.

Ceux-ci ayant été enlevés de la course, un autre fit un peu polémique : « La fiancée du pirate » de Nelly Kaplan où Bernadette Laffont était d’une beauté sidérante. Avait-il lieu de le sélectionner alors qu’il a fait en son temps, en 1969 un énorme succès et a fait découvrir cette belle comédienne aujourd’hui décédée. Mais après de longs palabres, il resta en compétition et… c’est  Bernadette Laffont qui obtint le prix de la meilleure comédienne !
Autour de tous les autres films, les discutions allèrent bon train, les goûts, les idées, les regards étant très différents, chacun les défendant pour des raisons personnelles.
A noter qu’Isabel fut une acharnée pour défendre ou critiquer les films eux-mêmes, ou le scénario, ou l’image…
Mais tout se fit dans la plus belle ambiance possible, avec un zeste de passion, quelques doses d’humour, chacun défendant ses idées. Au vote à main levée, je ne suis pas sûr que certains ne votèrent pas plusieurs fois mais, bon, ce fut un jury bon enfant, moins stressé qu’un jury cannois.

And the winners are : « Good bye Julia » de Mohamed Kordofani, qui remporta à l’unanimité le prix du meilleur scénario et de la meilleure réalisation.
Pour le prix d’interprétation, hormis Bernadette Laffont pour la comédienne, c’est Olivier Gourmet qui remporta le prix d’interprétation masculine pour le film d’Antoine Russbach « Ceux qui travaillent ». Avec un prix spécial pour la jeune Tomoko Tabaka dans le film de Ninna Pàlmadottir « Le vieil homme et l’enfant – Solitude ».
Et comme à Cannes, tout se termina par une fête où chacun avait apporté de quoi boire et manger et les discussions continuèrent de plus belle, juste le temps de faire difficilement quelques photos sur la montée des marches… de Daudet, moins spectaculaires que celles de Cannes mais tellement plus conviviales !
Les Lumières se sont donc éteintes avec la clôture de la saison mais déjà, Pascale et son équipe sont en train de fomenter une nouvelle saison qui démarrera en septembre.
En attendant, tout le monde s’est déjà donné rendez-vous au Six N’Etoiles pour une soirée exceptionnelle le 24 juin : la présentation du film  « Le roman de Jim » des frères Larrieu avec, en invité d’honneur le héros du film Karim Leklov

Pascale Parodi, Isabel & Frédéric Mouttet

Et puis, ce seront les festivals d’été en attendant la rentrée.
Un grand bravo à Pascale et son équipe qui œuvrent avec passion pour le cinéma et nous offrent de grands films, de beaux invités et des soirées à a fois intelligentes et chaleureuses. On s’y retrouvera !

Jacques Brachet

Charles AZNAVOUR aurait eu 100 ans


Nous sommes en 88/89.
Il y a déjà quelques décennies que je suis journaliste et si j’ai fait quelques papiers sur des spectacles de Charles Aznanour, je n’ai jamais pu le rencontrer pour une interview. Difficile à approcher,  mes seules rencontrs se font grâce à Eddie Barclay dont je fais souvent parie de l’équipe et que je croise au Midem à Cannes où à la Rose d’Or d’Antibes, où encore chez lui à Ramatuelle à la villa de Bonne Terrasse lors de ses fameuses soirées blanches. Mais ce sont toujours de brèves rencontres. Je me souviens, lors de la sortie de sa première bio, qu’il m’avait dit : « C’est marrant, je n’ai écrit qu’un livre mais je le collectionne… dans toutes les langues ! »
Mais c’était toujours entre quelques « fonds de champagne » comme Barclay aimait à le dire, que nous buvions avec entre autres, des invités comme Patricia Carli et son mari Léo Missir qui faisaient partie de mes amis.
Voici donc qu’il est programmé au Zénith de Toulon et je décide de tenter ma chance auprès de son producteur Lévon Sayan. Je téléphone à son bureau et je me présente à une femme qui répond au téléphone.
Qu’elle n’est pas ma surprise d’entendre une voix que je crois reconnaître avec un accent italien qui me rappelle quelqu’un :
« Jacques Brrrrachet de Toulon ? Mais c’est Rrrrosy ! »
Rosy étant la cousine de Dalida, devenue pendant des années sa secrétaire particulière, j’ai travaillé avec elle jusqu’à la disparition de mon amie qui était aussi mon idole. Après le décès de celle-ci, Rosy travaillai donc pour Charles Aznavour.

Heureux et émus de nous retrouver, il lui fut facile de m’organiser une entrevue avec Charles.
C’est ainsi que nous nous rencontrions au Zénith où nous restâmes quelque deux heures à parler de lui et… de Dalida qui avait aussi été son amie.
L’entretien fut on ne peut plus cordial, nous le terminâmes avec une bouteille de vin qui, c’était une tradition qu’à chaque concert où il passait, on lui offrait.
Il me demanda de lui envoyer mon papier et de ce jour, à chacun de ses passages dans le Midi, nous nous retrouvions.
A cette époque, je fréquentais Paulette Raimu, fille du grand comédien, qui avait installé son musée à Cogolin, et l’on avait projeté de créer, à l’instar des César, les Raimu d’honneur. Hélas elle disparut mais nous le montâmes avec Isabelle, sa fille Je me chargeais des invitations.
M’ayant donné son portable, j’osais appeler Charles pour lui proposer de lui remettre ce Raimu. Chose qu’il accepta tout de suite tant il était admirateur de de l’illustre toulonnais. Evidemment, devant alors venir de Suisse, je lui dit que  nous prenions tous ses frais en charge. Ce à quoi il me répondit :
« Il n’en est pas question, je suis trop honoré, sans compter que j’ai une maison dans le coin ».
Il me proposa même de venir présenter son dernier film « Pondichery, dernier comptoir des Indes » et me demanda s’il pouvait inviter le jeune acteur qui jouait avec lui, Frédéric Gorny. On ne pouvait pas le lui refuser !
Il arriva donc à Cogolin, accompagné par son ami Jo de Salernes, présenta le film, alla faire un tour au Musée puis dans Cogolin où, les gens le connaissant, il fut d’une patience et d’une grande gentillesse.
Le soir, avec les autres lauréats que j’avais invité : Laurent Malet, Isabelle Carré, Hélène Vincent, Isabelle Renaud, Philippe Caubère, Alexandre Thibault, Catherine Rouvel, ce n’est pas moi qui lui remis le trophée mais… ses amis Maritie et Gilbert Carpentier, en vacances chez eux à la Londe, à qui je remis aussi un Raimu d’honneur.
Ce fut une belle fête.

Plus tard nous devions nous retrouver au festival de Ramatuelle, avec les Carpentier, notre amieAnnie Cordy et bien sûr Jean-Claude Brialy, puis au festival de Cannes où il m’invita pour découvrir le film d’Atom Egoyan « Ararat » ou encore à la fête du livre de Toulon où il ne vint que quelques heures mais où il m’accorda une interview.
De ce jour de son passage au Zénith, nos rencontres furent aussi nombreuses que toujours amicales.
Ca méritait bien que je prenne la plume pour lui rendre hommage, lui qui aurait eu cent  ans ce 22 mai 2024.
Lors de notre dernière rencontre il me disait :
« Je suis aujourd’hui satisfait de ma vie. Les seuls regrets que j’ai, ce sont les gens que j’aime et qui ont disparu : mes parents, mes amis. J’en ai encore beaucoup, heureusement. Quant à vieillir, il n’en est pas question. Je conçois de prendre de l’âge, comme un bon vieux Bordeaux qui se bonifie, devient léger, aérien…
Vieillir ? Connais pas. En fait, je suis un joyeux primaire ! »

