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MARIE-CHRISTINE KEMP : Entre les vignes… Entre les mots…
Elle FETE CETTE ANNEE LE XXème anniversaire
DU FESTIVAL LE THEÂTRE DANS LA VIGNE
AVEC SON COMEDIEN-MASCOTTE : MICHEL GALABRU

« Le Voyage de Monsieur Perrichon » d’Eugène Labiche. Mise en scène de Jean Galabru avec Nadine Capri, Jean Galabru, Emmanuelle Galabru.
Lundi 20 juillet au château Marguillière de Brignoles
Mercredi 22 juillet au château de Berne à Lorgues
Vendredi 24 juillet au Domaine de Frégate de St Cyr-sur-Mer
20h30 : Accueil et dégustation des vins du domaine.
21h30 : Présentation théâtrale.
23h30 : Souper provençal préparé par les chefs varois : Max Callegari (Le Logis du Guetteur, les arcs) – Gilbert Masse (Les Pignatelles, la Motte) – Alain Ryon (Le Lingousto, Cuers)
Tel : 04.94.43.27.02 – 06.71.70.63.88

Belle, blonde, pétulante, le regard infiniment blond, cette comédienne est devenue vigneronne par amour. Quittées les brumes de Paris… Il y a le ciel, le soleil, la mer…. Et les vignes !
Et c’est une belle histoire que celle de son désormais fameux THEÂTRE DANS LA VIGNE :
« Je n’ai pas reçu le soleil en héritage : pendant longtemps les marronniers du jardin du Luxembourg, transformant mon décor parisien par la grâce d’un costume variant à chaque saison, ont contenté mon désir de nature !
Et puis j’ai découvert cet arrière-pays varois, aux collines et garrigues encore (presque !) désertes ; ce Midi tout en lumières, en parfums et en stridences lancinantes, concerts offert par une multitude de cigales invisibles et où, comme pour mieux prendre la mesure du rythme, après un hoquet de sa gorge de vieille pierre, la fontaine du village laisse en suspens quelques instants sa phrase d’eau… et surtout, j’ai découvert cette ondoyante mer verte, cette marée végétale montant à l’assaut des restanques où se love tendrement entre deux vallons : la vigne.
C’est dans ce pays que j’ai choisi de vivre… et j’ai aussi choisi d’en vivre en devenant vigneronne et en abandonnant Paris, ses théâtres et ses ors !
Mais mon amour de la Comédie n’était pas pour autant mort en moi…
Et alors ?!
Alors, conciliant mes deux passions, le Théâtre et le Vin, j’ai tout naturellement imaginé de vous proposer de belles soirées théâtrales qui vous entraîneraient à la découverte des grands domaines viticoles varois.
Et c’est en plantant chaque année ses tréteaux dans des lieux inattendus, que « Le Théâtre dans la vigne » a réussi son pari audacieux de réunir, sous le même charme d’une longue nuit d’été méridionale, les amateurs de vins de Provence et les amoureux des beaux textes du répertoire…
Voilà ce que j’écrivais il y a 10 ans déjà, pour expliquer ma découverte et ma passion pour l’arrière-pays varois dans lequel je venais de planter mes nouvelles racines et mes nouvelles vignes…
Mais tu connaissais déjà cette région ?
Oui et ce serait taire 30 années de ma vie pendant lesquelles le Var avait déjà les couleurs de tous mes rêves car son littoral était la récompense d’une année d’attente : nous y passions, en famille, deux mois d’été, de lumineuses vacances !!!
En effet, dès que ma mère fut lassée de nous traîner en ciré sous le crachin normand, sous prétexte que l’eau iodée était recommandée aux jeunes enfants, à partir de l’âge de dix ans nous descendions tous les étés (une longue équipée alors : une nuit en train bleu ou deux journées en voiture sur la N7) mais quel émerveillement à l’arrivée !
Tout était surprenant sur ce rivage varois : le sable doux et chaud, la mer si bleue, si calme, les palmiers et les pins… En 30 ans de fréquentation, ma vie est jalonnée de repères varois : mes premiers exploits en ski nautique, mes premiers flirts, mes premières glaces chez Sénéquier à St Tropez, les petites robes en vichy chez Vachon… Plus tard, enceinte sur la plage de Pampelonne et plus tard encore, les premiers pas de mon fils sur le sable, l’inauguration des Caves du Roy et un mémorable plongeon dans la piscine du Byblos, les premiers seins nus à la Voile Rouge, la création de Port Grimaud…
C’est un peu l’historique de St Tropez que retracent mes souvenirs mais c’était encore le St Tropez de Colette et sa Treille-Muscate, qui avait attiré ma mère sur ces rivages… et non le côté « bling, bling » d’aujourd’hui !
Tu ne t’y es pourtant pas installée ?
Non. Devenus vigneronne, je me suis réfugiée pendant 20 ans au milieu de nos vignes et de nos oliviers, à l’ombre tutélaire du Grand Bessillon et me revoilà près de ces rives varoises, à l’écart de l’agitation, protégée par ces premières collines si sauvages du Massif des Maures… et par quelques arpents de vignes que nous n’avons pas résisté au désir de planter à nouveau.
« Passe encore de bâtir mais planter, à cet âge ! » me dira-t-on… Mais c’est pour mes petits-enfants qui à leur tour, découvrent aux vacances les tuiles roses sous la lumière, les ruelles fraîches sous les porches sombres de mon village varois haut perché… A moins qu’ils ne retrouvent comme leur grand mère, à 55 ans de distance, l’éblouissement de la grande baie blonde et bleue de Pampelonne !!! »

