VERDI : LA FORCE D'UN DESTIN
Cannes à l'heure du « Requiem de Verdi » !

Une oeuvre forte, une création mondiale de Paolo Miccichè d'après la fresque de Michel Ange, un spectacle impressionnant où effets visuels et sonores se sont mêlés sur scène afin d'accorder au Requiem de Verdi toute sa dimension. L'ensemble est à la fois grandiose et surprenant, magnifique et angoissant, universel et intemporel. Le Choeur philharmonique de Nice et le Choeur de l'opéra de Toulon Provence Méditerranée placés sous la direction de Giulio Magnanini et les chanteurs Michèle Capalbo, Laura Brioli, Carlo Cigni, Niclas Ottermann ont offert au public des moments d'une grâce inoubliable. Les chœurs représentent une centaine de personnes, presque une foule, déjà le genre humain est à l'honneur; sur le devant de la scène au début du spectacle, ils sont ensuite en retrait et leurs ombres apparaissent derrière la toile fine sur laquelle défilent les fresques du Jugement Dernier de la Chapelle Sixtine.L 'angoisse se lit sur les visages de la fresque qui parcourent la toile en surimpression ; ils sont souvent déformés par la douleur et la peur. La sérénité quant à elle, est reflétée sur le visage du Maître Verdi sur son lit de mort lorsqu'il apparaît à un certain moment ; la peur de l'homme devant la mort est bien pire que la mort elle-même.Tel est le message envoyé par la musique et les images. En revanche, le Requiem où, tour tour à tour, chanteurs et chœur livrent leur performance avec talent ne résonne pas tristement. Au contraire, une impression de vitalité se dégage ; l'humain est mis au premier plan, il y a la mort, certes, la souffrance mais la vie est là, le chœur en témoigne. Ces grands ensembles vocaux, chers à Verdi, témoignent de la douleur de vivre mais, au final, de la vie tout simplement.Il s'agit de nous, chanteurs, spectateurs, ce n'est pas un hasard si, à la fin, des visages d'une foule contemporaine sont montrés : nous retournons dans notre présent. Cette foule dans un décor urbain qui s'avance lentement semble happée par le monde ambiant, la souffrance, la douleur d'être se lit sur tous les visages puis c'est le retour à la lumière, aux chants qui s'élèvent en un seul chœur: on célèbre l'humain, création de Dieu. Le Dies Irae s'élève, puissant, invincible et les propos du metteur en scène sur son choix artistique prennent tout leur sens: « l' œuvre de Michel-Ange ….., est certainement l'association visuelle la plus évidente et la plus réussie. Le rythme de ses compositions, la présence plastique de ses corps, la puissance de ces statues, nous rappellent les dynamiques musicales de Verdi qui ne sont pas employées seulement pour leur valeur musicale, mais aussi pour l'effet physique que leur écoute produit sur notre perception. »
Ce n' est pas le public du Grand Palais qui démentira ce choix; cette superproduction a reçu un accueil des plus enthousiastes avec de longs applaudissements bien mérités par la superbe prestation des interprètes.
I.Giulietti |