FRANCIS VEBER ENTRE NOUS

De « La chèvre » à « L’emmerdeur » en passant par « Les fugitifs », « Les compères », « Le placard » sans oublier l’aujourd’hui mythique « Dîner de cons », Francis Veber ne s’est pas contenté de remplir les salles de théâtre et de cinéma de France… et plus car affinités mais surtout de nous faire rire avec finesse, avec élégance, avec un humour pétillant, léger, intelligent… ce qui n’est pas toujours le cas chez « les faiseurs de rire » !
C’est pourtant un homme secret, discret et surtout un éternel angoissé, ce que nous révèlent ses souvenirs dans ce beau livre paru chez Robert Laffont : « Que ça reste en nous », où il mêle avec talent, tendresse et émotion, humour et coups de griffes.
C’est donc « entre nous » que je l’ai rencontré à la Fête du Livre de Toulon et que je vous livre… ce qui reste pour vous !
Vous qui faites rire la France entière et plus loin encore, vous semblez être un anxieux, quelqu’un qui doute toujours et passe son temps à se poser des questions…
Je crois que c’est inhérent à tout humoriste. Nous devons avoir une anxiété génétique alors, nous prenons le contre-pied.
Quelqu’un a dit : « L’humour est la politesse du désespoir ». Ca ne se dément jamais !
Vous avez écrit nombre de scénarios, de dialogues, vous n’avez jamais écrit de roman. Pourquoi ?
Parce que j’ai toujours été pris et j’ai toujours enchaîné pièces de théâtre et films et que je n’ai jamais eu le temps. Je me souviens, il y a de cela déjà vingt ans, j’ai signé un contrat chez Robert Laffont en vue d’écrire un roman. J’étais tellement pris que j’ai fini par rembourser l’avance qui m’avait été donnée. L’éditeur n’avait jamais vu ça !
Qui vous empêchait d’arrêter théâtre ou cinéma ?
La vie, tout simplement. Je devais faire vivre une famille alors, comme ça marchait très bien, j’enchaînais les propositions. J’avais beaucoup de demandes… situation de facilité aussi, je pense !
Là, vous prenez la plume pour raconter – comme dirait Aznavour – votre vie, vos amis, vos amours, vos emmerdes…
C’était justement un moyen de m’arrêter, de souffler un peu. Je passais mon temps dans l’action et il est arrivé un moment où j’ai su qu’il me fallait un certain temps de méditation pour réfléchir et me poser la question : Qu’est-ce qui m’est arrivé durant toutes ces années ?
J’ai gravi les marches petit à petit, j’en ai descendu quelquefois mais je n’avais jamais pris le temps de me poser, de faire le point sur ma trajectoire, les choses drôles, tristes dont ma vie était faite…
Vous racontez avec un talent consommé et beaucoup d’humour et de dérision parfois.
C’est du self défense contre les difficultés de la vie ! Je crois que si l’on veut avancer, il faut savoir rire, sinon de tout mais de beaucoup de choses afin de désamorcer les moments difficiles. Ce n’est pas toujours facile mais c’est, du moins pour moi, la seule défense contre les difficultés de la vie.

L’humour, vous avez quand même ça dans le sang, vous ne vous forcez pas !
C’est vrai certainement car il y a eu beaucoup de romanciers et d’humoristes dans la famille comme le plus célèbre : Tristan Bernard ou Pierre Veber qui a écrit une centaine de vaudevilles. Finalement, celui qui a le moins bien réussi, c’est mon père. Et il en a beaucoup souffert.
C’est pour cela qu’il ne voulait pas que vous preniez cette voie ?
Exactement. Il avait raté son coup et il ne voulait pas que cela m’arrive. Alors, il m’a fait faire des études qui m’ont été parfaitement inutiles !
Mais comme ça n’entrait pas dans son optique, j’écrivais en cachette avec, je l’avoue, une petite culpabilité quelquefois ! C’est à 30 ans que j’ai décidé d’en faire mon métier.
Parlons de ce qui est devenu un phénomène social : ce fameux « Dîner de cons ». Vous attendiez-vous à un tel engouement du public, aussi bien de théâtre que de cinéma ?
Bien sûr que non ! Jamais on ne peut imaginer l’échec ou le succès, encore moins un succès aussi phénoménal ! Aujourd’hui le film est un classique et la pièce est entrée au répertoire et ne cessera jamais d’être jouée. Et ça, c’est un énorme plaisir, une grande satisfaction.
Mais succès ou échec, je n’ai aucun regret.
Aujourd’hui, où va votre préférence, théâtre, cinéma, écriture ?
J’aime tout faire car chaque discipline est différente et j’aime bien alterner. Ce sont d’ailleurs tous des métiers de création, ce n’est pas toujours simple, chacun apporte ses joies, ses peines… Je dirai que le cinéma est un peu plus fatigant physiquement car c’est plus long et Gabin disait d’ailleurs : « Au cinéma, l’important est d’avoir une chaise ! »
Vous vivez à Paris mais vous venez souvent vous réfugier au Pradet !
Oui, j’y ai élu domicile et j’y viens pour faire le vide, me reposer de tout, recharger les batteries.
J’y ai trouvé une maison par hasard. Je cherchais quelque chose dans le Midi mais surtout pas à St Tropez que je trouve sinistre. C’est mon ami Gilbert Goldschmidt qui m’a parlé de cette maison. Je l’ai prise sans hésiter.
C’est un endroit merveilleux où je passe des vacances sereines.
Le rêve, quoi !
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Evelyne Arnaud |