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VICTOIRES DE LA MUSIQUE 2OO7

Les Victoires de la Musique 2007 ont suscité beaucoup de frustration dans toute la profession. En effet, tous ceux qui n’appartiennent pas à la nébuleuse Universal ont une fois de plus cette année le sentiment qu’un « complot » a aidé le souverain producteur français à faire gagner la majorité des artistes signés par la firme…
Si nous faisons d’abord le constat télévisuel, nous dirons que l‘émission n’a jamais, au fil des ans, trouvé son public. C’est que l’amateur de show musical télévisé n’y trouve pas ce qu’il vient y chercher : trop de bla-bla, de chichis, de consensus et pas assez de live…
Pour ce qui est de l’œil du professionnel sur la cérémonie, le constat est clair : « L’hégémonie actuelle d’un seul producteur (Universal, qui a raflé les 2/3 des prix) ne correspond en rien à la variété, la chaleur, l’enthousiasme, la créativité, la richesse de la production française. » dixit Michel Lambot et Kenny Gates de PIAS. Trop c’est trop ! La France musicale ne veut plus suivre « l’ordre unique » ! Et on la comprend… Le vrai fautif dans tout çà, le seul responsable ? Le piratage bien sûr ! C’est le mal absolu, celui qui fait que les grandes maisons de disque (Universal en tête) ne font plus d’aussi larges bénéfices qu’au temps merveilleux de l’âge d’or du CD, les années 90…
Et oui, Messieurs les puissants, le monde bouge, le temps passe et la musique ne cesse d’être libre ! Libre de s’échanger, de passer d’une oreille à l’autre, libre de ne pas forcément aller au plus offrant, libre de ses droits et libre de se laisser dompter par tous les nouveaux moyens de lecture mis au service des mélomanes de tous âges !
Alors, quand Monsieur Pascal Negre ose l’ultimatum « Attention, si nous mettons la clef sous la porte, c’est toute la profession qui y perdra des plumes ! » je me dis que le futur chaos de l’industrie du disque est peut-être plus proche qu’on ne le croit, mais je veux croire plutôt qu’il s’agit d’un mal pour un bien et je me prends même à l’espérer…
Quoi qu’il advienne, la variété, la chaleur, l’enthousiasme, la créativité, la richesse de la production française musicale trouveront toujours (j’en suis intimement persuadé) à s’exprimer sur de multiples supports et sur les innombrables scènes françaises. Jamais l’auditeur, l’admirateur, le « client » potentiel ne sera frustré d’un manque de liberté et de diversité musicale, et les artistes continueront à gagner leur vie…
Si je puis terminer, ce qui manque fondamentalement à la cérémonie des Victoires de la Musique, ce n’est pas tant de changer les règles pour satisfaire l’ensemble de la profession, c’est un vent de liberté, une étincelle de joie que les artistes devraient allumer et transmettre à tous, comme un lien inter-générationnel, un lien de vie qui anime la musique et ne l’a jamais vraiment quittée, un lien qui fait briller les yeux et le cœur des spectateurs en quête d’émotion.
Les artistes ne sont pas des vaches à lait et les spectateurs des porte-monnaie !
Tant qu’on ne sortira pas de ce constat purement commercial et avilissant, l’industrie du disque n’aura qu’à compter les jours qui lui restent à vivre. Et quand viendra la fin, je ne verserai pas de larme !

Emmanuel Rastouil
© 2005 Evasion Mag