ROCH VOISINE A SANARY
L’HOMME DU PAYS FROID A MIS LA CHALEUR A GALLI !
Par Jacques Brachet

Je me souviens de l’été 90 où Roch Voisine passait aux Arènes de Fréjus en pleine euphorie de son énorme succès « Hélène ». C’était de la folie comme aux grands jours de Clo Clo ou de Johnny. Un monde fou, des grappes de filles hurlantes et moi, qui avais rendez-vous avec la nouvelle idole canadienne, devant faire le parcours du combattant pour aller jusqu’à sa loge, accompagné de gardes du corps suspicieux et entouré de gens qui, toutes les cinq minutes, me demandaient de leur montrer ma carte de presse.
Au bout d’une demi-heure de tergiversations diverses et d’attente, je me retrouvais enfin devant ce nouveau phénomène, beau comme un dieu, d’une sérénité incroyable, qui n’avait pas l’air de se rendre compte de ce qui se passait dehors !
Presque 20 ans plus tard je le retrouve, toujours ce beau sourire carnassier que dément un regard d’une gentillesse extrême, toujours aussi serein et simple. La folie de l’époque n’est plus au rendez-vous mais les fans de la première heure sont toujours assidus.
« Ameriana Tour ». C’est le titre donné à cette tournée française uniquement composée de ses deux derniers albums éponymes qui sont un retour au sources de la country music où il mêle allègrement les deux langues pour nous offrir de grands succès américains qui furent aussi des succès en France comme « Sur la route de Memphis » chanté par Eddy Mitchell, « Salut les amoureux » chanté par Joe Dassin, « Si j’étais un charpentier » chanté par Johnny…
Et puis, pour le plaisir « Let it be me », énorme succès international écrit et créé par Mister Bécaud lui-même sous le titre « Je t’appartiens »…

L'INTERVEW
« Roch Voisine, comment est venue l’idée de ces deux albums ?
J’ai trouvé amusant de mettre en parallèle la culture du Sud des Etats-Unis et celle de la France. C’est une relation qui existe depuis les années 60 alors que la France adaptait déjà des tubes énormes de Presley ou de Dylan et de bien d’autres.
Pourquoi la country ?
D’abord parce que mes origines musicales viennent de là. Du plus loin que je me souvienne, c’est ce que j’ai toujours écouté. De plus, il se trouve qu’aujourd’hui en France il y a une réelle vague country. Alors, autant être précurseur que de prendre le train après les autres !
Ce sont donc d’énormes tubes américains connus en France en version française et aussi, le contraire, avec des succès français adaptés en anglais…
Oui, c’est aussi un clin d’œil que je fais aux Français en reprenant ces chansons et en faisant le chemin inverse. C’est vrai qu’il y a moins de chansons françaises qui ont fait des succès en Amérique, comme « My way » mais je devais bien ça aux Français pour qui je suis « l’Américain qui chante en français » ! De toutes façons, toutes ces chansons font aussi partie de la mémoire collective française.
Comment s’est fait le choix des chansons ?
Tout naturellement en choisissant ceux qui me revenaient à la mémoire, que je fredonnais encore, que j’aimais et avais envie de chanter, en anglais ou en français…
Justement, vous sentez-vous proche des Américains ?
Je suis à la fois Américain et Canadien comme je suis également anglophone et francophone. Mais pour les Français je suis francophone ! Et pour les Américains… je ne suis rien !
Vous ne faites pas une carrière en Amérique ?
Pas du tout ! les Américains ne me connaissent absolument pas ! Et ça ne m’empêche pas de vivre ! En Amérique, n’entre pas qui veut. Il faut beaucoup de patience, beaucoup de concours de circonstance, beaucoup de chance et surtout, il faut y vivre. Et comme je vis au Canada, ça me semble très improbable… Mais pas impossible !
Parlons donc de ce concert que nous allons découvrir ce jeudi 12 novembre au Théâtre Galli de Sanary…
Il est uniquement constitué des chansons de ces deux derniers albums. Je chante en tout 25 chansons.
Vous ne chanterez donc pas vos grands succès ?
Non, pas du tout !
N’avez-vous pas peur de décevoir vos fans ?
J’ai déjà fait une dizaine de concerts avec ce tour et croyez-moi, il n’y a eu jusqu’ici aucune plainte officielle !!!
Je pense qu’il est agréable, de temps en temps, de se retrouver pour une soirée un peu différente, sans obligatoirement chanter les « vieilles chansons » ! J’y reviendrai certainement plus tard !
Vous avez eu plusieurs vies : hockeyeur, animateur TV, comédien puis chanteur. Que gardez-vous de ces « vies antérieures » ?
Pour le hockey, la discipline et par ailleurs, j’ai beaucoup appris aussi bien devant que derrière les caméras. C’est une excellente école et une bonne introduction pour devenir chanteur.
Avez-vous des envies de redevenir comédien ?
Oui, j’aimerais beaucoup faire du cinéma mais jusqu’à maintenant, on ne m’a pas proposé quoi que ce soit.
Savent-ils, dans le milieu cinématographique, que vous avez cette envie ?
Je n’en sais trop rien, je le pense mais peut-être que je ne les intéresse pas… Allez savoir !
Mais bon, tant que je chante, tout va bien ! »

LE CONCERT
Et même… tout va très bien car, alors qu’il arrive sur scène dans le noir, c’est déjà des cris de joie d’une salle pleine où se mêlent jeunes et moins jeunes mais où l’on sent que les fans de la première n’ont pas lâché l’affaire et où leurs enfants ont pris le relais.
Toujours tout de noir vêtu, sobre, classe, souriant et beau, il va, durant « presque » une heure et demi, alterner les succès de ses deux derniers albums en anglais et en français. La voix est toujours là, il est décontracté, communique beaucoup avec le public qu’il fait d’ailleurs venir au devant de la scène au bout d’à peine quelques chansons, au grand dam des plus âgés qui ont choisi les meilleures places… mais ne voient que des fesses se dandinant !
Entre nous, c’est vrai, il aurait pu attendre un peu avant de donner le feu vert.
C’est ce qui fait qu’au bout de vingt minutes tout le monde se retrouve debout, râlant mais tapant des mains et se dandinant aussi !
Il nous entraîne dans nos souvenirs de jeunesse car tout ce qu’il chante a été tube, succès, anglais ou repris par des chanteurs français. Un spectacle bien dosé avec beaucoup de rythme, beaucoup de charme et des musiciens aux physiques atypiques, aux noms bien de chez lui mais au top niveau et faisant corps avec lui.
Une belle soirée country où ne manquaient que les Stetson et le feu de bois !
La salle a fait totalement corps avec Roch mais en a demandé un peu plus après son au-revoir au bout d’à peine une heure et quart… Heureusement il est – un peu – revenu et a terminé dans la folie avant de s’enfuir comme un voleur, à la déception des fans qui l’attendaient dehors en se gelant !
Mais le Canadien a réchauffé les cœurs avec ce concert intimiste et musclé ! |