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LE NOUVEAU FILM DE PHILIPPE LIORET... BOULEVERSANT

Lorsqu’un film de Philippe Lioret arrive sur lesécrans, c’est toujours un événement et surtout, on est sûr de ne pas être déçu car ce réalisateur c’est l’énergie, la passion, la lucidité, l’acuité d’une situation, d’un problème et c’est bien sûr le talent sans quoi ses films ne vivraient pas.
Il nous a déjà donné beaucoup d’émotion mais aussi de réflexion avec des films comme « Tombés du ciel », « L’équipier », « Je vais bien, ne t’en fais pas »… Il nous a fait découvrir des artistes dans des rôles surprenants ou inattendus (Kad Mérad magnifique d’émotion dans « Je vais bien, ne t’en fais pas », « Philippe Torreton » admirable de sobriété et de justesse dans « L’équipier »…) et voici que dans « Welcome, il aborde un sujet à la fois très d’actualité et presque tabou et révèle un Vincent Lindon absolument magistral dans ce rôle d’homme veule et blessé qui va devenir un héros malgré lui, poussé par sa tendresse, sa fêlure, son envie de réussir quelque chose…
Simon, maître-nageur, est en train de se noyer dans le ratage de son couple. Survient dans sa vie un jeune clandestin kurde qui veut à tout prix apprendre à nager pour traverser la Manche et retrouver celle qu’il aime… Dans le marasme de sa vie, il va s’attacher à cet ado comme on s’accroche à une bouée et il fera, au péril de sa liberté, tout ce qui est en son possible pour l’aider.
Bilal, le jeune Kurde, est interprété par un merveilleux jeune garçon : Firat Ayverdi et ce face à face est fait de non-dits, d’autant que seule la langue anglaise les relie l’un à l’autre, de regards, de tendresse entre ces deux hommes un peu perdus, l’un dans sa vie de couple, l’autre dans sa situation d’émigré et quelque chose de très fort va se nouer entre eux car chacun a besoin de l’autre. Mais le film va au-delà de cette rencontre et narre un état de fait qui assombrit la France, autrefois terre d’asile et d’accueil, aujourd’hui de plus en plus policée…
Philippe Lioret a un public fidèle, qui le suit de film en film, en particulier à Toulon où il aime venir présenter ses créations. Il était donc là tout naturellement, pour présenter « Welcome » et a amené avec lui le magnifique Vincent Lindon, homme qui semble si fragile, si vulnérable mais homme de convictions qu’il sait défendre avec véhémence…
Un beau moment d’entretien au Pathé de Toulon.
« On a beaucoup parlé de ces Kurdes – nous raconte Philippe Lioret - qui entrent en France pour rejoindre Londres. C’est un sujet aujourd’hui à la fois récurrent, gênant pour le gouvernement, dramatique pour ces hommes de 13 à 25 ans et pour tous ceux qui veulent les aider puisqu’ils tombent sous l’article L6221 qui date de 1945 et qui stipule que toute personne aidant une autre en situation irrégulière est passible d’amendes et de prison…
C’est à dire qu’il vaut mieux laisser mourir les gens plutôt que de les aider !
C’est un drame humain qui ne peut vous laisser indifférent et j’ai eu envie de faire un film autour de ça sans que ce soit politique mais que ça reste avant tout une aventure humaine avec ce sujet en toile de fond. Mais pour en parler, il fallait connaître et vivre cette situation. Nous nous sommes alors immergés, Emmanuel Courcol et moi, dans cette ambiance, à Calais et nous nous sommes rendus compte qu’il se passait là quelque chose de riche en dramaturgie, plus fort encore que ce que nous pouvions imaginer. Nous avons rencontré plein d’hommes qui pouvaient être notre personnage et l’on nous a raconté cette histoire de jeune garçon qui a voulu traverser la Manche et qu’on n’a jamais plus revu… A-t-il réussi ? S’est-il noyé ?
Et en rentrant, nous avons compris que nous tenions le déclencheur du film. La rencontre avec le maître-nageur a été le lien.
