Rencontre à Sanary
CORINNE TOUZET : PROFESSION, COMEDIENNE
C’est une femme ‘honneur qui vient de rendre son tablier !
Et du coup, voici que Corinne Touzet, alias Adjudant chef Florent, se retrouve sur les planches d’un théâtre avec escale au Théâtre Galli de Sanary.
C’est le début de la tournée, la grosse angoisse, la grosse trouille, plein de choses encore à régler et pourtant c’est avec un magnifique sourire et beaucoup de gentillesse et de simplicité que Corinne m’invite à m’asseoir dans la salle, tout juste avant la répétition, pour un joli moment de charme.
« Mobile homme » est une pièce aigre-douce signée de Sylvain Rougerie où Florence (CT) reçoit deux enquêteurs venu chiffrer les dégâts qu’un incendie a fait dans un camping et entre autres, sur le mobil homme de Florence et Pascal avec qui elle partage sa vie. Une vie chaotique avec un comédien-poète et resté un enfant, sans travail et qu’elle materne. Malgré son humour elle commence à avoir besoin de souffler d’autant qu’elle sa mère à charge, sourde, muette et en fauteuil roulant.
Peu à peu, au vu de l’histoire, il apparaît que Florence n’est peut-être pas ce qu’elle paraît être.
La pièce joue sur la comédie et l’émotion, mi-drame, mi-polar. L’idée de départ est bonne mais s’effiloche un peu et l’auteur n’a pas su garder une ligne de conduite, prenant des chemins de traverse où se croisent émotion, farce, intrigue policière, histoire d’amour. Le changement de rythme et de genre est assez perturbant et étrange. Corinne Touzet s’en tire assez bien même si on ne la sent pas encore très à l’aise (C’est la quatrième fois qu’elle joue la pièce). Mais ne gâchons pas notre plaisir de la retrouver « en chair et en os » prouver à certains qu’elle peut agrandir son répertoire.

Ca faisait un bail que vous n’étiez pas remontée sur les planches ?
14 ans exactement ! C’est très long mais c’est très bon… Je suis très heureuse d’y revenir !
Pourquoi alors avoir tant attendu ?
Parce que j’ai enchaîné les tournages et que ce n’est pas un choix forcément facile car il y a les répétitions, trois mois de tournée en province puis Paris si la pièce marche. Il m’était donc difficile, vu la cadence de « Une femme d’honneur » et quelques autres téléfilms, de bloquer un temps aussi long.
Sans compter que cette pièce, Sylvain Rougerie qui en est l’auteur et qui est un ami, me l’a proposée voici trois ans. Nous avons essayé de convaincre des théâtres parisiens mais à chaque fois ça a été un refus. Au bout de tout ce temps nous avons finalement décidé de la monter et de la présenter en province, là où est notre public, celui qui nous aime… Et nous voilà donc en tournée depuis une semaine !
Et dans tout ça, que devient l’adjudant-chef Florent ?
C’est une page tournée définitivement après onze ans de bons et loyaux service ! Nous avons tourné le dernier épisode en juillet et il sera diffusé à la fin de ce mois de février.
Est-ce que ça a été facile ?
Ca a été un gros déchirement. Durant près de deux ans j’ai hésité, j’ai changé d’avis cent fois. Un jour je décidai d’arrêter, le lendemain je continuais. J’ai beaucoup souffert pour prendre cette décision car c’est un personnage que j’affectionne et puis, les comédiens qui m’entourent sont ma famille, de vrais amis que j’ai embarqués avec moi dans cette aventure comme Franck Capillery qui joue Rivière, Pierre-Marie Escourrou qui sont avec moi depuis 1980, Pierre Deny, le capitaine, que j’ai fait aussi venir plus tard…
Le dernier jour de tournage a été affreux, tout le monde pleurait… Mais c’est ça le métier d’acteur, c’est faire constamment des choix.
Est-ce que ça va continuer sans vous ?
Je n’en sais rien. En tout cas, le producteur s’est arrêté aussi. Il m’a dit : « Si tu pars, je pars… ». Après, ce n’est plus de mon fait.
C’est vous qui avez imposé de venir tourner chez vous, à Grasse… Il fallait être gonflée !
C’est vrai, c’était à la fois très culotté et très inconscient car un jour j’ai dit : « C’est à prendre ou à laisser » ! Ils ont pris et nous tournions à Grasse depuis trois ans. Je suis aujourd’hui consciente que tout aurait pu s’arrêter mais je voulais pouvoir rentrer tous les soirs chez moi et m’occuper de ma fille. C’était plus important que tout. Mais je crois que personne n’a eu à le regretter : entre les lieux magiques qui entourent Grasse et le climat… il n’y avait pas photo avec Paris !!!
Alors, comment avez-vous retrouvé la scène ?
J’étais terrorisée… et je le suis encore car nous n’en sommes qu’à la quatrième représentation. J’avoue que durant un moment j’ai eu du mal à trouver le sommeil mais c’est le B.A BA du métier et il y a cette montée d’adrénaline avant d’entrer dans la fosse aux lions. Ce qui est formidable, c’est l’accueil du public. Et là, vous n’attendez pas le résultat de l’audimat… vous avez la réponse tout de suite. Mais je ne le regrette pas car je vis des moments intenses de plaisir pur, le rôle est magnifique et la pièce est belle, à la fois drôle, grave, tendre. C’est une pièce riche parce qu’écrite par un acteur qui est fils d’acteur – son père est Jean Rougerie – qui a été baigné dans le théâtre et a attrapé le virus. Il vient d’ailleurs d’écrire un scénario de film pour Claude Brasseur.
