JEAN-LOUIS TRINTIGNANT :
« Mes projets ? Mourir… Mais le plus tard possible ! »

Jean-Louis Trintignant, du plus loin que je me rappelle, ma première rencontre date du film de mon ami toulonnais Robert Enrico. Il devait tourner « Le secret » avec lui, Noiret et Marlène Jobert en Ardèche… à 4 kilomètres de chez moi (Oui… je suis un ardéchois « cœur fidèle » !).
Robert, que je connaissais grâce à son frère Walter, alors président de l’Office de Tourisme de Toulon, m’y avait invité. J’ai passé une semaine de froid et de charme. Froid de l’hiver avec – chose rare chez moi – de la neige, et charme parce que le duo Noiret-Trintignant était magique, magnifique, l’un, grande gueule et rigolard, l’autre discret mais avec un humour très anglais à tomber par terre.
Je devais retrouver Jean-Louis sur « Boulevard des assassins » de Boramy Tioulong, puis sur « Vivement Dimanche » de Truffaut, deux films tournés à Hyères. Puis nous eûmes de nombreuses rencontres dont une avec Marie « la bien aimée » venant jouer « Les nuits blanches » à la Seyne sur mer.
Bref, nos rencontres furent multiples et il a la gentillesse de s’en souvenir lors de cette ultime rencontre au Festival de Ramatuelle pour le lecture de textes « Le journal de Jules Renard » agrémenté de textes de Jean-Michel Ribes.
Tout démarre mal. Rendez-vous vers 17h mais là encore complications : l’attachée de presse n’a pas l’air au courant alors qu’on s’est eu au téléphone quelques jours avant. Jacqueline Franjou, présidente du festival, qui s’en mêle, n’étant pas au courant non plus, et qui n’est pas franchement cordiale (pourtant elle a signé la préface de mon livre « Jean-Claude Brialy-Ramatuelle : une histoire d’amour » (Ed Carpentier)… Heureusement, Madame Trintignant arrange les choses et, après les répétitions, nous aurons notre interview.
Un grand merci à elle car, avec sa gentillesse, son calme et son amour pour Jean-Louis avec lequel elle est aux petits soins, tout semble devenir très simple… Enfin !
D’ailleurs, durant notre rencontre, Jean-Louis a cette très jolie phrase : « Si elle n’était pas là, je n’y serais pas non plus ! »…
Par ailleurs, nous avons aussi eu quelques problèmes avec les caprices de Clémentine Célarié, qui est pourtant au demeurant, une belle personne très abordable. Mais là, rendez-vous manqué… L’esprit de Ramatuelle serait-il en train de disparaître… Et pas par la faute de Michel Boujenah qui, égal à lui-même, est d’une gentillesse extrême, très réceptif, très accueillant et aussi d’une grande humilité par rapport à la tâche qui lui est incombée !
Bon, n’épiloguons pas et revenons à ce comédien magnifique qu’est Jean-Louis Trintignant, qui m’accueille, lui aussi, avec une grande gentillesse et la simplicité qui va avec les grands comédiens.
« Jules Renard… Pourquoi, Jean-Louis ?
C’est un auteur que j’adore, c’est mon livre de chevet depuis 50 ans. Depuis longtemps, j’ai envie de faire un spectacle autour de son œuvre mais j’ai longtemps hésité car ce n’est pas une pièce de théâtre et ce n’est même pas une œuvre qu’il avait écrite pour être publiée… Quoique… lorsqu’un auteur écrit un journal si bien pensé, si bien écrit, c’est que, dans sa tête, il a une petite idée d’être un jour publié… C’est d’ailleurs ce qui s’est passé après sa mort.
Il faut savoir que c’est tout de même un livre de 1100 pages, paru à la Pléiade et que n’en avons extrait que… 50 pages pour un spectacle de 1h20.
