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CANNES - PALAIS DES FESTIVALS
LA TRAVIATA OU LA DOULEUR D'AIMER

Opéra en 3 actes et 4 tableaux de Guiseppe Verdi, créé le 6 Mars 1853 à la Fenice de Venise, cette oeuvre  fait  vibrer les spectateurs depuis 155 ans au gré de ces airs tour à tour si entraînants ou empreints d’une infinie tristesse. Qui n’a pas fredonné un extrait de La Traviata au moins une fois ?
L’interprétation qui en été donnée vendredi 29 Février au Palais des Festivals de Cannes a talentueusement servi ce chef d’œuvre grâce à l’orchestre et au chœur philharmonique de Transylvanie avec la distribution suivante pour les personnages principaux; Ana Valentina Margaras, soprano interprète une Violetta fougueuse et touchante, Stelian Negoescu, ténor, dans le rôle d’Alfredo Germont l’amoureux blessé, l’intraitable père Giorgo Germont est incarné par Camil Mara, baryton.
Citons encore Carmen Topciu, mezzo-soprano (Flora Bervoix et Annina), Marco Borella, ténor ( Visconte de Letorières), Valentin Marele, ténor ( Marchese d’ Obigny), J.L. Serre, baryton ( Barone  Douphol) et Octavian Vlaicu ( Dottore Grenvil). Tous ont offert au public cannois des prestations d’une grande qualité et les longs applaudissements de la salle comble aux  entractes et à la fin du spectacle étaient très enthousiastes ainsi que des plus mérités.
Michel Pierre, le metteur en scène, a opté pour les contrastes et l’utilisation de la lumière va de pair avec la trame de l’histoire; en effet, au fur et à mesure que la vie quitte Violetta, atteinte de tuberculose et que son amour pour Alfredo est menacé, la lumière pénètre de moins en moins dans les intérieurs recréés. Inspiré de « la Dame aux Camélias » d’Alexandre Dumas, l’histoire de la  courtisane  Violetta offre tous les  ingrédients d’un drame déchirant.
Dans l’acte 1, La Traviata– Violetta  évolue au milieu de danseurs dans sa maison où elle divertit ses invités, ce premier tableau évoque un tableau de Renoir où le fondu-enchaîné des robes aux couleurs vives et variées sert de toile de fond à l’amour naissant entre l’héroïne et Alfredo. La force de son amour pour elle entraîne cette dernière à quitter, à l’acte II, les fastes et la superficialité de sa vie parisienne pour préférer un nid d’amour à la campagne pour lequel elle a dû vendre ses bijoux.
Hélas, ceci n’est absolument pas du goût du père d’Alfredo qui ne souhaite pas que la liaison de son fils  compromette son avenir et  souille la réputation de sa sœur.
La voix profonde du  baryton Camil Mara donne toute sa dimension au chantage qu’il livre à la pauvre Violetta qui ne doute pas un seul instant de la mésalliance qu’elle représente pour son cher Alfredo. Dans un suprême sacrifice d’amour et avec des accents douloureux émouvants, elle rédige une lettre de rupture sur les ordres de M. Germont, père. La tragédie est en marche, Violetta est renvoyée à son ancienne vie contre son gré et subit les accès de colère et de mépris de son amoureux éconduit qui n’a pas accepté la lettre de rupture.
Cet acte II évolue au gré des confrontations du triangle « infernal », Alfredo, Giorgo, Violetta dans lequel le père est bien conscient du mal qu’il fait aux amoureux, et toute la passion et la souffrance s’expriment dans les voix sublimes des interprètes ; les cris d’amour, les remords, les douleurs des choix imposée tous s’élèvent dans le chœur et dans les cœurs blessés. La fête parisienne, elle,  bat toujours son plein  au milieu de ce drame et nous offre également des tableaux de joie et de danses populaires avec des airs entraînants dont  Verdi est coutumier. Le festif côtoie le tragique dans un ensemble riche et varié où les robes portées par les dames sont de plus en plus sombres et commencent à faire planer l’ombre de la mort qui ronge le corps de Violetta.
C’est d’ailleurs la mélodie enjouée  d’un chœur que l’on entend monter dans la petite chambre de Violetta  à l’acte III, où elle vit ses derniers instants en compagnie de sa servante Annina, et du docteur ne lui laissant rien ignorer de la gravité de son état.
La Traviata attend désespérément le retour d’Alfredo dont on lui a annoncé la visite par lettre. C’est dans une infinie tristesse que les amoureux s’enlacent à nouveau comprenant que la maladie et le temps ont fait leur œuvre. Mais l’amour triomphe,  plus fort que tout; Alfredo a bien sûr compris le sacrifice de sa bien-aimée et c’est au chevet de La Traviata mourante que M. Germont père manifeste une peine sincère et reconnaît la grandeur d’âme de Violetta  tout en apportant son soutien à son fils, inconsolable.
L’émotion atteint son comble, sur la scène comme dans le public et le pathétique contenu dans ce superbe opéra trouve  là sa plus sublime expression. Violetta est réhabilitée  aux yeux de tous et le public se dit qu’il faut avoir vu un spectacle aussi puissant et aussi enthousiasmant au moins une fois dans sa vie. Surtout qu’il est très emblématique de cette vie elle-même avec ses joies et ses peines, ses souffrances et ses bonheurs inaccessibles. Un grand bravo aux interprètes  inoubliables ainsi qu’au chœur et à l’orchestre de Transylvanie si fidèles à l’esprit de Verdi .

Isabelle G.

© 2008 Evasion Mag