Jacques Brachet

Notes de lecture

David Lelait-Helo, Line Renaud, Dominique Besnehard, Michèle Torr

Line RENAUD : Merci la vie (Ed Robert Laffont) – Avec l’aide David Lelait-Helo.
Elle approche des cent ans, quatre-vingts ans de carrière et si aujourd’hui je ne peux plus dire « Bon pied, bon œil » comme je le lui disais il y a encore à peine 10 ans, (Entretemps elle a eu un AVC) mon amie Line a toujours une énergie, une pêche, un optimisme incroyables.
Mais bon, l’âge est là, elle le sait, elle sait aussi qu’elle n’est pas éternelle, même si elle le reste et restera dans nos cœurs.
Nous nous connaissons depuis des décennies comme avec David Lelait-Helo qui est un ami commun et qui l’a aidée à écrire ce livre.
Une bio ? Que non pas mais une lettre, une très longue lettre à tous ses fans qui, dit-elle, sera la dernière. Et elle l’écrit sans nostalgie, sans regrets, sa vie a été belle et chaque jour pour elle est un nouveau jour.
« Chaque anniversaire – écrit-elle – n’est pas du temps en moins mais du bonheur en plus ».
Line est une femme pleine d’amour, de tendresse, de fidélité. Chaque début d’année je reçois ses vœux, écrits de sa main,  accompagnée souvent de la photo d’un de ses chiens. Pas de mail mais un mot et ça c’est tout Line.
Bien entendu, dans ce livre, elle évoque des souvenirs, comme dirait Aznavour « Mes amis, mes amours, mes emmerdes » car, comme tout le monde, elle en a eu. Mais elle nous parle aussi du sida dont elle est une militante acharnée, de cette fondation Line Renaud, de cet institut pour la recherche dédiée à la science qui, à sa disparition, disposera de sa maison. Elle nous parle de ses deux filles de cœur, Claude Chirac et Muriel Robin. Elle nous offre une lettre à Barbara, avec qui elle a combattu e sida, lettre bouleversante qu’elle n’a pas eu le temps de lui envoyer car elle a disparu avant que cette lettre ne parte.
La grosse tête ? Elle ne sait pas ce que c’est et si sa carrière est ce qu’elle est, c’est, dit-elle encore grâce au talent mais aussi à la chance, la capacité, la santé, le doute aussi.
Elle a toujours été une femme libre, celle de toutes les libertés et cette lettre est un livre plein d’optimisme cat aujourd’hui, elle se lève tous les matins avec un projet dans la tête, quelque chose qu’elle envie de faire avant de partir.
Elle parle aussi du droit de mourir dans la dignité qu’elle défend de toutes ses forces.
Ce livre est un hymne à la vie, qu’on lui souhaite encore belle et longue.
Jacques Brachet

Nicolas MATHIEU : Le ciel ouvert (Ed Actes Sud – 123 pages)
Après le succès bien mérité de « Leurs enfants après eux »  couronné par le prix Goncourt 2021, et « Connemara », Nicolas  Mathieu offre au lecteur un livre très intime ponctué par les peintures  tellement joyeuses et colorées d’Aline Zolco. Un livre sur l’amour, l’amour intense, celui qui dure, celui qui laisse de profondes traces derrière lui, celui qui a été plein d’heureuses surprises et de douceur.
Mais c’est aussi l’amour des parents, des hommes et des femmes qui ont fortement imprimé la vie et l’esprit de leurs enfants. L’amour  s’exprime si différemment selon les êtres, il lui faut parfois toute une vie pour se déclarer, alors « vivons doucement en attendant le prochain anniversaire ».
Et l’amour, c’est aussi les enfants « Le trot d’un enfant à quatre pattes qui se préparent à vivre quand nous ne serons plus là »
Oui, ce livre rayonne du bonheur de vivre, la vie est un cadeau immense, ne nous précipitons pas, goûtons la, profitons de l’instant, des murmures, de la beauté du ciel qui s’il s’assombrit ne pourra que retrouver sa pureté.
Peter SWANSON : Neuf vies (Ed Gallmeister – 400 pages) Traduit de l’américain par Christophe Cuq
Avis aux amateurs des romans d’Agatha Christie, ce livre est pour vous. Sans copier l’ouvrage de la célèbre romancière « Dix petits nègres » devenu « Ils étaient dix », l’auteur utilise le même type de suspense. Neuf personnes habitant dans divers états de Etats-Unis reçoivent dans une enveloppe anonyme une liste imprimée de neuf noms dans laquelle figure le leur.
Que veut bien dire un tel envoi à des personnes d’âge et de résidence différents et sans lien apparent ? Erreur, hasard, blague ? Certainement pas puisque ces personnes vont être tuées les unes après les autres. Par une progression originale, dans un style agréable, l’auteur nous amène à l’explication que l’on peut subodorer dans les derniers chapitres mais avec un dénouement inattendu en fin de livre.
Un bon roman policier classique qui se lit d’une traite.

Russel BANKS : Le royaume enchanté (Ed Actes Sud – 589 pages)
,L’auteur qui dans ses livres, a si souvent adapté le point de vue des « laissés-pour-compte » en Amérique, s’attaque cette fois au mythe du self-made-man au travers du récit nostalgique de confessions enregistrées sous forme de bandes magnétiques qu’il reçoit par hasard.
Cet homme c’est Harley Mann. Il a connu la misère avant de faire fortune dans la spéculation immobilière. Ce n’est ni plus ni moins que le fondateur du site d’Orlando, l’actuel « Disneyland ». Il va nous faire  entendre la confession de ce personnage évoquant son parcours au début du XXème siècle.
Son parcours c’est celui d’une famille dont le père vient de mourir, qui rejoint une secte religieuse, les Quakers, puritains, chastes, travailleurs acharnés,  vivant  de façon très frustre. Au crépuscule de sa vie où il connaitra les pires situations, il nous fera vibrer au travers de ses errances et des grands drames qu’il a traversés, en devenant un personnage extraordinaire.
Ce Roman touffu, plein d’Histoire, de grandes histoires réalistes et de sentiments est une belle fin pour ce conteur prolixe.
Michael COHEN : Attraction du désordre (Ed Anne Carrière – 154 pages)
Tout va très vite dans ce roman de Michael Cohen, surtout les séparations !
Un roman qui pourrait être le scenario d’un film : trois personnages, Clara, Simon et Paul. Tous les trois se seront aimés passionnément et quittés brutalement, une porte qui se ferme mais très vite une autre s’ouvrira. C’est le monde d’aujourd’hui, surtout celui de la nuit dans les boîtes où l’alcool accompagne celui qui vient d’être quitté et cherche son rival.
Clara a été abandonnée par Simon, elle refait sa vie avec Paul qui veut savoir pourquoi Clara a quitté Simon, chassé-croisé entre ces trois personnages, des êtres qui se rencontrent mais ne s’expliquent jamais.
Le silence, l’absence d’explication, sont la cause de malentendus qui entraînent les séparations. Quel dommage ! 
L’auteur qui est également acteur et réalisateur n’a plus qu’à trouver les acteurs et son film est déjà sur les écrans. Souhaitons-lui bonne chance !

Michel BUSSI : Mon cœur a déménagé (Ed Presses de la Cité 416 pages)
Ophélie, fillette de sept ans, Folette, a assisté au meurtre de sa mère poursuivie par son père alcoolique et drogué et qui a chu du haut de la passerelle alors qu’elle s’enfuyait du domicile familial.
Drame de la misère et de l’addiction dans une famille suivie par un assistant social qui n’a pas su entourer les protagonistes… Le père est en prison, Folette est placée en foyer mais, refuse de voir son père et va s’acharner à faire surgir la vérité. Sa vérité.
Collégienne rebelle, adulte à la double personnalité, elle mènera enquête sur enquête afin de trouver le vrai coupable et assouvir sa vengeance. Car c’est l’obsession de la vengeance qui animera le cœur de la jeune femme qui va rebondir de fausses pistes en fausses pistes, qui tiendront lecteur en haleine grâce au suspense effarant mais crédible créé par le talent de l’auteur.
Toujours accessible, surprenant, clair dans ses propos, écrit en chapitres courts et enlevés le lecteur est tenu sous le charme et la surprise du  dénouement.
Hemley BOUM : Le rêve du pêcheur (Ed Gallimard – 349 pages )
Le nouveau livre de cette romancière camerounaise vivant à Paris, mène en parallèle la vie d’un pécheur et celle de son petit-fils. Le pécheur c’est Zacharias qui, tous les jours, part sur sa pirogue pécher dans les eaux du golfe de Guinée au Cameroun, les poissons qui nourriront sa femme et ses deux filles et qui assureront leur bien-être.
Mais l’arrivée d’une société forestière et l’industrialisation de la pêche avec les chalutiers vont bouleverser l’équilibre de cet homme simple. Le petit fils, c’est Zach qu,i à 18 ans, décide de quitter Douala où il vit avec sa mère, prostituée et alcoolique, pour vivre à Paris en coupant les ponts avec son pays d’origine. Mais un jour, alors qu’il est devenu psychologue, qu’il est marié et père de deux filles, il aura le besoin impérieux de revenir et de se confronter au passé et à ceux qu’il a laissés.
On est touché par cette saga familiale présentée dans un récit qui décrit en miroir la vie de ces deux personnages, relatée dans une belle écriture.
On s’interroge sur l’exil et sur le besoin vital de racines.