Donc, le choix était difficile mais on s’amuse beaucoup car, très souvent, nous en changeons des extraits. Du coup, nous cafouillons en scène mais comme ce n’est pas vraiment une lecture, nous avons une conduite et si nous nous trompons, nous nous rattrapons toujours et le public est très complice.
Il vous pardonne vos cafouillages ?
Oui et avec le temps, j’ai appris que le public aime ça car cela nous donne une humanité et une complicité plus grande avec lui. Je crois qu’il aime que nous ne soyons pas parfaits !
Il y a aussi une grande complicité entre vous !
Oui, ça fait deux ans que nous jouons ce spectacle, avec quelques pauses, tous les trois : Clémentine Célarié, Manuel Durand et moi et aujourd’hui, avec un quatrième larron : Jean-Louis Bérard qui est… un médecin à la retraite qui a décidé de devenir comédien ! Je dis cela abruptement mais c’est un vieil ami qui, tout en pratiquant son métier, a toujours fait du théâtre en amateur !
La pièce va continuer ?
Oui. Nous allons arrêter la pièce en octobre puis nous la reprendrons car c’est un spectacle qui n’arrête pas de bouger, d’évoluer. Par exemple, j’ai voulu y ajouter de la musique et à certains endroits, nous l’ajoutons au spectacle. Sans compter que nous sommes une équipe de sept personnes qui nous entendons merveilleusement… Et qu’on n’arrive pas à se quitter !
Comment le public appréhende-t-il ce spectacle qui n’est ni banal ni facile ?
Il y adhère complètement et il n’est pas si difficile qu’on peut le croire. C’est vrai, ce sont des mots d’auteurs, c’est très drôle mais c’est vrai, il y a beaucoup d’aphorismes et il faut donc être très vigilant car c’est tellement décalé, parfois, qu’il faut prévoir des blancs pour que le public assimile… Un exemple : « L’oiseau a alors décidé de se jeter par la fenêtre »… Il faut lui laisser le temps de se souvenir qu’un oiseau ne tombe pas… il vole !
Après cette tournée, avez-vous un projet qui vous tienne à cœur ?
Non… A part celui de mourir… et le plus tard possible… Ma femme y veille !!!
Si, je peux vous avouer que depuis deux ans j’ai un projet formidable : adapter pour la scène « les chants de Maldoror » de Lautréamont, avec Denis Lavant. Mais c’est un spectacle confidentiel et difficile et qui n’est pas du tout grand public. Alors je réfléchis à la façon de le monter… et peut-être tout simplement de l’enregistrer.
A ce propos, enregistrerez-vous ce spectacle Renard ?
Je ne crois pas car j’aime qu’un spectacle soit éphémère, reste fragile.. Je ne tiens pas tellement à ce qu’il en reste une trace.
Etes-vous sensible aux critiques ?
Oui… Au bonnes !!! Les autres, je ne veux ni les lire ni en connaître la sortie !!!
Propos recueillis par Jacques Brachet
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Jean-Louis Trintignant - Poèmes à Lou-Alcools
22 poèmes de Guillaume Apollinaire : voir livret
Jean-Louis Trintignant (voix), Daniel Mille (acc), , Grégoire Koniluk (cello)
Enregistré en août 2004 au studio de La Buissonne
Abacaba 02498 25561 (Universal)
Je ne sais si on a déjà fait mieux dans le dire de poèmes mais Jean-Louis Trintignant est parfait. Il devient le texte, il devient le poème, avec sa voix si prenante, ses inflexions, ses silences, l’art de laisser respirer le texte. On entend Apollinaire parler à l’oreille de Lou. Et quelle émotion d’entendre sa fille Marie, sur « Les attentives », avec laquelle il donnait ce spectacle avant sa disparition tragique. Poème sur la mort, dernier adieu peut-être du père à la fille.
Le choix des musiques, des instruments : accordéon et violoncelle, est parfait et colle à la poésie comme l’amour aux humains. Que ce soit les airs de Satie ou les compositions de Daniel Mille, elles sont un écho, un autre versant de l’émotion.
Serge Baudot |