MICHEL GALABRU EN FAMILLE

Galabru, je l’ai déjà plusieurs fois rencontré et il n’y a pas plus bonhomme que lui. Il aime parler, raconter, rigoler et ne se fait jamais prier. A chacune de nos rencontres, il y a la gentillesse, la simplicité, l‘humour, la bonhomie et à chaque fois, les retrouvailles sont chaleureuses.
Galabru, c’est l’un de nos comédiens indéracinables. L’un des plu connus, des plus aimés du public qui ne e trompe jamais. Il a tourné dans un nombre incalculable de films, des meilleurs et des pires. Et pourtant, il en rigole car il a d’abord été formé à la Comédie Française, ce qui, en principe, ne donne pas beaucoup de comédiens ringards !
« Mais oui, j’ai été formé, durant sept ans au théâtre on ne peut plus classique de la Comédie Française. Beau chemin pour le cancre que j’étais et qui ne rêvait que de football ! Mais la nécessité profonde de pouvoir cabotiner a fait que je me suis attelé très tôt aux textes classiques. C’est ma culture à moi… Et voyez où ça me mène ! Mais c’est une petite culture dont je ne me lasse pas car c’est ce qui me plait le plus dans ce métier. C’est mon plaisir que de jouer de temps en temps un grand texte classique : Molière, Goldoni, Feydeau… Le reste du temps, il faut vivre, alors j’accepte des vaudevilles au théâtre et au cinéma, même une panouille de trois jours de tournage… C’est pour ça que j’ai une filmographie énorme mais si l’on enlève tous les petits rôles et les simples passages, il ne reste plus grand chose ! »
A côté de cela, il ne rougit pas de sa carrière, il ne renie rien de ce qu’il a fait même s’il est le premier à se critiquer.
« Je ne crache pas dessus tout ça, d’abord parce que ça m’a permis de vivre dignement de mon métier et que j’ai un public fidèle, comme Scotto et Mozart ont le leur. Au fait, si Scotto pouvait écrire du Mozart, pensez-vous que Mozart aurait pu écrire du Scotto ? Pensée à méditer « 
Et le voilà, partant de ce grand rire tonitruant qui le fait reconnaître entre mille.
Il redevient un peu sérieux :
« Je pense quand même que les auteurs classiques éclairent les hommes de leur génie. C’est pour cela que j’aime autant les jouer et aussi les mettre en scène car aujourd’hui, neuf metteurs en scène sur dix sont des comédiens ratés qui croient pouvoir réécrire Molière en le montant façon Brecht… C’est le mal du siècle. Aussi, même si c’est imparfait, je préfère mettre en scène comme je l’entends. La dictature m’a toujours souverainement emmerdé ! »
Dans sa façon de s’exprimer, l’on sent que le théâtre reste pour lui le premier amour. C’est un homme de théâtre, un homme de contact qui, on le voit, aime avoir un public devant lui. Le cinéma le frustre un peu et de plus, tourner n’est pas ce qu’il aime le plus :
« C’est vrai, j’ai souvent fait du cinéma pour l’argent qu’il me rapportait, hormis quelques rares fois où j’avais vraiment envie de tourner le sujet qu’on me proposait. Mais rester trois heures sur une jambe pour dire trois mots et se disputer un fauteuil – car il n’y en a jamais assez pour tout le monde ! – avouez que c’est peu réjouissant. J’aime le cinéma d’auteur mais on ne m’en propose que très, très rarement. Si j’avais eu du talent, j’aurais aimé écrire des histoires.