Loretta DENARO-DOMINICI : Sans lui (Ed Michel Lafon – 202 pages)
Loretta, née en 1979, était la compagne de l’ancien rugbyman Christophe Dominici.
Ce livre est un témoignage : « En écrivant ces lignes, j’ai voulu raconter notre amour et rendre son honneur à l’homme droi,t dont l’honnêteté et la bienveillance ont été bafouées ».
Loretta raconte sa rencontre en 2007 et sa vie de famille auprès de Christophe Dominici, homme au tempérament blagueur, spontané, amoureux, fidèle en amitié mais à l’affut de faire du business après sa grande victoire de rugby qui lui a valu une notoriété sans égale.
Elle décrit l’emprise du couple qui a abusé de son mari lors de son projet de racheter le club de rugby de Béziers. Désenchantement, mal-être, voire dépression s’en suivent pour Dominici puis son décès brutal et incompris le 24 novembre 2020 (suicide ou accident ?).
Son épouse s’exprime aussi sur les conséquences de ce départ prématuré et inexpliqué, sur leurs filles Mya et Kiara et sur sa propre difficulté à faire son deuil : « J’attends, brisée, le moment où je retrouverai ma joie qui s’est envolée le jour où… »
Claire DEYA : Un monde à refaire (Ed de l’Observatoire – 414 pages)
Claire Deya signe son premier roman et c’est une réussite, et quand vous réalisez que l’auteure y a glissé de nombreux souvenirs personnels, une vérité historique trop méconnue, j’espère que vous serez incité à lire ce très beau roman.
Les allemands ont truffé de mines le littoral méditerranéen, surtout autour de Saint Tropez et d’Hyères, avant de quitter et libérer définitivement le sud de la France en 1945. Mais qui dit mine, dit danger et déminage. La France va utiliser des prisonniers allemands volontaires qui, ainsic réduiront leur peine. Cette entreprise est un monde d’hommes qui ont vécu la guerre des deux côtés, soit envahisseurs soit envahis.
Claire Deyat fait vivre ces hommes qui ont tous leurs secrets, ils ont appris à se taire et la confiance n’existe plus spontanément. Plusieurs personnages  tissent  des liens très forts entre eux, soit à travers leur expérience dans les réseaux de résistance, soit  des secrets bien gardés, soit des histoires d’amour. Il y a surtout ce travail extrêmement dangereux devant ces monstres d’acier qui doivent être balayés doucement  « avec  des plumes au bout des doigts ».
« Tes yeux, ce sont tes mains et la pulpe de tes doigts » sera la première leçon ! Puis, ne jamais oublier que la mine peut aussi être piégée ! Ce travail d’une patience infinie réunit français et allemands, et au contact  « »des mines, des risques, du sacrifice, de l’abnégation, de la mort, la fraternité se frayait un étroit chemin, l’idée d’un avenir commun aux pays de l’Europe ».
L’auteure s’est inspirée de son histoire familiale, un grand-père médecin prisonnier dans un oflag à Cassel, un grand-oncle cinq fois évadé et repris, de l’histoire de Saskia qui révèlera un soir la vérité sur sa famille décimée dans les camps et son retour dans une France qui ne l’attendait pas vraiment.
Un livre passionnant, émouvant qui serait un excellent scenario de film.

Laure Manel : Cinq cœurs en sursis (Ed Michel Lafon – 475 pages)
Tout d’abord, le tableau d’une famille ordinaire plutôt unie, aimante : Catherine est une mère et une épouse modèle en apparence, jusqu’au moment où la police fait irruption au domicile et la met en garde à vue pour meurtre d’une femme : Beatrice Lancier. Débutent alors, l’attente, les doutes, les questionnements pour ses proches : Josette la mère, Nathalie la sœur, Anais treize ans et Florian six ans, les deux enfants, et enfin, Marc le mari.
Ce sont ces cinq personnages que nous suivons tout au long du roman.
Le livre est composé de chapitres courts concernant chaque membre de la famille, de 2001 à 2023 et notamment le journal d’Anais. L’auteur livre les sentiments engendrés par cette incarcération. Laure Manel montre la souffrance et l’évolution des sentiments au fil de l’affaire et centre son œuvre, plus particulièrement, sur les conséquences de l’incarcération, sur l’entourage plutôt que sur la détenue.
,Ce roman nous amène, sur fond d’enquête au cœur d’un drame familial sur une longue période. Il ne laisse pas indifférent et nous captive au fil des pages. Laure Manel nous fait partager ainsi la vie quotidienne, les répercussions, les réactions, les ressentis des cinq personnages aux cheminements émotionnels et affectifs différents.
L’analyse des liens entretenus avec la détenue et des étapes psychologiques après le choc de la révélation, est décrite avec précision, délicatesse et finesse et nous suscite des réflexions : Comment réagirions nous si quelqu’un de proche était accusé d’un fait aussi grave ? Quelles seraient nos réactions ? Connaissons nous vraiment l’autre ? Quels liens tissés après un tel drame ? Peut-on surmonter l’impardonnable.
Le pardon est- il possible ?
SYLVAIN PATTIEU : Une vie qui se cabre (Ed Flammarion – 344 pages)
Ce roman relate des évènements fictifs à partir d’un fait historique : en avril 1946 la loi Lamine Gueye, défendue par ce député socialiste de Dakar, attribuait la citoyenneté française à tous les ressortissants de l’empire. L’auteur laisse ainsi planer une autre alternative à notre véritable histoire. Il imagine qu’elle a été véritablement appliquée et nous conte à partir du destin d’une jeune femme, Marie des Anges, une époque de bouleversement et de troubles.
Maryse Condé, professeur, encourage Marie des Ange à quitter Dakar avec son bébé, et à rejoindre la « petite France »  pour faire des études à l’école normale d’Aix-en-Provence. Elle fait très vite connaissance d’une bande de jeunes d’origine diverse, qui comme elle, sont engagés en faveur de l’Union française dans un contexte d’enjeux coloniaux, de courants de pensée qui s’affrontent.
L’auteur prend appui sur des personnages et des évènements réels qu’il transforme et nous fait vivre un climat social et politique imaginé avec, dans le même temps, la vie quotidienne et amoureuse d’une jeune noire, Marie des  Anges, laquelle oscille entre une relation avec Kathy, une américaine et Ange, bandit corse, aux opinions contraires aux siennes.
Ce roman est intéressant car il interpelle notre passé.
L’écriture est concise et riche et prouve les qualités d’écrivain de Sylvain Pattieu et les faits historiques documentés nous rappellent que l’auteur est aussi historien.

Francis HUSTER : Deux pigeons et… Molière !

Deux artistes ringards, Michel Leeb et Francis Huster…
Rassurez-vous, c’est « pour de rire » car ils sont tous les eux réunis par Michel qui a signé la pièce « Les pigeons » qu’ils ont emmenée dans toute la France, dans des salles pleines et dont la dernière se passait … A Toulon, au Palais Neptune !
Il était temps que je rejoigne mon ami Francis pour en parler et parler aussi de ses toujours multiples projets car ce comédien polychrone a toujours deux fers au feu. Et là, c’est pire !
C’est confortablement installés sur le divan du décor que le volubile Francis, me raconte la pièce et me parle de ses multiples projets… pour plusieurs années !
Marié avec son art, il passe du théâtre au cinéma ou à la télé avec une soif de jouer, de créer, soif incessante et il me le prouve encore une fois.