Donc je suis très fière et c’est un nouveau tournant dans ma vie. La quarantaine, c’est un peu le carrefour d’une vie et j’ai choisi une nouvelle voie…
|
|
Et avec tout ça pas de cinéma… Je me souviens d’une phrase que vous avez dite lorsque vous avez reçu le trophée de la meilleure « comédienne de télévision » à St Tropez. Vous avez dit : « Nous ne sommes pas des comédiens de télévision mais des comédiens… tout court ! »
Je suis heureuse que cette phrase vous ait marquée car nombre de gens m’ont critiquée d’avoir dit ça. Ils n’ont pas compris ce que je voulais dire… ou bien ça les arrangeait de ne pas comprendre ! Je voulais simplement dire qu’il n’y a pas de comédiens de télé, de théâtre, de cinéma… On est comédien où on ne l’est pas, on est bon ou mauvais comédien, que ce soit dans n’importe quelle branche ! Je connais de très mauvais comédiens qui jouent au cinéma !!! Alors, être « comédienne de télévision », ça m’énerve et ce qui me blesse le plus c’est lorsqu’on dit, avec un ton péjoratif bien appuyé : « c’est une comédienne de séries » !
C’est cruel, c’est vexant, c’est réducteur, c’est humiliant… Si on est bon on est bon, où qu’on joue. Mais ça c’est très français, on vous mets dans une boîte et vous n’en sortez plus. Un réalisateur, qui pourtant me connaît bien, a osé un jour me dire : « J’ai beau essayer de l’oublier mais je te vois toujours en costume de flic » ! Est-ce que c’est professionnel ? Et quelle imagination ! Moi je suis prête à faire des essais si on me le demande. Je n’attends que ça… En Amérique, des stars comme de Niro font encore des essais devant des producteurs tout puissants… alors qu’on fasse ça en France, j’ai assez d’humilité pour l’accepter, et qu’après l’on me dise que je ne suis pas faite pour tel rôle… Je comprendrai !
C’est pour cela que vous êtes devenue productrice ?
Evidemment et puis parce que les rôles qu’on me proposait étaient ennuyeux à mourir. Je dois dire que « Une femme d’honneur » m’a ouvert beaucoup de portes mais m’en a aussi beaucoup fermées. Lorsque vous devenez aussi populaire dans un rôle récurrent, il vous colle à la peau. Aujourd’hui, pour nombre de réalisateurs, d’auteurs, de producteurs, je suis un flic, point barre. Et c’est dur à avaler.
Donc pas de cinéma, ni en tant qu’actrice, ni en tant que productrice ?
Je pense que les producteurs de cinéma ne savent même pas que j’existe. Donc il ne viendront pas me chercher. Si quelqu’un venait me dire : « Je viens de vous voir dans un téléfilm où vous êtes formidable, je vous offre un second rôle », je m’y engage tout de suite car ça prouvera qu’il est assez intelligent pour faire la part des choses… Mais ça n’est pas près d’arriver ! Quant à produire pour le cinéma, c’est très compliqué et beaucoup plus cher qu’à la télévision. Et lorsque je vois ce qu’a coûté un film comme « Astérix » avec l’argent duquel on aurait pu faire au moins dix films, je crois que ce n’est pas pour demain !
Il y a eu une époque où vous vous êtes investie à l’étranger ?
Oui, ça a été une belle période de ma vie et ça s’est fait sur un coup de tête. Parlant couramment anglais, je suis partie à Londres, je me suis trouvé un agent et je dois dire que j’ai tourné assez rapidement parce qu’ils n’avaient aucun à priori sur moi. J’ai même tourné dans des téléfilms américains qui se faisaient en Angleterre. Durant trois ans ça a été pour moi très enrichissant. Puis ça a été l’Italie, l’Allemagne et le Canada. Ca a été une belle période de ma vie. Alors que j’étais prête à signer un contrat de cinq ans au Canada, pays que j’aime par dessus tout, qui est en tout point magnifique et qui est très ouvert, j’ai dû rentrer à France car ma grand mère, que j’adorais, était malade. Je ne suis plus repartie et c’est là qu’est arrivée la proposition de « La femme d’honneur »
Aujourd’hui quels sont les projets de la comédienne et de la productrice ?
Eh bien, il y a cette tournée qui va aller jusqu’au mois de mai et j’espère qu’après ça on arrivera enfin à jouer cette pièce à Paris. Sinon vous verrez sur TF1 au printemps, un unitaire qui est en cours de montage « Mouloud au cœur », tiré d’un livre de Catherine Levy dont j’ai acheté les droits. C’est un très beau sujet qu’elle a elle-même vécu et qui tourne autour des familles d’accueil. Son livre m’a bouleversée et j’avais très envie de le faire.
Vous savez, si un sujet est beau et si j’y crois assez fort, je peux donner deux ans de ma vie pour le monter. Mais on n’a pas tous les jours un coup de foudre ! »
Propos recueillis par Jacques Brachet |