JACQUES WEBER… UN DILETTANTE QUI TRAVAILLE BEAUCOUP !

A le voir, on pourrait le prendre pour un dilettante.
Il a toujours cet air un peu ailleurs, le regard bleu balayé par une mèche toujours indisciplinée, assis (affalé ?) dans un fauteuil et attendant que le vent se lève genre « Aujourd’hui peut-être »…
Eh bien non, messieurs et dames, sachez que Jacques Weber est un passionné de théâtre et de cinéma, de mots et d’idées, qu’il vit pour ces métiers divers que sont les planches et les caméras. D’ailleurs, pour vous le prouver, sachez que pour l’année 2007 seulement, il a joué dans trois films : « Les ambitieux » de Catherine Corsini, « Odette Toulemonde » d’Eric-Emmanuel Schmidt, et « Intrusions » d’Emmanuel Bourdieu avec Denis Podalydès et Natacha Reignier qui va sortir.
Pour la télé il a tourné « La lance de la destinée », une série hélas pas très réussie qu’on a pu voir en avant-première à la Rochelle (voir article) dont il avoue lui-même qu’il n’a rien compris à l’histoire… Qu’il se rassure… nous non plus !
Bientôt on le verra sur France 3 dans « Le mariage de Figaro » qu’il met aussi en scène, où il retrouve Denis Podalydès et Isabelle Adjani.
Et ce n’est pas fini puisqu’il tourne en France deux pièces de théâtre à la fois : « Cyrano », qu’il a revu et corrigé, qu’on pourra voir au Théâtre du Jeu de Paume d’Aix-en-Provence du 12 au 20 octobre et « Valéry Giscard-d’Estaing – François Mitterrand, débats 1974-1981 » qu’on pourra voir du 13 au 17 mai au Gymnase à Marseille.
Et avec tout ça, le voici de passage au Théâtre Galli de Sanary, non pas pour du théâtre mais pour le tournage d’un court métrage. Un coup de foudre pour cet homme de passion qui veut bien donner un peu de son temps et de son talent pour aider un jeune réalisateur sur un sujet qu’il connaît bien puisque tournant autour du théâtre et de Cyrano. Mais une idée originale puisque, en répétition, Jacques, qui joue son propre rôle, se trouve face à un novice de la mort personnifiée. Celui-ci lui demande conseil pour perfectionner son jeu de comédien.
Arrêt sur image. Rencontre avec l’ami Weber, qui plus est, parrain de feu notre magazine « Evasion Mag » !
« Ce court métrage est né d’une rencontre avec Franck Trapezas qui est scénariste et sanaryen. Je l’ai rencontré dans ce théâtre, il m’a proposé ce court métrage et j’ai dit oui car l’idée était belle et de plus, un court métrage c’est toujours très important puisque c’est là qu’une équipe et un réalisateur font leurs premiers pas, le réalisateur étant Eddy Bénalal et le comédien Philippe Xibéras.
Aujourd’hui, le court métrage, encore plus qu’avant, devient un support à part entière. C’est l’avenir pour un réalisateur, 80 à 90% mettent le pied à l’étrier avec un court métrage et je pense qu’on va voir naître de plus en plus de séances de courts métrages. On a de plus en plus besoin de petites distances même si la longue distance reste aujourd’hui la plus importante.
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Qu’est-ce qui t’a fait dire oui, quand on sait le planning que tu as ?
Le scénario m’a amusé car il tourne autour de ma personne et de Cyrano de façon baroque. Et c’est aussi et surtout la folle gentillesse et la folle insistance qu’il a eu à me le proposer. C’est toujours flatteur ! Tu me connais, avant que je réponde au téléphone et que je dise oui, il faut, disons, un certain temps ! Je ne répondais jamais, j’avais toujours mille choses à faire et puis, devant tant d’insistance, j’ai dit oui. Ce devait être fait dans l’urgence et cela donnait une espèce de fraîcheur due à cette rapidité de tournage. Ce qui m’a également plu, c’est le traitement du sujet où je suis tout en noir, l’autre comédien tout en blanc. Cela m’a fait penser à « All that jazz » où la mort était tout en blanc et Jessica Lange tout en noir… J’avoue que j’aurais préféré Jessica Lange à Philippe Xibéras mais bon, on fait avec ce qu’on vous propose !!!
Et puis, pourquoi ne pas tourner un court métrage ? Ca fait partie de mon métier même si c’est assez compliqué à caser dans un emploi du temps. Mais c’est un grand moment de bonheur.
Et je suis heureux de partager le plateau avec un vrai comédien, talentueux et humble, comme devraient l’être tous les vrais comédiens. J’enrage aujourd’hui de voir cette pépinière de gens « célèbres » venus de la TV prendre la place de vrais comédiens et de faire la une des journaux alors que, pour la plupart, ils sont mauvais. Quand aux vrais jeunes comédiens pétris de talent, on n’en parle pas… Mais bon, c’est un autre problème !
Alors, te revoilà avec Cyrano à la scène comme à l’écran… Tu n’en a pas encore fait le tour ?
Cyrano, c’est un personnage magnifique, l’opposé absolu de la droite libertine. C’est un homme éclairé, l’apothéose de l’amour et de la vie. Aujourd’hui, il est récupéré par tout le monde, flamberge au vent mais c’est vrai que c’est un personnage qui me colle à la peau et même si je fais beaucoup d’autres choses, je suis toujours heureux d’y revenir.
Il faut savoir que, lorsqu’il est tombé dans le domaine public, j’ai été le premier à le jouer, mis en scène par Jérôme Savary.
Lorsqu’il a été tourné avec Depardieu, n’as-tu pas été un peu frustré qu’on ne te propose que le rôle secondaire du Comte de Guiche ?
Il y a toute une histoire autour du film. C’est le producteur Gérard Lebovicci qui m’avait proposé le rôle au cinéma. Le jour où je devais dire oui, il a été assassiné. Le projet s’est donc éteint et lorsqu’il est revenu à la surface, le rôle a été proposé à Gérard Depardieu, ce que je trouve tout à fait normal car c’est pour moi le plus grand comédien du monde. Du coup, Rappeneau n’osait pas me proposer le rôle de de Guiche. Mais j’ai vite dit oui car c’est aussi un personnage magnifique, très contradictoire à chaque acte. Un rôle superbe à jouer parce que tout en nuances. Et de recevoir le César du meilleur acteur dans un second rôle m’a fait un drôle d’effet !
Acteur, réalisateur, metteur en scène, directeur de théâtre…. Où te trouves-tu le mieux ?
J’ai un caractère qui veut que, pour ne pas m’ennuyer il faut que je touche à tout… A force je finirai par ne toucher à rien ! Mais la vie me dit le contraire, et ce qui me reste de ma vie de scout me pousse à animer des équipes et cela me donne des bonheurs inouïs. Diriger Adjani ou Podalydès qui sont d’immenses acteurs, quel plaisir ! J’aime les acteurs, j’aime l’âme humaine et me confronter à des gens comme eux ou me faire diriger par un grand réalisateur, c’est toujours du plaisir. Je n’ai pas envie de me situer dans telle ou telle catégorie. J’agis selon mes envies, je peux être roi et serviteur, le tout est de savoir avec qui et de pouvoir partager. Et surtout rester humble devant tout ça et prendre toujours du plaisir dans les choix que je fais.
Propos recueillis par Jacques Brachet
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