« D’abord, parlons de cette pièce, Francis…
Je termine donc ce soir à Toulon. C’est la dernière après 250 représentations. Nous avons fait une tournée incroyable avec des salles de 1200/1400 places, pleines partout en France, en Belgique, en Suisse et tu vas voir ce soir le public qui marche à fond la caisse. En première partie, on voit deux comédiens ringards qui viennent passer un casting pour un film. Arrive la metteuse en scène (Chloé Lambert) puis un quatrième comédien (Philippe Dieu) l’auteur de la pièce et là tout explose, c’est l’hystérie… C’est la première pièce de Michel qui jouera à la rentrée la nouvelle pièce de Philippe Claudel avec qui il avait joué la précédente pièce avec Pierre Arditi.
Comment es-tu venu à cette pièce ?
Je dois dire qu’au départ j’ai fait cette pièce en remplacement de Pierre Arditi pour qui il avait écrit la pièce. Mais Pierre avait déjà acté pour une autre pièce de Samuel Benchetrit avec Muriel Robin. Michel m’a appelé, fait lire la pièce et m’a proposé d’en faire une captation. On l’a faite, le producteur Pascal Legros a demandé à Jean-Louis Benoit de mettre en scène. A la captation on s’est rendu compte qu’on pouvait en faire quelque chose de différent. On l’a affichée au Théâtre des Nouveautés, ça a marché, on est parti en tournée et la dernière représentation sera pour Ramatuelle le 10 août.
Quel effet ça te fait de jouer un artiste ringard, toi qui a toujours autant de succès ? C’est un rôle de composition ?
(Il rit) Je vais aller plus loin que toi : C’est un rôle de… décomposition ! En fait il y a un double rôle puisque dans la première partie on est censé être Michel Leeb et Francis Huster en train de jouer mais personne ne le sait. Tu le découvres dans la seconde partie. Les deux comédiens ont foutu le camp et ce sont les personnages avec le metteur en scène… Mais je ne t’en dis pas plus.
Ce qui m’a surtout plu, c’est que c’est que je prépare quelque chose de tellement grave, lourd pour une série télé, qu’avant j’avais besoin de respirer un peu. Ça n’était pas prévu. Je préparais cette série incroyable depuis des années, décalée à cause du Covid et comme alors j’étais libre, j’ai dit : « pourquoi pas ? »

Besoin de respirer ? Toi ? Voilà une chose incroyable !
Je suis, comme tout le monde, tellement effondré par ce qui se passe partout dans le monde que j’ai le sentiment, qu’il faut absolument qu’on continue notre métier, soit avec des sujets forts, ou bien il faut faire oublier aux gens les drames qui se passent en les faisant rire. On ne peut pas être entre les deux.
Alors, ce gros projet ?
Je ne peux pas vraiment en parler mais ce que je peux te dire, c’est que c’est pour TF1 où je ne suis plus revenu depuis ma mort dans la série « Ici tout commence ». J’y étais venu pour booster le départ de la série mais ça ne pouvait être pour moi que trois mois de tournage parce que j’avais d’autres choses. Du coup ce grand retour sur TF1 sera tourné début 2025.
Et entretemps ?
Depuis quelques mois, des projets se sont accumulés. Un film qui sera tourné cet été au moment des Jeux Olympiques avec un célébrissime metteur en scène… dont je ne peux encore parler. Quant au théâtre… J’ai six projets !
 ???????
Trois projets concernant Molière, Shakespeare, Fellini où je serai seuil en scène avec un pianiste. Les trois autres projets sont, une nouvelle version de « Témoin à charge » d’Agatha Christie, qui s’intitulera « Meurtre sans assassin ». Cette œuvre est tombée dans le domaine public Je l’ai réécrite à ma façon. Le cinquième, une grande pièce de Jean Giraudoux « La guerre de Troie n’aura pas lieu », nouvelle version que j’avais déjà adaptée bien après Jouvet et que je projetterai au XXIème siècle. La sixième pièce, la plus délicate, c’est le premier acte  d’un grand classique que je proposerai de cinq fois différentes.

Pourquoi ?
Pour montrer au public, aux jeunes, qu’on peut vraiment se permettre – et c’est la vérité du théâtre – de considérer que la pièce, le texte, n’appartiennent plus à l’auteur. On ne peut pas envisager qu’il y ait une seule façon de l’interpréter.
De quelle pièce tu partiras ?
De « Don Juan » ou du « Misanthrope ». La pièce sera jouée de cinq façons différentes par les trois mêmes comédiens.
Et pour rester sur Molière, depuis quatre siècles, il est monté à 99% par des hommes qui ont tous détourné l’œuvre de Molière. Jamais à l’école on ne nous a dit que tous ses héros sont des ordures. Ça veut dire que depuis quatre siècles les metteurs en scène ont fait de ces hommes des héros. Mais dans toutes les pièces, toutes les femmes résistent, combattent font le dénouement de la pièce, dénoncent et réussissent. Toutes les servantes gueulent, résistent, au risque de tous les châtiments. Maintenant qu’il y a des metteurs en scène femmes, toute l’œuvre de Molière va changer.
Si aujourd’hui tu prenais un Molière et que tu le projettes dans ces pays de dictature, qu’est-ce qu’on lui ferait ? Il faut qu’aujourd’hui les jeunes sachent qu’il faut monter Molière comme ça.
Mais dans combien de temps comptes-tu réaliser tous ces projets ?
Dans les deux ans à venir, trois par an, en fonction de mes tournages de cette série exceptionnelle dont je t’ai parlé. Car il y a cinq mois de tournage.

Où en es-tu de ton combat pour faire entrer Molière au Panthéon ?
Il y entrera, il n’y a aucun problème. Sur le vote qu’on a réalisé au Figaro, sur 77.000 votants, 77% de pour… Ce qui est fou c’est que 400 ans après, on ne sait pas ce qu’est un acteur. On considère que quiconque a de la mémoire peut être acteur. Aucun acteur n’est au Panthéon, alors que des gens comme Gabin, Marais, Barrault, Vilar, Jouvet, qui ont fait la guerre, qui ont risqué leur vie, ne méritent-ils pas d’être au Panthéon. Ils ont fait la gloire du répertoire français.
Pour aller plus loin, on peut compter les comédiens qui ont une rue. Certains ont une ruelle. Il n’y a pas de place Gérard Philipe, à Avignon il n’y a pas de place Jean Vilar alors que c’est lui qui en a fait ce qu’est la ville. La rue Molière à Paris est une rue cachée près de l’Opéra parce qu’il y habitait alors qu’elle devrait être devant la Comédie Française. Tu as vu le square Guitry à Paris, la place Raimu à Toulon ? Incroyable.
On considère qu’être acteur est du divertissement.
Mais ne t’en fais pas… Il y aura une rue Mbappé !!! »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Le festival de Ramatuelle a 40 ans !


A-t-il 40 ans ou est-il dans la 40ème année ?
C’est la question que se posait en riant son directeur artistique Michel Boujenah, car il est né en août 1985, créé par Jacqueline Franjou et Jean-Claude Brialy.
Essayez d’y réfléchir !
Mais, trêve de billevesées, aurait dit ma grand-mère, du 29 juillet au 12 août ce sera la fête dans ces gradins recouverts de coussins rouges… qui, chaque soir, se retrouveront sur la scène, jetés aux artistes pour leur montrer la satisfaction des spectateurs ! C’est une tradition qui était née spontanément et qu’essaya en vain d’interdire Jean-Claude suite à quelques petits accidents, certains spectateurs ayant la main lourde pour viser l’artiste !
Bref, les coussins voleront encore, et si cela ne se faisait pas, les artistes eux-mêmes se poseraient la question de savoir s’ils avaient plu ou pas !
Lors du repas de presse de cette saison, Jacqueline revint à l’historique de ce festival qui fut créé en quelque six mois, après que le maire d’alors, Albert Raphaël, eut trouvé un lieu où naquit ce beau théâtre.
Fidèle au poste, lorsque Jean-Claude disparut, la question ne fut pas : « On arrête ? » mais, « Qui prendra la suite ? ». Et ce fut Michel Boujenah qui, fidèle à son créateur, en garda la substantifique moelle tout en y apportant sa patte, entre autre celle d’ouvrir la porte à des humoristes.