Avez-vous eu des difficultés à trouver le rythme du film ?
C’est bien que vous parliez de rythme car dans ce film je pense qu’il y a un mouvement qui a quelque chose de musical. Il faut donner le temps de comprendre cette situation au public sans que ça fasse « documentaire ». il faut qu’il y ait la notion de vérité mais aussi de dramaturgie car c’est une histoire qu’on raconte. Il fallait donc beaucoup de rigueur mais aussi de fluidité pour que l’histoire tienne seule et qu’elle soit assez intensive pour accrocher le spectateur qui va vivre une histoire dans l’Histoire…
Aujourd’hui, la situation stagne, il semble qu’on ne trouve pas de solution. Qu’en pensez-vous, Vincent Lindon ?
Je pense que vous avez raison et je regrette qu’on ne puisse trouver de solution à ce drame. Ou alors, il faut tout changer et nous ne pouvons pas faire grand chose à notre échelle sauf que de nous investir dans ce genre de film, donner quelques mois de notre vie pour essayer de faire passer le message comme pour « Indigène » et le problème des Harkis. C’est pour cela qu’il faut que le film soit vu , qu’il soit un succès, non pas pour nous enrichir et être satisfaits du chiffre d’entrées, mais pour que nous soyons entendus du plus grand nombre. Ce film aujourd’hui nous dépasse mais je me félicite d’avoir fait ça. Ce n’est peut-être qu’une goutte d’eau mais qui peut grandir pour faire avancer les choses. Si déjà, nous donnons à réfléchir et qu’on développe la compassion des gens, ce sera un grand pas. C’est un film plein de vie et d’espoir.
Lorsque vous êtes allé sur place, Philippe Lioret, vous attendiez-vous à cette réalité ?
Je m’y attendais, certes mais lorsqu’on voit le harcèlement, l’acharnement policier sur ces hommes qui essaient de survivre, de sauver leur peau, de rejoindre un membre de leur famille, on ne peut qu’être sonné, bouleversé… Et après vient la colère.
Comment avez-vous trouvé cet admirable jeune comédien qui tient le rôle de Bilal ?
Je l’ai cherché dans toute l’Europe car il fallait qu’il soit jeune, charismatique, qu’il soit réellement Kurde, qu’il sache nager et jouer et parler anglais ! Finalement, nous l’avons trouvé dans une communauté kurde des environs de Paris et il s’est très vite imposé à nous par sa détermination et en plus, il m’a dit après, qu’il pratiquait le water-polo ! On ne pouvait tomber mieux !
Il fallait qu’il soit crédible car c’est un ado qui est à la charnière entre l’enfant et l’homme qu’il devient. Par contre, j’ai dû lui apprendre à « dénager » car il nageait très bien et aucun maître-nageur ne sait apprendre à un nageur à faire semblant de ne pas savoir !
Vincent Lindon, avez-vous dit oui tout de suite à la proposition de Philippe Lioret ?
Je dois vous avouer que j’appréhende toujours de lire un scénario et lorsque Philippe me l’a remis, je devais prendre le train. Je l’ai emporté et ai commencé à le lire. Au bout de 70 pages, je me suis surpris à espérer que ce soit aussi fort jusqu’au bout ! C’est une histoire magistrale qui dit beaucoup de choses et un rôle incroyable…. Du coup, j’ai tout lu d’un trait et avant d’appeler Philippe j’ai appelé trois copains et je leur ai dit : « C’est aussi bien que Zola et c’est une histoire qui se passe en 2009 ! ». Quant à mon rôle il est aussi très fort et tout en nuance : c’est un type déçu par la vie. Il est fragilisé car il a raté sa carrière de nageur, il est en train de divorcer et cette rencontre va lui permettre de se surpasser, de devenir fort et de pouvoir se dire que dans sa vie il y aura eu quelque chose de positif et que rien que pour ça la vie valait d’être vécu.
C’est un film porteur d’espoirs à tous les niveaux…"
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Gérard Normand
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