Mais vous écrivez !
Oui, je gribouille quelques souvenirs mais hormis ce petit plaisir, je n’ai pas plus de temps que de talent. J’ai déjà beaucoup de mal à apprendre mes textes et souvent, j’en ai deux ou trois en même temps… Alors, ce n’est pas demain la veille que j’écrirai !»
Il a, depuis pourtant, commis quelques jolis livres qu’il écrit comme il parle et Dieu sait s’il a de beaux souvenirs avec tous les gens qu’il a côtoyés, comme Guitry ou Pagnol à qui il a consacré des livres. A propos de Pagnol, il l’a joué souvent, bien sûr et bien sûr, on l’a comparé à Raimu. Il en rigole encore !
« Raimu, il n’y en a qu’un, il n’y en aura pas d’autres. Mais, mon pauvre ami, on découvre un nouveau Raimu tous les jours comme on découvrait une nouvelle Réjane. Et si en plus, vous jouez « La femme du boulanger », alors là, je ne vous dis pas l’imagination des gens du métier et… des journalistes, excusez-moi ! Pourquoi vouloir toujours trouver des comparaisons ? Chacun a son talent, sa personnalité. Fernandel, Bourvil étaient uniques. Il n’y aura pas de nouveau Fernandel, de nouveau Bourvil… Et j’espère qu’il n’y aura pas de nouveau Galabru !!! »
Dans son genre aussi, il est unique et on peut l’apprécier d’autant plus que, depuis une bonne décennie, on lui propose des rôles à la mesure de son talent et on le retrouve très souvent à Ramatuelle ou dans ce fameux « Théâtre dans la Vigne », pour nous offrir un beau grand texte et une magistrale interprétation. Il fut un superbe « Bourgeois gentilhomme » dans les vignes de Marie-Christine Kemp, plus tard il y joua Goldoni et il a en plus adoré ça car, comme Perrin, il se retrouvait de tréteaux en tréteaux, comme au temps de Molière. Et retrouver chaque soir le public est pour lui quelque chose de formidable, de fondamental à son métier de saltimbanque.
« Etre devant un public c’est à la fois jubilatoire et éprouvant car vous vivez avec la peur : peur de mal jouer et surtout, de perdre la mémoire et ça peut devenir une psychose. Etre comédien de théâtre c’est faire chaque jour le parcours du combattant, le terrain est miné sous chaque mot. Vous dites 800 vers et vous sautez sur le 801ème ! Il y a aussi la peur de ne plus travailler, de ne plus voir les propositions arriver. Peur que le public ne veuille plus de vous car il n’y a rien de plus fluctuant et infidèle que le public. Il suffit d’un mauvais rôle pour qu’il ne veuille plus de vous. Il y a tout à coup des ondes qui font que, tout à coup, il ne se mobilise plus pour vous ou qu’il vous rejète alors que n’êtes ni meilleur ni plus mauvais qu’avant, qu’on n’a pas dit plus de conneries que la veille ! Alors, il faut faire avec et travailler beaucoup… Même si, quelquefois, c’est difficile à croire ! »
Qui pourrait croire, en voyant cet homme jovial qui n’arrête pas de gronder, de parler et rire fort, de raconter des histoires, que, dessous la carapace se cache un homme inquiet ?!

Jacques Brachet

© 2008 Evasion Mag