Avec Jean-Sébastien Vialatte
Avec Jean-Claude Brialy
Avec Michel Boujenah

Ainsi se continue la tradition, théâtre-musique qui nous apporte chaque été une gerbe de spectacles aussi éclectiques que passionnants.
Jacqueline, qui adore la musique classique, y a, depuis quelques années, ajouté un avant-goût du festival avec trois dates consacrées à cette musique, avec des artistes de haut niveau, « Les nuits classiques », concoctées avec Jean-Michel Dhuez.
A noter que, dans le cadre de « La vague classique », autre festival qui se déroule à Six-Fours entre la Maison du Cygne, la Maison du Patrimoine et le Collégiale, son maire, Jean-Sébastien Vialatte offre, depuis l’an dernier, la sublime Villa Simone à Jacqueline  pour une exposition disséminée dans ce beau lieu. Cette année, elle a choisi un thème élégant puisqu’on y découvrira des photos issues des studios iconiques Harcourt, qui ont photographié le monde artistique international.
L’expo aura lieu du 6 juillet au 15 septembre.
Mais fermons la parenthèse pour vous présenter le programme du festival de Ramatuelle 2024.
JB

 29 juillet : Le Pianiste aux 50 doigts. Pascal Amoyel, héritier spirituel de György Cziffra, offre un spectacle mêlant répertoire classique, piano préparé, et scie musicale, plongeant le public dans la vie du légendaire pianiste hongrois.
30 juillet : Classico Broadway. L’Orchestre de l’Opéra de Toulon, dirigé par Larry Blank, présente une soirée dédiée à la comédie musicale, avec les talents de Jasmine Roy, Margaux Poguet, Sinan Bertrand, et Guillaume Andrieux.
31 juillet : La clôture des Nuits classiques avec la présence exceptionnelle de Roberto Alagna, accompagné du pianiste Yvan Cassar, promet une soirée d’émotion avec une sélection d’airs d’opéra et de mélodies italiennes.
1er août : CHRISTOPHE MAE, Carnet de Voyage. Christophe Maé nous embarque dans un voyage musical aux rythmes solaires et inspirations africaines.
2 août : UNE IDÉE GENIALE. Une comédie hilarante de Sébastien Castro, sur les quiproquos d’un sosie inattendu.
3 août : POIRET SERRAULT – Extraits extra. François Berléand et Nicolas Briançon rendent hommage au duo mythique du théâtre français à travers une série de sketchs irrésistibles et actuels.
4 août : SIMONE VEIL, Les combats d’une effrontée. Cristiana Réali incarne Simone Veil dans une adaptation émouvante et contemporaine de « Une Vie », explorant les combats politiques de cette femme exceptionnelle. Une exposition de photos, qui l’ont accompagnée dans son entrée au Panthéon, seront exposés à Ramatuelle.
5 août : VIDEO CLUB. Yvan Attal et Noémie Lvovsky se confrontent à la transparence totale dans une comédie surprenante de Sébastien Thiéry.
6 août : LE JOUR DU KIWI. Arthur Jugnot, Florence Pernel, et Elsa Rozenknop présentent une comédie surprenante où un simple yaourt peut changer une vie, mise en scène par Gérard Jugnot.

7 août : BUNGALOW 21. Emmanuelle et Mathilde Seigner incarnent Simone Signoret et Marilyn Monroe dans une histoire d’amour, d’orgueil, d’adultère, et de pardon.
8 août : CHERS PARENTS. Une comédie irrésistible d’Emmanuel et Armelle Patron, explorant les liens familiaux et les faux semblants.
9 août : SANDRINE SARROCHE. Un spectacle d’humour féminin et engagé, précédé d’un hommage à Raymond Devos avec la participation de François-Xavier Demaison, Michel Boujenah, et Nicole Ferroni.
10 août : LES PIGEONS. Michel Leeb et Francis Huster partagent rires et émotions dans une comédie sur l’amitié et la rivalité entre deux acteurs de second plan.
11 août : MC SOLAAR. Figure emblématique du rap français, il nous offre une performance exceptionnelle avec son style poétique et ludique.
12 août : MICHEL BOUJENAH, « Adieu les Magnifiques »

Festival de Ramatuelle 2024
Michel BOUJENAH : « Encore une fois »


Le festival de Ramatuelle fêtera cette année ses 40 ans.
Michel Boujenah fêtera, lui, ses 17 ans en tant que directeur artistique du festival, prenant la suite de son créateur Jean-Claude Brialy.
Et comme à chaque année, avec sa présidente Jacqueline Franjou, nos deux amis nos réunissent dans un lieu magnifique, au bord de la mer et au soleil de préférence, pour nous annoncer le programme.
Cette année c’était sur la plage de Tahiti ou mer et soleil était de connivence, un peu chahutés par un vent rafraichissant qui ne nous a pas gênés pour prendre l’apéro, tellement bien au soleil que Michel a failli y rester pour faire la sieste !
Nous étions donc au bar du soleil, reçu par le bien méridional Bernard Silhol avec qui j’ai souvent fait la fête avec notre amie commune Nicole Croisille.
Michel, il faut le dire, était un peu exténué par sa tournée avec « L’avare » de Molière puis l’autre tournée, suite et fin des « Magnifiques » et bien sûr l’organisation du festival qui se déroulera du 29 juillet au 12 août.
Mais c’est devant une glace au citron, abrités du vent, sous le soleil exactement, que nous avons fait notre petit point traditionnel avec l’ami Boujenah.


« Alors Michel, 40 ans… Ça se fête ?
On continue à espérer que la vie continue, qu’on continue à vivre le rêve. Évidemment, c’est une date importante mais ce qui m’importe, c’est que chaque année lorsque j’arrive ici, je me dis « C’est incroyable, encore un an, encore une fois ! » C’est la chanson de Céline Dion qui dit ça. Encore une fois, avant la fin. Je trouve ça très joli et c’est vraiment mon sentiment.
Par exemple, lorsque je joue sur scène, avant d’entrer je me dis « Encore une fois, c’est la dernière fois ». Et lorsque je sors de scène je me dis : « Bon, je l’ai fait encore une fois ». Il y a quelque chose à la fois d’éphémère et d’éternel et ce festival ressemble à ça, parce que c’est de l’art vivant, du spectacle vivant.
Mais 40 ans, c’est quand même important ?
Mais il faut que chaque année soit le 40ème… Ou le premier ! Je n’ai pas dans ma tête une attitude différente que ce soit le 40ème ou le 39ème, je m’en fous, en fait. Ce que je veux c’est que ça soit, que ça existe parce que c’est une belle aventure. Ce festival est une belle histoire. Dans le passé on a pu penser qu’un jour il pourrait s’arrêter. Il y a une phrase de Chaplin qui disait, lorsqu’on lui demandait s’il avait le trac : « Je déteste ce métier, je déteste aussi la vue du sang et pourtant il coule dans mes veines ». Cette phrase est magnifique.
Bon, chez toi, il coule dans tes veines sans problème !
Bien sûr, ce métier coule dans mes veines et ce festival aussi alors qu’au départ ça n’allait pas du tout. Au départ, c’était une greffe et ça fait 17 ans que ça dure… Déjà ! Ça passe à une vitesse incroyable et je suis très content de participer à la pérennité de cette histoire. C’est très important pour moi.
J’adore jouer, évidemment mais j’adore aussi cette idée du partage. C’est quelque chose d’incroyable.


Avec Jacqueline, vous êtes les deux têtes pensantes. Comment ça se passe ?
C’est collégial chacun a ses idées, ses envies, j’ai même des copains qui  me disent « Vas voir ça, c’est génial ». Jacqueline ou moi nous allons « voir ça » ! Il y a des années où l’un en voit plus que d’autres. Cette année j’ai beaucoup été en tournée, alors Jacqueline va voir un spectacle puis on en parle ensemble. On se connaît suffisamment pour savoir ce qu’on aime ou pas,  ce qu’on prendra ou pas. Par exemple le spectacle Simone Veil par Christiana Réali, il y a deux, trois ans je l’avais vu. Nous avions été nommés au Molière tous les deux et je la voulais. Puis il y a des choses que l’on découvre.
Et tu arrives à récupérer les spectacles que tu aimes ?
J’ai toujours le choix de le proposer. Déjà, si on ne le demande pas, on ne l’aura pas, c’est certain. Il y a ceux qu’on ne peut pas avoir, comme Johnny Hallyday qu’on n’a pas pu faire venir car c’étaient des spectacles trop énormes pour le lieu. Et puis il y a de belles surprises comme la fois où ma fille et moi sommes à un spectacle. Elle voit Christophe Maé dans la salle. Elle me dit « Vas lui demander, qu’est-ce que tu risques ? ». Je vais le voir et c’est lui qui me dit : « Je voudrais venir à Ramatuelle ! »
Il y a beaucoup de gens qui veulent y venir… Et y revenir !
Les artistes qui y sont venus une fois en parlent à d’autres artistes. Ca fait boule de neige parce qu’il y a une magie qui opère autour du festival.
Pour revenir au 40ème, il y a peu de festivals aujourd’hui qui tiennent le coup !
Oui et ça prouve une chose : c’est qu’après tant d’années, le festival est vivant. Et moi, ce qui m’intéresse, c’est le cinquantième, le soixantième, c’est tous ces festivals à venir pour que Ramatuelle soit éternel, après Jacqueline et moi quand nous n’y serons plus. Il faut qu’il perdure au-delà de nous.
Quelle a été ta réaction lorsqu’on te l’a proposé ?
Au départ j’ai dit non ! « Vous êtes fous, allez chercher quelqu’un d’autre » !
Tu le sais, je suis un méditerranéen et à partir du mois de juin je ne veux plus travailler !
C’était mal parti !!!
Tu peux le dire mais là, à partir de pas longtemps, j’arrête !

Il faut quand même préparer le festival !
D’accord mais je suis en vacances dans pas longtemps, c’est important pour moi, surtout que l’an dernier je n’ai pas eu de vacances. J’ai fait le film de Lelouch puis j’ai enchaîné avec « Les Magnifiques ». Du coup, cette année, pêche, sieste, re-pèche, re-sieste……
Revenons donc aux « Magnifiques… C’est vraiment terminé ?
Oui, c’est le dernier volet d’un tryptique. A un moment donné, il faut savoir s’arrêter. Je n’ai pas envie de continuer en jouant mal, en n’ayant plus la force. Là j’ai encore la force de bien jouer et ce qui m’a intéressé c’était d’affronter cette nouvelle génération car il y a un tel décalage entre « Les magnifiques » et les petits enfants qui parlent le langage d’aujourd’hui, que ce soit grave, cool, ouf, chelou… Ils sont complètement en décalage avec leurs petits-enfants, comment veux-tu qu’ils comprennent ça ?
C’était en fait intéressant car cette version m’a permis de parler d’aujourd’hui. Le thème du spectacle est toujours le même car on ne peut pas savoir où l’on va si on ne sait pas d’où l’on vient.
Alors, ça se termine quand ?
Dans six mois après cette tournée dans toute la France, avec arrêt à Ramatuelle le 12 août.
Et après ?
Dans l’immédiat, je travaille la prochaine pièce d’Ivan Calbérac qu’on jouera dans un peu plus d’un an, et d’ici quelque temps j’aimerais m’attaquer à « Georges Dandin » de Molière. Mais avant je vais faire l’adaptation des « Magnifiques » au cinéma.
Une suite ?
Non… Un testament ! (Rires)… C’est Yvan Attal qui m’a suggéré de les faire au cinéma. J’ai beaucoup reculé d’abord mais si je fais ça, ce sera ma manière de m’en séparer définitivement mais de ne pas les tuer. Je mettrai le film en scène mais pour la première fois je jouerai dans un de mes films. Je travaille sur le scénario. Et l’année prochaine je viendrai à Ramatuelle avec la pièce de Calbérac. Et ce sera en ouverture car je déteste jouer en clôture.

Retrouvailles avec Jacqueline Franjou
Retrouvailles avec Bernard Sllhol

Pourtant, cette année…
Oui mais je n’aime pas car les spectateurs se tapent Boujenah tous les soirs et ils terminent avec moi ! J’espère qu’ils ne m’enverront pas des tomates !!! »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafont
(Voir programme du festival 24)

Lumières du Sud : Nicolas PABAN
De Toulon à Toulon


« La rivière des Amoureux » est une histoire, enfin, une histoire, un document un peu fiction, une fiction un peu documentaire, en fait, un OVNI difficile à identifier justement mais qui a ces qualités d’être à la fois, surréaliste, poétique, un peu déjanté mais surtout plein d’humanité. Et il fallait tout cela pour qu’un film dans un quartier toulonnais pas vraiment glamour, devienne par la caméra magique de Nicolas Paban, Toulonnais vrai de vrai, un film qui surprend, qui fait rire, qui émeut, qui enchante.
Quelle belle idée Pascale Parodi, directrice de l’association « Lumières du Sud », d’avoir réinvité Nicolas car nous l’avons déjà rencontré et à chaque fois c’est une heureuse surprise.
Bien évidemment, comme chaque spectacle scolaire de fin d’année, nombre de participants et de leur famille avaient rempli le théâtre Daudet !

« Nicolas, Toulonnais pur jus !
Oui, j’y suis né et j’y ai toujours vécu.
Le cinéma est arrivé comment dans ta vie ?
Depuis aussi longtemps que je me souvienne… Tout petit j’étais déjà fasciné par les caméras, j’ai toujours adoré aller au cinéma. Je m’y suis mis un peu tard, à un moment de ma vie où je me suis dit que si j’avais envie de faire du cinéma… Je n’avais qu’à en faire !
J’ai commencé avec mes propres moyens et avec peu de connaissances au départ et j’ai appris peu à peu, sur le tas.
Tu as fait une école ?
Non et je n’ai jamais quitté Toulon, je n’ai pas fait d’école, j’ai fait du cinéma tout à fait en autodidacte. Film après film, j’ai appris de mes erreurs, j’ai continué à écrire, à tourner, peu à peu mes films ont été pris dans des festivals, j’ai commencé à avoir des prix et je n’ai jamais arrêté, pour mon propre plaisir.
Tu en es à combien de courts-métrages ?
C’est difficile de les compter, j’en ai fait beaucoup, plus d’une vingtaine je pense.
Alors, comment te débrouilles-tu pour trouver des techniciens, des comédiens et bien sûr, de l’argent ?
Tout dépend du film, là, en l’occurrence pour « La rivière des amoureux », c’est un lieu culturel « Le Volatil » qui m’a proposé de faire un film sur le quartier dans lequel ils sont, c’est donc une demande particulière, sinon, à chaque fois que je fais un film, je monte une équipe, que ce soit pour les techniciens ou les comédiens. Ce ne sont pas toujours les mêmes personnes, tout dépend de la disponibilité des gens, du hasard de mes rencontres aussi…
Mais il n’y en a pas pléthore sur Toulon ?
Détrompes-toi ! Il y a des tas de techniciens professionnels et amateurs qui ont envie de faire des films…

Il y a beaucoup de compagnies théâtrales et de comédiens amateurs, c’est là que tu vas les chercher ?
Eh bien non, ce sont souvent des gens de mon entourage. Moi-même je faisais partie d’une compagnie de théâtre, « Toutim » qui n’existe plus mais j’avais autour de moi des gens qui étaient comédiens et c’était facile pour moi d’en trouver. D’ailleurs ce sont souvent les comédiens eux-mêmes qui m’inspirent des personnages…
Ce qui implique que tu écris les scénarios ?
Oui, la plupart du temps mais je peux aussi parfois les coécrire, Ça m’est arrivé d’écrire à deux et même une fois à trois.
Ce doit être un peu compliqué, non ?
Oui, parfois mais à deux ça marche bien. Il faut seulement bien s’entendre et avoir un peu le même univers. Notamment avec Guillaume Levil , qui est venu à « Lumières du Sud » et que tu as interviewé d’ailleurs, et avec qui j’ai écrit plusieurs scénarios.
Il est Niçois. Comment l’as-tu connu ?
Dans un festival. Les festivals sont des lieux très importants pour nous car on y fait beaucoup de rencontres. On s’est donc croisé plusieurs fois, chacun aimait ce que faisait l’autre et l’on est devenu amis. On se voit de temps en temps, on s’appelle, on fait des allers-retours par mails… On fait du ping-pong ! On écrit ensemble, il n’y a pas de règle, ça dépend du désir, de l’idée de l’un ou de l’autre, on s’adapte, chacun y apporte sa patte.
As-tu pensé à faire un long-métrage ?
Oui, bien sûr. J’ai des idées, je suis justement en train de coécrire un long-métrage mais on ne peut pas l’autofinancer, il faut beaucoup de temps pour tout : trouver de l’argent, donc, passer par le cursus normal et ça demande un sacré boulot, il faut faire des dossiers, des notes d’intention, plein d’autres choses… Alors je joue le jeu mais pendant ce temps je ne fais pas de films. Tout est très chronophage mais bon, j’aime ça, donc je dois passer par là. Pour l’instant, je suis dans une bonne dynamique, donc, je fonce.

Revenons à « La rivière des amoureux »
« Le Volatil » est un collectif auquel j’appartiens. Il s’y fait tous les ans un festival de musique, danse, théâtre. Je me suis investi et Romain Berthier, qui en est le directeur artistique, m’a proposé de faire un film avec les gens du quartier Aguillon. J’aime bien ce genre de défi. On a déposé des prospectus dans les boîtes aux lettres expliquant ce qu’on voulait faire et qu’on recherchait des participants pour aider au tournage. On a eu une trentaine de réponses, on a monté une équipe et on a réalisé le film en une semaine au début juillet. Et on a fait l’ouverture au festival « Crash et décollage » qui a lieu le dernier week-end d’août. Ça a été un long travail durant tout le mois de juillet mais la projection en plein air a été un moment magique.
Donc ce film va partir dans les festivals ?
Ça a déjà débuté par le festival itinérant « Les Nuits Med », organisé par Alix Ferrari, qui se passe entre Toulon et la Corse. Puis, il y a deux semaines, il est allé aux 42èmes rencontres de Cabestany, près de Perpignan. J’avais peur qu’en dehors de Toulon il n’intéresse pas grand monde… Et il a eu le prix du jury présidé par Bernard Menez !
Donc, ça démarre bien !
Oui, d’autant qu’un film sur un quartier de Toulon, on ne sait pas si ça va plaire ailleurs. Mais il y a un très bon retour du public, donc ça augure de belles choses.
Et maintenant… Que vas-tu faire ?
Je termine un court-métrage, une comédie noire qui s’appelle : « Autres : précisez ». Il est en cours de montage et je suis en train de chercher les financements pour un film  que j’ai coécrit et que je vais coréaliser avec Guillaume Levil. Le titre c’est « Moi » et il faut beaucoup d’argent… Enfin, l’argent qu’il faut !
Mais sans ça, il se fera quand même ! »

Une partie de l’équipe avec Nicolas et Pascale

Jacques Brachet

La Valette – Théâtre Marélios
Bruno PUTZULU, magnifique rital


Bruno, c’est un coup de cœur de 20 ans…
Une rencontre faite autour du livre : lui signant son hommage à Philippe Noiret, moi signant mon hommage à Jean-Claude Brialy.
Côte à côte, ce furent deux jours de rires et de bonne humeur. Depuis, on s’appelle, on se « maile » et on se voit dès qu’il est dans les parages. Et les derniers parages étaient le Théâtre Marélios à la Valette, grâce à Anthony Verchère qui l’accueillait dans sa salle pour « Les ritals » d’après le livre autobiographique de  Cavanna, qu’il a  adapté et qu’il emmène sur les routes depuis plus de trois ans en compagnie de son frère qui signe la mise en scène et de son accordéoniste Aurélien Noël, un génie de cet instrument qui enveloppe les mots de Bruno.
Cette histoire en fait, François, Francesco alias Bruno, il le dit lui-même, ce n’est pas celle des ritals mais de son père, donc du père de Cavanna.
Bruno, durant une heure et demi, se démène, mouille sa chemise , c’est un euphémisme puisqu’il ressort vraiment trempé après nous avoir conté l’histoire de ce petit italo-français, ni vraiment italien, ni vraiment français mais qui cherche sa place entouré de parents aimants, lui tout aussi aimant de ses parents. Bruno devient ce petit garçon magnifique, à la fois tendre et révolté, drôle et émouvant mais toujours prêt à foncer pour réussir sa vie, vivant la vie difficile de ce couple qui lutte au jour le jour avec obstination.
On est très vite pris par l’histoire de ce gamin qui nous fait rire et pleurer et qui est magistralement interprété par l’ami Bruno.


Depuis des mois il est sur les routes avec cette belle histoire et, passionné  et perfectionniste comme il est, il répète chaque soir la pièce entière avant de la jouer devant le public. Bravo l’artiste. Et bravo l’ami que je revois toujours avec joie, comme un petit frère retrouvé.« Depuis quand joues-tu cette pièce, Bruno ?
Depuis 2018, avec l’arrêt forcément à cause du Covid. On en est à 230 représentations !
Pas trop fatigué ?
Non, pas du tout et heureusement car j’en ai encore jusqu’à 2025.
Mais en plus, tu joues une autre pièce ?
Oui, c’est « La lettre ». En fait, je suis associé à la Scène Nationale de Belfort où  Eléonora Rossi, la directrice nous a donné les moyens de créer cette pièce. Nous sommes partis en résidence à Belfort, mon frère Mario a écrit le texte et a fait la mise en scène. Il y a cinq comédiens sur scène. On a déjà donné quelques représentations, nous jouerons à Paris et l’on partira avec en tournée en 2025.
Dès que tu termines cette pièce ?
Non, non… On fera les deux en alternance !
Tu m’étonneras toujours ! Alors parle-moi de cette lettre…
Dans la pièce, le père meurt. La mère veut donner ses vêtements à son fils, qu’il refuse d’abord car il ne se sent pas de porter les affaires de son père. Mais il voit que ça la rend triste et finit par accepter une veste. Rentré chez lui, il trouve une lettre dans la doublure de la veste qui lui annonce qu’il a un frère en Sardaigne. Il va partir pour retrouver ce frère et en même temps sur les traces de son père. Ça se passe donc entre la France et la Sardaigne.

Encore l’Italie !
Eh oui, ça s’appelle d’ailleurs « La lettre d’Italie ». On a changé le titre.
On t’a vu il y a quelque temps dans la série « Ici tout commence » et depuis ?
Je suis très pris par le théâtre mais j’ai un projet de film avec Laurent Vinas-Raymond « Paul emploie » qu’on aurait dû faire en mars mais qui est reporté, la comédienne Emilie Dequenne étant souffrante. Ça devrait se tourner dans la Loire, à Saint-Etienne avec aussi Philippe Torreton, Bernard Lecoq, Fred Testot, Olivier Marchal.
Et la musique ?
Depuis mon album « Drôle de monde » je n’ai rien fait. Avec le théâtre je n’ai pas le temps de faire des concerts. Se consacrer complètement sur une tournée chanson, je n’en ai pas le temps, avec le théâtre c’est difficile. Mais j’aime surtout faire des albums studio…
Et passer à autre chose !
Oui, j’aime mieux jouer. Du coup, pour l’instant j’ai mis la chanson de côté. Je me contente de chanter Tino Rossi dans « Les ritals » !!!
Mais j’ai d’autres projets. Je vais commencer le festival « Culturissimo »…
Qu’est-ce que c’est ?
Ce sont des lectures organisées par les centres Leclerc qui invitent des comédiens comme moi, Pierre Arditi , Philippe Torreton. Ce sont des tournées à travers la France et en Outremer.
Dans les centres Leclerc ?
Non, dans des lieux divers, comme les églises, des médiathèques, les musées, le Frac et l’entrée est gratuite pour tout le monde.
C’est toi qui choisis les textes ?
Non, on m’a proposé de lire « Son odeur après la pluie » de Cédric Sapin-Defour. C’est une histoire d’amour entre un chien et son maître. Jusqu’au jour où son chien meurt.
Et puis je dois venir jouer à Toulon mais je n’ai pas encore de précisions ».

En tous cas, on pourra le retrouver aussi le 5 octobre à la Londe les Maures pour donner une autre lecture : » Le sillage de la baleine » de Francesco Coloane.
Evidemment on sera là !
Et voilà notre ex comédien de la Comédie Française reparti sur les routes de France avec ses ritals qui parlent du père et de l’Italie dont il est un peu issu… Quelque part, même s’il est né à Toutainville !

Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Jérôme ANTHONY… Un avenir radieux au théâtre !

Jérôme Anthony est une boule d’énergie, de gentillesse, de simplicité.
Depuis des années, il voyage de radios en télévisions de RTL à TF1 en passant par M6, Fun Radio, W9 pour animer des shows, les émissions les plus diverses de « La France a un incroyable talent » à « Pékin Express » en passant par « Nouvelle Star » à « Tous en cuisine » ou « Le meilleur pâtissier » et j’en passe, avec une incursion au cinéma (« On va s’aimer » d’Ivan Calbérac) , la télévision (« Meurtre à Nancy » d’où il est natif), l’écriture (« L’âge d’or des variétés ») et la chanson qui a été sa passion, avec un CD « Ma plus belle chanson ». La scène, il connaît pour avoir présenté nombre de spectacles, pour faire des concerts mais aujourd’hui, il ouvre une autre porte : celle du théâtre avec cette pièce désopilante d’Elodie Wallace « Un avenir radieux » où il partage la scène avec Géraldine Lapalus, Nicolas Vitiello, Marie-Laure Descoureaux et Roman Fleury qui remplace Manu Rui Silva.
Une pièce totalement déjantée où Arthur Leroy (Jérôme Anthony) vit entre son boulot d’entrepreneur, son pognon, sa femme et sa maîtresse. Et voilà que la voyante- amie de sa femme, Esmeralda vient lui annoncer que tout va s’effondrer. Ce qu’il ne croit pas.
Et pourtant…

Et pourtant…
Toute une série de gags, de quiproquos, de situations burlesques, avec à chacune un public qui croule de rire, Nicolas Vitiello en voyante est irrésistible et l’ami Jérôme se débrouille comme un chef.
Justement, Roman arrive ce soir-là au Théâtre Galli de Sanary. C’est sa première et les comédiens sont autour de lui pour répéter. Ce qui a failli mettre ma rencontre en péril avec Jérôme Anthony, avec qui nous avions conversé à Marseille lors d’une fête du livre et plus longuement à Juan les Pins où il présentait un spectacle. Mais la rencontre se fait quand même et je retrouve mon Jérôme toujours aussi volubile et charmant qui a décidé de profité de l’air de Sanary pour faire l’interview devant le théâtre.

« Jérôme, enfin comédien !
Oui, on me proposait des pièces depuis longtemps mai j’avoue que d’abord, je suis un peu fainéant, pas très courageux, je n’avais pas l’impression d’avoir assez de mémoire pour ça mais on m’a encouragé, convaincu, on m’a sorti de cette idée que je ne pourrais pas y arriver, du coup j’y suis allé et j’ai l’impression d’avoir 12 ans. Je suis comme un gamin, j’adore, c’est un plaisir, une bouffée d’oxygène…
Le trac ?
Pas tant que ça, car j’ai été assez bien géré. J’ai eu trois semaines de répétitions. Je ne l’ai pas vu venir en fait et pour moi c’est plus une excitation qu’un trac. Mais il paraît que le trac vient avec le talent… Alors j’ai bon espoir !
Le choix de cette pièce ?
Lorsque je l’ai lue, je l’ai trouvée très drôle et surtout, le plus important pour moi c’est que c’était de me retrouver avec une équipe très sympathique car nous faisons beaucoup de dates, nous sommes tout le temps ensemble et ce serait difficile si l’on ne s’entendait pas. Je fais beaucoup de tournées chansons avec mes musiciens, je présente « Les années 80 », j’ai l’habitude de vivre en équipe. Et là je suis avec une très chouette équipe, un bon producteur, un bon metteur en scène, Olivier Macé. Je suis dans une adéquation qui me convient parfaitement.
Vous avez débuté dans la radio très jeune… 14 ans !
Lorsque j’étais gamin, lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire, je disais acteur et chanteur. En fait, il y a peu de temps, je me suis rendu compte que, comme j’ai grandi avec les émissions des Carpentier, j’avais envie d’être le protagoniste de ces émissions-là, divertir les gens, jouer, chanter, présenter. Je me suis nourri de cette culture de la télé, de l’animation, du divertissement,  mais aussi des émissions comme « Au théâtre ce soir ».


Mais ce sont des émissions « de vieux » de mon âge !!!
(Il rit) J’ai 55 ans et j’ai grandi quand même avec ça ! Avec cette culture du divertissement élégant. Aujourd’hui on n’est plus dans ce délire mais je me suis nourri de ça. Donc pour faire du théâtre c’était une grosse envie car j’ai toujours eu beaucoup d’admiration  pour ceux qui en faisaient. C’est pour ça que j’ai hésité car je ne voulais pas être en dessous de ces gens que j’admirais. Le fameux problème du syndrome de l’imposteur.
Originaire de Nancy, c’est vrai que j’ai commencé très tôt A cette époque là-bas il y avait un artiste qui émergeait, Charlélie Couture. Son producteur démarrait une radio, et il m’a dit « Si tu as de la tchatche, du temps, une cagette de disques, la porte est ouverte » C’est comme ça que tout a démarré, en faisant des chroniques de cinéma avec mon œil de gosse.
Et après ?
Après il y a eu l’arrivée des réseaux radio. J’ai été débauché sur NRJ, là, j’ai appris une nouvelle manière d’animer puis tout s’est enchaîné, les radios, la télé. J’ai eu beaucoup de chance, j’ai rencontré des gens et je suis toujours surpris de voir comment les choses sont arrivées car je suis plutôt d’un naturel timide et réservé et les choses se sont plutôt bien passées… J’espère que ça va durer encore un petit peu car j’arrive seulement à l’adolescence !
Et vous avez donc choisi d’aborder le théâtre !
Oui, tout est lié.
Par contre, dès qu’on a abordé ce sujet, j’ai mis une condition : ne pas jouer à Paris, avoir tous mes week-ends de libre et ne pas avoir la pression d’une salle parisienne.
Vous ne jouerez pas à Paris ?
Pour l’instant ça n’est pas prévu et c’est vraiment un souhait de ma part. Je ne fais déjà pas de radio le week-end sur RTL pour la même raison. J’ai envie de partir le week-end, de profiter de la vie.
Du coup, les parisiens ne vous verront pas !
Ben non… Mais ils ne loupent rien… Et moi non plus !
Mais c’est un tel plaisir de se retrouver en tournée, on s’amuse bien, on passe de bons week-ends, on est heureux de jouer. De ville en ville les salles sont pleines…

Peut-être grâce à vous !
Je ne me rends pas compte, à mon avis, je ne suis pas connu tant que ça. Il faut encore travailler ! Je débute… et ça fait trente ans que je débute ! Je fais tout ça avec modestie, je fais mon métier, j’adore le public, je n’ai jamais rien fait pour de l’argent. J’ai toujours été content et fier de faire ce métier, les choses se sont passées comme je l’espérais.
Alors, la chanson ?
Je faisais de la radio à Nancy, l’été j’étais en vacances avec mes parents à Saint-Tropez. Le soir j’allais dans un bar qu’avaient loué les frères Cayatte (Blanc bleu) « Pirate Studio »,  nous allions y chanter. L’un d’eux adorant la chanson, avait fait des bandes orchestres et imprimé les paroles sur un cahier… L’ancêtre du karaoké !
Nous, les jeunes nous allions dans cet endroit et nous chantions. Le temps passe, je me retrouve dans les coulisses de « Sacrée soirée » où ma mère m’avait fait passer pour un journaliste. Là, je rencontre le producteur qui me reconnait de Saint-Tropez et me propose de lui passer une cassette. Quinze jours plus tard je passe comme candidat à « Sacrée soirée » Je gagne une dizaine de fois jusqu’à la fin de la saison et je fais un disque… avec Didier Barbelivien ! Tout de suite après on me propose de faire de la télé… C’est pas de la chance, ça ?
Puis vous avez abandonné ?
Il ne se passait pas alors rien de formidable et ça se passait bien en télé. Il y a trois, quatre ans, je vais voir Michel Drucker que j’adore, sur scène et je me dis alors : « Pourquoi se passer de ça » ? Du coup j’ai décidé de produire un album et de partir en tournée. On fait une quarantaine de dates à l’année.

Cet album ?
Il s’appelle « Ma plus belle chansons » où je reprends dix tubes essentiels de la variété française « Pour le plaisir », « Chez Laurette », « Le chanteur malheureux », réorchestrées en swing avec un big band à la manière de Sacha Distel, classe, on arrive tous en smoking. C’est un spectacle intemporel.
En fait, vous vivez pas mal dans la nostalgie ?
Pas vraiment, mais c’est vrai que j’ai grandi avec tout ça, j’y suis attaché car c’est tout ce que je vivais lorsque j’avais quinze ans. C’est une période où tout est alors permis, tous nos rêves sont encore possibles. C’est pour ça que j’ai un attachement à ces chansons, j’adore la chanson française, ces chansons qui ont un sens, les belles orchestrations. Mais j’aime aussi les chansons d’aujourd’hui. L’un n’empêche pas l’autre.
La suite ?
Toujours la radio que j’adore, la télé quand ça se présente, la chanson et puis… le théâtre, si on veut encore de moi car c’est devenu une vrai passion. Là on termine la tournée mais uns seconde s’annonce et après… On verra ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon